Fermeture de la page FB

Petite information : je ferme la page FB et le compte Twitter ( ça, trop trop de temps passé, c’est contre productif côté lecture ), trop de sollicitations sans cesse. J’avais créé la page FB pour faciliter le partage du blog, puisque ça ne se faisait plus automatiquement sur un simple profil. Mais je le ferai manuellement. Voilà !

Continuons tranquillement nos échanges ici ou sur mon profil.

Au plaisir de vous lire encore. 

 

« Les fantômes du vieux pays » – Nathan Hill – Gallimard / Du monde entier, traduit par Mathilde Bach

Comme promis, retour sur un livre qui m’ a emballée et impressionnée . Celui-ci est paru maintenant en Folio

La livrophage

« Si Samuel avait su que sa mère allait partir,  peut-être aurait-il fait plus attention. Peut-être l’aurait-il davantage écoutée, observée, aurait-il consigné certaines choses essentielles. Peut-être aurait-il agi autrement, été une autre personne.

Peut-être aurait-il pu être un enfant pour qui ça valait la peine de rester.

Mais Samuel ne savait pas que sa mère allait partir. Il ne savait pas qu’en réalité elle partait depuis des mois déjà – en secret, et par morceaux. Retirant des choses de la maison, une à une. Une robe de son placard. Une photo de l’album. Une fourchette du service en argent. Un édredon de sous le lit. Chaque semaine, elle prenait un objet différent. Un pull. Une paire de chaussures. Une décoration de Noël. Un livre. Lentement, sa présence s’atténuait dans la maison. »

Il y a des livres qui font un peu peur quand on les prend en mains la première fois. C’est…

Voir l’article original 2 379 mots de plus

En vacances : Montréal, ma fille et un mariage

Je suis partie il y a une semaine et pour deux autres à venir, pour des vacances – bien méritées je trouve –  au Canada, à Montréal pour enfin retrouver ma fille partie depuis le printemps 2017, et la marier avec son amoureux canadien. Je ne sais pas si j’aurais le temps de lire et surtout d’écrire.

 

Je crois que je vais profiter de ces retrouvailles, de ce pays inconnu qui m’a souvent fait rêver en lisant. Pourtant, je ne veux pas laisser le blog en sommeil, aussi je repartagerai un ou deux livres chroniqués ici et qui en valent la peine. Ceci dit, peut-être trouverai-je le temps de proposer une nouveauté, possible, on verra bien.

Après un printemps et un été assez moches occupés à chasser le crabe et à tenter de garder le sourire, ce voyage ( le premier aussi long et lointain de ma vie ) est surtout important pour les retrouvailles avec ma fille.

J’emmène avec moi « Taqawan » qu’on m’a offert, et un gros polar, et des nouvelles, et puis David Joy et puis l’essai sur Miller de ma copine Valentine…si j’ai le temps entre la contemplation des forêts pourpres et or et des lacs silencieux quand nous visiterons le Québec. Et le bonheur de retrouver ma fille qui va occuper un maximum de temps.

 

Vacances !

Bonjour à toutes et tous,

Je m’absente de ce dimanche, jusqu’au samedi 26. Mon prochain post paraîtra le 22, donc ne vous étonnez pas si je ne réponds pas à vos éventuels commentaires, je le ferai à mon retour.

Je vous dis juste que le petit livre dont il sera question est un petit bijou, un condensé de bonheur, en tous cas il l’a été pour moi.

À bientôt !

« La vie étoilée d’Ethan Forsythe »- Antonia Hayes – Autrement Littérature, traduit par Cyrielle Ayakatsikas

« Avant de distinguer le moindre mot, vous entendez la panique.

Elle émerge à la surface sous la forme d’un souffle irrégulier, d’une tension dans les cordes vocales, d’un cri, d’un hoquet de stupeur. La panique possède sa propre fréquence. De l’air dans l’air, particule par particule, elle vibre à travers l’atmosphère élastique, plus rapide que le son. Il n’y a rien de plus soudain et de plus épouvantable, elle transperce le calme ambiant et vous propulse jusque dans les pires endroits. Avant même que les mots ne jaillissent, l’angoisse est là, qui gronde sur l’autre rive du silence. Avant que le cerveau ne puisse déchiffrer ce que l’on est en train de vous dire, vous savez que quelque chose ne va pas. »

Ce tout début de ce premier roman australien est un très bon aperçu d’un des thèmes qui hantent le récit . Exploration en profondeur des relations d’un couple brisé et de leur enfant Ethan, petit génie de l’astro-physique dont le lapin se prénomme Quark, un « zarbi » qui n’a pas la vie facile à l’école d’être aussi doué et hors cadre. 

Il n’est pas question que je vous raconte tout d’Ethan, de sa mère Claire, ex-danseuse classique et de son papa Mark, scientifique lui aussi et mis au ban. Mais en résumé, un jour Ethan trouve une lettre et l’envie de rencontrer son père dont il ne sait rien va surgir en lui avec force. Peu à peu, Antonia Hayes nous délivre des informations sur l’histoire qui a bouleversé les vies de ces trois personnages. Beaucoup de passages consacrés à la passion d’Ethan pour les étoiles, l’espace, la physique quantique ( Ethan a douze ans ) comme ici, Ethan et sa mère qui attendent une pluie de météores au début du livre :

« Au-dessus d’eux, trois cents sextillions d’étoiles réajustaient leur position. Elles se dilataient, se contactaient, implosaient – de nouvelles naissaient et les anciennes mouraient. Quasars et pulsars, novæ et nébuleuses, amas de galaxies tissé comme une toile d’araignée. Ethan observait l’univers marbré danser au-dessus de sa tête, en perpétuelle évolution et tournoyant vers son destin final. »

Ici, c’est facile, mais il est calé Ethan, impressionnant de savoirs et puis on découvre au long du récit qu’il voit des choses imperceptibles au commun…Si on passe sur ces développements scientifiques parfois un peu longs, qu’on les comprenne ou pas ( comme moi ! ), ce qui est intéressant c’est l’usage métaphorique qui en est fait pour mettre en relation ces mouvements et interactions célestes avec les liens entre Ethan et sa mère, entre Claire et Mark, entre Ethan et Mark, trois êtres qui gravitent, s’attirent et se repoussent dans un ballet doux ou violent, leurs énergies se heurtent,  s’augmentent ou se désintègrent.

Il est ici avant tout question d’un amour débordant, celui de Claire pour son fils Ethan, un amour fusionnel intense et exclusif qu’on peut trouver dangereux et lourd à porter, même s’il est chaud et réconfortant aussi, mais c’est une sorte de forteresse ou pour rester dans le ton une micro-planète pour deux. Il y a en filigrane l’amour ravagé de Claire et Mark, broyé par la colère, la rancune, et surtout le doute qui ronge. Mark qui ne cessait de dire à Claire qu’elle était « sa constante » ( c’est joli, non ?)

« -Tu vois cette étoile, juste là?

Elle scruta au-delà de l’endroit où le bout de son doigt effleurait le ciel.

-Peut-être, dit-elle en fermant un œil pour voir plus distinctement les étoiles.

-C’est la tienne. Je l’ai achetée pour toi.

-Tu m’as acheté une étoile? dit-elle, l’air sceptique.

-Parce que tu es ma lumière. Ma constante. »

Je dois dire que j’ai aimé le personnage de Mark, c’est peut-être lui qui m’a le plus touchée. Je ne peux vous dire pourquoi, mais j’ai ressenti sa solitude, son isolement et le poids qu’il porte. Et puis Alison, la gamine amie d’Ethan, une force de la nature malgré ce qui l’accable et qui donne lieu à des chapitres plus drôles, plus proches de l’enfance, malgré la gravité pleine de dérision de ces deux gosses.. Des gens forts que tous ces personnages.

Au final, comme je ne peux pas en dire plus sans trop en révéler, un joli moment de lecture, plein d’émotion avec cette mère emplie de son enfant et ce père si vide de lui, Ethan qui dans les circonvolutions lumineuses de son cerveau zarbi aime fort la vie, sa mère, son père, Alison, et reste malgré tout un enfant de douze ans, avec sa lucidité candide.

Très beau chapitre final sur la gravité, je ne vous présente qu’un petit extrait:

« La gravité fait rouler les larmes sur nos joues, et notre poitrine se soulever et s’affaisser. Elle est la raison pour laquelle nous nous effondrons et hurlons notre douleur. Elle peut être paralysante et nous laisser comme des poids morts dans notre lit, incapables de nous lever et d’affronter la journée à venir. La gravité nous joue des tours; elle déforme l’espace et le temps, courbe la trajectoire de la lumière. Elle retient nos pieds au sol et nous empêche de nous envoler dans l’atmosphère, de disparaître dans l’espace.[…] Aucun de nous ne connaît l’apesanteur. La gravité s’étend à l’infini.

Et lorsque des forces plus grandes menacent de nous séparer, c’est le plus faible qui nous rassemble. La gravité nous lie les uns aux autres. »