« Victor Kessler n’a pas tout dit » – Cathy Bonidan – éditions La Martinière

« Prologue

La tranquillité est un don du ciel. Il ne faut pas croire qu’elle va de soi.

Je n’aurais pas imaginé, à vingt ans, que je regretterais un jour les ruelles de mon village, le paysage monotone des forêts dans la brume et la répétition inlassable des jours sans aspérités. Je pense à tout ce qu’on a écrit sur moi depuis le début de cette histoire. Les journalistes se sont régalés. C’est leur métier. Mais jamais, non jamais je n’ai lu un résumé limpide des événements.

L’exercice est périlleux car les faits sont troublés par le filtre des souvenirs. Les sentiments eux aussi ont pollué le terrain. »

Je découvre Cathy Bonidan avec ce roman volontiers qualifié de policier. S’il y a une enquête – et pas strictement policière –  ce roman sensible et je trouve assez mélancolique aborde des sujets qui m’ont beaucoup touchée. D’autant qu’ici l’écriture est belle, chaque mot en bonne place, pas de « pathos », juste une empathique et fine analyse des douleurs de l’enfance, des familles et des couples qui dysfonctionnent, mais aussi de la province, de la vie des milliers de petits villages avec leur école – ce qu’il en reste encore – , le café, la coiffeuse et les histoires qui circulent, vraies ou fausses amenant parfois de lourdes conséquences.

S’emparant avec force d’une époque, les années 70, d’un lieu marqué plus tard par plusieurs faits divers sordides, les Vosges, et d’un milieu, les écoles élémentaires, qu’elle connait bien puisqu’elle est institutrice ( c’est le terme qu’elle affectionne pour nommer son métier ), Cathy Bonidan construit un récit à deux voix, celle de Victor Kessler, un vieil homme, et celle de Bertille, notre héroïne si attachante. L’art du portrait, Bertille:

« Dans la galerie marchande, une femme blonde avance à contre-courant. Son cou long et obstiné brave le flot des clients, mais chaque mouvement est hésitant et ressemble à une excuse. Impossible de distinguer la couleur des yeux qu’elle garde baissés sur ses notes. Comme toutes les personnes qu’on croise dans la vraie vie, elle est insipide. Si on la catapultait dans un feuilleton télévisé diffusé à l’heure du dîner, elle serait maquillée, habillée avec des vêtements colorés qui relèveraient son teint pâle. Alors elle serait belle, sans doute et les téléspectateurs envieraient son aisance et sa simplicité. Mais, sous l’éclairage cru des néons qui accentuent ses cernes, l’enfant qu’elle était transparaît en filigrane. Une petite fille sage, en apparence attentive, épaules rentrées pour limiter la place qu’elle occupe au troisième rang de la classe. »

Bertille est enquêtrice pour un institut de sondage et elle travaille ce 3 décembre 2017 auprès des consommateurs présents dans un centre commercial. Elle va ainsi vouloir interroger un vieil homme, Victor André/Kessler, mais il va faire un malaise; elle va récupérer son cabas qu’elle a l’intention de lui ramener à sa sortie de l’hôpital, mais ce cabas à la doublure décousue contient l’histoire d’une vie et d’une histoire tragique. Ce sera un virage dans la vie de Bertille, un moment qui va changer sa vie.

« Sa rencontre avec Victor André fut un des moments clés de son existence, une de ces charnières que l’on identifie des années plus tard, lorsqu’on entame l’automne de sa vie et qu’on se retourne, en se demandant comment on en est arrivé là. »

Quand je dis une, ce sont en fait des vies entières et leurs secrets qui sont dans les pages écrites par Victor.

« Aujourd’hui, je revois l’année scolaire 72-73 comme la meilleure de ma vie. Ça ne devrait pas. Après tout, c’est à partir de là que tout a basculé et que mon avenir s’est profilé comme la suite sans fin de journées éclairées au néon et de douches collectives. Pourtant c’est un fait, je repense à cette année et le sourire force mes lèvres. Lorsque la porte de la classe se refermait, je vivais un moment magique. La sensation de quitter la réalité pour accéder à un monde protégé. La proximité des enfants sans doute. »

Bertille ne pourra pas s’empêcher de lire ces pages et d’en ressortir très chamboulée, intriguée, sa curiosité affûtée. Elle est dans une situation personnelle difficile – euphémisme – et va se lancer dans une enquête sur cet homme accusé des pires horreurs, qui a passé 30 ans en prison sans jamais vraiment se défendre. Au sujet des enfants, Victor écrit:

« Du haut de mon mètre quatre-vingt-six, je devais leur sembler immense et indestructible. […] Demander la vérité aux enfants est un acte de maltraitance. L’enfant est là pour mentir, parce que le mensonge est un rêve. En lui demandant de dire la vérité, toute la vérité, on lui ouvre la porte d’un monde triste et immuable où le jeu ne repart pas à zéro tous les matins, une partie dans laquelle on n’a qu’une vie. »

C’est ça qui intrigue Bertille, ça qui va l’emmener à Saintes-Fosses où sa vie

malgré elle sera transformée à travers ce qu’elle va découvrir.

« La chambre donne sur la vallée. Ici et là quelques maisons punaisent le paysage et égratignent de rouge son camaïeu de gris et de vert. Mais la forêt résiste. Elle panse ses plaies et dégouline depuis les sommets arrondis jusqu’aux abords des serpents de bitume. Devant la fenêtre ouverte, le froid mordant prend possession de Bertille sans qu’elle oppose la moindre résistance. »

Elle va démêler les nœuds de sa propre histoire en découvrant celle de Victor Kessler et des habitants des lieux qui y sont liés, elle va trouver un soutien parfois rétif du gendarme Christophe Houdin et une amie en la personne de Nadine Lecomte. Cette femme l’accueille dans sa pension de famille, et fêtera la fin de l’année en sa compagnie et celle de Gabin, pittoresque patron du café de Saintes-Fosses, taciturne et bougon ( j’adore ce portrait ! ):

« Alors, pour meubler la matinée, je retournai au café de Saintes-fosses.

J’y découvris son nouveau patron, absent lors de ma dernière visite. Un homme pachydermique: le corps massif, les gestes lents et mesurés. Je l’observai d’un œil pendant que mon thé infusait. Il répondait à chacun sur un ton bourru qui n’engageait pas à faire la conversation, pourtant, les clients restaient accoudés au comptoir, sans paraître rebutés par son impolitesse. De temps en temps, la stature imposante lâchait un grognement qui suffisait à relancer la discussion de l’autre côté du comptoir. On parlait de la météo ou de l’actualité et celui qu’on appelait Gabin, participait à tous les débats sans jamais ouvrir la bouche. Je bus deux grandes tasses de thé avant d’avoir l’occasion d’être seule face à lui. Il ne me laissa pas finir ma phrase.

-Je sais qui vous êtes. Mon commis m’a raconté que vous aviez déjà questionné mes clients. Payez votre thé et sortez, j’ai rien à vous dire. »

Le journal de Victor et l’enquête de Bertille qui rédige au jour le jour son propre compte-rendu sur cette affaire, curieusement se mêlent, entre souvenirs d’enfance et souvenirs d’école si intimement liés, et souffrances d’adultes malmenés. Le secret, les non-dits sont centraux dans cette histoire, puisqu’ils sont à l’origine d’erreurs, de jugements erronés et de nombreuses souffrances. Le lecteur peu à peu découvre le destin de Bertille, et celui de Victor, mais aussi de Simon et Céline:

« Une petite fille adorable devenue une adolescente souriante puis une jeune femme rayonnante. Les anciens du village mettaient en avant l’aide qu’elle avait apportée à sa famille et l’amour qu’elle vouait à son frère. Bref, on ne tarissait pas d’éloges sur la poupée blonde qui avait illuminé le salon de coiffure de Saintes-Fosses après avoir ensoleillé les bancs de l’école communale. « 

La qualité de l’écriture met en lumière des thèmes durs et forts, l’enfance maltraitée, les conséquences des maltraitances, les violences conjugales, la détresse et la solitude des victimes. C’est bien là le sujet majeur, le cœur de l’histoire et ce qui en fait la finesse et l’intelligence. Bertille est bouleversante, et on ne peut que s’attacher à cette femme non pas fragile mais fragilisée par une histoire très violente et infiniment triste, une jeune femme qui n’a plus confiance en elle, qui se sent coupable, son parcours est un calvaire.

« Les premières personnes qui me croisèrent se mirent à crier et appelèrent la police.

Ensuite, tout alla très vite. »

J’ai aimé, avec une certaine nostalgie, ce monde des écoles rurales. Je suis née, comme mes sœurs et frères, dans une de ces petites écoles qui sentent la craie, le vieux plancher et j’y ai grandi, en trois lieux différents. J’ai connu ces ambiances villageoises faites de potins et de ragots parfois, mais ce sont des choses que les enfants ignorent jusqu’à un certain âge. Eux vivent comme Simon, comme des enfants, Simon qui a bien assez à faire avec sa vie de gosse; Simon, petit frère de la belle Céline dont tout les garçons sont amoureux…Et Victor n’y échappe pas.

 » Pendant cette confession, elle s’était approchée de moi jusqu’à pratiquement se lover dans mes bras. Je fermai les yeux et le sentiment de plénitude que je ressentis à cet instant fut tel que je lui promis de faire tout ce qu’elle me demandait et qui tenait en un seul mot: rien. Je réussis tout juste à ce qu’elle me jure qu’elle viendrait me voir si jamais  son frère récidivait. Elle me remercia et m’embrassa tendrement sur la joue avant de quitter la classe. »

Saintes-Fosses, de prime abord sympathique village, va révéler des secrets monstrueux grâce à Bertille. Elle va vivre ces moments avec intensité et se libérera elle aussi d’un lourd fardeau personnel.

« Bien sûr, ces pages rédigées après coup sont loin de votre histoire, mais elles sont nécessaires pour moi. Car en écrivant, je comprends une chose: en me penchant sur votre passé, en plongeant quarante-quatre ans en arrière, je réussis à gommer tout ce qui m’est arrivé depuis. Ma vie, mon enfance, ma naissance. En 1973, mes parents ne s’étaient même pas encore rencontrés. »

Dans ces brumes vosgiennes, on s’attache fort aux personnages, et la finesse du propos fait de ce roman intelligent, au style limpide, un très beau moment de lecture, plein d’humanité et de douceur, malgré les vies fracassées dont il est question. La fameuse résilience sauvera Bertille.

« En vivant ici avec Nadine, Victor, j’ai découvert le bonheur d’être attendue quelque part et cette sensation a créé un manque a posteriori. Je ne me souviens pas qu’on se soit inquiété pour moi, auparavant. »

Je suis loin de vous dire tout ce qui se tisse et se dénoue dans ce livre, bien sûr; s’y mêlent des souvenirs qui font mal, un présent retrouvé, des ombres effacées, des taches dissoutes…et tout ça sans aucune lourdeur, ni de style ni de ton. On est amené à la fin de ces destins sans quitter le fil, et pour arriver au fin mot de l’enquête vraiment aux derniers chapitres. Je ne peux que vous conseiller de regarder chez Nyctalopes l’article qui lui est consacré et surtout l’entretien avec Cathy Bonidan, une femme discrète, secrète et extrêmement sympathique.

 

« L’enfant du fleuve » – Luis Do Santos – éditions Yovana/ Romans situés – traduit par Antoine Barral

« La dernière frontière

C’est une petite région oubliée où deux fleuves séparent ( et unissent ) trois pays, où l’on parle souvent un patois chantant qui mélange l’espagnol et le portugais, où des contrebandiers traversent un fleuve immense sur leurs barques chargées de rhum frelaté, où des enfants rêvent d’aventures, de trésors cachés et de pêches miraculeuses dans leur petit village entre l’eau et les champs de canne à sucre? C’est la frontera.

Loin au nord-ouest, à cinq cents kilomètres de Montevideo la coquette, le territoire de la république d’Uruguay s’enfonce comme un coin entre ses deux énormes voisins, l’Argentine et le Brésil. « 

(Extrait de l’introduction écrite par le traducteur, Antoine Barral )

Les éditions Yovana ont vu le jour en 2015, c’est donc une toute jeune maison dont la vocation est le livre d’ailleurs, fiction ( collection Romans situés ) ou non-fiction ( collection Voyages ). C’est avec plaisir que je la découvre à travers ce court roman uruguayen, qui mêle à la fiction une part autobiographique. Le titre en français n’est pas celui d’origine, « El zambullidor », qui signifie le plongeur. L’édition française a choisi de mettre en avant le narrateur, un garçonnet qui rêve d’aventure, fils de ce plongeur, un père dur, et même violent mais admiré, à cause de son travail; plongeur, il va installer et réparer en apnée les tuyaux des pompes qui alimentent l’irrigation des plantations de canne à sucre ( c’était le métier du père de l’auteur aussi )

« Mon père travaillait pour l’entreprise d’irrigation, comme presque tout le monde au village. De tout temps, il fut rugueux et bourru, cultivant de rares amitiés, semblable à la terre. […]Son étrange métier consistait à installer ces puissantes bouches d’aspiration à l’endroit le plus profond du fleuve pour améliorer le rendement des pompes. »

Un jour, le père remontera un noyé, et cette vision traumatisera fort l’enfant.

« Du haut de ma tour de feuillages, je n’échappais pas à la stupeur. Deux dames tombèrent à genoux dans la boue. Les hommes trempés observaient, ébahis. Je ne me souviens plus combien de temps passa, mais je ressens encore dans ma peau l’horrible sensation de voir mon père émerger de l’eau avec le corps mou du noyé. Celui-ci avait les lèvres violettes, la peau livide perlée par le soleil, les yeux ouverts fixant le néant. »

Le livre met en avant le lieu, cet endroit reculé où le fleuve est le maître puissant. Le petit garçon vit dans cette ambiance faite de nature sauvage et de dureté, avec un père dont il admire le travail, mais dont il redoute la violence, qui l’amènera à quitter souvent la maison pour se réfugier dans la nature. La vie du garçon oscille sans cesse entre la violence, celle du fleuve, celle du père, et le rêve qui permet d’y échapper.

La mère est plus douce mais à peu de temps à consacrer aux gestes tendres. Après une bagarre de sortie de classe, et une blessure sanglante mais non fatale, infligée à son adversaire, le père sort le rebenque* à deux pointes et après la punition, comme si les coups ne suffisaient pas, il est envoyé chez la grand-mère Giralda, châtiment ultime. Elle ne lui offrira pas plus d’amour que le reste de la famille mais le fera travailler comme une bête de somme. Seul Escalada, petit garçon noir, le tiendra de son amitié. L’auteur en fait un portrait très sensible, d’une grande douceur, on sent une forte affection. Et

« Ainsi naquit mon amitié avec Escalada, que j’appris à aimer bien au-delà des mots. […]

Je ne sus jamais grand-chose d’Escalada, si ce n’est qu’il faisait partie d’une fratrie de douze, que son père travaillait comme taipero dans les rizières de la région, et qu’il n’avait pas connu sa mère, morte du tétanos quand il avait deux ans. Il était élevé sous l’aile d’une belle-mère qu’il aimait beaucoup mais n’écoutait jamais. La rue était son royaume. »

Le roman est campé sur les lieux de l’enfance de l’auteur, et probablement s’est -il incarné dans le petit gamin intrépide, toujours perché dans son paraíso* d’où il domine son monde. Cet arbre, son ange gardien.

 » Le soleil traverse les branches du paraíso et s’infiltre par la fenêtre jusque sur la commode. Je ne veux pas rompre la magie de cet instant. Il est rare que le bonheur s’empare de mon corps à ce point-là, jusqu’à l’emplir tout entier. Je sens la paix véritable, semblable à la pluie qui caresse le fleuve, un murmure d’averse sur le toit de zinc, ce léger chuchotement de robinet ouvert. Je me laisse aller, comme un prisonnier qui oublie ses chaînes, cheval sans rênes ni éperons, m’abandonnant à cette illusion sans pareille de laisser mon âme s’envoler entre mes jambes. »

Et ce qui sera son secours dans cette vie si âpre, sans preuves d’affection ni douceur, ce seront les amitiés. La nature et les amis, de ces amitiés d’enfance fortes et joyeuses, en tous cas réconfortantes. L’enfant fera des « bêtises », se rebiffera un peu, mais il est et reste un enfant sans amour qui cherche du réconfort à travers jeux et rêves, pour oublier punitions et vexations.

Le premier, Emilio le blondinet

« Quand tu ne te sens relié à personne, la tristesse te rentre dans les os jusqu’à te briser l’âme. La forêt, avec son ciel par-dessus les arbres, intensément bleu et qui pourtant n’ouvrait sur aucun espoir, devint alors le nouveau monde, le foyer sans règles, le bonheur désert. Je m’enfuyais à la moindre occasion, parfois seul, parfois avec Emilio, mon grand compagnon de voyage, un petit blondinet tout maigre, audacieux et extraverti, les yeux vifs comme un angelot de jardin à la peau tatouée d’espièglerie et pleine de taches de rousseur qui changeaient de couleur au gré du soleil. »

Ainsi dans cet univers où la violence du père est à peine compensée par le calme de la mère, dans une nature où la menace fascinante du fleuve est adoucie par l’arbre protecteur, Luis Do Santo, conte une enfance difficile, mais une enfance tout de même, faite de fantaisie et de jeux périlleux, faite de fugues éperdues et de rencontres réconfortantes. On voit naître un adulte lucide et déterminé à vivre autrement que sa famille, autrement que les siens. 

Un livre que je trouverais intéressant de proposer à des adolescents, un livre en équilibre entre un regard sur un autre pays, une autre culture, de l’aventure, de la réflexion sur la vie, la famille, la nature et l’amitié. Très intéressant et de très belles pages sur l’enfance, le rêve et l’amitié. 

La mort du père, la fin du livre:

 » J’aurais voulu lui demander pourquoi il me recherchait après si longtemps, peut-être aussi lui jeter au visage que l’indifférence est la mort véritable, mais les dés étaient jetés et au fond de moi j’étais toujours terrorisé. […] Je sais que j’ai perdu mes larmes il y a longtemps à cause de ton bannissement, mais bien que les docteurs aient déclaré que seul un miracle pourrait te sauver, je reste là, éveillé dans cette prière désespérée, veillant pour te demander pardon et te pardonner, et pour te dire que depuis des années les gens me connaissent comme l’homme sans peur, celui qui porte le don incroyable de retrouver les noyés. »

paraisó : arbre asiatique,  de 8 à 15 mètres de haut, de planté pour son ombre et ses fleurs parfumées, signifie « paradis »

rebenque : cravache avec un manche et une sangle de cuir, additionnées de crochets, ici 2 , utilisée pour le bétail

 

« Décalcomanies » – Elena Balzamo – éditions Marie Barbier

« LES DATCHAS

-Bonjour, loueriez-vous cette datcha?

-Non.

-Merci, excusez-nous…

-Bonjour, loueriez-vous cette datcha?

-Non…

-Bonjour, loueriez-vous cette datcha?

Au mois de mai, l’air des environs de Moscou résonnait non seulement du chant des mésanges, mais aussi de ces dialogues au sujet des maisons de campagne à louer. Les citoyens soviétiques croyaient dur comme fer que les enfants devaient passer leurs trois mois de vacances à respirer » l’air frais », selon la formule consacrée, un dogme tout aussi inébranlable que le Codex moral des bâtisseurs du communisme ou la recette du bortsch. En soi, le désir de sortir les petits de la promiscuité des appartements communautaires pas toujours salubres, des baraquements et des préfabriqués miteux, n’avait rien de mauvais, sauf que la plupart des Soviétiques n’avaient pas de résidence secondaire. »

J’ai découvert Elena Balzamo avec « Triangle isocèle » chez la même éditrice. Une lecture qui n’est pas dans mes habitudes, des pas de côté de temps à autre ouvrent sur des sujets traités autrement qu’en littérature. Ici encore, l’auteur – sans « e » parce qu’elle n’aime pas ça… – nous raconte ses souvenirs, ceux de sa vie et son enfance en Union soviétique. Dans le premier livre, elle racontait essentiellement son parcours vers son métier de traductrice et historienne des langues et littératures scandinaves, et partageait son immense amour des langues et littératures. La Russie et la littérature:

«  »Les livres, écrit Brodsky ( toujours lui ! ), exerçaient sur nous – probablement à cause de leur perfection formelle – un pouvoir absolu. Dickens était plus réel que Staline ou Beria. Une amitié pouvait voler en éclats du moment que quelqu’un préférait Hemingway à Faulkner ». En l’absence de faits matériels, la cote des choses de l’esprit monte facilement en flèche. On a souvent dit que pour les Russes la littérature revêt un caractère quasi sacré…[…] »

On retrouve ici un beau sens de l’humour et de la dérision, et ça procure une lecture sans aucun ennui et comme ci-dessous, le sourire aux lèvres.

« Les années 60, époque des « touristes », enfants du « dégel » krouchtchevien, variante du mouvement hippie en quelque sorte, sans le rejet du consumérisme, du fait qu’il n’y avait rein à consommer. Une partie de la jeunesse soviétique, si surveillée, si corsetée, fut prise de bougeotte, rêvant de se retrouver loin des villes, tout en évitant les « maisons de repos » où la radio d’État était allumée du matin au soir et où un « préposé aux loisirs des masses » veillait à ce que vous vous divertissiez d’une façon digne des « travailleurs socialistes ». Désormais, l’étau s’étant un peu desserré, on pouvait concevoir ses vacances d’une manière plus « individualiste », même si les maisons de repos continuaient à être courues par la majorité de la population. »

La majeure partie du livre est consacrée d’abord à des souvenirs d’enfance; les vacances, le sport, la lecture, la vie quotidienne où tout est pénurie. Même si du point de vue d’une enfant qui n’a rien d’autre à quoi comparer sa vie, le canoë bricolé et le camping, ces vacances à la datcha sont des moments merveilleux de jeux et rires malgré tout.

« Vu le climat de la Russie centrale, un tel voyage n’était pas toujours un plaisir; il pouvait pleuvoir des jours durant, le sol était détrempé, le bois mouillé refusait de s’allumer, pas moyen de sécher les vêtements, ou encore le fourreau du canoë était percé, l’embarcation prenait l’eau, il fallait accoster, la décharger complètement, la retourner, colmater le trou, attendre que la colle sèche. Mais que pesaient de tels ennuis à côté du bonheur de ces semaines hors du monde? Rien, en ce qui me concernait, car à cet âge on est heureux partout et en toutes circonstances, et il en était probablement de même pour mes parents qui devaient être ravis de pouvoir par ce moyen se soustraire, ne serait-ce que l’espace de quelques semaines, à l’État par ailleurs omniprésent et omnipotent. »

J’ai beaucoup aimé le chapitre sur les trains aussi, sur la cuisine etc…La photo de couverture  m’a tellement rappelé mon enfance – bien que je n’aie pas vu le jour en URSS, non non  –  j’y ai trouvé des points communs dans les plaisirs et jeux simples et sans frontières de l’enfance dans ces décennies, 50/60. Et concernant la cueillette des champignons, comme pour Elena Balzamo et ses concitoyens russes, c’était un sport familial chez moi !

« L’art culinaire faisait en revanche partie de la littérature: les chapons et les pintades figuraient chez Gogol, les néfliers en fleurs embaumaient la Crimée dans les souvenirs de Nabokov; le repas commandé par Stiva Oblonski au début d’Anna Karénine – « huîtres de Flensburg », « soupe printanière »,  » turbot sauce Beaumarchais », « poularde à l’estragon », « macédoine de fruits » – ne faisaient même pas saliver: c’était d’une abstraction totale, personne ne savait ce qui se cachait derrière ces noms. »

Quand je dis que j’ai beaucoup aimé, ça ne signifie pas que j’ai trouvé tout ça charmant et spirituel SEULEMENT…Non, bien sûr, car l’auteur sait ironiser, être drôle et décalée, ce qui rend la lecture très instructive sans être ennuyeuse. Puis c’est la vie en Occident, où sans cesse elle s’étonne, s’émerveille, et c’est bien compréhensible. Et ainsi s’égrènent les souvenirs, faits de rencontres et il faut le dire, dans un milieu intellectuel où elle a sa place.

Elana Balzamo a quitté l’URSS de Brejnev à 25 ans, avec un aller simple. Et elle nous livre là un intéressant petit livre, riche en histoire(s), moqueur, parfois féroce, avec un petit arrière-goût « réactionnaire » sur la fin, au sujet du féminisme en particulier. Malgré ça, je la trouve très intéressante à écouter même si je n’adhère pas à chacun de ses propos, et je suis admirative face à son immense culture, littéraire en particulier.

Je vous suggère d’aller sur la page qui lui est consacrée sur le site des éditions Marie Barbier, et d’écouter les vidéos où elle s’exprime sur ses deux ouvrages. 

Elena Balzamo

« Feu le royaume » – Gilles Sebhan – Rouergue noir

« L’évasion

Le gardien se dirigea vers la lueur qui provenait de la salle de douche. L’endroit était particulièrement malpropre et malodorant. Il servait de fumoir pour les gars qui attendaient leur tour et trompaient l’ennui. C’était aussi le lieu des petits trafics. La nuit, ce n’était qu’un bloc de ténèbres puant la transpiration et le tabac froid. Le gardien se dit qu’un de ses collègues avait dû oublier d’éteindre une loupiote, à moins que ce ne soit un reflet de lune dans un vieux miroir. Il s’avança quand même, davantage par curiosité que par souci professionnel, il n’eut pas le temps de réagir quand le tranchant d’une lame fabriquée avec une conserve vint lui faire exploser la carotide droite. Un flot de sang aspergea le carrelage. On ne vit rien, mais on entendit un soudain ruissellement dans l’ombre. »

Vous voyez…ça démarre fort, et je n’en attendais pas moins de Gilles Sebhan, dont voici le troisième volume de la série « Le royaume des insensés », après « Cirque mort » et « La folie Tristan ».

Une réussite encore avec ce roman peut-être plus cru, encore plus à vif sur certains sujets, et toujours aussi perturbant en tous cas. Gilles Sebhan joue avec les notions de folie, de normalité et de résilience dans la suite logique des livres précédents. Avec brio.

Je crois qu’il est assez indispensable de lire les deux premiers livres pour saisir tout le propos de cet auteur que je trouve inclassable et assez unique par son sujet et la façon dont il s’en sert pour construire des intrigues vraiment tortueuses et toujours inquiétantes. Les protagonistes sortent du traumatisme du « cirque mort », tandis que Marcus Bauman, en Belgique, s’évade pour se venger du lieutenant qui l’a fait arrêter.

« Il laissait derrière lui les corps sanglants de plusieurs victimes et le souvenir frémissant, dans une prison vétuste, d’une inquiétante présence. Dans une planque en bordure de forêt, il était resté quelques nuits après son évasion, comme un animal dans sa tanière. Muni d’un petit transistor, il avait écouté les flashs info dans lesquels on annonçait sa disparition, il se délectait des émissions spéciales où il se trouvait présenté comme une terreur digne des contes. »

 Dapper comprend enfin qui était son père, Tristan, ce psychiatre hors des clous qui vient de mettre fin à ses jours, qui a légué à Théo, son petit- fils ce « royaume » de jeunes garçons atteints de « particularités psychiques ».

« Il était resté impassible, la mâchoire crispée, n’avait pas répondu aux questions sur la découverte de ses origines qui aboutissait ici, à cette cérémonie où un père qu’il avait connu sans le connaître, allait disparaître sans avoir livré ses secrets. Oui, ce serait la fin du royaume. Les enfants du centre thérapeutique dirigé par le docteur Tristan seraient dispersés comme des lucioles éteintes ou les graines stériles d’une bogue, ils iraient ailleurs pousser ou périr, rien ne survivrait de cet héritage dégénéré. Dapper sentit en lui-même cet effondrement du royaume comme s’il s’agissait de la chute de Rome. »

Je ne dirais pas « troubles » car c’est en ça que Tristan passe pour un homme étrange et suspect; pour lui, ces enfants sont à considérer avec leurs particularités, pas leurs pathologies .

J’ai aimé retrouver Ilyas, l’étonnant Ilyas, si attachant, oui, attachant dans sa profonde solitude, creusée par la mort de Tristan. Ilyas et ses visions, Ilyas, désarmant.

« Et puis il y avait Ilyas. Étrange garçon, à la fois le plus faible et le plus fort. On avait l’impression que la profondeur de son regard constituait un piège. L’instant d’après, c’était seulement un paysage triste sous la pluie. L’instant d’après encore, cela ressemblait à l’oubli? Ces changements continuels organisaient une défense particulièrement raffinée pour échapper à toute analyse. Et, en effet, le médecin aurait eu bien du mal à établir un diagnostic. Ilyas semblait mêler les symptômes de l’autisme, de la névrose d’abandon, de la schizophrénie, au point que le médecin pensait parfois que c’était le plus grand simulateur qu’il ait jamais croisé. »

C’est impossible de dévoiler bien plus que le fait que Dapper semble ici atteint de liberté, oui, je dirais ça comme ça. D’un coup, de nombreuses choses se dévoilent, c’est violent pour lui, et c’est aussi une libération. Et c’est avec une virulence rageuse qu’il va se mettre en chasse de Bauman. L’enquête est menée sans temps mort, on avance avec lui sur les traces du monstre Bauman, on accompagne ses pensées et tout ce qui s’agite en lui dans ces révélations sur ses origines qui, soudain, lui apparaissent en même temps que la mort. Fatal.

La violence est omniprésente dans les vies de tous, et la mort de Tristan opère comme un détonateur, pour Ilyas, encore:

« Ilyas venait de prendre la décision d’en finir. Il avait espéré que quelque chose du royaume puisse survivre à la mort de Tristan. Il avait voulu voir dans les arbres du parc, dans les reflets sur les murs des couloirs, dans les habits des infirmières un souvenir de son mentor. Mais rien, il ne retrouvait pas la moindre parcelle de protection dans ce qui l’entourait. « 

Tout ce qui fait la force sombre et concentrée de ce livre et des deux autres, c’est l’approche de la psychologie ici très dérangeante – je n’en suis en rien spécialiste, ma foi -, troublante. Les enfants, les adolescents, toujours des garçons, sont une force, eux contre l’éventuel ennemi. Les traumatismes de l’enfance sont les liens qui se nouent entre ces garçons, formant comme un bouclier.

« Avait-il appris quelque chose? Plongé dans le sommeil, était-il aujourd’hui différent? On croit trouver une réponse à ses interrogations et l’on ne fait que creuser la question fondamentale, celle avec laquelle on sera enterré, avec laquelle on se relèvera au jour du jugement dernier. Chaque fragment de vérité, au lieu de combler un vide, vient intensifier le manque initial. Si l’on voulait se préserver, il faudrait ne rien chercher à comprendre, jamais. Car l’homme qui approfondit sa connaissance intensifie sa douleur. Et Dapper allait bientôt s’en rendre compte. »

Le talent de Gilles Sebhan à écrire les tensions, les alliances muettes, les forces qui se rassemblent contre des adversaires visibles ou pas… Un grand talent et je n’ose même pas imaginer ce que ces livres donneraient adaptés au cinéma : glaçants !

Je ne sais pas si la fin en est une, mais elle est magnifique.

« En lui se forma cette pensée qu’il y avait toujours quelqu’un, quelque part, dont les larmes avaient le pouvoir d’éteindre les incendies du monde. Oui, il y aurait toujours un homme pour éteindre avec quelques larmes les incendies du monde. Et ce jour-là, pensa Dapper, cet homme c’était lui. »

Coup de cœur pour la série, cohérente, puissante, belle… Bravo, quoi !

« Je voudrais qu’on m’efface » – Anaïs Barbeau-Lavalette – Bibliothèque Québecoise

« Le Bloc est le plus haut de la rue. Y dépasse les autres maisons.

Du dernier étage, tu vois jusqu’à Notre-Dame.

C’est la seule affaire que Roxane aime de ce quartier-là. De sa chambre, elle peut voir loin.

Jusqu’au fleuve.

Jusqu’au bout du monde. »

Ce petit livre est un cadeau de ma fille. J’avais commencé sa lecture avant de repartir de Montréal. Difficile à trouver en France, alors j’ai eu ce petit roman pour Noël et c’est un magnifique cadeau pour qui aime lire et découvrir. Je ne sais pas vous, mais moi rien que le titre me donne des frissons. J’ai donc visité hier le quartier Hochelaga-Maisonneuve- en regardant le plan de la ville, j’y suis passée à pieds sans le savoir – , j’ai fait la connaissance de Mélissa, Roxane, Kevin, Kelly et Kathy, et puis Meg, Marc, Louise, Steve…

J’ai rencontré surtout donc trois enfants de douze ans aux vies d’adultes déjà, trois enfants livrés à eux-même ou presque, qui vivent dans le même bloc, chacun une vie impossible mais qu’ils affrontent avec un incroyable courage. En même temps, ils n’ont pas bien le choix. Je n’ai pas une once de honte à dire que j’ai pleuré du début à la fin, car si certains passages peuvent faire sourire, c’est par un bref retour à l’âge réel de ces gosses, mais ils sont toujours brutalement ramenés à la réalité. Et c’est : père alcoolique, mère toxico et prostituée, beau-père violent et mère alcoolique, papa catcheur et mécano qui perd son job puis perd son combat…La défaite est ce qui règne dans ce Bloc, la défaite, le renoncement, le désarroi, la survie, les addictions mais aussi la négligence. Seul Kevin a un papa qui tient encore un peu debout mais les deux petites…Voici deux fillettes formidables, mais pour lesquelles, on le sent bien, s’amorce le pire pour leur vie future. Pourtant ils rêvent encore, ces enfants, Roxane rêve de Russie et d’Anastasia en écoutant Chostakovith, Kevin de lutte et Mélissa…Mélissa n’a pas le temps de rêver, elle s’occupe de ses deux petits frères. Je ne raconterais rien de plus, ce livre compte 145 pages, juste quelques extraits significatifs. Et vous dire que c’est un merveilleux livre, vraiment.

Roxane va à l’école:

« L’autobus roule dans Hochelaga pis ramasse les détritus.

Roxane regarde dehors. Est pas débile, elle. Est pas pareille, mais est pas débile.

M.S.A. Mésadaptée-Socio-Affective. C’est ça son étiquette.

Y ont pas dit si ça se soignait, ni si c’était contagieux.

L’autobus freine devant l’école. Elle sort, vite. Toujours la première.

Elle traverse la rue vers le dépanneur. »

Et Roxane chez elle:

« Roxane ferme sa porte. Des cris. Des cris. Des mots. Des coups. Son nom. Sa mère qui crie son nom. Roxane ouvre son tiroir. Cherche ses écouteurs, trouve ses écouteurs.

Chostakovitch, les violons. Plus fort, plus fort encore. […] Roxane est une corde, stridente sous l’archet, Roxane vibre, Roxane explose, vole par-dessus la rue, par-dessus les corps morts, par-dessus la marde, jusqu’aux bateaux, jusqu’au fleuve, jusqu’en Russie. Roxane est une symphonie. »

Et Roxane, au concert de la chaise vide:

« Roxane se tient droite, le violon fixé sur l’épaule, le regard ancré dans la foule.

Anastasia est là – c’est correct, c’est correct – Roxane tient l’archet dans sa main pétrifiée.

C’est l’Hiver de Vivaldi, les deux chaises restées si vides au milieu d’une rangée pleine, l’Hiver auquel Roxane s’accroche comme à une dernière bouée. Y sont pas là. »

 

Cette version, nerveuse, comme le cœur de Roxane qui palpite et soudain s’arrête, entre chagrin et colère.

Mélissa :

« Ce soir, Mélissa déménage dans la chambre de sa mère. Parce qu’elle reviendra pas, reviendra plus. Elle a choisi la rue. Mélissa prie pour que l’hiver soit frette à mort. À mort.

Mélissa a douze ans, pis à partir de maintenant faut qu’a kicke la petite fille. Faut qu’a la batte, faut qu’a la tue. Faut qu’a soit plus adulte que les adultes, pis est capable en crisse.

Hier, le beau-père a sacré son camp. Pouvait pu fourrer, y est parti.

Parfait comme ça. Pas besoin d’lui ici.

Mélissa a douze ans pis est capable en crisse. Mieux que personne, même. »

Kevin et son père Steve:

« La porte de la chambre de Kevin s’ouvre doucement. Kevin en sort. La cape rouge sur ses épaules traîne à terre. La maison est silencieuse. Dans le salon, Steve s’est endormi. Kevin s’approche. Regarde son père. Kevin s’approche encore, doucement.

Lentement, il passe ses bras autour des épaules de Steve, monte sur lui. Puis se recroqueville en petite boule contre son torse, où il pose sa tête. Par-dessus leurs deux corps fatigués, il tire la cape rouge, comme une couverture. Et après s’être assuré que son père est bien abrité, Kevin s’endort à ses côtés.

Un temps.

Steve passe doucement son gros bras autour du corps frêle de son fils endormi. »

Je veux rajouter que cette langue québécoise est non seulement savoureuse, mais d’un infinie poésie, parfois brutale comme un coup de poing, avec des expressions si fortes…sans doute le talent d’Anaïs Barbeau- Lavalette y est pour quelque chose bien évidemment avec ce premier roman d’une tendresse infinie pour ces enfants à l’abandon. Et pourtant et pourtant…à lire jusqu’au bout, en succession de tendresse, de naïveté et de rudesse, de violence qui secouent très fort.

Quant à la difficulté de trouver des livres québécois en France, bien moins présents que les écrivains canadiens anglophones, je vous propose ce lien: https://www.librairieduquebec.fr/, qui vend en ligne ( libraires rencontrés à St Malo il y a deux ans) mais peut-être est-ce possible autrement, en tous cas pour les auteurs autres que très fameux ici et ramenés par de grosses maisons d’édition. Pour Anaïs Barbeau-Lavalette, on trouve ce roman en e.book, un autre existe en Livre de poche (« La femme qui fuit » ). Par ailleurs ce livre-ci lui a inspiré un long métrage de fiction, « Le ring » où Kevin devient Jessie qui cumule un peu tout ce que vivent les trois enfants dans le roman.

Voici ce reportage pour mieux connaitre cette écrivaine réalisatrice et documentariste.

Grand grand talent et une empathie, une compréhension de l’adolescence assez rare. Je porte ces mômes dans mon cœur. Coup de foudre !

Bande-annonce du film