« Les amours en fuite » – Kevin Barry, éditions Métailié, traduit de l’anglais (Irlande ) par Carine Chichereau

                                 « Un

Premier contact

Un soir sur Wyoming Street traînait un type avec une vraie tête d’Irlandais, une espèce de vieux fou ridicule affublé d’un accoutrement de haillons incongrus et de peaux crasseuses avec des touffes de poils qui lui sortaient des oreilles et des yeux brûlants comme des astres en fusion; pris par une espèce de transe il avançait en titubant et en vacillant sur ses bottes abîmées tel un gosse grandi trop vite dans un cauchemar, un gamin idiot complètement détruit, et il vantait sa marchandise d’une douce litanie clair –

« Pa-taaaates?

Patates chauuuudes?

Un penny la patate chauuuude? »

Alors autant vous dire tout de suite que j’ai fermé ce livre de dingues à grand regret. De dingues, oui, car voici un roman américain écrit par un irlandais et on a là toute la folie – plus ou moins douce – de ce mélange explosif et pour moi fort réjouissant.
Cela faisait un moment que je n’avais lu un peu d’Amérique, cette Amérique qui sous une plume irlandaise prend des airs extrêmement sauvages et rudes, – je veux dire encore plus que ce qu’elle est déjà – une Amérique bien alcoolisée évidemment et ici avec pas mal de morphine dans les veines. En tous cas dans les veines de Tom Rourke car il faut bien ça pour endurer la vie de ces lieux peu accommodants. Voici cette écriture qui touche au sublime, et une ébauche de portrait:

« Il portait son feutre à larges bords légèrement de travers ce qui donnait une touche un peu triste, et son caban en tweed vert mousse et une chemise de toile noire, et ses yeux avaient l’éclat sombre de la poésie lyrique d’une tombe trop précoce – il fut satisfait de cette inspection.

Il palpa son couteau Barlow pliant à manche oblong dans une poche puis sa boîte à opium dans l’autre et se sentit rassuré. »

Tom Rourke, homme de peu de principes, va tomber amoureux fou de la jolie Polly Gillespie, mais hélas si cette jolie fille est ici, c’est pour épouser son promis, un capitaine. Bien établi et respectable, le pauvre homme va vite déchanter. La jeune femme ne manque pas de ressources pour leurrer cet homme naïf, avant même sa bouillante rencontre avec Rourke. Alors qu’il lui apporte les photos de son mariage, de nos jours, on dirait, « grosse drague »:

« Je crois que vous me regardiez, ajouta-t-il.

Dès cette première visite il l’embrassa furtivement. Elle ne s’écarta pas ni ne lui rendit son baiser. De nouveau le nuage noir. Ce genre de sentiment pesant. Et puis il s’en alla et elle n’y pensa plus guère ni ne s’inquiéta. […].Elle ne pensait pas qu’il reviendrait pourtant le lendemain il était de retour.

« Le capitaine est là? demanda-t-il.

Vous savez bien que non, répondit-elle.
Et elle voulut lui bloquer le passage mais il entra quand même et il se pressait contre elle et elle le repoussa et c’était à moitié sérieux et à moitié par jeu. Ils luttaient et riaient en même temps. Et puis il  l’embrassa pour de bon et avant même qu’elle comprenne ce qu’elle faisait elle lui rendait son baiser avec un supplément. »

Voici donc les aventures de Tom Rourke, buveur, chanteur, compositeur, auteur de lettres d’amour et brusquement fou amoureux. Et comme l’amour parfois est contagieux, voici la mignonne Polly qui lui tombe dans les bras sans hésiter -ou si peu – et qui va laisser en plan le capitaine et le confort, et partir à l’aventure avec Tom.

C’est bel et bien un véritable amour fou, vibrant, une exaltation vitale, un élan qui fera du chemin de ces deux êtres une aventure amoureuse, mais aussi une aventure mentale, charnelle, une frénésie survoltée. Défiant tous les obstacles, tous les dangers, ignorant le temps, les intempéries, les mauvaises rencontres, la violence un peu partout, ce couple vibrant de vie et d’amour m’a emportée avec lui et j’ai été très triste que ça finisse. Quand l’histoire de ces amants devient légende et voyage:

« Par l’entremise d’un long relais de sources invérifiables la nouvelle du destin des amants voyagea à travers le haut pays pour revenir enfin à Butte, et là au fil des tours et détours des murmures elle passa par les tabourets de bar et les coins de rue où elle devint encore plus embrouillée et noire comme le cul du diable au point qu’il n’était plus possible de faire la part de la vérité et des menteries. Mais bon, là encore c’était souvent le cas dans la ville au coeur noir. »

Voici un roman où la vie est intensément vivante (oui, je sais…), où les personnages si bien dépeints, souvent plus par leur tempérament que par leur physique, sont si charnels qu’on les voit et qu’on les entend… Voici un roman absolument remarquable par son écriture sensuelle et sans tabous, tout y est odeurs, visions, voix, peaux, ce roman m’a enthousiasmée à un très haut point. Kevin Barry sait insuffler la vie, donne à entendre les voix, pas une nano seconde d’ennui, ah je n’avais pas envie de le fermer ! Bon, besoin de vous dire que je le conseille?
Géniale lecture!

« Clete » – James Lee Burke, Rivages /noir, traduit par Christophe Mercier ( anglais-USA)

« Cette histoire se déroula en Louisiane à la fin des années quatre-vingt-dix, avant Katrina et avant les tours jumelles, quand mon podjo Dave Robicheaux et moi partagions notre temps entre La Nouvelle-Orléans et New Iberia, dans le golfe, au cœur de Dixie, où il fait 23°C le jour de Noël. »

Chacun en pensera ce qu’il voudra, mais je vais ici dire le bonheur intense que m’a procuré ce livre. Voici un bon moment que je n’avais pas lu James Lee Burke, et retrouver ici son écriture, ça a été très émouvant pour moi. C’est comme retrouver un vieil ami disparu un temps. Et puis ici Dave Robicheaux se fait voler la vedette par Clete Purcel, mais il reste là, vigilant vigile et surtout, ami indéfectible. Clete donc, atteint là, sous la plume du grand Burke, une intensité, une profondeur qu’à mon souvenir il n’avait pas – mais j’ai pu oublier – en tous cas, il m’a beaucoup émue . Clete a dans sa poche une photo. Une femme vient pour l’engager :

« -Je prends une affaire ou je ne la prends pas, dis-je. Quel est le problème?

-Mon ancien mari qui mérite une balle dans la bouche.

-Ouais, je connais ce genre de choses. Vous voulez passer à mon bureau? c’est juste à côté du vieux cinéma Evangeline.

-Si ça ne vous dérange pas que je vous pose la question, monsieur Purcel, quelle est la photo que vous tenez entre les mains?

-Une mère et ses trois enfants en route pour les douches d’Auschwitz.

Elle blêmit.

-J’aimerais choper les Waffen SS qui ont tué ces gens innocents, dis-je. Mais ils sont sans doute tous morts. Alors je ne sais pas ce que je vais faire. Vraiment pas.

-Vous ne l’avez pas été, dis-je en lui mettant une carte professionnelle dans la main. Passez quand vous voulez. Et en attendant ne tirez pas sur votre mari.

-Priez de ne jamais rencontrer ce fils de pute. »

Que dire de Jeanne la Pucelle qui vient le voir, lui parler, l’attendrir, qui surgit dans le bayou et à laquelle il s’attache comme un enfant à sa maîtresse. Hallucinations, visions,… néanmoins voici Clete, forcément épaulé par Dave, lancé dans une histoire sordide de meurtres, de trafic de drogue, de bourgeois dévoyés, des dingues de tous poils et des tarés de toutes sortes . L’inévitable Fentanyl tue la nièce de Clete, et le voilà parti sur des traces floues, toutes noyées dans les bras du bayou, dans les recoins obscurs, humides et dépravés de New Ibéria et de la Nouvelle Orléans. Je ne sais pas vraiment pourquoi, au fond, ce livre m’a tellement touchée. Est-ce le fait de retrouver cette écriture superbe, de renouer avec Clete et Dave? Est-ce qu’en vieillissant je deviendrais plus sentimentale? ( rire ironique )  En tous cas, je l’avoue, c’est l’émotion qui a dominé ma lecture.

« Parfois, quand je pêche sur le golfe au crépuscule, il m’arrive de voir une vieille citerne de stockage en train de rouiller dans l’eau, des bambous engloutis avec un reflet iridescent qui n’est pas à sa place, ou un canal fait par l’homme qui jette ses solutions salines dans une forêt pluviale de gommiers, de cyprès et de tupélos. Ça me rend triste. Ça me donne l’impression d’assister à la fin de quelque chose, peut-être même la fin des temps. »

Pour les chagrins, pour l’amitié et sa force, pour le culot de mettre Jeanne la Pucelle au milieu du bayou. Moi, j’ai lu ce roman sans aucune distance avec mes émotions, et ce que d’autres en penseront, en fait, ça m’est plutôt égal. Je ne vous dis rien de ce qu’on nomme « l’intrigue », il n’y en a pas qu’une, vous les découvrirez bien vous-mêmes, mais toutes rejoignent le même principe : un combat inégal qui se joue ici entre le vice et la violence contre la vertu et l’honneur, les gredins contre les chevaliers et vice-versa. Quant à moi, je mets ce roman avec ce que j’ai lu de meilleur, dans ce genre, ces dernières années. Je sais que ce ne sera pas le cas pour tous, mais c’est bien normal. Mais:

Un monstrueux coup de cœur de la Livrophage.

« J’achetai un petit emplacement dans un cimetière de village au sud de Jeanerette, à quelques coudées du Bayou Teche. Les arbres étaient tous à feuilles persistantes, les pierres tombales de travers et tachées de lichen, les tombes enfoncées dans la terre, comme si les morts avaient besoin d’être enterrés deux fois. Je mis la coupure de la photo de la mère juive et de ses trois enfants dans une boîte de métal, je creusai un trou, j’y déposai la boîte et je pelletai de la terre dans le trou. J’achetai une lourde pierre, je la fis graver et je la plaçai horizontalement sur le sol. La pierre était en marbre, à la fois rugueuse et polie, et, tout autour, décorée de fleurs gravées. L’inscription est simple, au cas où vous voudriez la trouver et passer quelques minutes à l’ombre en compagnie de gens auxquels j’espère avoir donné un foyer. La voici: « UN ANGE ET SES ENFANTS REPOSENT SOUS VOS PIEDS. DONNEZ- LEUR S’IL VOUS PLAÎT LA GENTILLESSE ET LA PROTECTION QUI LEUR ONT ÉTÉ REFUSÉS DURANT LEUR VIE. » »

« Trois ans sur un banc » – Jean-François Beauchemin, éditions Québec Amérique

« Note au lecteur

J’étais assis sur mon banc préféré, au milieu du petit parc, lorsqu’un inconnu est venu s’asseoir à son tour pour se confier à moi. Son récit m’a ému surtout par son caractère unique et, je dirais, son pragmatisme  rêveur: c’était une histoire vraie, mais en quelque sorte tapie dans les angles morts de la réalité. Je songeais, en le regardant ensuite s’éloigner, que des milliers d’anecdotes tout aussi passionnantes attendaient sans doute d’être racontées. L’idée m’est alors venue de provoquer les choses en ce sens. pendant trois ans, chaque semaine ou presque, je suis retourné m’installer sur ce même banc. »

Et c’est ainsi que Jean-François Beauchemin, cet auteur unique en son genre a collecté et transcrit pour nous de janvier 2018 à décembre 2020 ces textes, parfois courts, parfois un peu plus longs mais ne dépassant pas une page recto-verso, recueillis semble-t-il sur le même banc du même petit parc, auprès de passantes et passants s’arrêtant à son côté. Enfin, c’est ce qui est annoncé. C’est ce qui semble…impossible. Cet écrivain que j’aime tant est aussi fantaisiste et se plait à nous mettre dans le doute avec ces 138 micro histoires. En fin de post, je vous joins une vidéo dans laquelle vous comprendrez mieux qui il est, quel immense talent il a et quelle imagination !

Cet « exercice » si plein de naturel, de spontanéité, si original, confirme l’homme qu’est cet écrivain pas comme les autres. Attentif à ce qui l’entoure, à ceux qui l’entourent. Car il faut que tous ces personnages se sentent en confiance pour raconter ainsi un fragment, aussi minime soit-il, de leur vie. 138 textes au total, confiés à Jean François Beauchemin sur le banc, mais parfois par téléphone, ou par courrier dont certains anonymes…  Question de pudeur? Quelques personnes ont préféré écrire ou téléphoner sans identité… Il faut savoir qu’à la fin de ses livres, l’auteur livre son adresse email si on veut le contacter.  138 histoires courtes…On est vite touché, et surpris aussi de cette aventure de glaneur d’histoire. On a même du mal à imaginer la scène se répétant durant 2 ans sur le même banc. Non? 

Donc, ce livre-recueil n’est absolument pas condensable ou résumable, 138 histoires différentes, donc… On va ainsi passer d’anecdotes cocasses à des fragments minuscules de vies tristes ou joyeuses, entrer par effraction dans des foyers unis ou non, dans les enfances ou les derniers temps d’êtres humains, si humains.  Certains textes sont bouleversants, d’autres donnent à penser, et souvent on sourit, on rit…En grande admiratrice de cet écrivain si original, si sensible, et souvent si drôle, je vous invite à lire ce florilège qui fait passer par toutes les émotions.

En même temps que paraît ce recueil, « Le jour des corneilles » vient d’être réédité sous une magnifique couverture. Rien ne ressemble à ce livre exceptionnel, de près ou de loin dans lequel l’auteur invente une langue, un « parler ». Vous le trouverez sur le blog.

Alors lisez-donc ça, lisez tout Jean François Beauchemin, vous m’en direz des nouvelles ! Lisez cet écrivain, poète, conteur, humain, et farceur…lisez-le, quant à moi je ne m’en lasse pas.  Ci-dessous, une 4ème de couverture, conclue dans le pur style de Jean François Beauchemin:

« Les témoignages, peu nombreux au début, ont au bout d’un temps commencé à affluer. C’est comme ça qu’est né ce livre, qui est une espèce d’anthologie de l’improbable. Car il faut bien, un jour ou l’autre, assumer que la goupille carrée de certains faits n’entre pas tout à fait dans le trou rond de la réalité. »

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/etcetera/etcetera-du-samedi-18-janvier-2025-3480976

« Devenir montagne » – Valentine Goby -Arthaud – Entretiens avec Fabrice Lardreau – Versant intime

Devenir montagne : Entretiens avec Fabrice Lardreau » Quel est votre premier souvenir de montagne?

-J’ai un rapport viscéral à la montagne. Elle m’a révélée à moi-même, m’a construite, mais j’étais trop jeune pour m’en souvenir, ou plutôt pour établir avec certitude ce qui dans mon souvenir relève du réel; des histoires rapportées, de la fiction propre aux perceptions de l’enfance. »

Je n’avais encore jamais rien lu de Valentine Goby, et je fais sa connaissance avec non pas un roman, mais par ces entretiens au sujet de la montagne. Entretiens qui vont bien au-delà de ce sujet, puisque Valentine Goby nous raconte d’abord ses origines, une famille de parfumeurs de Grasse, et puis au fil des pages, égrenant ses lectures, son goût pour la nature, plus montagne que mer, grandissant entre les deux…et j’ai beaucoup aimé cette façon de se livrer en parlant de paysages, ceux qui la constituent intérieurement. La montagne qu’elle aime tant, surtout. Je suis sortie de ce récit, de ces confidences, avec l’envie d’y aller faire un tour. Bravo ! Ce que cette autrice dit à propos de la montagne, peut se dire pour nos décors aimés, familiers, ceux qui nous font du bien. Quel talent est développé là, avec une finesse touchante. A propos du parfum, des senteurs:

« L’olfaction est en effet très puissante, et reliée activement aux zones de la mémoire. Les parfums étaient importants pour nous: j’en ai porté un très jeune, et pour moi il est impensable de sortir sans parfum. Depuis l’adolescence, j’ai toujours choisi des parfums qui me ressemblaient. Je ne peux pas en changer selon la saison ou l’humeur, cela reviendrait à changer de nom. Ce sont des identités olfactives. « 

Cet article sera court, mais je dois dire que j’ai vraiment beaucoup aimé, que j’ai été touchée par ces entretiens auxquels cette femme répond de façon poétique souvent, sincère surtout, et rien que ça donne très envie de lire sa littérature. À propos de son écriture:

« Le langage, pour moi, est intrinsèquement sonore. Ce qu’on appelle « la musique » – un agencement particulier des sons, de silences et de rythmes – est partout, en fait. Plus que tout j’aime entendre les sons du monde, notamment en montagne: le vent, le craquement des branches, du bois (quand il y a encore  des arbres), le dévalement de la neige, les cris d’animaux, l’eau. Quelquefois, et c’est tout aussi bien, il n’y a presque aucun bruit –  en tout cas audible par l’oreille humaine; on est plongé dans le grand repos de la montagne, percé de façon très nette, précise et provisoire, par un cri d’oiseau qu’on distingue mieux que jamais. »

Pour moi qui n’aime pas la haute montagne donc – enfin qui la crains plutôt, la haute montagne m’oppresse, c’est comme ça… – donc pour moi ce livre est un enchantement. Il n’est que sincérité, les choses dites, tant biographiques que plus abstraites sont toujours claires, et donnent à voir et sentir ce qu’elles décrivent. Ce qui me fait penser que je dois lire les romans de Valentine Goby, ces entretiens étant déjà un exemple de son talent. Il y a là de la vérité, de l’authenticité, de la nuance, de la beauté et de l’intelligence, bien sûr. La fin du livre est dédiée aux lectures de Valentine Goby en lien avec sa passion de la montagne et  parlant de Victor Hugo devant le cirque de Gavarnie:

« La question du regard, c’est celle de la distance, du face-à-face, de la rupture. L’idée même de paysage dit la séparation – le pays on l’habite, le paysage on le voit. Comment dire ce qui nous est étranger? Et pourtant devant Gavarnie, Victor Hugo tremble déjà d’une intuition rare à son  époque ( une exception notable: Élisée Reclus), qui grandira au siècle suivant pour culminer au début du nôtre: la montagne pourrait être plus qu’un paysage, le minéral et le végétal pourraient être animés de vie, voire de pensée, et l’homme est peut-être une partie d’un tout. Ce n’est encore qu’une hypothèse, un point médian entre « un point d’admiration » et « point d’interrogation », écrit Hugo.., si incertaine qu’elle semble un rêve. »

Ce livre est un petit bijou plein de finesse, d’intelligence et de sincérité. Je découvre cette autrice avec une grande hâte de lire ses romans.

Post court, pour un livre bien peu résumable, mais qui m’a enthousiasmée, que je conseille aussi bien à celles et ceux qui ont lu les romans de Valentine Goby que ceux qui ne l’ont pas fait. Ce qui m’engage moi à la lire et ce sera avec plaisir je n’en doute pas une seconde.

« Sœurs d’hier » -Wilfried N’Sondé, Musée des Confluences, éditions Cambourakis

Sœurs d'hier – Wilfried N'Sondé« En une époque où le niveau des mers était inférieur de cent vingt mètres à celui d’aujourd’hui, la dernière glaciation sévissait sur la Terre. Du dioxyde de soufre, de carbone et du sulfure d’hydrogène s’échappèrent des cheminées d’un supervolcan immergé dans l’immense océan de l’hémisphère Sud. »

À la suite de quoi, une onde de choc va se propager, créant des mouvements du relief, des territoires accidentés, et sur l’un d’eux:

« un groupe d’hominidés hauts à peine d’un mètre, nus, possédant les caractéristiques de l’Homme de Florès, une espèce naine d’Homo erectus disparue il y a une trentaine de milliers d’années, fut frappée de plein fouet par la catastrophe. Peu avant le cataclysme, Flora, une jeune femme du clan, avait refusé de prendre part au repas collectif; sa grossesse touchait à son terme et des contractions de plus en plus régulières lui torturaient le bas-ventre. »

C’est avec Flora que commence ce petit livre qui m’a beaucoup émue. Il m’a mise en présence de Flora – Florès -, de Kai – Sapiens-  et de Salia  – Néanderthal – et à livre court, article court, pour ne rien dire qui ne le soit déjà, mais ce fut un étonnant périple avec ces trois sœurs de nous toutes, très touchantes, solidaires, tendres, elles souffrent de leur féminité, mais se réchauffent les unes aux autres par cette même féminité, elles sont trois femmes différentes, physiquement, mais semblables au cœur de leur être.

Dans cette petite collection, dont j’ai lu un certain nombre d’exemplaires, celui-ci restera plus profondément en moi, je crois, pour y avoir croisé ces sœurs d’un autre âge, si lointain qu’on ne parvient qu’à peine à l’imaginer ( si on veut éviter certains clichés nuls du cinéma ou de la littérature, genre grognements et stupidité ), car ces trois femmes, vous le saurez en les accompagnant, sont de vraies héroïnes, intelligentes, sensibles, braves, mes sœurs d’un autre temps.

Un petit bijou.