Oui, il y a encore des parutions ici. Oui, parce que je respecte mes engagements avec les personnes -adorables -qui m’adressent des livres. Parce que j’ai bien dit aussi que ça s’arrêtera à la date de la fin de mon abonnement chez WP, mars 2027. Et puis je l’avoue sans problème, parce que j’aime ça. Mais j’arrêterai bien à la date dite. Bon, alors profitez bien de mes dernières chroniques !
Et voilà !
PS: si vous cherchez une explication au petit champignon…il n’y en a pas, il est juste joli et peut-être fait-il rêver… -.
Le bluesman Robert Johnson serait mort d’avoir bu du whisky à la strychnine, offert par un mari jaloux; ou de la syphilis; ou d’une pneumonie. On ne sait pas. Ce dont on est sûr, c’est qu’il a rejoint l’autre monde à vingt-sept ans. Brian Jones, vingt-sept ans, cofondateur des Stones, a succombé dans sa piscine à un cocktail composé de somnifères, d’alcool et de mauvaises fréquentations. »
Ainsi commence ce roman, égrenant les grands de la musique du XXème siècle et leurs dérives fatales. Le roman commence avec Isabelle, en prison, et c’est elle qui nous raconte, comme une survivante, une histoire où la violence, la drogue, l’alcool, vont faire leur travail de sape sur un jeune artiste, Clément. Une histoire qui finit très mal, puisqu’Isabelle est en prison:
« Je m’appelle Isabelle Ortega, je suis chanteuse. Mon nom de scène est Isabel. J’ai vendu beaucoup de disques et fait exploser les compteurs sur les plateformes de téléchargement. J’écrivais les textes et Clément composait la musique. Nous avions beaucoup de succès et je crois savoir que les fans sont impatients de suivre la prochaine tournée. Il va falloir qu’ils attendent encore un peu. Si je vous raconte ça, c’est parce que j’ai vingt-sept ans aujourd’hui, que ça m’angoisse et aussi parce que…
Les gardiennes approchent »
Ce post est court, je sais que résumer, ce n’est pas terrible, mais je suis incapable de vous dire toutes les impressions que j’ai eues. Ce que je sais dire, c’est que la musique et la guitare en particulier sont les personnages majeurs. C’est aussi la description d’un milieu assez écoeurant. Le personnage qui sera le chef d’orchestre du désastre final, c’est Derek. Et l’autre personnage important du livre, c’est une guitare, une Fender qui entre les mains de Clément devient magique. Et cette guitare, elle lui a parlé, elle l’a « appelé » en quelque sorte:
« Puis un jour, j’ai vu Clément entrer dans le magasin, marcher dans ma direction sans l’ombre d’une hésitation et tourner quelques minutes devant moi en lançant des regards vers le patron. Finalement, il a passé la sangle sur son épaule et s’est mis à jouer. C’était dingue, je me suis rendu compte de ce dont j’étais capable et ce pour quoi j’étais née. »
On aime Clément et Isabelle, ils sont les « héros » de l’histoire, ils sont faits l’un pour l’autre, tant dans leur art que dans leur vie. Mais c’est sans compter avec un milieu interlope, et un père, celui de Clément, Derek. Un personnage que j’ai trouvé haïssable.
La construction du livre est assez complexe, et pleine d’intelligence car c’est ça qui fait ressentir ce qui se joue entre les personnages, entre Clément et sa guitare, entre Clément et Isabelle. La plume d’Eric Calatraba rend à merveille le climat de ferveur, de passion, puis peu à peu la dérive, les excès, la nuit et ses fantômes, la musique et la foule étourdie de sons. Les ambiances nocturnes sont très bien écrites, on y entre, dans ces salles, on entend les musiciens oui, mais aussi on sent la fumée, la sueur, les corps en transe. Et on comprend bien que tout ça prend un vilain virage. Ce qui fait poursuivre la lecture, ce qui accroche, outre le besoin de savoir quand le gouffre s’ouvrira sous nos pieds, -parce qu’on le sent, ça, évidemment – c’est la musique, avec des références qui forcément nous rendent nostalgiques de nos jeunesses, enfin je suppose à nombre d’entre nous. Nostalgiques parce qu’alors, c’était nouveau, une découverte, une nouvelle génération, bref, vous pigez bien ce que je veux dire. La nostalgie, quoi.
Ce qu’il va advenir d’Isabelle, de Clément et de la Fender, vous le lirez. Avec un super sens du récit, Eric Calatraba nous fait entendre, vibrer avec les cordes de la guitare, et entretient une tension extrêmement forte. On comprend très vite aussi quelle place occupe la musique dans sa vie, son regard sur un monde qui dérive souvent, aussi génial soit-il. La musique, ici, est un lien entre les êtres humains, ceux qui la jouent et ceux qui l’écoutent. Restent Isabelle et Clément, amoureux et malheureux.
Eric Calatraba -c’est le second livre de lui que je lis – écrit avec précision, finesse, savoir aussi, et fait de cette histoire qui démarre bien – amour de la musique, amour tout court – un roman sombre, plein de musique, et de substances planantes diverses qui peu à peu s’ouvrent sur un gouffre. J’ai beaucoup aimé, une lecture qui change de ce que je lis d’habitude.
À 15 ans, Ulivieru Romanetti se considérait comme un berger expérimenté. Il pouvait nommer chacune des soixante-dix-neuf chèvres de son troupeau. Du troupeau de son oncle. mais c’est quand même lui qu’on chargeait d’ emmener les bêtes dès avant le lever du soleil, de la bergerie du village de Sunnaleddu jusqu’au col de San Sebastiano, à trois heures de là. Depuis le col, on apercevait la er Méditerranée, mais Ulivieru s’arrêtait toujours juste avant, à mi-pente.
Son oncle le lui avait bien dit: un Romanetti n’a rien à faire de cette mer. Il disait ce mot d’un ton plein de dégoût. Et il ajoutait toujours: le royaume des Romanetti, c’est la montagne! La mer appartenait à ceux de la côte. »
C’est toujours avec joie que je reçois ces courts textes édités avec le Musée des Confluences à Lyon, et je remercie infiniment Adélaïde Fabre de me les adresser. Cet opus est imaginé par Olivier Truc, que je découvre ici aussi brillant dans le court que dans le roman.
C’est en Corse que l’auteur nous emmène, en compagnie d’Ulivieru, gamin chargé par son oncle acariâtre de s’occuper des chèvres, qui vadrouillent un peu partout. Ce qui va l’emmener sur une plage où un énorme animal est échoué, mort. C’est une baleine. Le garçon en reste très ému, très surpris – une « chose » aussi rare…- d’autant qu’un jeune corps est visible sous la masse échouée.
« Ulivieru avait été pris d’une grande tristesse. puis de stupeur: la corde du harpon était enroulée, ou nouée, autour du garçon. Tout s’était bousculé dans sa tête. Avant, il avait été triste. Là, il s’était mis à pleurer, sans savoir pourquoi. Il pleurait toujours quand il avait recouvert le garçon de sable, pour le protéger des oiseaux, et il pleurait encore en remontant chercher le troupeau. »
L’appât du gain va en tarauder quelques uns car les fanons de la baleine peuvent se vendre très cher, mais ce qui va frapper bien plus Ulivieru, c’est le corps entraperçu sous l’animal échoué et qu’il veut délivrer, et puis tenter de comprendre qui il était et ce qui l’a conduit à sa mort. Un oncle méchant, un instituteur consciencieux et un garçon qui découvre un animal si étrange en ce lieu, ainsi que ce jeune corps d’un garçon qui pourrait être lui, des destins tragiques que l’enfant ressent très fort. Alors il va vouloir libérer ce garçon mort et lui donner une sépulture. Imaginez, la Corse du XIX ème siècle, si isolée, et cet homme dur, l’oncle, et enfin ce jeune garçon, sensible, qui ressent si fort cet enfant mort comme son semblable. Courageux Ulivieru, aidé par son amie Maddalena, fine, intelligente, et par l’instituteur, autorité respectée s’il en est à cette époque, Ulivieru délivrera le corps du garçon et lui offrira une sépulture.
« Il arriva près de la baleine. Il posa sa main sur elle, la caressa longuement. Sa peau était tiède, rugueuse par endroits, douce parfois. Et elle, quel avait été son destin? Était-elle chèvre ou chevrette? Avait-elle souffert? Avait-elle réalisé qu’elle emmenait à la mort ce pauvre matelot? Avait-elle crié, supplié? Ou bien était-ce elle qui avait crié et supplié pour qu’il lui enlève le harpon qui fouillait ses chairs? Étaient-ils morts au même moment? Et cette question qui l’obsédait de plus en plus: qui avait causé leur mort? Qui les avait réunis dans le drame? Qui les avait condamnés? »
C’est un livre court mais absolument parfait, complet, délicat et très émouvant. Olivier Truc a dévoilé là un talent dans le court, éblouissant. Au point d’avoir envie que ce récit se poursuive, remonte à la naissance de la baleine, à celle du pauvre enfant écrasé.La dernière phrase :
» Si vous saviez…dit Maddalena. Une baleine grosse comme elle, ça en raconte, des histoires, si on sait l’écouter… »
Une fin parfaite. Je suis enchantée au sens propre du terme.
« Je mets la couverture de ce livre, parce qu’il m’a tant marquée, parce qu’il reste en moi, bien tapi au creux de l’estomac et dans un coin du cœur.
« Lalie en l’air », merveilleux. »
Pour toutes celles et ceux qui comme moi auraient du mal avec la nouvelle version de rédaction sur WordPress, ce que les personnes du chat de dépannage ne m’ont pas dit…
Il existe une application à télécharger gratuitement, qui s’appelle Classic Editor, c’est celle qui me permet ici et maintenant de vous écrire, comme avant, avec mes outils de rédaction, ceux que je maîtrise bien. Voilà. Pour autant, si j’écris encore un peu, ce n’est que provisoire, ce ne sera pas avec la régularité habituelle, je ne demande plus de services de presse, j’ai des rayons pleins de non lus. Et surtout, je ne me mets plus de pression.
Comme mon abonnement WP va jusqu’à mars 2027, je publierai un peu tant que ça marche, mais sûrement pas avec la régularité d’un métronome. Et même peut-être rien.
Voici des années que je rédige ici mon blog « La Livrophage », avec constance, un post par semaine, ce qui veut dire une lecture par semaine à minima, une constance donc qui a fini par me fatiguer. Je crois 959 articles. Et puis voici que la plateforme WordPress se met à me faire des fantaisies peu drôles, avec des changements inopinés de fonctionnement pour la rédaction, la mise en page, enfin bref :Wordpress me met les nerfs en pelote, et je suis fatiguée. Il me reste plein de livres à lire, ce sera sans la pression de la publication. Je parlerai sûrement de certaines lectures, plus marquantes que d’autres, mais sur d’autres supports que le blog, je vous dirai où, le temps que je récupère d’une intense fatigue – des chats avec les gentils « ingeneers » de WP, vains. On a un outil et un matin, joyeuse on se met sur son clavier, et on ne reconnait plus rien, on ne peut plus rien faire, les outils utiles et simples ont disparu. Alors, alors vient la terrible impression d’avoir été prise pour une imbécile, et ça, ah ça, je n’aime pas du tout!
Donc, j’arrête, mais je parlerai encore de mes lectures, peut-être sur une page FB, mais je pense sur un autre espace, je vous dirai. Merci à toutes les personnes qui m’ont soutenue, et je pense en particulier aux merveilleuses attachées de presse qui se reconnaîtront, et aux maisons d’édition qui m’ont proposé tant de belles lectures, je vous embrasse, les filles!
Merci à tout le monde, le blog reste ouvert avec son passé.