Brève au sujet d’un commentaire à propos de mon post sur « Les guerriers de l’hiver » d’Olivier Norek

« blugosi » – je ne sais pas qui est-ce, a commenté mon post sur « Les guerriers de l’hiver »; vous pouvez le lire bien sûr, ce commentaire, je ne l’ai pas éliminé ( sans doute l’auteur attendait que je le fasse ) Je suis toujours étonnée de ces « interventions » grinçantes et impératives. Pour tout dire ça n’était jamais arrivé. Pas grave, mais j’aimerais bien savoir ce que vous en pensez, de ce commentaire (si vous n’avez rien d’autre à faire! ). le voici:

« Ha les méchants russes, toujours avides de conquête !
Ils nous ont juste sauvés 2 fois au 20 eme siecle, sans l’armee russe jusqu’en 1917 et surtout pendant la 2eme GM, notre present serait certainement different.
Mais ce sont de grands vilains ! »

« Les guerriers de l’hiver » – Olivier Norek – Pocket

« La lumière pleut sur ses yeux fermés, sur son corps allongé au coeur arrêté.
Autour de lui, le dernier jour de la guerre jonche le sol de dépouilles par milliers, déposées à la surface de la neige rouge.

Il n’est personne parmi les autres. Ni plus précieux, ni plus important. Mais ailleurs, il pourrait être un père, un frère, un ami ou un mari. Ailleurs, il est tout.

Dans la mort, seuls leurs uniformes les distinguent. Ils étaient ennemis, ils sont désormais allongés côte à côte. Ici, leurs mains se touchent, là, leurs visages éteints se font face.

Voilà tout un hiver qu’ils s’entretuent. »

Je ne vais pas faire un long article, parce que ce roman, absolument remarquable, je ne peux que vous conseiller de le lire et en tous cas moi, je n’ai pas lâché l’histoire terrible ici contée avant de l’avoir finie.
Ce roman extrêmement documenté raconte comment Staline a voulu s’emparer de la Finlande entre 1939 et 1940.  Voici David contre Goliath, une Finlande petite, plutôt rurale, pays de neige et de glace durant de longs mois, mais où vivent de très bons tireurs, chasseurs. En particulier un jeune homme nommé Simo Haÿhä, surnommé La mort blanche, devenu une légende. Tireur incomparable, il vise, tire et atteint toujours sa cible, et ce sans broncher. Si je précise ceci, c’est qu’il va jouer un rôle majeur dans cette guerre, il fut un héros national, indéniablement.

« Comme à chaque nouvelle mission, Simo apprenait et se perfectionnait. Deux jours plus tôt, il avait « spotté » un observateur russe, sa position révélée par la vapeur de son souffle, loin de ses lignes, planqué derrière un monticule de neige. Voyant s’élever le petit nuage, Simo avait tiré au jugé, sans même voir sa cible, et de l’autre côté du monticule, le Russe s’était écroulé.

Toute erreur de l’ennemi devenait un enseignement pour le jeune soldat, et depuis, Simo confectionnait de petites boules de neige tassée qu’il mettait dans sa bouche et qu’il laissait fondre afin de ne pas être trahi par les trente-sept degrés de son souffle. »

J’ai rarement lu sur un sujet historique comme celui-ci mais là, à peine débutée ma lecture, je n’ai pas pu la lâcher. Pour plusieurs raisons, la première étant le sujet qui fait penser que l’histoire se répète avec la Russie, toujours avide de conquête à peu près à n’importe quel prix, humain surtout. La seconde c’est l’écriture d’Olivier Norek, précise, délicate, sensible, et évidemment on sent derrière des masses de recherches . Et puis une grande intelligence augmentée de grandes connaissances ( j’ai lu quelques articles de journaleux chicaneurs: sans commentaires ), sans nul doute l’auteur a fouillé son sujet à fond et en rend un récit passionnant, terrible, où l’histoire du monde rejoint celle des gens ordinaires qui ne demandent qu’à vivre paisiblement dans leur pays.

On va assister à ce qui est aussi une guerre d’usure, avec à leur profit la connaissance du territoire, glace, neige, froid, relief, forêts… ainsi les Finlandais, jeunes pour beaucoup, hommes et femmes, vont mener un combat sans faille car ils sont soudés, solidaires, vigilants . Ils endurent tout avec un courage sidérant, une volonté de fer, eux les gens du petit pays contre le géant russe, et si vous lisez ça, vous verrez, c’est admirable. Quant à l’auteur, que dire sinon que son écriture rend un hommage bouleversant aux combattants de ce pays glacé, qu’il nous parle d’histoire en nous glissant dans la peau de ces héros finlandais, d’une ténacité, d’un courage et d’une solidarité inouïs. La fin, sur un champ de bataille silencieux jonché de mort:

Mannerheim

« Il faut toujours un premier mort, le voir de ses yeux, pour vraiment croire à la guerre. Et il en faut un dernier pour conclure.
À Kollaa, Yrjö fut celui-ci. 

Quelques minutes avant 11 heures, il avait affronté un soldat d’infanterie russe, ils avaient tiré tous les deux, et tous les deux s’étaient blessés mortellement.

Puis l’on hurla de joie au silence revenu. Des deux côtés du front.
La lumière se mit à pleuvoir sur les yeux fermés d’Yrjö, sur son corps allongé au cœur arrêté. Autour de lui, le sol était jonché de dépouilles par milliers, déposées à la surface de la neige rouge.
Il n’était personne parmi les autres. Ni plus précieux, ni plus important . »

Oui, j’ai adoré cette lecture, j’y ai appris beaucoup de choses, et puis bon : l’écriture de cet auteur sert si bien cette histoire bouleversante et instructive. Plein de passages sont surprenants – je pense aux pages où, à Paris , Lino Ventura participe à un combat de boxe avec des parieurs pour récolter de l’argent en soutien à l’armée finlandaise.

LAPATOSSU2_1937

« Ainsi, au sein de la guerre s’en jouait une autre, faite de fausses informations et de manipulations contre laquelle la Finlande avait imaginé une nouvelle unité: la Brigade Anti-Dépression, aussi nommée Brigade Contre le Mal du pays avec à sa tête l’Officier de la Vérité. De ligne de front en ligne de front, il parcourait la Finlande, donnant aux soldats les dernières nouvelles des villes, démystifiant les rumeurs, coupant la tête aux « on-dit » et parsemant le tout de petites histoires drôles, ce qui n’étonnait personne, car beaucoup connaissaient cet Officier de la Vérité sous un autre nom, celui de « Lapatossu », le clown star du cinéma comique qui avait conquis le coeur des Finlandais depuis près de dix ans. »

J’ai dit que je ne ferai plus d’article aussi développés qu’avant, je tiens parole. Mais je conseille vraiment ce livre remarquable, qui m’a bouleversée souvent, une histoire et des faits qui semblent hélas devoir continuer à persister dans le monde. 
Mais avant tout, je suis épatée par l’écriture d’Olivier Norek, ainsi que par la maîtrise de son sujet.

Un très grand plaisir de lecture et beaucoup de choses apprises.

Note de l’auteur:

Ceci est un roman.
Cependant, les dialogues proviennent d’archives ou ont été transmis par des passionnés, des militaires et des historiens.
Aucun fait d’armes n’a été inventé, ni aucune anecdote.

Aucun acte de bravoure n’a été exagéré.
Si ces événements ont bien un siècle, ils nous renvoient à l’Histoire actuelle et nous mettent en garde.
La guerre survient souvent par surprise, et il faut toujours un premier mort sur notre sol pour y croire vraiment. »

Hymne national finlandais:

https://youtu.be/6cgNLVkYvFk?si=kchwL5bckPjmhW3X

« Sur les pas de Dazaï  » – Christian Merlhiot – Arléa, collection La rencontre

« Sur les pas de Dazai » – Christian Merhliot

Une brève, pour ce petit livre. Je ne connais rien de cet artiste, Dazaï ,et je suis peu familière de la littérature , et plus généralement de la culture japonaise. J’ai cependant lu ce petit livre avec intérêt, plus pour le regard sur le Japon éloigné des grandes villes que pour Dazaï, je le reconnais.

Il y a là aussi une belle écriture, pour un texte souvent très poétique, comme un murmure. Le Japon profond, le pays natal, Tsugaru, des paysages de bord de mer, des côtes battues par les vents et les marées. Et la trace de cet artiste, écrivain ( « la vie passe, rien d’autre » ) , qui se suicida, tenant par la main sa maîtresse . Ils se jetèrent tous deux dans la rivière Tamagawa. 

« Je suis le néant, je suis du vent, je suis le vide. »

Quoi de plus romanesque? 

Une lecture douce, triste – enfin pour moi, triste – et sans doute un personnage artiste à découvrir.

« Fugu, poisson-poison » – Valérie Dourniaux – éditions Arléa – La rencontre

Un petit compte rendu de lecture de deux livres courts, sur le Japon, mais écrits par des auteurs français, et ce ne sont pas des romans, mais des « essais ». Le premier m’a beaucoup plu, et m’a été plus compréhensible que le second.

Image de la première de couverture« Fugu, poisson – poison » de Valérie Dourmiaux:

 

« Il était une fois un poisson capable de vaincre une armée de samouraïs, et dont la consommation demeure interdite à l’empereur du Japon; un poisson pouvant se métamorphoser en ballon lorsqu’il se sent en danger. Cela sonne comme le début d’un conte, et pourtant tout ceci est bien réel « 

C’est l’histoire de ce poisson interdit  de consommation à l’empereur du Japon. C’est une boule qui se gonfle quand il sent un danger, une bouchée peut être mortelle.
Ce petit livre (délicieux ) explique ce poisson pas ordinaire, et la façon de le rendre comestible. Il semblerait que ce soit un mets de choix si et seulement si il est préparé par un expert. 

Ce court livre, très agréable à lire, est didactique mais littéraire quand même, par la qualité de l’écriture.. Il explore les manières de consommer cet étrange animal, les risques qui existent si le plat n’est pas réalisé dans les règles de l’art.

 » Le goût du risque

« J’ai envie de manger du fugu, mais je tiens. Cette expression japonaise, évoquant une hésitation à entreprendre quelque chose de risqué, en dit long sur les craintes causées par le fugu. »

 

La fin du livre s’ouvre sur la cuisine japonaise, avec des recettes que je connais peu, mais que dorénavant j’ai envie de découvrir. Vous saurez tout sur le fugu, sa vie, son usage, sa dangerosité et sa saveur.

 » Hirezake

Des nageoires de fugu légèrement grillées sont placées dans du saké chaud. Appréciez d’abord l’arôme, puis le goût. Pour rendre la dégustation un peu spectaculaire, on peut flamber le verre pour que l’alcool s’évapore. »

 Une très jolie récréation littéraire !

« L’Homme de pluie »- Jonas Karlsson, traduit du suédois par Rémi Cassaigne, éditions Actes Sud

« Si seulement il pouvait pleuvoir, pensa Ingmar, penché sur la splendide Madame Hardy, en promenant ses doigts sur le feuillage. Les anciennes tiges étaient taillées depuis longtemps, partout pointaient de nouvelles pousses. A la fin du mois devaient éclore ses fleurs blanches, parfois rose pâle, entourant en leur centre un minuscule oeil vert: de tendres feuilles protégeant un petit bourgeon. »

C’est là un savoureux roman suédois, assez court, et j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire.  Voici Ingmar qui fut un fameux metteur en scène de théâtre. Il a vécu de nombreuses années auprès de son épouse tant aimée, Inger, décédée il y a peu. Elle avait une passion pour les roses et le jardin qui reste à Ingmar tout à la fois le réconforte, c’est le doux et tendre souvenir de son épouse, et le rend triste. Il doit absolument en prendre soin. Or, voici que l’été semble décider d’être particulièrement beau, chaud, mais surtout très sec. Voici donc comment débute cette histoire, dont à mon sens il ne faut pas dévoiler trop, en tous cas concernant cette sécheresse. Les règles sont strictes. Mais pour Ingmar, laisser mourir les roses de son épouse, non, pas possible.

« Il se souvint que l’ancien propriétaire avait mentionné un robinet alimenté par une pompe commune qui, en été, puisait l’eau d’un petit lac.

N’étaient-ils pas allés y jeter un coup d’œil, Inger et lui, quand ils venaient d’acheter la maison? Au fond du jardin, près de l’ancienne remise à bois, en contrebas. Mais ça faisait longtemps. Le paysage était complètement différent, alors. C’était bien avant les rosiers d’Inger. »

Notre homme, parcourant le jardin, alors que la commune a demandé de ne pas arroser par économie d’une eau raréfiée, Ingmar donc, sait bien sûr qu’il y a un robinet, et se dit qu’il peut bien, discrètement, prendre un peu d’eau pour les roses. C’est sans compter avec le voisin curieux – et indiscret -, Burman.

Alors que la ville connait donc une sécheresse sans précédent, ce robinet, lui, si Ingmar l’ouvre, fournit de l’eau en abondance. J’ai adoré ce côté magique de l’histoire, et tout ce qui va découler de cette trouvaille, bienvenue pour les roses. Mais la magie tient dans le fait que, quand Ingmar ouvre le robinet…il pleut ! Le fils, Erik, personnage que j’ai trouvé sympathique, qui eut peu d’attention du père, vient quand même le voir, il y a une sorte de réconciliation, après le décès d’Inger.

Au fil des chapitres, on apprend l’homme de théâtre qu’il fût, un rien vaniteux, mais pour moi, les dominantes sont un grand amour et un grand chagrin. Bref. Ce n’est pas la partie que j’ai préférée, la carrière d’Ingmar, mais l’autre, le veuf, les roses, et le robinet, oui ! Il s’interroge avec une vanité si comique !

« D’un autre côté, c’était un fait, il commandait la pluie. Même s’il y avait eu quelques ratés ces derniers temps, il pouvait déclencher et arrêter la pluie à l’aide de ce vieux robinet. La pluie! Y avait-il quelque chose de plus fondamental que les précipitations? Il régnait sur la principale source de vie: l’eau. Bien sûr qu’il fallait commencer à penser à plus grande échelle. Voir au-delà des se propres doutes futiles. Il devait se préparer. Toute autre option aurait été irresponsable. À quoi bon se complaire dans une humilité feinte? Non, il serait un bâtisseur d’unité. Par-delà les langues, les cultures, les sexes, les races. Oui, il deviendrait le nouvel espoir! Un leader d’un genre nouveau. »

Les « aventures » avec les élus du coin, quand ils apprennent que cet homme fait pleuvoir…Quand la politique s’en mêle, quand tout à coup, il ne pleut plus quand Ingmar ouvre le robinet…le chagrin, au fond, la perte de son épouse tant aimée, la consolation dans cette eau qui tombe du ciel, si brève.

La vanité d’Ingmar ne lui sera pas favorable, il remettra les pieds sur terre. 

Un très joli livre, drôle, tendre, et un peu triste. J’ai aimé ce mélange délicat.