« Sous la grande roue » – Selva Almada – Métailié/bibliothèque hispano-américaine, traduit par Laura Alcoba

« La grande roue est vide, désormais, pourtant les sièges se balancent toujours légèrement. ce doit être l’air du petit matin.

Pájaro Tamai est au sol, sur le dos, et il a l’impression que la grande roue continue de tourner. mais c’est impossible car on n’entend pas de musique. Il n’entend rien du tout: sa tête est remplie d’un bruit blanc. Blanc comme le ciel – il ne l’a jamais vu comme ça – sur lequel se découpe un bout de machine, rien qu’un petit morceau, flou. C’est tout ce que sa vue parvient à saisir.

Il plisse les yeux pour voir si la roue va enfin cesser de tourner. mais c’est pire encore : soudain, c’est la vertige, à présent ce n’est plus seulement la grande roue qui tourne mais ce qui l’entoure. »

Belle découverte que cette jeune auteure argentine.

Deux adolescents gisent sur le sol boueux de la fête foraine. Blessés au couteau tous les deux, et attendant sous le ciel blanc. Attendant quoi ? Sont-ils encore vivants, inconscients, déjà morts ?

« La nuit va tomber sur toi, Pájaro. C’est ce qu’il pense, et en même temps il sourit à moitié. Car quelle nuit pourrait s’annoncer avec un ciel aussi blanc? Par « nuit », il veut dire autre chose, bien entendu. Il doit maintenir son cerveau en activité jusqu’à l’arrivée des secours. Il ne voit pas comment se tirer d’affaire. Il doit projeter des souvenirs sur ce ciel blanc qui ressemble tellement à l’écran du cinéma Cervantès, puis s’accrocher à eux.

Allez, Pájaro, allez, souviens-toi de quelque chose. »

Voilà tout l’art qu’a développé ici Selva Almada, en un roman où j’ai retrouvé avec un grand bonheur tout ce que j’aime de la littérature sud-américaine, une part d’imaginaire, de fantasques caractères masculins, sanguins, machos, buveurs, dragueurs et surtout bagarreurs, et puis un peu bêtes aussi de tous ces excès. Les personnages féminins, essentiellement épouses et mères, sont quant à elles beaucoup plus fines, plus posées, plus responsables et essentielles à l’équilibre.

Marciano Miranda et Pajarito Tamai, nés à quelques heures d’intervalle, voisins dans la même bourgade vont être aussi les meilleurs amis du monde jusqu’à ce qu’un grain de sable se mette dans les rouages, un nouvel élève dans la classe qui va les séparer, physiquement d’abord, puis affectivement.

Les pères des garçons sont des ennemis jurés qui sans cesse s’envoient des coups bas. Et bien sûr tout ça finira mal. Selva Almada brosse ici un portrait sans concessions de la virilité poussée à ses extrêmes les plus stupides; parce qu’au fond, rien de sérieux n’oppose les deux pères qui se livrent un combat de coqs, comme vont le faire leurs fils respectifs après avoir été les meilleurs amis du monde.

« Même si leur séparation se fit, d’une certaine manière, d’un commun accord, l’un et l’autre éprouvaient au fond une forme de ressentiment. Pajarito aussi sentait que son ami l’avait délaissé.

C’étaient bien les rejetons de leurs pères; les chiens ne font pas des chats, comme on dit. Ce petit ressentiment devint peu à peu une pierre dans le cœur de chacun. Et lorsque arrivèrent les vacances d’hiver, ceux qui avaient été des amis inséparables jusqu’à l’été précédent étaient devenus désormais des ennemis irréconciliables. »

C’est la construction du livre qui est absolument remarquable. Par le reste de vie de chacun des garçons blessés, l’auteure raconte à tour de rôle l’existence de ces deux familles, mêlant le délire onirique à la réalité. Chacun revoit son père, là, tout à côté, ne sachant si c’est réel, s’ils sont eux et leurs pères encore en vie ou déjà morts, sous ce ciel blanc étrange, sous cette grande roue dont les sièges ne font plus qu’osciller comme la vie dans leurs veines.

Remarquable histoire, pleine de vie et de fureur, d’abord l’enfance des garçons, avec tout ce que ça comporte de vie de bandes, de jeux de rue, de bravades. Et de craintes aussi, crainte du père pour Pajarito, enfant battu, on le sait vite.

« Un jour, il sera grand et il foutra son poing dans la gueule de son père et de quiconque osera lui dire, comme à l’instant, devant le musée, qu’il est comme Tamai. Un jour, son corps cessera d’être trop petit pour toute cette rage qu’il sent en lui depuis qu’il est doté de mémoire. »

L’assassinat de Miranda aussi, qui marque un tournant dans l’histoire. Les mères sont dignes et sensées, toutes les deux, qui tentent vainement de faciliter l’amitié des deux garçons quand les pères l’interdisent, vaillantes, pleines de sang-froid. Histoire de ces deux jeunes hommes, de l’adolescence fiévreuse qui arrive, de la jeunesse qui se pointe avec l’alcool, les sorties en boîtes de nuit, les hôtels miteux ou les toilettes de bars pour le sexe urgent, en quête d’une identité, sexuelle essentiellement, la norme étant celle qu’on sait, tout ce qui s’en écarte étant considéré comme impossible dans cette société machiste; on ne lâche pas ce livre.

J’ai vraiment aimé ce roman d’un bout à l’autre, très bien construit, écrit, avec des personnages qui même se comportant de façon stupide, violente, inconséquente, ne sont pas totalement détestables, ils sont des gens au fond assez ordinaires avec leurs sentiments et leurs préjugés face à la réalité qui se présente à eux et avec laquelle il faut bien qu’ils se confrontent, les ramenant à leur simple condition précaire d’êtres humains. Un récit parfait de bout en bout, cette fin:

« -C’est un problème entre eux. On n’a pas à s’en mêler pour l’instant – il le leur a dit de manière tellement claire qu’ils se sont immédiatement calmés. Luján et la petite bande de Miranda attendaient également, légèrement en arrière.

-Alors comme ça tu baises mon frère, sale pédé.

Et tout a commencé à coups de poing.Dès qu’ils se sot touchés, leurs corps se sont reconnus. Encore une fois, l’odeur du sang de l’autre sur ses doigts; l’odeur de l’ennemi, de nouveau, si semblable à le leur.[…]Tout a commencé là, puis les coups de feu sont venus, on s’est mis à courir, à crier, tout était hors de contrôle.

Tous deux ont fini dans la boue, à quelques mètres de distance l’un de l’autre. Les yeux ouverts, rivés sur le ciel. Tout blanc. Tout rouge. Tout blanc. »

Lecture continue parce que ça coule tout seul – ferait un très beau film, je pense – on est sous la grande roue auprès de Pajarito et Marciano, à genoux dans la boue et les yeux levés vers le ciel blanc du purgatoire. 

« Quel gâchis, putain !dit-il, et, avec le pied il écrase et enterre son mégot. »

La musique, c’est la cumbia:

Une grande réussite !

« Mrs Caliban »- Rachel Ingalls – Belfond/Vintage, traduit par Céline Leroy

« Fred eut trois oublis successifs avant même d’avoir atteint la porte d’entrée pour partir au travail. Puis il se rappela qu’il avait voulu emporter le journal. Dorothy ne se donna pas la peine de dire qu’elle n’avait pas fini de le lire. Elle se contenta d’aller le lui chercher. Il tergiversa encore quelques minutes, palpant ses poches et se demandant s’il devrait prendre un parapluie. Elle fournit des réponses à toutes ses interrogations et y ajouta plusieurs questions de son cru: avait-il besoin d’un parapluie s’il prenait la voiture, pensait-il vraiment qu’il allait pleuvoir. Si sa voiture faisait ce drôle de bruit, pourquoi ne pas plutôt prendre le bus, et avait-il mis la main sur l’autre parapluie? Il devait être quelque part au bureau; comme c’était un beau modèle pliant, elle suggéra que quelqu’un était parti avec. »

Eh oui…Voici bien une scène de la vie passionnante et dévouée d’une femme au foyer, épouse d’un mari très très occupé…

John Updike a dit de ce livre et je partage ce point de vue:

« J’ai adoré Mrs Caliban…Une parabole impeccable, magnifiquement écrite, du premier paragraphe jusqu’au dernier. »

Les éditions Belfond ont décidé en ce mois de Mars de publier des ouvrages écrits par des femmes, journée de nous autres oblige le 8 du mois – quelle veine nous avons, non ? -. Et parmi ces livres ce court roman écrit en 1982 et traduit pour la première fois – par une femme, Céline Leroy – en français.

Il s’agit ici d’une fable moderne, qui sous des airs anodins est impitoyable. Car ce texte démolit consciencieusement l’idée du crapaud qui cache un prince charmant . Le crapaud EST charmant. Et le « prince » ne l’est pas. Mais ce n’est pas tout. 

« Elle avait à moitié traversé le lieu sûr qu’était sa belle cuisine dallée d’un lino à carreaux quand la porte vitrée coulissa et qu’une créature pareille à une grenouille géante de presque deux mètres joua des épaules pour entrer dans la maison, puis se planta devant elle, immobile, les jambes légèrement fléchies, et la regarda droit dans les yeux. »

( P.S. : oui, les illustrations ne montrent qu’un crapaud d’une taille de crapaud, mais ça ne change rien à son importance. )

Dorothy et Fred Caliban ont perdu leur bébé et évidemment un tel drame met à mal le couple. Mrs Caliban a une amie chère, Estelle, avec laquelle elle déblatère allègrement sur un couple d’amis, – un peu moins chers – dans des conversations un peu arrosées du côté d’Estelle. On entend vite que Dorothy est intelligente et déboussolée. Elle entend des voix Dorothy, qui lui parlent depuis la radio. Une créature mi-batracien mi-reptile, tueuse selon la radio, étrange, énorme, a échappé au laboratoire qui l’étudiait et sème la terreur dans les esprits et dans la région. Mais pas chez Dorothy qui va l’adopter, le cacher, l’aimer. 

Larry vient de la mer, d’un monde aquatique, il a été capturé dans le Golfe du Mexique:

« Elle lui caressa le visage. Elle essaya d’imaginer à quoi pouvait ressembler son monde. C’était peut-être comme pour un bébé flottant dans l’utérus de sa mère et qui entendait des voix tout autour de lui. »

Il a ensuite été emmené dans un institut de recherches où il a subi des injections, pense-t-il pour qu’il « s’intègre ». Il aime respirer la nature, les fleurs, sentir l’herbe sous ses pieds et écouter le ressac la nuit, la main de Dorothy dans la sienne, sa peau comme récepteur de la chaleur de cette femme pas comme les autres. Comme il aime discuter avec elle, de tout, de leur éventuelle reproduction – possible ? pas possible ? :

« À l’Institut, ils disaient que j’étais différent. Même le Pr Dexter l’a dit. Donc, sans doute qu’on ne devrait pas se mélanger.

-Je ne suis pas du tout étonnée. Ils ne t’aimaient pas et ils t’ont traité de manière honteuse. Ils cherchaient une excuse. Ce sont ces mêmes personnes qui pendant des siècles ont affirmé que les femmes n’avaient pas d’âme. Et presque tout le monde en est encore persuadé. C’est la même chose. »

On comprend ici déjà mieux la connivence forte entre Dorothy et Larry, leur marginalité, surtout celle de Dorothy, femme pensante bien que femme au foyer. Lisez-par vous-même ce conte tordu qui ne finit pas comme un conte de fée, cette parabole surprenante qui décrit l’envol d’une femme vers son identité et sa vérité. Non sans souffrances, mais ce qu’elle laisse ne lui appartient pas, n’est pas elle, ce n’est pas une perte, c’est une marche vers la liberté.

Infinie solitude de cette femme au foyer, cette Dorothy au fond rebelle, bien plus intelligente que son mari qui la trompe de manière éhontée…Mais bien sûr elle le sait, Dorothy, et finalement elle s’en fiche; l’amour, la complicité, le sexe sans tabous et aussi naturel que possible, tout ça va lui être offert par cette étrange créature, Larry pour les intimes… Que j’ai aimé Dorothy ! Cette épouse qui va se libérer, naître à sa propre vie par les mains vertes et palmées de Larry – chacun verra en Larry l’homme-grenouille ce qu’il voudra, c’est un personnage à la symbolique ouverte -. Il semble que ces mains-là aient un pouvoir particulier sur Dorothy, lui donnant confiance, chaleur, et le reste…Et les conversations entre elle et Larry sont assez intéressantes, décalant beaucoup de notions bienséantes, conversations dans lesquelles Dorothy trouve enfin un interlocuteur à la mesure de ses envies.

Un livre très très original, facile à lire, parfois très drôle – Fred passe assez bien pour un crétin, j’aime… – les conversations entre Dorothy et Estelle sont savoureuses – mais surtout juste et fin et plus profond qu’il n’y paraît sous des airs assez anodins. Rachel Ingalls fait confiance à l’intelligence de ses lectrices – et lecteurs –  bien sûr, pour saisir le propos et le fin mot de l’histoire. Une façon sans baratin de dire les choses, dans la mesure où on sait lire en profondeur au-delà des métaphores et des symboles, intuitivement.

128 pages, je ne vous le fais pas plus long, mais c’est une petite gourmandise pleine d’inventivité à ne pas se refuser ! Et la fin, belle et mélancolique est cependant un nouveau départ pour Dorothy.

Est-ce un hasard, une autre Dorothy de fiction fut capable de voir et regarder au-delà des apparences, de concevoir un autre monde. Je l’aime bien, un vieux reste d’enfance tenace sans doute…alors, « Somewhere Over the Rainbow » pour la magie, la fantaisie et le pouvoir de l’imagination qui peut transformer une vie.

 

« Les femmes de Heart Spring Mountain » – Robin MacArthur – Albin Michel/Terres d’Amérique, traduit par France Camus-Pichon

« Les branches des érables et des chênes cinglent les vitres, les sirènes hurlent dans toute la ville. Une heure que l’électricité est coupée, et tout ce que voient Bonnie et Dean, ce sont ces branches aux feuilles tachetées, battues par le vent, et cette pluie torrentielle. Un ouragan! Les infos l’ont annoncé, il est là. Et bien là.

« Tiens, bébé, c’est pour toi. » Dean tend la seringue à Bonnie. Assise sur le canapé, elle tremble, n’a pas faim, se demande si elle ne va pas vomir dans l’évier de la cuisine. Au lieu de quoi elle retrousse la manche de sa chemise de nuit, se fait un garrot autour du bras gauche avec l’élastique, cherche une veine pas trop dure. Elle y enfonce l’aiguille. Ah ! Cette vague de chaleur immédiate, ce souffle tiède. »

Et voici le premier roman de Robin MacArthur dont j’avais lu, chroniqué et beaucoup aimé le recueil de nouvelles « Le cœur sauvage », parmi mes lectures préférées sans aucun doute en 2017.

J’ai retrouvé ici avec un immense plaisir la belle plume de cette auteure encore jeune qui à nouveau nous fait entrer dans des vies de femmes et de « familles » (entre guillemets parce que le modèle classique de la famille est ici bien chahuté) et puis dans les merveilleux paysages du Vermont. Si j’ai tout de même préféré les nouvelles qui gagnaient en force par leur forme courte ( oui, personnellement j’adore les nouvelles, vous le savez depuis le temps ! ), voici quand même un très beau roman. Il y a là tous les ingrédients que j’aime et en particulier la nature, douce ou âpre selon les moments, des femmes au caractère finement tracé, avec des natures qui les font s’élever ou chuter. Il y a l’amour et la solidarité et un regard tendre que porte Robin MacArthur sur ses personnages.

Bonnie, la mère de Vale, a disparu alors que l’ouragan Irene fait rage sur le Vermont. Vale  fuyant sa famille, vit à la Nouvelle-Orléans, mais au coup de fil de Deb, sa tante, elle va retourner sur les terres natales pour tenter de retrouver Bonnie.

« À dix-huit ans, huit ans plus tôt, elle a tout arrêté, puis elle est partie de chez elle. Elle n’a pas revu sa mère depuis. Elle lève les yeux pour admirer les branches du magnolia. Appuie son front contre le tronc massif de l’arbre.

Elle adore cette ville – sa douce chaleur, sa musique, sa lumière. Et elle déteste sa ville natale – son silence, sa blancheur, ses nids-de-poule, les gens qu’elle y a laissés.

« Bonnie », murmure-t-elle.

Le lendemain matin, elle enfile ses bottes, met quelques affaires dans son sac à dos, retire de l’argent et part à pied vers la gare routière de

Loyola Avenue. »

Le roman navigue sur quatre époques, 1956 avec les sœurs Hazel et Lena, les années 70 avec Stephen qui est le mari de Deb , 1986 avec Deb et 2011 avec Vale et les autres qui ont vieilli bien sûr. Et je n’oublierai pas Ginny et Bird, deux des obstinés accrochés à leurs rêves de communauté et qui ma foi semblent s’en porter assez bien…

Deb, elle, en est revenue:

« Foutu Thoreau ! « s’exclame-t-elle, levant son verre et songeant à l’époque où elle était jeune et idéaliste, où cette bulle temporelle – sa vie à la campagne – lui apparaissait comme un fruit parfait, avant de finir par brunir, vieillir, fermenter, devenir d’une complexité insondable.

Elle ferme les yeux et voit Bonnie sous une pluie battante, Bonnie sur un pont, ses poignets maigres, ses os meurtris. Va-t-on la retrouver? Helpless, impuissante:  Helpless, se répète-t-elle, fredonnant la chanson de Neil Young, celle que Stephen préférait. »

https://youtu.be/qOv9nwuC67Y

Des années hippies à l’année 2011 quand naît le mouvement Occupy Wall Street, avec ces femmes qui vont se retrouver pour chercher Bonnie et se tenir le cœur au chaud, autour de Hazel qui disparaît peu à peu, de Deb qui lui tient compagnie, de Vale qui a réussi à démêler le fil de l’histoire de toutes, de chapitre en chapitre on s’attache inévitablement à ces héroïnes. Je ne peux pas oublier les quelques hommes du roman, Stephen donc, le mari de Deb et le père de Danny, Lex, mari de Hazel et amant de Lena – et donc le grand-père de Vale – , et Neko le petit ami de Vale. Il faut un peu s’accrocher au début pour comprendre la filiation, mais finalement de vieilles survivances des communautés hippies font que ça n’a pas autant d’importance que ça, c’est l’amour porté aux autres qui est important. C’est peut-être donc dans la construction un peu en équilibre instable que ce roman pèche un peu, mais c’est tellement beau…qu’on s’en fiche !

 Lena a ce qu’on appelle une coquetterie dans l’œil et vit dans la forêt en compagnie d’Otie, chouette borgne.

« Otie se réveille et sautille autour de moi, humant l’air, à l’affût, poussant un hululement occasionnel. Est-il destiné à une partenaire dans les parages? Avec son œil unique, son aile cassée. Nous faisons la paire, lui borgne et moi qui louche de l’œil gauche. « On est définitivement impossibles à aimer, toi et moi. »,[…] »

J’ai adoré Lena, c’est elle que j’ai préférée entre toutes, même si Vale est elle aussi très attachante…et en fait toutes les autres aussi…J’ai adoré Lena qui met sous la plume de l’auteure à mon avis ses plus belles pages, car Lena aime avant tout la nature sauvage, les oiseaux, les plantes, et en compagnie d’Adèle, une indienne, elle apprend les remèdes traditionnels entre autres choses.

Lena écrit des lettres inattendues, s’adressant aux arbres, aux oiseaux, à ce qui l’entoure, et rend souvent visite à Adele, son amie indienne:

« On se dirige vers la cabane d’Adele. Adele est ma seule amie, à l’exception d’Otie et des animaux qui rôdent dans ces montagnes: ours, martres, cerfs, wapitis, renards, chouettes et coyotes. La coyote: celui à trois pattes que je surprends presque tous les soirs traversant le pré au loin là-bas, celui que j’entends hurler en amont de la rivière la nuit. Mâle ou femelle, c’est une créature nocturne, comme Otie et moi – il est remarquablement doué pour passer inaperçu. »

Lena est la mère de Bonnie et la naissance de la petite fille tant attendue est décrite avec une belle tendresse, très réaliste, c’est un bout du fil de l’histoire familiale important que Vale rembobine pour remonter à l’origine. C’est là que Robin MacArthur excelle à faire qu’on ne peux jamais juger sévèrement aucune de ces femmes. Vale en revenant dans le Vermont, va remonter dans le temps, recouper les histoires des unes et des autres et mettre en lumière de nombreuses choses, comme par exemple l’ascendance Abenaki par Marie, l’aïeule.

Bon, je préfère vous mettre quelques beaux extraits, mais je rajouterai que ce livre est accompagné d’une belle bande-son conséquente, qui va de Piaf à Merle Haggard en passant par Little Richard, Ruth Brown, Billie Holiday, Missy Elliott , Woodie Guthrie, des mélodies irlandaises et j’en passe !

Ce livre me fera aller voir le Vermont un jour, ce livre est un très joli moment en compagnie de femmes jamais exemplaires, mais toujours intéressantes et surtout très attachantes ( sûrement parce qu’elles ne sont pas « exemplaires »…) sans pour autant faire des hommes de simples faire-valoir, loin de là.

Une belle, belle, belle lecture .

« Il chantait Leonard Cohen dans le grenier à foin, ce fameux été où il avait dix-sept ans et elle huit.[…]

Il prenait sa guitare et Vale l’écoutait les yeux fermés, les paroles déferlant sur elle, s’élevant dans l’air poussiéreux. Elle aimait ces chansons, oui, mais aussi sa voix – gravier et rouille mêlés -, les craquements du toit sous le soleil, et le bruit d’un avion quelque part au-dessus d’eux. Danny chantait « Bird on a wire ».

 

Je termine avec cet extrait qui m’a beaucoup rappelé la première nouvelle du recueil dont le titre est « Silver creek », comme la rivière de ce roman et qui peut-être a servi de point de départ pour celui-ci ? Un extrait empli de colère et de chagrin.

«  »Va te faire voir, Bonnie ! » dit-elle, retrouvant enfin sa voix. Pour avoir préféré la drogue à ta fille. Pour avoir préféré Dean à ta fille. « Va te faire voir » répète-t-elle tout bas, posant le front contre la terre mouillée.

Vale a sept ans. Elle est dans ce même champ avec Bonnie et enjambe les plants de maïs encore verts qui lui arrivent à la cuisse. L’air grésille dans la chaleur de juillet, ou d’août. « Viens ! » hurle Bonnie, courant vers la rivière dans son short en jean et son tee-shirt bleu. Vale s’élance pour la rattraper. Lorsqu’elle la rejoint sur la berge, elle prend la main de sa mère, qui referme les doigts sur les siens. Elle porte la main de Bonnie à son visage, la garde sur sa joue. Plisse les yeux au soleil. Cette main sent le tabac et le citron. Quelqu’un les prend en photo. Puis envoie le cliché à Bonnie – qui l’épingle sur le mur. Vale emporte la photo quand elle part – la main de sa mère, le rire de sa mère : deux épis d’or. Puis Bonnie s’écarte d’elle, se déshabille et plonge dans l’eau froide. »

Et une chanson d’amour, pour un roman plein d’amour(s) :

 

« Un poisson sur la lune » – David Vann- Gallmeister/Americana, traduit par Laura Derajinski

« L’avion amorce sa descente mais San Francisco est invisible, rien que des nuages et de la pluie qui se referment sur l’aile, de la pluie et des centaines de kilomètres/heure, rien qu’un entité horizontale, qui ne tombe pas, qui n’a rien d’assez léger pour tomber. Une pression terrifiante, insistante, paniquée, qui disparaît et réapparaît, provenant d’une source terrible, le souffle d’un dieu en colère.

Jim attend et espère, mais quoi ? »

Un grand David Vann…Je m’étais arrêtée à « Impurs », assez horrifiée par l’angoisse contenue dans et provoquée par ce roman. J’ai donc attendu. Et me voici de retour dans le cerveau dérangé de Jim, père de David et de sa sœur Cheryl, ici encore enfants. Ils vivent chez leur mère Lorraine et vont retrouver leur papa chez l’oncle Doug ( frère cadet de Jim ) pour des vacances. Jim arrive d’Alaska où il vit le reste du temps. Il est dentiste ( vous vous souvenez de Sukkwan Island ? Si vous l’avez lu, forcément vous vous en souvenez ! ) mais n’exerce plus.

« Jim comprend alors que son fils pourrait sombrer dans la même dépression que lui, et dans les mêmes mouvements d’humeur, et dans ces cogitations sur l’existence, lancinantes et infinies, à toujours tout remettre en question. La maladie mentale, une malédiction qui se transmet à travers les générations. À quel moment cela a-t-il commencé, cela remonte-t-il à loin dans le passé? Et combien de générations en souffriront encore? »

Car Jim est malade, son cerveau est malade. Envahi d’idées de meurtres, obsédé par les armes à feu, attiré par le suicide, hanté par Jeannette, sa dernière compagne et le sexe. Bref, je retrouve ici l’histoire familiale, véritable charge de David Vann, charge mentale, affective, qu’il déroule, dénoue et décortique dans ses romans depuis le premier. Et c’est une plongée en apnée dans cette famille, et dans un cerveau malade. Je crois que c’est ce qui me touche si profondément chez cet auteur, qui parfois écrit des choses insoutenables. Ici il n’y a pas de violence physique, mais ce qui se passe, ce que Jim nous dit tout au long des pages est extrêmement perturbant. Pour la simple raison qu’on peut je crois tous y retrouver certains de nos états – passagers ou pas – , de nos perturbations mentales, de nos traumatismes ou de nos obsessions; et ça, forcément on n’est pas toujours prêt à le lire.

Avant la rencontre avec le psy, en voiture:

« -Le psy n’apporte pas grand-chose. S’il était présent lors de mes derniers instants, il prendrait des notes sur ma manière de tenir mon arme. Pourquoi fermez-vous un œil alors que vous braquez le canon sur votre tempe? Qu’est-ce que cela signifie? Avez-vous toujours éprouvé un sentiment d’insécurité? Quand cela a-t-il commencé? Quand avez-vous fermé cet œil pour la première fois?

-Arrête ! hurle Doug.

Le volume surprend Jim, la soudaineté aussi.

-Putain, OK. Pardon, petit frère.

Alors Jim essaie d’être un bon citoyen: il reste assis de son côté de la banquette et ne dit rien, il ne pense rien, il ne s’interroge ni sur la source, ni sur le sens.Impossible d’expliquer comment les pensées ont commencé, de toute façon, comment le désespoir a commencé, comment Jim en est arrivé là, maintenant. »

C’est ainsi que David Vann amène le sujet de la folie, parce qu’il faut bien nommer ce que vit Jim. Je pourrais dire « son père »( ? ) , mais il s’agit bien tout de même d’un roman, écrit avec un talent assez impressionnant.

L’autre symptôme de Jim est une sinusite extrêmement violente qui l’assaille à tout moment, comme dans cet extrait, qui montre aussi assez bien le mode de pensée et d’expression de Jim :

« Il a les genoux douloureux d’avoir dormi sur le tapis, et sa nuque lui fait mal malgré le petit coussin que lui a apporté Gary, mais la douleur des sinus est pire, toujours. Puissante, dès le réveil, de toute cette pression accumulée.

Il se lève, il cherche des mouchoirs et il en trouve une boîte sur le bureau. Il se mouche, c’est comme déplacer des rochers dans une carrière avec un éventail, le genre de truc pliant en bambou qu’une femme apporterait à l’opéra. Ça contre des rochers grands comme des maisons. Rien ne bouge. Il commence à croire qu’une intervention chirurgicale pourrait être sans risque. Allez-y, forez- moi un trou dans le front. Je me contrefous de l’air que ça me donnera, tant que tout s’écoule. »

On est comme sur une vague imprévisible au gré des humeurs de Jim, passant de l’euphorie à l’indifférence froide, du rire survolté à la colère menaçante, du rire hystérique aux larmes incontrôlables. Et on ne peut pas ne pas avoir une pensée compatissante, un flot de tendresse pour les deux enfants qui aiment leur père; on a le sentiment qu’ils n’ont aucune crainte face à lui, qu’ils l’ont toujours connu ainsi, c’est leur père, un point c’est tout.

Dans la voiture, avec Doug, ils chantent :

Quant au titre: séance chez le Dr Brown qui demande à Jim d’imaginer une grotte dans laquelle il entre, et de lui dire ce qu’il voit:

 

« […] et quand il y entre, elle est bien plus grande qu’elle n’y paraissait. Une voûte noire et des formes suspendues, un sol lisse comme la peau d’un flétan, tacheté de vert et de brun.

-Le sol est le dos d’un flétan, dit Jim. Je suis debout sur sa peau et la grotte est très froide, aussi froide que le fond de l’océan.

-Un flétan? Le poisson? 

Jim essaie d’ignorer Brown qui fait foirer sa vision. La caverne qu’il a trouvée semble sacrée, la demeure de son animal totem, et il trouvera peut-être une réponse ici. Il avance sur la chair glissante et observe le mouvement des branchies, la lente respiration. »

 

Je termine avec cet extrait qui dit comment Jim voit l’humanité:

« Croit-on vraiment qu’une vie humaine ait autant de valeur? Si on envisage notre existence, ne serait-ce qu’une seconde, ce n’est clairement pas le cas. Crises cardiaques, accidents de voiture, désastres climatiques, morts par balles, guerre: nous sommes balayés d’une pichenette comme des fourmis, à chaque instant. Nous n’avons aucune valeur, de toute évidence. »

En fait ce livre est bouleversant du début à la fin, même si par moments on déteste Jim, même s’il nous reste opaque, il y a une telle douleur en lui qu’on ne peut pas s’empêcher de le trouver quand même et  malgré tout attachant.

Une lecture difficile émotionnellement, mais magnifique.

« La route de Lafayette » – James Kelman – Métailié/ Bibliothèque écossaise, traduit par Céline Schwaller

« Il était cinq heures et demie du matin quand son père le réveilla. Murdo resta au lit cinq minutes de plus. Il devait réfléchir à beaucoup de choses. Mais c’était tout, réfléchir; il avait bouclé ses bagages la veille. Il ne tarda pas à se lever pour descendre prendre son petit-déjeuner. Papa avait terminé le sien et procédait aux dernières vérifications des interrupteurs électriques, robinets de gaz, robinets d’eau et poignées de fenêtres. Dans deux heures les gens iraient à l’école. Murdo et son père allaient en Amérique. »

Voici un livre que j’ai aimé de plus en plus au fil des pages. C’est un livre au rythme lent et qui se déroule en fait dans la tête et par la voix du jeune personnage Murdo, adolescent de 16 ans qui vient de perdre sa mère à la suite d’un cancer. Il a aussi perdu sa grande sœur Eilidh de la même maladie, quelques années plus tôt. Et dans le cœur de Murdo, dans son esprit, il y a un chagrin incommensurable que seule la musique console. Car Murdo est musicien, accordéoniste assez doué. C’est là sa seule joie, sa seule consolation. Car s’il a son père, celui ci est assez mutique, il passe son temps plongé dans des livres et sur lui aussi pèsent la perte et la solitude.

Le livre commence au départ d’Écosse vers l’Amérique du père et du fils. Un oncle et une tante vivent en Alabama et les reçoivent chez eux pour deux semaines de vacances. C’est donc Murdo qui relate ce long chemin, ces embûches pour ces deux âmes en peine peu habitués à quitter leur coin isolé d’Écosse.  Arrivé aux USA non sans peine, Murdo en se promenant en ville rencontrera un groupe de musiciens qui jouent du zydeco et ils l’inviteront à un grand festival qui se déroule en Louisiane. C’est alors que ce séjour un peu morne prendra des airs d’aventure pour le jeune garçon.

La rencontre musicale de Murdo avec Sarah Edna et Queen Monzee-ay:

« Montre-moi montre-moi. Elle aurait aussi bien pu le crier. mais c’était chouette et il se lança, utilisant un truc sur lequel il avait travaillé quelque temps plus tôt. Il le connaissait sur le bout des doigts et pouvait en faire ce qu’il voulait, ajoutant quelques fioritures à cette nouvelle façon de jouer. C’était bien, il le savait. Queen Monzee-ay était concentrée sur la façon dont il jouait, ne lui adressant que de brefs sourires. Elle s’approcha de lui et rit, C’est toi les croûtons mon garçon![…]

Lorsqu’ils s’arrêtèrent pour faire une pause Sarah et elles lui firent des révérences amusantes et lui-même s’inclina de manière ridicule. Queen Monzee-ay demanda, Depuis combien de temps est-ce-que tu joues de l’accordéon, Murdo ? »

Sur scène, Queen Monzee-ay chante un titre de Clifton Chenier qui fut le premier à utiliser l’accordéon pour jouer du blues.

Je veux dire à quel point l’auteur parvient à nous rendre vivant, authentique, touchant ce jeune Murdo qui sans cesse gamberge -l’écriture réussit à la perfection à rendre ses ruminations, ses pensées obsessionnelles -, et c’est un garçon foncièrement gentil (non, ce n’est pas un gros mot ), sans violence mais avec en lui un sentiment profond d’injustice pour la mort si jeune de sa sœur qu’il adorait et pour celle de sa mère qui manifestement faisait le lien entre lui et son père. La relation avec le père est faite de non-dits, parfois on a le sentiment d’une tension très forte, mais ça retombe toujours, pas un mot plus haut que l’autre, pas d’éclat, mais alors reste quelque chose , une incompréhension, une crainte de Murdo du jugement de son père. 

Murdo parle de sa sœur à tante Maureen, totalement bouleversant:

« C’est pas des souvenirs, elle est là, c’est tout. Murdo jeta un coup d’œil aux autres femmes. Elles écoutaient.T’entends ça dans les chansons. Je serai toujours avec toi, et c’est vrai. Eilidh est toujours avec moi. C’était ma grande sœur et c’est toujours ma grande sœur et ça me fait pleurer quand j’y pense. Je le sais. Murdo haussa les épaules. C’est plus fort que moi. J’arrive pas à m’en empêcher et je m’en fiche. Si elle avait pas été là quand maman est morte je sais pas ce qui se serait passé. C’est Eilidh qui m’a aidé à tenir le coup. Murdo secoua la tête et garda les yeux fixés sur le tapis. Je me fiche de Dieu et de  Jésus et de tous ces trucs-là, je suis désolé, les gens disent qu’elle est partie et qu’elle est avec Jésus, je suis désolé mais c’est pas vrai, elle est avec moi. Elle a vécu sa vie. C’est la seule qu’elle a eue. Ma grande sœur, c’était une fille super et une vraie personne. C’est ma grande sœur, voilà qui c’est. »

Je veux louer le style, l’écriture très particulière de James Kelman, le mode narratif choisi pour cette histoire triste mais qui rayonne pourtant de la personnalité si attachante de Murdo. On l’aime ce garçon, on a envie en fait de le consoler. Il ne juge jamais, il observe et a des idées parfois bien arrêtées, mais reste curieux en particulier en regardant, écoutant la petite communauté pieuse autour de l’oncle et de la tante – ce qui donne à l’auteur l’occasion d’une « étude » de cette société semi-rurale ou plutôt  semi-urbaine. La tante Maureen, qu’il va adorer, saura lui prodiguer les gestes tendres et consolateurs, les signes d’affection dont il est privé. Vraiment Murdo m’a beaucoup émue. Tout va s’éclairer dans sa vie quand il suivra la route de Lafayette en douce et retrouvera ses amis, quand il montera sur scène avec la reine du zydeco Queen Monzee-ay et ses musiciens. Quand il sera discrètement amoureux de la jolie Sarah.

Queen Ida, la première femme accordéoniste à diriger un groupe de zydeco, le Bon Temps Zydeco Band

Murdo découvre le festival de Lafayette

« Les gens engloutissaient des plats à emporter et buvaient de la bière. Partout où tu regardais. Des hamburgers et d’autres trucs. Il avait besoin de manger. […] Les gens dansaient dans la rue, vivement éclairée dans le noir. Il y avait de tout. Les types portaient des chapeaux de cow-boys, des gilets et des jeans. Les femmes portaient n’importe quoi, shorts et jupes courtes; sandales, bottes de cow-boy de couleurs vives, talons hauts, jupes longues, jeans, n’importe quoi. Plein de jeunes partout. »

 

La fin est belle pour ce roman si particulier dans son écriture, dans la façon lancinante de faire s’exprimer Murdo – c’est ce qui en fait vraiment sa personnalité, son originalité – et Murdo est inoubliable. La joie de Murdo passe par son accordéon, par la musique qui lui permet mieux que tout autre moyen d’exprimer tout ce qu’il retient en lui. Quand il reçoit en cadeau l’accordéon turquoise :

« Murdo s’assit sur la chaise avec l’étui sur les genoux et 

l’ouvrit.

Le turquoise se trouvait à l’intérieur. C’était le turquoise. Murdo le regarda en fronçant les sourcils, le turquoise. Ils avaient oublié de le changer. […] C’est pas le bon accordéon, dit Murdo.

Quoi ?

C’est pas le bon. Murdo secoua la tête et s’apprêta à le sortir, mais le laissa à l’intérieur. Joel avait dû voir celui qu’il avait acheté chez le prêteur sur gages en ouvrant l’étui. C’était son étui, alors quand Joel l’avait ouvert il avait forcément vu l’accordéon. Il avait dû le sortir pour mettre le turquoise à la place. Il l’avait donc sorti, puis il avait mis l’autre, le turquoise. Murdo le regardait fixement. Il regarda papa. Papa, dit-il, ils me l’ont donné. Papa…

Quoi ?

Papa. Murdo se mit à pleurer.

Papa se pencha sur lui.

Murdo ferma résolument les yeux pour tenter d’arrêter les larmes mais il n’y arrivait pas, n’arrivait pas à arrêter de chialer. Je suis en train de chialer, dit-il. Je suis en train de chialer papa je chiale tout le temps. »

Et je vous laisse le plaisir de lire la suite de cet extrait en lisant ce très beau roman.

Un livre puissamment émouvant.