« Le miel du lion » – Matthew Neill Null – Albin Michel/Terres d’Amérique, traduit par Bruno Boudard


« Le conflit engendre le commerce. Le leur fut la guerre de Sécession.

Kennison Mountain, telle une houle blanche sous la floraison des châtaigniers. Les pétales s’accrochaient à la vareuse des soldats. Il suffisait de toucher une branche pour les voir tomber comme des flocons de neige. Quarante ans plus tard, un fléau dévasterait la châtaigneraie, mettant définitivement un terme à l’été blanc. Eugene Helena serait alors chef de la minorité au Sénat, un homme coutumier des pressions qui, à une poignée près, faillit devenir vice-président. »

Voici un grand roman, grand par le pan d’histoire qu’il nous raconte, par les personnages qu’il nous fait rencontrer et grand par l’écriture, riche et puissante, qui semble couler toute seule et quel résultat enthousiasmant !

Voici une fois encore tout ce que j’aime dans la littérature américaine : on me raconte une histoire avec un lyrisme plein de fougue mais sans emphase; l’auteur fait confiance à ses lecteurs, il compte sur leur intelligence pour percevoir, sentir, comprendre de quoi il s’agit, tout ce dont il s’agit car il y a foison de sujets, foison de personnages aussi. Point ici de lourdeur et de pré-mâché, ni de prêt-à-penser.

Voici un livre profondément politique, un tableau frappant par sa vérité, sa réalité humaine et sa beauté violente.

« Ils avaient grandi dans la famine. L’enfance, c’était la lecture épisodique de la Bible, les sermons éculés, l’abécédaire moisi, une page arrachée dans un catalogue et lue juste avant de se torcher le cul avec. Cur trouvait réconfortant de savoir que, de l’autre côté des océans, des hommes pensaient eux aussi de la sorte. Ils les considéraient comme des amis, comme des prophètes.  » Les modes de commerce actuels sont un leurre pour les membres méritants et actifs de la société, alors qu’ils enrichissent continuellement les vauriens. », répétait Neversummer à Cur. Neversummer était capable de réciter des passages entiers avec une précision telle que beaucoup croyaient ses discours improvisés.  « La civilisation finira dans le chaos si les travailleurs continuent à être ignorés. Le pouvoir est entre les mains des forces productives. Allons-nous l’utiliser? Le vote n’est qu’une considération secondaire. » »

Voici un livre très noir aussi car le constat qu’on en tire, le visage qui apparaît de nos sociétés dites modernes n’est guère souriant.

À travers le destin de plusieurs et nombreux personnages, ce nouvel auteur extrêmement doué raconte un désastre écologique, raconte des révoltes ouvrières, raconte des amitiés et des amours, il met en scène de manière magistrale les restes en lambeaux d’une guerre, et c’est en grand artiste qu’il nous plonge au cœur de la vie dans ces camps de bûcherons, à l’aube du XXème siècle. En Virginie – Occidentale en 1904, c’est la Cheat River Paper & Pulp créée par trois ex-soldats new-yorkais qui règne sur la chaîne des Allegheny:

« Le pays ressemblait à un barbouillage d’enfant dans les tons de vert: épicéas et sapins sur les sommets, feuillus sur les contreforts et sur les flancs des montagnes. On rase, on remonte deux kilomètres et on répète mille fois. »

Nous nous installons parmi « Les Loups des bois », bûcherons venus de toutes parts y compris d’Irlande, d’Italie, d’Europe de l’Est, on rencontrera même – un de mes personnages préférés – un syrien colporteur pacifique qui aime les livres. Et puis quelques femmes en ville à Helena, quand il y a un peu d’argent à dépenser pour boire un verre et chercher un peu d’amour, il y a Zala la Slovène qui se révélera importante dans l’histoire.

« Zala s’appelait maintenant Sally Cove – le nom lui seyait, comme on dit qu’une robe sied à une femme. Zala l’avait adopté voilà des années lorsqu’elle avait été embauchée au bureau de l’administration, sachant que les autres écorcheraient son nom d’épouse en riant, et depuis elle n’en avait jamais changé ni éprouvé le besoin. Elle préférait Sally Cove, voulait être américaine, anglophone, estimait qu’abandonner sa patrie n’était pas une grande perte – ce petit pays faible qui n’avait ni frontières, ni armée, ni même le vernis de la respectabilité. »

Sally/Zala recherche son mari Victor et défend le mouvement encore souterrain des Woodworkers, syndicat mené par l’Italien Caspani. Neversummer, l’agent Green, Sarah, McBride, Blue Ruin, Seldomridge et le bon Gayab…et tous les ébrancheurs,  scieurs, les Loups de la forêt et leur quotidien en un panorama vertigineux.

Mais le personnage principal est Cur, qui a en lui toutes les facettes de cette humanité laborieuse, tous les appétits et toutes les craintes, toutes les révoltes et les espoirs, et c’est lui qu’on retrouvera à la fin du roman, alors que des années plus tard les autorités du lieu envisagent de reboiser les montagnes , et qu’il va retrouver Sarah, son amour de toujours.

Je pourrais vous écrire des pages descriptives de tout se qui se passe dans ce roman, j’ai préféré vous en dire sobrement tout le bien que j’en pense. Dire aussi que cette lecture m’en a remémoré deux autres, chroniquées sur ce blog. La première, c’est celle de « Serena » de Ron Rash qui à sa façon magistrale a lui aussi décrit ces camps de bûcherons, mais dans un autre scénario, plus resserré. La seconde, plus proche, est celle du livre de Franck Harris « La bombe » traduit en français pour la première fois par les éditions de La dernière goutte. Il raconte le massacre de Haymarket et les révoltes des travailleurs derrière leur chef Louis Lingg, auquel fait allusion ici un des grands patrons de la compagnie, Randolph, avec un cynisme si représentatif de sa classe:

« Randolph regrettait de ne pas avoir siégé à la cour le jour où Louis Lingg s’était écrié:  » Je hais votre État ! Tuez-moi pour ce crime! » Il aurait répliqué: »D’accord! ». Comme cela aurait été cocasse. »

Je pourrais tout vous dire, mais je préfère vous mettre sur le chemin de l’article de mon ami Wollanup chez Nyctalopes. Il exprime très bien tout ce qu’il y a à dire, je ne vois pas ce que je pourrais ajouter.

Si, une petite musique peut-être

Et un dernier extrait, superbe:

« Lorsque la Compagnie se retirerait, les chemins de rondins des Loups pourriraient et sombreraient dans la boue; leurs villes disparaîtraient des cartes; même les Absentéistes, leurs dieux, seraient effacés des mémoires, sans parler de leur modeste lutte. Nulle statue ne leur serait dressée. Seuls demeureraient le climat et ses caprices lointains, implacables. Il considéra Asa, à l’autre bout de la scie. Être aspiré par le sillage d’un autre était une vie exécrable. Ces pensées laissaient Cur de marbre. Il ne regrettait rien, il regrettait tout. Il fallait bien remplir le temps qui passe d’une manière ou d’une autre et c’était ce qu’il avait fait. Il n’était qu’un travailleur, maintenant, deux bras reliés à la machine qu’était son corps. Il détestait les essaims anonymes qui grouillaient dans ces cités où il n’avait jamais mis les pieds. Ils prenaient tout. Ils prenaient sa terre, sa vie et ses années. »

Très belle et très riche lecture !

« Lettres à un jeune auteur » – Colum McCann – Belfond, traduites par Jean-Luc Piningre

« ÉLOIGNE-TOI DU RAISONNABLE. SOIS FERVENT. Dévoué. D’une aisance subversive. Lis à haute voix. Mets-toi en jeu. Ne crains pas les sentiments, même taxés de sensiblerie. Sois prêt à te faire réduire en miettes: cela arrive. Accorde-toi la colère. Échoue. Marque un temps. Accepte le rejet. Nourris-toi de tes chutes. Pratique la résurrection. Émerveille-toi. Porte ta part du monde. Trouve un lecteur en qui tu aies confiance. Ils doivent aussi te faire confiance. »

J’aime Colum McCann, beaucoup. Même si je n’ai pas trouvé autant de plaisir à lire « Transatlantique » que « Les saisons de la nuit » qui m’avait subjuguée, ou « Et que le vaste monde poursuive sa course folle », superbe, cet écrivain reste dans mes favoris et ce merveilleux petit recueil sensible, plein d’humour, d’auto-dérision et de belle réflexion est un immense plaisir de lecture en tous cas pour moi. Je n’écris pas, non, et n’ai aucune velléité à le faire – ouf ! – mais je lis, ça vous le savez je lis beaucoup et depuis longtemps. Et je conseille ces lettres à un jeune auteur à tout lecteur, débutant ou pas, jeune ou non. Merci vraiment aux éditions Belfond d’avoir publié ce livre. Il m’arrive comme un cadeau à un moment difficile, où je doute un peu – beaucoup – de plein de choses et entre autres de la pertinence de parler des livres et de ceux qui les écrivent, les relisent, les traduisent, les éditent.

Mais j’ai trouvé ici la pertinence de mon choix de ne pas écrire sur ce que je ne suis pas parvenue à lire, sur ce qui ne m’a pas transportée ou énervée, enivrée ou émue, sur ce que je n’ai pas aimé. Ici on comprend bien  – même si on le sait déjà – qu’écrire n’est pas une route droite et paisible. 

Chapitre: la terreur de la page blanche

« Affirme-toi dans la persistance. Les mots viendront. Sans doute pas sous la forme d’un buisson ardent ou de colonnes de lumière, mais qu’importe. Bagarre-toi encore et encore. Si tu te bats suffisamment, le mot juste se présentera. Et, dans le cas contraire, tu auras au moins essayé.

Garde ton cul sur la chaise. Ton cul sur la chaise. Ton cul sur la chaise.

Et tu la regardes de haut, la page blanche. »

Si je n’écris que sur ce que j’aime ou qui au minimum a capté ma curiosité ou mon attention, c’est parce que je comprends, imagine, pressens ce qu’il en coûte d’écrire, et ici Colum McCann, en phrases vives et brèves dit ce qu’il en est, la somme de travail et d’efforts que cela représente. Et je n’aurai jamais l’arrogance d’estimer que mon avis vaut quoi que ce soit de définitif. Mais si j’ai aimé, j’écris pour donner envie de lire aux autres, pour que  l’émotion, le plaisir que j’ai ressentis soient partagés par d’autres. Partager les bonnes et belles choses quoi, comme on partage un bon repas et un bon vin ou un beau lever du jour. L’auteur apostrophe le jeune auteur, le secoue parfois.

« Mais d’abord laisse-moi te prodiguer un conseil de quatre mots, le plus sage que je connaisse: ne fais pas le con. Dans les fêtes. À la librairie. Sur la page. Dans ta tête. Ne rabaisse pas les gens. N’injurie pas tes collègues. Ne va pas raconter que tu es génial.[…]Ne fais pas d’esbroufe. Ne joue pas les nobles âmes en accordant tes faveurs. N’humilie pas. Rien de tout ça. Non, non, non et non. Ne sois pas con. »

Voici en 45 courtes lettres, précédées d’une introduction et suivies d’un 46 ème texte, « Lettre à un jeune auteur, nouvelle version », un large panorama sur le travail d’écriture, de la page blanche à l’édition, et aux critiques, du « comment » au « pourquoi », en passant sur le travail d’architecte ( ce en quoi McCann brille ), la ponctuation et l’identité du personnage, une liste d’injonctions et de consignes toutes atténuées par les exceptions, les « oui mais » de la vie, de celle de l’écrivain comme du commun des mortels. Mais il y a là tant d’humour, tant de vie, tant de tempérament qu’on aurait bien tous envie de se mettre à écrire ( j’entends « oh non, pitié !  » ). McCann m’a totalement emballée avec ces lettres, toutes précédées de formidables citations de grands auteurs en exergue, comme celle-ci qui m’a fait rire:

Au chapitre: Où écrire

« Construis ta petite bicoque et pisse devant la porte quand ça te chante, nom de Dieu ! » ( Edward Abbey)

ou celle-ci au chapitre : Lire, lire lire

« Tenter d’écrire sans lire revient à prendre la mer tout seul dans un petit bateau. C’est une triste et dangereuse aventure. N’aimerais-tu pas mieux voir un horizon de bout en bout gonflé de voiles? Faire signe aux autres navigateurs; admirer leur habileté; chevaucher leur sillage quand cela t’arrange, sachant que tu traces également le tien et qu’il y a assez d’eau et de vent pour tous? » – (Téa Obreht )

Voici donc un coup de cœur pour ce petit livre lu en une heure absolue de plaisir. En fait, et ça faisait longtemps que je ne l’avais pas ressenti, voici un texte parfait pour la lecture à haute voix 

« Tiens une conversation avec ce que tu écris. Lis ton travail à haute voix. Promène-toi dans l’appartement et projette-toi à travers le plafond. Le ciel est, quoi qu’il en soit, plus intéressant que lui. Ne chuchote pas, j’ai dit À HAUTE VOIX. Affronte la gêne. Accepte les railleries. Engueule un peu les mots. »

Enfin, si Colum McCann se montre drôle, vif et pertinent, la dernière lettre, elle, est un appel à la révolte, un appel à sortir du rang et à faire de son écriture une arme:

« Partout où le pouvoir s’efforce de simplifier, restitue la complexité. Partout où il donne des leçons de morale, exerce ton esprit critique. Partout où il se veut menaçant, sois pénétrant. L’écriture a cette capacité confondante de pénétrer dans la blessure sans infliger de violence.[…] Nous devons comprendre que la langue est un pouvoir, même si le pouvoir s’échine à nous le confisquer. »

Cette dernière lettre est particulièrement forte, émouvante aussi quand on aime la littérature, et ceux qui nous l’offre; je ne résiste pas, à défaut de vous les lire, de vous écrire les toutes dernières phrases:

« Écris, jeune auteur, écris. Empare-toi de ton avenir. Trouve les mots. Écris pour le pur plaisir que nous avons à le faire, mais garde en tête que nous pouvons peut-être modifier ce fichu monde un tant soit peu. C’est malgré tout un bel endroit, bizarre et terrible. La littérature nous rappelle que la vie n’est pas déjà écrite. Il reste d’immenses possibilités. Fais de ta confrontation avec le désespoir une minuscule frange de beauté. Plus tu voudras en voir, et plus tu en verras. Finalement, les seules choses qui valent la peine sont celles qui te brisent le cœur. Continue d’enrager. »

« La route sauvage » – Willy Vlautin – Albin Michel/Terres d’Amérique, traduit par Luc Baranger

« Ce matin-là, très tôt, quand j’ai ouvert l’œil, c’était déjà l’été. Sans quitter mon sac de couchage, j’ai regardé par la fenêtre. Le ciel était clair et bleu, presque sans nuages. Je me suis tourné vers le Polaroid scotché au mur, près de l’endroit où je dors. Je m’y suis vu, au bord d’une rivière, en compagnie de ma tante Margy en maillot de bain. »

Coup de cœur pour Charley et Lean on Pete !

Alors bien sûr, on peut dire que l’écriture n’est pas impressionnante, des phrases courtes, pas de fioritures, Charley nous raconte en direct son chemin cabossé. Et au final c’est tout à fait bouleversant et cette écriture simple, parfois maladroite, colle absolument à la voix de ce gosse de 15 ans, un gentil garçon qui aime courir, qui aime les chiens, qui aime le football.

« Je me suis réveillé à midi passé. J’ai jeté un œil dans la chambre de mon père mais il n’y était pas. Son pick-up n’était pas garé dans l’allée. J’ai bu un verre d’eau et fait une centaine d’abdos. J’ai enfilé mes baskets et je suis sorti. J’ai pris le même chemin que la veille. Après le pont de chemin de fer, au loin, j’ai aperçu le champ de courses de Portland Meadows. »

Charley, délaissé d’abord par sa mère il y a longtemps, puis par son père – pas méchant mais inconséquent – décide de trouver un petit boulot pour être « indépendant financièrement » et il se retrouve sur le champ de courses de Portland où sévit Del Montgomery. Découvrant cet univers et au contact de la cruauté de Del, Charley va se prendre d’affection pour Lean on Pete, cheval fourbu par des courses trop dures et trop nombreuses, beau cheval maltraité et surexploité et qui après une blessure est au départ pour l’abattoir.

« Je suis donc retourné à la grange, et quand Lean on Pete m’a reconnu, il s’est approché du portillon. Je l’ai gratté en lui parlant. Ses yeux noirs étaient perdus dans le vide et de temps en temps il bâillait ou hochait la tête. Je lui ai dit qu’aujourd’hui il était le plus rapide, même le plus rapide de tout l’État, et que s’il restait prudent, s’il ne se blessait pas, il devrait remporter la victoire, et alors tout le monde serait gentil avec lui et Del ne péterait pas les plombs sur le chemin du retour. »

Ainsi va commencer la longue route du garçon et de son cheval. Charley va voler le pick up avec la remorque où se trouve Lean on Pete et tenter de rejoindre sa tante Margy, la sœur de son père qui a pris soin de lui quand il était petit. Aux dernières nouvelles, elle vit dans le Wyoming à Rock Springs, c’est donc un chemin d’environ 900 kms qui attend les deux compagnons.

Et quel chemin…Je ne vous raconte pas bien sûr les gens qu’ils vont rencontrer, bons ou mauvais, souvent à la marge, bienveillants ou pas, Bonnie, Lonnie, Mike et Dallas, Guillermo, Ruby, Joe et Sue et puis Santiago, et puis les serveuses de bars. L’amitié devient très forte entre le garçon et le cheval, Charley lui raconte son histoire ( très belles pages 136 à 137 ) puis

« Lean on Pete, à moitié endormi, me regardait. De temps en temps il hochait simplement la tête. Je l’ai caressé encore un moment, puis je lui ai mis le licou et je l’ai emmené brouter au bord de la clôture du champ de courses. Je l’ai ramené à son box et j’ai arpenté les allées des bâtiments. « 

L’histoire est tragique, mais Charley va vivre ce qu’aucun gamin de son âge ne devrait vivre à mon sens ( pages 138/139, terribles ! ) Willy Vlautin sait parfaitement dire ce que ressent son personnage, à sa mesure, sans mettre dans sa bouche des mots qui ne seraient pas les siens, et c’est pourquoi ça sonne si juste, si vrai et pourquoi c’est si émouvant. Charley n’est pas un gosse endurci, il a peur, il pleure, il se cache, il a des appréhensions, mais toujours il arrive à avancer, même roué de coups, blessé, maltraité, il ne renonce jamais. Et en sa souffrance, il a reconnu Lean on Pete comme son alter ego, son confident, son ami attentif:

« J’ai surtout passé le temps à parler à Lean on Pete, de football américain, de la façon dont mon entraîneur m’avait inscrit en équipe première à la fin de la saison, et comment j’avais assisté au banquet de l’équipe ainsi qu’à celui des première année. Je lui ai raconté mes quatre interceptions de balle, et comment j’étais devenu copain avec un défenseur du nom de Collin, qui m’invitait souvent à dormir chez lui.

À Lean on Pete j’ai parlé de la belle maison de mon copain, et aussi de ses trois sœurs, toutes très jolies.[…] De toute ma vie je n’ai connu de meilleur endroit. J’ai avoué à Lean on Pete qu’il y a quelques semaines de ça j’avais tenté d’appeler Collin, mais j’avais peur de donner l’impression de quémander et je ne voulais pas que ses sœurs apprennent la façon dont je vivais. J’ai dit à Lean on Pete que s’il leur arrive de penser à moi, j’aimerais qu’ils croient que tout va bien. Je préférerais ne jamais les revoir plutôt que de leur laisser découvrir ma situation. »

Personnellement, ces mots me bouleversent.

Un seul exemple de ses rencontres en auto-stop, Lonnie, 20 ans, qui a perdu ses 4 dents de devant au rodéo et qui résiste au sommeil au volant en se remplissant de Coca:

« Lonnie a parlé toute la nuit et moi j’ai lutté pour ne pas dormir. Il m’a reparlé de son frère, de leur éducation mormone et de la manière dont ils avaient été excommuniés. Ils ne pouvaient plus remettre les pieds chez eux, leurs parents les avaient même déshérités. Leur seul lien familial, c’était cette sœur qu’ils avaient à Kansas City. »

Pour moi, Charley est réellement un héros car avec son seul courage, sa seule volonté et son envie d’amour et d’un foyer, il accomplit un tour de force, et résiste aux vicissitudes de cette route d’errance. Charley est admirable et on a juste envie de l’adopter et de le consoler de sa vie moche et dure.

Inévitablement on s’attache à ce presque enfant, ce si gentil garçon, droit, honnête, intelligent et sensible; il ne vole que de la nourriture et seulement quand il n’a plus un sou et le ventre qui hurle, il vole parce qu’il n’a pas le choix. La chose drôle et amère, c’est cette faim incessante de Charley; il a 15 ans, l’âge des gros appétits et il n’est jamais rassasié, c’est un ventre sur pattes.

« Je suis finalement entré dans un resto de la chaîne Carrow’s. L’employée chargée de placer les clients s’est avancée. Quand je lui ai dit que j’attendais mes parents, elle m’a prié de m’asseoir sur la banquette près de l’entrée. Quand une tablée près des toilettes s’est levée pour aller payer à la caisse, j’ai remarqué que l’un d’entre eux n’avait quasiment pas touché à son assiette. J’ai pris le hamburger et autant de frites que j’ai pu et je suis allé m’asseoir dans les chiottes pour manger. »

Cette faim, il arrive à la satisfaire à peu près, mais ce dont il a besoin c’est d’amour, de beaucoup d’amour; il en a à donner aussi, il est près à s’attacher très vite, même souvent déçu, il est en quête d’amour. L’amour, la tendresse, ça ne court pas les routes entre Portland et Rockspring, à dormir derrière des palettes ou derrière des buissons, à se satisfaire de presque rien, on ne rencontre que la solitude. Un seul but, un seul secours envisageable : retrouver tante Margy, 

Fin poignante où ce que je viens de dire se confirme, et dans cette fin l’expression d’une profonde empathie de l’auteur pour ce jeune homme qui peut-être lui ressemble ( ne pas louper la postface ! ), un roman pétri d’humanité.

Cadeau 

« Passage des ombres » – (Trilogie des ombres – T.3) – Arnaldur Indridason – Métailié Noir, traduit par Eric Boury

« Les policiers firent venir un serrurier plutôt que de défoncer la porte. Quelques minutes de plus ou de moins ne changeaient pas grand -chose.

Au lieu d’appeler la Centrale d’Urgence, la voisine s’était directement adressée au commissariat principal. Le standard l’avait mise en relation avec un policier à qui elle avait expliqué qu’elle n’avait pas vu l’homme qui occupait le logement à côté de chez elle depuis plusieurs jours. »

Incontestablement Indridason est un grand écrivain et c’est à regret que j’ai fermé cette rencontre en 3 volumes avec Flovent et Thorson, les deux enquêteurs des Ombres. Car il est bien question d’ombres dans cette trilogie – mais n’en est-il pas question dans toute l’œuvre de l’auteur ? Ainsi l’ombre du frère disparu d’Erlendur? -. Ces ombres qui pèsent sur le pays, son histoire, sa politique, sa géographie, celles qui pèsent sur les hommes, et surtout sur les femmes, l’ombre des disparues, l’ombre du père de Konrad et ici même les ombres des elfes, oui, des elfes. Ces ombres que le grand Arnaldur sait traquer dans ses romans comme personne, ces ombres qui ont donc aussi un quartier dans Reykjavik.

Dans ce dernier volume le corps violé et sans vie de Rosamunda, est découvert dans le quartier des Ombres, dans un recoin obscur près du Théâtre National, parmi des cartons. Une autre jeune fille a disparu elle complètement, et il parait que ce sont les elfes qui l’ont enlevée car on n’a jamais retrouvé son corps. Soixante ans plus tard, un vieil homme est retrouvé mort chez lui, étouffé par un oreiller. Et cet homme, c’est Thorson – Stefan Thordarson – qui mena l’enquête en 1944 sur le meurtre de Rosamunda, avec son collègue et ami Flovent. Voyez comme en peu de mots, sobrement Indridason fait monter l’émotion, comme on voit Rosamunda, si jeune et morte, dans le vent glacé du passage :

« Elle avança et découvrit le corps de la jeune femme que quelqu’un avait tenté de cacher sous des cartons et d’autres déchets provenant de l’entrepôt. Elle se fit immédiatement la remarque que la gamine n’était pas habillée pour la saison, elle ne portait qu’une petite robe.

Le vent hurlait dans le passage.

La jeune femme était jolie jusque dans la mort. Son regard éteint fixait la paroi noire et inquiétante comme si son âme avait disparu dans un des renfoncements de basalte qui parcouraient le mur du Théâtre national. »

Sveinn Björnsson – Premier Président de l’Islande

Avec l’habileté qui caractérise la construction des romans du grand Indridason, on va passer d’un temps à l’autre, de l’enquête initiale à celle que va mener Konrad – bien qu’à la retraite Konrad assiste encore la police sur certaines scènes de crimes –  un va-et-vient entre l’enquête des deux policiers en 1944, alors que « la situation » est à l’œuvre dans la capitale et que va naître la toute jeune République d’Islande et le présent. Konrad sera taraudé par le même doute que Thorson quant au coupable des meurtres, ce doute qui fit que Thorson poursuivit ses recherches bien que l’affaire fut bouclée.

« Thorson en connaissait un rayon sur ce que tout le monde appelait la situation. la police militaire avait dû traiter un certain nombre d’affaires ayant trait aux relations entre les soldats et les Islandaises.[…] Parfois des bagarres éclataient entre les soldats et les gens du cru, nées le plus souvent de rivalités amoureuses. Il arrivait également que des femmes portent plainte pour violences. Beaucoup découvraient que leur soldat était marié en Amérique, leur occasionnant remords et regrets. »

Néanmoins, Indridason ne manque pas de glisser le fait que cette présence américaine libéra certaines femmes:

« Les blanchisseuses qui travaillaient pour l’armée devenaient chefs d’entreprise et gagnaient plusieurs fois le salaire d’une ouvrière. Elles n’étaient plus sous la coupe de leur mari ni contraintes de trouver un époux sorti d’une ferme en tourbe: tout à coup, elles avaient la possibilité de parcourir le monde et d’aller dans des pays lointains au bras d’un étranger. Leur désir d’aventure s’éveillait. Pour couronner le tout, les soldats étaient en général polis et séduisants, bien plus que les Islandais. »

Sur les lieux de ce qui s’avère être le meurtre de Stefan Thorson, Konrad va trouver des lettres, des coupures de presse, des notes qui le mèneront à remonter le temps et reprendre l’enquête sur le meurtre de Rosamunda et la disparition de l’autre fille, y voyant également le moyen de comprendre pourquoi on aurait supprimé Thorson si longtemps après et qui aurait pu le faire; le lien entre cette ancienne affaire et la mort de Stefan lui semble évident. Mais ce sera bien plus compliqué qu’il ne le pense, le temps a passé, les témoins ont vieilli, les mémoires aussi.

« Konrad emmena la photo dans le salon et s’installa sur la chaise devant le bureau du vieil homme. Il regardait à tour de rôle les articles de presse qu’il avait à la main, le livre ouvert sur le bureau et le cliché posé devant lui en pensant à son père, à la jeune fille assassinée, à l’occupation militaire, aux séances de spiritisme, aux âmes torturées des défunts et à ce vieux célibataire allongé dans sa chambre, qui semblait endormi alors qu’on l’avait étouffé. »

En 1944, les jeunes femmes sont aisément séduites par les soldats américains basés à Reykjavik, car elles rêvent d’ailleurs et d’hommes plus raffinés que les Islandais. C’est donc la piste que suivront Thorson et Flovent au début car ce quartier des Ombres, plein de coins sombres et de ruelles, se prête aux flirts et plus encore.

Konrad est flanqué d’une jeunesse auprès d’un père escroc qui avec un acolyte organisait des séances de spiritisme, usant et abusant de la crédulité de gens naïfs, emplis des légendes locales. Parcourant le dossier de l’enquête il lit cette phrase: « Tu diras que c’était les elfes. »  Et voici une piste qui s’ouvre .

 » Flovent expliqua à Thorson qu’il existait en Islande une tradition foisonnante de contes populaires transmis oralement depuis des siècles, les longues nuits d’hiver. D’après ces contes, chaque bruit porté par le vent pouvait être un revenant au corps entaillé de plaies béantes, chaque colline pouvait abriter des elfes et chaque rocher, un palais de contes de fées. […] Ces étranges récits étaient nés de la confrontation de l’homme à une nature hostile, de la difficulté à survivre dans ce pays désolé et des peurs qu’engendraila longue nuit hivernale. À cela venait s’ajouter le plaisir de raconter des histoires et une imagination fertile qui avaient donné naissance à des univers merveilleux, tout aussi réels que le réel lui-même pour un certain nombre de gens. »

Tâtonnant, se rendant chez les gens pour recueillir des témoignages, on le suit remontant le temps, réinterprétant les faits… bref, l’enquête qui laissa Flovent et Thorson insatisfaits quant au résultat trouvera ici sa résolution.

Toujours autant de plaisir pour moi à la lecture de ce tome 3 grâce à la finesse et l’intelligence d’Indridason pour traiter ses thèmes de prédilection, en particulier la violence faite aux femmes, sujet récurrent chez lui, l’amitié ambiguë entre Flavent et Thorson – ici on apprend clairement l’homosexualité de ce dernier – le genre étant aussi à mon avis un des jeux que préfère l’auteur dans son écriture, l’histoire compliquée de son île et enfin il ne manque pas non plus d’épingler les puissants et leurs abus de pouvoir en tous genres.

Du grand, du très grand Indridason servi par une traduction au cordeau d’Éric Boury.

Le dernier court chapitre du roman est magnifique et nous fait d’autant plus regretter que ce soit la fin. Coup de cœur incontestable pour moi, la trilogie au complet et ce tome 3 superbe.

Cadeau : le trailer !

« Une femme infréquentable » – Chris Dolan – Métailié Noir/Bibliothèque écossaise, traduit par David Fauquemberg

« Les jours duraient des siècles, l’air était comme un parchemin. La ville tenait bon au fond de la vallée, tels les rochers du Monte Capanne – patiente, desséchée, en attente. Le soleil du printemps, le soleil de l’été, un peu de pluie, un coup de vent parfois, rien ne changeait jamais au-delà de l’instant.

Tant de générations ont fait leur vie ici; trop nombreuses. La terre est rouge et blessée d’avoir été forcée, surexploitée, déchirée; les flancs des collines, indécemment nus depuis que les vignes ont péri et que le sol est devenu amer. Il y a tant de passé qu’il ne laisse aucune place au futur. »

Encore un excellent moment de lecture avec ce roman policier qui se déroule à Glasgow et j’espère bien que c’est le premier d’une série car j’ai adopté immédiatement la terrible Maddy  – Maddalena – substitut du procureur. La voici arrivant à Kelvingrove, où gisent les corps de deux adolescents morts, visage mutilé et se tendant la main. Et mentalement elle se voit et se décrit sans indulgence en ce matin de printemps:

« Une image d’elle-même lui vient à l’esprit: le dessin d’un enfant. Un gros trait noir autour d’elle, gribouillage au crayon qui la distingue de l’arrière-plan. Par-delà cette ligne – lumière brillante, impression d’espace, des boutiques en train d’ouvrir au loin, la rue devant le parc s’animant d’une vie joyeuse. À l’intérieur du trait, une sensation de lourdeur dans les jambes absolument pas en phase avec l’entrain de cette nouvelle journée. Sa langue sèche d’avoir tant fumé la veille au soir. Un semblant de migraine, à cause du quatrième gin tonic, qui va finir de s’imposer. Des vêtements trop noirs et trop serrés, tristes plutôt que sexy, lourds par un tel matin que l’on n’attendait pas. Quant aux chaussures à talons, tout faux. »

Maddy n’est donc pas un personnage bien clair et net, elle fume – énormément  -, boit – beaucoup – et ne travaille pas de manière très orthodoxe. Maddy est issue d’une famille originaire de l’île d’Elbe, ses arrière-grands-parents ont quitté l’île un jour et ont fini leur chemin en « Scozia », s’y sont installés avant que le père retourne chercher les deux garçonnets laissés aux bons soins de la famille. Un seul aura survécu, Vittore, le père de Rosa et le Nonno ( grand-père ) de Maddy . 

La très belle idée du roman, c’est de nous raconter l’histoire de cette pauvre famille italienne qui va quitter son île misérable et tenter sa chance ailleurs, au gré de l’enquête éprouvante sur le meurtre de ces deux garçons, suivi de celui d’une fille également adolescente. Parce que Nonno doit fêter son anniversaire, la famille dans la vie de Maddy tient beaucoup de place et puis elle  adore son grand-père. Aussi ces chapitres interviennent quand Maddy est occupée en famille.

Sincèrement j’ai trouvé tous ces passages très beaux et touchants.

« Nonno leur avait offert une patrie mythique. elle était donc plus riche que la plupart des gens. Rosa Di Rio possédait un monde dont les autres ignoraient tout. L’Italie était ancrée en elle, comme un moteur supplémentaire, un cœur secret. Elle avait un paradis où elle pouvait se réfugier.Et voila que l’homme qui lui avait offert tout cela était sur le point de s’éteindre. Il était peut-être même déjà mort.[…] Dressé sur la colline de la nécropole près du tombeau de John  Knox, elle pleurnichait comme un bébé. Pas Nonno…Pas son papa. Babbo ne pouvait pas l’abandonner comme ça. »

Mais il ne faut pas oublier pour autant ces enfants morts. Maddy est une fêtarde, elle déborde souvent, mais elle a aussi la peau dure et peu de choses la perturbent. Avec l’équipe de la police, il va falloir d’abord identifier les jeunes morts et ce ne sera pas facile pour tous, puis se retrouver face à des simulacres de familles, des curés louches, un ex de l’IRA devenu jardinier, de multiples pistes qui deviennent assez vite un fouillis inextricable dans lequel Maddy va naviguer à vue, coriace et oubliant les règles, et accessoirement tombant aussi sans se l’avouer amoureuse d’un enquêteur américain qui vient à Glasgow car des meurtres similaires ont eu lieu à New York et demeurent irrésolus…

« Louis Casci était une prise relativement impressionnante. Italo-américain, un crack du NYPD; costard taillé sur mesure, les traits bien dessinés, l’air puissant. Exotique; du moins, jusqu’à ce qu’il se déshabille. À poil, rares sont les gens qui gardent leur exotisme. La commune humanité efface toute trace de singularité. Les défauts nous rendent tous familiers – la bedaine, les cicatrices, les genoux cagneux et les débuts de calvitie, les imperfections de la peau. Nos corps nous fondent dans la masse. »

Tout ça fait qu’on ne s’ennuie pas du tout, on rit, on sourit et on suit les pas de l’infréquentable Maddy avec attention. Reste qu’il est difficile de comprendre que venaient faire ces adolescents dans cette histoire…Réseaux pédophiles ? Auxquels sont liés des hommes d’église ? Et des associations catholiques plus que douteuses ? Affaire scabreuse, vous verrez…Et qui donne l’occasion à Chris Dolan de bien appuyer sur ce qui fait mal:

« Rien de tel qu’une triple tragédie pour que les politiciens, les serreurs de mains professionnels et les rois du meeting prennent leur pied en public.Même des types comme Binnie et le président du comité John McDougall étaient poussés de côté par plus forts qu’eux en matière d’ego et de manipulation. Le Premier Ministre en personne, et la moitié du gouvernement écossais à sa suite, une poignée de célébrités – des anciens footballeurs, des popstars à deux balles. Des huiles de l’Église Presbytérienne, des juges et des militaires médaillés. »

Avec brio, l’auteur nous tire le portrait de parents navrants, d’adultes irresponsables ou pervers dans un Glasgow au printemps, mais on ne le sent guère .

Un humour décalé que j’ai particulièrement apprécié

« Les meurtres n’étaient pas vraiment un sujet de conversation dans ce bureau. La réputation qu’avait Maddy Shannon d’être, dans le monde des substituts du procureur, une série télé à elle toute seule, était bien plus intéressante.Et Maddy en tirait trop souvent profit pour s’en plaindre lorsqu’elle n’était pas d’humeur. »

ou encore:

« Maddy ne raffolait pas du Semi Monde. Chic, avec des tentures et un mobilier lourdaud digne d’une boîte d’Ibiza, du trip-hop en fond sonore, grouillant de monde. Glasgow tentant d’imiter Prague ou Reykjavik, ou du moins  l’image qu’on pouvait en avoir ici. Clientèle allant d’un certain âge à un âge certain (Maddy savait très bien à quelle extrémité de la fourchette elle se trouvait ). Pas 100% gay, mais plutôt homo, même si le sexe, ici, n’était qu’une façade. Personne n’était ni aussi riche, ni glamour, ni gay qu’il voulait le faire croire. Des conversations portant sur les patrons, les vacances et le programme télé de la veille. »

et la poésie pour l’histoire de la famille de Maddy. Ce personnage est beau, j’ai aimé Maddy parce qu’elle lutte comme elle peut, elle est horrifiée par ces meurtres même si elle ne dit rien, et ce que l’enquête dévoilera confirmera tout ce qu’elle  avait envisagé.  Elle se repasse le film de sa famille préoccupée par Nonno qui près de fêter son anniversaire est hospitalisé. Et elle boit du mauvais vin.

J’espère vraiment fréquenter encore cette femme infréquentable, et je conseille vivement ce roman bien écrit, drôle, touchant et enfin bien noir.

« Drums keep pounding a rythm to the brain

Six heures et demie et Maddy avait un verre de vin dans la main et une clope fumante dans le cendrier, un CD à plein volume sur la stéréo. Elle frappait depuis une heure à la porte de la chatroom de Louis Casci. La fillette de douze ans de Buddy Rich chantait comme une femme qui avait vécu toutes les guerres et les plaisirs que le monde a à offrir.

Little girls still break their hearts, a-ah. »

http://www.youtube.com/watch?v=zsTeWdYe7Vg