« Je voudrais qu’on m’efface » – Anaïs Barbeau-Lavalette – Bibliothèque Québecoise

« Le Bloc est le plus haut de la rue. Y dépasse les autres maisons.

Du dernier étage, tu vois jusqu’à Notre-Dame.

C’est la seule affaire que Roxane aime de ce quartier-là. De sa chambre, elle peut voir loin.

Jusqu’au fleuve.

Jusqu’au bout du monde. »

Ce petit livre est un cadeau de ma fille. J’avais commencé sa lecture avant de repartir de Montréal. Difficile à trouver en France, alors j’ai eu ce petit roman pour Noël et c’est un magnifique cadeau pour qui aime lire et découvrir. Je ne sais pas vous, mais moi rien que le titre me donne des frissons. J’ai donc visité hier le quartier Hochelaga-Maisonneuve- en regardant le plan de la ville, j’y suis passée à pieds sans le savoir – , j’ai fait la connaissance de Mélissa, Roxane, Kevin, Kelly et Kathy, et puis Meg, Marc, Louise, Steve…

J’ai rencontré surtout donc trois enfants de douze ans aux vies d’adultes déjà, trois enfants livrés à eux-même ou presque, qui vivent dans le même bloc, chacun une vie impossible mais qu’ils affrontent avec un incroyable courage. En même temps, ils n’ont pas bien le choix. Je n’ai pas une once de honte à dire que j’ai pleuré du début à la fin, car si certains passages peuvent faire sourire, c’est par un bref retour à l’âge réel de ces gosses, mais ils sont toujours brutalement ramenés à la réalité. Et c’est : père alcoolique, mère toxico et prostituée, beau-père violent et mère alcoolique, papa catcheur et mécano qui perd son job puis perd son combat…La défaite est ce qui règne dans ce Bloc, la défaite, le renoncement, le désarroi, la survie, les addictions mais aussi la négligence. Seul Kevin a un papa qui tient encore un peu debout mais les deux petites…Voici deux fillettes formidables, mais pour lesquelles, on le sent bien, s’amorce le pire pour leur vie future. Pourtant ils rêvent encore, ces enfants, Roxane rêve de Russie et d’Anastasia en écoutant Chostakovith, Kevin de lutte et Mélissa…Mélissa n’a pas le temps de rêver, elle s’occupe de ses deux petits frères. Je ne raconterais rien de plus, ce livre compte 145 pages, juste quelques extraits significatifs. Et vous dire que c’est un merveilleux livre, vraiment.

Roxane va à l’école:

« L’autobus roule dans Hochelaga pis ramasse les détritus.

Roxane regarde dehors. Est pas débile, elle. Est pas pareille, mais est pas débile.

M.S.A. Mésadaptée-Socio-Affective. C’est ça son étiquette.

Y ont pas dit si ça se soignait, ni si c’était contagieux.

L’autobus freine devant l’école. Elle sort, vite. Toujours la première.

Elle traverse la rue vers le dépanneur. »

Et Roxane chez elle:

« Roxane ferme sa porte. Des cris. Des cris. Des mots. Des coups. Son nom. Sa mère qui crie son nom. Roxane ouvre son tiroir. Cherche ses écouteurs, trouve ses écouteurs.

Chostakovitch, les violons. Plus fort, plus fort encore. […] Roxane est une corde, stridente sous l’archet, Roxane vibre, Roxane explose, vole par-dessus la rue, par-dessus les corps morts, par-dessus la marde, jusqu’aux bateaux, jusqu’au fleuve, jusqu’en Russie. Roxane est une symphonie. »

Et Roxane, au concert de la chaise vide:

« Roxane se tient droite, le violon fixé sur l’épaule, le regard ancré dans la foule.

Anastasia est là – c’est correct, c’est correct – Roxane tient l’archet dans sa main pétrifiée.

C’est l’Hiver de Vivaldi, les deux chaises restées si vides au milieu d’une rangée pleine, l’Hiver auquel Roxane s’accroche comme à une dernière bouée. Y sont pas là. »

 

Cette version, nerveuse, comme le cœur de Roxane qui palpite et soudain s’arrête, entre chagrin et colère.

Mélissa :

« Ce soir, Mélissa déménage dans la chambre de sa mère. Parce qu’elle reviendra pas, reviendra plus. Elle a choisi la rue. Mélissa prie pour que l’hiver soit frette à mort. À mort.

Mélissa a douze ans, pis à partir de maintenant faut qu’a kicke la petite fille. Faut qu’a la batte, faut qu’a la tue. Faut qu’a soit plus adulte que les adultes, pis est capable en crisse.

Hier, le beau-père a sacré son camp. Pouvait pu fourrer, y est parti.

Parfait comme ça. Pas besoin d’lui ici.

Mélissa a douze ans pis est capable en crisse. Mieux que personne, même. »

Kevin et son père Steve:

« La porte de la chambre de Kevin s’ouvre doucement. Kevin en sort. La cape rouge sur ses épaules traîne à terre. La maison est silencieuse. Dans le salon, Steve s’est endormi. Kevin s’approche. Regarde son père. Kevin s’approche encore, doucement.

Lentement, il passe ses bras autour des épaules de Steve, monte sur lui. Puis se recroqueville en petite boule contre son torse, où il pose sa tête. Par-dessus leurs deux corps fatigués, il tire la cape rouge, comme une couverture. Et après s’être assuré que son père est bien abrité, Kevin s’endort à ses côtés.

Un temps.

Steve passe doucement son gros bras autour du corps frêle de son fils endormi. »

Je veux rajouter que cette langue québécoise est non seulement savoureuse, mais d’un infinie poésie, parfois brutale comme un coup de poing, avec des expressions si fortes…sans doute le talent d’Anaïs Barbeau- Lavalette y est pour quelque chose bien évidemment avec ce premier roman d’une tendresse infinie pour ces enfants à l’abandon. Et pourtant et pourtant…à lire jusqu’au bout, en succession de tendresse, de naïveté et de rudesse, de violence qui secouent très fort.

Quant à la difficulté de trouver des livres québécois en France, bien moins présents que les écrivains canadiens anglophones, je vous propose ce lien: https://www.librairieduquebec.fr/, qui vend en ligne ( libraires rencontrés à St Malo il y a deux ans) mais peut-être est-ce possible autrement, en tous cas pour les auteurs autres que très fameux ici et ramenés par de grosses maisons d’édition. Pour Anaïs Barbeau-Lavalette, on trouve ce roman en e.book, un autre existe en Livre de poche (« La femme qui fuit » ). Par ailleurs ce livre-ci lui a inspiré un long métrage de fiction, « Le ring » où Kevin devient Jessie qui cumule un peu tout ce que vivent les trois enfants dans le roman.

Voici ce reportage pour mieux connaitre cette écrivaine réalisatrice et documentariste.

Grand grand talent et une empathie, une compréhension de l’adolescence assez rare. Je porte ces mômes dans mon cœur. Coup de foudre !

Bande-annonce du film 

 

« Sur le ciel effondré »- Colin Niel – Rouergue Noir

« Pirogue immobile, coincée dans un de ces lacets qui perçaient la jungle comme autant d’hameçons dans la cuirasse d’une sorte de monstre aquatique. Au-dessus des gendarmes, trois urubus tachaient la voûte de leurs ailes noires, planeurs fantômes déchirés entre ciel et canopée. Le plafond nuageux évoquait le reflet en noir et blanc du tapis infini des cimes amazoniennes, une autre terre en négatif où d’autres hommes s’essaieraient à d’autres vies. Autour des uniformes, les moustiques tiraient des bords en escadrons voraces, à l’assaut des peaux moites qui dépassaient des polos. »

Formidable roman, mais il est extrêmement difficile d’en parler car c’est un livre dense et touffu comme la forêt amazonienne où il se déroule.

C’est déjà pour ça que ça m’a intéressée. La Guyane j’en sais bien peu de choses, si ce n’est cette forêt amazonienne qui en occupe une partie, les moustiques et autres insectes voraces, la chaleur, les fusées qui décollent, une population mélangée…Et bien peu d’histoire, alors que cette terre est française. Je n’ai pas souvenir qu’on m’en ait touché quelques mots à l’école…Et en fait très heureuse de la découvrir à travers la littérature, et sous la plume de Colin Niel dont « Seules les bêtes » était déjà un coup de cœur.

Je ne le fais que très rarement, mais je vous mets ici la 4ème de couverture :

« En raison de sa conduite héroïque lors d’un attentat en métropole, l’adjudante Angélique Blakaman a obtenu un poste à Maripasoula, dans le Haut-Maroni, là où elle a grandi. Au bord du fleuve, il lui faut supporter de n’être plus la même, une femme que sa mère peine à reconnaître, de vivre aussi dans une ville qui a changé au voisinage des rives du Suriname, avec leurs commerces chinois, leurs dancings et leurs bordels, les filles dont rêvent les garimpeiros qui reviennent des placers aurifères. Et après les derniers spots de vie urbaine s’ouvre la forêt sans bornes vers les mythiques Tumuc-Humac, le territoire des Wayanas, ces Amérindiens qui peu à peu se détachent de leurs traditions, tandis que s’infiltrent partout les évangélistes. C’est là que vit Tapwili Maloko, le seul homme qui met un peu de chaleur dans son cœur de femme. Aussi, lorsque de sombres nouvelles arrivent de Wïlïpuk, son village à plusieurs heures de pirogue, hors de question qu’Angélique ne soit pas de la partie. Pour elle s’engage l’épreuve d’une enquête dans la zone interdite, ainsi qu’on l’appelle parfois. Et pour affronter le pire, son meilleur allié est le capitaine Anato, noir-marron comme elle, et pour elle prêt à enfreindre certaines règles. »

Tipoy Maloko, le fils adolescent du respecté Tapwili, a disparu lors d’une fête très arrosée de cachiri. Au même moment, en ville, des meurtres sont commis, et la gendarmerie enquête. Angélique Blakaman, sensible au charme étrange de Tapwili  et touchée par son désarroi va se lancer à la recherche du garçon.

« Coup de chaleur dans son cœur de femme.

Comme à chaque fois que surgissait en elle l’image du Wayana.

Les traits subtilement ronds de son visage, cette étrange manière de sourire en continu, comme pour mettre de la distance entre lui et le reste du monde. Ce qu’il dégageait quand Blakaman l’approchait, quelque chose de l’ordre de la majesté, la culture amérindienne dans ce qu’elle avait de plus beau, nichée dans chacune de ses paroles, dans chaque geste, dans chaque expression. »

Pas plus que ça, si ce n’est que nombres de choses seront révélées concernant les exploitations aurifères, les luttes larvées des pouvoirs, les rivalités entre les territoires dont les frontières, noyées dans les eaux du fleuve et de ses bras ainsi que dans la jungle, n’ont de frontières que le nom .

Par crainte de dire des sottises, je ne m’attarde pas à paraphraser tout ce que dit Colin Niel : c’est passionnant, j’ai appris des tas de choses, ignorante que je suis de ce territoire, concernant sa géographie, son histoire, ses mutations, ses habitants, ses cultures…On est infiniment triste à lire certaines pages, celles qui disent le résultat de l’avancée de notre modèle de société un peu partout et en particulier le sort des jeunes amérindiens qui doivent quitter leur village pour aller au lycée, leur isolement et le fait que tant de ces jeunes gens se suicident ( je vous invite à suivre ce lien pour en savoir plus sur ce drame, car c’est un drame ) .

Je choisis de vous parler de Blakaman, cette femme douloureuse en armure contre l’hostilité du monde, contre son reflet dans les miroirs. J’ai aimé cette femme comme une sœur. Elle est une guerrière, une héroïne infatigable et plus d’une fois on a envie de lui tenir la main avec tendresse. Et puis il y a Anato, qui lui souffre d’un mal étrange, sans explication et que les magies successives ne parviennent pas à chasser. Letitia, si touchante elle aussi avec son air bravache et dévergondé… Les moments forts de la vie de chaque personnage important sont racontés au fil des événements, creusant ainsi mieux le trait, rendant chacun plus précis, plus complexe aussi.

Surtout il y a l’Amazone, la forêt et ses sortilèges. Il y a l’eau, la canopée, les animaux, les éléments et les Indiens. Et nous lisons là des pages qui m’ont enchantée au sens propre du terme.

Car Colin Niel écrit formidablement et en particulier ces passages où les pirogues glissent en silence, où on aperçoit le temps d’une seconde les flèches rouges des aras qui cinglent le ciel si haut, l’atèle accroché à sa branche que ne voit que celui qui sait regarder, au milieu des bruits étranges comme ce chant de l’engoulevent:

« Et enfin Tapwili vit l’oiseau.

À l’orée forestière. Posé à terre, presque invisible sous des branchages chétifs. Ses teintes brunes jouant à cahce-cache avec la nature.

Un engoulevent.

Un oiseau de la nuit qui semblait observer le Wayana des ses yeux ronds, sa petite tête enfoncée entre les épaules. Fines moustaches au-dessus de son bec effilé. Il se figea alors que Tapwili le fixait à moins de trois mètres.

Long moment d’observation.

L’homme, l’animal. Et tous les ponts entre eux, ce qui restait des métamorphoses d’autrefois. »

Des rais de lumière qui se glissent dans l’épaisseur des branches. Et les légendes, les croyances, les mythologies de ces Wayanas, si fort en lien avec leur élément naturel, si en osmose avec la nature, celle qui protège mais peut aussi être menace, celle qu’il faut respecter ( ainsi les Wayanas refusent l’orpaillage sur leurs terres ), où chacun doit être à sa juste place…Tant de choses que nous avons tendance à beaucoup oublier. Ici, Tapwili tente désespérément de maintenir vivantes certaines coutumes, mais le combat est rude et inégal. En voie de disparition:

« -Si les chamanes disparaissent, ce n’est pas seulement à cause des religions ou de la médecine des Blancs…C’est que…C’est qu’aujourd’hui, aucun jeune n’accepterait les sacrifices qu’il faut faire pour en devenir un. C’est parce qu’aujourd’hui, les jeunes sont trop paresseux.[…]

Car chacun savait combien l’initiation d’un chamane était longue et éprouvante. On n’en connaissait pas les détails que les anciens gardaient comme un trésor, mais on savait les privations que cela impliquait. Les sacrifices, les interdits. »

Mes pages préférées du roman sont toutes celles qui se déroulent en forêt et sur l’eau, et en particulier vers la fin, quand Tapwili  va se lancer à la poursuite de son ancien ami Palitùikë devenu évangéliste, guide en forêt, et ici parti avec 4 randonneurs jusqu’au Tumuc-Humac, territoire mythique d’où sont originaires les Wayanas. On a là à travers les yeux éblouis et un peu inquiets des touristes une vision absolument ensorcelante de ce territoire gigantesque rempli de dieux étranges, cruels, et où l’homme n’est qu’un des éléments de l’ensemble. L’écriture de Colin Niel est sensuelle, pleine de force évocatrice au point de sentir les odeurs de cette végétation humide et tiède, au point en fermant les yeux d’entendre chaque bruissement et chaque cri, au point de sentir la fatigue de la marche, avançant pour la beauté finale au sommet.

La jungle:

« La lumière du ciel leur tombait dessus en taches éparses sur les feuilles et les racines emmêlées. partout il y avait des arbres et des lianes qui s’y accrochaient pour gagner les hauteurs. Des racines qui pendaient des branches en verticales jaunies. Des orchidées massées en touffes claires dans les fourches gorgées d’eau de pluie. Mais de présence humaine, aucune. Aucun vestige d’habitation. Les trois intrus avaient beau chercher, ils ne voyaient rien. »

La fin arrive sur une belle note d’espoir, dont je ne dis rien, ce serait dommage, mais pour finir, très très beau livre, très riche dans son propos, dans son écriture, encore un coup de cœur !

Evelyne Bienvenu, de l’or qui lui coule dans les veines, écoute Kassav

« Ör » – Audur Ava Ólafsdóttir – éditions Zulma, traduit par Catherine Eyjólfsson

« 31 mai

Je sais bien que j’ai l’air ridicule, tout nu, mais je me déshabille quand même. J’enlève d’abord mon pantalon et mes chaussettes, puis je déboutonne ma chemise, laissant apparaître un nymphéa d’un blanc éclatant sur ma chair rose, sur le côté gauche de la cage thoracique, à une demie-lame de couteau du muscle qui pompe huit mille litres de sang par jour, je termine par mon caleçon. Dans cet ordre. Ça ne prend pas longtemps. »

Et me voici enchantée, toujours, encore, par la voix unique de Audur Ava Olafsdottir.

Je remercie ma si chère amie pour ce cadeau réconfortant et fort à propos. « Ör » signifie « cicatrice ».

« Les plaies se referment plus ou moins vite et les cicatrices se forment par couches, certaines plus profondes que d’autres. »

J’ai ainsi lu tous les livres de cette jeune femme douée et si originale dans sa manière d’interpréter les grands thèmes de la vie, vie donc, mort, maladie, amour, famille, couple…Autant de choses tant de fois écrites et avec elle toujours si fraîches.

Pour la seconde fois, un homme est le personnage principal, ici âgé de la cinquantaine (« quarante neuf ans et six jours » pour être précise ), c’était un tout jeune homme dans « Rosa Candida ».

Mais c’est avec la même délicatesse, la même pointe d’humour tendre et ironique, un ton que je définirais comme un optimisme réaliste – c’est à dire raisonnable, lucide, juste et sans leçon de morale – que notre auteure raconte le départ de cet homme qui a décidé de mourir après s’être fait tatouer un nymphéa blanc sur la poitrine .

Il laisse sa fille, son ami et voisin, une lettre et emmène juste sa caisse à outils, sa perceuse et une chemise – rouge -. Il part loin, dans un pays ravagé par la guerre où il prétend mettre fin à ses jours tranquillement. Il va rencontrer alors un autre monde, d’autres préoccupations qui vont l’amener à revoir ses plans.

« Ce sera un aller simple. Les hôtels sont des endroits appréciés pour mettre un terme au voyage. J’en trouve un sur Internet dans une bourgade dévastée dont j’avais entendu parler aux informations. Les photos datent manifestement d’avant la guerre, l’établissement sur situait sur une petite place fleurie et la production de miel était florissante dans la campagne environnante. »

On verra comment se déroulera la suite, mais je dois dire que je suis à chaque fois émerveillée par l’intelligence du propos, par sa poésie et sa drôlerie. Les pages 80 et 81 sont superbes où Jonas – c’est son prénom – énumère ce qu’il sait, terminant par :

« |…] je me suis colleté plusieurs fois avec la vérité là où les ombres sont tantôt longues tantôt courtes, et je sais que l’homme peut rire et pleurer, qu’il souffre et qu’il aime, qu’il est doté d’un pouce et qu’il écrit des poèmes et je sais que l’homme sait qu’il est mortel.

Qu’est-ce qu’il me reste à faire? Écouter le gazouillis du rossignol?Manger du pigeon blanc? »

Et la page 133, bouleversante, où Jonas se regarde dans un miroir en pied

« D’un côté il y a moi, et de l’autre, mon corps. Deux inconnus. »

Alors ce petit voyage vers l’hôtel Silence, pour rencontrer Fifi, May et Adam, ce petit voyage est un vrai bonheur. À propos de May:

« Si l’idée venait de nous asseoir, cette jeune femme en baskets roses et moi, pour comparer nos cicatrices, nos corps mutilés et faire le compte de nos points de suture de la tête aux pieds, c’est assurément elle qui l’emporterait. Mes cicatrices à moi sont bénignes, ridicules. Même si j’avais une plaie ouverte au côté, c’est elle qui l’emporterait. »

On le fait ce petit voyage en quelques heures d’un après-midi tranquille, on savoure chaque page, ça fait beaucoup de bien tant d’intelligence sans étalage tant d’humanité authentique.

Rien de manichéen, rien de mièvre ni de superficiel. Légèreté ne signifie pas idiotie, et puis en fait on se rend vite compte que ce dont parle notre islandaise n’est absolument pas léger, ce qui se passe à l’hôtel est une cicatrisation.

« La seule façon de continuer, c’est de faire comme si on menait une vie normale. Comme si tout allait bien. De fermer les yeux sur le désastre. »

Dire avec profondeur et sans lourdeur est un art délicat et Olafsdottir y excelle.

J’ai adoré ce petit livre-là.

Jonas Ebeneser écrit sa lettre d’adieux en écoutant « One way ticket to the moon »

 

Montréal sous mes yeux

J’ai trouvé hier un commentaire du blog  « La France noire ».

Une demande pour un petit « racontage » de ma visite au Québec, à Montréal en particulier. Comme je n’ai pas terminé ma lecture du moment et à venir ici ( « Une douce lueur de malveillance » de Dan Chaon chez Albin Michel ), captivante et exigeante, je me permets donc une petite entorse à ma ligne qui ne voulait plus dévier de la littérature. En même temps sur ces pages…je fais ce que je veux !!!

Et puis est-ce dévier que parler d’une ville comme Montréal qui compte 45 bibliothèques ?

Et un nouvel horizon avec la littérature québécoise que je connais peu.

Mais ici et maintenant, je vous livre mes impressions sur cette ville qui de fait devient un peu partie de ma géographie puisque ma fille et son mari y construisent leur vie et que bien évidemment j’irai souvent m’y promener. Et avec quel plaisir !

J’ai adoré cette ville. C’est une cité atypique, anachronique, qui hésite dans son architecture entre hier – qui n’est pas si lointain que ça – et aujourd’hui. Je pourrais en parler longuement, mais je préfère vous livrer des bribes illustrées sur cette douceur, cette tranquillité, cette fantaisie surtout croisée un peu partout où nous nous sommes promenés.

Dans les boutiques : « Allô ! Tu vas bien ? » au lieu de notre « Bonjour Madame « , des jeunes gens tatoués, piercés partout, ou pas, mais on voit que l’aspect de la personne ne freine pas un emploi. Comme on voit bien dans les rues que tout est permis, personne ne se retourne sur autrui quel que soit son aspect. Et côté boutiques il y en a pour tous, on voit à Montréal ce qu’on cache chez nous, cinémas, salles de « spectacles » et fringues pour drag queens ou jeux sexuels, mais plus classiquement  les dépanneurs, les chouettes boutiques pour les amateurs de disques vinyles, de bière, de matériel de hockey, de fringues pour toutous, le superbe marché Jean Talon, des librairies épatantes…Quelques unes:

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Ensuite, j’ai adoré Montréal pour ses espaces verts, partout, nombreux; parcs, mais pas que, rues – très larges, cette ville a les moyens de s’étaler largement à l’horizontale – bordées de grands arbres, bordées de jardinets fleuris, ou en herbes folles, mais du vert.

Du haut du Mont Royal, on voit très bien ces masses vertes partout. Entre les grandes avenues, des ruelles qui vivent leur vie dans un gros fouillis végétal, sans apprêt mais c’est beau, c’est vivant, et c’est tranquille. Car à Montréal, les règles de circulation de chacun sont respectées, comme le fait que vous pouvez marcher la tête en l’air, pas de déjections canines qui vous collent aux semelles ( pas de chewing gum ou de mégots non plus ). Vues des quartiers traversés à pied:

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Enfin je termine avec les murs peints de Montréal; il y en a partout, d’origines diverses comme des associations, des écoles, des artistes officiels ou pas. Montréal est une ville finalement excentrique sans être tapageuse, colorée et pleine de vie . Je suis consciente que je n’en ai vu qu’un tout petit bout, même en marchant la journée entière. Je veux suivre jusqu’au bout le canal Lachine, voir la biosphère ( elle était fermée ) et les musées. Par contre, j’ai visité la BANQ qui est la Bibliothèque et Archives Nationales du Québec…ça m’a laissée sans voix, immense, riche en activités et surtout pleine de monde, c’était un dimanche. Et puis juste flâner encore…

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Cosmopolite et multicolore, j’aime Montréal.

En vacances : Montréal, ma fille et un mariage

Je suis partie il y a une semaine et pour deux autres à venir, pour des vacances – bien méritées je trouve –  au Canada, à Montréal pour enfin retrouver ma fille partie depuis le printemps 2017, et la marier avec son amoureux canadien. Je ne sais pas si j’aurais le temps de lire et surtout d’écrire.

 

Je crois que je vais profiter de ces retrouvailles, de ce pays inconnu qui m’a souvent fait rêver en lisant. Pourtant, je ne veux pas laisser le blog en sommeil, aussi je repartagerai un ou deux livres chroniqués ici et qui en valent la peine. Ceci dit, peut-être trouverai-je le temps de proposer une nouveauté, possible, on verra bien.

Après un printemps et un été assez moches occupés à chasser le crabe et à tenter de garder le sourire, ce voyage ( le premier aussi long et lointain de ma vie ) est surtout important pour les retrouvailles avec ma fille.

J’emmène avec moi « Taqawan » qu’on m’a offert, et un gros polar, et des nouvelles, et puis David Joy et puis l’essai sur Miller de ma copine Valentine…si j’ai le temps entre la contemplation des forêts pourpres et or et des lacs silencieux quand nous visiterons le Québec. Et le bonheur de retrouver ma fille qui va occuper un maximum de temps.