« Sois sage, bordel ! » – Stina Stoor -éditions Marie Barbier, traduit sous la direction d’Elena Balzamo

« Le nez d’Åsa qui dégoulinait. Ses mains cramponnées aux bretelles du sac. Un contrepoids. Sinon les lanières en nylon du gros sac de pêche de papi lui sciaient les épaules. C’était lourd. De temps en temps, elle levait le bras droit pour essuyer son visage contre sa manche de chemise, et ça laissait des traces de morve séchée sur sa joue.

Sombre et étrange, telle était la rivière Lidån qu’elle suivait. Turbulente, avec des remords çà et là. Rives abruptes et arbres penchés. Troncs suspendus au-dessus de la surface effleurée par les branches. L’eau coulait, glissait, s’échappait dans toutes les artères. Au bord, les rochers aspiraient l’eau bruyamment. Comme quand on mange de la soupe à la viande avec des quenelles dedans. »

Je serai je crois toujours émerveillée par la richesse que nous offre la littérature. En voici un exemple magnifique avec ce recueil de nouvelles par une jeune suédoise, totalement autodidacte. Elle remporte un concours de nouvelles devant 900 autres personnes en 2012 et ce recueil de neuf textes est publié en 2015 en Suède. Rien d’autre depuis.

La voici qui partage un univers qui est plein de soleil, de beauté, de drôlerie et pourtant, pourtant que ces textes sont parfois noirs…Tous narrés par des enfants, plus ou moins âgés et le plus souvent des filles, ce sont des récits d’enfance à la campagne, dans des lieux sauvages – Balåliden –  où règne l’épilobe en grands champs duveteux et roses partagés avec les framboisiers. Dans la nouvelle « Monstres » la petite Sandra vit sa vie en osmose avec les choses vivantes qui l’entourent. C’est mon texte préféré, parce que tout ici respire l’envie de vivre et le refuge précieux que trouve Sandra dans les plantes, les animaux, un imaginaire riche basé sur le quotidien. Ce texte est aussi réjouissant, avec une fin merveilleuse. C’est extrêmement juste, vif, acide aussi, et sans pitié parfois. Ainsi la sœur de Sandra, Anneli, au si mauvais caractère augmenté d’une adolescence acnéique est aussi atteinte d’une difformité, qui peut l’excuser de sa mauvaise humeur, sauf que pas vraiment.

Dans la dernière nouvelle, « Pas d’ici », la dureté domine avec un père assez repoussant, si dur et cette mère finlandaise qui est une seconde épouse, une mère adoptive en quelque sorte pour la jeune fille qui raconte. 

« Des machines à tuer, voila ce qu’ils devenaient, ces chiots.

-Et pas des jouets pour les gosses!

Non, pour sûr.

-Faut pas les choyer, les dorloter, les gâter ! ajoutait-il. Les chiens, c’est pas fait pour se cacher sous les couvertures des gosses quand l’ours approche.

C’est vrai, ses chiens à lui ne pouvaient pas être tendres.

Mais quand on était vraiment petits, c’était plus fort que nous, petit, on était bête et on continuait de cacher les chiots sous sa chemise de nuit. Jusqu’à ce qu’on ait appris. Le plus difficile, c’était de se dire, une fois pour toutes, que la pitié n’avait pas sa place. »

Dans ces petits textes, Stina Stoor parle avec pudeur de l’impudeur, elle ne va jamais trop loin dans le dit. C’est un savant mélange de tendre drôlerie d’une infinie poésie et de rudesse pour parler de ce qu’on nomme le monde de l’enfance. Se révèlent à mots à demi couverts des choses violentes, des suggestions qui tétanisent. En tous cas, me tétanisent par leur semblant de banalité – les choses sont données à envisager au lecteur parfois juste en quelques mots, quelques phrases – mais c’est d’une grande violence. Violence contre laquelle les enfants ont des stratégies pour se protéger du pire, psychologiquement, enfin on le croit. Ce choc entre l’amour et l’ignominie plus ou moins feutrée de certaines situations, ce choc, l’imaginaire des fillettes ici le tient à distance, en apparence en tous cas. C’est flagrant dans la nouvelle  « Parcours balisé »

« La papa de Fresia tâche d’être pareil qu’en plein jour, mais parfois il n’y arrive pas, tout bonnement. Il redevient quasi un enfant de neuf ans, lui aussi, ou de sept seulement, voire de trois. Et il pose sa tête sur mes genoux, enfonce son nez dans mon nombril. Il se roule en boule, les bras autour des genoux et je lui caresse les cheveux. C’est comme ça que je sais qu’ils sont doux. »

Il est impossible de dire plus sur les trames de ces histoires courtes. J’ai tout aimé dans ces textes. Le propos, l’écriture si vivante, si fine pour dire des choses délicates à énoncer, ce talent à rendre les lumières d’été, les rideaux dans la brise, l’eau glacée des rivières, le poids du brochet, les fleurs et les champs, précieux refuges et pays des merveilles. Le rapport des enfants à la nature si bien dépeint, comme pour les crapauds de Sandra qu’on a envie, comme elle, de prendre dans le creux de nos paumes.

Dans « L’âge des ours », la magie des lieux opère et pour seul extrait, cette exergue:

« C’était l’époque de l’année où tous les enfants se transformaient en ours et vivaient de baies et d’eau fraîche. »

Une  bien étrange histoire…

Je pourrais vous en parler des heures, mais ça n’a pas le sel ni l’envoûtement procurés par ce livre. Pour moi, ce recueil est une pépite comme on en lit très peu. Car, hors le sujet, c’est bien la façon d’en parler, la maîtrise incroyable du récit, des dialogues, des voix, et autant le cœur explose de tant de beauté autant il saigne de tout ce qui se cache au creux des phrases. Ce maelstrom porte des rires, des parfums, des lumières qui pour les personnages, les enfants, sont un baume, un rempart, une armure fleurie pour combattre le mal. La nature et l’imaginaire comme refuge. 

Ce recueil m’a profondément émue. Il m’est difficile d’en parler parce que s’y trouve quelque chose de très intime, évoquant pour moi en tous cas de nombreux souvenirs, ceux qui reviennent quand je repasse par les lieux de mon enfance, la nostalgie de quelque chose – pas seulement un paradis pourtant – quelque chose de perdu comme la capacité à s’extraire du monde « réel », la capacité à rêver et à se créer une vie cachée des autres. Je vous conseille de lire la postface, qui retrace le parcours de Stina Stoor et la situe dans la littérature suédoise, postface qui explique aussi le formidable travail d’équipe de 23 traducteurs.

Je ne peux que vivement recommander cette lecture. Et la chanson qu’on a en tête dès que viennent Sandra et son père:

« Traverser la nuit » – Hervé Le Corre – Rivages / Noirs

« Immobiles et sombres sous l’éclairage bleuté que la pluie pulvérise sur eux, soufflant de petits nuages de condensation vite dispersés par le vent traînard qui rôde le long des voies du tramway, ils attendent là, une dizaine, transis, emmitouflés, et se tiennent à l’écart de l’homme inanimé gisant sous un banc. Ils affectent de regarder ailleurs, loin, pour apercevoir l’approche d’une rame, ou bien scrutant l’écran de leur téléphone qui leur fait un visage blafard et creux. On est au mois de mars et depuis des jours le crachin fait tout reluire d’éclats malsains, de lueurs embourbées. »

Le genre de livre qui me laisse pantoise tant c’est brillant, tant c’est puissant. L’année, côté lecture j’entends, commence bien, très bien.

Hervé Le Corre est impitoyable avec un livre d’une noirceur sans défaut, un noir plus noir que noir et néanmoins d’une profonde humanité, au sens complexe, creusé, ce qui compte en nous de douleurs, de rancunes, de chagrins, de joies et d’amours aussi, de failles où se glissent des tendresses inattendues. C’est magnifique.

Trois personnages principaux, Jourdan le flic, Louise la jeune mère et un tueur fou et obsessionnel. Il ne faut pas omettre tous les autres, ciselés, jamais lancés dans l’histoire comme ça, pour rien. Non, on a là un travail d’orfèvre absolument bouleversant. J’ai fini cette lecture il y a deux semaines sans parvenir à en parler, trop touchée, émue, attachée à Jourdan et puis à Louise, cette jeune mère d’un petit Sam, ces deux êtres qui en ont bavé à cause d’un compagnon et père violent et menaçant. Louise qui par la grâce de la naissance de Sam est sortie de son existence à la dérive vit dans un état d’anxiété permanente. Et Jourdan en est  profondément secoué, entre colère et compassion, mais veut venger et sauver Louise et Sam, c’est un but qui le tient debout.

 » Jourdan ne sait pas ce qui mène les hommes vers leur chute. Il ne veut plus savoir. Alors la colère comme seule réponse aux questions impossibles. Comme ultime recours au fond de l’impasse.

La colère parce qu’au moins on se sent vivre, parce que ça fait moins mal que la tristesse.

Il sort de l’immeuble sous la pluie, dans le vent, et il offre son visage au mauvais temps et il regarde le plafond gris qui lui crache à la gueule. »

 

Je ne sais pas s’il est légitime de ma part de commenter un tel ouvrage, même en écrivant ça me noue la gorge. Autant de talent, autant de justesse et de lucidité sont admirables. Comment rendre vraiment grâce à un tel livre. C’est donc pourquoi je vais exprimer ici ce que j’ai ressenti, avec quelques extraits.

L’ambiance, c’est beaucoup de pluie, de nuit, de trottoirs, la police qui ramasse un clochard alcoolisé sous un banc devant des gens qui font mine de ne pas voir, attendant leur bus, la police qui découvre des cadavres de jeunes femmes, d’enfants –  une famille décimée – 

« Alors, il entre en enfilant ses gants. Reste avec elle, entend-il dire Elissalde à Corine. J’y vais. Il repousse la porte derrière lui.

Les corps des enfants étendus contre le mur mènent à la salle de bains, où la mère a été abattue sortant de la douche, sans doute parce qu’elle  a entendu les détonations malgré le petit poste de radio posé sur un placard qui débite encore ses bavardages. Jourdan éteint la radio. »

d’autres jeunes femmes encore dépouillées de leurs bijoux, montre, sacs, assassinées; l’ambiance ici c’est ce qu’il y a de pire dans nos sociétés, des addictions, de la haine, de l’abandon, du mépris et de la violence et de l’indifférence, mais aussi la tentation du bien avec Jourdan et plusieurs autres, avec cette Louise si attachante, et son petit Sam qui se dresse pour protéger sa mère. L’ambiance, c’est aussi les êtres qui vont chercher au fond d’eux le courage de continuer à rendre justice. Malgré tout.

Jourdan et tous ceux qui l’entourent sont à la peine. Parce qu’à évoluer dans un tel monde, combien de temps peut-on tenir si près du pire des hommes, si près de la mort, de sa puanteur, de son injustice et de sa violence? C’est Louise surtout dont la vie va mettre Jourdan en colère, Louise, cette jeune femme qui vit en faisant des ménages chez des vieux – oh pardon des personnes âgées, des…seniors ? – , certains gentils d’autres méchants et vétilleux, ni plus ni moins que les autres. Car on le sait, l’âge ne change rien à l’affaire. Louise est harcelée par son ex qui l’a cognée et qu’elle a fichu dehors sans parvenir à s’en défaire; il est là avec ses messages, ses coups de poing contre la porte, son omniprésence menaçante. Pauvre Louise avec son petit Sam, son « petit magicien », qui du haut de ses quelques années se veut le héros de sa maman, et il l’est véritablement.

« Louise l’invite à s’asseoir, lui offre quelque chose à boire. Jourdan refuse, elle n’insiste pas. Il lui demande ce qu’elle a à lui dire.

-Je veux que ça s’arrête. Je veux sortir Sam de tout ce bordel. Il avait pris ce couteau parce qu’il voulait tuer Lucas si jamais il revenait. Un gamin de huit ans ne doit pas avoir ce genre d’idées en tête. Et puis je ne vous ai pas tout dit. Je sais où trouver Lucas. Enfin…Je sais où on peut le trouver. »

Elle masse son épaule. Elle dit qu’elle a travaillé toute la journée et qu’elle a mal partout. Elle dit que sa vie n’est qu’une suite de jours semblables éclairés seulement par la présence de Sam, colorés par les dessins qu’il rapporte de l’école. Seuls les moments qu’elle peut voler avec Sam comptent vraiment. »

Et puis il y a un tueur fou, celui des jeunes femmes dépouillées de petites choses, un type ordinaire en apparence dont on va apprendre peu à peu qui il est. Et puis il y a le mari fou qui tue toute sa famille. Notre monde, qu’on le veuille ou non. Mais l’auteur offre des moments d’une infinie douceur pour Louise et Sam avec l’amitié bienveillante, aimante de Naïma. Et un Jourdan superbe et digne dans sa grande colère. Je vous laisse rencontrer tout ce monde, toute cette équipe policière, et aussi Marlène,

« Elle ne le quitte pas des yeux. Il aimait tant qu’elle le regarde. Il se sentait alors comme sous un soleil de printemps, cette douceur saupoudrée d’or. Il s’étonnait qu’une telle femme ait un jour posé les yeux sur lui et continue de le faire. Il aimait tant la regarder lui aussi. »

Iliana et Barbara, mais en tous cas, chaque personnage est peint avec une grande finesse.

Cette histoire se déroule à Bordeaux, comme quoi tout peut arriver à peu près partout, sous des dessus proprets, des dessous crasseux. Hervé Le Corre ne fait aucune surenchère, les violences familiales et conjugales

« Parfois , maman vient se coucher contre lui, le caressant dans son sommeil, mais aujourd’hui elle le laisse tranquille.

Au soir bâché d’anthracite, en partant, il pose sur le buffet, sous une lampe verte à l’abat-jour fatigué, le paquet de cigarettes qu’il a trouvé dans le sac de la fille. Il sait que ça lui plaira. »

 Et leurs dommages collatéraux qui occupent une grande partie de l’histoire sont, on le sait, chose commune. Et les SDF, les paumés, les défoncés avec leur cortège de drames. Face à ce monde, Jourdan, toujours fatigué mais toujours en colère et toujours sensible à l’injustice brandit son humanité un peu désespérée. La vie de cette brigade de police est édifiante, avec des portraits de femmes et d’hommes tous au bord de quelque chose, que ce soit l’indifférence ou la nausée, la fatigue mortifère ou l’excès de nervosité, le dégoût et la colère.

« Dans le couloir, des cris, des bousculades. L’un des types résiste, se débat. Ils sont deux flics qui luttent avec lui. Sa tête heurte le chambranle d’une porte et il se calme, groggy, le visage en sang.

Jourdan se lève en s’efforçant de ne pas voir la pièce tourner autour de lui. Il s’appuie à la table pendant que Bernie range les documents d’identité. En rejoignant la sortie, il aperçoit dans deux pièces le chaos provoqué par la perquisition. Mise à sac. Scène de guerre. Il y foutrait bien le feu. »

Que dire sinon que ce roman qui jusqu’à la toute fin se lit en immersion totale, avidement, ce livre parfait en tous points à la toute fin nous plonge dans le noir le plus absolu. Une écriture sobre qui touche au cœur, un immense talent.

Arrivant très en retard sur les articles de presse et ceux des autres blogs, je tiens surtout à exprimer mon admiration et même ma reconnaissance à Hervé Le Corre et à son éditeur de m’avoir offert une lecture si puissante et marquante. Autant d’émotions. Autant de beauté –  mais oui, aussi –  merci !

Gros coup de foudre, le second de cette année débutante. La photo de couverture est formidablement bien choisie. Visage noyé de pluie et rimmel qui pleure.

Coco évoque « Reservoir dogs » et Elissalde fredonne « Stuck in the Middle with You

« Le corps et l’âme » – John Harvey, Rivages/Noir, traduit par Fabienne Duvigneau

« À la lisière du village, la maison était la dernière d’une rangée de petites bâtisses en pierre adossées à des champs qui s’abaissaient en pente douce jusqu’à la mer. Elder ferma soigneusement la porte, remonta le col de son manteau pour se protéger du vent, et après un dernier regard à sa montre, s’éloigna sur le sentier en direction de la pointe. Le ciel traversé de nuages commençait à s’assombrir. Bientôt, à l’approche des falaises, le terrain devint inégal et rocailleux sous ses pieds. Des lapins levés par son passage détalaient tout autour. Plus loin, une barque de pêche se balançait au gré des flots. Des mouettes tournoyaient dans les airs. »

Quel bonheur de retrouver la plume de John Harvey dans ce roman assez bouleversant, écrit un peu comme un requiem. Écriture sobre, précise, une mélancolie certaine et une forme aussi de désabusement sans doute. On retrouve ici le retraité de la police Frank Elder, qui va être tiré de sa maison des Cornouailles par sa fille Katherine, jeune femme mal en point qui a vécu des événements atroces, et peine à s’en remettre.

« Lorsqu’il avait proposé de venir la chercher à la gare en voiture, elle avait répondu que ce n’était pas la peine, elle prendrait le bus. Allongeant le pas, il arriva à temps pour distinguer la lumière des phares qui contournaient la colline; à temps aussi pour la voir descendre et s’avancer vers lui – bottines, veste rembourrée, jean, sac à dos -, souriant, mais avec une hésitation dans les yeux.

-Kate…Je suis content que tu sois là. »

Quand elle tendit les bras pour saisir les siens, il s’efforça de ne pas regarder ses poignets bandés. »

D’autant qu’elle va rencontrer Anthony Winter, un artiste peintre pour lequel elle va poser. Elle entre ainsi dans un univers pas très net de gens dont il me semble qu’ils s’ennuient, ce peintre qui cherche des émotions fortes qui le feraient vibrer et qui n’est au fond qu’un salopard, je ne vois pas de mot plus juste, car il semble qu’il ne se contentait pas de rapports tarifés, mais en écoutant les témoignages de son entourage, cet homme était pervers et manipulateur.

« L’image, énigmatique, floue. Mais qu’est-ce que ça prouvait? Outre la présence du doute. Ce pouvait être Katherine, se dit-elle; comme ce pouvait être l’une des femmes que Winter – ainsi que l’indiquait clairement l’analyse des données contenues dans son téléphone et son ordinateur – payait de temps en temps pour s’envoyer en l’air. Mark Foster travaillait d’arrache-pied, elle le savait, pour tenter d’établir des recoupements entre des sites Internet offrant des services spécialisés que Winter avait visités, des photos de célèbres travailleuses du sexe, et un fouillis de numéros de portable qu’il était en grande partie impossible de remonter. »

John Harvey pose son regard sur un microcosme pas très joli à voir vivre et agir. Quand il verra les toiles sur lesquelles pose sa fille, Elder entrera en rage.

« Le premier tableau la montrait assise au bord d’un lit, penchée en avant, nue, tête inclinée de sorte que son visage était partiellement dissimulé, mais il la reconnaissait malgré tout; sur le deuxième tableau, elle était couchée à plat dos, visage à peine visible et jambes largement écartées, un mince filet de sang s’échappant de son vagin et lui coulant sur la cuisse.

Elder crut qu’il allait vomir.

Il pivota brusquement, faillit heurter l’un des serveurs, s’excusa, et fonça vers la sortie. Des invités de plus en plus nombreux se pressaient dans la galerie, le niveau sonore avait encore grimpé.

Va-t’en. Lâche prise.

Le vigile à l’entrée le regarda d’un œil surpris. « Vous partez déjà?

-Non, je sors prendre un peu l’air. »

Emmenant Elder au secours de sa fille à Londres, John Harvey décrit une ville et sa déconfiture, l’air de rien, mettant en osmose le décor et les gens qui l’animent, la face visible, la face cachée. Sans emphase, sans outrance, toujours dans la bonne mesure et sans dire au lecteur quoi penser, suggérant, toujours.

« En marchant de l’hôtel à la gare, Elder passa devant deux centres commerciaux, dont l’un semblait en partie désaffecté, et deux grands magasins aux vitrines condamnées. Il compta cinq hommes et une femme qui dormaient dehors, trois vendeurs du journal de rue The Big Issue, un joueur de flûte irlandaise, deux mendiants. « 

Aucun personnage ne sonne faux et chacun a ses failles. John Harvey est dans le monde réel, toujours. C’est ce qui rend si attachant Elder, mais aussi l’équipe qui enquête. Des femmes épatantes, comme Alex Hadley, chef de la criminelle très intéressante, on sent là le plaisir qu’a du avoir l’auteur à tracer ce portrait si fin, si humain. John Harvey n’omet jamais la vie telle qu’elle est, il capte les sentiments et les émotions avec délicatesse, finesse et justesse et ce à travers une enquête policière qui reste le cœur du livre. Au meurtre de Winter s’ajoute la sortie de prison d’Adam Keach qui va électriser Elder, une affaire personnelle.

Quant au titre si bien choisi, il parle surtout de Katherine et de son histoire, il parle de souffrance physique et psychique et des nœuds qui en découlent. Katherine, un personnage bouleversant . La relation entre un père et sa fille est ici emplie d’émotion, quand règne l’incompréhension à cause de non-dits, quand pourtant l’amour demeure, indéfectible et qu’on ne sait comment le dire, le montrer… De très belles pages sur ce sujet, la souffrance qui se met entre des êtres qui s’aiment…

Beaucoup de musique – l’amie d’Elder est chanteuse, et notre homme aime le jazz –  et pas mal de référence à Dickens et à Emily Brontë – ce qui me fait aimer encore plus Elder. Et John Harvey. On entend Vicky chanter « Route 66 », je choisis cette version

On rencontre des personnages des livres précédents, policiers ou pas, qui réapparaissent en toute logique, rien d’artificiel. Je n’ai lu que 2 romans de cet auteur et il y a longtemps, mais je vous rassure, on peut parfaitement faire connaissance avec John Harvey et Elder sans avoir lu les autres, ça ne gêne en rien.

C’est le genre de livre qui marie avec brio l’écriture, remarquable, le scénario, intelligent, le suspense, soutenu, le regard sur l’humanité, oscillant entre pessimisme et tendresse. Un vrai plaisir qui me donne envie de lire le reste de cette œuvre. Il nous en faudrait des vies pour arriver à tout lire…

Je ne saurais trop vous recommander ICI le très bel article de Mœurs noires, qui dit plus et mieux que moi – parce qu’il a du tout lire de John Harvey, lui – sur ce très beau roman. Je recommande vivement ! 

Quant à Elder, il aime une œuvre musicale sinistre selon sa fille, mais que j’aime autant que lui. Extrait et fin de ce post bien modeste pour dire tout le bien que je pense de ce roman et de ce romancier. Lacrimosa

« Aller aux fraises » – Eric Plamondon – Quidam éditeur

« Au printemps de mes dix-sept ans, j’ai trouvé un job de pompiste et caissier au Pétro-Canada de Cap-Santé. Je faisais le plein et j’en mettais pour dix ou vingt piastres. On vendait aussi des cigarettes, de la bière, du chocolat, des boîtes de conserve, des pintes d’huile 5W30, 10W30,5W40,etc. Au début de l’année, on avait vu exploser la navette spatiale Columbia en direct avec à son bord une maîtresse d’école. Fin avril, la centrale nucléaire de Tchernobyl avait pété à son tour. »

Voici l’amorce de ce petit recueil de trois nouvelles, trois récits ( je ne crois pas que ce soit autobiographique ) du même narrateur, un jeune québécois du XXème siècle, à l’aube de son indépendance, à l’époque des grosses « fêtes » avec les amis, alors que les groupes vont se dissoudre pour les études supérieures, s’éparpiller ici et là sur le territoire. Notre jeune homme n’est pas en reste, en tous cas, dans les deux premières histoires qui ne sont à peu de choses près que beuveries dans des conditions météos extrêmes et dans un état d’ébriété avancé. Bal des Finissants:

« Le Bal des Finissants s’était officiellement terminé le lendemain midi chez Ti-Oui Snack Bar devant des grosses poutines barbecue, des guédilles au poulet, des pogos, des club-sandwichs pis des galvaudes. on avait mal aux cheveux. On se racontait tout ce qu’on avait vu et entendu. Paraît que Dompierre avait fini dans la chambre de Morrissette. La Langlois voulait se battre avec Martine Germain. Y a des profs qui étaient restés pas mal tard…As-tu vu le Jeep de Patate? Méchante bosse. Je voudrais pas être à sa place devant son père. Y va en manger une câlisse! On avait vraiment viré la brosse de l’année. Les examens du ministère étaient dans deux semaines. »

Les parents du narrateur sont divorcés, le père vit à Québec, la mère à Thetford Mines ( à la fin, chez son nouveau chum ), en bonne intelligence. Le premier texte se finit aux adieux du père et du fils, touchant instant:

« C’était la fin de quelque chose. Je me dirigeais tout droit vers les responsabilités, les histoires d’amour compliquées, les haines partagées, les collègues insignifiants, le mariage, le divorce, avoir un enfant, voir ses parents vieillir, changer d’idée, douter, chercher des réponses, sombrer, se relever, tenter, recommencer et, souvent, me souvenir de la fois où mon père m’avait dit: « On dirait que t’es allé aux fraises ». »

Quoi qu’il en soit, c’est le troisième texte qui m’a vraiment plu, énormément plu. Parce que tout y est si juste… Eric Plamondon laisse un peu de côté les grosses fêtes alcoolisées pour l’introversion du jeune homme qui cette fois a 18 ans. J’ai d’abord appris beaucoup de choses, sur l’amiante par exemple, quand le beau-père  explique au garçon l’histoire de Thetford Mines, dans la région Chaudière-Appalachespuis notre narrateur fait des rencontres au cegep de gens différents de ceux qu’il côtoyait jusqu’alors, lui ouvrant l’esprit. Puis arrive cette fin superbe, sur la route en voiture, la neige tombant sans cesse par vagues énormes, et une apparition rendue magique par l’écriture si proche de la confidence de cet écrivain. J’ai beaucoup aimé, avec un +++ au dernier chapitre. Je n’avais lu que « Taqawan », formidable histoire, et je n’en ai sûrement pas fini avec Eric Plamondon. Deux dernières pages absolument superbes, je ne vous en livre que la fin pour ne pas vous gâcher le plaisir; sur la pente à 10% qu’il affectionne, sous un rideau de neige et après une rencontre qui l’a fait stopper

« Ça n’a duré que quelques secondes, mais ça m’a paru long. […] J’ai éteint la musique. J’ai respiré plusieurs fois. J’aurais aimé qu’Isa soit avec moi pour voir ça. J’ai pensé que c’était un signe, que ça voulait dire quelque chose, un cadeau du ciel, je ne sais pas.

Ce que je savais, c’est que je venais d’avoir dix-huit ans et que tout était possible. »

Faite de rites initiatiques, d’expérience et de l’insouciance qui prend fin peu à peu, c’est un regard très juste, sensible et touchant sur le passage à l’âge adulte, sans jamais oublier d’être drôle, car enfin ce n’est pas un drame de « grandir ». Bien sûr le parler québécois ajoute, pour nous français, une pointe comique ( eh ben oui, amis québécois, votre parler nous amuse et c’est bien ! )

Lecture courte à la fois réjouissante – parce qu’on peut s’y reconnaître aussi – , et très émouvante. Au son de Van Halen et d’Iron Maiden

 

« Inflorescence » – Raluca Antonescu -éditions La Baconnière

« LE GOUFFRE

Jura, 1911

Elle coupa à travers bois et pressa le pas. Le plateau s’ouvrit brusquement et la lumière crue l’obligea à plisser les yeux. En baissant la tête, elle traversa un champ parsemé de touffes d’herbes jaunies. Agitées par le vent, elles lui firent penser à des crinières. Elle ralentit, essoufflée. Ce n’était plus très loin.

Même à bonne distance, elle crut sentir les relents putrides qui remontaient du trou. Cet endroit était malsain. Le Gouffre du Diable, le nommait les gens, ce n’était pas pour rien. »

Gros gros gros coup de cœur pour ce livre que je n’ai pas pu lâcher. Ce n’est pourtant pas un livre plein d’action ou d’un suspense haletant. C’est un texte d’une grande beauté, plein de vie(s) et d’amour; c’est un livre rattaché aussi à la nature, aux jardins, aux arbres en particulier, et ce beau titre, « Inflorescence  » joue sur cette image de la tige sur laquelle naissent de part en part des fleurs.

Cinq parties, chacune commence sur le Gouffre, avec une image en noir et blanc

Des fleurs, quatre femmes, Aloïse, Vivian, Catherine, Amalia, et je rajoute Suzie et celle qui nous est présentée, au bord du Gouffre, dans le Jura en 1911, Pierrette, la mère d’Aloïse . Cette femme, jeune et déjà mère plusieurs fois, use des plantes pour tenter d’avorter de ce énième bébé qui a germé dans la fertilité de son ventre. Ce Gouffre sert de tombeau aux bêtes mortes dans les fermes, c’est un charnier profond, nauséabond, et source d’histoires, il est la gueule du Diable.

« Étendue sur l’herbe détrempée, elle tremblait de tout son corps. Elle allait être châtiée pour avoir osé demander une faveur au gouffre. La menace d’une punition lui écrasa la poitrine et elle comprit qu’elle ne lui survivrait pas. Elle se précipita à genoux et se signa, encore et encore. Plaquant son visage à terre, elle sentit contre ses lèvres la glaise froide. « Je vous en supplie mon Seigneur, je vous en supplie… »Sa prière portait en elle toute la ferveur dont Pierrette était capable. […] À ce moment- là, la vie en elle palpita, un regain de sang lui monta au visage, un soulagement détendit ses membres et lui procura une légère ivresse. Le Seigneur l’avait entendue, il était de son côté. Elle sentit contre sa joue la caresse divine de brins d’herbe vert amande. Elle en arracha une poignée et la fourra dans sa bouche, les mastiqua à peine, les avala d’un bloc.

Elle se releva, le nez et le front boueux. Forte d’une conviction désespérée, elle se pencha en avant et envoya un gros crachat verdâtre dans la gueule du Diable. »

Ainsi commence donc ce livre qui passe dans les années 10, 20, avec Aloïse et  Suzie dans le Jura, à la Patagonie avec Catherine en 2008, avec Vivian à Genève à la même époque, en passant par les années 60 avec Amalia. Je ne vous dirai rien des liens qui unissent ces femmes, car si on se doute de certaines choses, elles ne s’éclairent qu’à la fin. C’est d’une infinie beauté et d’une grande finesse. On s’attache très fort à ces femmes ( mon attachement le plus grand va à Aloïse )

« Elle cassa la coquille avec les dents. La chair du gland, avec sa texture dense et beige, était fort appétissante. Elle croqua un morceau et le mâcha lentement. Son palais s’emplit d’une amertume piquante et elle recracha plusieurs fois. La bouche ouverte en grand, elle grimaça. L’âpreté des tanins lui rigidifiait la langue. Elle ouvrit en deux un fruit d’églantier et, après avoir enlevé les graines et surtout les poils, le suçota pour chasser le mauvais goût. L’acidité sucrée de la baie lui parut encore plus fabuleuse.[…] »

et même à Amalia qui comme vous le verrez est à mon sens très traumatisée, très fragile au fond, et finalement très touchante. En terrible fée du logis, elle peut sembler quelconque et peu intéressante, et même antipathique mais ce livre est si bon que non, pas du tout, au contraire il faut aller regarder au cœur des fleurs, dans les espaces entre elles, au plus près de l’inflorescence pour en saisir l’architecture et le comportement.

Voici donc des femmes et des jardins. Vivian n’en a pas, mais elle sera invitée dans celui de son beau-père François, un fan du pesticide. Vivian, entre les chiens multicolores d’Ada et le jardin de François:

« Maintenant, dans ma vie, j’ai deux fauteuils. Ma vie sociale s’est rétrécie au point de tenir en équilibre dans ces deux espaces minuscules. Lorsque je me laisse choir dans le fauteuil d’Ada, autour de moi ça grogne, ça feule, ça bave, ça lèche, ça renifle, ça pue. Je m’en extrais avec des traces de terre, de mucus et un nombre inimaginable de poils collés à mes habits. Le fauteuil dans le jardin de mon beau-père grince lorsque je bouge. Ce qui m’oblige à rester le plus immobile possible, le grincement étant comme un rappel de mouvements inutiles. François s’affaire autour de moi. Un tourbillon qui coupe, arrache, cisaille, creuse, tasse, enfonce, redresse, attache. Et moi, à part vaguement observer ses gestes, je ne fais rien. Je suis comme une de ses plantes, une vie immobile qui se laisse agiter par les éléments extérieurs.

L’ennui est un état très confortable. »

Vivian porte un gant perpétuel sur une de ses mains. Son amie Ada est un peu dingue, elle qui teint ses chiens en couleurs vives. Vivian enterre sa mère Amalia au premier chapitre dans lequel elle apparait avec son amie et ses animaux bariolés et qu’elle vient de rompre avec Matt; elle s’interroge sur sa vie

« Une fatigue totale me submerge, je ne bougerai plus de cette position. Voilà, ma mère est morte et enterrée, me dis-je juste avant de fermer les yeux. ».

Catherine est une jardinière, partie suivre Julian en Patagonie, elle s’occupe de serres et s’est donné pour mission de replanter des arbres là où ils ont brûlé. Personnage de « mauvais » caractère, brusque, dure, mais avec elle-même aussi. Une véritable et ardente amoureuse de la nature, elle travaille à lui garder vie. Page 215, chapitre avec l’histoire de la pie et Catherine adolescente, extraordinaire.

« Catherine se souvient d’avoir pleuré longuement le départ de la pie, à la fois de soulagement qu’elle fut épargnée, et de désespoir mordant. Son arrivée tonitruante lui avait démontré à quel point elle se sentait seule et inappropriée. Elle s’était sentie plus proche de cet oiseau qu’elle ne l’avait été d’aucun enfant du lotissement. »

Amalia dont je vous ai déjà dit deux mots, et puis Aloïse et sa boiterie, qu’on suit de son enfance terrible à la vieillesse. Aloïse est la quintessence de l’inflorescence dont il est question, elle est la sommité de la tige. Je n’oublierai pas mademoiselle Suzie, celle qui prendra Aloïse sous son aile, celle qui avec la petite bancale imaginera un jardin, celle dont la petite admire les bottines cirées, celle qui voudra remettre droite et debout cette étrange enfant qui se nourrit de plantes sauvages. Merveilleux personnage, Suzie…Émouvant couple, Suzie et Aloïse.

« Elles recensèrent les plantes qui étaient arrivées. Elles étaient au nombre de deux cent trente-cinq. Avec plusieurs lots de la même espèce. Celles dont elles ne savaient rien, elles décidèrent de les planter à la fin, dans les endroits qui restaient disponibles.

Une pluie diluvienne retarda les plantations pendant deux jours. Elles s’installèrent sur le banc à l’abri de l’auvent et Suzie en profita pour relire à Aloïse des passages de son livre.

L’imitation joue un grand rôle dans les jardins. Mais il ne faut imiter que la nature, ne pas chercher à copier le jardin de son voisin et ne prendre que ce qui va au caractère particulier du lieu. Tu te souviens? Quel est à ton avis le caractère particulier de notre lieu?

-L’eau répondit Aloïse sans hésitation.

-Pourquoi?

-Il y a de l’eau juste en dessous, une source pas très loin de la surface. Il y a des roseaux là-bas, et des endroits qui ne sèchent pas. C’est pour ça qu’il y a le puits.

Mademoiselle regarda Aloïse, d’une façon qui lui fit détourner les yeux. Elle sentit ses joues chauffer.

-Alors on bâtira des îles, murmura Suzie. »

Cet extrait est caractéristique de la double lecture qu’on peut faire de ce livre, qu’on doit faire je pense, dans cette analogie entre la terre et ce qui s’y développe, selon de nombreux facteurs, et la vie de ces femmes. Enfin, je l’ai vraiment perçu comme ça. J’ai omis un mot à propos d’Eveline, la grande sœur d’Aloïse qui partira vivre sa vie, à 17 ans, avec le soldat Émile rencontré au bord du Gouffre, ce gouffre qui après les bêtes mortes se remplit des résidus de la guerre:

« […] Les obus, avec leur forme oblongue, de la taille d’un enfant pour les plus grands, se confondirent avec des corps emmaillotés jetés dans une fosse commune.

Une fois les trois mille tonnes d’obus et de munitions disparues au fond du gouffre, les rails furent démontés en quelques heures. À la va-vite, des grilles furent installées sur tout le pourtour du gouffre. Tout le monde était pressé de quitter cet endroit sinistre. Les camions et la totalité des militaires déguerpirent sans tarder. Éveline les suivit de près.

Après avoir prouvé que la terre possédait la capacité d’avaler les détritus encombrants, le gouffre devint inaccessible. »

Je suis absolument incapable d’en dire plus, il faut vous avancer au bord du gouffre puis au pied de l’inflorescence, et la remonter des yeux pour en saisir la complexité, remonter à la cime, tout en haut de la tige. Tout au long des pages, ce livre nous dit ce que les jardins, de banales plates-bandes aux forêts de Catherine, il nous dit ce qui s’y construit, s’y reconstruit, il nous parle de filiation, de la sève et de la vie, tout autant que de la mort. Avec en fond la menace du gouffre et l’usage qui s’en fera au fil des décennies. J’ai quitté à regret, mais vraiment à regret ces femmes que j’ai toutes aimées. Vivian qui à la fin de l’histoire relance une vie qui vient de se transformer soudain, après une révélation…Et je dois dire que j’aimerais assez savoir ce qui va se passer…mais je doute d’une suite, j’ai ici de quoi rêver et imaginer. C’est parfait.

Vraiment une grande réussite littéraire pour l’histoire, pour les sujets abordés, pour ces femmes, ressenties si proches de moi en les regardant vivre. Pas une seconde d’ennui et de l’émotion tout le temps. Bravo, bravo !

NB: très intéressante bibliographie sur le gouffre de Jardel (dont l’auteure s’est librement inspirée ) et autour de la botanique.

J’écoute Rameau: Les sauvages, Forêts paisibles, extraits des Indes galantes