« La route de Lafayette » – James Kelman – Métailié/ Bibliothèque écossaise, traduit par Céline Schwaller

« Il était cinq heures et demie du matin quand son père le réveilla. Murdo resta au lit cinq minutes de plus. Il devait réfléchir à beaucoup de choses. Mais c’était tout, réfléchir; il avait bouclé ses bagages la veille. Il ne tarda pas à se lever pour descendre prendre son petit-déjeuner. Papa avait terminé le sien et procédait aux dernières vérifications des interrupteurs électriques, robinets de gaz, robinets d’eau et poignées de fenêtres. Dans deux heures les gens iraient à l’école. Murdo et son père allaient en Amérique. »

Voici un livre que j’ai aimé de plus en plus au fil des pages. C’est un livre au rythme lent et qui se déroule en fait dans la tête et par la voix du jeune personnage Murdo, adolescent de 16 ans qui vient de perdre sa mère à la suite d’un cancer. Il a aussi perdu sa grande sœur Eilidh de la même maladie, quelques années plus tôt. Et dans le cœur de Murdo, dans son esprit, il y a un chagrin incommensurable que seule la musique console. Car Murdo est musicien, accordéoniste assez doué. C’est là sa seule joie, sa seule consolation. Car s’il a son père, celui ci est assez mutique, il passe son temps plongé dans des livres et sur lui aussi pèsent la perte et la solitude.

Le livre commence au départ d’Écosse vers l’Amérique du père et du fils. Un oncle et une tante vivent en Alabama et les reçoivent chez eux pour deux semaines de vacances. C’est donc Murdo qui relate ce long chemin, ces embûches pour ces deux âmes en peine peu habitués à quitter leur coin isolé d’Écosse.  Arrivé aux USA non sans peine, Murdo en se promenant en ville rencontrera un groupe de musiciens qui jouent du zydeco et ils l’inviteront à un grand festival qui se déroule en Louisiane. C’est alors que ce séjour un peu morne prendra des airs d’aventure pour le jeune garçon.

La rencontre musicale de Murdo avec Sarah Edna et Queen Monzee-ay:

« Montre-moi montre-moi. Elle aurait aussi bien pu le crier. mais c’était chouette et il se lança, utilisant un truc sur lequel il avait travaillé quelque temps plus tôt. Il le connaissait sur le bout des doigts et pouvait en faire ce qu’il voulait, ajoutant quelques fioritures à cette nouvelle façon de jouer. C’était bien, il le savait. Queen Monzee-ay était concentrée sur la façon dont il jouait, ne lui adressant que de brefs sourires. Elle s’approcha de lui et rit, C’est toi les croûtons mon garçon![…]

Lorsqu’ils s’arrêtèrent pour faire une pause Sarah et elles lui firent des révérences amusantes et lui-même s’inclina de manière ridicule. Queen Monzee-ay demanda, Depuis combien de temps est-ce-que tu joues de l’accordéon, Murdo ? »

Sur scène, Queen Monzee-ay chante un titre de Clifton Chenier qui fut le premier à utiliser l’accordéon pour jouer du blues.

Je veux dire à quel point l’auteur parvient à nous rendre vivant, authentique, touchant ce jeune Murdo qui sans cesse gamberge -l’écriture réussit à la perfection à rendre ses ruminations, ses pensées obsessionnelles -, et c’est un garçon foncièrement gentil (non, ce n’est pas un gros mot ), sans violence mais avec en lui un sentiment profond d’injustice pour la mort si jeune de sa sœur qu’il adorait et pour celle de sa mère qui manifestement faisait le lien entre lui et son père. La relation avec le père est faite de non-dits, parfois on a le sentiment d’une tension très forte, mais ça retombe toujours, pas un mot plus haut que l’autre, pas d’éclat, mais alors reste quelque chose , une incompréhension, une crainte de Murdo du jugement de son père. 

Murdo parle de sa sœur à tante Maureen, totalement bouleversant:

« C’est pas des souvenirs, elle est là, c’est tout. Murdo jeta un coup d’œil aux autres femmes. Elles écoutaient.T’entends ça dans les chansons. Je serai toujours avec toi, et c’est vrai. Eilidh est toujours avec moi. C’était ma grande sœur et c’est toujours ma grande sœur et ça me fait pleurer quand j’y pense. Je le sais. Murdo haussa les épaules. C’est plus fort que moi. J’arrive pas à m’en empêcher et je m’en fiche. Si elle avait pas été là quand maman est morte je sais pas ce qui se serait passé. C’est Eilidh qui m’a aidé à tenir le coup. Murdo secoua la tête et garda les yeux fixés sur le tapis. Je me fiche de Dieu et de  Jésus et de tous ces trucs-là, je suis désolé, les gens disent qu’elle est partie et qu’elle est avec Jésus, je suis désolé mais c’est pas vrai, elle est avec moi. Elle a vécu sa vie. C’est la seule qu’elle a eue. Ma grande sœur, c’était une fille super et une vraie personne. C’est ma grande sœur, voilà qui c’est. »

Je veux louer le style, l’écriture très particulière de James Kelman, le mode narratif choisi pour cette histoire triste mais qui rayonne pourtant de la personnalité si attachante de Murdo. On l’aime ce garçon, on a envie en fait de le consoler. Il ne juge jamais, il observe et a des idées parfois bien arrêtées, mais reste curieux en particulier en regardant, écoutant la petite communauté pieuse autour de l’oncle et de la tante – ce qui donne à l’auteur l’occasion d’une « étude » de cette société semi-rurale ou plutôt  semi-urbaine. La tante Maureen, qu’il va adorer, saura lui prodiguer les gestes tendres et consolateurs, les signes d’affection dont il est privé. Vraiment Murdo m’a beaucoup émue. Tout va s’éclairer dans sa vie quand il suivra la route de Lafayette en douce et retrouvera ses amis, quand il montera sur scène avec la reine du zydeco Queen Monzee-ay et ses musiciens. Quand il sera discrètement amoureux de la jolie Sarah.

Queen Ida, la première femme accordéoniste à diriger un groupe de zydeco, le Bon Temps Zydeco Band

Murdo découvre le festival de Lafayette

« Les gens engloutissaient des plats à emporter et buvaient de la bière. Partout où tu regardais. Des hamburgers et d’autres trucs. Il avait besoin de manger. […] Les gens dansaient dans la rue, vivement éclairée dans le noir. Il y avait de tout. Les types portaient des chapeaux de cow-boys, des gilets et des jeans. Les femmes portaient n’importe quoi, shorts et jupes courtes; sandales, bottes de cow-boy de couleurs vives, talons hauts, jupes longues, jeans, n’importe quoi. Plein de jeunes partout. »

 

La fin est belle pour ce roman si particulier dans son écriture, dans la façon lancinante de faire s’exprimer Murdo – c’est ce qui en fait vraiment sa personnalité, son originalité – et Murdo est inoubliable. La joie de Murdo passe par son accordéon, par la musique qui lui permet mieux que tout autre moyen d’exprimer tout ce qu’il retient en lui. Quand il reçoit en cadeau l’accordéon turquoise :

« Murdo s’assit sur la chaise avec l’étui sur les genoux et 

l’ouvrit.

Le turquoise se trouvait à l’intérieur. C’était le turquoise. Murdo le regarda en fronçant les sourcils, le turquoise. Ils avaient oublié de le changer. […] C’est pas le bon accordéon, dit Murdo.

Quoi ?

C’est pas le bon. Murdo secoua la tête et s’apprêta à le sortir, mais le laissa à l’intérieur. Joel avait dû voir celui qu’il avait acheté chez le prêteur sur gages en ouvrant l’étui. C’était son étui, alors quand Joel l’avait ouvert il avait forcément vu l’accordéon. Il avait dû le sortir pour mettre le turquoise à la place. Il l’avait donc sorti, puis il avait mis l’autre, le turquoise. Murdo le regardait fixement. Il regarda papa. Papa, dit-il, ils me l’ont donné. Papa…

Quoi ?

Papa. Murdo se mit à pleurer.

Papa se pencha sur lui.

Murdo ferma résolument les yeux pour tenter d’arrêter les larmes mais il n’y arrivait pas, n’arrivait pas à arrêter de chialer. Je suis en train de chialer, dit-il. Je suis en train de chialer papa je chiale tout le temps. »

Et je vous laisse le plaisir de lire la suite de cet extrait en lisant ce très beau roman.

Un livre puissamment émouvant.

« La folie Tristan » – Gilles Sebhan – Rouergue/Noir

« La mue

Une blessure est une blessure, si légère soit-elle, même imperceptible, c’est déjà une modification du corps, un pas vers un autre soi-même, un adieu à ce qu’on était avant la déflagration, pensa Dapper en grimaçant tandis qu’un médecin aux gestes précis s’appliquait à refermer sa plaie. La balle avait traversé l’épaule, sans dommage, comme venaient de le révéler les radiographies. Autour de lui, le lieutenant sentait l’air de la pièce vibrer, peut-être à cause du néon dont la lumière tombait sur le Skaï bleu de la banquette où il se trouvait à demi allongé. Dapper avait toujours soigneusement évité les médecins. »

J’ai retrouvé le lieutenant Dapper et l’écriture de Gilles Sebhan avec une certaine appréhension tant j’avais trouvé l’opus précédent perturbant ( « Cirque mort » ) . Car il s’agit bien d’une suite, mais ici l’aspect enquête est plus prégnant, et si évidemment la psychiatrie avec l’ineffable docteur Tristan sont encore au cœur du roman, d’autres sujets sont abordés et les enquêtes sont plus présentes. Je dis « les enquêtes » parce qu’il va se passer pas mal de choses. Le roman débute sur Dapper à l’hôpital. Il a reçu une balle et vient se faire soigner, là-même où son fils Théo a été suivi à la suite de l’enlèvement de trois mois dont il a été victime. Une des enquêtes est celle menée discrètement par un gros jeune homme, envoyé par le journal pour lequel il travaille afin d’en savoir plus sur cet événement .

« À vrai dire, son article était presque terminé. Ne restait plus qu’à vérifier quelques informations et puis, si tout se passait bien, à intégrer ce coup de théâtre dans le final de son histoire. Évidemment, ces récits ne valaient pas les recueils de poèmes que le garçon tirait lui-même avec son imprimante sur du papier coloré, ces plaquettes dans lesquelles parfois il recyclait des bouts de ses enquêtes et qui n’atteignaient jamais que quelques amateurs éclairés. Durant son séjour, dans un petit carnet, il avait ainsi noté un poème sur l’assassinat des adolescents, un autre sur l’arbre de pierre qui se dressait dans la chapelle, mais surtout il avait couché sur le papier son poème préféré, un hymne à la jeune bibliothécaire qui s’intitulait tout simplement Viviane et dans lequel il l’évoquait comme une figure fée. »

La seconde enquête – pas la moindre, on le verra –  va être celle que Dapper va mener à titre personnel pour retrouver les traces de sa mère et une explication à son abandon, et enfin l’enquête de police pour retrouver une femme, Marlène Cassandra, coiffeuse, qui était passée voir Dapper pour déposer une plainte : elle avait failli être enlevée. Et elle le sera pour de bon:

« Ce que Marlène Cassandra appelait institut de beauté n’était au fond qu’un salon de coiffure amélioré, où il était possible, en plus d’une permanente, de se faire orner les ongles de motifs pailletés. Mais Marlène avait appris avec le temps l’importance des mots dans l’ordre social. Elle était née pauvre, ses parents vendaient des casseroles sur les marchés, elle avait dû quitter l’école assez rapidement et se débrouiller seule. Elle était du genre qui plaisait aux hommes mariés. Dès la fin de l’adolescence, elle se faisait inviter dans des pizzerias, à d’agréables week-ends extraconjugaux dans des maisons de campagne.Cette vie n’avait pas été déplaisante, mais elle avait maintenu Marlène dans l’attente de mieux. Cette attente n’avait pas été comblée. Elle avait été brièvement mariée, en avait conçu une amère déception. À quarante ans, elle vivait seule dans une maison de poupée. »

La clé de voûte apparaît clairement à la toute fin du roman, dans le vieil hôpital où exerce le sulfureux et colérique Dr Tristan. L’atmosphère est inquiétante, tendue; entre la difficulté de Dapper à renouer avec son fils Théo qui a beaucoup changé, son couple avec Anna qui bat sérieusement de l’aile, ses alertes de santé qui lui donnent des sueurs froides, émerge dans la vie de chacun des personnages l’idée de la filiation, du secret, de l’abandon et des troubles plus ou moins sévères que ça peut générer.

Mon personnage préféré est Marlène, et celui qui m’a fait peur, c’est Théo. ( une scène sidérante à la fin du livre…) On retrouve également Ilyas qui fait vraiment de la peine dans ce second volet…Si vous lisez, vous comprendrez ! C’est un livre riche, resserré ( 172 pages ) ce qui lui donne sa force. L’imbrication des différentes vies, enquêtes, troubles – et il y en a… – donne au tout quand même un sentiment assez oppressant. Certains passages font carrément peur  -enfin, à moi ! – et puis, et puis eh bien ça donne à réfléchir, et ça, ça ne peut pas faire de mal !

Je termine avec un aperçu de la pensée vénéneuse du Dr Tristan:

« Un traumatisme, pouvait-on lire dans les ouvrages spécialisés, est une expérience de violence hors du commun au cours de laquelle l’intégrité physique et psychique d’un individu se trouve menacée. La gamme des événements traumatisants est large: violence physique, violence sexuelle, guerre, découverte inopinée d’un cadavre, suicide d’un proche. Quelle beauté, pensa Tristan, devenir soi-même un traumatisme, être l’origine pour quelqu’un de l’événement qui bouleversera sa vie entière et donnera telle une fleur tout juste hybridée une floraison nouvelle. Devenir soi- même le vecteur d’une folie neuve. »

En tous cas, écriture affûtée comme un scalpel, j’ai beaucoup aimé et ai été parfaitement captée par le sujet. Je pense que lire le précédent avant est plutôt bienvenu pour la perception et la compréhension de certains des personnages, comme Ilyas ou Théo, et Tristan bien sûr. 

Gilles Sebhan nous prépare-t-il un autre volume ? Il y aurait un intérêt certain à suivre un peu Théo, j’aime bien Stella aussi, que deviendra-t-elle ? Mais c’est juste mon avis de lectrice.

« Dernière journée sur terre » – Eric Puchner -Nouvelles- Albin Michel/Terres d’Amérique, traduit par France Camus-Pichon

« Couvée X

C’était l’été des cigales. Elles vivaient sous terre depuis dix-sept ans, et soudain émergeaient de leurs galeries, grimpaient dans les arbres et sur les poteaux télégraphiques, se libérant de leur corps et déployant leurs ailes. Elles laissaient leur ancien moi accroché aux branches, telle une copie conforme en verre. »

C’est quand on termine ce recueil de nouvelles qu’on comprend l’intérêt de celle-ci en premier, on comprend ces cigales qui stridulent tout l’été à rendre fou tout le monde autour. Et on comprend bien surtout l’image, l’idée de cette mue « après 17 ans « , métaphore évidente de la fin de l’adolescence. Et bon choix donc pour le début du recueil. Une fois encore sont explorés ces rouages mi-biologiques, mi-psychologiques des âges de la vie et leurs effets sur les familles, la famille…Mais je préfère « les » parce que nous savons parfaitement que cette alchimie mystérieuse qu’est censée être la famille n’est pas toujours magique, pas toujours chaleureuse et aimante, que parfois tout ça dysfonctionne à fond et même, ça explose…on le sait hélas tous de près ou de loin. Tenez écoutez comme c’est agaçant – multipliez par un grand nombre de cigales… – )

Eric Puchner décrit avec humour, intelligence, sensibilité et de plusieurs points de vue ces « structures » que sont les familles. J’ai clairement beaucoup aimé la première nouvelle, « Couvée X » franchement drôle , « Être mère » et « Dernière journée sur terre », j’ai adoré « Expression » et « Trojan Whores Hate You Back », les autres moins, même s’il y a de bonnes idées, je les ai trouvées moins abouties et en tous cas elles m’ont moins touchée. Restent les 5 citées ci-dessus. Je vous en présente juste les grandes lignes, je passe sur la première, bruissante, chaude, très chaude, pleine de jeunesse et si caractéristique des questions de l’adolescence. Juste la fin:

« Pendant un jour ou deux, nous avons écouté tout ce que chacun disait. Mon père roucoulait à l’oreille de ma mère au dîner et je croyais entendre ses grivoiseries, tellement j’avais envie que ce soit vrai. « Allez, sortez ! Interdit aux enfants », s’écriait ma mère en gloussant, et nous allions grimper aux arbres ou marcher pieds nus sur la pelouse, avec l’impression de pouvoir rester dehors pour toujours. »

Dans « Être mère », deux sœurs; Margot, mariée et mère de deux enfants, Floyd et Ellory.  Belle selon sa sœur Jess qui elle est seule, suicidaire et envieuse, surnommée fort aimablement Tatie Marteau par tous mais en secret ( secret qui sera dévoilé sans grand ménagement); la jalousie, la demande d’amour, le manque la rongent et c’est elle qui m’a touchée ici dans de très belles pages où son histoire de vie est résumée, d’échecs en chagrins et déconvenues, comportements à risques divers jusqu’au suicide – raté – pour finir sous cachets et chez sa sœur et sa jolie famille.

De retour de la fête d’Halloween, Jess et son premier vrai contact affectueux avec Ellory sa nièce:

« Ellory s’assit sur son lit: »Tu as essayé de te faire du mal? »

Jess acquiesça de la tête.

« Pourquoi? » […]

« Difficile à expliquer. » […]

« Quelque chose ne va pas dans ton cerveau, dit posément Ellory, comme si cette idée venait de l’effleurer.

-Exact.

À la grande surprise de Jess, une larme noircie par le mascara roula sur la joue de sa nièce.

« Est-ce que mon père va guérir?

-Bien sûr » répondit Jess, même si, en vérité, elle n’en avait pas la moindre idée. Elle avait accepté la version des choses données par Margot sans plus y réfléchir. Elle contourna le pied du lit et alla s’asseoir à côté de sa nièce.

« Oui, absolument.

-J’ai tout le temps des idées noires. Peur qu’il meure, par exemple. » Ellory se sécha les yeux avec le dos de la main. « Moi aussi j’ai quelque chose qui ne va pas dans mon cerveau. » »

L’auteur n’est pas ici impitoyable et répartit équitablement, finalement, les coups durs et les chagrins.

Dans « Dernière journée sur terre », un couple disloqué, une mère abandonnée qui boit beaucoup trop et sait marcher sur les mains, et des chiens trop vieux qui reviennent à la vie sur une plage avant d’être piqués. Le fils jeune encore se comporte comme un adulte, il est réfléchi, sensible, assez désemparé mais tente de trouver un remède aux chagrins des uns et des autres, y compris des siens. Il observe sa mère marchant sur les mains devant lui pour la première fois.

« J’eus le sentiment que ce serait la seule fois que je la verrais marcher sur les mains. Après cette journée, l’occasion ne se représenterait pas. Mais là, elle pouvait encore le faire, elle pouvait encore me surprendre par ce talent inutile. Le soleil brillait derrière elle, apparaissait par intermittence entre ses jambes, et quelqu’un nous observant à l’autre extrémité de la plage aurait même pu nous prendre pour deux adolescents. Elle continua sa progression chancelante, au risque de tomber, tandis qu’autour d’elle Shorty et Ranger aboyaient et l’éclaboussaient, agitant leur queue, ignorants de ce qui les attendait. »

Quant à mes deux préférées, d’abord « Expression » parce que c’est une histoire d’amitié, de trahison aussi et de honte enfin. C’est une des plus achevées du recueil, une des plus longues, à la fois drôle et triste dans un juste dosage. Le narrateur est adolescent, au lycée où il excelle en cours d’anglais. Il a de très bonnes notes et sait écrire. Aussi va-t-il être envoyé par ses parents durant les vacances dans un « camp » ayant pour thème les arts et lettres, lieu qui reçoit de jeunes gens doués dans un domaine ou un autre et situé dans le Massachussets au grand désespoir du garçon:

«  »Je ne veux pas être un artiste », protestai-je. J’associais les artistes à cette catégorie d’adolescents que ma mère trouvait « intéressants ». De plus, j’avais une petite amie, la première de ma vie, avec laquelle je faisais des progrès, lents mais prometteurs, sur le trampoline de son jardin. L’été s’étendait désormais devant moi comme un paysage de souffrance érotique.

« Les écrivains se nourrissent de leurs expériences », répondit mon père. Il avait passé une licence de littérature française et sortait parfois ce genre de choses. « Ça enrichit leur imaginaire. »

Ma sœur pouffa de rire, la bouche pleine de corn-flakes.

Elle était jalouse, car elle-même n’avait aucun talent particulier. « Il n’a que quinze ans, bon sang !

-Rimbaud a écrit son premier poème immortel au même âge, répliqua mon père.

-Moi je préfère être immortel à la maison », dis-je.

Mon père poussa un soupir.[…]

Ainsi me retrouvai-je au Massachussets, dans un camp de vacances pour jeunes artistes. En fin de compte, ce n’était pas du tout un camp de vacances, mais un collège universitaire au milieu de nulle part qui, l’été, se transformait en un lieu où se débarrasser de ses gosses. Mon copain de classe s’appelait Chet Turnblad. »

Chet lui, joue du trombone comme un dieu. Au début, ce garçon étrange va intriguer notre écrivain en germe, puis va se créer un lien fort entre les deux garçons, de ceux qui se nouent à ces âges, à la vie à la mort et qui n’endurent aucune trahison, grande ou petite. Avec humour et tendresse, l’auteur décrit ici très très justement ces amitiés d’ados, avec les rires tonitruants, un peu trop, qui cachent les larmes, et si la vie de notre narrateur est plutôt tranquille, faite d’amour et d’attention, celle de Chet est autre. Le soir, au coucher dans le camp de vacances:

« Chaque soir ça recommençait: un petit son discret qu’on pouvait prendre pour autre chose, jusqu’à ce qu’émerge une voix entrecoupée de reniflements et de sanglots incoercibles. Je n’abordais jamais le sujet avec lui. »

Et notre adolescent va entreprendre l’écriture d’un roman sur Chet, ce qu’il imagine de sa vie, ce qu’il va en apprendre. Entre autres que Chet a une sœur jumelle sur laquelle l’écrivain va fantasmer. Et ainsi, Jason Blake ( c’est son nom ) sera une sorte d’ogre qui va dévorer, digérer, transformer la vie de Chet et sa famille avec, pour en faire une œuvre à sa façon, s’emparant des drames de son ami pour nourrir sa fiction.

Chet est un merveilleux personnage, vraiment –  sa sœur aussi –  je dirais un peu, excusez-moi, cerné par les cons. On va mettre ça sur le compte du manque de maturité, sur le compte des hormones en ébullition qui faussent certaines perceptions, je ne sais pas, en tous cas, Jason sort bien peu glorieux de ce moment de sa vie, plein de honte. Mais cette histoire est très très touchante, bien que développée sur un ton comique ou plutôt ironique parfois. C’est un peu ce mélange qui régit nos vies adolescentes, passer du rire aux larmes, cacher sa peine derrière de bonnes grosses blagues…

« Alors, qu’as-tu appris à ton atelier d’écriture? » demanda mon père, et je récitai une série de consignes. Montrer, ne pas raconter. Écrire sur ce que l’on connaît. Rester patient – il faut des années pour terminer certaines nouvelles, et elles ne sont jamais comme on voudrait. » 

Quant à la seconde qui m’a bien emballée, c’est cette aventure improbable vécue par un vieux groupe punk dans un état assez pitoyable, j’ai beaucoup ri et pourtant c’est triste…oui, je sais, c’est en fait pathétique, et le ton de l’auteur est plein de dérision et s’attaque aux rêves, aux illusions perdues sans pleurnicher. Mieux vaut en rire pourrait être sa devise en particulier sur cette histoire. Moi j’en ai ri. 

Tout commence sur l’autoroute I-5 qui descend vers Los Angeles, un vieux van conduit par Alistair qui a une bursite dans une épaule et fait de l’apnée du sommeil, Glenn son ami d’enfance et Vlad assis sur un coussin anti-hémorroïdes et ami de Stew, un python apprivoisé ( ce qui fait que le van transporte aussi quelques rats ). Le groupe Trojan Whores Hate You Back renaît de ses cendres grâce à une réimpression de leur album éponyme et s’en va donner un concert, un talk show dans une galerie marchande retransmis sur le net. « Notre seule chance »de faire le buzz » affirme Glenn toujours flanqué de sa Bible. Je ne vous raconte pas bien sûr, mais ici règne la nostalgie, être et avoir été qu’on aimerait rendre compatibles mais ne le sont pas, accepter le temps qui passe, les illusions perdues, régler quelques vieux comptes…alors on boit, on fume, on fait encore des expériences, n’empêche que la nuit le respirateur aide à rester en vie…

« Le soleil, qui perçait faiblement à travers le brouillard, réchauffa le visage d’Alistair. Il avait été atterré la dernière fois qu’il avait vu Stew manger un rat, mais là, assis avec Vladimir à le regarder faire, il éprouvait un étrange soulagement. On n’attendait rien de lui – pas même qu’il apprécie. Stew déglutit peu à peu la queue du rat, comme s’il mangeait sa propre langue. Il ne semblait pas conscient d’avoir un public. Vladimir proposa son inhalateur à Alistair et eut l’air surpris qu’il accepte. On aurait dit une bouffée de soleil. Le serpent laissa retomber sa tête et ne bougea plus pendant un long moment. Alistair, en proie à un remords soudain, se demanda si le spectacle était terminé, mais bien sûr il ne s’agissait pas d’un spectacle. C’était sa vie. »

Si tout ne m’a pas vraiment emballée dans ce recueil reste que l’écriture est bonne – y compris sur les textes dont je ne parle pas, qui m’ont laissée « au bord » plus par le sujet ou la façon de le traiter, comme « Des monstres magnifiques » – mais reste pour l’auteur un sens de l’humour, de la dérision et beaucoup de tendresse et d’indulgence pour ses personnages qui rendent cette lecture agréable et facile. J’aime beaucoup les nouvelles, mais si je devais mettre en avant dans cette collection d’autres recueils, je reparlerais sans hésiter du superbe livre de Robin McArthur « Le cœur sauvage » puis du formidable « Le paradis des animaux » de David James Poissant ou encore « Courir au clair de lune avec un chien volé » du jeune Callan Wink, que je trouve plus homogènes et dont les lieux et sujets globalement m’ont plus touchée.

De retour dans leur quartier d’origine, Alistair et Glenn cherchent leur disquaire qui a laissé place à une fromagerie. Chez Twig ils avaient découvert alors des groupes  comme Sonic Youth

 

« La coupure » – Fiona Barton – Fleuve Noir, traduit par Séverine Quelet

« Mardi 20 mars 2012

« Emma

« Mon ordinateur m’accueille avec un clignotement complice lorsque je m’installe à mon bureau. Je le salue d’une pression sur le clavier et une photo de Paul apparaît à l’écran. […] Je veux lui rendre son sourire mais, en me penchant vers l’écran, j’y surprends mon reflet et cette vision me stoppe net. Je déteste me voir sans y être préparée. Je ne me reconnais pas, parfois. On croit savoir à quoi on ressemble et c’est une inconnue qui nous dévisage. Ça me fait peur. »

J’avais fait la connaissance de Kate, journaliste émérite dans le premier roman de Fiona Barton, « La veuve« , Kate alors qualifiée en 4ème de couverture de « journaliste sans scrupules ».

Ce premier roman m’avait bien accrochée avec sa forme narrative à plusieurs voix et son sujet, déjà le mensonge et la vérité, la complexité de tout ça mêlé dans la vie des gens.

Revoici Kate dans une enquête journalistique qui va à nouveau mettre en question mémoire, souvenir, mensonge, déni tout en peignant avec justesse les relations mère-fille et les traumas de l’enfance, de l’adolescence, les actes violents qui affectent une vie entière, bref, un large spectre des choses de la vie.

Ma lecture du roman très fort et perturbant de Dan Chaon m’a menée vers ce livre-ci, plus facile à lire, mais néanmoins bien construit – sur le même modèle que le précédent – et addictif comme le précédent. J’ai donc bien aimé cette histoire en fait très noire racontée d’un ton « léger » en tous cas sans mièvrerie ni exagération mélodramatique.

Tout commence avec le corps d’un bébé retrouvé enterré sur un chantier. Kate va immédiatement se pencher sur ce fait, d’autant que l’affaire semble complexe : difficile de dater le corps, le quartier dans lequel il est déterré a beaucoup changé, les gens qui y vivaient dans les années 70/80 ont changé de nom pour les femmes ou ont déménagé…Mais notre journaliste, épaulée par des contacts utiles dans la police, puis flanquée d’un jeune stagiaire à dégrossir va mener tambour battant une enquête qui s’avérera éprouvante à plus d’un titre. Fiona Barton nous immisce dans la vie des femmes en cause dans l’histoire, Emma, Angela, Jude, la voix de Kate et comme dans le précédent roman, un seul chapitre où s’exprime la voix d’un homme, Will.

Emma:

« En ce qui me concernait, les élans romantiques demeuraient dans mes cahiers et mon journal intime. […] Il y avait eu un échange de baisers innocents derrière la maison des jeunes, une mise en pratique de la théorie apprise dans le magazine pour ados Jackie, mais je préférais de loin m’épancher par écrit sur des amoureux imaginaires. Mes fantasmes étaient plus sûrs. Et nécessitaient moins de salive. »

« Les pages de ce cahier ordinaire sont remplies de mon écriture en pattes de mouche. Mes années d’adolescence. C’est drôle que j’aie divisé ma vie en tranches de temps. Comme si j’étais plusieurs personnes. Je l’étais, je suppose. Nous le sommes tous. »

Emma et Angela qui vivent avec une souffrance terrible liée au passé, l’une dans le secret et l’autre à visage découvert, toutes deux épaulées d’un mari attentionné, patient…

Angela:

« Elle allait se mettre à pleurer, elle le savait. Elle sentait les sanglots monter, enfler, obstruer sa gorge, l’empêcher de parler. Elle s’assit sur le lit une minute afin de repousser le moment fatidique. Angela avait besoin d’être seule lors de ses crises de larmes. Au fil des années, elle avait tenté de les combattre: elle n’était pas une pleureuse. Son travail d’infirmière et sa vie de militaire l’avaient endurcie et blindée contre tout sentimentalisme depuis fort longtemps.

Pourtant, chaque année, le 20 mars faisait exception. »

Jude qui est la mère égocentrique d’Emma qui se veut encore jeune, belle, séduisante, et qui est en fait peu aimante.

« Elle avait été trop honnête avec Will, elle s’en rendait compte aujourd’hui.[…]Elle avait même suivi son conseil et poussé Emma hors du nid quand sa fille était devenue difficile.

« Qui aime bien, châtie bien, Jude. Tu verras. c’est ce dont elle a besoin. »

Elle l’avait fait. Elle avait dit à son enfant qu’elle devait partir. L’avait aidée à faire sa valise. Avait refermé la porte derrière elle. Emma partie, Jude avait mis toute son énergie dans sa relation avec Will, elle lui courait après, essayant d’anticiper ses moindres désirs. »

Je peux dire sans rien dévoiler que Fiona Barton écrit de beaux et justes portraits de femmes. Même si ses personnages masculins sont pour certains pleins de bienveillance, même si les femmes de ses livres sont parfois bien perturbées – ou manipulatrices, menteuses, voire méchantes … – on peut dire qu’elle démonte, décortique très bien les faits pour remonter à la source des troubles, que l’on excuse ou pas. Je rajoute que les personnages secondaires sont eux aussi souvent intéressants, et bien dessinés en quelques mots, comme Melle Walker:

« Kate posa son calepin à côté d’elle, pour signaler à Melle Walker que leur conversation n’avait rien d’officiel.

Plus jeune que Kate ne l’avait cru de prime abord, la femme devait avoir la soixantaine, mais elle semblait usée par la vie. Elle avait une allure un peu bohême; des couleurs vives qui égayaient un visage fatigué. Kate nota l’éclat roux patiné de sa teinture maison et le fard qui s’était amassé dans le pli de la paupière supérieure. »

Bon, Jude ne m’a pas été fort sympathique…Et finalement Kate, censée être sans scrupules est plutôt attachante. Enfin la fin spectaculaire est bien amenée. On voit donc naître ici une série, je pense, et ça me plait parce que Kate est un personnage intéressant que Fiona Barton j’espère creusera; l’écriture est bonne, chaque voix a son tempérament. J’aime aussi le fait que tout prenne son temps, sans brusquerie, ça rend la chose aussi plus crédible, et puis ça m’a permis une lecture de détente sans idiotie.

Un livre pour un large public, j’ai toujours aimé ça !

Et on écoute ceci avec Emma adolescente, années 80 ( version « relookée »  sinon c’est le minet bronzé brushé, un peu trop pour moi ! )

« Les fils de la poussière »- Arnaldur Indridason – Métailié Noir/ Bibliothèque nordique, traduit par Eric Boury

« De loin, le bâtiment ressemblait à une prison. Il n’avait été ni rénové ni entretenu depuis des années. On avait procédé à des coupes claires dans le système de santé, ces réductions budgétaires retombaient toujours sur les hôpitaux comme celui-là. Une lumière jaunâtre filtrait à chaque fenêtre, éclairant la nuit noire de l’hiver. C’était un mois de janvier glacial, l’imposante bâtisse semblait grelotter, isolée au bord de la mer, au milieu de son grand parc sombre planté d’arbres. »

Ma reprise en lecture -un peu lente je le sais, mais c’est comme ça – est bien relancée avec ce premier roman du grand Indridason. On sait tous que nombre d’éditeurs sont tentés de sortir des tiroirs ces premiers opus quand la suite a bien marché et parfois, c’est bien dommage. Chez Métailié, c’est autre chose, cette belle et grande maison a eu ici une idée judicieuse et qui m’a beaucoup intéressée.

Tout d’abord voici le retour tant attendu d’Erlendur le Taciturne ! J’en était sûre, mais je ne l’envisageais pas ainsi, ce retour, qui est en fait une genèse. On retrouve l’inspecteur et son adjoint Sigurdur Oli, les deux sont déjà dans une relation conflictuelle intéressante et Erlendur est déjà pas très commode. Mais l’intérêt de ce livre réside surtout sur le fait que l’on trouve en germe plusieurs des enquêtes qui seront menées dans les romans suivants, y compris dans la Trilogie des Ombres; ce côté m’a beaucoup amusée, et je me dis que décidément cet auteur est un malin ! On dirait presque que son œuvre est ici comme planifiée, comme une préface à toute cette série qui m’a tant captivée. Alors de ce fait, les personnages d’Erlendur et de Sigurdur Oli sont juste ébauchés dans leur caractère et leur histoire, l’intrigue par elle-même n’est peut-être pas la plus captivante de toutes, mais elle contient les centres d’intérêts sur lesquels se focaliseront les autres livres comme la science et ses dérives, l’alcoolisme et ses effets comme la violence sur les femmes et sur les enfants, les « métastases » de la guerre et la Situation, la rudesse du pays.

Quand Erlendur, sobrement, exprime un point de vue,et par ce biais nous lève une partie du voile sur son histoire, ses origines et son caractère:

« -J’étais justement dans une classe de cancres, fit remarquer Erlendur. J’ai sans doute une intelligence à peine moyenne, je ne sais pas me comporter correctement, mais je suis aussi issu d’une famille pauvre et je crois savoir que c’est un facteur important dans la constitution de ces fameuses classes. J’ai quitté l’école après le certificat d’études. Je n’ai jamais eu envie d’apprendre pendant ma scolarité et personne n’a jamais eu envie de m’enseigner quoi que ce soit. Mon sort a été scellé dès que je suis entré à l’école et on ne m’a jamais donné ma chance. Voilà les conséquences des classes de cancres. Mais vous trouvez peut-être qu’y mettre certains élèves était une manière de les encourager. »

 

L’histoire de l’Islande est évoquée ici encore avec les écoles, la malnutrition, la misère matérielle et sexuelle, la pédophilie, la culpabilité et l’exploitation des faibles par les forts – inépuisable sujet -.

À travers le drame de Palmi et de son frère Daniel, à travers la vie et la mort de Halldor, on entre dans le monde atroce de la déviance sexuelle mais aussi de la déviance « scientifique » qui par une sorte de délire eugéniste veut faire du profit. Inutile que j’en dise plus. Ce qui m’a plu, c’est bien sûr de retrouver Erlendur, sa mauvaise humeur intimement mêlée à son humanité bourrue. L’écriture est déjà impeccable, pas un mot de trop, une sobriété efficace et sûre ( et merci Eric Boury pour comme toujours une traduction impeccable ).

On apprécie alors la manière qu’a eue Indridason sur sa série de creuser chaque personnage, en particulier Erlendur et son enfance, son obsession à propos de la disparition de ce frère perdu dans la tempête, sa fille droguée évoquée ici, son goût de la solitude et son obstination dans son métier, son équipe et la vie et l’histoire de l’Islande.

Grand plaisir donc à lire ce livre et…tout le monde est-il toujours persuadé qu’Erlendur est mort ? Si vous lisez ce roman, allez savoir, peut-être que vous vous direz que non…

« Quoi qu’il en soit, Palmi allait devoir attendre le lendemain pour écouter ces cassettes. Il prit les cassettes sur la table de la salle à manger et les rangea dans le tiroir de son bureau qu’il ferma à clef. Il prépara un thé qu’il but à petites gorgées en observant par la fenêtre du salon les bourrasques qui malmenaient les branches transies dans la cour de l’immeuble. Il mit un disque de Gerry Mulligan sur l’électrophone: When I was a young man, I never was a young man. »

Je vous propose un autre morceau de Gerry Mulligan parce que contrairement à Palmi, je n’aime pas celui qu’il écoute ! ( qui n’est évidemment pas choisi par hasard par Indridason )