« Le miel du lion » – Matthew Neill Null – Albin Michel/Terres d’Amérique, traduit par Bruno Boudard


« Le conflit engendre le commerce. Le leur fut la guerre de Sécession.

Kennison Mountain, telle une houle blanche sous la floraison des châtaigniers. Les pétales s’accrochaient à la vareuse des soldats. Il suffisait de toucher une branche pour les voir tomber comme des flocons de neige. Quarante ans plus tard, un fléau dévasterait la châtaigneraie, mettant définitivement un terme à l’été blanc. Eugene Helena serait alors chef de la minorité au Sénat, un homme coutumier des pressions qui, à une poignée près, faillit devenir vice-président. »

Voici un grand roman, grand par le pan d’histoire qu’il nous raconte, par les personnages qu’il nous fait rencontrer et grand par l’écriture, riche et puissante, qui semble couler toute seule et quel résultat enthousiasmant !

Voici une fois encore tout ce que j’aime dans la littérature américaine : on me raconte une histoire avec un lyrisme plein de fougue mais sans emphase; l’auteur fait confiance à ses lecteurs, il compte sur leur intelligence pour percevoir, sentir, comprendre de quoi il s’agit, tout ce dont il s’agit car il y a foison de sujets, foison de personnages aussi. Point ici de lourdeur et de pré-mâché, ni de prêt-à-penser.

Voici un livre profondément politique, un tableau frappant par sa vérité, sa réalité humaine et sa beauté violente.

« Ils avaient grandi dans la famine. L’enfance, c’était la lecture épisodique de la Bible, les sermons éculés, l’abécédaire moisi, une page arrachée dans un catalogue et lue juste avant de se torcher le cul avec. Cur trouvait réconfortant de savoir que, de l’autre côté des océans, des hommes pensaient eux aussi de la sorte. Ils les considéraient comme des amis, comme des prophètes.  » Les modes de commerce actuels sont un leurre pour les membres méritants et actifs de la société, alors qu’ils enrichissent continuellement les vauriens. », répétait Neversummer à Cur. Neversummer était capable de réciter des passages entiers avec une précision telle que beaucoup croyaient ses discours improvisés.  « La civilisation finira dans le chaos si les travailleurs continuent à être ignorés. Le pouvoir est entre les mains des forces productives. Allons-nous l’utiliser? Le vote n’est qu’une considération secondaire. » »

Voici un livre très noir aussi car le constat qu’on en tire, le visage qui apparaît de nos sociétés dites modernes n’est guère souriant.

À travers le destin de plusieurs et nombreux personnages, ce nouvel auteur extrêmement doué raconte un désastre écologique, raconte des révoltes ouvrières, raconte des amitiés et des amours, il met en scène de manière magistrale les restes en lambeaux d’une guerre, et c’est en grand artiste qu’il nous plonge au cœur de la vie dans ces camps de bûcherons, à l’aube du XXème siècle. En Virginie – Occidentale en 1904, c’est la Cheat River Paper & Pulp créée par trois ex-soldats new-yorkais qui règne sur la chaîne des Allegheny:

« Le pays ressemblait à un barbouillage d’enfant dans les tons de vert: épicéas et sapins sur les sommets, feuillus sur les contreforts et sur les flancs des montagnes. On rase, on remonte deux kilomètres et on répète mille fois. »

Nous nous installons parmi « Les Loups des bois », bûcherons venus de toutes parts y compris d’Irlande, d’Italie, d’Europe de l’Est, on rencontrera même – un de mes personnages préférés – un syrien colporteur pacifique qui aime les livres. Et puis quelques femmes en ville à Helena, quand il y a un peu d’argent à dépenser pour boire un verre et chercher un peu d’amour, il y a Zala la Slovène qui se révélera importante dans l’histoire.

« Zala s’appelait maintenant Sally Cove – le nom lui seyait, comme on dit qu’une robe sied à une femme. Zala l’avait adopté voilà des années lorsqu’elle avait été embauchée au bureau de l’administration, sachant que les autres écorcheraient son nom d’épouse en riant, et depuis elle n’en avait jamais changé ni éprouvé le besoin. Elle préférait Sally Cove, voulait être américaine, anglophone, estimait qu’abandonner sa patrie n’était pas une grande perte – ce petit pays faible qui n’avait ni frontières, ni armée, ni même le vernis de la respectabilité. »

Sally/Zala recherche son mari Victor et défend le mouvement encore souterrain des Woodworkers, syndicat mené par l’Italien Caspani. Neversummer, l’agent Green, Sarah, McBride, Blue Ruin, Seldomridge et le bon Gayab…et tous les ébrancheurs,  scieurs, les Loups de la forêt et leur quotidien en un panorama vertigineux.

Mais le personnage principal est Cur, qui a en lui toutes les facettes de cette humanité laborieuse, tous les appétits et toutes les craintes, toutes les révoltes et les espoirs, et c’est lui qu’on retrouvera à la fin du roman, alors que des années plus tard les autorités du lieu envisagent de reboiser les montagnes , et qu’il va retrouver Sarah, son amour de toujours.

Je pourrais vous écrire des pages descriptives de tout se qui se passe dans ce roman, j’ai préféré vous en dire sobrement tout le bien que j’en pense. Dire aussi que cette lecture m’en a remémoré deux autres, chroniquées sur ce blog. La première, c’est celle de « Serena » de Ron Rash qui à sa façon magistrale a lui aussi décrit ces camps de bûcherons, mais dans un autre scénario, plus resserré. La seconde, plus proche, est celle du livre de Franck Harris « La bombe » traduit en français pour la première fois par les éditions de La dernière goutte. Il raconte le massacre de Haymarket et les révoltes des travailleurs derrière leur chef Louis Lingg, auquel fait allusion ici un des grands patrons de la compagnie, Randolph, avec un cynisme si représentatif de sa classe:

« Randolph regrettait de ne pas avoir siégé à la cour le jour où Louis Lingg s’était écrié:  » Je hais votre État ! Tuez-moi pour ce crime! » Il aurait répliqué: »D’accord! ». Comme cela aurait été cocasse. »

Je pourrais tout vous dire, mais je préfère vous mettre sur le chemin de l’article de mon ami Wollanup chez Nyctalopes. Il exprime très bien tout ce qu’il y a à dire, je ne vois pas ce que je pourrais ajouter.

Si, une petite musique peut-être

Et un dernier extrait, superbe:

« Lorsque la Compagnie se retirerait, les chemins de rondins des Loups pourriraient et sombreraient dans la boue; leurs villes disparaîtraient des cartes; même les Absentéistes, leurs dieux, seraient effacés des mémoires, sans parler de leur modeste lutte. Nulle statue ne leur serait dressée. Seuls demeureraient le climat et ses caprices lointains, implacables. Il considéra Asa, à l’autre bout de la scie. Être aspiré par le sillage d’un autre était une vie exécrable. Ces pensées laissaient Cur de marbre. Il ne regrettait rien, il regrettait tout. Il fallait bien remplir le temps qui passe d’une manière ou d’une autre et c’était ce qu’il avait fait. Il n’était qu’un travailleur, maintenant, deux bras reliés à la machine qu’était son corps. Il détestait les essaims anonymes qui grouillaient dans ces cités où il n’avait jamais mis les pieds. Ils prenaient tout. Ils prenaient sa terre, sa vie et ses années. »

Très belle et très riche lecture !

« Écoute la ville tomber » – Kate Tempest – Rivages, traduit par Madeleine Nasalik

« Ça vous rentre dans la peau. On n’en prend pas conscience tout de suite, seulement quand on regarde ce qu’on a toujours connu, ce qu’on laisse derrière soi, par les vitres de la voiture.

Ils longent les rues, les magasins, les coins de trottoir où ils se sont installés. Les fantômes du passé sont de sortie, le regard happé sur eux. Peau douteuse, yeux renfoncés, sourires flippants.

Ils le sentent dans leurs os, même. Le pain, la picole, le béton. La beauté que ça renferme. Les souvenirs fragmentés qui les aveuglent. Prêcheurs, parents, ouvriers. Des idéalistes aux pupilles vides qui vont droit dans le mur. Les réverbères, les voitures, les cadavres à enterrer, les bébés à faire. Un boulot. Rien qu’un boulot. »

Kate Tempest, une jeune anglaise de 33 ans, est déjà très célèbre dans son pays pour ses talents de poétesse, et la façon de scander ses textes sur scène. Je ne la connaissais pas et voici son premier roman, enthousiasmant et prometteur. J’en ai aimé la construction, travaillée et très réussie, l’écriture qui  présente des variations de rythme, de ton selon ce qu’elle dit, selon les circonstances et les milieux où les faits se déroulent et puis par- dessus tout j’ai adoré les personnages féminins du roman, et en particulier Harry et Becky.

Ce serait faux de dire qu’il y a une intrigue linéaire, il y a surtout plein de vie, de vies, celles de ces habitants du sud -ouest de Londres ( je me suis dit plusieurs fois: zut ! je ne connais pas Londres du tout, ça m’aurait sans doute aidée à mieux visualiser le décor), « les enfants du désordre » comme le dit  bien la 4ème de couverture. Eux nous les connaissons, ils sont de partout, on dit aussi « génération sacrifiée » c’est épouvantable quand on y réfléchit, non ? Ces jeunes ont des rêves et tentent tout, risquent tout pour les réaliser, sinon ils renoncent, et tombent.

Alors je vous présente Harry. Harry / Harriett est une jeune femme qui s’est toujours rêvée garçon et qui s’enflamme pour les filles. Ainsi, elle va être foudroyée par Becky. Elle, elle se rêve danseuse, mais ne fait que quelques apparitions dans des clips, elle veut créer un ballet pour elle et pour en avoir les moyens, elle est « masseuse », et puis elle est aussi serveuse chez son oncle. Elle est en colocation avec Charlotte. Le roman débute par un superbe premier chapitre qui installe le décor du quartier et surtout remonte le temps avant de reprendre dans l’ordre l’histoire. 

Ces personnages sont souvent très attachants, et leur histoire est décrite en   arborescence.

Construction parfaite. Kate Tempest va ainsi nous présenter les protagonistes, l’un après l’autre ils vont entrer en scène et pour chacun des plus importants, on va voir un arbre se déployer remontant à l’origine des familles, des couples et de leurs descendants. Pour Harry ( ses parents, leur rencontre, leur divorce, le nouveau compagnon de la mère, Miriam, qui ils sont, à quoi ils aspiraient et ce qu’il est advenu de leurs rêves ), qui a un frère, Pete. Puis pour Becky et sa généalogie aux lointaines racines italiennes ( les destins fracassés des parents sont très émouvants )…et ainsi va se construire le réseau au sein duquel se déroule l’intrigue à proprement parler. Les branches vont se croiser, se mêler au gré des rencontres dans divers lieux, jusqu’à former une sorte de réseau dramatique parfois, lumineux pourtant par la grâce de ces deux femmes qui m’ont vraiment émue, Harry et Becky, deux combattantes dans le chaos qu’est ce Londres contemporain. « Écoute la ville tomber », beau titre qui évoque la description que fait Becky de son quartier après un an d’absence, critique triste, désabusée, mais révoltée de ce que deviennent les grandes villes entre les mains des investisseurs, ce qu’il advient de ceux qui faisaient la vie des quartiers et que le monde de l’argent balaie vers la périphérie.

« Son Londres a changé.

Du regard, Becky cherche ce qui lui a tant manqué, mais plus rien n’est pareil. Disparue, la salle de billard; une palissade dissimule ses fondations et quatre étages ont poussé sur son toit, elle se transforme à vitesse accélérée en une énième résidence de luxe.La boutique de robes de mariée et l’institut de beauté à moitié en ruines où elle se fournissait en herbe tout en se faisant faire les ongles – celle avec le mannequin mélancolique dans la vitrine qui a présenté des années durant la même robe à sequins bleu paon – ont laissé la place à un café branché avec murs en brique et longues suspensions.[…] La piscine a été passée au bulldozer, au même titre que l’ancienne mairie qui abritait la garderie où elle allait petite. L’ancien poste de police. Reconverti en appartements ou est en passe de l’être. Les immeubles d’origine sont vides, comme des visages aux yeux pochés. Vitres fracassées, façades arrachées. »

Cette ville qui tombe, ce sont aussi ses habitants qui tombent, comme le raconte l’auteure à travers l’histoire de ces couples qui de jeunes gens doués et pleins de projets, se retrouvent peu à peu dans le renoncement, ce sont ces couples qui s’aimaient puis se détestent ou s’ignorent, la ville, celles, ceux et ce qu’elle contient tombent…La jeunesse s’adonne à l’alcool, à la drogue, aux soirées gorgées de tout ça, on danse avec frénésie pour peut-être penser encore qu’on est vivant.

Les rêves brisés, elle en parle si bien cette jeune femme qui scande sa poésie avec force…Le fin mot de l’histoire est bien politique. Quelques scènes du passage de Pete à l’équivalent anglais de notre Pôle Emploi à elles seules en sont une démonstration. Ce sans insistance, tout est dit par la vie des personnages, évitant toute lourdeur, laissant faire l’intelligence du lecteur.

Quelques phrases referment la présence de Harry et ce passage est une énigme pour moi, même si j’en ai fait mon interprétation et si vous lisez le roman ( mais lisez-le ! ) j’aimerais bien savoir ce que vous en pensez.  Rencontre entre Pico, roi péruvien d’un juteux trafic de drogue, tout juste sorti de quelques mois de prison et Harry, revendeuse de grand talent:

« Le silence revient, vorace. Prédateur. Un serveur fait son apparition, Pico lui fait discrètement signe de s’éloigner. Harry trouve ce geste extrêmement grossier. Pico boit son vin. Il avale une fourchetée de feuilles vert vif. Il mâchonne comme un ruminant, et Harry, qui le croyait plus raffiné, est abasourdie.[…] Elle n’a rien à perdre, cela la rend plus forte que jamais. Sans Becky, que vaut cet argent? Sans Londres, où est le rêve? Elle hausse les épaules. « Tu peux me faire ce que tu veux, Pico. » Elle plante son regard dans le sien. « J’en ai fini avec la came. » Elle le fixe jusqu’à en avoir mal aux yeux. « Terminé. », annonce-t-elle. Avant de s’embraser. »

(Ah !  Surprenant, non ?  Qu’en pensez-vous?)

L’intelligence est là dans l’architecture de ce livre où les branches de ces arbres familiaux vont se rencontrer et tisser ces vies qui vont se croiser, se heurter, se mélanger, se nouer et casser. En même temps, le décor s’effondre et on voit les petits magasins qui ferment, le quartier qui se déglingue lui aussi et les liens sociaux avec. Grand talent aussi pour amener les rencontres; nous savons déjà, mais les personnages non, et nous sommes donc un peu des voyeurs, ainsi quand  Becky voit Pete la première fois, dans le café si plein d’histoires de son oncle Ron. C’est une sorte de ballet presque immobile et presque muet, lent, ponctué du tintement des tasses et des cuillères, de regards à la dérobée et une tension charnelle s’est créée:

« La clochette qui marque chaque entrée tinte, elle doit affronter une soudaine salve de clients et pourtant, même occupée, elle est incapable de ne pas penser à lui. Elle le voit finir son assiette, s’essuyer la bouche et rester assis, plongé dans ses pensées, un long moment, à se curer les dents avec la langue. Il vérifie le fond de sa tasse, la vide d’un trait et se rince la bouche avec le café avant de la reposer. La scène se déroule au ralenti. Becky l’observe du coin de l’œil, il se met debout et bondit dans sa direction. Son corps n’est plus qu’une vibration. Un grondement assourdi, informe. Le monde décélère, elle a le cœur au bord des lèvres. »

Je suis très heureuse et très épatée par les jeunes femmes dont j’ai lu les premiers romans ou nouvelles ces derniers mois : Jenni Fagan, Claire Vaye Watkins, Robin McArthur, Chanelle Benz et aussi Valentine Imhof. 

Voici maintenant la très jeune Kate Tempest, pleine de force et de talent avec laquelle il va falloir compter. Voici le texte qui l’a rendue très célèbre en Angleterre, véritable réquisitoire de notre temps ( il existe une vidéo version plus courte, avec un montage photo terrifiant que je vous invite à aller voir par vous-même, ça vaut le coup ). C’est violent pour un monde violent, voici la poésie d’aujourd’hui

« Scalp » – Cyril Herry – Seuil / Cadre noir

« Sur l’image satellite, la forêt avait l’aspect d’une vaste composition de mousse et de lichen que des veines ocre prenaient d’assaut. Les chemins de terre s’élançaient dans les quatre dimensions, se déployaient, se ramifiaient souvent, mouraient parfois.

Hans avait trouvé à l’étang qui crevait la mousse comme une vulgaire flaque la forme d’un crâne de ragondin. Teresa avait dû incliner la tête dans un sens puis dans l’autre pour voir ce que l’enfant voulait dire. »

Nous arrive ici un roman très noir, un de ces livres qui donnent la chair de poule; en tous cas, ça m’a donné cette sensation.

Voici l’histoire de Teresa et de son fils Hans, 11 ans. Teresa a décidé de présenter à Hans son père biologique dont elle ne lui a parlé que depuis peu. Hans est un petit garçon intelligent, plutôt mûr, qui a aimé Jean-Loïc, un des membres de la colocation dans laquelle il a vécu avec sa mère. Jean-Loïc le père de substitution qui lui a appris la pêche entre autres choses, et qui s’est jeté du haut d’un viaduc.

Dès le début du roman, et malgré les apparences d’un statu quo entre l’enfant et sa mère, on sent bien que le gamin exige une vérité qu’on lui a cachée. Alors Teresa emmène Hans dans une forêt au bord d’un étang où le père, Alex, vit dans une yourte. Seules quelques bribes sur lui nous arrivent, et point d’Alex près de la yourte.

Commence ainsi une quête, une recherche à travers les objets abandonnés là, des carnets, des notes, Hans explore, Hans rêve et joue à l’explorateur, à l’Indien, à l’aventurier, Hans veut son père mais Teresa souhaite partir; l’enfant l’obligera à rester par tous les moyens. Après ça je ne dis plus rien, mais voici une histoire très très sombre, très très noire, une histoire comme je ne doute pas une seconde qu’il en survienne dans certains lieux, une histoire qui fait froid dans le dos.

La forêt est ici une entité inquiétante avec sa vie propre, ses habitants furtifs, ses rumeurs, ses bruissements, et ses parasites quand l’homme en fait un cimetière de voitures. La forêt peut protéger, cacher, ou abriter, mais aussi piéger, retenir et égarer. Enfant, j’ai passé des journées entières en forêt, à faire des cabanes et inventer des histoires devant quelques pierres d’une maison en ruine couvertes de mousse. Je connais pas mal de gens que la forêt effraie, angoisse par son côté obscur, mystérieux.

L’auteur rend avec beaucoup de talent cette atmosphère bruissante et pourtant silencieuse où la lumière joue entre les branches, avec l’étang aussi dans lequel Hans pêche comme Jean-Loïc le lui a appris:

« Jean-Loïc avait souri et tiré de sa besace une vieille boîte en fer de pastilles Valda. Dedans se trouvaient un fil, un bouchon, un hameçon. Ça ne pesait rien, ça ne prenait pas de place. En l’espace d’une heure, ils avaient sorti huit perches qu’ils avaient nettoyées et fait griller au-dessus d’un petit feu de camp allumé avec une poignée de fougères sèches. C’était magique, simple comme bonjour. C’était cette vie que Hans voulait mener. »

Mais tout ça, cette vie de liberté entre l’étang et la forêt, cette vie d’aventure, c’est compter sans les hommes qui n’aiment pas ceux qui sortent des rails. Teresa et Hans en cherchant à savoir où est passé Alex en feront l’expérience.

Je connais, aime et comprends je crois plutôt bien ce qu’est la nature, la campagne, j’y suis née, j’y ai grandi et j’y vis encore. Loin de la vision édenique, cette forêt est belle mais d’une grande indépendance, c’est âpre et cruel souvent, la loi de la vie y est resplendissante qui fonctionne en binôme avec celle de la mort. Il n’en va jamais autrement. Et c’est bien ici une histoire de vie, de cruauté, de beauté et de mort, c’est une histoire violente, comme le sont les hommes, comme peut l’être la nature.

J’ai aimé la relation assez compliquée entre Teresa et Hans, les secrets de Teresa et le portrait en filigrane d’Alex, personnage hors normes et attachant. 

« Il n’entendit pas sa mère crier son prénom. Elle ne s’éloignait pas suffisamment de la yourte pour ça, ou pas dans la bonne direction. Hans la savait déterminée à s’en aller, et en colère. En colère te aussi inquiète, certainement. Il allait devoir retourner là-bas pour lui faire savoir d’une manière ou d’une autre que tout allait bien, qu’il ne courait aucun  danger. Lui faire entendre néanmoins qu’il n’était toujours pas question de s’en aller tant que son père ne serait pas de retour, ou tant qu’il n’aurait pas une idée de l’endroit où il se trouvait. Au coucher du soleil,il s’approcherait du campement. Sa mère ne tenterait pas de le capturer pour l’enfermer dans la voiture et prendre la route : elle détestait conduire la nuit. »

Que vous aimiez la nature ou pas, que la forêt vous attire ou vous effraie, bonne lecture, atmosphère réussie, angoisse soutenue, univers magique de l’enfance, j’ai bien aimé.

« La forêt n’est le territoire de personne. »

« L’infinie patience des oiseaux » – David Malouf – Albin Michel/Les grandes traductions, traduit par Nadine Gassie

« Toute la matinée, loin là-bas sur sa gauche où la lumière des marais finissait et les terres agricoles commençaient, une forme disgracieuse s’était élevée hors d’un pré invisible et avait décrit de lents circuits dans l’air, grimpant, piquant, ballottant un peu, puis disparaissant sous les arbres. »

Très belle et très touchante lecture avec ce livre de David Malouf, auteur australien, traduit pour la première fois en français.

C’est d’abord la rencontre de deux jeunes hommes de vingt ans; Jim Saddler, amoureux de la nature et des oiseaux en particulier et Ashley Crowther, qui de retour dans le Queensland après des études en Europe a hérité d’une propriété. Lui aussi  est épris des lieux et veut créer un sanctuaire naturel pour les oiseaux. Il fait appel à Jim avec lequel il se sent en fraternité malgré leurs différences sociales. Et puis il y a Imogen Harcourt, photographe, elle aussi aime les oiseaux . Les trois vivront des jours heureux et presque miraculeux au milieu des marais et de leurs hôtes.

J’ai adoré ces pages d’une beauté infinie. C’est vrai, j’aime moi aussi les oiseaux comme j’aime les arbres et les lieux préservés du monde des hommes en général. David Malouf a su ici créer cette paix qu’on trouve dans la nature, quand le silence est maître, tout juste caressé par les bruissements des roseaux et des ailes et souligné de chants et de cris d’oiseaux en leur domaine. La rencontre des deux hommes est pleine de douceur, de pudeur et de complicité, et la promenade en bateau dans les marais est comme si on y était, merveilleuse et hors du temps.

 » -Et là – voyez – ce sont des oiseaux -lotus. Vous les voyez ? Loin, là-bas. Oh, ils nous ont vus, ils se sont envolés. Ils ont un nid au bord, juste au niveau de l’eau. Voyez leurs pattes ? Longues, hein. C’est pour marcher sur les feuilles des lotus sacrés, ou les nappes de nénuphars, sans couler. »

Il plongeait à nouveau sa perche dans la vase, lui imprimant de la force à partir de l’épaule tout en regardant les bandes d’oiseaux se rassembler plus loin, et ils poursuivaient leur glisse sans à-coups sous les rameaux. Nul ne parlait. C’était curieux, cette façon qu’avait le lieu de s’imposer à eux et de les subjuguer. Même Ashley Crowther, qui préférait la musique, était ici silencieux et posé. Il demeurait assis sans bouger, sous le charme. Et peut-être, songeait Jim, que c’est aussi de la musique, cette sorte de silence. »

Ce roman est court, 200 pages, aussi je ne peux pas dire bien plus, si ce n’est que la suite met dans un état de sidération tant ça parait stupide, injuste et vain. On est en 1914 et en Europe la guerre éclate, son vacarme arrive jusqu’aux antipodes où prise dans un courant d’enthousiasme incompréhensible, la jeunesse de Brisbane va s’engager pour aller participer à ce grand carnage.

« La guerre finit par arriver, à la mi-août, mais discrètement, l’écho d’un coup de feu tiré des mois en arrière qui avait pris tout ce temps pour faire le tour du monde et les atteindre. »

Après l’engagement d’Ashley comme officier, le doux Jim partira lui aussi, comme pris malgré lui dans un mouvement irrépressible. Nous voici plongés alors dans une violence dont bien qu’on ait beaucoup lu et entendu à son sujet, ne cesse de nous heurter de plein fouet, sous la plume poétique de l’auteur. Car quelle écriture ! Cette plume est douce de compassion dans la plus atroce violence, celle de ces corps déchirés, explosés, dans la putréfaction, la boue, le froid intense, les rats, le chagrin des hommes terrés dans les tranchées et la peur:

« Une nuit, pendant plusieurs heures, il y eut un bombardement sous lequel ils se tinrent blottis, les bras autour de la tête, non pas seulement pour se protéger du bruit mais pour feindre comme l’auraient fait des enfants, d’être invisibles. »

La poésie reste, parce que l’esprit de Jim est ainsi fait plein de la beauté de ses paysages natals, Jim qui combat, il est venu là pour ça, Jim qui parfois entrevoit au milieu des éclats des bombes un oiseau qui décolle, et Jim qui gardait en lui une part de rêve et un souvenir dramatique enfoui, sera terrassé:

« Jim comprenait qu’il avait vécu, jusqu’à son arrivée ici, dans un état de dangereuse innocence. Le monde, quand on le regardait par les deux bouts, était tout différent d’un rêve au ralenti, sans modification de climat ni de couleur et avec du temps et de l’espace pour tous. Il avait été aveugle. »

La fin nous renvoie sur la grande plage australienne où l’anglaise Imogen, accompagnée de son appareil photo, regarde et pleure. Ce livre est pour moi bouleversant, très fort. Il amène à réfléchir à ce que nous avons de précieux dans nos vies, et à ce qui est précieux dans le monde pour nos vies à tous. 

« Voilà ce que signifiait la vie, une présence unique, et elle était essentielle en toute créature. Placer quoi que ce soit au-dessus, naissance, condition ou même talent, revenait à dénier à tous sauf quelques-uns parmi les millions infinis ce qui était commun et réel, et ce qui était aussi, en fin de compte, le plus émouvant. une vie n’était pas faite pour quelque chose. Elle était, simplement. »

Rien ne sert d’en dire plus, la fin est belle avec Imogen sur la plage qui observe un jeune surfeur. Ce livre poignant et tout en nuances tire sa force de sa poésie et nous offre un plaidoyer contre l’idiotie de la guerre d’une grande puissance, nous montrant l’immuable, ce qui résiste et ce qui périt. Et les oiseaux, libres.

« Glaise » – Franck Bouysse – La Manufacture de Livres

« Ce qu’il advint cette nuit-là, le ciel seul en décida. Les premiers signes s’étaient manifestés la veille au soir, quand les hirondelles s’étaient mises à voler au ras du sol. Dans la cour, un vent chaud giflait les ramures du grand marronnier et une cordillère de nuages noirs se dessinait sur l’anthracite de la nuit. Le tonnerre grondait, et des éclairs coulissaient au loin en éclairant le puy Violent. »

On ne peut pas s’y tromper, si on a déjà lu Franck Bouysse on reconnaît bien dès ces premières phrases l’écriture qui avec chaque objet, chaque détail des paysages et des hommes dresse le décor d’un drame.

L’histoire débute en août 1914, dans le Cantal du côté de Salers. Dans les villages restent les femmes, les vieux et les garçons trop jeunes pour l’instant, pas assez mûrs pour être chair à canons. Dans cette région de montagne dominée par le puy Violent, écrasée du soleil d’août et sous la tension d’un orage imminent, nous allons faire connaissance avec les personnages d’une histoire sombre qui finit ténébreuse sous l’orage et la foudre encore. L’auteur tend son récit comme une corde, noue tout ça comme un noeud coulant et resserre, resserre jusqu’à ce que la boucle soit bouclée et se referme.

J’ai lu les deux précédents romans de Franck Bouysse, « Grossir le ciel » et « Plateau », que j’ai vraiment aimés, avec une préférence pour « Grossir le ciel »; ça surprend souvent quand je dis ça, mais ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est le côté resserré du texte, le personnage d’Abel et l’humour noir qu’il entretient quand on vient le déranger. Dans « Plateau », c’est le lyrisme échevelé de Franck Bouysse qui s’est donné libre cours, le sens de la poésie et un don qui en fait le prince de la métaphore. Dans ce roman, il a trouvé à mon avis un bel équilibre entre le court nerveux et le lyrique tempétueux. Chez Franck Bouysse les éclairs coulissent, la langue d’Anna déboule dans la bouche de Joseph et la rivière parle à voix basse et s’excuse. Chez Franck Bouysse tout est image – il serait formidable je pense de mettre ces textes en bande-dessinée – mais en plus de cela il utilise si bien le langage et sa richesse, il assemble ça si bien qu’on entend les insectes, le vent dans les herbes, on sent le frisson de l’eau, on a chaud sous ce soleil d’été et froid quand vient la neige sur le puy Violent. Et on peine avec ces femmes, nombreuses, seules et tristes dans ces fermes .

« Un vent chaud se frottait au linge suspendu, soulevant parfois un bout de tissu. La panière vide contre sa hanche, Mathilde réalisait qu’elle avait machinalement laissé des espaces entre les vêtements, des espaces suffisamment grands pour accueillir des frusques d’homme, des espaces conservés inconsciemment pour garantir la bonne fortune de Victor, où qu’il se trouvât en cet instant. Car l’expression du manque, c’étaient précisément ces espaces vides par lesquels s’engouffrait le vent, rien qui fût à la hauteur de la disparition brutale. »

Enfin, quel talent que celui qui décrit chaque geste d’une simple action comme prendre son repas dans les champs, ou rouler sa cigarette, un pied posé sur un tronc, ou décrocher la truite de la ligne, rendant palpable le temps long, le temps pris, malgré le travail à abattre, en phase avec la nature, en osmose avec le milieu, ça c’est magnifique, ainsi dans ce petit paragraphe

« Assis sur un rocher, à l’ombre d’un grand saule aux ramures dorées et pantelantes, Joseph sortit le morceau de pain de sa besace et le grignota à peine. Ne toucha pas au lard. Un sphinx allait et venait autour d’un pied de digitale, infatigable colibri poudreux à  la trompe suppurante de nectar, minuscule ivrogne incapable de se résoudre à quitter la source de son plaisir. Plus loin, un loriot chantait, invisible. Puis ils se turent. Toutes ces vies simples, aux fonctions si évidentes, donnaient en temps normal la sensation à Joseph d’être l’envers d’un homme, une forme directement reliée à la nature et, maintenant que son père était parti, elles ne lui apparaissaient plus comme telles, et il prenait conscience qu’il allait devoir apprivoiser différemment l’univers amputé de la part tendre de l’enfance. Devenir un homme avant l’âge d’homme. »

L’œuvre de Franck Bouysse ne serait pas ce qu’elle est sans ses personnages, ces gens de la terre, gens de la campagne éloignés des grandes villes, des lieux où quoi qu’on fasse et quoi qu’on tente pour la domestiquer, la nature est maîtresse y compris dans les racines les plus profondes et les plus originelles des hommes. Ici vont se dérouler sous nos yeux les drames de toujours noués par la rancune, la jalousie, les instincts les plus animaux – attention, ce n’est pas là un terme péjoratif, mais juste un rappel de ce que nous sommes intrinsèquement, qu’on l’admette ou non – . Quand la « civilisation » ( domestication ?) se voit entamée par la guerre, quand la peur et la colère montent, alors ces natures enfouies remontent à la surface et tenues ou pas, agissent et se répandent, souvent pour le pire.

C’est ce à quoi nous assistons ici avec Valette, odieux personnage époux d’Irène, une femme perturbée par la perte de son fils. Son frère citadin parti au front, il va recevoir chez lui  sa belle-sœur Hélène et sa nièce la jolie Anna.

« Décrire Anna n’aurait pu rendre justice au sentiment engendré par le cœur de Joseph, si loin du simple désir de renouveler un baiser, aussi puissant fût-il. Tout en elle était mouvement. Perpétuellement accordée à la nature sauvage en rien trahie, quand elle posait les yeux sur lui. Capable de donner la vie et de la reprendre dans une même fraction de seconde, qui n’était dès lors pas du temps, mais une infime abstraction de l’espace séparant deux corps. Car cette fille était à elle seule tout l’espace dans lequel se mouvoir, la voie lactée où se baignent les étoiles. »

Tout près vivent Mathilde et son fils Joseph, le père est lui aussi dans les tranchées. Mathilde est dure à la tâche et tient fermement son fils au travail, mais c’est une mère attentive. Elle peut compter sur Léonard, vieux et bienveillant voisin qui s’est pris d’affection pour Joseph et qui les défendra contre l’abominable Valette qui lorgne leurs terres. Autour de ces gens il y a aussi Lucie l’épouse de Léonard, les absents, Victor le père de Joseph et Eugène le fils de Valette. Il y a aussi Mathias qui arrive vers la fin et va définitivement semer le trouble en ajoutant sa pierre à la tragédie.

« -Drôle de type, dit-il.

-On aurait dit qu’il voulait nous tirer les vers du nez.

-Je crois pas.

-D’après toi !

-Moi, j’ai surtout vu un homme qui aurait bien troqué tout ce qu’il possède contre rien du tout en échange.

-Qu’est-ce que tu veux dire?

-Qu’il est pas venu chercher quelque chose qu’on pouvait lui donner, et qu’il le savait avant de venir.

-Pourquoi ?

-Le cœur d’un homme, personne peut le comprendre, et ce qui se passe dedans, ça appartient qu’à lui…Bon, faut qu’on s’y remette. »

Et puis Marie, la bonne grand-mère de Joseph, aimante mais ferme. Ici la pudeur, la distance affective règnent, s’épancher n’est pas preuve de solidité, deux pieds fermes sur terre et le corps à l’ouvrage; aussi, difficile quand arrivent les peines du cœur, de les dire:

« Mathilde surprenait agréablement Marie. Depuis que Victor était parti, elle avait pris ses responsabilités sans rechigner, faisant crânement face à l’adversité. Certains soirs, dans la cuisine, elle avait parfois envie de lui parler, après que joseph fût parti se coucher , partager l’absence, assouplir un peu la tension dans leurs corps. Peut-être que Mathilde en avait également envie sans oser. Comment savoir? Au lieu de quoi, elles agrippaient des ustensiles, toutes sortes d’objets solides qui les rendaient à leur solitude. »

La qualité du roman repose- en plus de la formidable écriture – sur le fait que les personnages sont comme une gamme chromatique, du plus clair au plus sombre, et chacun a ses nuances, il n’en est point de parfait, mais Anna reste la plus lumineuse, Valette le plus noir et surtout le plus sordide. Entre les deux, nous avons des êtres humains, avec leurs bons et leurs mauvais penchants, des gens peu épargnés par la vie, à qui l’état de guerre impose des choses auxquelles ils ne sont pas préparés ou  pas aptes, malgré leurs efforts. On en arrive même à éprouver de la compassion pour Irène, si dure avec les autres, mais tellement en souffrance. Enfin personnellement j’ai beaucoup aimé Hélène, effacée, déplacée, cette coquette citadine en bottines et robe blanche, forcément ici ne trouve aucune place, et se heurte à l’animosité de ceux qui triment les pieds dans la terre. Aussi futile puisse-t-elle sembler, elle me touche, égarée dans ce monde inconnu qui l’ignore et la rudoie; mais surtout elle me touche parce qu’on sent en elle le manque éperdument amoureux de son homme parti à la guerre, et que personne ne l’aide à affronter cette situation, sa fille Anna trop occupée à tomber amoureuse elle aussi. Elle ne trouve pas sa place dans ce monde âpre et en plus à côté de Valette, sauvage et violent.

« La beauté, un mot dont Valette ne connaîtrait sûrement jamais le véritable sens, pas même le plus infime degré, comme cette pluie de paillettes ruisselant par la trappe dans l’air incandescent, accrochant au passage des éclats de lumière jusque dans la pénombre. Bien sûr que Valette était incapable de concevoir ce genre de miracle. Pour lui, le foin ne servait qu’à nourrir ses vaches, et l’air à remplir ses poumons.Valette était un monstre capable d’avilir tout ce qu’il regardait, ce qu’il touchait, un monstre guidé par ses instincts les plus primaires, un monstre qui prenait ce dont il avait envie sans demander, les choses, ou les êtres, c’était du pareil au même. »

Quant à ce Valette, je le déteste cordialement, même si on sait que sa rage est augmentée de cette main mutilée qui l’entrave dans son travail quotidien, pour autant c’est un vrai de vrai sale type – terme encore trop doux pour lui – . Si vous lisez, vous verrez ce que je veux dire.

En tout cas, pour moi Franck Bouysse signe ici un roman parfaitement maîtrisé, d’une grande beauté rude et éperdue. Je connais ces lieux dont il parle si bien, ce qui rend la lecture encore plus puissante; quand on y a marché et respiré, on partage avec cet écrivain inspiré les émotions puissantes et sensuelles générées par les paysages. Très belle fin aussi, sous l’orage en compagnie d’un berger, très très bel épilogue. Ah ! J’oubliais ! Pourquoi ce titre « Glaise »? Lisez et vous saurez tout ce que ce seul mot contient.

Un roman majestueux par l’écriture et puissant par son regard sur l’humanité et donc encore un coup de cœur pour Franck Bouysse.