« PAUSE »

20220624_131315Voilà, je me mets en pause relative quelques temps, avec un rythme de publication moins régulier. J’ai beaucoup de retard dans mes lectures; je m’excuse d’avance auprès des personnes bienveillantes qui m’adressent des livres et me font confiance. J’ai aussi mis en attente les romans qu’on m’a offert, que j’ai achetés. Mais j’ai encore quelques articles d’avance programmés. 

20220624_131337Je m’aperçois aussi que la lecture au format numérique me gêne pour l’écriture, même avec une liseuse plutôt bien fichue; avec le papier, je corne les pages, je sais à quelle épaisseur j’ai lu la phrase qui compte; sur la liseuse, oui on coche, oui on surligne mais rien à faire, c’est plus compliqué, à moins de tout noter pendant la lecture. Or quand je lis, je lis et ne veux pas être distraite par des prises de notes. Je pense ici au remarquable roman de Tristan Saule dont j’ai tenté de restituer toute la personnalité et pour lequel j’aurais souhaité être capable de faire mieux. Je suis donc aussi en train de reconsidérer ce que je fais, écris, dis ou pas, selon les livres, de façon détaillée ou pas, avec plutôt des focus. Bref, je reconnais, c’est aussi là pour me ménager un peu et réfléchir à la suite, s’il y en a une.
La seule et unique chose que je ne veux pas changer c’est le fait que je ne parlerai toujours pas de ce qui ne m’a pas intéressée, pas plu, de ce que j’ai trouvé vraiment mauvais ou sans intérêt. Continuer à partager mes enthousiasmes ou même des livres qui m’ont tenue, même s’ils ne sont pas de ‘ »grands livres » – terme discutable, d’ailleurs – , les livres qui m’ont personnellement apporté quelque chose. Je n’ai aucun goût pour l’avis tranchant comme une guillotine. Je veux que mon blog, qui est une discipline pour moi, reste aussi un plaisir, celui d’échanger, de rencontrer des personnes avec qui j’ai des affinités, le goût des livres étant dans celles qui sont déterminantes pour moi.
J’aime les livres, celles et ceux qui les écrivent et qui m’emportent dans leurs pages et leurs mots, ceux qui me font voyager, rêver, réfléchir, me foutre en rogne ou me marrer et même chialer au point d’épuiser une boîte de mouchoirs.
Bon, encore quelques temps de régularité, et puis on verra. Voyage de 3 semaines en fin d’été. Profitez bien du vôtre. Je n’écrirai probablement pas durant cette période. 

Je vous embrasse – oui, je peux être très familière – pour vous dire à bientôt et vous remercier, vous qui me lisez, de votre constance. Je m’en vais là.

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« Subvenir aux miracles » – Victoire de Changy – collection « Récits d’objets » – Musée des Confluences/Cambourakis

Subvenir aux miracles par de Changy« Je l’ai laissée trois années accrochée à un cintre dans ma penderie, entre les autres, comme s’il allait me prendre de m’en emparer un matin et de l’enfiler. Sa longue traîne, roulée en boule au fond de l’armoire, a été piétinée à répétition par mes souliers additionnés, rangés là, jetés dessus sans soin, et de blanche elle est passée à grise, et par endroits striée de bandes noires, fonction de la saison et des caprices de l’asphalte. »

20220530_105545Nouvel objet pour cette collection que j’aime, avec ici une robe de mariée choisie au musée, cette robe-ci, faite d’un tissu en fibre optique, soie, polyamide et polyester, des LED, composants électriques et électroniques. C’est une commande du musée, conçue par Mongi Guibane en 2013/2014 et fabriquée à Villeurbanne par Brochier Technologies. Pour en savoir plus sur cette robe lumineuse, achetez donc ce petit livre qui basé sur cette robe, permet à l’autrice d’aborder notre relation à nos vêtements, et donc à notre corps.

368px-Page_facing_150_illustration_from_Fairy_tales_of_Charles_Perrault_(Clarke,_1922)« Cette robe, visuellement, c’est une des robes de Peau d’Âne, de Perrault, de Demy: c’est ce qu’elle m’évoque après coup.

« Couleur de lune? Oui mon père, c’est-à-dire qui soit plus brillante et moins commune. »

Robes astrales, cosmiques, sculpturales. Qui surélèvent et qui condamnent. »

Avec une grande finesse elle explore ce lien, de la naissance à la mort, que nous entretenons avec nos vêtements, secondes peaux ou camouflages, passer inaperçu ou au contraire attirer les regards, mettre dans nos tenues des éléments, des indices qui disent qui nous sommes, ce que nous sommes, ainsi les tenues de travail, les uniformes qui catégorisent, mais tout autant une façon de se vêtir qui va dénoter nos humeurs, notre manière de penser. Mais aussi d’adapter au lieu, au temps, à l’âge ou au hasard. Se vêtir chaque matin avec soin, ou attraper le premier jean, le pull du haut de la pile et voilà…

294px-Contes_De_Fees_(1908)_(14752467672)En 70 pages d’une belle écriture Victoire de Changy distille ainsi des témoignages de femmes – toujours des femmes, il s’agit ici d’une robe de mariée – , celles qui créent leurs vêtements pour être certaines de s’y bien sentir, celles qui s’en fichent comme de l’an quarante, et elle, qui s’interroge et sur laquelle on apprend doucement une chose importante. Et puis bien sûr, le parallèle entre tisser un vêtement et tisser une histoire, un livre…parallèle qui fonctionne parfaitement. J’ai beaucoup aimé ce livre délicat et intelligent qui fait se pencher vers  commodes, armoires…et en être perplexe, heureuse ou dépitée ! Du lien entre nos tenues et le monde. Et il n’y a là rien de frivole ou de futile, c’est très intéressant et très subtil quels que soient les choix des femmes interrogées ici, qu’elle se plaisent en anonymes ou qu’elles veulent être distinguées, toutes ont un point de vue intéressant.

70 pages qui ne se refusent pas !

« Qu’un miracle survienne à travers lui, et qu’il subvienne à nos miracles. Voilà bien ce que l’on attend, ce que j’attends, moi, d’un vêtement. »

« Presque étranger pourtant » – Thilo Krause, éditions ZOE, traduit par Marion Graf ( allemand )

krause« C’est mon roc. Un récif battu par le vent, quelques pins noueux. Le soir, je monte ici pour regarder d’en haut notre maison. Je m’assieds tout au bord du vide. derrière mes orteils, les couronnes des arbres se balancent si fort que pris de vertige, je relève les yeux. Route, champs, village. Et quand quelqu’un rentre en voiture, tourne entre les maisons, un nuage de poussière vibre au-dessus des champs. Notre maison est posée au soleil comme si elle était finie depuis longtemps. Je ne vois pas le crépi qui s’effrite sur le mur ouest. Je ne vois que le jardin plein de mauvaises herbes, ni les arbres fruitiers attaqués par le mildiou. C’est l’été. L’été que j’ai toujours voulu. Avec la Petite et avec Christina. »

Voici un roman très poétique, très dur à chroniquer, parce qu’en perpétuel mouvement, entre deux époques, entre plusieurs lieux, et je ne sais pas trop comment en parler, parler de la construction de ce livre. J’ai trouvé pour le faire mieux que moi cette interview de la traductrice, Marion Graf:

Il est bien question là de « composition », comme l’explique Marion Graf, à la façon d’une œuvre musicale.

apples-gf944d63da_640L’éditrice de cette belle maison, Caroline Coutau, explique qu’elle aime les œuvres qui suggèrent, qui génèrent de l’émotion plutôt que celles qui énoncent ou expliquent. Ce roman-ci est caractéristique de cette ligne. Construction complexe, qu’on comprend au fil de son élaboration, sujet « à tiroirs », dans lequel plusieurs vies sont en scène. Il y a certes le personnage principal, cet homme qui revient au village natal avec sa femme et sa fille. Il quitta cet endroit et y revient, retrouvant alors son passé, une maison quasi inchangée, un décor qui semble avoir traversé le temps sans accrocs – les pommiers, le ciel et les falaises. Et le fascisme, sous une autre forme, mais bel et bien là car dans ce village retrouvé traînent des néo-nazis, une menace sourde.

Les falaises sont une allégorie. C’est là qu’il grimpait avec son ami d’enfance et dominait, sous le ciel infini, le village et la vie. Jusqu’à l’accident. Des années plus tard, il revient donc, et à la simple vue des lieux retrouve tout, Vito, les pommiers, la culpabilité et la peur aussi je crois. Les non-dits sont encore tenaces.et Vito est rude. Cet extrait, caractéristique de la tension entre les deux hommes:

elbe-sandstone-mountains-g926b341c5_640« Nous étions assis l’un en face de l’autre. Une fois le lait versé et le sucre mélangé, nous sommes restés silencieux. Nous nous jaugions comme des boxeurs avant le premier coup. J’avais compris qu’il n’y avait pas d’enfants pour lesquels Vito aurait fabriqué des jouets.

J’ai dit: Tu te rappelles, quand on a roulé dans le fossé avec le vélomoteur et la remorque?

C’est toi qui as foncé dedans, a rétorqué Vito. Et puis tu t’es barré.

J’ai regardé Vito, le pensait-il vraiment? Il m’a rendu mon regard.

Pour se barrer, ce sont mes parents, pas moi. Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre?

Revenir.

Je suis quand même ici maintenant, non?

Maintenant, oui, a dit Vito. Et ta femme et ta Petite. Là-haut, dans la maison de la vieille Kosel.

J’ai levé les yeux.

Là, je t’étonne, pas vrai? Tu veux que je t’en dise plus? Le voilà qui revient par ici et il croit que je n’en sais rien. Laissez-moi rire.

Vito prenait une gorgée de café en retenant un sourire.

Des mains habiles, ta Christina, ça oui.

J’ai senti mes mains se contracter pour faire le poing, ma cuisse se tendre sous la table, j’étais prêt à bondir. Il m’avait fallu un moment, mais à présent, une idée se faisait jour. »

575px-Carl_Gustav_Carus_-_Nebelwolken_in_der_Sächsischen_Schweiz_(ca.1828)L’auteur nous plonge dans une ambiance vraiment particulière, jamais totalement sereine, jamais vraiment apaisée, comme sous une sourde menace. Et c’est extrêmement bien écrit et bien construit. Au début, je reconnais que je n’étais pas certaine de terminer cette lecture. Et puis. Et puis on se met à observer le narrateur, sa femme et sa petite fille. Les pommiers et l’amitié fracassée, même s’il n’y parait pas. La couverture est extrêmement bien choisie, évocatrice, lumineuse. Cette main tendue, pourrait être celle de Jan, le nouvel ami, qui joue avec la Petite, il construit avec elle un lieu nouveau

saxon-switzerland-g971af8dd5_640« Jan remplit d’arbres une dalle entière, ajoute quelques rochers. Une ferme comme celle-là, voilà ce que je voudrais, où l’on peut construire des moulins à eau ou cueillir des myrtilles, où l’on peut laisser les gens venir à soi comme on veut, et sinon, vite on s’éloigne, il suffit de traverser un mur en pierres sèches, de se faufiler à travers un bosquet et l’on retrouve son propre monde, là où faire un vœu aide encore. Jan caresse les cheveux de la Petite. Tu me dis où sont les assiettes? Il prend la Petite dan ses bras. C’est elle qui le guide à travers la cuisine.

Ensemble, ils mettent la table, Jan remarque que je fixe les assiettes, les couteaux, les fourchettes. Trois de chaque exactement.

Il faut que je m’en aille, dit-il. »

On saisit là toute la finesse de cette écriture qui suggère plus qu’elle n’énonce, faisant de cette histoire qui au final est dure un récit plein de tendresse, d’éclats lumineux qui même brefs sont des respirations.

En fait, cette lecture finit par être envoûtante, on lit, on décolle avec la poésie bien présente, on ne sait pas trop où on va, ni ce qui va résulter de cette histoire qui agit un peu comme un charme; très intéressant de ne pas savoir ce qui va advenir des vies de ces personnages, ça s’appelle le suspense? Si oui alors il y en a pas mal ici. Assez loin de tout genre identifié ou identifiable, j’ai lu ce roman enfoncée dans mon fauteuil, hypnotisée. Et ça, j’ai aimé.

elbe-g4e3081672_640« Nous laissons la maison ouverte: vienne qui voudra. La plage arrière est couverte de sacs et d’affaires. Jan, devant nous, allume un petit coup les feux de détresse, comme pour dire: À nous, maintenant, ou Quoi encore. Christina est au volant. Je suis assis près d’elle. La Petite derrière dans son siège que nous avons reconstitué à l’aide de couvertures et de coussins. À côté d’elle, Vito, avec ses deux jambes, la vieille et la nouvelle. »

Note de lecture pour : « Finir par l’éternité » de Céline Curiol – Musée des Confluences/ Cambourakis /Récits d’objet

Céline-Curiol-Finir-par-léternité_COUV-680x874« Dire ou ne pas dire. Un secret.

Un secret ne doit pas  se dire, sous peine de perdre toute valeur, tel un parfum éventé qui, au contact de l’air, s’altère et perd en intensité et vigueur. Fade reliquat de ce qu’il aurait été sans cette mise à découvert qui l’a privé de l’isolement lui conférant sa densité. Le secret pèse, dit-on, et c’est bien ce que l’on attend. Qu’il soit un lest, nous tenant à nous -mêmes, assignant un ancrage à nos volatilités. »

Une simple note de lecture, même ayant beaucoup aimé ce petit livre, plein d’humour mais néanmoins parlant subtilement du secret dans nos vies. Et de notre époque où justement, la tendance est à « tout dire » – entre guillemets parce que comme on le sait, chacun n’a pas tant de choses captivantes à raconter, encore moins à cacher, chacun s’étalant allègrement partout sur nos fameux réseaux sociaux, entre autres. Pour ne rien dire, d’ailleurs. Mais j’espère avoir pour ma part avoir évité de trop me répandre. Mais: qu’est-ce qu’un secret?

Céline Curiol a choisi une machine à chiffrer, similaire à Enigma. Le personnage, une femme qui pense avoir acheté une machine à écrire « vintage » pour objet de déco reçoit cette étrange machine. S’en suit une aventure que je trouve digne d’une série à suspense pleine d’une vraie réflexion philosophique sur ce travers de notre société, cette fameuse tendance à se répandre puis à s’émouvoir du résultat et une belle réflexion sur le secret, sa force, sa valeur et son importance. Mais ce serait oublier l’humour, l’ironie qui teinte le tout et qui rend l’ensemble très plaisant à lire. Mais aussi difficile à partager, justement pour ne pas tout en dire !Soyez curieux et penchez vous sur ce petit livre et encore une fois, sur l’ensemble de cette épatante collection.

Les mots de la fin:

20220106_103428« Le secret est un code indéchiffrable.

Qui tient en vie tout en tenant en arrêt.

Désir sublime et ravageur d’être sans altération, sans perte, sans évolution.

Demeurer le même, exactement. Refuser la métamorphose.

Finir par l’éternité. »

Pour cette fin d’année, un moment fort

Bonjour tout le monde,

IMG_0597D’abord, je vous souhaite de passer toutes et tous une fin d’année où la joie prendra ses aises, où la solitude ne pèsera à personne, où l’amitié et l’amour auront une place plus importante que jamais. Sans oublier la lecture, ça va de soi. Entre deux tablées et deux verres… toujours une place pour le livre.

Quant à moi – et là, je croise les doigts – j’attends le retour de ma fille et de son mari, que je n’ai pas pu serrer dans mes bras précisément depuis le 6 octobre 2018, lors de leur mariage à Montréal. Depuis, s’est amené chez nous un intrus malveillant qui nous a tenus séparés. Alors, si rien n’empêche l’avion de décoller du Québec, nous allons enfin nous retrouver. Il  n’y aura donc pas de chronique durant  cette période – mais je fourbis les armes pour la rentrée avec une première chronique le 9 janvier 2022 qui me tient particulièrement à cœur, en cours d’écriture. 

À bientôt, en pleine forme !

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