Vacances

Voilà, je pars en vacances. D’abord 3 semaines au Québec, Montréal d’abord puis La Malbaie, puis la ville de Québec et une autre région, je ne sais pas encore laquelle. Retrouver ma fille, retrouver ces québécois si étonnants, drôles et simples au sens que les échanges coulent de source. Sans aucun doute grâce au tutoiement. 
Voilà, je vous dis à la rentrée, jusqu’à mars où comme promis j’en aurai fini avec le blog.
A plus tard tout le monde !

 

Pour une fois, un duo. Deux romans étranges lus, mais qui restent pour moi pleins de coins obscurss.

J’ai lu ces deux romans et suis sortie de ces lectures en me disant que possiblement je n’en avais rien compris. Puis je me suis dit « Y a t-il quelque chose de précis qui m’échappe qui serait vraiment à comprendre.? …et puis j’ai choisi la liberté, c’est à dire prendre dans ces textes ce qui m’y apparaissait, à moi (et peut-être qu’à moi, par erreur, quoi…)

Je commence par Lipp et cette femme  au jardin des Plantes, puis qui se promènera dans Paris, rencontrant Lipp, le cherchant souvent et un peu partout. L’écriture est très particulière -le premier extrait en est un exemple -.

« Ainsi va Lipp »

– Eleonore Frey, traduite de l’allemand par Camille Luscher -éditions La Veilleuse

Ainsi va Lipp - 1« Madame me promène dans le parc. Le jardin des plantes au printemps. Moi, son envers. Tourné vers l’intérieur; à l’extérieur son manteau gris, boutonné jusqu’au cou, bien comme il faut. C’est-à-dire correctement.
Non pas comme une autre le portait, cette jeune fille autrefois, qui. »

Ce début montre déjà l’étrangeté de ce roman, celle de l’écriture qui lui donne un ton très particulier. Et tout dans ce livre m’a semblé venir d’un autre monde. Du jamais vu – lu – pour moi. J’avoue qu’au début, j’ai un peu peiné, mais cette histoire étrange m’a poussée à continuer. C’est là le charme de la littérature, dont on pense qu’elle pourrait ne pas se renouveler, alors que non, les autrices et auteurs ne sont pas tous dans le même sillon, et moi, ça m’impressionne toujours.
Mais revenons à Lipp, et à Madame. Qui est Lipp? Si vous avez la réponse, je prends. Lipp est un homme croisé dans la rue, Lipp c’est ainsi que Madame l’a nommé et c’est à lui qu’elle va inventer une existence et même plusieurs. Comme ce roman n’est absolument pas dans des clous ordinaires, libre à vous de vous infiltrer dans la pensée de Madame et d’y rencontrer Lipp. Cette lecture est un voyage dans un esprit imaginatif, créatif. Un livre absolument pas ordinaire dont je pense qu’il est absolument vain de vouloir en faire un résumé. C’est une expérience de lecture inédite, surprenante, et que j’ai suivie jusqu’au bout. Dans les pas de Madame et de Lipp.

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      « Tombeau de Parsifal » – Dimitri Bortnikov -éditions Rivages

« Il n’y a pas longtemps encore, j’étais vivant. Je vivais parmi vous, mais vous ne me connaissiez pas. Je faisais partie de ceux que l’on appelle « les autres ». Je vous écris du coupe-gorge du coeur humain. Le poing serré autour de l’âme, la peau entre les dents – me voici. La mort écrit aussi…Et voici mon histoire. »

Que ce livre a été difficile à lire et à comprendre…mais quel plaisir de lecture, même en ne saisissant pas tout…je sais, ce sera court parce que des livres comme celui de ce diable d’auteur sont à mon sens trop difficiles -pour moi – à commenter. Il faut le lire et c’est déjà un challenge. J’avais adoré « L’agneau des neiges », plus « facile » et si beau., vous  trouverez mon  post sur le blog.
Celui-ci, à cause de mon évident manque de savoirs sur certains sujets, m’a pris beaucoup de temps, et je sais pertinemment que je suis passée à côté de pas mal de choses.
Bon, si je tente un aperçu, ça ne sera que ça. Cet extrait, un des nombreux que j’ai cochés en lisant:

« Ça serait bien, n’empêche, d’avoir un truc, une sorte de loupe pour regarder les âmes. Carrément dans le ventre de leur mère…Ça devrait exister. Absolument. Voir tout de suite la graine méchante, et celle qui ne l’est pas. Un saint d’un côté, un démon de l’autre. Soupirer un bon coup, et se laver les mains, les bien laver et réserver un aller simple pour Sirius. Et le reste de l’éternité regarder notre Terre au télescope…De temps en temps. Pas longtemps. Ça serait pas mal comme vacances, non? mais tout est mélangé. Tout est obscur. Qui est qui?…Mystère »

Dans la première partie du roman, le narrateur rend visite à un vieil ami à l’hopital, Babyl  ( ou est-ce l’hospice?), puis il retourne dans sa ville natale car il est obsédé par la mort de sa mère et veut trouver des réponses à sa douleur et surtout il veut se venger. On rencontre l’amante Damiane
Je pense sincèrement que je ne suis pas à la hauteur pour parler de ce livre complexe et si déstabilisant. Je l’ai lu, revenant parfois en arrière, relisant parfois plusieurs fois le même passage. Mais quelle écriture… Encore une fois, je n’ai pas tout saisi, je le sais, mais cette écriture hachée parfois, en envolées colériques ou désespérées, folles, violentes, cette écriture m’a amenée aux derniers mots, les dernières pages bouleversantes, avec cette fillette sans mains, née comme ça, au cimetière, un extrait assez long mais quelle fin bouleversante !

La petite a souri, son visage s’est tordu, et elle a levé les bras vers son père.
Elle n’avait pas de mains! Pas du tout de …J’ai reculé. Le père s’est retourné vers moi. À dit tout bas: « Elle est née comme ça… »

Ils sont partis et moi, je me suis assis sur une tombe.

[…]

Près d’une tombe où la fillette jouait, j’ai trouvé un bonhomme de neige. Elle lui a sculpté la tête comme elle a pu, avec ses moignons. Je me suis écroulé à côté de ce tas de neige, et ma gorge…

Ma gorge se contractait, je convulsais comme un chien qui vient d’avaler du poison.

La vie, c’est elle, emprisonnée en moi depuis tant d’années -s’est libérée enfin. »

Clairement il vous faut tout lire de ce qui est écrit entre cette fin et les premières phrases. C’est un voyage halluciné.
Je remercie chaleureusement l’auteur pour sa dédicace et pour son écriture hors normes.

« Les aubes sombres de Bacalan » – Valérie Terrien – Terres de l’Ouest – Polars du sud Ouest

Les aubes sombres de Bacalan

« Hey Oh, ici le Tiécar

En marge Pas la bonne page

De la frange à la fange

Y a qu’un R-Frontière

 

Sous l’eau marron

Sous le pont

Les cargos croisière

Crampent leurs amarres

mais ça va pas chémar

Gros, si tu fais le fier

Avec tes dollars tout verts

Ici les Princes du Tiécar

C’est moi et mes frères. »

Voici le nouveau roman de mon amie Valérie Terrien. J’ai la chance, l’honneur d’avoir été choisie pour être la première lectrice de ce « roman voyageur », et en ayant fini la lecture, Valérie me donnera l’adresse d’une autre personne, et ainsi de lieu en lieu ce roman voyagera pour être lu. Je ne vais donc pas en faire un compte rendu développé, vous en donner juste le sujet.
Bordeaux, plus précisément le quartier de Bacalan, populaire et marginal, un beau mélange – parfois un peu explosif – de vies soit à la marge soit dans l’air des temps ou les deux ensemble, et puis notre héroïne narratrice, Emma, attaquée par une « bestiole » comme elle la nomme, en fait Acanthamoeba, qui attaque son oeil. Très étrangement elle voit la nuit, mais presque plus rien le jour. Une flopée de personnages, travailleurs sociaux, marginaux, bourgeois pas très nets, truands et gosses délurés…

Bref, je ne vais pas vous gâcher le plaisir de découvrir cette histoire que j’ai beaucoup aimée pour pas mal de raisons, l(a qualité de l’écriture n’étant pas la moindre. Mon rôle de passeuse n’est pas de vous raconter ce livre que sans une minute de répit Valérie nous adresse. J’ai découvert les quartiers marginaux de Bordeaux, que je ne connais absolument pas, on rencontre aussi là Jake, un Québécois qui veut creuser et comprendre une sombre histoire, celle de Bordeaux et de l’exploitation humaine, celle de l’esclavage.
Belle écriture, vive, tendre, mais aussi virulente, et puis l’humour, l’ironie de cette Emma qui pense perdre la vue, qui fulmine en découvrant une sombre histoire familiale. Je ne sais qui lira après moi, je l’enverrai dès que Valérie m’aura donné l’adresse. 

Statue de Modeste Testas, esclave africaine déportée au XVIIIe siècle par deux négociants bordelais et propriétaires de plantations. Située quai des Chartrons, à Bordeaux , cette œuvre du sculpteur haïtien Woodly Caymitte Filipo a été inaugurée en 2019.

Je me suis prêtée à cet « exercice » avec plaisir, et cette belle idée qui fait de moi une passeuse. Bonne lecture à celles et ceux chez qui ce beau roman aura  trouvé des yeux et un coeur pour le lire. 

Merci, ma chère Valérie!

« Vous, Madame » – Charlotte Milandri – Arléa -La rencontre

Image de couverture de Vous, Madame« Aux enfants silencieux,

Á mes enfants, pour qu’ils ne le soient jamais. »

Ça a commencé par un mensonge, c’est toujours par-là que ça commence, la fiction de soi que l’on impose aux autres, tordre le réel pour le faire entrer dans sa propre histoire. Je mens très bien, c’est un reste d’enfance. »

Un court post pour ces quelques 98 pages. Une femme raconte. Son enfance, l’école, le collège, et une professeur de sport. Comment dire…Cette femme s’avère être un monstre et elle est morte. Je ne peux pas dire beaucoup, parce que vraiment c’est court. Mais la narratrice, Jeanne va entrer dans la maison de cette personne, tout en nous confiant son histoire et la proximité de cette prof.

« Entrer dans la maison, c’est rompre le le silence et le secret qui ont brisé une vie. »

« Elle fouille, elle retourne les affaires, parce qu’elle sait que « les monstres peuvent mettre des sachets de lavande dans les armoires et des décolletés de dentelle ».
Que les monstres peuvent aussi être des femmes »

Je n’en dis pas plus, l’écriture délicate et émouvante de l’autrice vous dira sans brusquerie un acte d’une grande violence.
A lire, ça prend une heure tout au plus et ça laisse la gorge serrée.

« Herbier du souvenir » -Jean-François Beauchemin, édition Québec Amérique

Herbier du souvenir par Beauchemin« Le soir où mon frère est mort de son inconsolable chagrin, les dernières feuilles se sont un peu inclinées et, dans les arbres, la communauté très tendre des oiseaux a interrompu son chant. Partout, la nature se recueillait, comme cela arrive chaque fois qu’une âme qui a été beaucoup aimée quitte le corps qui l’abritait. J’avais espéré pouvoir accompagner cette âme jusqu’au seuil de l’au-delà, puis l’observer, ne fût-ce qu’à travers mes larmes, s’éloigner dans les lieux pâles et indéterminés de l’éternité. Ce privilège m’a été refusé. »

On peut dire que ce bouleversant roman est la suite du Roitelet.
L’auteur raconte ici son chagrin, et égrène les souvenirs, bons ou moins bons de ce frère tant aimé, il se penche avec douceur et chagrin sur sa vie à ses côtés, vie hantée par la maladie.

Avec l’infinie tendresse du grand frère, lJean François Beauchemin égrène ainsi les souvenirs, avec la douceur de cette plume si tendre, si imagée, tellement sensible.
De souvenir en souvenir, il fait le récit d’un amour très fort, que la maladie ne peut atteindre vraiment, mais qui malgré tout parfois se pose en barrière entre eux, les deux frères, sans colère, sans rancoeur, mais avec de l’angoisse et de la peine.

Car le Roitelet est mort, vous l’aurez compris, deux ans déjà et la peine reste là. Alors pour s’aider à revenir au monde, le frère élabore un herbier fait de souvenirs avec son Roitelet, et ainsi revient à la vie, doucement, aidé des siens, son épouse, les voisins, le chat…

Jean François fait si bien dire « je » à son personnage narrateur qu’on ne voit que son visage à lui quand il raconte.

« Je ne tentais pas de le raisonner, ou de le convaincre que ce qu’il ressentait ou exprimait n’avait pas de sens. J’entrais avec lui dans la petite pièce mal éclairée de son angoisse, j’ouvrais l’unique fenêtre et, pendant une heure, nous contemplions ensemble le parterre de fleurs assoiffées qui s’étendaient là aux pieds de son âme. Mon front contre le sien, j’essayais de faire passer de son esprit au mien un peu de ses pensées abîmées dans le chagrin et la colère. Il m’est arrivé dans ces moments là de pleurer avec mon frère. »

C’est quelque chose qui m’a toujours interrogée : je me demande toujours si le narrateur, c’est lui, ou un personnage fictif; ou une part de lui et de l’invention, ou si tout n’est qu’invention. Mais au fond, qu’importe. Car toujours cet écrivain à mon sens peu commun – ses descriptions de la nature, des gens, des animaux, sont toutes si saisissantes..- ce poète, donc, écrit si bien qu’on croit totalement tout qu’il se raconte, lui, sa vie, ses proches, la nature…mais je sais que non…enfin peut-être un peu? Le mystère persiste, mais je crois avoir lu quelque part que c’est bien de la fiction. Et le mystère, c’est stimulant!
Tout ce que je sais, avec certitude c’est qu’une fois encore l’enchanteur Beauchemin m’a émue, m’a attendrie, bref, toujours le même infini plaisir à le lire. La fin est sublime, je finis ce post avec un bel extrait:

« J’aurai longtemps vécu dans une sorte de silence fondamental, qu’un grand coup de tonnerre est un jour venu fracasser. J’entends encore, deux ans plus tard, le grondement de cette déflagration lentement s’évanouir dans les lointains. Mon sentiment est que cet écho ne cessera tout à fait de se répercuter sur les murs de ma vie qu’à la toute fin, quand je franchirai à mon tour le tourniquet menant à ma mort. Si tout se passe comme je l’espère, je retrouverai alors mon frère, après l’avoir bien cherché, sur la rive brumeuse d’un petit lac de l’au-delà. »

Ce roman m’a considérablement émue, touchée, merci Mr Beauchemin.