« L’amant de Janis Joplin » – Élmer Mendoza – Métailié noir, traduit par François Gaudry

« Il faisait froid? Et alors? Le temps n’allait pas empêcher les couples de danser sous la magie de la lune, dans les hauteurs de la sierra, à l’entrée d’un hangar sombre où il n’y avait qu’un lecteur de cassettes. Qui avait besoin de plus? pensait Carlota Amalia Bazaine en observant les garçons qui faisaient bruyamment les malins à l’écart du bal, exclus par le manque de filles. Elle fut tentée de se joindre à eux pour rigoler un peu mais se ravisa: ce soir-là elle avait envie d’autre chose. Elle ne pouvait pas danser, tout le monde le savait, parce qu’elle était une femme à part: chasse gardée de Rogelio Castro, personne n’aurait osé l’approcher, encore moins ces jeunes qui préféraient s’en prendre à David Valenzuela avec des tapes sur la tête et des bourrades dans le dos, en criant: Ferme ton bec, ducon, les mouches vont entrer. »

Je viens de terminer ce livre, avec une très belle fin. C’est l’histoire de David, un jeune homme un peu perturbé psychologiquement, naïf, crédule, très gentil et puis accompagné de voix qui lui font la causette. Selon ce qu’il entend c’est « son karma » , « sa partie réincarnable » ou le diable qui lui parle, le conseille, se moque, en tous cas le dérange. Il n’est pas très beau, David, avec ses grandes dents en avant, il est doux et sensible. Mais aussi capable de tuer n’importe qui d’un jet de pierre. Il va découvrir ça au début du livre, alors qu’il danse avec Carlota, la femme interdite, d’un jet de pierre il tue Rogelio. Il ne sait pas encore qu’il vient de déclencher une guerre furieuse au sein des familles de narco trafiquants de ce triangle d’or du trafic de marijuana, le Sinaloa.

Alors que Rogelio s’en prend à David:

« Profitant de ce qu’il avait baissé son arme, David tenta de s’enfuir vers la montagne, mais son ennemi hurla: Où tu vas comme ça, fils de pute? Il lui barra le chemin et le bourra de coups de pied, David voulait s’éloigner, mais la cour grandissait comme sa peur. […] David aperçut Carlota Amalia le dos tourné pour ne pas voir, réfugiée dans les bras de ses amies. Les autres restaient immobiles, la violence engendre la lâcheté. Alors David regarda son agresseur qui, avant de le sacrifier, s’offrait le luxe de  pointer son arme vers le ciel, pour ensuite la baisser lentement, lorsque David sentit sous ses doigts une pierre qu’il lui lança en pleine tête, crac, comme un ultime réflexe de défense.

Rogelio s’effondra sans connaissance. »

Et ce sont les ennuis qui commencent… Parce que Rogelio et sa famille sont puissants. Bienvenue dans le cartel du Sinaloa

C’est ainsi que commence un voyage épique avec un grand nombre de personnages, des dialogues assez drôles, et surtout David, que j’aurais aimé encore plus présent dans le livre, parce qu’il est vraiment attachant, inattendu. Et l’amant de Janis Joplin, c’est lui…, lui selon Carlota

« …c’était un gars sympathique et propre, dommage qu’il ne soit pas normal; […] Petite, elle adorait David, mais en grandissant elle avait remarqué ces petites tares dont parlaient tous les autres. Dommage qu’il soit si différent: toujours la bouche ouverte, les dents de devant démesurées. »

Par son père et un oncle entraîneur – entre autres activités – de l’équipe locale de base-ball, grâce à son talent de lanceur ( de pierres ) David va se retrouver à Los Angeles, il va rencontrer une fille bizarre qui lui dit « Are you Kris Kristofferson ? «  et l’emmène dans une chambre d’hôtel, lui fait l’amour en 8 minutes et bye bye.

« Hello! le salua une femme. Are you Kris Kristofferson ?  David ouvrit la bouche, il n’avait rien compris. Elle tira une bouffée de son joint et dit sans souffler la fumée: Is this place the Chelsea Hotel? David fit oui de la tête, la femme sourit: Great, follow me, et lui fit signe de la suivre. Quoi, qu’est-ce qu’elle veut? David l’observa sans bouger. C’est peut-être le diable, pensa – t-il, il est sorti de ma tête. Arrête de débloquer, répliqua sa partie réincarnable, cette femme veut de la chair fraîche. » 

Elle lui dit être Janis Joplin. Notre David est fou éperdu d’amour, et la photo de Janis et ses chansons, ne vont plus le quitter.

« Janis Joplin, affirma la femme, I’m Janis Joplin, you can tell everybody you fuck Janis Joplin, et elle lui montra la porte. Go, baby, get out, please. David comprit, observa un instant ses pieds, puis il se leva, se rhabilla et sortit sans dire un mot. »

De retour au Mexique après quelques déboires dans l’équipe des Dodgers, il n’aura plus qu’un objectif, retourner à Los Angeles et épouser Janis…

C’est bien sûr tout un tas de péripéties meurtrières autour des familles de narcotrafiquants, mais honnêtement, pour moi le plus intéressant c’est le sort de David et de ces voix qui l’accompagnent, c’est un très beau personnage. Et puis l’humour – cette idée de Janis Joplin, j’adore !  – un humour qui souvent ridiculise les gros bras et met David à l’honneur, mais qui montre également à quel point les pays et leurs institutions – ici la prison –  sont corrompus. David, avec son espèce de naïveté, de candeur, a des réflexions pas si bêtes et curieusement, il attire les belles femmes, Carlota, puis Rebeca. mais son cœur est pris par Janis…

« Rebeca lui souriait: mon loup, j’ai quelque chose à te dire, elle se plaça sur la traverse centrale, rejeta la tête en arrière pour faire ressortir ses seins, plus rien  ne subsistait de sa colère de la mi-journée et, comme il ne se sentait pas agressé, David était excité. Allez, rapproche-toi, conseilla la voix. Sers-toi de tes mains. C’est quoi, Rebeca? Ben, je vais me marier avec Maríano. Avec ce type? hurla la voix. Gloups. Oui, mon loup, et là, ce sera ma dernière danse. La dernière? Oh non! se lamenta sa partie réincarnable, juste au moment où tu te réveillais. »

On croise de nombreux personnages, et le regard sur la famille est assez réjouissant lui aussi. Celle de David est peut-être bien la moins décadente, mais je dis bien: peut-être ! Lecture qui, si elle n’est pas inoubliable, m’a vraiment distraite, amusée autant par son écriture qui balance bien que par ce David et son compagnon de cerveau. A ne pas négliger par ces temps moroses ! Et puis, il y a Janis

« Le ton avec lequel on parlait d’elle commença à inquiéter David, et là-dessus l’animateur répéta qu’on avait trouvé le cadavre de la chanteuse à Los Angeles.[…] David fondit en larmes comme ceux qui ont tout perdu, il y avait dix-huit heures que Janis était morte et lui ne se doutait de rien, le regard rivé sur son poster: elle était là, pleine d’énergie, en train de chanter. »

 

 

« Apeirogon » – Colum McCann – Belfond, traduit par Clément Baude

« note de l’auteur

Les lecteurs familiers de la situation politique en Israël et en Palestine remarqueront que les forces motrices qui sont au cœur de ce livre, Bassam Aramin et Rami Elhanan, existent pour de vrai. Par « vrai », j’entends que leurs histoires – et celles de leurs filles, Abir Aramin et Smadar Elhanan, – ont été bien décrites, en film comme en texte.

Les transcriptions des deux hommes, dans la partie centrale du livre, ont été rassemblées à partir d’interviews menées à Jérusalem, à New York, à Jéricho et à Beit Jala. Mais partout ailleurs, Bassam et Rami m’ont autorisé à modeler et à transformer leurs mots et leurs mondes.

Malgré ces libertés, j’espère être resté fidèle à la réalité de leurs expériences partagées. Nous vivons notre vie, disait Rilke, en cercles de plus en plus larges qui passent sur les choses »

Voici un livre comme un grand voyage dans le chagrin de deux hommes. Un livre monumental, dans lequel l’architecture, comme toujours chez cet auteur que j’aime tant, l’architecture des mots, des lieux, des temps est l’armature sur laquelle se greffe une histoire humaine, au sens propre comme au figuré (rappelons-nous « Les saisons de la nuit »).  L’Histoire au grand H, faite de nuées d’autres, dites « petites histoires », individuelles et collectives, d’hier et d’aujourd’hui. Des nuées, comme celles qui accompagnent le roman, les nuées d’oiseaux de toutes espèces, des oiseaux en masse ou solitaires, capables d’entraîner des perturbations, une force, un pouvoir en mouvement, des nuées capables de franchir toutes les frontières.

« Une frégate peut rester deux mois entiers en altitude sans se poser ni sur la mer ni sur la terre. »

L’extrait ci-dessous et la suite de ce chapitre sont une merveilleuse manière de parler du monde…

« Cinq cent millions d’oiseaux survolent les collines de Beit Jala chaque année. Ils voyagent depuis la nuit des temps: huppes, grives, gobemouches, fauvettes, coucous, étourneaux, pies-grièches, combattants variés, traquets motteux, pluviers, souimangas, martinets, moineaux, engoulevents, hiboux, mouettes, faucons, aigles, milans,  grues, buses, bécasseaux, pélicans, flamants roses, cigognes, tariers pies, vautours fauves, rolliers d’Europe, cratéropes écaillés, guêpiers, tourterelles des bois, fauvettes grisettes, bergeronnettes printanières, fauvettes à tête noire, pipits à gorge rousse, blongios nains.

C’est la deuxième autoroute migratoire la plus empruntée au monde: au moins quatre cents espèces différentes y déferlent en circulant à des altitudes différentes. De grands V prêts à klaxonner. Des voyageurs solitaires rasant l’herbe. »

Je suis figée devant mon clavier. J’ai lu ce roman sur une liseuse et pas pris de notes, on ne prend pas de notes dans une telle lecture, on lit, on plonge, on s’immerge et on oublie qu’on va vouloir partager et dire l’intensité de ce livre. J’ai oublié les notes et retrouver mes marque- pages n’est pas aisé.

« Comme je le dis toujours, découvrir l’humanité de votre ennemi, sa noblesse, est un désastre, parce qu’il n’est plus votre ennemi, il ne peut plus l’être. »

Voici Bassam le Palestinien et Rami l’Israélien, deux pères éperdus de chagrin.

 » Figurez-vous les choses ainsi: vous êtes à Anata, à l’arrière d’un taxi, avec une jeune fille dans vos bras. Elle vient de prendre une balle en caoutchouc à l’arrière de la tête. Vous vous rendez à l’hôpital.

Le taxi est bloqué au milieu de la circulation. La route qui passe par le checkpoint de Jérusalem est fermée. Au mieux, vous serez arrêté si vous tentez de traverser illégalement. Au pire, le chauffeur et vous serez abattus pendant que vous transportez l’enfant abattue. »

Abir et Smadar, deux jeunes filles vives, belles et intelligentes, deux petites mortes et la douleur des pères. Celle des mères. Mais les pères vont être ici un moteur qui se lancera pour refuser cette violence qui fabrique des ennemis qui n’en sont pas, chercher un autre chemin.

« Un Israélien hostile à l’Occupation. Un Palestinien étudiant l’Holocauste. Comment lier ces choses-là. Comment secouer la torpeur du public. Le silence était là pour être ébranlé. Ils avaient la certitude que les gens étaient prêts à écouter. »

Le cercle des parents veut dénoncer cet interminable conflit, faire émerger un peu d’intelligence et de réflexion dans l’horreur de ces décennies de guerre aveugle.

« Rami était quelquefois surpris par sa capacité à aller tellement loin en lui-même qu’il en découvrait de nouvelles façons de dire la même chose. Il savait qu’il rendait Smadar continuellement présente. Quelque chose de tranchant et de brûlant s’enfonçant dans sa cage thoracique, le forçait à s’ouvrir encore plus.

Parfois, pendant les conférences, il regardait Bassam et voyait l’étonnement sur son visage, comme si sa nouvelle formule venait de le couper en deux, lui aussi. »

C’est le fond décrit ici avec un talent comme il y en a peu, un enchevêtrement de haines, de spoliations, œil pour œil et dent pour dent – « Exode 21,23-25 : « Mais si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œildent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. » – un labyrinthe qu’est devenu ce territoire, où circuler est un casse – tête toujours risqué. Et là, des familles, des femmes, hommes et enfants, et la mort.

 »      2

CETTE ROUTE MÈNE À LA ZONE « A »

SOUS AUTORITÉ PALESTINIENNE

ENTRÉE INTERDITE AUX CITOYENS ISRAÉLIENS

DANGER DE MORT

ET VIOLATION DE LA LOI ISRAÉLIENNE »

Le chapitre 61 est exemplaire pour décrire cette situation.

Ce roman est impossible à résumer tant il est riche. La construction est tout simplement exceptionnelle. Chapitres très brefs, une ligne, ou longs comme le temps, celui des pères qui courent vers l’hôpital, par exemple, le cœur au bord des lèvres, des chapitres numérotés et puis au bout d’un moment on remonte en arrière…ça peut sembler un artifice, mais ça a un sens car ici rien n’est au hasard. L’insertion d’un peu d’histoire biblique, le judaïsme et l’islam s’emmêlent, les techniques,

« Les prototypes des balles en caoutchouc ont été découverts dans les années 1880, lorsque la police de Singapour tira de minuscules bouts de manche à balai sur des émeutiers »

la philosophie, les arts, les sciences s’immiscent pour apporter des éclaircissements, des ébauches d’explications et de la beauté aussi, de la poésie, comme tous ces oiseaux et l’ornithologie, des oiseaux, plein d’oiseaux et des hommes qui les comptent, les observent et les protègent. La somme de savoirs que partage l’auteur est magnifique, jamais ostentatoire, ça a toujours un sens, même si on croit à des digressions, ça n’en sont pas – et puis personnellement  j’adore les digressions – vous vous en êtes rendus compte je suppose -. On retrouve même dans un chapitre le funambule de « Et que le vaste monde poursuive sa course folle », le célèbre Philippe Petit, qu’un petit oiseau posé sur sa barre durant une traversée au-dessus du vide déséquilibre dangereusement. Magnifique chapitre.

« Plus tard, Petit raconta que, sans raison particulière, il avait mis le pigeon dans la poche de la jambe israélienne de son pantalon. Sur les manches de sa tenue, les couleurs étaient inversées, si bien que, quand il mettait une main dans sa poche, on aurait dit qu’un territoire s’enfonçait dans l’autre. »

Abir et Smadar entrent dans nos vies, comme leurs pères si attachants, comme on ressent leur perte, leur douleur et leur colère.

« La balle qui tua Abir parcourut l’air sur quinze mètres avant de percuter l’arrière de sa tête, broyant les os du crâne comme ceux d’un petit ortolan.
Elle était allée à l’épicerie acheter des bonbons. »

Ces deux hommes vont se lancer sur une voie si rare, celle de la réconciliation, pour comprendre quelle monstruosité a tué leurs enfants, pour réaliser pleinement à quel point ils sont semblables. On entre sur ces territoires truffés de chausse-trappes – et de mines –  ces territoires où naissent des enfants et où ils meurent de mort violente. Laissant des trous à jamais béants dans le cœur des parents.

C’est une lecture difficile, exigeante, qui demande de l’humilité et où chacune et chacun trouvera la clé qui ouvrira sur ce que ce texte a d’inédit pour elle ou lui. Colum McCann fait preuve ici d’une telle intelligence, c’est un si immense talent que je ne peux que dire que ce livre est un chef d’œuvre, en tous cas, pour moi, il en est un.

« Rami déclara en public que tous les murs étaient condamnés à tomber, quoi qu’il arrive. Cependant il n’était pas assez naïf pour croire qu’on n’en construirait plus. C’était un monde de murs. Mais c’était sa mission d’ouvrir une brèche dans le plus visible de tous à ses yeux. »

Non, je n’ai pas pris de notes, j’ai lu, je me suis laissée emmener là-bas et dans toutes les incursions de l’auteur dans le temps, dans les lieux, dans les nuées d’oiseaux , dans les esprits, vies et combats de Bassam et Rami. C’est comme ça que toujours on devrait lire.

« Certains oiseaux migrent de nuit pour échapper aux prédateurs, ils suivent leurs itinéraires sidéraux, se transforment en ellipses à cause de la vitesse, consument leurs muscles et leurs intestins en vol. »

En écrivant, ça palpite en moi, en éclairant à nouveau la liseuse, en relisant au hasard, je me dis juste que j’aimerais bien que d’autres aiment ce livre autant que moi, il m’a transportée. C’est une somme, un grand voyage, un impressionnant travail d’écriture, d’architecte et le cœur d’un homme comme on en espérerait des nuées, comme les oiseaux.

« L’écrivain allemand Goethe disait que l’état d’esprit qu’inspire l’architecture se rapproche de l’effet produit par la musique – que regarder une chose revient à l’entendre. La musique est une architecture liquide, écrivit-il, et l’architecture est une musique fixée. »

Il faut remercier les éditions Belfond qui ont publié un roman tel que celui-ci et sans doute aucun, le traducteur pour ce travail d’exception. 

« Apéirogone : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés. »

Une chanson : 

« Nickel Boys » – Colson Whitehead – Albin Michel/ Terres d’Amérique, traduit par Charles Recoursé

« Prologue

Même morts, les garçons étaient un problème.

Le cimetière clandestin se trouvait dans la partie nord du campus de Nickel, sur un demi-hectare de mauvaises herbes entre l’ancienne grange et la déchetterie de l’école. Ce champ avait servi de pâture à l’époque où l’établissement exploitait une laiterie et en vendait la production dans la région – une des combines de l’État de Floride pour décharger les contribuables du fardeau que représentait l’entretien des garçons. »

Me voici enfin face à cette lecture achevée…Même si elle fut dérangée par tout un tas d’interférences, c’est un roman d’exception, pour de multiples raisons. Une d’elles est qu’on entre sur le campus de Nickel, dans la vie d’Elwood Curtis et de ses camarades de douleur, qu’on tourne les pages sans s’en apercevoir, capté par la force de l’écriture.

Compétition de lavage de vaisselle, Elwood gagne une encyclopédie:

« Elwwod demanda à la gouvernante d’étage de prévenir sa grand-mère qu’il rentrait à la maison. Il avait hâte de voir la tête qu’elle ferait en découvrant l’encyclopédie, élégante et distinguée, sur leurs étagères. Courbé en deux, il traîna les cartons jusqu’à l’arrêt de bus de Tennessee Avenue. Vu depuis le trottoir d’en face, ce jeune garçon sérieux qui traînait derrière lui sa part de savoir aurait pu appartenir à une scène peinte par Norman Rockwell, si Elwood avait eu la peau blanche. »

Par sa fluidité, par son ton qui donne dignité et voix aux personnages, aux victimes de cette page d’histoire, prenant souvent de la hauteur pour reprendre un peu d’oxygène, c’est une réussite totale. Car c’est une histoire affreuse, honteuse que nous raconte là Colson Whitehead.

« Spencer adressa un signe de tête à Franklin, qui agrippa les coins de son pupitre. Le sous-directeur réprima un sourire, comme s’il avait toujours su que le garçon reviendrait. il s’adossa au tableau noir et croisa les bras. « La journée est déjà bien avancée, dit-il. Je vais donc être bref. Vous êtes tous ici parce que vous êtes incapable de vivre avec des gens respectables. Bon. Nickel est une école, et nous sommes des professeurs. Nous allons vous apprendre à faire les choses comme tout le monde.

« Je  sais que tu as déjà entendu tout ça, Franklin, mais visiblement ça n’a pas suffi. Peut-être que cette fois tu vas te le rentrer dans le crâne. Pour le moment, vous êtes des Asticots, et si vous travaillez bien vous devenez Explorateurs, ensuite Pionniers et, pour finir, As. Restez dans le rang, vous gagnerez des bons points et vous grimperez les échelons. Votre objectif est de passer As, à ce moment-là on vous donne votre diplôme et vous pouvez retrouver votre famille. » Une pause. « À  supposer qu’elle veuille encore de vous, mais ça, c’est votre problème. »

Avec un talent fou, jamais dans l’outrance, toujours sur une ligne qu’on croirait tranquille mais qui ne l’est pas… cette ligne est une corde qui vibre de colère sans jamais hurler. Un réquisitoire digne. C’est je crois de cela dont il est question, la dignité rendue à tous ces garçons qu’on prétendait « redresser », mais qu’on voulait anéantir. Certains personnages, comme Griff, sont noirs mais odieux:

« Tous les garçons soutenaient Griff, même si c’était une brute minable[…]. Il leur faisait des croche-pieds et s’esclaffait quand ils s’étalaient, les martyrisait quand il était certain de s’en tirer à bon compte.

Il les traînait dans des pièces obscures et les humiliait. Il puait le cheval et insultait leur mère, ce qui était assez mesquin vu que la plupart d’entre eux n’en avaient plus. Il leur volait régulièrement leur dessert – le raflait sur leur plateau avec un grand sourire – , et même si les desserts en question n’avaient rien de délicieux, c’était pour le principe. »

Années 60. Elwwod Curtis, jeune homme éduqué par une grand-mère bienveillante, juste et bonne, empli du message de Martin Luther King s’apprête à intégrer l’université. Mais à cause d’une erreur judiciaire, il va se retrouver à la Nickel Academy, une maison de correction dont l’objectif affiché est de transformer les délinquants en « hommes honnêtes et honorables ».

On se rend bien vite compte qu’il n’en est rien. Nickel est une machine à broyer, où les pires sévices sont prodigués avec un plaisir certain sur les garçons, sur les enfants car il y a là des petits de 5 ans. Il est bien sûr ici question de cette histoire sans fin du racisme, de la ségrégation et des luttes raciales aux Etats -Unis.

« Le sous-sol qu’Elwood et Turner nettoyèrent cette après-midi-là servait de chambre à ces garçons esclaves. Les nuits de pleine lune,ils se dressaient sur leur lit de camp et contemplaient son œil de lait par l’unique soupirail fêlé.

Elwood et Turner ignoraient l’histoire de ce sous-sol. Ils avaient pour mission de débarrasser dix décennies de bazar accumulé afin que la pièce puisse être transformée en salle de jeux avec carrelage en damier et boiseries aux murs. »

Ce roman s’inspire de faits authentiques et c’est tellement épouvantable que je ne rajouterai rien de plus à cette présentation, seulement cet excellent article du Huffington Post qui livre les faits dont s’est emparé l’auteur – et on a froid dans le dos. Je n’ai aucune envie ni aucun besoin d’en dire davantage sur le sujet, mais ce dont je suis certaine, c’est qu’effectivement, comme je le lis partout, Colson Whitehead qui a été couronné de 2 prix Pulitzer, est un auteur qui marquera le XXIème siècle. Il y a chez lui une sobriété remarquable, un sens du second degré et une forme tranquille d’ironie qui mieux que les vociférations rendent sa voix très puissante, rendant justice à tous ces pauvres garçons victimes d’être nés noirs de peau.

« À Nickel. Nickel le pourchassant jusqu’à son dernier soupir – jusqu’à ce qu’un vaisseau explose dans son cerveau ou que son cœur s’effondre dans sa poitrine – et encore après. L’au-delà qui l’attendait serait peut-être Nickel, une Maison-Blanche au pied de la colline, une éternité de bouillie d’avoine et l’infinie fraternité des garçons brisés. »

Des personnages, dont certains très attachants comme Elwood et son ami Turner. Sous l’égide de Martin Luther King, mise à mal pour Elwood et l’expérience Nickel, et l’expérience prison…

« Une prison à l’intérieur d’une prison. Durant ces heures interminables, il se débattait avec l’équation du Révérend King: « Jetez-nous en prison, nous continuerons à vous aimer… Mais ne vous y trompez pas, par notre capacité à souffrir nous vous aurons à l’usure, et un jour nous gagnerons notre liberté. Non seulement nous gagnerons la liberté pour nous-mêmes, mais ce faisant nous en appellerons à votre cœur et à votre conscience et ainsi nous vous gagnerons aussi et notre victoire sera double. » Non, décidément, il n’arrivait pas à franchir le pas de l’amour. Il ne comprenait pas plus le point de départ de cette proposition que le désir de l’accomplir. »

Je mêle ainsi ma voix à toutes celles qui ont déjà si bien parlé de ce roman. Chez les amis de Nyctalopes et Un dernier livre avant la fin du monde

Remarquable en tous points. Coup de cœur ressenti dès les premières pages.

« Amqui » – Eric Forbes – Le Mot et le Reste

« MONTRÉAL

Pour de nombreux ex-détenus de la prison de Bordeaux, ce mythique pénitentier du nord de l’île de Montréal, la réinsertion débutait souvent par un simple trajet d’autobus. Celui de la ligne 69, sur le boulevard Gouin, qui menait de la station de métro Henri-Bourassa, et dont un des arrêts était situé sur sur le terrain même du centre de détention. Un trajet qui, pour d’autres, loin de représenter un nouveau départ, signifiait plutôt le début de la fin.

L’homme imbibé de pluie qui venait de prendre place dans l’abribus savait, lui, de quel côté allait basculer son destin. Il l’avait planifié. Pendant des semaines. Jusque dans les moindres détails. Tout en sachant pertinemment que, malgré tout, les choses pourraient bien ne pas se passer comme prévu. »

Ça faisait un moment que je n’en avais pas lu un, un roman policier pur et dur. Ici en québecois, ce qui donne une note parfois très très comique aux scènes les plus saignantes, et il y en a un bon lot, ce qui n’est pas pour me déplaire.

« -Non , mais je rêve, ciboire! explosa de nouveau Leblanc. C’est-tu un moulin à vent, icitte, crisse?On dirait que n’importe qui peut entrer, ramasser ce qu’il veut, pis partir avec! As-tu besoin de quelque chose, Sophie? Vas-y, fais-toi plaisir, j’ai pas l’impression que c’est ce monsieur- là qui va t’en empêcher! Tiens, la vieille plante laide dans le coin, là-bas, tu la veux-tu? Je me fais peut-être des idées, Trottier, je suis peut-être parano, mais j’ai comme l’impression qu’y a quelque chose de louche qui se passe icitte. »

C’est une catharsis en ces temps de contraintes, de se mettre dans la peau de ce tueur assoiffé de vengeance. Un fois encore, j’ai aimé l’absence totale de niaiseries sur le beau bon vieux Québec, ramenant à la réalité, dans un Montréal à l’automne pluvieux, d’un quotidien qui ne diffère pas tant de celui de notre pays et des autres. 

Tout en déambulant parmi une foule étonnamment compacte pour une fin de matinée, il s’avisa qu’au moins deux des ces librairies avaient récemment fermé leurs portes: l’industrie du livre semblait avoir sérieusement périclité ces dernières années. Les vitrines des commerces étaient désormais tapissés de graffitis indéchiffrables, sans doute l’œuvre d’un quidam en mal de reconnaissance artistique.

Il entra à la librairie du Square, la première librairie qu’il avait fréquentée lors de son arrivée à Montréal, plusieurs années auparavant, et s’imprégna de l’odeur si caractéristique de l’endroit. »

Rencontre avec deux personnages, chacun entouré de figures plus ou moins avenantes, on croise pas mal de monde, des gens pas toujours très fréquentables, un bon lot tombera avant la fin, en une salutaire hécatombe pour les deux héros. Car il s’agit bien de héros, fatigués, certes, mais encore prêts à aller au bout d’une action. On est pas là dans un roman où émerge l’émotion, non, mais les actions s’enchaînent jusqu’à révéler les tenants et aboutissants de cette course sanglante. 

Qui sont-ils, ces deux héros? Le « méchant », « l’homme imbibé de pluie » et qui sait quel sera son destin, c’est Étienne Chénier, libraire de son état et qui sort tout juste de prison où il est resté 4 ans pour meurtre, lâché avant l’échéance pour des raisons qu’on ignore. Il sort et a déjà tracé le chemin d’une terrible vengeance.

« -Il trempait dans le milieu?

-Chénier? Du tout! Je sens que tu vas l’aimer, celle-là: il était libraire.

Leblanc haussa un sourcil.

-Sérieux? Il a l’air de quoi? Il est vert pis il a des muscles qui lui poussent partout? 

-Non, il est pas particulièrement costaud. Sauf qu’il a fait du karaté et plein d’autres sports virils.

-Une espèce de Jean-Claude Van Damme?

-Mais un peu plus cultivé. Les libraires, c’est cultivé.

-Tu m’en diras tant.[…] »

Le second dont je ne peux pas dire que c’est « le gentil », c’est Denis Leblanc, le flic, l’enquêteur pas très en forme, ventre en avant et alcoolémie assez stable vers les sommets. Flanqué de Sophie, sa partenaire, celle qui souvent sauve la mise, il va se lancer sur la piste de Chénier. 

Car le libraire a le flingue facile et sème les cadavres comme moi mes radis, à la volée. Mais enfin pourquoi? Libraire, ce n’est pas un métier qui pousse au crime, si ? 

« Une balle dans la nuque, et le corps du chauve glissa sur le sol, où ses sphincters se relâchèrent, répandant dans la pièce une odeur nauséabonde. Laide, la mort. Pas comme à la télévision, où on peut toujours zapper vers Télétoon. »

Il y a derrière tous ces meurtres bien sûr une raison solide – on peut dire valable pour un meurtre? – en tous cas une rage impossible à juguler de régler tous les comptes et les passifs et Étienne, que je trouve plutôt sympathique, ne va pas reculer – c’est un euphémisme –  et ira jusqu’au bout.

Quant à Denis Leblanc, lui fait plutôt de la peine, orphelin de son jeune fils décédé, Raphaël, il boit et boit encore, même en cachette, dès qu’il peut. Il a pourtant encore de bons réflexes de flic et prend tous les risques: il n’a plus rien à perdre. 

« Le chien s’était tu, l’endroit était désormais silencieux. Les scènes de crime l’étaient rarement. Enquêteurs, techniciens et photographes se bousculaient continuellement autour du cadavre, telle une meute de hyènes affamées se disputant un morceau de viande. Leblanc aimait cette cacophonie. Elle lui évitait de trop penser à la victime. »

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture, avec ce roman où l’humour plutôt noir est bien présent, dont tous les meurtres m’ont détendue,… oui, je sais, ça ne se dit pas, mais l’ambiance de ce roman m’a fait du bien, sans doute un défoulement par lecture interposée…Les gens que descend Étienne, ont semble-t-il bien mérité leur sort , des escrocs, des lâches, des gens de peu de qualité…Exemple, Guimond avec sa secrétaire Karine, sa maîtresse (un extrait un peu long, mais représentatif de la veulerie de Guimond ) :

« Karine Dufresne habitait avec ses quatre chats dans un demi-sous-sol du secteur Bouliane, un appartement crasseux et humide que Martin Guimond exécrait particulièrement, l’endroit lui rappelant ses années de jeunesse à Québec, alors que, pauvre comme Job, il avait du partager son logis avec une armée de cafards et une peuplade de colocataires tout aussi rebutants. Il l’aimait bien, Karine, mais depuis qu’il l’avait embauchée comme secrétaire, l’été dernier, la jeune femme, une rousse spectaculairement idiote, le tannait sans cesse pour qu’il lui déniche un appartement décent où elle pourrait enfin le bichonner à souhait. Or, Guimond, qui envisageait de mettre fin à leur liaison dans un avenir très rapproché, refusait obstinément d’accéder à sa demande. Dans une si petite ville, où les ragots circulaient rapidement, son épouse, héritière d’un  riche homme d’affaires ayant fait fortune dans le commerce de voitures, risquait vite de découvrir le pot aux roses. Ce qui serait éminemment catastrophique pour l’avenir financier de Guimond. »

Je sais, ça ne se dit pas non plus. Mais avec un roman aussi politiquement incorrect je me permets cette liberté, c’est là entre de nombreux autres un des plaisirs de la lecture: commettre par procuration des actes que la loi réprouve…Non ? En quelques lignes, quelques figures:

« Trois hommes de Néanderthal l’observaient de la même façon que l’on scrute un virus exotique à travers la lentille d’un microscope: front plissé, narines dilatées, bouche grimaçante. Deux se tenaient debout, côte à côte, les mains dans les poches: un grand plein de cheveux avec une sale gueule imberbe et un autre de taille identique, tout aussi chevelu, mais possédant, lui, une répugnante barbe broussailleuse. Accroupi tout près de Chénier, le troisième, celui qui l’avait giflé, était pour sa part l’heureux propriétaire d’une bouille décente, presque avenante. Le genre de type qui accepte avec un peu trop d’enthousiasme de personnifier le Père Noël. »

Il est vrai que comme le dit la 4ème de couverture, Chénier va être vraiment sanguinaire, face à un flic alcoolo mais coriace. Très bel épilogue, avec un libraire revenu à sa vie de libraire, mais…pour moi un roman jubilatoire et ça ne se refuse pas.

« Il ouvrit un tiroir, saisit son arme et s’élança vers la sortie. » 

L’auteur est natif de Amqui:

« Municipalité d’un peu plus de six mille habitants, Amqui est nichée en plein cœur de la vallée de Matapédia, au seuil de la Gaspésie, à cet endroit précis où le lac Matapédia, comme s’il franchissait soudain un étroit goulot, se métamorphose en foisonnante rivière à saumon.[…]En langue micmaque, Amqui signifie: » là où l’on s’amuse ». Une des explications avancée pour expliquer ce toponyme serait le tourbillon créé par les rivières Humqui et Matapédia, qui se croisent au milieu de la ville. L’hypothèse la plus crédible était par contre beaucoup moins métaphorique: Amqui aurait jadis été un endroit où les Amérindiens tenaient leur pow-wow, un rassemblement festif et religieux, durant lequel on en profitait pour régler des conflits, nouer de nouvelles alliances et faire du commerce. »

« L’homme de trop » – Thierry Aué – La dernière goutte

« Une si belle journée

C’était une  journée si miraculeusement belle que, de peur de la gâcher, il s’efforça de la vivre comme une journée ordinaire. »

Un bref article sur ce livre comme Christophe Sedierta et sa chouette maison La dernière goutte sait nous en proposer. Et il faut du culot, de la personnalité et le vrai goût des mots et des textes. Il est de ceux qui prennent des risques, et il faut lui en être reconnaissant, qu’on soit auteur ou lectrice. Ce recueil est de ceux qui sont de cet ordre : surprenant, déroutant et exigeant. Exigeant en ouverture d’esprit, en capacité à se laisser envoyer dans d’autres sphères mentales et d’autres strates de l’esprit humain, de la société, bref, il faut être prêt à décoller.

Ici donc de courts textes difficiles à qualifier – ça, c’est déjà un truc qui me plaît – un recueil qui d’une phrase – mais parfois la phrase est longue à faire un chapitre- glisse vers des textes plus longs sans pour autant s’étaler trop, certains laissant le lecteur finir ou poursuivre l’histoire mentalement, pour autant qu’il y ait ce qu’on appelle une « histoire » car ce sont là plutôt des distorsions, des fables farfelues, étranges, drôlatiques, des dérapages pas trop bien contrôlés de la réalité, des digressions à partir de rien ou de pas grand chose, des divagations…et on va de surprise en surprise, sans trop savoir où on nous emmène ( souvent nulle part, il y a un côté farces et attrapes, je trouve ). Attention POURTANT, il y a de vrais sujets, comme le couple, l’amour – un coup de foudre –

« Elle a déboulé de nulle part sur son étrange monture couleur isabelle.

Je venais juste d’ouvrir ma porte dans l’idée d’aller faire un tour jusqu’à ma boîte aux lettres, lorsque je l’ai vue passer en danseuse le portillon avec ses grosses sacoches qui ballotaient comme des huîtres sur le porte-bagages, slalomer entre les nids de poule du chemin puis exécuter une courbe gracieuse en passant sous les rosiers avant de venir se poser à mes pieds, toute frémissante et dégoulinante de perles transparentes. Trois étincelles de pluie ont sauté de son visage pour venir vaciller sur mes joues. « 

les relations humaines, le travail, la nostalgie, la solitude, les obsessions et surtout il y est souvent question des livres, de la littérature et de l’écriture – qui intègrent tous les sujets précédents –

« Tu ne sais pas ce qui t’a pris d’entrer aujourd’hui dans cette librairie, « Jamais, plus jamais les pieds dans une librairie !' », t’étais-tu exclamé en crachant par terre le jour où tu avais décidé que, quoi qu’il arrive, jamais plus tu ne toucherais à un seul livre et ne succomberais à cette tentation qui avait fait de toi, au fil du temps, un enragé de la lecture, et, pour dire les choses clairement, c’est-à-dire en pesant les mots, un vrai malade de la littérature et un vrai drogué des livres. Que s’est-il donc passé dans ta tête? »

Donc un post court pour ce petit bouquin si original, je l’ai lu il y a 3 mois déjà, ne savais comment aborder la façon d’en parler, et voilà, c’est fait comme ça m’est venu, avec quelques extraits qui m’ont fait comme à l’habitude corner les pages. Un des textes fait référence à Richard Brautigan, et indéniablement on croise ici son esprit. 

J’ai aimé ce livre très spécial et je n’oublie pas de le dire, rempli de poésie;  encore merci à La dernière goutte à laquelle je souhaite une longue vie et encore de beaux textes, des textes insolites et beaux à partager.

« Alors OUI ! dans la vie il y a de ces moments inextricablement embrouillés où le bon sens lui-même semble avoir perdu les pédales. Profitant de la moindre faille, la pensée se met en route au quart de tour et rien ne peut plus l’arrêter sur sa belle lancée. Avez-vous déjà essayé d’arrêter une pensée en pleine course ? »