« Trois fois la fin du monde » – Sophie Divry – éditions Noir sur Blanc/ Notabilia

« Ils ont tué mon frère. Ils l’ont tué devant la bijouterie parce qu’il portait une arme et qu’il leur tirait dessus. Ils n’ont pas fait les sommations réglementaires, j’ai répété ça pendant toute la garde à vue. Vous n’avez pas fait les trois sommations, salopards, crevards, assassins. Les flics ne me touchent pas, à quoi bon, il savent que je vais en prendre pour vingt ans pour complicité. Moi j’attendais dans la voiture volée. Quand j’ai vu la bleusaille; il était trop tard pour démarrer; ils se sont jetés sur moi, m’ont plaqué à terre. C’est de là que j’ai vu la scène, rien de pire ne pouvait m’arriver: Tonio tué sous mes yeux. Mais pourquoi ce con a-t-il fait feu?

Il était mon dernier lien, ma dernière famille. »

Ce court roman m’a bouleversée, éblouie et a entraîné une grande réflexion sur le temps que nous vivons. Il peut être en parfaite adéquation avec ce confinement ou alors à éviter pour l’instant, selon votre mental.

Personnellement, j’ai trouvé qu’il prenait toute sa puissance à cet instant T. On m’a offert ce livre et c’est zéro faute comme cadeau.

Joseph Kamal a été arrêté pour avoir aidé son frère Tonio lors d’un braquage; Tonio est mort et Joseph est en prison. Ainsi commence ce livre, dans un enfermement où chaque geste des geôliers est humiliant, chaque seconde est un calvaire pour le jeune Joseph, qui le dit si bien en quelques mots

« Au bout d’un temps infini, le greffier dit que c’est bon, tout est en règle, que la fouille est terminée. Il ôte ses gants et les jette avec répugnance dans une corbeille. Je peux enfin cacher ma nudité. Mais je ne rhabille plus le même homme qu’une heure auparavant. »

Vont suivre des pages qui racontent cette prison et ses occupants, le passage de B4 à B3 et le regard de Joseph sur ces microcosmes, dans lesquels les travers – euphémisme –  de la société extérieure s’exacerbent, la violence augmentée par l’enfermement et la promiscuité, et Joseph qui rumine sa haine contre la police, endure, écoute, regarde et apprend.

« Ce qui me fout la haine, c’est qu’ils ont gagné; ils ont gagné contre lui. Non seulement ils l’ont flingué, mais ils peuvent encore le punir dans ma propre personne. Je suis le voyou à mater. Eh bien, je n’ai plus le choix, je dois devenir ce voyou, arrêter de faire confiance aux autorités. Ça, c’est terminé.

Terminé aussi, le Dehors, toute cette vie-là. prendre sa douche, son café et son bol d’air quand on on veut, sans dépendre de ces connards de matons. Et voilà que la moulinette dans la tête recommence. »

Jusqu’au jour où se produit une catastrophe, explosion nucléaire qui va permettre une évasion. Et une seconde fois, le monde se trouve divisé entre le Dehors et le Dedans,la zone contaminée et l’autre où la population va se confiner. Et notre Joseph, lui, se retrouve dans la zone contaminée qui finalement le gardera à l’abri des autorités. Et s’ouvre une seconde partie du livre absolument merveilleuse, Joseph, enfant des cités, en pleine nature, à l’arrivée

« Dire que je pensais qu’avec la Catastrophe, j’allais pouvoir m’en sortir…Je voulais passer en zone sécurisée, je voulais les rejoindre, ces fumiers…Putain, c’était trop beau, la chance elle était avec moi. J’avais sauté du camion. Je suis immunisé. C’est pas rien, tout de même ! Je pensais que je pourrais reprendre une vie normale. Enfin, une vie dans ce chaos, mais enfin que mon casier serait oublié – que tout serait rouvert. Tu parles. J’ai pigé, maintenant. Mon dossier me suivra toujours. Ils savent qu’on est quelques- uns à s’être enfuis lors de l’évacuation. C’est dingue. Ils sont increvables.

Tout fonctionne toujours à Paris, leur force a pas molli, et dans un an, dans dix ans, leurs fichus ordinateurs sortiront encore mon nom. Joseph Kamal.

Je veux plus revoir leurs sales gueules, putain. Ces matons, ces crevards de détenus, ces putains de flics. Je les supporte plus. Faudra que je m’entraîne à tirer, tant pis si ça fait du bruit. parce que si quelqu’un arrive, là, dans le jardin, je le shoote, ce fumier, ce fumier de mes deux…

Regarde-moi quand je te crève… »

puis au fil du temps comment il se révèle à nous, isolé d’autres humains, comment il va organiser sa vie. Je ne dis rien, je vous laisse juste la trame, pour comprendre le titre. Mais en tous cas, ces pages là, ce chapitre trois, LE SOLITAIRE, dernière partie et la plus longue, qui va nous emmener jusqu’au bout de l’histoire.

C’est véritablement une ode à la nature quand l’homme n’y est plus dominant, c’est aussi une très fine analyse de notre capacité, à nous, êtres humains, à intégrer l’élément naturel et surtout se pose la question de la solitude, de l’isolement loin de nos congénères.

« Le 24 décembre, la tristesse devient plus sourde. 

Elle se nourrit de chaque bûche qui noircit, de chaque fumée minuscule qui s’échappe du feu. Des souvenirs d’enfance mal ensevelis sous les réveillons sinistres de la prison réveillent un Noël mal enterré.

Il regarde les flammes jaillir et mourir. Souvent ses pensées s’y consument. mais ce soir-là, le chagrin dure. Alors Joseph se lève, se retourne vers le froid qui attend derrière lui comme un drap tendu dans la pièce. Il fait quelques pas vers le mur et décroche le calendrier.

L’année civile sera terminée dans une semaine. 

Il n’a pas de calendrier pour la prochaine année.

La seule solution est de recommencer avec le même;

[… ] D’ailleurs, l’année prochaine, j’ai qu’à supprimer la journée du 24 décembre si elle m’angoisse, et passer directement à la suivante. »

Ce livre lu dans cette période spéciale m’a bouleversée d’autant plus que nous sommes amenés à réfléchir à ce que sont nos interactions avec notre environnement humain, urbain ou naturel. Et Joseph est un personnage merveilleux, une sorte de Robinson Crusoé, oui, mais surtout un jeune homme tellement touchant, intelligent et qui saura s’adapter. Joseph qui va se révéler à lui-même, grandir en compagnie de Fine et Chocolat et au milieu de la nature qui reprend ses droits…

« Quelque chose triomphe.

Quelque chose a gagné contre le passé, contre le froid, contre l’obscur, et cette force de lumière, dans sa chaleur se fait végétale, innombrable, universelle. La végétation cache les chemins, couvre le bitume, assaille les murs, enfouit tout ce qui était mort et qui ne peut se mesurer à elle. Quelque chose de si puissant que les feuilles semblent naître au milieu de l’air, au bout des branches invisibles. »

L’écriture est merveilleuse, juste et poétique, et oh comme j’ai aimé Joseph et son histoire ! Qui peut bien parler à nous tous durant ce confinement et amener à une réflexion profonde et en beauté. Le titre est parfait..Magnifique texte…une immersion totale, j’en ressors sonnée, éblouie et triste

« Il devrait pourtant s’y résoudre, à cette solitude perpétuelle, tant les hommes ont été cruels envers lui; et s’ils ont été nombreux, combien peu lui ont tendu la main. Mais maintenant, maintenant qu’il a tout perdu, qu’il n’est plus rien qu’un homme à la main brûlée…Que ce monde lointain, que ce monde décevant, que ce monde plein d’enfants fragiles et d’êtres humains formidables, que ce monde lui manque. »

Gros coup de cœur, très émue…

Les éditions Zoé, ma découverte suisse.

J’ai lu ce matin ce texte rédigé par l’éditrice et directrice des éditions Zoe, Caroline Coutau, sur le site Heidi.News

https://www.heidi.news/articles/il-faut-sauver-les-livres-l-actualite-vue-par-caroline-coutau-directrice-des-editions-zoe

Cet appel à soutenir l’édition, les écrivain-e-s, la littérature m’a touchée, et Caroline Coutau a accepté que je relaie son inquiétude.

L’article contient de nombreux liens à explorer. 

Ce petit post a pour but de soutenir cette belle maison d’éditions à laquelle je dois de très beaux moments de lecture ces derniers mois, « La voisine »,  « Le graveur », « Neiges intérieures » ou « Il est temps que je te dise » lu dernièrement, splendide et bouleversant récit. Qu’une telle éditrice risque de mettre la clé sous la porte, ça me chagrine. Son travail consiste à soutenir des artistes, à proposer des textes qui, à mon point de vue, se démarquent. Les éditions Zoe ont une vraie personnalité et existent depuis 1975. Comme je ne peux pas faire autre chose que lire les parutions Zoe, donner envie de les lire, et en parler…Rendez-vous sur leur site : https://www.editionszoe.ch/

Vous pouvez lire mes chroniques si ça vous tente, mais surtout lire les livres dont elles parlent . Dans tous les cas, il est bon de rester curieux, d’aller explorer hors des sentiers battus, et les éditions Zoé sont un lieu à visiter, c’est sûr.

Je profite de ce moment pour remercier Nelly Mladenov qui m’a permis cette belle découverte. Merci Nelly ! 

« Il est temps que je te dise – Lettre à ma fille sur le racisme – David Chariandy – éditions Zoé, traduit par Christine Raguet

Résultat de recherche d'images pour "il faut que je te dise livre Zoe"« L’occasion

(L’auteur et sa fille de trois ans vont manger un gâteau au chocolat )

…[…] C’était un moment ordinaire. Et une soif ordinaire nous a saisis à cause de la puissante saveur sucrée du gâteau, alors je me suis levé pour aller au robinet le plus proche afin de nous rapporter un verre d’eau à chacun. Une femme était en train de faire la même chose. Elle était bien habillée, léger tailleur d’été crème, discrètement maquillée, avec goût. Nous sommes pratiquement arrivés ensemble au robinet. Par politesse, j’ai marqué un temps d’arrêt et justement ce geste a semblé n’avoir d’autre effet que de l’irriter. Elle a joué des épaules pour passer devant moi et pendant qu’elle remplissait son verre, elle s’est retournée pour expliquer : « Je suis née ici. Je suis chez moi ici. »

Beaucoup de livres, romans, essais, nouvelles, récits, ont été édités sur le sujet de ce petit livre de 111 pages, le racisme. David Chariandry réussit à écrire un formidable petit livret, touchant et intelligent qui donne à réfléchir encore et encore non seulement sur le racisme, mais aussi sur ce qui sépare des groupes humains, tous humains, certains puissants et abusant de cette force de manière violente. Puissance basée sur un sentiment de supériorité dont on se demande bien d’où il vient tout comme sa légitimité auto-proclamée. C’est avec de beaux exemples et une belle vision que l’auteur parle à sa fille, sans pourtant lui cacher que rien n’est jamais gagné

« S’il y a quoi que ce soit à apprendre de l’histoire de nos ancêtres, c’est qu’on doit se respecter et se protéger soi-même; qu’on doit exiger non seulement la justice, mais la joie; qu’on doit voir, véritablement voir, la vulnérabilité, la créativité et l’immuable beauté des autres. « 

Je sors de cette lecture très impressionnée par le talent de cet homme qui raconte, explique à sa fille de 13 ans son histoire, celle de sa famille, celle de tous ceux qui comme lui n’ont pas la bonne couleur, pas la bonne forme des yeux, pas le cheveux adéquat, pas le même mode de vie et surtout sont ainsi pas au bon endroit.

« Se faire insulter a des conséquences; qu’on soit un « nègre » ou un « Paki », qu’on soit un « Chinetoque » ou une « salope’, ou un « pédé », ou un « gros lard » ou un « minable », ou tout autre mot qui n’est ni équivalent, ni interchangeable. Néanmoins, même dans le silence de cette page, et dans mon effort pour être honnête et protecteur aujourd’hui, ils blessent et sont pleins de sous-entendus. Ils ont un effet néfaste sur la personnalité. »

Quelle finesse, quelle intelligence ! Comme dit en 4ème de couverture, « pas de hargne » pour parler de son expérience d’enfant, puis de jeune homme, époux, père,…mais une grande justesse, et un récit dans lequel il met une infinie tendresse dans sa parole à sa fille. C’est aussi un hommage à ses parents, gens simples mais qu’il admire et aime profondément, on le sent bien. Et ce à quoi ils lui ont permis d’accéder, l’université:

« Je connais beaucoup de privilégiés qui prétendent qu’un diplôme en sciences humaines n’a aucune valeur « pratique ». Pour ces gens, semble-t-il, réfléchir ou lire abondamment sur la signification de l’humain ne présente guère d’intérêt. À l’inverse, j’ai rarement entendu ces affirmations désobligeantes chez les travailleurs comme mes parents qui, eux, ne sont jamais allés à l’université – des gens dont la nature humaine n’est pas automatiquement considérée comme allant de soi, et qui savent ce qu’on ressent quand on est relégué, sur un simple regard, à une vie de strictes « questions pratiques ». Je sais, personnellement à présent, que les universités ne sont qu’un aspect de la société dans son ensemble et reproduisent malheureusement ses multiples problèmes. Mais je sais aussi que ce n’est que grâce à mes cours à l’université que j’ai rencontré de nouveaux univers. »

David Chariandy vit au Canada où il a grandi, ses parents de Trinidad ont immigré dans les années 60, la mère d’abord comme employée de maison – ceci lui permettant d’échapper aux restrictions de l’immigration ( ça en dit, des choses ! ), puis elle se porta garante de son époux qui put la rejoindre, à Toronto. Là encore, parlant du Canada, on comprend qu’il y a un avant et un maintenant, avec la même tendance qu’en Europe à se méfier voire rejeter l’autre, celui qui vient d’ailleurs – et dont le Canada, soit dit en passant à extrêmement besoin – , ces Canadiens même dont les ancêtres arrivèrent un jour sur ces terres et qui les pensant à eux les arrachèrent violemment au peuples natifs qui ne leur semblaient pas des hommes sans doute. David Chariandy parle aussi de ça, des terres non cédées mais prises quand même…Une colonisation quoi, avec des semblants de discussion. Une tromperie, une spoliation favorisées par des langages et une pensée si différentes, divergentes. Il parle de sa famille à lui et de celle de son épouse, venue de la grande bourgeoisie canadienne. Une scène très touchante, la rencontre entre les deux familles avant le mariage, à table avec les arrière-grands-parents:

« C’était une chose de rencontrer ce genre d’invités […] . C’en était tout une autre de se retrouver coincé à une table en compagnie de deux vieillards de quatre-vingt-dix ans qui étaient déjà adultes quand la ségrégation raciale n’était pas seulement une habitude ancrée, mais était encore régie par la loi dans certaines régions du Canada. Je me suis donc préparé à affronter des conversations à sens unique portant sur les ancêtres et la « tolérance » vertueuse. Mais quand je me suis trouvé assis à côté de ton arrière-grand-mère, elle m’a simplement demandé: « Que lis-tu en ce moment? » »

Je trouve ce livre exemplaire par le ton, par l’écriture belle et sensible toute au profit du propos, le servant avec intelligence, tendresse et lucidité. C’est l’expression d’un amour infini d’un père pour sa fille, un amour qui donne tout et ne cache rien. Magnifique d’un bout à l’autre.

« Tu étais si petite. Tu ne criais même pas. N’étais-tu pas censé crier? N’allais -tu pas t’annoncer? « Garçon ou fille? »m’avait demandé le médecin. Maintenant tu énonces tes propres vérités et tu vas continuer à trouver les modes d’expression qui font honneur à ton corps, à ton expérience et à ton histoire, chacun de ces codes est un don et aucun d’eux n’est véritablement égal à la force sacrée qui t’habite.

Mais en cet instant, tu n’étais qu’une petite chose mouillée aux yeux écarquillés. Douloureusement humaine. Et en cet instant, j’ai fait la seule chose qu’un père pouvait faire. Je t’ai prise dans mes bras et j’ai écouté. »

 

« Rebecca de Winnipeg » – Anaïs Hébrard, éditions de l’Aire

« La disparition

Le Matin

Mardi 11 décembre 2001

Vous vous souvenez certainement de la jeune aventurière dont nous vous rapportions les frasques lors de la dernière fête nationale, à Altdorf. Eh bien, elle s’est tout simplement volatilisée, aux dires de ceux qui se sont fait passer pour ses grands- parents. On se demande ce qui a pu passer par la tête de cette jeune délinquante pour qu’elle disparaisse ainsi sans laisser de traces.

Aucune reconnaissance pour ces retraités aux revenus modestes qui l’avaient généreusement prise sous leur aile en se faisant passer pour des proches, afin d’éviter son incarcération. La police suppose qu’elle serait retournée en Bosnie, son probable pays d’origine, ou qu’elle serait victime d’un trafic de prostitution en lien avec la mafia moscovite. »

Un OLNI ! Comment parler de ce livre extrêmement original, pas tant par sa forme – une construction à voix multiples – que par le sujet, par l’héroïne essentiellement, et puis, et puis, c’est une histoire dingue, voilà, si je devais résumer, je dirais ça comme ça, inracontable, des passages parfois difficiles à lire parce qu’il y a des parlers surprenants, parce que le propos est totalement délirant, sauf pour Rebecca…

Mais qui est cette Rebecca de Winnipeg ? C’est une jeune fille amish du Manitoba, atteinte de la maladie du sirop d’érable… Ah ! Cela vous fait le même effet qu’à moi ? C’est quoi cette maladie fantaisiste canadienne ??? Quand j’ai lu ça, sottement j’ai ri, et pourtant cette maladie existe bel et bien, même si ce nom est plutôt drôle, c’est une maladie héréditaire très grave. Je vous mets un lien ICI pour en savoir plus .

Quoi qu’il en soit, ce livre est une sorte de road – book qui va mener Rebecca du Manitoba à la Suisse. Alors que la jeune fille, muette par choix – autant que faire se peut –  va être mariée à Isaac Le Bègue ( ça fait rêver, hein ? ) La veille du mariage, sa grand-mère, Gram Léa, va lui offrir un fer à bricelets en fonte, souvenir de sa Suisse natale, sur lequel, en médaillon, est représenté Guillaume Tell – enfin il paraît que c’est Guillaume Tell -… Et Rebecca va s’enflammer pour ce prince et alors se lancer seule sur les routes et l’océan pour le rejoindre, l’épouser et devenir reine de l’Helvétie. Oui, rien que ça…L’histoire se déroule dans ce début de siècle.

J’admets que j’ai eu du mal à lire certains passages, à cause d’une part de certains parlers – comme celui de cette femme française – de Tignes – dans sa Mini-Comtesse (elle vit dedans, attendant pour se poser de trouver le bon endroit pour enterrer son homme, plié en quatre bien congelé dans la glacière…)

« Moi tourne en rond grand rond est-ouest. Et quand moi trouverai le lieu idéal, m’arrêterai, creuserai le sol, pffff c’est dur, et déposerai mari à moi dans sa sépulture où restera en m’attendant. Personne délogera lui pour faire de la lumière dans sa cahute. Qu’est ce que moi en ai à foutre que les gens soient dans le noir ! Même les marins, m’en fous qu’ils se cassent la gueule contre les rochers, quand le phare en panne, électricité paf y-en-a-plus. Moi, bien au chaud dans ma cabane, mari bien au frais dans son trou, parfait-tout-bien, primus-plus. Faim, Vous? Miko dans la glacière, primus plus ils sont, miam c’est bon. »

comme les bavardages de tante Esther qui inverse certaines consonnes…et avale les syllabes

 » Tante Esther,  je t’entends me rire au nez quand je m’enfuis au bout du jardin et parler comme tu parles, à toute vitesse et en avalant les lettres. Et c’est encore pire quand tu manges les chewing-gums que tu caches dans tes poches. Hier, tu es passée sous ma fenêtre. « Eh, je reviens du bain, j’crois qu’c’est l’dernier d’la saison, la rivière, y disent qu’elle est ‘tit peu fraîche, y rigolent ou quoi? C’est l’Ancratique, c’te rivière ! Rien que l’orteil, t’as quasi pus de couenne dessus et c’est comme si l’ongle y s’décolle ! »

-Si t’as l’courage, tu f’ras une ‘tit’ trempette après la cérémonie du mariage, Reb, et, hum, tu s’ras douce comme un lapin pour passer au lit avec Isaac. J’oulbie toujours, t’sais pas nager. Tu remont’ras ta robe et tu t’tremp’ras jusqu’aux cuisses. Ça s’ra déjà pas mal. Ah, mais y a les cailloux, ils sont couverts de mousse, c’est la patinoire ! Zip, plouf, au fond ! Ta robe, elle f’ra un lampion au d’ssus de l’eau et toi, tu s’ras en dessous. Tu parles d’une blague ! Elle est où la mariée? Au fond d’lit…d’la rivière ! hahahah !

« Je suis Rebecca et je dois me marier avec Isaac le Bègue. »

ou simplement des délires de Rebecca parfois difficiles à suivre, ainsi quand elle parle avec son Guillaume (Tell )

« Je ne parlerai pas. Je ne parlerai pas. Guillaume, je te déteste. Tu es un salaud. Voilà. Mais j’arrive. Tu n’as pas intérêt à me dire que j’ai tardé parce que demi-tour. Une ferme. Une église. Des vaches. Des nuages qui ne racontent rien. Pas un seul edelweiss ni la moindre gentiane. Le plouc, à côté de moi, n’a pas intérêt à me causer. Ni à me toucher, même s’il est jeune et joli garçon. De toute façon, je n’ai plus rien à vendre. Je rêve ou il chante? Une connerie de plus à entendre. Hein ? Il yodle? Quelle horreur ! Non, il me chante le chant de la nation, si je comprends quelque chose à son charabia. Il m’explique que c’est l’hymne. Ô Canada…mais non idiote, il te chante l’Helvétie. [ superbe tirade bien bien virulente ] Sale petit pays encaqué de déjections dont je vais être la souveraine. Et l’autre plouc qui me demande où je vais. Mais je suis la reine, bordel. Une reine, ça va où, à ton avis? Ça va se faire défoncer à Londres, sur un trône couronné d’une saleté de patère? Non. Ça va à la capitale. Voilà. »

L’ensemble est vraiment d’une telle fantaisie, parfois absolument désopilant, très cru, très trash, comme le chapitre éblouissant « De Winnipeg à Montréal » avec le si brave routier. Au téléphone avec sa copine Marylène

« […]On a encore fait un arrêt. J’étais parti me payer un sandwich. J’reviens. Elle avait arraché toutes mes bonnes femmes. J’ai piqué ma crise, j’ai hurlé qu’elle avait pas à faire ça, que c’était quoi, qu’elle était jalouse ou quoi, que si elle s’imaginait être comme chez elle dans mon GM, elle se trompait, qu’elle m’faisait chier avec son regard à la Schwarzenegger dans Terminator, que moé, j’me sentais troué par son regard de lynx et que j’lui souhaitais que son Guillaume la troue bien profond pour qu’elle regrette toute sa vie de se trimballer le museau de cet épais encastré dans sa couenne. Là-dessus, j’lui ai jeté son sac à la face et j’ai sacré le camp.

-…

-Imagine, comme d’accoutumé, j’ai refait un u-turn au bout de dix miles. Y’avait du trafic. J’ai prié pour que ça avance vite.

-…

-Oué, j’ai prié. Moi qui prie pu depuis longtemps, c’est r’venu t’seul. J’ai crié dans mon truck: « Bon yieu de marde, tu les bouges ces chars qui m’font chier et tu me retrouves ta servante bénie entre toutes les chiennes et j’te jure de plus jamais tapisser mes portières de pinups et de boire que de l’eau ! » Enfin, j’suis arrivé au but. Elle avait disparu. J’ai pleuré comme les chutes du Niagara. J’ai même renvoyé. Mais j’savais que c’était fini.

-…

-Comment veux-tu que j’la retrouve? J’sais même pas comment elle s’appelle ! »

ou la rencontre avec Latifa 

« -Eh fille, pisque tu te soucies de tes bottes, tu peux bien te soucier de toi, non? T’appelles comment?

-Rebecca. Je suis Rebecca de Winnipeg.

-Ouaille, ben moi alors je suis Latifa, Latifa à la jambe de bois. De Gibraltar.

[…] »

Et le bordel des Freaks

« […]Heureusement, j’avais pas les légitimes sur le dos, vu que les gars qui venaient me voir, c’était des célibataires frustrés ou des missionnaires de la métropole en manque de quéquette. Bon, j’en ai eu vite ras le bol. Je suis retournée à St John’s, où, peu de temps après, il a fallu me niquer jusqu’à la cuisse. C’est le chirurgien qui m’a parlé d’un de ses potes qui voulait ouvrir un bordel spécial. Le bordel des Freaks, le bordel des monstres, quoi. Peut-être que je pouvais intéresser son copain rapport à ma grosseur et ma fausse guibole.

Tu veux dormir, p’têt’?

-Non, racontez. »

Lire la genèse de ce bordel est un sacré bon moment, encore quelques chapitres dantesques, je vous le garantis !

Au fond il est si triste le destin de Rebecca. Elle va rencontrer de braves gens et d’autres pas très fréquentables, mais elle est désarmante et sans le vouloir déstabilise complètement son entourage, le routier en particulier qui en quelques centaines de kilomètres va être si ému, si bouleversé, et même si transformé par la gosse. Quelques chapitres sont les notes du journal de Lise Landry, médecin de Rebecca à  Winnipeg; malgré la consigne de son chef –  ne pas s’attacher aux patients – elle ressent pour Rebecca une affection évidente.

« 27 juillet 1984

Post-it : Pffff, ce qu’elle m’a manqué quand elle est partie.

Rebecca est partie ce matin, avec son sac poubelle. Ils sont venus la chercher, Léa et Amos Lapp. Les parents étaient aux champs, comme d’hab’. Léa m’a donné des whoopies au chocolat dans un petit panier, Amos m’a bénie. Rebecca n’a rien dit. Je lui ai donné mon adresse et mon n° de tél. Elle n’a rien dit. À partir du moment où elle a su qu’elle allait partir, elle s’est tue et plus moyen de discuter avec elle. Je lui ai sorti un chapelet de gros mots pour la faire rire, rien. Je sais que cette petite fille est intelligente, qu’elle parle au moins trois langues, qu’elle a l’oreille musicale et qu’elle est gourmande mais si je ne l’avais pas côtoyée et observée pendant tous ces jours, si je n’avais pas eu des fous rires avec elle, si je ne l’avais pas entendue raconter Dallas en détail avec les mimiques de tous les personnages ( Sue Ellen bourrée, quelle rigolade ! ), si elle ne m’avait pas cassé les oreilles avec L’apprenti sorcier, je croirais avoir quitté une débile muette. »

Car comment ne pas ressentir de la compassion et une amitié pour cette jeune fille déroutante ? Malade, oui, et les gens l’ignorent. Malade et née et élevée chez les amish, ce qui je suppose n’arrange rien.

Parmi les passages à la fois très très drôles et en même temps bouleversants , ceux durant lesquels Rebecca délire, se lâche en grossièretés, puis tout à coup, ça retombe en mélancolie et contrition…

« Tu ne vois pas que je crève de trouille Et ça me tord les boyaux alors pourquoi tu dois ouvrir ta grande gueule pleine de merde et de sciure. Non, chiure. Tu veux savoir où j’ai appris ça? Avec Esther, avec les Anglais, avec la radio du fond du jardin, avec la télé de Winnipeg, au bordel des Freaks. Et je les pense, et je les dis et je les répète et je les mâche et je les re-répète encore et la vérité vraie c’est que même si je dis trou du cul de Dieu à la chiotte de fuck you, il ne se passe rien, rien de rien de rien de rien de rien. Ta saloperie dégueulasse de malveillance merdeuse ne nous rend pas sourds. Ton putain-pourri regard de fouine ne nous crève pas les yeux. Rebecca, arrête ça tout de suite, l’avion va exploser et partir en pluie. Mon Dieu chéri qui efface tout même les vilains mots, faites que l’avion se pose. Pardon, pardon, Amos, efface, efface. Je n’ai rien dit. Tu mens. Je n’ai pas dit de mots sales. Tu mens. Laisse-moi tranquille, je t’en supplie, laisse-moi tranquille, je ne dirai à personne que tu as tapé Léa, pardon, Amos, pardon. Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon péché. Pourquoi mon voisin me parle-t-il? Ta gueule, le voisin con à la noix, Rebecca, ne recommence pas. Sois gentille. Ou alors va manger du savon dans les toilettes. Je ne parlerai pas. Je ne dirai rien qui ne soit… »

Enfin, rien de mieux pour parler de ce roman qu’une petite conversation avec son auteure, personnage je pense peu banal également. Une belle rencontre une fois de plus grâce à un livre. Sinon, Rebecca préfère la bande-son de Fantasia à l’hymne helvète…moi aussi, alors je vous propose Bach, toccata et fugue en ré mineur

Donc demain, Anaïs Hebrard se raconte et nous parle de Rebecca et sa galaxie.

« Allegheny River » – Matthew Neill Null – Albin Michel/Terres d’Amérique, nouvelles traduites par Bruno Boudard

« Quelque chose d’indispensable

 

Threadgill avait été l’un d’entre eux, plus ou moins. Voilà quatre saisons que la Compagnie ne s’était plus aventurée dans cette partie du monde, et ce depuis qu’elle l’avait perdu – lui, le champion de ses commis voyageurs – dans les environs de la Blackwater River, où un paysan l’avait arraché d’un coup de fusil au corps de son épouse. Threadgill avait profité de ce que l’homme introduisait fébrilement une autre cartouche dans la culasse de son arme pour s’enfuir d’une course maladroite par la porte du fond avant de dégringoler le long de la falaise abrupte qui bordait l’arrière de sa bicoque. Sa chute avait été arrêtée par un majestueux épicéa qui l’avait recueilli dans ses bras. »

J’avais adoré « Le miel du lion », un très beau premier roman. Je suis très amatrice de nouvelles, et voici un recueil dans lequel certains textes m’ont absolument emballée et d’autres pas. Un peu inégal, mais néanmoins une grande cohérence du propos. au fil du livre. La première histoire – « Quelque chose d’indispensable » – a de cette cocasserie acidulée que j’avais trouvée dans le roman.

« Cartright jeta un coup d’œil à la caisse qui tressautait sous la bâche. Il dit : « Putain, les gars ! Je serais presque prêt à l’acheter moi-même pour me sortir de cette galère. »

Il s’essuya la figure avec sa cravate. La chaleur du soleil dissipa bientôt le brouillard et l’astre s’éleva dans le ciel.

« Les canassons, j’ai plus chaud que deux rats qui baisent dans une chaussette de laine, j’aime autant vous le dire, se lamenta-t-il.

Il but une autre gorgée. Les mouches à viande offraient leurs dos d’émeraude aux rayons brûlants. « 

J’ai été souvent perturbée, comme dans  « Le couple », une histoire d’une cruauté incroyable dont on parvient à comprendre d’où émane cette violence sans toutefois pouvoir entrer en empathie avec qui que ce soit. Sauf avec le pyrargue. Les lieux sont tristes, à mourir:

« Les stèles penchaient vers l’horizon et chuchotaient des causes de décès archaïques: hydrophobie et mort subite du nourrisson, scarlatine et grippe espagnole. Un obélisque solitaire pointait vers le ciel comme un doigt décharné indiquant le chemin du paradis. Fendues par la glace et l’eau, dévorées par les assauts doux et obstinés du lichen, les pierres tombales avaient grandement besoin d’être réparées. Certains noms avaient été tellement érodés par les intempéries qu’ils étaient maintenant illisibles, qu’ils ne témoigneraient plus jamais, que plus personne ne pourrait les balbutier à voix haute. »

En tous cas comme le dit la quatrième de couverture « …si le monde qui y est décrit peut nous sembler lointain, une chose est certaine : il s’agit bien du nôtre. » En effet, en lisant j’étais dans un monde totalement étrange et étranger, et en même temps tout ce qui fait le mien s’y trouvait aussi. Déstabilisant, dur, cruel, l’univers de ces nouvelles semble parfois très froid. Certains des personnages sont absolument détestables, leurs pratiques, leur façon de vivre, tout est détestable, comme dans  « Ressources naturelles » , sauf les ours: Démonstration du talent de l’auteur avec l’humour noir, la dérision cruelle :

« On appelait cela « le safari du pauvre ». Un jour une femme arriva en voiture avec ses enfants. Elle désirait un instantané de son petit dernier avec un ours; […]. Elle prit le garçon, lui barbouilla la main de miel et le planta devant le véhicule afin que la bête puisse lécher cette gourmandise suave sur ses doigts. Son appareil photo était prêt. Deux ours accoururent en bondissant.

Les services sociaux placèrent les trois autres enfants et le comté condamna par une clôture l’accès au site : la fête était finie. Et l’on raconte que cet endroit a jadis abrité les ours les plus heureux sur terre. Non seulement ils nous offrent leurs bambins, mais ils les trempent d’abord dans le miel.« 

 » La deuxième circonscription ».

« On trouve dans chaque bled une famille similaire aux Mavety, célèbre pas tant par la violence de ses délits que par la régularité métronomique de ceux-ci. Ils jettent leurs ordures dans la nature, chassent le cerf au phare, enseignent à leurs enfants bien portants l’art de  gruger le gouvernement pour toucher des allocations handicapés et celui de duper le plus inflexible des travailleurs sociaux. Il y a toujours une fille enceinte. »Le lumpenprolétariat. Ce sont aussi des électeurs », rappelait mon père. »

Même en regardant à distance leur milieu de vie, une relative pauvreté – tout autant intellectuelle que matérielle – on n’arrive pas à ressentir un poil d’empathie ou de compassion. En tous cas je n’y arrive pas. Mais là encore, c’est la nature non pas hélas la plus forte, mais la plus belle, après les cerfs, les ours, les pyrargues, ce sont les truites, l’eau, la rivière..Dans « Télémétrie »

« Les chaos rocheux, les espaces vides de tout être humain – une solitude qu’un citadin ne pourrait comprendre. Vous avez parfois l’impression de connaître plus intimement les animaux que les hommes. La tête des castors qui trace son sillage en fendant l’onde, les crottes d’ours serties de graines, les cerfs qui se désaltèrent dans l’eau fraîche. La famille de Kathryn vit ici depuis trois siècles. Mais c’est un pays extrêmement misérable et rétrograde, qui n’évoluera peut-être jamais. »

En fait, peu de personnages m’ont été sympathiques, sauf peut-être le père et sa fille, Nedermeyer et Shelly dans « Télémétrie », où finalement les sales types ne sont pas forcément ceux qu’on croit. Ou encore Sarsen, dans « La lente bascule du temps », qui tiendra sa promesse de ramener ses bottes à Ezekiel de la part de son frère Henry pour un résultat ma foi bien décevant. Une vérité pas très reluisante qui ternit l’éclat de l’histoire, finalement. C’est ma nouvelle préférée, la plus longue, dans laquelle on retrouve le monde des draveurs du roman « Le miel du lion « .

« Henry Gorby avait connu le sort parfait: mourir sur la crête de la rivière, dans la fleur de l’âge, chanté à jamais par les draveurs. Et non vivre ce long et misérable après. Sarsen aurait donné tout ce qu’il possédait pour échanger sa place avec lui Voilà ce qu’il déclara sans aucune honte à Ezekiel et à son épouse. Il n’avait plus guère de souvenirs d’un homme aux cheveux noirs et de sa famille éplorée, avait oublié la suggestion d’Henry de trahir la compagnie en fermant les yeux sur le vol du pouilleux de la rivière, oublié la mule mourante et le maskinongé qui se débattait, oublié qu’il avait laissé Henry se noyer; rien de tout cela, hormis un léger doute qui le travaillait, la sensation que quelque chose clochait dans ce récit. »

Je crois que Matthew Neill Null est meilleur avec un peu de souffle, son talent a besoin d’espace, comme ceux qu’il décrit si bien ici, atteints par l’incurie des hommes, par le pouvoir de l’argent et la ferme certitude que l’homme a tous les droits, ce funeste sentiment de toute puissance. Voici un livre surtout infiniment triste, un sentiment de honte et d’impuissance accompagne cette lecture, sur les ravages qu’infligent les hommes à l’environnement; et  quoi qu’il en soit, c’est le ton général qui fait la cohérence de l’ensemble. C’est impitoyable. Et parfois très très beau:

« Les Dolly Sods sont une toundra perdue, un morceau de Canada égaré quelques deux mille cinq cents kilomètres trop au sud, abandonné là au moment où les glaciers avaient entrepris leur grande migration vers le nord, gribouillant la région de cours d’eau. Chaos rocheux balayés par les vents et trembles tordus, rivières chargées en acide tannique et tourbières envahies de sphaignes, lichen des caribous et lièvres à raquettes. Épicéas en drapeau au tronc noueux. Plantes carnivores: sarracénies et droséras, étranges survivantes du pliocène. Des mouches disparaissent au fond de leur gosier ou subissent l’étreinte instantanée de leurs tentacules gluants. L’été, le paysage est un flamboiement d’azalées et de pieds d’alouettes, mais l’hiver le fige dans le froid et le durcit comme une lame forgée. »

Cette lecture laisse donc un goût amer, bien peu de joie et d’espoir, et une grande colère. En ça, c’est une réussite. Une bonne claque parfois est salutaire.

Plus sur les Dolly Sods  :  ICI

On trouve de jolies vidéos sur cette Virginie Occidentale, mais…rien à voir avec ce que je viens de lire, car ici on a le « background » et ça change le paradis en possible enfer.