« L’homme de trop » – Thierry Aué – La dernière goutte

« Une si belle journée

C’était une  journée si miraculeusement belle que, de peur de la gâcher, il s’efforça de la vivre comme une journée ordinaire. »

Un bref article sur ce livre comme Christophe Sedierta et sa chouette maison La dernière goutte sait nous en proposer. Et il faut du culot, de la personnalité et le vrai goût des mots et des textes. Il est de ceux qui prennent des risques, et il faut lui en être reconnaissant, qu’on soit auteur ou lectrice. Ce recueil est de ceux qui sont de cet ordre : surprenant, déroutant et exigeant. Exigeant en ouverture d’esprit, en capacité à se laisser envoyer dans d’autres sphères mentales et d’autres strates de l’esprit humain, de la société, bref, il faut être prêt à décoller.

Ici donc de courts textes difficiles à qualifier – ça, c’est déjà un truc qui me plaît – un recueil qui d’une phrase – mais parfois la phrase est longue à faire un chapitre- glisse vers des textes plus longs sans pour autant s’étaler trop, certains laissant le lecteur finir ou poursuivre l’histoire mentalement, pour autant qu’il y ait ce qu’on appelle une « histoire » car ce sont là plutôt des distorsions, des fables farfelues, étranges, drôlatiques, des dérapages pas trop bien contrôlés de la réalité, des digressions à partir de rien ou de pas grand chose, des divagations…et on va de surprise en surprise, sans trop savoir où on nous emmène ( souvent nulle part, il y a un côté farces et attrapes, je trouve ). Attention POURTANT, il y a de vrais sujets, comme le couple, l’amour – un coup de foudre –

« Elle a déboulé de nulle part sur son étrange monture couleur isabelle.

Je venais juste d’ouvrir ma porte dans l’idée d’aller faire un tour jusqu’à ma boîte aux lettres, lorsque je l’ai vue passer en danseuse le portillon avec ses grosses sacoches qui ballotaient comme des huîtres sur le porte-bagages, slalomer entre les nids de poule du chemin puis exécuter une courbe gracieuse en passant sous les rosiers avant de venir se poser à mes pieds, toute frémissante et dégoulinante de perles transparentes. Trois étincelles de pluie ont sauté de son visage pour venir vaciller sur mes joues. « 

les relations humaines, le travail, la nostalgie, la solitude, les obsessions et surtout il y est souvent question des livres, de la littérature et de l’écriture – qui intègrent tous les sujets précédents –

« Tu ne sais pas ce qui t’a pris d’entrer aujourd’hui dans cette librairie, « Jamais, plus jamais les pieds dans une librairie !' », t’étais-tu exclamé en crachant par terre le jour où tu avais décidé que, quoi qu’il arrive, jamais plus tu ne toucherais à un seul livre et ne succomberais à cette tentation qui avait fait de toi, au fil du temps, un enragé de la lecture, et, pour dire les choses clairement, c’est-à-dire en pesant les mots, un vrai malade de la littérature et un vrai drogué des livres. Que s’est-il donc passé dans ta tête? »

Donc un post court pour ce petit bouquin si original, je l’ai lu il y a 3 mois déjà, ne savais comment aborder la façon d’en parler, et voilà, c’est fait comme ça m’est venu, avec quelques extraits qui m’ont fait comme à l’habitude corner les pages. Un des textes fait référence à Richard Brautigan, et indéniablement on croise ici son esprit. 

J’ai aimé ce livre très spécial et je n’oublie pas de le dire, rempli de poésie;  encore merci à La dernière goutte à laquelle je souhaite une longue vie et encore de beaux textes, des textes insolites et beaux à partager.

« Alors OUI ! dans la vie il y a de ces moments inextricablement embrouillés où le bon sens lui-même semble avoir perdu les pédales. Profitant de la moindre faille, la pensée se met en route au quart de tour et rien ne peut plus l’arrêter sur sa belle lancée. Avez-vous déjà essayé d’arrêter une pensée en pleine course ? »

« Trencadis » – Caroline Deyns – Quidam Éditeur

« Pourquoi colories-tu en noir?

Rappelle-toi, on a expliqué la consigne, là-bas sur les bancs, tous ensemble, en regardant les images. Tu te souviens de ce qu’on a dit?

Y faut mettre des couleurs.

Plein de couleurs.

Il a pas écouté.

Faut faire des graphismes sur le maillot de bain de la madame en utilisant tous les feutres posés sur la table c’est ça la consigne moi je sais!

Les grosses dames elles s’appellent les meufs.

Lui a tout peinturé en noir fallait pas.

Tu vas lui mettre le bonhomme grimace maîtresse parce qu’il a mal fait?

Non c’est pas les meufs qu’elles s’appellent c’est un autre mot qui veut dire pareil mais je me rappelle plus…

Les nanas elles s’appellent les nanas les filles moi je sais! »

Je ne suis guère amatrice de biographies romancées, des ouvrages que j’aborde souvent avec méfiance et qu’en fait je lis rarement. Concernant « Trencadis », c’est une belle belle surprise et une lecture passionnante et très émouvante.

J’aime l’art, j’aime Niki de St Phalle, mais je ne me suis jamais tant penchée sur sa vie, me contentant de son œuvre et seulement dans des documentaires ou des livres. Je n’ai jamais vu d’expositions ou d’œuvres « en vrai ».

Caroline Deyns a su rendre visibles les nanas, visible Niki de l’enfance à la fin de sa vie, visibles sa douleur et sa force, audible la voix de cette femme hors du commun. C’est ici l’auteure que je veux remercier, car elle propose une véritable œuvre littéraire. L’écriture est remarquable, la voix claire et forte, une voix aux méandres similaires à ceux de Niki, une voix qui explose de vie, laissant découvrir cette artiste au destin hanté par l’enfance et ses traumatismes, mais cette belle Niki qui a su en fait dans tous les sens du terme, recoller les morceaux.

« Si je comprends bien, se dit-elle, c’est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l’unique pour épanouir le composite. Broyer le figé pour enfanter le mouvement. Briser le quotidien pour inventer le féérique. Elle rit. Ce devrait-être presque un art de vie, non ? »

Elle casse et elle recolle, elle arrondit les angles, elle tire par arme à feu sur la prévisibilité du monde pour le faire exploser.

Cette belle jeune femme est issue d’un milieu bourgeois début du XXème siècle, et travaille à briser ou plutôt à élargir, ouvrir, enrichir les codes de la « beauté » avec ses nanas toutes en rondeurs bariolées, ces nanas jardins semées de fleurs. Elle ne renonce à rien, elle veut tout, et sa vie est son œuvre comme l’inverse.

 

Outre le fait qu’elle est si bouleversante à écouter elle est sans conteste unique.

L’objectif du livre est je crois de montrer le combat de cette femme exceptionnelle, combat contre ses douleurs, combat pour faire ce qu’elle veut, comme femme et comme artiste, comme être humain épris de liberté.

« -Émilie, c’est mon nom. Je suis la fille de Léa qui a travaillé à Soisy en tant que femme de ménage de Niki de Saint Phalle. Madame Niki, elle l’appelait. En retour, sa patronne lui donnait du Madame Léa. Vous ne trouvez pas qu’on a l’air de deux mères maquerelles à s’interpeller comme ça tout le temps, lui avait lancé maman. madame Niki s’était esclaffée et lui avait répondu que même les putes avaient le droit d’être polies. C’est dommage que maman ne soit plus de ce monde pour répondre à vos questions, elle aurait été contente ! Mais bon… Je vais faire de mon mieux avec tout ce qu’elle a pu me raconter. »

Le livre lui donne la parole, comme il donne la parole à son entourage, propose le regard que les autres portent sur elle et celui qu’elle porte sur elle-même. L’auteure s’appuie sur ce qui est su et peut-être sur ce qui est supposé, et il sort de ce livre un hommage aimant et vibrant à Niki de Saint Phalle. Certaines pages sont extrêmement bouleversantes, sur la féminité, la maternité, le corps et la santé abîmée par les produits que Niki utilise  dans son travail

« 19 h 28.Elle avance les doigts vers sa coupe, se ravise, les pose sur sa Ventoline. Paris lui réussit si peu qu’elle doit, ordre du médecin, partir chercher l’air au sommet des montagnes ou, si elle préfère, dans la chaleur des plaines désertiques. Elle a choisi la Suisse, aussitôt, sans même réfléchir. Mon mari y habite avec sa maîtresse, avait-elle plaidé, peut-être pourrais-je le voir plus souvent. Le médecin n’avait pas tiqué: la polygamie des artistes est désormais un fait entériné. Vous comprenez, avait-elle pourtant ajouté pour se justifier, je veux bien partir respirer dans n’importe quel trou paumé, mais il me faut absolument là-bas, un amant, un nouveau projet, des excitations, des fièvres, pour me brusquer le souffle, le creuser, le couper, bref me rappeler que j’en ai un dont je dois prendre soin. On oublie vite ce qui nous tient en vie si on néglige de vivre, je veux dire, vraiment vivre… »

et l’amour. Celui qui la lie à Jean Tinguely:

« Alors voilà mon Jean, on m’a dit que tu étais mort.

Tu étais mort et je ne m’en souvenais plus.

C’est assez étrange le tri qu’opère la mémoire. on pourrait croire qu’un événement pareil – ta mort – m’aurait laissé un souvenir franc et costaud, souvenir de taille, taille d’une pierre volumineuse couchée de tout son long sur ma conscience, capable de concasser tout ce qui n’est pas elle: ta mort. Quelque chose, vois-tu, proche de l’obsession. Eh bien non. C’est l’inverse qui s’est produit m’a-t-on expliqué: mon cerveau, pour éviter l’inconcevable, a préféré le réduire à la taille de l’infime, du délébile, de la poussière. Les jeunes enfants violés procèdent de même a-t-on ajouté. Undoubtfully. »

Sans oublier ce qui pour moi est le cœur de l’œuvre de cette artiste, la violence subie en enfance, la douleur et le chagrin. L’art comme exorcisme, et comme refus de la fatalité ou de la honte, ou de la déception ou de l’humiliation. L’art comme vie.

Je veux simplement et vivement conseiller cette lecture impossible à lâcher tant Niki est attachante, tant l’écriture de Caroline Deyns fait résonner chaque mot, chaque situation. Voir Niki dans ces vidéos m’émeut aujourd’hui, essayant de restituer cette lecture faite il y a quelques mois déjà.

De la vraie et belle littérature en hommage à une authentique femme artiste.

J’en ai gagné un regard sur elle qui en fait une sœur, me reste à aller voir les nanas, un jour j’espère.

« Elle hait l’arête, la ligne droite, la symétrie. Le fait est qu’elle possède un corps à géométrie variable, extraordinairement réactif au milieu qui l’entoure, des tripes modulables et rétractiles qu’un espace charpenté au cordeau parvient à compacter au format cube à angles aigus. À l’inverse, l’ondulation, la courbe, le rond ont le pouvoir de déliter la moindre de ses tensions. Délayer les amertumes, délier les pliures: un langage architectural qui parlerait la langue des berceuses. Aussi vit-elle sa visite au parc Güell comme une véritable épiphanie. Tout ici la transporte, des vagues pierrées à leur miroitement singulier. Dès le soir, elle se renseigne. Trencadis est le mot (catalan) qu’elle retient. Une mosaïque de céramique et de verre, lui explique-t-on. De la vieille vaisselle cassée recyclée pour faire simple. Si je comprends bien, le Trencadis est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l’unique pour épanouir le composite, broyer le figé pour enfanter le mouvement, briser le quotidien pour inventer le féérique, c’est cela?  Elle rit: ça devrait être presque un art de vie, non ? « 

Mais  j’insiste encore, au-delà de la biographie de Niki, ce roman de sa vie est la découverte d’une très belle plume. J’ai pris un immense plaisir à cette lecture.

 

« Sans terre » – Marie-Ève Sévigny – éditions Le mot et le reste

« Depuis que la ville a lancé son concours horticole, une légion d’entrepreneurs paysagistes a pris d’assaut le silence des rues cossues, si bien que, parmi les rares passants levés à cette heure matinale, personne ne s’étonne quand le camion-benne remonte bruyamment l’avenue Victoria. Il faut dire que l’allure de la conductrice n’annonce aucune mauvaise intention : quinquagénaire à la silhouette juvénile, la tresse blonde sous la casquette rouge, elle conduit prudemment son véhicule dont la bâche gonflée trahit le lourd chargement. »

Encore un bon roman québécois, un roman policier dans lequel l’enquêteur est retraité de la police, tous l’appellent « Chef » et il n’est pas censé faire quoi que ce soit sur cette Île d’Orléans quand on trouve le corps sans vie d’un ouvrier agricole guatémaltèque, pas très loin du chalet en flammes de Gabrielle Rochefort.

« OIES BLANCHES ET MARÉE NOIRE:

L’OLÉODUC INCONTINENT

DE CLIFFLINE ENERGY

FINANCÉ PAR VOTRE MINISTRE

CON$CIENCIEUX. »

Gabrielle Rochefort, cette blonde à casquette rouge, est une activiste écologiste, qualifiée de terroriste par certains pour ses actions virulentes auprès de la compagnie pétrolière Cliffline Energy en particulier. Elle a fait déjà de la prison et à sa sortie a été accueillie par Marie-Louise, sa cousine. Le Chef raconte:

« À sa sortie, Gabrielle a été recueillie à l’Île par sa cousine, Marie-Louise Plante, une femme chaude et moelleuse comme une brioche du matin. « Plante », c’est plutôt heureux, pour un cultivateur. Mais si tous les Lacroix ne finissent pas curés, à l’Île, planter sans s’appeler Plante, ça ne fait pas sérieux. Ils sont une trentaine dans le bottin à le croire de père en fils. Gabrielle s’est installée à la pointe est de l’Île –  à Saint-François, sur la grève, dans l’ancien chalet familial, qui avoisine le domaine de Marie-Louise. Selon ses conditions de libération, elle devait se présenter  une fois par semaine au poste de police que je dirigeais à Saint-Pierre. Du coup, mon long fleuve tranquille est devenu une épopée en vingt volumes. Je ne m’en remettrai sans doute jamais. »

Le Chef, son ancien amant, va tenter d’éclairer ces deux faits, un mort et un incendie, un peu gêné aux entournures par sa relation avec Gabrielle et par son statut de retraité. Pour l’aider il y a Fortuné, Violette Fortuné, elle n’est pas en retraite, jeune et au caractère solide.

L’histoire se déroule sur l’île d’Orléans sur le Saint Laurent et face à la ville de Québec, où Marie-Louise a son exploitation agricole; elle embauche des sud-américains pour travailler chez elle. Elle considère qu’elle les traite bien humainement, ils sont nourris et logés correctement, mais elle leur interdit de se syndiquer. Allez savoir pourquoi…Marie-Louise n’est pas une mauvaise femme, mais elle gère son affaire épaulée par un contremaître qui lui est un sale type, raciste et violent et quand Linares est retrouvé mort, c’est lui qu’on envisage comme coupable. Gabrielle, devant cette mort et son chalet ravagé par les flammes, pense, elle, à un complot du gouvernement qui veut la faire taire. Et c’est parti pour une enquête assez compliquée pour le Chef.

De sacrés personnages ici, avec cette coriace Gabrielle, qui ne se démonte devant rien, Violette Fortuné qui ne donne pas sa part aux chiens côté répliques

« Plus que mon ancienne subalterne, Violette était ma sœur, ma fille, ma mère, ma grande complice. Je savourais d’ailleurs cette rare absence d’ambiguïté, moi qui avais le brevet des amours compliquées.« 

et Marie-Louise; trois beaux portraits de femmes volontaires et indépendantes néanmoins avec de multiples nuances dans ces deux qualités. C’est là que se joue la personnalité du livre: pas d’angélisme.

Quant au Chef, lui…ah je l’ai adoré, c‘est mon préféré ! Il fréquente régulièrement et parfois en urgence son psychothérapeute qui est… libraire.

« C’est mon thérapeute qui m’a fait découvrir les aventures du commissaire Verhoeven, policier teigneux poursuivi par ses amours tragiques. « Mon thérapeute », c’est ainsi que j’appelle mon libraire, petit homme aux t-shirts excentriques, capable de réunir dans une même phrase Batman, les préromantiques allemands et les chansons de Johnny Cash, tout en griffonnant des on écriture illisible da recette de chili. Il faudrait un jour arriver à télécharger ces cerveaux-là pour les conserver dans la mémoire collective. »

Il aime ses livres, les romans policiers, son voilier, sa chienne Karla avec laquelle il a de jolies conversations

« -Écoute ça, Karla: Il promenait son chien, une chose assise à ses pieds que Dieu a dû bricoler un jour d’immense fatigue. Tu ne trouves pas que ça ressemble au carlin de Mme Coutu? Ma fidèle d’entre toutes les fidèles a à peine ouvert un œil – et l’a aussitôt refermé pour signifier qu’il était encore trop tôt pour lui faire composter sa carte du temps. »

 et plus trop son épouse Nathalie qui batifole avec un pompier…mais lui a  eu Gabrielle, il n’a plus personne et se repose, enfin, essaye.

« Pour rester dans le domaine nautique, je dirais que notre couple était un fleuve à l’étale qui manquait de vent: ni elle ni moi n’arrivions à donner un bon coup de pagaie, que ce soit vers le rapprochement ou la rupture. »

J’ai aimé ici beaucoup ces personnages, et la qualité de l’écriture pleine de second degré et d’humour. L’argument enquête sert de base pour évoquer le sujet des travailleurs déplacés et le traitement qu’on leur impose, et bien sûr l’écologie et ses combats. Mais c’est sans jamais tomber dans la démonstration lourde.Tout le livre reste à hauteur d’humanité, en nuances et sans emphase. Comme c’est un roman québécois écrit par une québécoise, il n’y a pas de scènes d’extase devant les paysages; ici, c’est un territoire où vivent et meurent des femmes et des hommes, ainsi que la nature, comme partout ailleurs dans le monde et c’est sans concession. C’est ça que j’ai aimé.

Décidément, pour ce que j’en explore pour le moment, la littérature québécoise est une mine de très bons textes. J’en apprécie particulièrement le ton et l’humour. Lecture très agréable, avec mention très bien aux clins d’œil nombreux aux mordus de littérature, policière en particulier.

« J’ai toujours été fasciné par les lecteurs; ils ont beau se taire, leurs yeux luisent devant les pages, et j’aime imaginer ce qui les agite tandis que rien ne se passe à l’extérieur. C’est comme observer un détenu et son avocat à travers un miroir sans tain, alors que le micro est éteint: on les voit converser, une main devant la bouche, et on se sent exclu d’un monde dont ils négocient la part de mensonge et de vérité. La solitude du lecteur est probablement la plus proche de celle de l’artiste ou du criminel – un terrain de jeu exclusif où on n’obéit qu’à sa propre loi. »

Dans les remerciements, l’auteur écrit:

« Le thérapeute  de Chef existe, il se nomme Marco Duchesne et travaille à la Librairie Pantoute, ma maison. »

 

Cette librairie est à Québec, si vous y passez et avez besoin d’un thérapeute…

« Bondrée » – Andrée A. Michaud – Rivages/ Noir

« Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord- américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Son nom provient d’une déformation de « boundary », frontière. Aucune ligne de démarcation, pourtant, ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux États-Unis, jusqu’au sud -est de la Beauce, au Québec. Boundary est une terre apatride, un no man’s land englobant un lac, Boundary Pond, et une montagne que les chasseurs ont rebaptisée Moose Trap, le Piège de l’orignal, après avoir constaté que les orignaux s’aventurant sur la rive ouest du lac étaient vite piégés au flanc de cette masse de roc escarpée avalant avec la même indifférence les soleils couchants. « 

J’ai acheté ce roman en 2017 aux Quais du Polar, et c’est Andrée Michaud qui me l’a tendu, une femme discrète, pas assaillie alors par la foule, et qui a échangé un peu avec moi, alors que ma fille venait juste de quitter Lyon pour Montréal.J’ai aussi pu l’écouter lors d’une conférence en compagnie de Ron Rash, David Vann, Caryl Ferey, sur le thème : « Not my president : Un Trump pour 4 ans mais plusieurs Amériques, depuis toujours et à jamais », passionnante, vous vous en doutez vu la « brochette » !

« Les enfants étaient depuis longtemps couchés quand Zaza Mulligan, le vendredi 21 juillet, s’était engagée dans l’allée menant au chalet de ses parents en fredonnant A Whiter Shade of Pale, propulsé par Procol Harum aux côtés de Lucy in the Sky with Diamonds dans les feux étincelants de l’été 67. Elle avait trop bu mais elle s’en fichait. Elle aimait voir les objets danser avec elle et les arbres onduler dans la nuit. Elle aimait la langueur de l’alcool, les étranges inclinaisons du sol instable, qui l’obligeaient à lever les bras comme un oiseau déploie ses ailes pour suivre les vents ascendants. Bird, bird, sweet bird, chantait-elle sur un air qui n’avait aucun sens, un air de jeune fille soûle, ses longs bras mimant l’albatros, les oiseaux d’autres cieux tanguant au-dessus des mers déferlantes. »

Ce livre a bénéficié du confinement, enfin il était temps. Mes premiers mots à propos de ce roman seront : quelle écriture remarquable, belle, très originale – et ce, même sans le parler québécois – pleine de vie, riche… Un régal pour qui comme moi attache beaucoup d’importance à l’écriture. Plein de détails donnent cette originalité, comme les mots anglais qui émaillent les discussions et les pensées dans cette Bondrée* entre deux régions, le québécois, avec pas mal de mots bien locaux ( les pitounes par exemple… qui sont des billes de bois ou…de belles filles ! ), agrémentant une narration dans un français impeccable, avec des structures de phrases drôlement travaillées, bref : Andrée Michaud sait ce qu’écrire veut dire.

« Maintenant que le vernis luisait sous la lampe, je ne pensais plus qu’à enlever cette cochonnerie, qu’à arracher la robe qui irait avec pour aller plonger les mains dans la boue qui se formait autour du chalet, là où les gouttières débordaient. Je n’étais pas Zaza Mulligan, je n’avais pas les mains fines des jeunes filles qui sentent le parfum. J’étais la puce, la punaise, le garçon manqué de la famille, et même si mes seins commençaient à me chatouiller, signe qu’ils poussaient, m’avait appris Emma, rien ne m’obligeait à me déguiser en poupée. Si ça continuait, je finirais par ressembler à la Barbie de Millie et par marcher sur des échasses. No way ! Tout à l’heure, j’emprunterais le remover de ma mère en prétextant que les ongles me chauffaient. Veut, veut pas, elle serait obligée de me croire, c’étaient mes ongles après tout, pour le moment, j’attendais qu’Emma me montre sa surprise. »

De fait, l’intrigue n’a rien de très original . Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry* dont les pièges étrangement resurgissent de terre. Deux jeunes filles sont assassinées; la police convient qu’il s’agit de meurtres et l’enquête commence alors dans ce microcosme estival. C’est assez commun pour un roman policier, sauf que cette histoire bénéficie de cette qualité de plume, à laquelle se greffent l’idée d’une sorte de huis clos en pleine nature et une ambiance de vacances mise à mal. L’œil affûté de l’auteure sait à merveille décrire les familles, ces étés rayonnants où chacun s’active à tondre, tailler, retaper, bronzer au bord du lac et boire un verre sur la terrasse…Tout ça tant que tout va bien.

« Au sein de la forêt, il avait donc pensé à Marie en retenant son souffle, puis il s’était mis à rire aux éclats, à se moquer de lui, de sa bêtise, cherchant un mouchoir dans sa poche pour essuyer ses larmes et s’accroupissant, une crampe au ventre, maintenant, une bonne crampe de fou rire. Ce qu’il avait pris pour une chevelure n’était que la longue queue d’un renard roux, mort de faim, de maladie ou de vieillesse. Maudit Ménard, avait-il murmuré, maudit Ménard que tu m’énarves, des fois. Lorsqu’il avait relevé la tête, un éclair de chair blanche l’avait ébloui, quelques pouces de blancheur prolongeant la chevelure. Son rire avait cessé net, un tir de boulet l’avait frappé en plein cœur et il s’était approché de l’arbre au pied duquel gisait la chose inconnue. C’est un renard, Ménard, pogne pas les nerfs, c’est rien qu’un pauvre renard. Mais la chose était presque nue, plus longue qu’un renard, plus blanche aussi. La chose avait des jambes et des ongles vernis. »

Car cette tranquillité ensoleillée, égayée par les enfants dans leurs cabanes, ou au bord du lac, les rires, les jeux…tout ça va se trouver suspendu et vont surgir une angoisse et une méfiance collectives et surtout une longue et difficile enquête, dont Stan Michaud est le principal responsable. La petite Andrée – Aundrey – , la gamine « garçon manqué », douze ans et rien dans sa poche, ni ses yeux, ni sa langue, la puce, est une enfant dans une famille aimante et sûre, un grand frère, Bob et une petite sœur, Millie avec sa poupée Bobine. Des jours heureux, un petit paradis…Finis ou presque, sous l’œil de « la puce ».

« Ce n’est qu’au court de cet été, quand les événements se sont précipités et que mes repères ont commencé à vaciller, que j’ai compris que la fragilité des petits personnages confinés dans la boîte de chocolats Lowney’s avait survécu aux années, de même que ces peurs enfouies au cœur de toute enfance, qui refont instantanément surface lorsque vous constatez que la stabilité du monde repose sur des assises qu’un simple coup de vent mauvais peut emporter. »

Pour mener l’enquête, Andrée Michaud a campé des hommes pour certains en fin de course, d’autres encore jeunes et qui, confrontés à l’horreur des meurtres de Bondrée sont déjà près de sombrer et leur mariage avec, comme le jeune Cusack, dont le portrait est particulièrement réussi. Peu de descriptions physiques pour ces hommes, mais leurs pensées, leurs fatigues, leurs coups de sang les disent mieux que toute autre chose. À côté d’eux des épouses qui soit endurent, soit épaulent, et les enfants, essaim bourdonnant d’activités, sous le soleil d’août.

« Jim Cusack, plus que les autres, semblait atterré par la situation. Les coudes appuyés sur les genoux, il se tenait la tête à deux mains, contemplant lui aussi le plancher. Il ne voyait cependant pas que celui-ci avait été ciré la veille et que s’y reflétait cette lumière joyeuse de ciel sans nuages qui lui rappelait son enfance, les parquets aux odeurs d’encaustique annonçant l’arrivée de la fin de semaine. Il ne voyait que le visage de Laura, d’une beauté furieuse, qui avait quitté la maison en claquant la porte lorsqu’il était rentré le soir d’avant, lui reprochant de ne pas lui avoir téléphoné, de l’avoir laissée poireauter devant son fourneau éteint, à contempler un rôti qui avait fini aux ordures avec la tarte aux tomates dont elle s’était gavée à pleines mains, salissant sa robe blanche, le parquet fraîchement astiqué, ses chaussures de cuir verni. »

Pour moi, reste que la plus grande réussite de ce livre c’est le talent à dire l’enfance et ce passage si délicat à l’adolescence ou à l’âge adulte, par la voix d’Andrée, si attachante, si vive, intelligente et drôle. C’est justement ce qui fait le charme de ce livre qui pourrait n’être que noir c’est que c’est souvent très drôle et lumineux tout en étant émouvant et fin. Le dernier chapitre, « Frenchie » m’a enthousiasmée, touchée aussi, Andrée disant adieu à ses douze ans joyeux, quand l’insouciance s’enfuit, quand soudain, regardant sa mère, elle la voit sous un autre jour. La fin du livre est merveilleuse. 

« Je vais parler à madame Lamar, avait-elle poursuivi en laissant glisser son foulard de soie sur le sable,puis elle m’avait pris la main et m’avait souri. Le soleil faisait étinceler le cercle jaune qui se diluait autour de ses iris, pareil à un anneau de minuscules pépites d’or en fusion. Il y avait un tel amour dans ces yeux que j’avais pensé que jamais, de toute ma vie, je n’en reverrais de si beaux. J’avais détourné le regard pour ne pas être pétrifiée et m’étais de nouveau attardée sur le bleu, plutôt un mauve, en fait, qui maculait sa cheville.

Je passe une robe par-dessus mon maillot et on y va, avait-elle déclaré en se levant. Je l’avais regardée monter vers le chalet, même pas fâchée que j’aie bousillé sa séance de bronzage, et j’avais ressenti un pincement au cœur, un pincement d’amour, en voyant sa jupette voleter sur ses hanches. Je vieillissais, il n’y avait pas d’autre explication, et prenais lentement conscience que ça pouvait être aussi douloureux que chiant. »

J’ai pris un intense plaisir à flâner dans ces pages, pour le lieu qui d’enchanteur devient menaçant, pour Andrée, Zaza, Sissy, Emma, pour Millie et Bobine, pour la mère vigilante, pour la forêt et le « fantôme » de Pierre Landry*, pour les renards et pour la chanson qu’on entend tout au long de ce coup de cœur. Très envie de lire encore Andrée Michaud.

*Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur canadien-français dont le lointain souvenir ne sera bientôt qu’une légende.

Quelques mots et puis « Turbulences »- David Szalay- Albin Michel/ Grandes traductions, traduit par Etienne Gomez

Bonjour tout le monde, bonjour mon petit monde…

Eh bien si, j’ai lu et beaucoup…Je suis sortie de ce temps étrange avec le sentiment de m’être bien nourrie de beaux textes – tout en faisant des efforts pour privilégier cette nourriture plutôt que celle du frigo… – Mais quelque chose a fait une différence avec mes habitudes, et ce sont les livres numériques, sur ma liseuse toute neuve. J’ai lu, mais je n’ai pas réussi à écrire. Il faut s’accoutumer. Quand je lis mes bons bouquins de papier, que je regarde la couverture, le toucher des pages, le bruit de celles -ci qui tournent, quand je me promène dans le livre, quand surtout – attention, ça va faire mal à quelques unes et quelques uns d’entre vous – quand … JE CORNE LES PAGES ! , eh bien, même si je peux faire ça avec la liseuse, et surligner et tout ça quoi, eh bien au moment d’écrire je ne m’y retrouve pas. Dans ma routine de livrophage, je ne prends jamais de notes, mais je retrouve toujours le moment du livre où j’ai lu une phrase marquante, étonnante, forte, belle, drôle, je ne souligne même pas, je retrouve. Et bien plus difficilement sur la liseuse. Il va falloir que je m’habitue, mais en bonne vieille lectrice rat de bibliothèque, qui aime le toucher sensuel du livre – ah ! s’endormir avec un livre ! – , cette expérience technologique, bien qu’agréable par certains côtés a mis à bas ma capacité à transmettre. Mais ne vous réjouissez pas trop vite, ce n’est pas définitif ! J’ai encore de belles tranches empilées sur mes étagères, et en quantité conséquente pour les mois à venir. Alors donc, je tente quand même ici en mode plus bref que d’habitude ( cette lecture date d’avril)  ma première recension numérique.

Sur ma liseuse et pour l’inaugurer, j’ai lu un très beau recueil de nouvelles, enfin ça ressemble à un recueil de nouvelles, mais c’est bien un roman, un roman décousu que la lecture recoud. J’ai beaucoup aimé ce livre et il s’agit de « Turbulences » de David Szalay

« LGW-MAD

Lorsqu’ils rentrèrent de l’hôpital, elle lui demanda s’il voulait qu’elle reste. « Non, ça ira », répondit-il.

Elle lui reposa la question plus tard dans la journée. « Je te dis que ça ira. Tu devrais rentrer. Je vais regarder les vols. »

-Tu es sûr, Jamie?

-Oui, sûr. Je vais regarder les vols. » ;Cette fois, son ordinateur portable était déjà ouvert.

Debout à la fenêtre, elle scrutait la rue d’in œil morne. Les maisons jumelées de Notting Hill et les minces arbres nus lui étaient désormais une vision familière. Arrivée depuis plus d’un mois, elle avait vécu dans l’appartement de son fils pendant qu’il était à l’hôpital. Il avait appris en janvier qu’il souffrait d’un cancer de la prostate, d’où les semaines de radiothérapie à St Mary’s.Le médecin avait dit qu’il faudrait attendre un mois avant de lui passer un scanner pour mesurer le succès du traitement.

« Il y en a un demain après-midi, vers dix-sept heures. Iberia. Gatwick-Barajas. Ça te va? »

C’est ici la première rencontre avec un des douze personnages de ce qui ressemble à des histoires courtes. On comprend ici que la femme, la mère de cette introduction au voyage est une dame âgée. La suite la décrit dans l’avion qui l’emmène à Madrid.

Mon article sera court parce que ce livre laisse une sensation assez indescriptible, il y a dans ce texte quelque chose d’ineffable, qui ne se dit ni ne s’écrit. Tout y est subtil et il y a là beaucoup d’intelligence. Ces douze personnages vont tous prendre des vols les emmenant non pas vers ce qu’on nomme pompeusement « leur destin », mais vers d’autres personnes connues, en en croisant d’autres, inconnues, avec lesquelles, par un regard, une conversation, un accident va se tisser un réseau humain. Ces lieux de rencontres, de frôlement, pourrait-on dire, ce sont les aéroports et les espaces clos de l’avion. Les turbulences des vols font écho à celles des vies de ces passagers qui se déplacent dans cette dimension « neutre » que sont le ciel, l’air, la hauteur et le ronron des moteurs; jusqu’à la secousse, le trou d’air, la perturbation qui vous agrippe aux accoudoirs.

« L’avion atterrit à Doha juste après l’aube. Un bref instant, le ciel se teinta d’un rose coquillage et le monde aperçu depuis le tarmac par le hublot revêtit une apparence de douceur. Shamgar connaissait bien cette heure, la seule où sortir était un plaisir. Il passait ses journées dehors, courbé sur une plante, les mains couvertes de terre odorante. Son jardin lui avait manqué pendant ces cinq jours à Kochi. »

Cette lecture simple en apparence mais en réalité très profonde, mélancolique aussi parle de notre monde qui semble accessible dans sa totalité, mais qui pourtant garde ses secrets, ceux de la vie des femmes et des hommes, infimes particules dans ce grand tout, qui ici se croisent et se rencontrent, interagissent sans le savoir. L’auteur mêle infime et infini et par douze vols nous fait faire un tour du ciel, un tour du monde en prenant des chemins de traverse, les vies et les destins de ses personnages…Pour moi, c’est une grande réussite et ce livre m’a touchée. Beaucoup.

Une des raisons est personnelle, au sujet des avions et des aéroports.

Quand j’étais gosse, je rêvais de monter en avion, ça a été une envie puissante très très longtemps. Pas juste voyager, mais être là-haut. J’ai vu un avion de près gamine, pour un mariage au restaurant de l’aéroport de Bron. La nuit, avec ma petite sœur ( nous devions avoir 7 et 4 ans ), le nez collé à la grande vitre, vue sur les pistes et les avions clignotant de partout, s’élançant en avant jusqu’à cet instant où le nez se lève et où le monstre décolle…magique !

Je n’imaginais même pas que ce soit aussi énorme, un avion, et ça m’impressionnait et ça me faisait rêver. Il a fallu que j’atteigne mes 54 ans pour enfin être passagère, et j’ai tellement aimé ça…

Et puis il y a les aéroports. Lyon c’est petit, mais Roissy…c’est un choc pour une campagnarde invétérée comme moi. Un choc et une expérience. S’asseoir et observer, écouter le bruissement de cette cohue humaine, des gens en transit, et tous ceux qui travaillent, nettoient, surveillent…Je ne sais pas faire ce qu’a fait ici David Szalay, mais il y a réellement de quoi laisser divaguer l’esprit, imaginer, rêver et réfléchir.

Je précise que je n’ai pris l’avion que 3 fois dans ma vie, et ce en 5 ans, dont une pour aller voir ma fille expatriée au Canada ( me le pardonnera-t-on ?), mon plus long vol. Revenant du Pays de Galles, dans le ciel limpide, voir la frange d’écume de la Manche sur le sable, survoler les boucles de la Seine et apercevoir la Tour Eiffel.

En chemin vers  Montréal, me dire que je survole le Labrador ! C’est, ça a été pour moi peut être le seul rêve d’enfant réalisé, et je le dis: j’adore voyager en avion. Mais je n’en abuse pas, vous en conviendrez, 3 vols en deux tiers d’une vie…

Bref, ce livre m’a plu pour ça, et bien sûr pour la délicatesse de l’écriture qui brode la dentelle humaine de vol en vol, de ville en ville, sur cette boucle:

LGW-MAD / MAD-DSS / DSS-GRU / GRU – YYZ / YYZ – SEA / SEA- HKG / HKG- SGN / SGN – BKK- DEL / DEL – COK / COK – DOH / DOH – BUD / BUD – LGW