« Terres promises »- Milena Agus – Liana Lévi, traduit par Marianne Faurobert

« Ester arriva hors d’haleine et en ,même temps que le train. Mais elle ne s’approcha pas du groupe car au lieu de Raffaele, son fiancé, ce fut un homme bouffi, presque chauve et vêtu d’une grotesque salopette verte qui descendit du wagon. Raffaele était pauvre. Son père avait été ouvrier agricole et, enfant, il travaillait à ses côtés, avec un petit bonnet de laine sur la tête l’hiver, et l’été, un mouchoir mouillé, noué aux quatre coins. »

Je n’ai jamais été déçue par Milena Agus, qu’elle soit d’une fantaisie drôlatique mais au fond triste comme dans « La comtesse de Ricotta », sombre comme dans « Mal de pierre », ou comme dans ce récit je crois assez autobiographique, plus sage mais où très vite éclot la fantaisie à travers le personnage principal, Felicita. En tous cas à tous les coups, j’ai envie de voir sa Sardaigne échevelée par le vent, et la plage du Poetto à Cagliari. J’ai reconnu dans ce livre  – chapitre 11 – une scène de son enfance que Milena Agus avait racontée sous forme d’un texte court, « Le non – anniversaire », dans un article paru dans le Magazine Littéraire il y a un bon moment déjà – « 10 grandes voix de la littérature étrangère » – n°522 – aout 2012 – . 

Ici, la jeune femme créative et pacifique se nomme donc Felicita, fille d’Ester et de Raffaele, mère de Gregorio, amie de Marianne, amante de Sisternes, jeune femme rondelette et intelligente, rêveuse et en même temps très ancrée à la réalité, un drôle de personnage, attachante par sa capacité à résister à l’adversité grâce à une philosophie inspirée de Gandhi, de St François et du communisme ( sacré cocktail, non ?)

Depuis l’île aride et ventée, depuis Ester et Raffaele, nous allons accompagner cette famille, et surtout Felicita. De l’île à Gênes, de Milan à Cagliari à nouveau, de Cagliari à New York, pour revenir à la plage du Poetto, en douceur, avec poésie et finesse de réflexion, Milena Agus peint les destins de plusieurs personnages, représentatifs à leur façon d’une époque, d’un lieu, d’un milieu et d’un tempérament.

Marianna, anorexique et asociale:

« Marianna avait le cœur dur. Personne ne l’appréciait et elle n’appréciait personne. Elle en recevait jamais quiconque chez elle.[…] Quand on lui demandait un service, ce n’était jamais le bon moment et sitôt que l’importun avait tourné les talons, elle lâchait :    « Il n’a qu’à se débrouiller. »

Cette dureté-là était un crédit contracté avec sa mère qui l’avait vendue et sa tante qui l’avait achetée. Tout de même, se disait Felicita, il doit bien y avoir des personnes maltraitées par la vie dont le cœur reste tendre. Ou cela n’arrive qu’aux saints ? »

Gabriele, solitaire, triste et doux

« La plage n’était pas tout à fait déserte: un homme était là, qui ne semblait pas s’être aperçu de sa présence. Accroupi, penché sur quelque chose qui n’était rien d’autre que du sable. Son crâne rasé, parfaitement rond, son cou, ses épaules et ses bras massifs le faisaient paraître grand alors qu’il ne l’était pas. Il entrait dans l’eau même quand les drapeaux rouges signalant le danger étaient levés. C’est pourquoi Felicita le surveillait du coin de l’œil, prête à alerter les garde-côtes.[…]

Sans savoir pourquoi, elle avait tout de suite bien aimé cet homme. »

 

 

 

 

Judith:

« Judith vivait avec son grand-père. Ses arrière-grands-parents, de riches Juifs Allemands, avaient tout perdu à cause d’Hitler et avaient émigré aux États-Unis. Ses parents, ses frères et ses oncles, tous nés à New-York, avaient entendu l’appel de la terre promise et s’étaient installés en Israël.

Elle avait préféré rester. Sa terre promise n’était pas Israël, mais une volonté opiniâtre de revanche contre la vie qui s’était montrée si injuste avec elle. »

Mais bien sûr c’est Felicita l’héroïne, cette femme qui affronte tout avec ce qu’on peut croire être de la naïveté, de la candeur, mais qui est en fait une philosophie, un sens de la vie, une vision des choses qu’on aimerait posséder, qu’on peut lui envier.

« Elles affirmaient que les gens trop bons sont des ratés qui ne réussissent jamais rien dans la vie. Mais ce fut justement l’exemple de sa grand-mère qui persuada Felicita qu’être méchant ne servait à rien, et que tout ce qu’on racontait sur les personnes trop bonnes était d’une infinie sottise. Sa grand-mère savait très bien blesser les autres, parfois mortellement, et qu’y avait-elle gagné? Rien du tout. »

Felicita est une femme libre, qui pense comme elle l’entend, qui agit de même, et qui est toute pétrie de bon sens et de finesse.On ne peut qu’aimer Felicita, même si l’homme qui lui fait l’amour avec passion, celui qui lui fait un enfant, celui qui l’aidera toujours, cet homme ne parviendra pas à l’aimer…Et c’est quand même un chagrin dans sa vie.

Dans Felicita on retrouve un peu chacune des héroïnes précédentes de Milena Agus, jeunes ou pas, belles conventionnellement ou pas, rondes ou fluettes et un peu dingues, amoureuses de l’amour et du sexe… absolument vivantes.Très belle relation entre Felicita et son père, autant amis que père et fille.

Enfin, passage très émouvant, quand Felicita se rend à Ellis Island avec son fils devenu pianiste de jazz (on a très envie de s’y rendre, grâce à quelques simples phrases ). Je ne vous mets ici qu’un court passage de ce très beau chapitre 44:

« […]Environné de nuées d’oiseaux, le ferry s’approcha d ela statue de la Liberté et accosta à Ellis Island. Dans le musée, ils se reconnurent. C’était ça, l’Amérique, et Felicita se mit à pleurer. « Toi qui ne pleures jamais, l’interrogea Gregorio, pourquoi maintenant? »

-Je ne sais pas.

En réalité, elle le savait. Elle avait fondu en larmes parce qu’une foule d’images lui était revenue d’un seul coup. Il y avait là, pêle-mêle, la machine à coudre d’Ester et son inutile robe de mariée, les faire-parts jaunis annonçant son mariage avec Sisternes, les papiers salvateurs des arrière-grands-parents de Judith fuyant Hitler et le visa sur le passeport de Gregorio, La Grande encyclopédie du jazz de son père, le piano du quartier de la Marina à Cagliari. »

La terre promise, la quête inlassable de ceux qui fuient leur pays pour échapper à la mort, à la guerre, à la misère; c’est avec une grande poésie de cela dont parle la belle voix de Milena Agus, sans donner de leçons à deux balles, avec simplicité et une grande force pourtant. Je me sens très proche comme personne, comme femme, comme mère, de cette Felicita.

Chacune ici et chacun cherche sa terre promise, qui n’est pas forcément celle imaginée mais la sauvage Sardaigne en beauté, étant finalement presque inévitablement celle de Felicita. C’est un livre court et fort, doux et tendre, intelligent. J’aime Milena Agus, elle me réconforte à chaque livre et c’est tellement agréable !

Felicita et Marianna, presque fin du livre:

« Elles se mirent à la fenêtre de la petite tour, côté jardin, et Felicita chantonna: »You better find somebody to looove ! You better find somebody to looove !

-Qu’est-ce que tu chantes ?

Quelqu’un à aimer des Jefferson Airplane. »

 

« Les jours de silence » – Phillip Lewis – Belfond, traduit par Anne-Laure Tissut

« Le bureau est resté tel qu’il l’a laissé. Le corbeau au mur, enfin, l’oiseau, quelle que soit l’espèce. Wolfe. Poe. Chopin. Un exemplaire de la première édition de L’étranger, l’étiquette du prix plusieurs fois arrachée, la couverture usée, écornée. Une édition originale signée de L’ange exilé, livre qui lui était plus cher qu’aucun autre. Une première édition des Contes fantastiques de Poe, signée par Harry Clarke à l’encre rouge sang. Une bible King James, avec couverture de cuir noir. Une bouteille d’Hill’s Absinth, vide. Deux bouteilles de vodka, vides. Une bouteille de vin espagnol, vide elle aussi. Une pochette d’allumettes. Une lampe, pas d’ampoule. Cinquante et un  cahiers de journaux, écrits à la main. La page de titre d’un roman non publié, avec une annotation en latin. Neuf années de poussière accumulée et une poignée de photographies qui devaient avoir une valeur pour lui. J’ouvre L’étranger pour lire la dédicace écrite de ma main. Je tourne la page et mes yeux tombent sur les premiers mots : Aujourd’hui, maman est morte. Je commence à comprendre. »

Et encore un premier roman venu de Caroline du Nord, les Appalaches. Henry Junior nous raconte l’histoire de sa famille, de son père en particulier, Henry Senior Aster. Un intéressant personnage pour lequel néanmoins je n’ai pas ressenti beaucoup de sympathie pour plusieurs raisons que j’évoquerai plus tard.

La famille compte donc ce père, bibliophile, homme de lettres autodidacte qui passe son temps à lire et à tenter d’écrire son œuvre propre. Il y a la mère Eleonore, une femme discrète, intelligente et cultivée, qui aime la nature et s’occupe d’un élevage de pur-sang, très beau personnage; et puis hormis Henry Junior, il y a Threnody, sa petite sœur adorée, qui aime les livres et les histoires à n’en plus finir.

« Elle était innocente comme sont les enfants et capable de s’émerveiller sans limites. L’hiver, elle était comme un petit oiseau duveteux qui observait, posé sur une branche gelée, attendant avec impatience l’arrivée du printemps. Au printemps elle était une fleur précoce qui s’élevait de toutes ses forces vers le ciel, sous un soleil encore froid mais plein d’espoir. Et nous l’avions tous abandonnée, tous sauf Mère. Nous l’avions abandonnée là, dans son univers qui empiétait sur le réel, et où son cœur magnifique s’amenuisait. Je traversai le territoire nous séparant, le cœur gros et lourd de tristesse. »

Il naîtra une petite fille plus tard, prénommée Maddy comme sa grand-mère, et qui mourra à l’âge de 4 ans en marquant à jamais sa famille, une petite flamme persistante dans les cœurs par sa grâce joyeuse.

Threnody*…Prénom peu simple à porter droit sorti d’un poème du père. Mais Threnody a été la personne que j’ai préférée dans ce roman où la famille est dépeinte comme une composition complexe, pas réellement harmonieuse sous l’ombre du père qui écrit, solitaire dans son bureau, et qui boit beaucoup aussi. Et de plus en plus au fil des pages.

La maison qu’il a choisie avec son épouse est une espèce de construction étrange et inquiétante qui à la réputation d’être maudite. Décider d’y vivre est une sorte de défi et dans tous les passages qui se passent dans cette maison flotte l’ombre de Poe et celle du poète Wolfe, deux auteurs que le père a mis dans son panthéon. Quant à notre adolescent grand frère exemplaire, il veille sur Threnody et vénère son père, assis par terre dans un coin avec un livre, silencieux – c’est la condition pour qu’il soit admis dans l’antre du grand homme occupé à écrire – il observe du coin de l’œil et parfois timidement questionne.

« -Et pourquoi passes-tu autant de temps à écrire? »

Je vis qu’il réfléchissait. Je lui avais posé une question dont il ignorait la réponse, mais qu’il avait passé sa vie à chercher.

« J’écris, dit-il, en me regardant dans les yeux, ce qu’il ne faisait presque jamais, parce que c’est l’une des seules choses qui me semblent réelles. » Il réfléchit encore quelques instants avant d’ajouter: »À part la mort, c’est la seule façon d’arrêter le temps. » Ce n’était pas une version simplifiée pour un enfant de dix ans. C’était sa vérité. »

Eleonore, elle, tient discrètement son rôle d’épouse et de mère et s’adonne à son amour de la nature. On sent chez elle une grande force et une loyauté assez merveilleuse pour son mari, mais pas de soumission. Et elle affrontera avec sang-froid et courage la disparition subite de Henry Senior dont la jeunesse nous est racontée par son fils dans les premiers chapitres.

« À quatorze ans, mon père écrivit quelques pièces de théâtre brèves, mais les garda pour lui. Tout le monde commençait à le remarquer en classe, où il écrivait sans cesse. À l’étude, il écrivait. Après la sonnerie, il restait assis à son pupitre et continuait à écrire. À seize ans, il obtint un emploi au journal de la ville, Les échos d’Old Buckram, d’abord comme livreur à vélo, puis il grimpa vite les échelons et se mit à écrire des articles. En quelques mois il se retrouva de facto rédacteur en chef. »

Sont aussi présentés les parents de Harry Senior, Maddy et Helton, un couple aimant et bienveillant, à l’esprit ouvert – ils sont la touche drôle du roman – . Maddy, s’adressant à son fils Henry J. qu’ils laisseront se vouer à sa passion de la littérature:

« Bon, ben disons que j’ai jamais vraiment compris cette fascination que tu as pour les livres. Dieu sait qu’on a essayé. Mais les livres, c’est pas tout, mon chéri. C’est pas tout d’écrire. La vérité, et ça va pas te plaire, c’est qu’on peut pas en vivre. Pas moyen. Tu peux me croire. J’en parlais à ton père l’autre soir, et il a dit – et c’était vrai : « J’ai jamais entendu parler d’un seul écrivain dans toute l’histoire de la langue à part Jésus H. Christ qui valait quelque chose. » Il a raison, mon chéri. Et regarde ce qui est arrivé à Jésus. »

Un jour le père admiré va disparaître; il sort et ne revient pas, son manuscrit disparaissant avec lui. Et il laisse dans la maison, hormis des bouteilles d’alcool vides, un froid et un vide assassins. Eleonore saura heureusement y pallier,  mais il restera à jamais comme un courant d’air glacé dans le cœur des deux enfants. Rien n’est pire pour un enfant qu’un tel abandon, muet, sans explication, sans raison connue, car ça laisse libre cours à toutes les suppositions et bien sûr aussi à la culpabilité.

Quand au moment de quitter la maison pour aller étudier Henry Junior promet à sa mère et surtout à sa petite sœur Threnody qu’il rentrera, téléphonera, donnera des nouvelles, il fuit. En fait il fuit les lieux silencieux et sombres, il fuit pour se trouver, pour quitter l’ombre du père disparu et d’abord sans vraiment en être conscient, puis avec acharnement, il va entamer une quête pour comprendre cet abandon dont ont été victimes sa mère, sa sœur et lui, comprendre qui était vraiment son père. Mais il ne rentrera pas, ainsi ne tenant pas sa promesse, vivant sa vie de jeune adulte étudiant, vivant comme on vit à son âge, mais négligeant terriblement sa mère et sa sœur. La mère sera stoïque, mais Threnody souffrira.

« Je serais partie avec toi, fit-elle. Tu le sais, ça? Je voulais partir. Je l’aurais fait. Une partie de moi-même pensait vraiment que tu allais m’emmener. C’est franchement débile, hein? Et quand tu es parti la première fois, les premiers mois, dans ma tête tu allais revenir tout de suite me chercher. J’avais même fait mes bagages.

-Tes bagages?

-J’avais une valise dans mon armoire, et chaque vendredi je la sortais, j’organisais tout et je la rangeais pour être prête. » Je ne respirais plus. « Mais tu n’es jamais revenu. Pas une fois, pas une seule.Tu es juste parti et tu n’es jamais revenu.La petite Maddy est partie, Père est parti, et puis tu es parti. »

Moi j’aime ces deux femmes, j’ai du mal à approuver ce que fait Henry, ce que font les deux Henry, père et fils. Junior appuie sur la douleur de sa sœur à grands coups de silence; tandis qu’en lui se livre une lutte entre sa dévotion et sa colère furieuse envers Senior et il provoque la même chose en Threnody à son encontre. Threnody qui parlera à la fin du livre de toute la souffrance endurée durant tous ces jours de silence, le silence de son père, de son frère, de cette maison maudite, peut-être bien:

« Je le déteste d’être parti , dit-elle. Je le déteste de m’avoir laissée. Il n’avait pas le droit de faire ça. Et je le déteste parce que, de toute mon enfance, je n’ai jamais eu la moindre idée de qui il était. Je ne l’ai pas connu. Il ne m’a rien laissé, que des dizaines de milliers de livres et un millier de questions, des souvenirs cauchemardesques de lui qui hantaient la maison comme des fantômes. »

J’ai beaucoup aimé cette histoire, le ressenti que je vous en donne ici est très personnel, mais si les deux Henry sont tout empreints de littérature et de grandes pensées ils n’en sont pas moins de piètres hommes quand ils doivent assumer autre chose. Bien sûr Junior est un formidable grand frère, Threnody l’adore mais il va trahir sa confiance au moment où elle en a le plus besoin. Et puis Threnody et sa mère elles aussi adorent la littérature, mais pour autant ça ne les extirpe pas totalement de leur vie quotidienne et de ce qu’il faut en assumer. En résumé, j’ai trouvé que ces deux femmes sont extrêmement courageuses et intelligentes. Je les comprends et les aime.

Ce roman est beau, triste et très émouvant, l’écriture est belle, classique et soignée sans être empesée, on saura à la fin ce qu’il advint de Senior et cette famille quelque peu disloquée se réunira, se réparera, un peu. Outre l’histoire familiale, reste la littérature dont il est ici très largement question. Qu’y cherchons-nous ? Quelle place occupe-t-elle dans notre vie, que nous soyons, lecteurs, écrivains, amateurs ou érudits? La littérature vaut-elle qu’on renonce à tout le reste? Comment lui donner une place en harmonie avec la vie. Est-elle la vie? Ou nos vies rêvées? Un vaste débat peut s’ouvrir avec ce roman qui soulève plein de questions. D’aucuns diront que vraiment tout ça ce sont des préoccupations bien anodines au vu des problèmes du monde. Peut-être, mais la littérature ouvre aux autres, ouvre à l’ailleurs, sort des gens de la solitude, fait réfléchir, fait grandir, offre des voyages à ceux qui jamais ne quitteront le tarmac…C’est une convaincue qui parle, à qui les livres et ceux qui les écrivent, les traduisent, sont chers et précieux. La littérature que j’aime doit être la vie, elle doit éclairer et non pas enfermer, elle nous invite à regarder vivre des personnages comme ceux de Phillip Lewis et à nous demander en quoi ils nous touchent s’ils le font, pourquoi on en exècre certains, et pourquoi d’autres nous semblent si familiers, si proches. Je crois qu’il est un peu question de ça dans ce roman, de la littérature non pas enfermée dans un cercle clos où il est difficile d’entrer ( comme Henry Junior n’arrive pas à entrer dans l’espace de son père quand il écrit ) , mais dans notre vie quotidienne. Superbe couverture et parfaite traduction.

En fond sonore, Chopin.

« Il échoit à certains d’entre nous, je suppose, de mener leur vie ainsi, et de mourir lentement, parfois si lentement que c’est imperceptible à tous sauf à eux. D’autres n’ont pas cette chance. Ils sombrent dans l’impossible obscurité qu’est la mort sans avoir connu le réconfort ne serait-ce que d’une floraison. Et pourtant nous menons nos vies comme avec l’assurance du lendemain. »

*Threnody, anglais pour « thrène »: lamentation funèbre chantée lors des funérailles, particulièrement à l’époque archaïque grecque. Je vous disais bien que ce n’est pas un nom facile à porter…

« Manuel de survie à l’usage des jeunes filles » – Mick Kitson – Métailié/Bibliothèque écossaise, traduit par Céline Schwaller

« 1

Pièges

Peppa a dit « Froid » et puis plus rien pendant un moment. Et après elle a dit « Froid Sal. J’ai froid ». Sa voix était basse et sourde et feutrée. Pas comme d’habitude. J’ai commencé à avoir peur qu’elle soit en hypothermie. J’ai vu quelque part que ça vous rend tout mou et tout endormi. Alors je l’ai touchée mais son dos était chaud et son ventre était chaud. Après elle a dit « Arrête de m’peloter – ‘spèce de pédo ». Et là j’ai su qu’elle n’était pas en hypothermie. »

Ainsi commence le récit de Sal, 13 ans, en fuite à travers les Highlands avec sa petite sœur Peppa, 10 ans, et qui n’a pas sa langue dans sa poche, comme on le constate dès ces premières lignes. Peppa sera dans cette histoire la petite flamme rousse pétillante de vie, farceuse, moqueuse, volontiers très grossière bien que si jeune; Peppa court comme une gazelle, lit autant qu’elle peut, raffole des histoires et des gros mots.

« Peppa court plus vite que n’importe qui au monde je pense. Elle a des jambes très longues et quand elle court on dirait le vent. […] En fait elle fait tout très vite. Soit elle reste immobile comme une pierre soit elle va vraiment vite. Elle mange vite et elle parle vite. »

Et c’est Peppa qui apporte dans cette histoire de survie la note gaie, drôle…

Elle a bien du mérite, car si  Sal et elle sont en fuite c’est pour échapper à un destin dont elles ne veulent plus, fait de violences multiples. Sal a décidé de sauver sa petite sœur qu’elle adore pour la préserver tant qu’il est encore temps.

Après de multiples apprentissages sur des sites de survie sur Internet qu’elle fréquente assidûment, Sal va organiser leur fuite patiemment. Le roman débute ainsi, deux fillettes au milieu de la forêt des Highlands au début de l’hiver et c’est donc Sal qui raconte tout au long du livre comment leur existence aventureuse s’organise, ce qui les a fait fuir. S’ajoute à ça la force de la nature très sauvage, mais protectrice quand on sait s’y installer. Et à cela Sal, la petite Sal s’est préparée intensivement. Elle sait faire des pièges, tirer à la carabine, pêcher, reconnaître des traces, construire une hutte – et avec quoi il faut le faire – faire un feu, chauffer des pierres pour avoir chaud dans son lit,  faire un bol d’une écorce de bouleau et plein d’autres choses qu’elle améliore en les pratiquant. Elle a regardé Ray Mears et Ed Stafford ou encore Bear Grylls sur Youtube, et sa lecture intensive c’est : « Guide de survie des forces Spéciales »…

« -On peut pas installer des pièges à côté du terrier, ils vont faire le tour. Bear Grylls dit qu’il faut s’éloigner du terrier en suivant une piste et poser les pièges à cet endroit.-Je l’ai vue celle-ci Sal et il en a même pas attrapé un ! Il a été obligé d’acheter un lapin pour le faire cuire. Branleur, elle a dit.Elle avait raison mais il sait quand même de quoi il parle vu qu’il était dans les Forces Spéciales et qu’il a fait de la survie partout […]. Ça reste un branleur mais c’est sans doute parce que c’est un gros bourge anglais. La plupart des gens qui font des émissions de survie à la télé sont des gros bourges anglais comme Ray Mears et Ed Stafford, et la plupart des gros bourges anglais sont des branleurs. »

Nos deux fillettes sont en fait tellement endurcies par leur vie précédente que ce retour au monde sauvage leur semble plaisant, plus doux, toutes deux s’aimant et se protégeant et c’est bien entendu ce lien si fort entre les gamines qui m’a vraiment émue. Sal porte un poids trop lourd pour une fille de son âge et elle sourit peu. 

Une rencontre insolite va venir à leur secours alors que Peppa a été mordue par un énorme brochet au sortir de l’eau, alors qu’elle est brûlante de fièvre, le bras enflé et Sal en plein désarroi devant sa petite sœur. Ingrid, une vieille femme à l’aspect de sorcière mais qui va s’avérer être une véritable bonne fée pour les deux fillettes va venir à leur secours. Ingrid vit depuis longtemps dans la forêt et elle raconte sa vie le soir au coin du feu , l’histoire de la RDA, des mouvements hippies et beaucoup d’autres choses, celles qui ont amené cette femme à s’isoler du reste du monde.

J’ai été très sensible à ces deux gosses, à Sal, 13 ans seulement et tant de violences subies. Sal déjà chargée d’une lourde responsabilité et qui sera soulagée et réchauffée par la tendresse d’Ingrid.

Et puis bien sûr il y a dans ce roman la nature, les Highlands aux premières neiges, aux premières gelées, les ruisseaux clairs et glacés, les animaux observés et chassés pour se nourrir, parfois à regrets.

« La grouse était douce et chaude et elle m’a parue petite et légère quand je l’ai ramassée avec sa tête qui pendait. Peppa l’a caressée et a dit « Elle est belle, hein?  » et j’ai dit « Ouais ». Elle avait des grosses pattes avec des petites griffes au bout et il y avait des écailles dessus comme les reptiles parce que les oiseaux descendent des reptiles.

Peppa a demandé « Tu t’en veux d’avoir fait ça? « 

Et j’ai dit « Ouais », et c’était vrai, même si on allait la manger. Elle était petite et douce dans ma main, son bec était petit et elle avait de l’orange au-dessus des yeux qui ressemblait à du fard à paupières et c’était joli. On a mis la grouse dans le sac de randonnée et on a continué à gravir la lande. »

Triste destin que celui de Sal, voici une petite qu’on a tout au long de l’histoire envie de serrer sur son cœur pour la consoler. Sal qui aime tant sa sœur – « Elle sautait dans tous les sens avec les yeux tout brillants et ses jolies dents blanches »

Un très beau premier roman très touchant pour deux fillettes très attachantes.

« De toute façon je ne savais pas ce que je ressentais et je ne sais toujours pas ce que je ressens jusqu’à ce que je sente des coups et une douleur dans ma poitrine ou dans ma tête ou que je disparaisse et que je regarde tout depuis un espace noir. Je ne lui ai rien dit de tout ça. je ne sait pas pourquoi tout le monde s’inquiète autant de ce qu’il ressent. Ce qu’on ressent n’est pas vraiment important. Ce qui compte c’est de savoir des trucs et de faire des choses. »

Pour survivre.

 

« Smile » – Roddy Doyle – Joëlle Losfeld éditions, traduit par Christophe Mercier

« Il m’est parfois arrivé de rester debout au comptoir, mais je ne voulais pas que le barman imagine que je cherchais quelqu’un à qui parler. Je m’asseyais dans un coin, près d’une fenêtre, mais le barman n’arrêtait pas de me tourner autour, passait d’un air dégagé, guettait les chaises vides, me demandait si je voulais boire quelque chose ou ce que je pensais du fait que le Brésil se soit fait écraser par les Allemands, ou que Garth Brooks ne vienne pas à Corke Park. J’essayais de me voir selon son point de vue. Je ne pouvais pas avoir l’air à ce point misérable – si seul, si triste. Si délaissé. »

Ce roman est une grande claque et dénote un talent assez incroyable dans sa structure. Vous ne saurez rien de l’histoire si vous n’allez pas jusqu’au bout, ce qui se fait avec curiosité, passant par diverses émotions, réflexions, surprises…consternation et colère aussi sur le cœur du sujet. Tout ça est si bien mené, si bien écrit, l’ambiance rendue si juste, tout vous dis-je est parfait qu’il semble un peu vain d’écrire, et dire : mais lisez-moi ça ! pourrait bien suffire. Je vais pourtant vous dire quelques mots du personnage.

On croit lire l’histoire d’un homme qui vient de divorcer, écrivain plutôt obscur, la cinquantaine déjà fatiguée…qui un jour vient chercher un peu de rencontres humaines dans un pub. Voici Victor Forde, ex-époux de son grand amour Rachel Carey, dans le quartier de son enfance à Dublin. Il décide d’entrer dans un pub, le Donnelly’s et d’y établir sa routine.

« J’allais dans ce nouvel endroit tous les soirs – enfin, toutes les fins d’après-midi. Au commencement, je devais me forcer à le faire, comme je serais allé à la messe, ou dans une salle de musculation. Je rentrais chez moi – chez moi ! -, je me faisais chauffer quelque chose, je mangeais, puis j’allais droit au pub. Pour déguster lentement une pinte. »

Il va rencontrer alors un certain Ed Fitzpatrick qui dit le connaître, mais Victor ne s’en souvient pas. Rien à faire, il pense que c’est un imposteur, il ne s’en souvient pas. Ed est un personnage désagréable, gênant, ricanant. Victor va se faire des amis, cette poignée d’hommes accoudés au comptoir avec qui il va échanger des pintes. Et de nous livrer sa vie, sa rencontre chaude avec Rachel, puis leur vie commune, leur fils.

« Je mangeais un truc appelé couscous, et il n’y avait dans l’assiette ni pois chiches, ni patates, ni même de viande. Et je le faisais assis à côté d’une femme nue. Sur le sol, à mes pieds, il y avait une chope remplie de vin. Je me sentais comme un Français. Je me sentais comme un Américain. Je me sentais comme un écrivain, vivant une vie d’écrivain. Je me sentais beau. Je me sentais bon et cruel, mûr et frivole. Je me sentais sophistiqué, et je sentais le contraire. Je sentais que tout cela était à moi. ma vie avait commencé. Ma vraie vie avait commencé. »

Il va nous parler de sa mère si aimée et si aimante et puis enfin de sa scolarité chez les frères chrétiens. La première partie du roman raconte cette école un peu inquiétante  (euphémisme ). Et le père McIntyre qui un jour lui plaqua la main sur le pénis. C’est d’ailleurs le sujet sur lequel il tente encore et encore d’écrire son roman. Cet attouchement, il le dit comme on lâche un poids un jour. Et puis c’est tout, il considère être exorcisé juste de l’avoir dit, y compris à la radio lors d’un entretien.

Son récit est à la fois d’une profonde tristesse, plein de mélancolie et de cette espèce de chagrin de parvenir à 50 ans, d’être seul et sans vue sur une quelconque suite acceptable à la vie. Il remplit les vides, il tisse autour du silence. Une solitude sans fond lestée d’un poids insoutenable.

Et la fin est sidérante.

« Nous nous sommes regardés.

« Ce n’était pas de notre faute, a-t-il dit. Ce n’était pas de notre faute.

-Non.

-Ce n’était pas de notre faute. »

Je pleurais. Je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. Et je ne peux toujours pas. »

Ce qui ne vous apprend rien, car tout est dit avant, dans ce dernier chapitre 14.

J’ignorais que Roddy Doyle avait écrit deux romans qui deviendront deux de mes films anglais préférés, « The commitments » d’Alan Parker et « The van  » de Stephen Frears. Je le découvre avec ce roman qui est une merveille de construction, sur un sujet dur. Une écriture et une traduction au plus haut. Gros coup de cœur.

Jeune garçon, Victor entend les Moody Blues

« Surtensions  » – Olivier Norek – Pocket

« PROLOGUE

La psy poussa le cendrier en verre devant elle. Malgré les stores aux trois quarts baissés, un rayon de soleil traversa la pièce et révéla les arabesques de fumée en suspens.

-Vous voulez bien me raconter comment tout à commencé?

L’homme écrasa sa cigarette d’un tour de poignet.

-C’est une histoire à plusieurs commencements, dit-il.

La psy faisait nerveusement tournoyer son stylo entre ses doigts. il était évident que l’homme en face d’elle l’intimidait.

-Vous savez au moins pourquoi vous êtes là?

-Parce que j’ai tué deux personnes. Vous craignez que ça devienne une habitude?

-Vous n’en avez tué qu’une. En légitime défense qui plus est. Pour le second cas…

Sec et impatient, l’homme ne la laissa pas terminer.

-Un membre de mon équipe est mort. C’est ma responsabilité. Ça revient au même. »

Adieux à Victor Coste avec ce troisième volet de cette formidable trilogie. J’ai tardé un peu, mais je dois dire que voici un personnage que je vais regretter. Et il faut dire encore qu’Olivier Norek a vraiment beaucoup de talent. Aucun des trois livres ne m’a déçue et j’ai aimé la manière qu’il a de refermer la porte derrière cette brigade soudée autour du Capitaine Coste. Ronan, Johanna, Sam, tous ont été de chouettes compagnons sur ces lectures. 

Ici la construction impeccable présente comme dans chaque volume le pan je dirai presque documentaire, avec la première partie, « Entre quatre murs » et les cellules d’isolement de cinq criminels dans la prison de Marveil ( imaginaire, mais bien réelle dans son fonctionnement et sa vie interne ). Il y a là Scalpel ( assassinat ), Cuistot ( empoisonnement ), Machine (meurtre), la Biche et Futé (braquage ), dont on apprendra le vrai nom au fil des courtes parties de ce chapitre. On va  aller ainsi de cellule en cellule, de la cour de promenade ( « Surnom: la Jungle. Durée : 1 heure – 300 détenus – 1 surveillant au mirador ) au bureau du psychiatre, à l’infirmerie, au quartier des surveillants ( la Rotonde ). Et Olivier Norek nous propose une petite visite assez sidérante de la prison. Il ne commente pas, il montre, et on en tire nos propres conclusions…Mais en tous cas, écriture remarquable et cet aspect fait d’Olivier Norek un auteur qui sort du lot.

Puis on va faire connaissance avec une famille corse et son avocat, et ainsi va commencer l’intrigue, l’enquête avec nos policiers qu’on a commencé à bien connaître, à bien aimer, et puis Victor Coste avec ses amours impossibles – ou bien si – sa fatigue, sa droiture et son indécrottable humanité, qui ne font pas toujours bon ménage avec son métier, son milieu, son entourage professionnel. Je ne vais pas raconter comment Victor Coste va nous quitter, nous qui en avions fait un copain, mais vraiment, tout ça est mené de main de maître avec une langue juste, ce qu’il faut d’humour, de sensibilité, et la pointe de colère qui jamais ne déborde trop, car à nous de nous débrouiller avec tout ça. Et c’est très bien ainsi. Alors, pour le grand plaisir que ça procure, je me contenterai de vous mettre ici quelques passages que j’ai particulièrement aimés pour le ton, l’ironie ou la tristesse, ou encore la colère sourde. Et je crois vraiment que cette trilogie est à ne pas manquer.

Alors pour celles et ceux qui ne sont pas encore entrés dans ce Service Départemental de police judiciaire de Seine -Saint- Denis – SDPJ 93…nous y entrons à 5 h 45 du matin:

« Coste traversa les couloirs du service, passa devant le bureau du Groupe crime 1 sans même s’y arrêter, prit la passerelle vitrée qui séparait les deux ailes de la PJ pour se rendre là où il était certain de trouver son équipe : salle café. À cette heure bien trop matinale, personne n’aurait eu le courage de mettre de l’eau dans la cafetière du bureau et d’appuyer sur le bouton « on », ni surtout d’attendre les quelques minutes de goutte à goutte nécessaires sans s’endormir devant et debout. Puisque la veille, tout le monde s’était quasiment mis sur le toit avec cette petite eau-de-vie traître comme un virage serré, il fallait de la caféine, vite, beaucoup. Coste ouvrit la porte de la salle de repos, doucement.

-Alors, mes biquets? Vous avez des têtes de papier mâché. »

Portraits:

« -Capitaine Coste?

Il se retourna. Deux hommes, visiblement parachutés des années 1980, lui faisaient face. La premier, Perfecto de cuir et bandana rouge, encore blond malgré sa cinquantaine prononcée, et le second, un grassouillet d’une quarantaine d’années à qui il fallait reconnaître le courage de porter encore des santiags au XXIème siècle. Malgré un accoutrement à la limite de la légalité, Coste sut immédiatement qu’il faisait face à deux flics. »

 

Du mordant, de l’acide:

« Ronan, au volant de la 306 du service, grilla quelques feux rouges et se fit klaxonner deux fois sur le trajet, malgré la sirène et le bleu du gyrophare qui n’impressionnaient plus grand monde dans le département. Coste, côté passager, était en ligne avec la magistrate Fleur Saint-Croix et lui expliquait comment il pensait pouvoir devancer les ravisseurs grâce à leurs portables de guerre, autrement appelés des Paul Bismuth? Des téléphones de président déchu, appellation donnée non par les flics, mais bien par les criminels qui ont vu chez cet illustre politique dans la tourmente un frère d’armes. »

Arrestation:

« Quand Franck ouvrit les yeux, allongé sur le sol, les premières images captées furent floues. Deux ombres se penchaient au-dessus de lui. Il fit le point et reconnut plus nettement le couple de flics. La question de savoir s’il était au paradis ne se posa donc pas.

-Tu m’as fait peur, connard, railla Coste en lui passant les mains dans le dos. J’ai cru que t’étais mort. »

Un pédophile, un jeune homme de bonne famille retrouvé mort de façon douteuse, un père et sa famille pris en otages, des trahisons, de l’amour, de la mort, de l’argent…mais aussi beaucoup d’amitié, celle qui a fait tenir Coste mais la goutte d’eau de trop tombe ici au terme de cette enquête haletante, tout à fait en surtension, celle – là même qui fera lâcher prise à notre Capitaine, une perte terrible, un poids terrible et une fin douce-amère qui laisse néanmoins un petit peu le doute sur un départ définitif. 

Du coup, j’ai du mal à boucler cette brève chronique sur un adieu, alors au revoir Coste !

« -Je connais Coste mieux qu’il ne se connaît. C’est un flic. Pire que ça, c’est un chien policier. Un chasseur. Il ne sait faire que ça. Il a été dressé pour ça. On ne peut pas se séparer d’un flic comme lui. Quinze années que je l’envoie sur les enquêtes les plus merdiques du département. Des affaires qui auraient flingué n’importe quel cerveau.

– C’est bien ce qui lui est arrivé, non?

-Ce ne serait pas lui rendre service que de transmettre ce rapport. Il a simplement besoin de temps. Où qu’il soit et quoi qu’il espère trouver, il reviendra au chenil. Je laisse juste la porte entrouverte. »

(dixit le Commissaire divisionnaire Stévenin)