« Les lanceurs de feu » – Jan Carson- Sabine Wespieser éditeur, traduit par Dominique Goy-Blanquet ( Irlande )

LesLanceursdefeu« Juin

JONATHAN

Tes oreilles ne sont pas pareilles aux miennes.

Il m’a fallu trois mois pour le remarquer. Quel chagrin. Pas vraiment un chagrin. Une préoccupation. Il y a  tellement de sujets d’inquiétude maintenant que nous sommes deux. Tu n’étais pas là. Et puis tu étais là. Tu n’as pas envoyé de message pour dire que tu arrivais. Tu n’as pas appelé avant. Comment tu aurais pu? N’empêche, c’était un choc. Un matin, j’étais moi. Le lendemain, j’étais nous. Il n’y avait pas assez de temps pour s’enfuir. 

Avant toi, j’avais déjà peur. Mes peurs se répandaient à travers les différentes pièces, et toutes les portes étaient fermées. En passant brusquement d’une pièce à l’autre, je pouvais faire semblant de ne pas voir le fourbi accumulé. Après ton arrivée, il n’y avait plus de lignes pour séparer une peur de la suivante. Mes peurs individuelles se fondaient les unes dans les autres, comme des mares qui se rejoignent follement, jusqu’à ce que je me retrouve avec un lac sur les bras. Je ne pouvais pas en voir le fond. Je ne pouvais pas en voir les rives. J’étais en train de me noyer. »

387px-Detail,_The_sea_fairies_(1911)_(14566821177)_(cropped)Quel livre ! Il faut faire confiance à cette grande éditrice qu’est Sabine Wespieser; elle a un talent sûr pour nous apporter une littérature de premier ordre, comme ce roman inclassable, riche, prenant jusqu’au bout. Et extrêmement original. 

Le roman s’ouvre sur Jonathan Murray, se termine par lui. Il est mon personnage préféré, qui traîne une histoire d’enfant mal ou plutôt pas aimé. Juste cette atroce maltraitance-ci, tout le reste lui est donné, études, logement et ressources. Mais il ne sait pas ce qu’est l’amour ni même l’amitié. Il est profondément seul, seul, seul. Jonathan devient médecin, rencontre une sirène – oui, une sirène qui passe son temps dans sa baignoire- lui fait un enfant que lui gardera. Avec la crainte que la petite Sophie soit une sirène aussi. L’angoisse est donc le quotidien de Jonathan qui ne fera plus qu’un avec l’enfant dans son petit hamac ancré au père.

guy-fawkes-gc6fe21fb4_640Puis il y a Sammy Agnew, père de plusieurs enfants mais soucieux pour Mark, silencieux adolescent qui passe du temps sur son ordinateur, secret, discret, pas bavard… Inquiétant. Pourquoi tant que ça? 

Eh bien parce que nous sommes à Belfast, en juin 2014. On entend que les Troubles sont terminés, mais le chahut ambiant ne dit pas la même chose. La ville, l’Est de la ville est en feu. On approche certes du Douze:

« Ce soir on est le dix. Demain ce sera le Onze, et après demain le Douze. Dans d’autres villes il s’agit simplement de dates, de numéros sur le calendrier d’été. Dans cette ville, le Douze est un jour férié. On le prononce avec une majuscule, de même que le Onze (même si, comme la veille de Noël, cette date ne devient remarquable qu’une fois les lumières éteintes). Le Onze est réservé aux feux de joie, le Douze aux défilés, aux soûleries, et à la commémoration des fières victoires protestantes du passé, King Billy, Guillaume III d’Orange-Nassau. La bataille de la Boyne. […] Cette année, comme une offre trois-pour-le-prix-de-deux, le Treize sera réservé à la finale de la Coupe du Monde. »

Donc avant la date, des feux apparaissent dans divers points de la ville, en dehors des heures d’affluence quand même, magasins, toilettes publiques, hôpitaux, puis sort sur Youtube  – relayée dans les médias – une vidéo sur laquelle apparait un personnage au visage couvert d’un masque de Guy Fawkes, veste à capuche, survêtement noir… Il ne parle pas, exprime sa voix par des pancartes sur fond de « Firestarter » de Prodigy.

Sammy sait, suppose mais au fond sait, comprend que Mark est derrière ce masque et derrière les feux. Il s’en impute la faute, lui qui pendant les Troubles en a allumé, des feux…Sammy ressent une colère et une profonde culpabilité envers lui-même. C’est ce qui l’amènera à consulter le Dr Jonathan Murray .

flames-g39269fcc7_640Bien sûr, les Troubles à Belfast, les Feux, de joie et les autres, les émeutes, etc…tiennent une part importante dans le livre parce que ces désordres dans la ville génèrent ceux des gens dans leur vie personnelle. Jan Carson décrit avec humour pourtant cette vie à Belfast, les voix des habitants, elle trace quelques portraits, nous offre quelques dialogues, discussions de rue ou de comptoir, des bribes saisies ici et là qui mieux que de longs discours disent ou la lassitude ou la perpétuelle colère, la désillusion. Bien peu d’optimisme en fait sur l’avenir de la ville.  Pour moi, ce fond en rage est le prétexte à montrer ce que deviennent et comment vivent les humains au milieu de tout ça, comment ils y participent, comment ils tentent d’y échapper et ce que finalement ils y trouvent ou y perdent. En se questionnant, comme Jonathan et Sammy. 

« Mark est différent. Mark a l’aptitude de faire mal aux gens sans les toucher effectivement. C’est la distance qui l’excite, qui lui donne la sensation d’être Dieu. Cela, Sammy le sait, est une forme de grandeur. Il est parfois jaloux de son fils qui, même à l’âge de huit ans, était plus rapide que son père et sa mère réunis. Cela, Sammy le sait aussi,  est la pire espèce de pouvoir: il est possible de faire baisser les poings et même de les trancher, mais un esprit comme celui de Mark est impossible à restreindre. Il a peur de son fils. Il n’y a en lui aucune douceur, même à l’égard de sa mère. »

Le cœur du roman est pour moi la paternité, l’angoisse qu’elle génère, la tension, l’inquiétude, tout ça porté par une vague d’amour qui submerge même la raison.

« Cinquante pour cent d’elle est à moi. Je ne l’ai pas abandonnée. Je l’ai sauvée qui pataugeait dans l’évier. Et je l’ai sauvée. J’ai bien l’intention de la garder au moins dix-huit ans. Je me demande si ça ressemble à ça tomber amoureux. » 

baby-gd36a95225_640Ainsi Jonathan, qui tomba amoureux – fut séduit- par une sirène est terrifié à l’idée que la petite Sophie -la moitié de lui –  soit comme sa mère une sirène. Et lisant ce qu’il envisage dans juste la crainte que cette hypothèse se réalise, on sent à quel point d’une part il aime sa petite et à quel point elle lui fait peur. Terrible, non? Et c’est terrible jusqu’au bout. Mais je le dis comme je l’ai ressenti, Jonathan et Sophie sont deux êtres en osmose, il y a là une communauté de peau, de regard, la petite est toujours contre son père, elle vit bien, grandit bien. Et ne parle pas. Pas encore. Et c’est très très émouvant, et ça donne presque envie de revenir à ça, qu’on l’ai connue ou pas, cette fusion-là, ça donne envie un tel amour. Bien qu’il soit enveloppé d’une angoisse affreuse. Mais toutes ces peurs rendront Jonathan plus courageux et plus fort. Je les ai aimés, ces deux-là, vraiment.

Quant à Sammy, il va donc finir au cabinet de Jonathan, rongé par la peur pour son fils et par la culpabilité, le sentiment de faillite de son rôle de père.

« Alors Mark aurait pu mal tourner même si on l’avait éduqué autrement?

bonfire-g2215aa630_640-Je crois bien, Sammy. Je n’ai aucune preuve scientifique de cela, mais je l’ai observé à maintes reprises. De très bonnes personnes élèvent parfois de très mauvais gosses. Il n’y a pas grand-chose que vous pouvez faire si vous avez un enfant méchant sur les bras. Je ne veux pas impliquer pour autant que votre fils est méchant.

-Impliquez tout ce que vous voulez, mon pote. On doit bien avoir en soi un côté sombre pour préméditer le genre d’actions qu’il a rêvées cet été.

-Ça marche aussi dans l’autre sens, Sammy. J’ai vu des gosses grandir en bien alors qu’on les traitait vraiment très mal. Prenez moi, par exemple. Mes parents ne m’aimaient pas. Ils ont montré clairement qu’ils n’avaient même pas envie de moi et pourtant me voilà, un être humain entièrement opérationnel, un médecin, un père, un type plutôt correct. »

Je m’arrête là, ce roman est d’une richesse littéraire impressionnante. Par son écriture très évocatrice, puissante, précise, avec ce qu’il faut d’humour, toujours. Il y est aussi question des Enfants Infortunés, qui en courts chapitres sont décrits. Ce sont comme des contes où se mêlent la mythologie et l’idée de différence, comme ‘Le garçon qui a des roues à la place des pieds » , ou Ella Penney « La fille qui ne pouvait faire que tomber »

« -Prête? crie son père.

-Prête », répond Ella.

Quatre mètres plus bas il retire l’échelle et recule pour mieux voir. Sa mère a sorti la caméra vidéo. Ella déplie les bras, laisse ses ailes se déployer comme des voiles roses bercées dans la brise. Elle plie les genoux et donne une poussée. Pendant une infime seconde elle prend de la hauteur. Ce n’est qu’une seconde, mais, pendant ce court moment, Ella y croit toujours. Puis la gravité la saisit par les chevilles et l’attire en bas vers le sol. Elle atterrit avec une roulade. Elle s’est entraînée à réduire l’impact. Il suffit d’un nombre restreint de fois où on tombe avant de devenir un expert et Ella n’est bonne qu’à tomber. »

640px-WATERHOUSE_-_Ulises_y_las_Sirenas_(National_Gallery_of_Victoria,_Melbourne,_1891._Óleo_sobre_lienzo,_100.6_x_202_cm)

et puis il y a les sirènes

« Sirène

1-Appareil servant à produire un long signal, très puissant, utilisé comme moyen d’appel ou d’alerte

2-Mythologie grecque, chacune d’un groupe de femmes ou de créatures ailées dont le chant attirait des marins imprudents sur les écueils. »

C’est ainsi que Jonathan, séduit par une sirène se retrouve papa de Sophie.

« La peau intacte de ses talons et de ses paumes, lisses come un galet drossé par la mer.

L’amour de l’eau.

La proximité de ses yeux. Leur façon de danser sous les paupières, ne jamais rester sages un instant, comme les yeux de sa mère ont jadis dansé devant moi dans la baignoire.

La beauté de cette enfant, qui est comme un feu dont je ne peux détourner le regard. »

Et reste tétanisé par l’avenir de sa fille, envisageant une solution. Au cas où. Mais vous n’en saurez pas plus. J’ai été menée le souffle coupé jusqu’à la fin. Un vrai beau tour de force et une explosion de talent. Je voulais dire aussi qu’avant de lire ce livre, je n’ai pas cherché à savoir quoi que ce soit de l’auteur, j’ai été tentée par le sujet. J’ai été bluffée le livre fermé de lire que Jan Carson est une femme. Avec un talent fou pour dire la paternité, pour parler des hommes, avec beaucoup de justesse. L’attachement de l’un, Jonathan, inexorable et le sacrifice de l’autre, Sammy, inévitable. Sammy qui prévoit sa vie prochaine:

« Ce sera son dernier repas correct. Ça pourrait même être la dernière fois où il se fera saucer avant un bon bout de temps. Ils ne sait pas s’ils lui permettront de sortir. Dans les films, c’est oui. Ils font marcher les prisonniers en rond dans des cours inondées de soleil vêtus de salopettes orange. Parfois ils les laissent même jouer au basket. Mais les films se passent tous en Amérique. C’est probablement différent ici. Ici le soleil est rare et on ne s’intéresse pas trop au basket, et ils ne pourraient pas habiller les prisonniers en orange de la tête aux pieds. L’autre camp se mettrait aussitôt à hurler « Violation des droits civiques », et ils réclameraient pour eux -même des salopettes de pilotes de course en pimpant vert chasseur. Sammy n’a aucune idée de comment ça se passera en taule. »

Je trouve ça magnifique, rien ne manque à cette histoire: fracas politique et social, êtres humains qui cherchent toujours, pas tous la même chose, ne demandent pas tous la même chose, le désordre, la confusion, y compris des sentiments. Et je le répète, beaucoup d’humour – entre autres sur les répondeurs téléphoniques – car oui, le sujet s’y prête bien, tant parfois l’absurdité règne en maîtresse. Un grand livre. Très difficile d’en parler, c’est dense, ça coule tout seul sous les yeux pourtant, belle construction. Eblouissant, quoi ! Il serait dommage de passer à côté d’un tel texte. Ouvrir grand son esprit et se laisser porter par les récits, les histoires, et par Jonathan et Sophie.

 » Sophie, dis-je en la soulevant de son lit, la serrant étroitement contre mon visage, parle-moi, Sophie. Papa est là. « 

Je sais qu’elle va me détruire. Je ne voudrais pas qu’il en soit autrement. »

« Sarah Jane » – James Sallis- Rivages/Noir, traduit par Isabelle Maillet

9782743653651« Je m’appelle Mignonne mais je ne le suis pas. Je ne l’ai jamais été, je ne le serai jamais. De toute façon, ce n’est pas non plus mon vrai nom, juste le surnom que me donne Papa. Il disait toujours, « la véritable beauté est intérieure », alors à six ans je me suis gratté le bras jusqu’au sang pour vérifier. La cicatrice est encore visible. J’imagine que c’est pareil quand les gens racontent que, si on creuse assez profond, on trouvera la Chine. Moi, je n’ai récolté que des ampoules.

Mon vrai nom est Sarah Jane Pullman. »

L’écriture de James Sallis ne ressemble à aucune autre, et à chaque fois, la lecture est envoûtante. C’est sûrement le vocable qui est au plus près de ce que je ressens. « Sarah Jane » ne fait pas exception et encore là un gros gros plaisir avec ce livre, court et intense.

640px-McNairy_County_Courthouse« J’ai grandi dans une ville appelée Selmer, située à l’endroit où le Tennessee et l’Alabama se rejoignent et forment en quelque sorte leur propre territoire, dans une maison construite à flanc de colline qui, durant  les seize premières années de ma vie, s’est préparée à glisser le long de la pente – ce qu’elle a fait juste après mon départ. Papa s’est ensuite installé dans une caravane dont, pour autant qu’on le sache, il n’est plus beaucoup sorti. Je n’ai pas trop envie de m’étendre sur mon mariage avec Bullhead des années plus tard ni sur tout ça. Encore des cicatrices.

Mais je n’ai pas fait tout ce qui se dit sur mon compte. Pas tout, du moins. »

640px-HominySarah Jane fut une gosse fugueuse avec un gros penchant pour les dérives. On dirait d’ailleurs que les « glissades » sont sa nature. Peut-être est-ce lié à son enfance dans une maison à flanc de colline qui lentement glisse et finira effondrée…Une enfance dans une ferme où son père a un élevage de poulets, où sa mère fugue aussi de temps à autre, part et revient sans crier gare, mais un père gentil et stoïque qui a fait ce qu’il a pu. Quand Sarah Jane quitte la maison, elle se promène d’activité en activité, de ville en ville, de garçon en garçon, et une chose va l’accrocher: la cuisine. Après être allée un peu trop loin, le tribunal lui donnera le choix entre la case prison ou la case armée: ce sera l’armée.

« Mais à partir de là, tout était joué d’avance, jusqu’à l’attitude du juge Fusco m’ordonnant de me lever et disant que, si certains n’allaient pas manquer de contester sa décision, lui était de la vieille école et que, à la lumière de ma jeunesse (qui en avait été fort dépourvue – de lumière, je veux dire) et de mes remords évidents ( ah bon?), il me laissait le choix: aller en prison ou entrer dans l’armée.

J’ai adressé illico un salut militaire à ce vieux schnoque. »

C’est peut-être ce qu’elle a vécu à ce moment de sa vie qui va faire d’elle l’officier de police de la petite ville de Farr, une suite d’événements et d’expériences. Farr, une ville pas ordinaire ( vous souvenez-vous de « Willnot » qui n’était pas une ville ordinaire non plus ?).

Sarah Jane est un personnage fascinant. Elle se raconte et raconte aussi les personnes qu’elle a connues, rencontrées avant et pendant son emploi à la police et c’est passionnant tant elle est spirituelle (James Sallis ponctue d’humour les pensées de Sarah Jane ), fine et d’une grande intelligence. Parlant avec Brag de Will Baumann, le maire:

360px-Blub_and_languages_of_the_fire« Il a demandé que tu passes le voir quand tu pourrais, il veut t’inviter à déjeuner. Tu crois qu’il va essayer de faire appel à tes lumières, pour Cal?

-Faudrait déjà qu’il y ait des ampoules allumées chez moi.

-Mais au moins, t’as pas pété les plombs, comme beaucoup. »

Du Brag tout craché. Sa façon de s’exprimer était en accord avec sa stature et son surnom. Il aurait pu résumer la guerre du Péloponnèse en une phrase. »

Elle s’intègre sans problème au poste de police sous la direction de Cal dont elle sera proche. Elle sent en lui quelque chose qui en fait son semblable, un secret? Une vie antérieure qui les rapproche?  Encore un personnage mystérieux donc, qui va disparaître laissant Sarah Jane triste mais aussi perplexe. Beaucoup de choses sont étranges dans ce livre, comme c’est le cas dans tout ce que j’ai lu pour le moment de James Sallis. Il faut dire que l’écriture est vraiment remarquable, qui contient une pensée et des pistes à réfléchir, beaucoup d’une poésie limpide et discrète, mais aussi de la dérision et une forme de fatalisme serein. Sarah Jane se souvient de son prof, le Pr Balducci:

« Le Pr Balducci: « Toujours le particulier. Les abstractions vous plaqueront un oreiller sur la figure jusqu’à vous étouffer. Aucune théorie n’est applicable à tout. Aucune théorie n’est applicable. Point. » En attendant, il semble que nous soyons programmés pour essayer de cerner ces abstractions. »

Sarah Jane va mener son enquête car Cal est-il mort ou vivant? Et que cache sa disparition? Il s’en suivra une enquête, prétexte pour l’auteur à nous emmener sur les chemins de Farr et sur ceux de la philosophie, ce sans se la jouer, avec une simplicité et une clarté impressionnantes. Puis des histoires d’amour que Sarah Jane raconte avec grâce et humour toujours. Ainsi Sid McLendon:

« Nous nous sommes rencontrés le jour où sa Mercedes est tombée en panne, alors que je patrouillais en dehors de la ville, vu qu’il ne se produisait rien plus près et que j’avais eu ma dose quotidienne d’heures passées le cul sur une chaise. Je me suis arrêtée en l’apercevant. Une Mercedes. Dans la région de Farr, c’est aussi rare que de croiser quelqu’un à dos de chameau. »

James Sallis est un très très grand écrivain, qui allant bien au-delà de l’enquête policière, entraîne ses personnages et ses lecteurs dans un univers captivant par ce qu’il présente des êtres humains. Comme Abel, le vieil homme:

man-g88a40f60a_640« Ce qui se passe, quand on arrive à la fin du voyage, c’est qu’on se prend à espérer que notre vie –  et on a beau regarder, ça on peut pas le voir – , ben on espère qu’elle a ressemblé à quelque chose. Pas qu’elle a eu un sens ou un but, ce genre de conneries. Non, juste qu’elle a eu une forme, que c’était pas comme une espèce de bouillie flanquée sur une assiette. »

Joli, non ? Les hésitations, les choix d’un chemin à prendre ou à quitter, les faux pas et la question: comme pour la maison du père de Sarah Jane, jusqu’où attendre avant la chute, comment rester au bord du gouffre sans y tomber… Magnifique, extrêmement fort, James Sallis, un grand auteur. Gros gros coup de cœur.

Je termine sur cet extrait, ironique et très pertinent:

« On  accorde beaucoup de place dans les romans, en particulier dans les romans américains, me semble-t-il, à la notion de rédemption. Quelque chose que quelqu’un a fait dans le passé, ou fait sous nos yeux, nous est présenté, et les cent soixante ou huit cent pages suivantes montrent ses tentatives laborieuses pour recouvrer un équilibre. C’est en tous cas ce que mes profs de fac ne cessaient de souligner. Peut-être s’agissait-il d’un signe des temps, ce besoin éprouvé par l’âme collective de la nation de mettre en lumière des fautes pour mieux les cerner et les évacuer, et cette faculté des profs à trouver la rédemption dans les livres parce que c’était ce qu’ils y cherchaient. Ou peut-être que je pousse l’analyse trop loin. »

James Sallis, pétri d’intelligence, à ne pas manquer. 

Pause sous la contrainte

Bonjour !

Un incendie de stockage de fourrage juste à moins de 50 m de chez moi a endommagé les poteaux du câble, et la route, et le décor sous mes fenêtres- qui l’était déjà pas mal avec des montagnes de meules plastifiées vertes . Fut un temps on a eu du noir, du rose et du bleu, des caravanes rouillées, des citernes rouillées, etc etc…le sens paysan du paysage je suppose. J’espère donc que cette œuvre à la Christo ne fera pas la même grosse blague de s’auto – consumer puis flamber. Car sinon, vous pourrez me dire adieu, on crame avec. Je n’ai jamais eu l’envie d’être Jeanne d’Arc ou une sorcière, pas très envie de finir comme elles

Bref. J’ai 2 posts d’avance car je ne suis pas chez moi en ce moment, et j’ai bien travaillé mais la panne risque de durer longtemps, gros chantier. Alors j’espère vous retrouver aussi vite que possible. Bises tout le monde !

« Poussière dans le vent » – Leonardo Padura- Métailié/ Bibliothèque hispano-américaine, traduit par René Solis

editions-metailie.com-poussiere-dans-le-vent-poussiere-dans-le-vent-300x460« Adela Fitzberg entendit la sonnerie de trompettes réservée aux appels familiaux et lut sur l’écran de son iPhone le mot Madre. Sans réfléchir, car elle savait d’expérience qu’il valait mieux s’en abstenir, la jeune femme fit glisser son doigt sur l’icône verte clignotante.

-Loreta? demanda-t-elle, comme si quelqu’un d’autre que sa mère avait pu l’appeler.

Trois heures plus tôt, à l’heure du petit-déjeuner, tandis qu’elle avalait avec le manque d’entrain matinal qui la caractérisait un yaourt faussement grec, mais peut-être vraiment light, accompagné de céréales et de fruits, et qu’elle humait le parfum revigorant du café que Marcos préparait chaque matin, la jeune femme avait ressenti la tentation de consulter son téléphone. »

Comment, à mon niveau de simple lectrice, parler de ce roman d’exception qui donne lieu à des pages entières dans la presse et ailleurs et à propos duquel on ne tarit pas d’éloges. Comment dire l’admiration et l’affection que je porte à cet auteur à nul autre pareil? Quand encore bibliothécaire volontaire j’ai découvert Leonardo Padura, je me suis empressée de le mettre en évidence, et de le tendre à qui se demandait quoi lire; j’ai fait des émules et ma foi, une fois n’est pas coutume, j’en suis fière. Cet homme que j’ai eu un immense bonheur à écouter – à propos de « La transparence du temps – nous offre ici un chef d’œuvre monumental. Lors de cette rencontre, il avait fini son intervention en nous annonçant qu’il travaillait sur un roman difficile à construire, difficile à organiser, et voici maintenant le résultat de ce travail de fourmi, d’architecte, mais d’être humain surtout qui a vécu en observant, vécu en prenant du recul et en ayant toujours au cœur le sens de l’amitié, de l’amour, une tendresse qui lie aux autres, et ce même attachement à Cuba où il vit toujours –

« Comment pourrais-je parler de Cuba si je n’y vivais pas? » – .

bc8ccda0f1b57651d247ab2f5b43cd3bVoici l’histoire de huit amis soudés depuis le lycée et dont on va suivre le parcours jusqu’aux années 90. L’URSS chute et les conséquences sur Cuba sont terribles. Mais je n’ai pas l’intention de parler de la situation politique ou économique de ces années – ni des autres – pour les Cubains, non. Il est question ici de parler littérature et il faut le dire, notre écrivain est un maestro. Il orchestre ici une folle symphonie de joies et de peines, d’amour et de colère, et parle de l’exil, de la nostalgie, du désir de partir ou de revenir, en somme de toutes les contradictions qui peuvent se poser dans une existence. Ce que j’admire ici encore, comme dans chaque roman de cet auteur, c’est l’attachement aux vies qu’il nous raconte, c’est la méticulosité jamais pesante avec laquelle il égrène ces vies et ces tempéraments, puis les liens souvent complexes qui naissent , ce sont les décisions prises ou pas, la principale étant: partir ou rester.

Je parlerai alors de Clara. Dans la maison de Clara, les débats se font, les désaccords et les ruptures surgissent. Dans la première partie on se sent dans un monde en déroute qui se répercute sur le groupe d’amis, ça se chamaille, il y a de petites et de grandes trahisons et cette phrase en leit-motiv:

« Mais que nous est-il arrivé? »

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Quant à « résumer » un tel ouvrage, il n’en est pas question. Il est fait de personnages qui prennent chair dès que découverts, de paroles, de sexe et d’amour et de cette amitié si chère à Leonardo Padura, dans chacun de ses livres ( c’est personnellement ce qui me les a rendus si attachants ). L’humour, toujours présent, pour l’amour – et le sexe, chez Padura, ça va de soi – :

« Passé le choc hormonal du 18 août 2014, Adela et Marcos commencèrent à faire l’amour comme des désespérés. N’importe où, à n’importe quelle heure, dans n’importe quelle position. »

Mais aussi, car la vie est ainsi faite, s’y génèrent des conflits, des mensonges – Elisa/Loreta est caractéristique dans ce cas -. C’est je crois cette amitié qui malgré tout et toujours retombe sur ses pieds, quoi qu’il arrive, c’est elle qui tient le livre sur ses hauteurs, l’idée de fidélité est ancrée ailleurs que là où on la pose communément; il y a des tromperies, des adultères, des petites lâchetés, mais une chose plus puissante s’interpose, matérialisée dans une photo dont on parle tout au long du roman. L’exil va parfois entamer cette amitié, parfois renforcer doucement les liens, mais ce groupe d’amis, face à la perte de Bernardo par exemple se reforme spontanément, comme une évidence. Du très très grand art. Et beaucoup d’émotions en moi à cette lecture. Perdre des gens qu’on aime, d’une façon ou d’une autre, les retrouver ou pas, ces idées me bouleversent et seul Leonardo Padura sait en faire des poussières dans le vent, légères, infimes dans ce vent qu’on ne peut maîtriser quoi qu’il en soit. Parfois, alors, revient la foi.

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Leonardo Padura dessine des personnages très attachants, très émouvants et surtout très complexes. Peu dans cette histoire sont sur une ligne bien nette, que ce soit pour l’amour ou pour les choix de vie. Il y a Clara. Ma préférée parce qu’elle a choisi très vite de vivre dans sa maison familiale, à Cuba son pays, où elle a donné jour à ses deux fils, Marcos et Ramsés.

« Dans un des livres amassés par sa mère, Marcos avait trouvé un personnage d’immigré charriant son mode de vie comme un escargot sa coquille: pourquoi cette comparaison lui était-elle restée en tête? Était-ce parce que son destin était de se transformer en escargot, comme sa mère Clara, bien que d’une autre espèce? Porterait-il lui aussi sur son dos et à jamais sa maison culturelle? »

Continuer toujours, aimer à nouveau, lui semblent la seule option, elle est fidèle en tout. Elle va rebâtir une vie avec Bernardo, elle garde le cap de l’amitié, de l’amour, de la tolérance, et elle me touche beaucoup, Clara. Pour moi, elle est une sorte de condensé de plusieurs personnages rencontrés au fil des livres avec ce cher Mario Condé, un peu de lui qui ne quitte pas Cuba, un peu de Josefina – elle se débrouille toujours pour qu’il y ait à manger sur la table, pour la famille et pour les amis, – et c’est un vrai défi ! –  elle a les pieds sur terre et agit pour une vie quotidienne sans ventre creux – . Les pages qui nous confient les pensées et les sentiments de Clara sont pour moi parmi les plus belles, les plus émouvantes.

L’auteur ne simplifie rien, car ce qui est compliqué l’est, c’est tout. La relation entre Loreta/Elisa et sa fille Adela par exemple. J’ai beaucoup aimé Adela et son besoin impérieux de connaître le pays et la culture de ses origines, elle que sa mère a écarté de Cuba pour en faire une petite américaine.

« Heureusement, grâce à l’insistance de son père, Adela parlait depuis l’enfance un espagnol correct – avec parfois un infime accent argentin – , même si au début elle avait un certain mal à l’écrire. L’étude de la langue espagnole avait été au centre de son cursus scolaire, et par elle-même, peut-être seulement par esprit de révolte, elle s’était lancée dans l’aventure de la lecture de la littérature et de l’histoire de l’île des ses ancêtres maternels, personnages vagues dont elle savait au début très peu de choses, hormis les immuables commentaires catastrophistes et accusateurs de sa mère. »

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Il y a ceux qui sont partis, en Espagne ou aux USA et qui se disent qu’ils ont fait le bon choix mais dont on sent bien qu’ils se sentent un peu des traîtres pour les autres…ou des lâches. Et ceux qui rentrent, ceux qui d’un coup se rendent compte que « chez eux » ça n’existe pas vraiment hors de Cuba. 

« Ici, à Hialeah, d’où tant de gens avaient envie de s’enfuir et où tant de gens avaient trouvé leur place dans le monde, où tant de gens s’acharnaient à vivre comme en exil et à ressasser des haines et des regrets qui les enchaînaient au passé et où beaucoup d’autres profitaient de l’existence – comme ils le pouvaient, certains plus que d’autres – , oui, c’était ici que Marcos avait découvert un espace qui lui appartenait et une fente par où scruter l’avenir. »

La mort de Bernardo va ramener quelques-uns au pays, et une fois encore, Clara sera celle qui resserrera ce lien distendu. Clara est le ciment, celle qui tient ce qui persiste de » l’avant » à bout de bras . Avant quoi? Ma foi pas mal de choses. Comme ce que perçoit Clara, retrouvant La photo du Clan.

« C’était là qu’un frais dimanche soir de 1981, Clara et Darío avaient accueilli Horacio, Bernardo et une Elisa oscillant entre euphorie et désenchantement après l’inquiétante lecture d’Orwell. Les autres, pour lesquels le semestre n’était pas encore terminé, avaient promis de les rejoindre plus tard, ils voulaient profiter de la journée pour réviser avant d’aller se rafraîchir les neurones en mangeant des spaghettis et en disant du mal des autres, selon l’expression d’Irving. Quant à Walter, l’électron libre qui depuis quelques mois était sur une orbite qui coïncidait parfois avec celle du Clan, un peintre qui vivait de la façon dont ils pensaient que devaient vivre les peintres, ils pouvaient aussi bien l’attendre que l’oublier, le voir arriver avec de l’alcool dans des bouteilles ou dans les veines, seul ou accompagné par l’une de ces folles qu’il avait comme copines, moitié hippies, moitié peintres, généralement très grosses ou très maigres. »

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Je trouve que j’en ai bien assez dit. Je choisis quelques passages, mais sur 627 pages, avec une page sur deux marquée, pas facile, alors allez-y, quoi ! Lisez cet exceptionnel roman, pétri de vie, de rires, de pleurs, de coups de gueule et de baisers fous, d’intelligence jamais présomptueuse. Magnifique couverture, qui illustre très bien l’idée de l’élan vital qu’offre au lecteur ce roman, et le titre qui lui, dit notre fragilité dans les grands mouvements du monde, notre fragilité et l’importance de vivre chaque seconde. 

P.S.: je ne parle pas des événements politiques dans lesquels évoluent les personnages. Voici pourquoi: lors de son passage à Lyon, à la librairie du Tramway, mon amie est allée écouter Leonardo Padura et voici ce qu’elle m’a raconté. Comme le public insistait sur cet aspect du livre, politique, l’auteur à un moment a eu un peu d’agacement et a dit que sur ce sujet, on trouvait tout ou presque sur le net. Et que ce roman avait été un colossal travail de littérature, un travail de romancier qui à chaque livre se lance un défi, et c’est de ça dont il avait envie de parler. Alors moi je vous invite à rencontrer  Clara, Bernardo, Horacio, Elisa/Loreta, Walter, Irving, Darío, Adela, Marcos, Ramsés, Joel, Liuba, Bruno, Miss Miller… 

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Noël, le Clan avec Bernardo:

« – Je disais: même si vous allez avoir soixante ans et que vous serez des vieux de merde, vous serez les mêmes, parce que, pour nous qui sommes ici, il y a quelque chose qui n’a jamais changé, un acquis que nous n’avons jamais perdu et que, quand il a été menacé, nous avons lutté pour sauver. -Et à cet instant il regarda Horacio. – Et cet acquis, c’est la fraternité. Et nous ne l’avons pas perdue surtout parce que quelqu’un s’est battu pour qu’elle survive et nous protège…et cette personne a été cette femme, la femme de ma vie, Clara, le morceau le plus fort de l’aimant qui nous a toujours attirés du fond de la terre et tient aujourd’hui rassemblés ici les fragments qui ont survécu jusque là, posés au-dessus de cette pierre de cuivre magnétique venue de la terre sainte cubaine, la pierre magique sur laquelle est édifiée cette maison: c’est notre refuge, notre coquille. Pour Clara, bordel de merde ! parvint à crier Bernardo.

-Pour Clara! lui répondirent les autres, qui furent encore capables de sourire et de boire, avant que certains d’entre eux, Irving en tête, ne se mettent à pleurer quand Ramsés, comme vingt-cinq ans plus tôt, mit la chanson qu’aimait tant Bernardo et qui leur rappelait ce qu’ils étaient tous, ce qu’était toute la vie: « Dust in the wind. »

Chef d’œuvre absolu que j’ai refermé avec une grande émotion,  et avec Clara.

« Dust in the wind, dit-elle. All we are is dust in the wind…

Quant ils revinrent à Fontanar, Clara donna vingt-cinq pesos convertibles au chauffeur, qui protesta encore, et elle le regarda s’éloigner. Avec dans les bras l’urne en terre cuite vide et aux pieds ses bottes maculées de terre, elle fouilla dans son sac, sortit les clés, ouvrit la porte et entra dans la maison où l’accueillirent la solitude, le silence et ses souvenirs. La coquille de Clara. »

« Lacs d’Ecosse » – RORCHA- galerie du Vert Galant.

Exercice inédit, encore une fois, avec un catalogue d’exposition, du 21 septembre au 6 octobre, Galerie du Vert Galant à Paris.

Rorcha alias Jérôme Magnier Moreno, vous l’avez peut-être rencontré déjà sur mon blog, avec son premier roman: « Le saut oblique de la truite » aux éditions Phébus. J’avais beaucoup aimé ce court texte contant la fougue maladroite d’un jeune homme qui découvre l’amour et ses dérivés et dérives, passionné par la pêche à la truite et ébloui par la beauté de la Corse.

Rorcha est peintre; il dessine aussi, photographie ses lieux de pêche. Le voici avec ses séjours en Écosse et cette exposition. J’ai eu le grand bonheur de trouver une belle et grande enveloppe dans ma boîte aux lettres et ce catalogue de ses œuvres. Et me voici me lançant le défi d’une part de vous donner envie, vous, vivant à Paris et aux environs, de découvrir cette exposition, et aux autres d’en savoir plus sur cet artiste protéiforme. Regarder, dire, écrire, peindre, dessiner, photographier et je n’oublie pas: pêcher. Tout ceci Rorcha s’y adonne avec une grande délicatesse, sincérité et humilité. Cet homme aux airs paisibles flamboie avec ses couleurs magnétiques et nous entraîne avec lui devant ces lieux isolés. Ici, les bleus intenses, rutilants, électriques défient les  oranges, vermillons, ocres, bruns, en un tumulte échevelé, cette « organisation » de la nature qui n’a souvent aucune retenue et nous instille des visions baroques, éclatantes sur la rétine.

Le lac d'or

« De longues marches méditatives conduisent Rorcha jusqu’à des lacs perdus qu’il interroge, recherchant leur essence que sa peinture espère représenter. Leur cratère d’eau calme et apaisant met en tension le paysage environnant, qu’il organise, étale et amplifie. »  

Pierre Gabaston, « Miroirs d’un peintre » 2020

C’est ceci que Rorcha nous offre ici. J’ai choisi deux toiles plutôt apaisées, contemplatives et quasi silencieuses, si ce n’est dans  » Silence sur la mer » le discret murmure de l’eau qui s’échoue sur la plage orangée du soleil couchant. Silence sur la mer

Voyez-vous cette ligne de points oranges? Y a-t-il dans le ciel confondu aux terres, sur une colline, quelques maisons soigneusement alignées? Ou bien non, on se trompe, la terre s’arrête à la ligne de l’horizon droite et orangée elle aussi? Mais est-ce bien la ligne d’horizon? Et est-ce important de le savoir?  C’est précisément ce que j’aime le plus dans cette toile ( qui n’est pas de la toile car Rorcha peint à l’acrylique sur bois et au format presque constant de 33×46 ), ce sont ces distances, ces lumières, quelques détails qui font que tout ne fait qu’un. Terre, eau, ciel? Les lignes pour moi n’ont rien de sûr. Berge, horizon? Terre, eau ou ciel? La beauté est là, la nature nous l’offre, elle la met sous nos yeux et pour tous nos sens. Rorcha, sans aucun doute, sait s’y fondre et nous l’offrir à son tour. Le catalogue contient aussi quelques photos en noir et blanc qui montrent l’artiste en train de faire des croquis, sous la pluie, la bruine, mais sans aucun doute en phase avec ce décor.  

Contemplative, mais vigoureuse pourtant, cette œuvre originale est commentée dans ce catalogue par François Cheng, pour ne citer que lui, qui en dit :

 » […]Mais l’originalité vient selon moi du subtil mouvement de va-et-vient entre le fond et le devant de la scène, qui conserve à vos peintures leur vivacité dynamique et semble les mettre en apesanteur. »

Je me sens très touchée d’avoir reçu ce catalogue, très hésitante à en parler, mais ça me permet un défi et puis Jérôme Magnier-Moreno est en cours d’écriture d’un roman qui fait suite à ses saisons de pêche en Écosse et dont j’aurai probablement l’occasion de vous parler quand il sera prêt. Et ça, c’est bien plus dans mes cordes !20210821_093736 (1)

En tous cas, je suis toujours surprise de si belles rencontres et je remercie Jérôme Magnier-Moreno de la confiance qu’il m’a accordée.

20210831_172942« Ainsi, chacune de mes peintures de cette série écossaise pourrait être considérée comme une tentative de mettre l’immensité sauvage de ce confin nordique de l’Europe à l’intérieur d’une bouteille. Un flacon précieux contenant un peu de cette nature préservée dont nous avons tant besoin en cette période confinée; un bol d’air frais que je vous invite à partager tout au long de ces pages. »