« Les arbres de Nagasaki » – Véronique Brindeau- arléa -La Rencontre

« Les arbres sont d’un autre temps. Ceux de Nagasaki, d’un autre temps encore.
Ce sont des sapins, des magnolias, un chêne bleu du Japon. Et puis aussi: un grenadier, un frêne épineux. Quelques plaqueminiers à nouveau chargés de kakis, écarlates dans le ciel d’automne. Un buisson d’azalée qui a refleuri. Ce sont deux camphriers immenses, marquant le seuil d’un sanctuaire dont il ne reste rien. »

Ainsi commence ce recueil qui nous propose une promenade dans la ville de Nagasaki en suivant les arbres rescapés de la bombe au plutonium qui fut larguée sur la ville le 9 août 1945. J’ai lu ce petit livre avec une grande émotion, et ce post sera court ( le livre compte 77 pages ).
On a de ces évènements des échos lointains ou plus proches selon nos âges, mais on a tous je pense vu sur les écrans de télévision des images de cette atrocité, le largage de bombes sur une ville, sur cette ville . Je préfère vous confier, pour finir, cet extrait au sujet du pin miraculé,

« Le « pin miraculé »

[…]

Symbole d’espoir après le raz-de-marée du 11 mars 2011, cet arbre fut le seul à se maintenir parmi les quelques soixante-dix mille pins qui faisaient la célébrité et la beauté de la région de Rikuzentakata avant d’être anéantis par la vague infernale qui atteignit ici dix-sept mètres de hauteur. On déplora plus de dix-huit mille victimes. Six cent kilomètres de littoral furent ravagés, des villes entières balayées, des ports, digues et brise-lames détruits. […]

D’un âge estimé à environ cent soixante – dix ans, haut de vingt-sept mètres, le « pin des miracles » n’aura pourtant survécu que peu de temps. Le jour du séisme, ses racines avaient séjourné pendant plus de dix heures non seulement dans l’eau de mer mais aussi dans des hydrocarbures. »


Avec une langue sobre et délicate, l’autrice nous mène auprès de ces arbres survivants, nous parle d’eux, de leur vie attaquée et pour certains revenue contre toute attente, comme la plupart de ceux dont elle parle dans cette promenade. Ce texte épuré est d’une grande beauté dans sa simplicité, dans sa sobriété, parvenant à nous amener à une émotion simple, mais qui surgit au fil des mots de façon évidente et très forte.

De nos jours on parle beaucoup de « résilience », terme mis un peu partout, parfois sans sens profond.
Là, dans le portrait de ces arbres, il est question pour eux de ça, la résilience dans son sens le plus précis :

« Capacité (d’un écosystème, d’une espèce) à retrouver un état d’équilibre après un évènement exceptionnel. »

J’ai adoré ce petit livre, si bien écrit, délicat et précis dans ses descriptions, sobre, jamais emphatique, il en surgit par les mots de l’autrice la vie de ces arbres, leur histoire, leur « corps » et leur « esprit » comme si nous pouvions les toucher, eux, leurs blessures et leur force.
Magnifique, inutile de vous en dire plus. Juste quelques passages. Et cette magnifique phrase finale:

« Parfois aussi, née des bois échoués, une musique se souvient, qui transmet aux vivants l’écho de ce qui a été perdu, des êtres et du paysage, dans un monde qui survit à nos plaies »

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