« Sous la grande roue » – Selva Almada – Métailié/bibliothèque hispano-américaine, traduit par Laura Alcoba

« La grande roue est vide, désormais, pourtant les sièges se balancent toujours légèrement. ce doit être l’air du petit matin.

Pájaro Tamai est au sol, sur le dos, et il a l’impression que la grande roue continue de tourner. mais c’est impossible car on n’entend pas de musique. Il n’entend rien du tout: sa tête est remplie d’un bruit blanc. Blanc comme le ciel – il ne l’a jamais vu comme ça – sur lequel se découpe un bout de machine, rien qu’un petit morceau, flou. C’est tout ce que sa vue parvient à saisir.

Il plisse les yeux pour voir si la roue va enfin cesser de tourner. mais c’est pire encore : soudain, c’est la vertige, à présent ce n’est plus seulement la grande roue qui tourne mais ce qui l’entoure. »

Belle découverte que cette jeune auteure argentine.

Deux adolescents gisent sur le sol boueux de la fête foraine. Blessés au couteau tous les deux, et attendant sous le ciel blanc. Attendant quoi ? Sont-ils encore vivants, inconscients, déjà morts ?

« La nuit va tomber sur toi, Pájaro. C’est ce qu’il pense, et en même temps il sourit à moitié. Car quelle nuit pourrait s’annoncer avec un ciel aussi blanc? Par « nuit », il veut dire autre chose, bien entendu. Il doit maintenir son cerveau en activité jusqu’à l’arrivée des secours. Il ne voit pas comment se tirer d’affaire. Il doit projeter des souvenirs sur ce ciel blanc qui ressemble tellement à l’écran du cinéma Cervantès, puis s’accrocher à eux.

Allez, Pájaro, allez, souviens-toi de quelque chose. »

Voilà tout l’art qu’a développé ici Selva Almada, en un roman où j’ai retrouvé avec un grand bonheur tout ce que j’aime de la littérature sud-américaine, une part d’imaginaire, de fantasques caractères masculins, sanguins, machos, buveurs, dragueurs et surtout bagarreurs, et puis un peu bêtes aussi de tous ces excès. Les personnages féminins, essentiellement épouses et mères, sont quant à elles beaucoup plus fines, plus posées, plus responsables et essentielles à l’équilibre.

Marciano Miranda et Pajarito Tamai, nés à quelques heures d’intervalle, voisins dans la même bourgade vont être aussi les meilleurs amis du monde jusqu’à ce qu’un grain de sable se mette dans les rouages, un nouvel élève dans la classe qui va les séparer, physiquement d’abord, puis affectivement.

Les pères des garçons sont des ennemis jurés qui sans cesse s’envoient des coups bas. Et bien sûr tout ça finira mal. Selva Almada brosse ici un portrait sans concessions de la virilité poussée à ses extrêmes les plus stupides; parce qu’au fond, rien de sérieux n’oppose les deux pères qui se livrent un combat de coqs, comme vont le faire leurs fils respectifs après avoir été les meilleurs amis du monde.

« Même si leur séparation se fit, d’une certaine manière, d’un commun accord, l’un et l’autre éprouvaient au fond une forme de ressentiment. Pajarito aussi sentait que son ami l’avait délaissé.

C’étaient bien les rejetons de leurs pères; les chiens ne font pas des chats, comme on dit. Ce petit ressentiment devint peu à peu une pierre dans le cœur de chacun. Et lorsque arrivèrent les vacances d’hiver, ceux qui avaient été des amis inséparables jusqu’à l’été précédent étaient devenus désormais des ennemis irréconciliables. »

C’est la construction du livre qui est absolument remarquable. Par le reste de vie de chacun des garçons blessés, l’auteure raconte à tour de rôle l’existence de ces deux familles, mêlant le délire onirique à la réalité. Chacun revoit son père, là, tout à côté, ne sachant si c’est réel, s’ils sont eux et leurs pères encore en vie ou déjà morts, sous ce ciel blanc étrange, sous cette grande roue dont les sièges ne font plus qu’osciller comme la vie dans leurs veines.

Remarquable histoire, pleine de vie et de fureur, d’abord l’enfance des garçons, avec tout ce que ça comporte de vie de bandes, de jeux de rue, de bravades. Et de craintes aussi, crainte du père pour Pajarito, enfant battu, on le sait vite.

« Un jour, il sera grand et il foutra son poing dans la gueule de son père et de quiconque osera lui dire, comme à l’instant, devant le musée, qu’il est comme Tamai. Un jour, son corps cessera d’être trop petit pour toute cette rage qu’il sent en lui depuis qu’il est doté de mémoire. »

L’assassinat de Miranda aussi, qui marque un tournant dans l’histoire. Les mères sont dignes et sensées, toutes les deux, qui tentent vainement de faciliter l’amitié des deux garçons quand les pères l’interdisent, vaillantes, pleines de sang-froid. Histoire de ces deux jeunes hommes, de l’adolescence fiévreuse qui arrive, de la jeunesse qui se pointe avec l’alcool, les sorties en boîtes de nuit, les hôtels miteux ou les toilettes de bars pour le sexe urgent, en quête d’une identité, sexuelle essentiellement, la norme étant celle qu’on sait, tout ce qui s’en écarte étant considéré comme impossible dans cette société machiste; on ne lâche pas ce livre.

J’ai vraiment aimé ce roman d’un bout à l’autre, très bien construit, écrit, avec des personnages qui même se comportant de façon stupide, violente, inconséquente, ne sont pas totalement détestables, ils sont des gens au fond assez ordinaires avec leurs sentiments et leurs préjugés face à la réalité qui se présente à eux et avec laquelle il faut bien qu’ils se confrontent, les ramenant à leur simple condition précaire d’êtres humains. Un récit parfait de bout en bout, cette fin:

« -C’est un problème entre eux. On n’a pas à s’en mêler pour l’instant – il le leur a dit de manière tellement claire qu’ils se sont immédiatement calmés. Luján et la petite bande de Miranda attendaient également, légèrement en arrière.

-Alors comme ça tu baises mon frère, sale pédé.

Et tout a commencé à coups de poing.Dès qu’ils se sot touchés, leurs corps se sont reconnus. Encore une fois, l’odeur du sang de l’autre sur ses doigts; l’odeur de l’ennemi, de nouveau, si semblable à le leur.[…]Tout a commencé là, puis les coups de feu sont venus, on s’est mis à courir, à crier, tout était hors de contrôle.

Tous deux ont fini dans la boue, à quelques mètres de distance l’un de l’autre. Les yeux ouverts, rivés sur le ciel. Tout blanc. Tout rouge. Tout blanc. »

Lecture continue parce que ça coule tout seul – ferait un très beau film, je pense – on est sous la grande roue auprès de Pajarito et Marciano, à genoux dans la boue et les yeux levés vers le ciel blanc du purgatoire. 

« Quel gâchis, putain !dit-il, et, avec le pied il écrase et enterre son mégot. »

La musique, c’est la cumbia:

Une grande réussite !

à propos de « Bon genre » – Inès Benaroya -Fayard

Pour une fois un article de forme spéciale sur ce court roman qui m’a intéressée sans vraiment me convaincre ni me plaire. Il est très rare que j’écrive dans ces cas-là mais ici, quelques questions se posaient à moi sur ce personnage de femme que je n’aimais pas ( pourquoi ? ) et sur plusieurs détails que je trouvais étranges ou plutôt pas assez poussés, pas très clairs dans cette histoire. J’en ai donc fait ici un commentaire, et Inès Benaroya à qui j’avais proposé une conversation a finalement seulement accepté de répondre à trois questions. Je vous propose donc ici le texte que je lui avais soumis pour échanger, puis les questions et ses réponses.

Extrait:

« Si j’étais un homme …, pense-t-elle, comment ferait un homme ? 
Si j’étais un homme atteint d’un vague à l’âme inexpliqué, un homme à deux doigts de l’implosion, en butée de sa vie, assiégé par les colites spasmodiques et une terrible envie de baiser malgré son épouse à la maison. À une terrasse de café, une femme me tend un paquet de mouchoirs. Je la rejoins à sa table, je fais mine de m’intéresser alors que je n’ai qu’une seule idée, me pencher sur son visage au sommet de sa jouissance. Si j’étais un homme, je déciderais du tempo. La femme propose, l’homme dispose. La parlotte, ça va cinq minutes. Je suis un prédateur, je n’ai peur de rien, je passe à l’attaque, quand je veux, comme je veux. »
– Si Claude était un homme, ce livre n’existerait pas.-

Le titre laisse supposer une réflexion sur le genre au sens sexuel, grandement débattu actuellement. Il contient aussi l’idée du fait d’avoir bon genre ou pas, c’est à dire « correct » – dans les codes de la norme de notre société – ou pas. Or, si le genre est en question, ce livre va bien au-delà et j’ai perçu l’histoire de Claude sous un angle globalement plus existentiel.
Claude – prénom unisexe – la vie de Claude, son milieu, ses préoccupations avant que ça ne se fracture, sont très loin de moi et j’ai eu du mal à éprouver de la proximité avec elle. Claude donne l’impression qu’elle n’aime personne parce qu’elle-même ne s’aime pas, ne s’estime pas – ou ne s’estime plus ? – elle est à mon sens en dépression profonde. Elle arrive à un âge de sa vie qui la perturbe, qui met en doute ses certitudes sur tout ce qu’elle a construit et qu’elle croyait solide: son couple, ses enfants, son travail, son mode de vie, son corps même et sa personne toute entière à travers sa sexualité.
Elle se lance donc dans une course au sexe effrénée, par moments assez sordide – peut-être serai-je pudibonde? Non, je ne crois pas, vraiment ! – . Elle se sent forte parce que c’est elle qui chasse, c’est elle qui décide, mais il m’a semblé que c’était une façon plutôt d’oublier qui elle est vraiment, peut-être de se dissoudre avant de se reconstruire. J’ai ressenti tout ce passage comme un des symptômes de sa dépression, pas comme un vrai choix.

« Son corps est une zone franche dont les autres jouissent, les hommes qui se rincent l’oeil, les femmes qui la jalousent, tous ceux auprès de qui il faut faire bonne figure, c’est-à-dire tout le monde. Son corps exposé en vitrine dit combien elle vaut. Mais elle ne dispose de rien. »

Le fond du problème de Claude, comme on y revient souvent, c’est à mon avis son histoire familiale, sa relation avec ses parents, sa mère en particulier et le sentiment amer d’avoir été privée ou dépossédée de l’amour maternel. La relation qu’elle a avec sa propre fille, distante et assez froide, montre en fait le saccage affectif de Claude qui s’est noyée avec succès dans le travail où elle a brillé.
Une fois cette phase de volonté de pouvoir sexuel écoulée, Claude se sauve dans tous les sens du terme, et va rencontrer Ricky (prénom plutôt masculin porté par une femme qui exerce un métier censé être masculin). J’ai beaucoup aimé Ricky qui elle est tout à fait bien dans sa vie, dans son boulot, dans son camion sur les routes, et qui voit et vit un monde différent de celui de Claude.

« Ne t’arrête jamais de chercher. C’est ce qui fait la beauté de ce monde. Quand on croit en avoir fait le tour, il nous révèle une porte dérobée. » 

 Le lien qui va se créer avec une Claude assagie, lasse, étonnée de ce qu’elle fait et avec qui …c’est là, sur la route, avec les révoltes de Ricky, ses colères, ses enthousiasmes et ses élans du cœur, c’est là que Claude va commencer à remettre les choses en place et en perspective, jusqu’à la séparation des deux femmes, Ricky qui poursuit sa route, ses routes, et Claude qui va retrouver sa fille alors qu’elle est partie si loin, Claude qui va tenir la main de sa mère mourante, et Claude qui va renouer avec son frère. En réalité, Claude qui en retrouvant ce qui est supposé se nommer un équilibre va revenir au monde, s’acceptant, débarrassée des artifices qui la camouflaient, elle, la vraie Claude, aux yeux des autres.
Claude va finir par s’accepter, accepter les autres.

« De toute façon, où que tu ailles, c’est toujours toi que tu trimballes. »

Au final, le genre, bon ou mauvais, masculin ou féminin, le genre n’a pas grande importance, c’est ce que Claude a compris, il me semble, et ce roman le dit . 

« La capacité des gens à se mettre en empathie. Leur bienveillance étouffante, variation sur le thème inépuisable du chantage. Le réservoir sans fond de leur compréhension, qui vous submerge et vous échoue sur le rivage suffocant de la culpabilisation. »

Mes questions – basiques – et les réponses de l’auteure:

« – Comment, à partir de quel point de départ, interrogation, idée, avez-vous imaginé le personnage de Claude ?

Au démarrage du personnage de Claude, il y a une interrogation qui tourne en boucle dans mon esprit depuis des années : d’où vient la souffrance des femmes ? D’où vient que les injonctions pèsent si fortement sur nos épaules, et que nous nous y soumettions avec tant de complaisance, nous qui sommes censées être libérées ? J’ai imaginé le personnage de Claude comme une tentative d’élucidation, une façon de comprendre et de se défaire de ces carcans mentaux – la beauté, la jeunesse, le juste milieu, la douceur…

– Et comment en êtes-vous arrivée à sa « crise » frénétique de sexe qui comme je l’ai perçue est censée lui redonner un sentiment de pouvoir et de reprise en main d’elle même?

– Pour les femmes, le sexe est le premier tabou social. La libération de la femme a commencé par sa libération sexuelle dans les années soixante. Choisir son partenaire, son mari, ses façons de faire – autant de libertés qui étaient refusées aux femmes jusqu’à lors. Claude commence par franchir ces interdits-là, ou ce qu’il en reste, et va bien au-delà. Ce n’est pas vraiment une « crise », mais plutôt une transition, un chemin vers la liberté et l’affranchissement.

– Le thème du genre est récurrent depuis quelques temps; vous l’abordez à travers Claude (le côté bon/mauvais genre, celui qui parle de convenance sociale) et à travers Ricky (le côté genre féminin/masculin, celui qui est en débat). Pouvez-vous dire ce qui vous a déterminée à écrire sur ce thème à votre façon, c’est à dire à travers la vie d’une femme qui « dérape » ?

Voilà une question très personnelle ! Il est difficile de savoir pourquoi on écrit sur un thème particulier. La question du genre m’intéresse depuis longtemps, en ce qu’elle me semble être une nouvelle prison pour les femmes. Que ce soit en termes de « bon genre », ou de « genre féminin », toutes ces normes enferment les femmes dans des rôles prédéterminés, qui laissent peu de place à l’expression authentique de soi. Moi-même, après cinquante ans de « bon genre », j’ai pris conscience, et notamment grâce à l’écriture de ce livre, du poids de certaines injonctions – la déconstruction a alors commencé !

–  Enfin, la fin du livre remet Claude dans une dynamique plus positive avec sa famille, celle dans laquelle elle est née et celle qu’elle a fondée. Un point essentiel de votre roman est, selon la lectrice que je suis, une histoire familiale mal aimante, êtes-vous d’accord avec ce ressenti ?

Je pense de plus en plus que les parents font ce qu’ils peuvent ! Claude est en colère contre sa famille au début du roman, mais son chemin la mène vers une compréhension plus sage de son histoire familiale. Se mettre en paix avec ses rancœurs me paraît être une condition indispensable pour atteindre la liberté. »

Ce livre m’a intéressée sans vraiment me plaire et je continue à penser que Claude est une dépressive ce qui n’est en rien péjoratif. Enfin il faut évidemment dire que cette femme est totalement exempte de soucis matériels et financiers, ce qui – on ne peut le nier, n’est-ce pas? -change la donne en termes de choix de vie. 

Je remercie infiniment Nelly Mladenov pour sa patience et sa gentillesse, et Inès Benaroya pour ses réponses.

« Mrs Caliban »- Rachel Ingalls – Belfond/Vintage, traduit par Céline Leroy

« Fred eut trois oublis successifs avant même d’avoir atteint la porte d’entrée pour partir au travail. Puis il se rappela qu’il avait voulu emporter le journal. Dorothy ne se donna pas la peine de dire qu’elle n’avait pas fini de le lire. Elle se contenta d’aller le lui chercher. Il tergiversa encore quelques minutes, palpant ses poches et se demandant s’il devrait prendre un parapluie. Elle fournit des réponses à toutes ses interrogations et y ajouta plusieurs questions de son cru: avait-il besoin d’un parapluie s’il prenait la voiture, pensait-il vraiment qu’il allait pleuvoir. Si sa voiture faisait ce drôle de bruit, pourquoi ne pas plutôt prendre le bus, et avait-il mis la main sur l’autre parapluie? Il devait être quelque part au bureau; comme c’était un beau modèle pliant, elle suggéra que quelqu’un était parti avec. »

Eh oui…Voici bien une scène de la vie passionnante et dévouée d’une femme au foyer, épouse d’un mari très très occupé…

John Updike a dit de ce livre et je partage ce point de vue:

« J’ai adoré Mrs Caliban…Une parabole impeccable, magnifiquement écrite, du premier paragraphe jusqu’au dernier. »

Les éditions Belfond ont décidé en ce mois de Mars de publier des ouvrages écrits par des femmes, journée de nous autres oblige le 8 du mois – quelle veine nous avons, non ? -. Et parmi ces livres ce court roman écrit en 1982 et traduit pour la première fois – par une femme, Céline Leroy – en français.

Il s’agit ici d’une fable moderne, qui sous des airs anodins est impitoyable. Car ce texte démolit consciencieusement l’idée du crapaud qui cache un prince charmant . Le crapaud EST charmant. Et le « prince » ne l’est pas. Mais ce n’est pas tout. 

« Elle avait à moitié traversé le lieu sûr qu’était sa belle cuisine dallée d’un lino à carreaux quand la porte vitrée coulissa et qu’une créature pareille à une grenouille géante de presque deux mètres joua des épaules pour entrer dans la maison, puis se planta devant elle, immobile, les jambes légèrement fléchies, et la regarda droit dans les yeux. »

( P.S. : oui, les illustrations ne montrent qu’un crapaud d’une taille de crapaud, mais ça ne change rien à son importance. )

Dorothy et Fred Caliban ont perdu leur bébé et évidemment un tel drame met à mal le couple. Mrs Caliban a une amie chère, Estelle, avec laquelle elle déblatère allègrement sur un couple d’amis, – un peu moins chers – dans des conversations un peu arrosées du côté d’Estelle. On entend vite que Dorothy est intelligente et déboussolée. Elle entend des voix Dorothy, qui lui parlent depuis la radio. Une créature mi-batracien mi-reptile, tueuse selon la radio, étrange, énorme, a échappé au laboratoire qui l’étudiait et sème la terreur dans les esprits et dans la région. Mais pas chez Dorothy qui va l’adopter, le cacher, l’aimer. 

Larry vient de la mer, d’un monde aquatique, il a été capturé dans le Golfe du Mexique:

« Elle lui caressa le visage. Elle essaya d’imaginer à quoi pouvait ressembler son monde. C’était peut-être comme pour un bébé flottant dans l’utérus de sa mère et qui entendait des voix tout autour de lui. »

Il a ensuite été emmené dans un institut de recherches où il a subi des injections, pense-t-il pour qu’il « s’intègre ». Il aime respirer la nature, les fleurs, sentir l’herbe sous ses pieds et écouter le ressac la nuit, la main de Dorothy dans la sienne, sa peau comme récepteur de la chaleur de cette femme pas comme les autres. Comme il aime discuter avec elle, de tout, de leur éventuelle reproduction – possible ? pas possible ? :

« À l’Institut, ils disaient que j’étais différent. Même le Pr Dexter l’a dit. Donc, sans doute qu’on ne devrait pas se mélanger.

-Je ne suis pas du tout étonnée. Ils ne t’aimaient pas et ils t’ont traité de manière honteuse. Ils cherchaient une excuse. Ce sont ces mêmes personnes qui pendant des siècles ont affirmé que les femmes n’avaient pas d’âme. Et presque tout le monde en est encore persuadé. C’est la même chose. »

On comprend ici déjà mieux la connivence forte entre Dorothy et Larry, leur marginalité, surtout celle de Dorothy, femme pensante bien que femme au foyer. Lisez-par vous-même ce conte tordu qui ne finit pas comme un conte de fée, cette parabole surprenante qui décrit l’envol d’une femme vers son identité et sa vérité. Non sans souffrances, mais ce qu’elle laisse ne lui appartient pas, n’est pas elle, ce n’est pas une perte, c’est une marche vers la liberté.

Infinie solitude de cette femme au foyer, cette Dorothy au fond rebelle, bien plus intelligente que son mari qui la trompe de manière éhontée…Mais bien sûr elle le sait, Dorothy, et finalement elle s’en fiche; l’amour, la complicité, le sexe sans tabous et aussi naturel que possible, tout ça va lui être offert par cette étrange créature, Larry pour les intimes… Que j’ai aimé Dorothy ! Cette épouse qui va se libérer, naître à sa propre vie par les mains vertes et palmées de Larry – chacun verra en Larry l’homme-grenouille ce qu’il voudra, c’est un personnage à la symbolique ouverte -. Il semble que ces mains-là aient un pouvoir particulier sur Dorothy, lui donnant confiance, chaleur, et le reste…Et les conversations entre elle et Larry sont assez intéressantes, décalant beaucoup de notions bienséantes, conversations dans lesquelles Dorothy trouve enfin un interlocuteur à la mesure de ses envies.

Un livre très très original, facile à lire, parfois très drôle – Fred passe assez bien pour un crétin, j’aime… – les conversations entre Dorothy et Estelle sont savoureuses – mais surtout juste et fin et plus profond qu’il n’y paraît sous des airs assez anodins. Rachel Ingalls fait confiance à l’intelligence de ses lectrices – et lecteurs –  bien sûr, pour saisir le propos et le fin mot de l’histoire. Une façon sans baratin de dire les choses, dans la mesure où on sait lire en profondeur au-delà des métaphores et des symboles, intuitivement.

128 pages, je ne vous le fais pas plus long, mais c’est une petite gourmandise pleine d’inventivité à ne pas se refuser ! Et la fin, belle et mélancolique est cependant un nouveau départ pour Dorothy.

Est-ce un hasard, une autre Dorothy de fiction fut capable de voir et regarder au-delà des apparences, de concevoir un autre monde. Je l’aime bien, un vieux reste d’enfance tenace sans doute…alors, « Somewhere Over the Rainbow » pour la magie, la fantaisie et le pouvoir de l’imagination qui peut transformer une vie.

 

« Willnot »- James Sallis – Rivages/ Noir, traduit par Hubert Tézenas

« Nous découvrîmes les cadavres à trois kilomètres de la ville, près de l’ancienne carrière de gravier. Tom Bales était en pleine partie de chasse matinale quand sa chienne Mattie avait lâché la caille qu’elle rapportait avant de galoper jusqu’à une étendue de terre remuée, d’où elle n’avait plus voulu bouger. Il l’appelait, elle faisait quelques pas vers lui puis rebroussait chemin et se remettait à aboyer et à tourner en rond. C’était l’odeur qui l’avait saisi lorsqu’il s’était enfin approché. De champignon, d’obscurité. De cave. »

C’est seulement le deuxième livre que je lis de cet auteur, le premier dont j’avais brièvement parlé – aux débuts du blog j’étais moins bavarde ! – était « Salt River ». Et je sais aussi que si j’en avais dit si peu, c’est parce que la voix unique de James Sallis n’est pas aisée à commenter. En tout cas, j’ai retrouvé ici cette atmosphère d’un temps suspendu, d’une sorte de calme; ce calme lourd d’avant l’orage, en réalité.

Et pour être claire j’ai adoré ce livre pour ça essentiellement, pour cette ambiance de temps arrêté, mais aussi pour les multiples réflexions sur la vie, la mort, la maladie, la guerre, la morale et la littérature. Le charnier découvert au début du roman est une métaphore de l’enfoui, du silence, de l’oubli et de toutes les horreurs qu’on cache et tait. Enfin je l’ai perçu comme ça en découvrant l’histoire, avec le personnage de Bobby en particulier, vétéran de la guerre en Irak qui réapparaît un jour, seconde mise au jour de l’horreur après celle du charnier. 

Il m’a semblé que tout ce texte tellement subtil est à double lecture, il faut bien sûr lire James Sallis en profondeur et c’est absolument merveilleux d’intelligence et de sensibilité. Il y a le pan roman policier – mais si atypique – et le reste. Pour moi, encore une fois, je ne peux classer ou cataloguer, ce livre est un beau roman.

En bref, nous voici à Willnot (ville fictive), un genre de prototype très intéressant :

« Il n’y a pas d’église à Willnot. Toute une flopée en dehors des limites de la ville mais aucune sur son territoire, par arrêté municipal. Pas de Walmart, pas de supermarché ni de pharmacie en franchise, pas de magasin discount ni de grande surface spécialisée. Pas de panneaux d’affichage, pas de publicité dans les rues, des vitrines sobres. « Je suis monté dans le car en 2002 et j’en suis descendu en 1970″, dit Richard en parlant de son arrivée ici. »

 

Richard est le compagnon de Lamar, le médecin narrateur de cette histoire. Et en matière de tolérance, Willnot se pose là aussi:

« Au fil des ans, à force de me trimballer de ville en ville et d’entendre mes amis me reprocher d’avoir à moi tout seul saccagé leur carnet d’adresses, j’ai progressivement pris conscience qu’aucun endroit où j’étais passé n’arrivait à la cheville de Willnot sur le plan de la tolérance envers sa population. Sans encourager en quoi que ce soit les comportements transgressifs ou aberrants, la ville refusait d’isoler leurs auteurs ou de les mépriser. Mue par une sorte de fatalisme collectif, elle préférait regarder ailleurs et vaquer à ses occupations. »

Cet amour entre Richard ( prof au lycée de la ville ) et Lamar est un havre de paix et de répit pour Lamar en particulier; médecin des corps et des esprits qui voit, entend et du coup sait à peu près tout sur chacun; son intelligence tire les fils et va aux liens qui relient chacun à l’autre, dans l’embrouillamini de ces vies qui composent au final la pelote de la communauté. Lamar est donc un personnage important dans la ville, et il est évident que tous le respectent et l’apprécient. Il est fils d’un écrivain et d’une couturière.

Devenu adulte, voici ce qu’il dit – parlant de son père qui s’envisage lui-même ainsi  :

« Un homme du peuple. Un simple fabricant. Un marginal et un illusionniste de la littérature. Une pie chipant les œufs des autres. Il avait pourtant désiré en secret que je suive ses traces.

Les historiens bricolent des versions contrefaites du passé, réduisent des milliers de ruisseaux à quelques courants principaux et noient des vies réelles, les histoires de tous ces gens qui veulent avancer au sein d’un monde qu’ils connaissent par des récits truffés de grandes idées et de nobles motivations. Nos efforts pour comprendre les autres sont constitués des mêmes matériaux douteux. Nous nous préoccupons de quelques aspects choisis de la vie d’un individu, disons les dix traits dominants d’un boulanger, et nous nous brossons son portrait à partir d’eux. Alors que nous sommes tous des masses grouillantes de contradictions. Et de surprises. »

Remarquable analyse, non ? Et tout est de cet ordre dans ce court roman; ainsi Richard a un jeune élève de douze ans manifestement très précoce et très doué qui sert de vecteur à l’auteur pour développer quelques réflexions. Ce garçon, Nathan, a cité dans son devoir un historien marxiste des années soixante qui dit de cette époque:

« L’Amérique a refait ce qu’elle fait depuis toujours. Elle a absorbé la discorde, l’a liquéfiée; elle a mis la rébellion en bouteille et a ajouté de l’eau jusqu’à ce qu’elle devienne potable, inoffensive. »

Lamar, médecin donc et vétérinaire à l’occasion, a vécu un long coma dans son enfance, durant lequel il était « visité » par de nombreux personnages. Il est revenu mais les hantises sont toujours dans ses nuits et Richard est là pour lui tenir la main. Lamar comme les autres n’est pas lisse, et vraiment tout ce livre est exceptionnel par la densité des personnages, par la force qu’en quelques lignes James Sallis parvient à leur donner. Noir oui, mais pas violent, noir comme le cafard plutôt, noir comme la mort au coin du bois, noir comme l’inéluctabilité de la perte, noir comme la condition humaine souvent. Bobby sans doute est cet ange noir qui arrive avec la mort, la peur, l’horreur de la guerre.

Je trouve qu’un livre comme celui-ci est suffisamment rare pour le recommander absolument. Vous remarquerez aussi dans les courts extraits partagés avec vous que l’humour n’est pas absent et est de la même belle intelligence que le reste. Aucun mot de trop, aucun qui ne manque non plus pour dire à travers Willnot et sa population ce qu’est la vie. La phrase clé choisie en 4ème de couverture : « La vérité est que la vie ne peut en aucun cas être comprise. »

Roman existentiel qu’une enquête policière amorce et c’est un très joli choix pour descendre dans les esprits des habitants de Willnot ( le nom de la ville est pas mal non plus ). Je vous laisse découvrir les femmes et les hommes de Willnot, le shériff Hobbes et les autres, Dickens le chat du couple et une fin superbe.

Vrai coup de foudre pour tout ce qu’est ce roman et pour tout ce qu’il dit .

Comme son article est bien plus riche que le mien en connaissance de l’œuvre de James Sallis et qu’il complète assez bien le mien, lisez  chez Nyctalopes ce que dit Wollanup.

« -Il t’arrive de repenser à ton enfance, Lamar? À cette part essentielle de notre vie qui nous manque?

-Comme je te l’ai dit, je n’en ai jamais vu l’intérêt. Je n’en ai jamais eu envie. Je me suis construit sans éprouver ce besoin-là. S’il nous manque quelque chose? Sans aucun doute. Mais c’est pour ça qu’on lit, non ? Pour ça qu’on tisse des liens avec les autres? Ça nous permet de nous faire une idée de ces vies qu’on ne peut pas vivre. »

Et pour finir:

« Une vieille chanson passait sur la bande FM, « Storms Never Last Do They Baby » et quand Richard grommela : « Tu parles, bien sûr que si », je mis un moment à comprendre qu’il s’adressait à la radio. »

« Elle se baissa pour ramasser son sac à bandoulière.

« Il paraît que votre ami et vous recueillez les animaux errants.

-Nous aussi, nous sommes des animaux errants. » »

Un livre qui reste en mémoire avec une grande force. 

« Ce que savait la nuit » – Arnaldur Indridason – Métailié Noir/ Bibliothèque nordique, traduit par Eric Boury

« Le temps était radieux. Assise depuis un moment avec le reste du groupe pour se reposer après leur longue marche, elle avait sorti un casse-croûte de son sac à dos et admirait la vue sur le glacier. Son regard s’arrêta tout à coup sur le visage qui affleurait à la surface.

Comprenant avec un temps de retard la nature exacte de ce qu’elle avait sous les yeux, elle se leva d’un bond avec un hurlement qui troubla la quiétude des lieux.

Assis en petits groupes sur la glace, les touristes allemands sursautèrent. Ils ne voyaient pas ce qui avait pu bouleverser à ce point leur guide islandaise, cette femme mûre qui gardait son calme en toutes circonstances. »

Je suis une inconditionnelle du grand Arnaldur Indridason, vous le savez. Là je  dirais que ce roman est un peu paresseux du côté intrigue en fait. Mais pas sur le reste, sur l’écriture et l’intelligence rien à redire. Certains passages sont de la dentelle, des portraits courts mais nets, parfois touchants, comme celui de Herdis

« Timide et hésitante, elle était incapable de formuler la raison de sa visite. Konrad s’attendait à ce qu’elle lui tende un journal ou un ticket de loterie. Il pensait la chasser, mais elle semblait si malheureuse et désemparée qu’il n’osa pas le faire. Pauvrement vêtue, elle portait un jean usé, une veste en skaï et un pull-over violet. Un ruban noir ceignait son épaisse chevelure blonde.Elle était encore jolie et svelte même si l’âge et les épreuves de la vie avaient marqué son visage, pincé ses lèvres et creusé de profondes poches sous ses yeux. »

 impitoyables comme celui d’Olga

« Olga était aussi peu avenante que d’habitude. Elle travaillait aux archives de la police, atteindrait bientôt l’âge de la retraite et n’était pas à prendre avec des pincettes. Elle était affectée depuis longtemps à ce service et, derrière son comptoir, ressemblait elle-même un peu à un gros classeur: petite, les jambes courtes et solides, carrée, le corps imposant. »

et du météorologue

« Konrad fut amusé d’apprendre que le météorologue avec lequel il avait rendez-vous plus tard dans la journée se prénommait Frosti, c’est-à-dire « Gel » voire « Glaciation ». Son amusement fut toutefois de courte durée quand il découvrit un jeune coq arrogant, un snobinard particulièrement antipathique. »

 (le dialogue qui suit est très drôle ) des mots choisis parce qu’Indridason est un grand écrivain. 

 

Comme vous le lisez dans les premières phrases du roman, les premiers mots sont alléchants avec ce corps pris dans une gangue de glace et qui surgit un jour aux yeux de randonneurs.

« Le visage de l’homme apparut au groupe, comme une pièce de porcelaine d’un blanc translucide soigneusement dessinée et si fragile qu’elle pouvait se briser au moindre choc. Il était impossible de dire depuis combien de temps cet homme se trouvait dans la glace qui l’avait conservé intact en le protégeant du processus de décomposition. Il semblait avoir la trentaine. Le visage large, il avait une grande bouche, de belles dents robustes, un nez droit, des yeux renfoncés et une épaisse chevelure blonde. »

Beau départ, vraiment, car l’homme de glace avait été recherché par Konrad lors de sa disparition, sans résultat et laissant le policier frustré. Mais ensuite je n’ai plus été aussi convaincue. L’enquête va et vient avec des témoins qui apparaissent, faisant changer son cours à plusieurs reprises, c’est un peu tortueux pour peu de suspense finalement . Je crois qu’ici l’enquête est plutôt un prétexte à poser des bases pour la suite de cette série.

En fait, personnellement j’attendais le retour de Flovent et Thorson, l’un ou l’autre ou les deux. Parce que ces personnages avaient du potentiel romanesque, parce qu’ils m’avaient plu. Konrad, veuf, est néanmoins sympathique, on l’a rencontré aussi avec son père escroc médium dans la Trilogie des ombres ( on retrouve ici des personnages de cette trilogie donc ). Il est bon père et bon grand-père, il a de grandes qualités humaines.

« Les enfants avaient entendu leurs parents parler de la découverte du corps.

-Grand-père, demanda l’un deux en posant sa tête sur l’oreiller, c’est vrai que tu connaissais l’homme qu’on a retrouvé sur le glacier?

-Non, répondit Konrad.

-C’est pourtant ce que papa nous a dit, insista l’autre, les yeux encore rougis par les tueries de son jeu vidéo.

-Je ne le connaissais pas personnellement, mais je sais qui c’est.

-Papa nous a dit que tu l’as cherché pendant des années quand tu étais policier.

-C’est vrai.

-Mais tu ne l’as jamais trouvé.

-Non.

-Pourquoi?

-Parce que son assassin l’avait caché sur ce glacier. Au fait, le film que vous m’avez emmené voir est un vrai navet.

-Non, il était génial, protestèrent les jumeaux. Trop génial!

-Vous êtes deux petits crétins, répondit Konrad en leur souriant avant de refermer la porte de leur chambre. »

Au fil des pages, toujours grand, Indridason affine Konrad psychologiquement, humainement et physiquement, il nous parle de sa malformation d’un bras, il avance quelques détails pour « épaissir » l’homme. C’est surtout quand on entre dans la vie privée de Konrad et dans son amour perdu que le roman prend de la hauteur et de la profondeur, avec de très beaux passages sur sa vie de veuf, toujours épris de sa femme Erna, disparue à la suite d’un cancer. 

« Konrad regarda longuement sa photo de mariage. Il se souvenait du baiser sur le parvis de l’église. Il se rappelait chacun de leurs baisers. Il alla chercher dans le placard une autre bouteille de vin rouge. Un shiraz importé d’Australie et baptisé The dead Arm, c’est à dire Le bras mort. »

Des pages bouleversantes sur cet amour et la douleur de la disparition, comme lors de l’éclipse de lune que le couple va admirer, Erna sous morphine (ce qui me fait dire et penser que ce livre aurait été aussi bon et peut-être pour moi meilleur sans l’enquête, en ne parlant que de Konrad. Ce n’est que mon avis, bien sûr.) 

« Quand ils avaient quitté la maison, Erna lui avait dit qu’il n’y avait pas eu d’éclipse lunaire durant le solstice d’hiver depuis le XVIIème siècle et que la prochaine ne se produirait pas avant cent ans. Elle était heureuse de pouvoir passer avec lui ce moment qui était en même temps une journée et l’éternité.

Konrad avait quitté le parking. Erna dormait profondément sous l’effet de la morphine. Il avait roulé tranquillement. Quand il s’était garé devant leur maison d’Arbaer, il avait voulu l’emmener à l’intérieur: elle était morte. Il était resté un long moment assis dans la voiture avant de détacher le ceinture de sa femme puis l’avait portée dans la maison, l’avait allongée et lui avait dit ce dont il avait oublié de lui parler dans la voiture. La Lune était décrite ainsi dans un poème : elle était la boucle de la nuit. L’antique amie des amants.

C’était le jour le plus court de l’année, mais Konrad n’en avait jamais connu d’aussi long.

Il ne durait que quatre heures et douze minutes.

Pourtant il était l’éternité. »

Donc ça reste quand même très bon grâce à l’écriture et à la finesse de l’auteur sur les personnages mais globalement pour moi l’enquête dilue la force des passages comme celui-ci. Mais je pardonne tout à Indridason, une œuvre ne peut être égale sur toute la ligne, je continuerai, fidèle, à lire mon auteur de polar islandais préféré.

Derniers mots:

« Le calme l’envahit dès que ses pensées se fixèrent sur Erna. Comme souvent lorsqu’il allait mal et qu’elle lui manquait terriblement, les notes mélodieuses et apaisantes du Printemps de Vaglaskogur vinrent lui emplir l’esprit. Il sombra dans un sommeil sans rêves en pensant au sable soyeux de la baie de Nautholsvik, à des enfants jouant sur la plage et au parfum capiteux d’un baiser à l’odeur de fleurs. »