Fin d’une Légende, Jim Harrison s’en est allé

J’ai tellement aimé cet écrivain hors du commun. Mes livres préférés, « De Marquette à Veracruz » et « Retour en terre ». J’avais lu son grand entretien pour le magazine Transfuge, en 2010, quel personnage ! Apprendre la disparition d’un tel géant, pour nous, amateurs de littérature américaine, c’est perdre un membre de notre famille. Pour vous, j’ai choisi  cet article

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20160327.OBS7235/jim-harrison-l-ecrivain-qui-parlait-aux-ours-est-mort.html

et son entretien pour Augustin Trapenard en 2011

La reine du crime s’en est allée, mort de Phyllis Dorothy James

mort en soutaneP.D.James, 94 ans , est morte hier. Elle fut une des plus belles plumes du roman policier; une écriture soignée , précise et riche, des personnages dessinés avec force détails psychologiques, un héros récurrent, Adam Dalgliesh, veuf triste et poète, et des intrigues pas toujours résolues, des crimes pas toujours punis, détails qui donnaient un résultat pas aussi conventionnel qu’on aurait pu le croire. Pour elle le roman policier n’était pas un genre mineur, et son écriture contribua à le démontrer et à faire venir vers cette littérature de nombreux lecteurs pas encore convaincus. Grâce à cette qualité dans le détail elle captait l’attention, dans une ambiance so british, sans être hors de son époque.

Elle disait :

«Un romancier, c’est quelqu’un qui se couche à la même heure que ses personnages et qui mourra le même jour qu’eux. Quelqu’un qui connaît toutes leurs lubies et qui peut même leur dire où ils ont fourré leurs clés de voiture… »

La grande classe du polar à l’anglaise, dans une vingtaine de romans pour une vie de 94 ans. Elle fut présente comme invitée d’honneur sur les Quais du Polar à Lyon en 2013, où elle reçut la Médaille de la Ville. A lire et à relire. 

Je dis ça d’autant plus volontiers que je viens de terminer un polar où je me suis ennuyée à souhait, une bonne piqûre qui me rappelle que tout le monde n’a pas le talent de P.D.James, la Reine du crime. 

Excellent article sur TÉLÉRAMA, et cette interview à Lyon, aux Quais du Polar

« Terminus Belz » d’Emmanuel Grand, éditions Liana Lévi

CVT_Terminus-Belz_9249J’ai écouté Emmanuel Grand, aux Quais du Polar, à propos des mythes et légendes dans le polar. Et je viens de finir son livre… Franchement j’ai pris un grand plaisir à cette lecture et il faut saluer là un très bon premier roman. J’en ai parlé hier au soir avec le copain Bruno, il me restait 50 pages à lire et il m’a fait comprendre que la fin lui avait parue moins bonne que le reste ( voire : mauvaise ). Certes, sans doute un peu trouvée dans la panique du dénouement qui arrive tandis que l’auteur, emporté dans l’aventure, s’est un peu fait pièger par les mythes et les légendes, pas faciles à placer dans un roman policier … Je vous laisse maîtres de penser ce que vous voulez de cette fin, bien sûr pas terrible terrible, un peu à la va-vite, mais bon…Pour le reste je me suis régalée ! Emmanuel Grand écrit très bien, a de l’humour ( ah ! que j’aime ça ! ), un sens critique bien agréable, et met en scène des personnages que j’ai beaucoup aimés. Pour résumer, l’histoire est celle de clandestins ukrainiens (l’un d’eux, Marko, est le héros ), poursuivis par la mafia roumaine ( le méchant Dragos).  Marko va se planquer sur l’île de Belz, dans le Morbihan, où l’attendent de bien étranges aventures. Je n’en dis pas plus, ce serait dommage. Franchement, parmi mes scènes préférées, celles qui décrivent la  poursuite des fugitifs par Dragos : dialogues drôles, descriptions poilantes, pas de pathos et ça saigne ! Et puis il y a ces fichus bretons ! Comme je les aime : butés, buveurs et bagarreurs, mais sympas…ou pas ! En tous cas, des personnages bien dessinés,  Grand ne reste pas en surface, et on se sent en compagnie humaine. Le choc des cultures, l’arrivée d’un étranger dans ce petit monde ( c’est une île ), tout ça est bien vu, avec justesse, sans excès ce qui en fait la crédibilité.

512px-Croix-celtique-Saint-CadoL’ambiance y est avec l’océan, les marées, la pêche, les pintes au bar, les landes sous le vent, le curé ( à ne pas oublier ! ) et …l’Ankou ! Alors c’est un peu là que le bât blesse dans le scénario: cette Mort qui apparaît à plusieurs reprises ne trouve aucune explication valable à la fin…Bon, je pardonne, pas grave, parce que dans le fil de la lecture ça passe tout seul ( et pour ma part je n’aime pas trop le « fantastique » ). Marko qui devient marin, c’est pas mal non plus, on a le mal de mer avec lui, ça tangue, et les vrais de vrais ricanent sur le quai en le voyant terrassé par les nausées ! En tous cas on ne s’ennuie pas une seconde, entre Bretons et Roumains, morts violentes et apparitions étranges, le temps passe vite, à Belz !

tempete 2Franchement, un bon livre, qui n’exige pas trop du lecteur, mais lui donne beaucoup de plaisir, en tous cas, pour moi, une vraie détente ! Un auteur prometteur, s’il fignole un peu ses chutes !

A lire, pour vous familiariser avec la mort à la mode bretonne :

http://francelegendes.doomby.com/pages/content/l-ankou.html

Et écoutez Emmanuel Blanc :

 

Jour de deuil : Gabriel Garcia Marquez est mort…

cent-ansIl est pour moi l’auteur du chef d’ œuvre du XXème siècle. Il est lui-même un personnage de roman. J’attendais la suite de son autobiographie « Vivre pour la raconter », qui s’interrompt quand Marquez prend l’avion pour recevoir son prix Nobel.

« Cent ans de solitude » est le livre que j’emmènerais sur une île déserte, c’est le livre, le seul dont j’ai dit à mes enfants ( dans une injonction qui ne m’est pas coutumière ) : Il faut lire ce roman…

Je suis infiniment triste, c’est un maître qui s’en va, parce qu’il y a aussi « L’amour au temps du choléra », ou l’extraordinaire « Mémoires de mes putains tristes », et encore « Les funérailles de la grande Mémé « …

Voici ICI le Monde qui retrace cette vie exceptionnelle et la genèse de cette oeuvre tout aussi exceptionnelle.

« Cent ans de Solitude«  , la dernière phrase

 « C’était l’histoire de la famille, rédigée par Melquiades jusque dans ses détails les plus quotidiens, avec cent ans d’anticipation. […] Mais avant d’arriver au vers final, il avait déjà compris qu’il ne sortirait jamais de cette chambre, car il était dit que la cité des miroirs (ou des mirages) serait rasée par le vent et bannie de la mémoire des hommes à l’instant où Aureliano Babilonia achèverait de déchiffrer les parchemins, et que tout ce qui y était écrit demeurait depuis toujours et resterait à jamais irrépétible, car aux lignées condamnées à cent ans de solitude, il n’était pas donné sur terre de seconde chance. »

 La phrase que je retiens dans l’article du Monde :

« Je suis un romancier,disait-il, et nous , les romanciers, ne sommes pas des intellectuels, mais des sentimentaux, des émotionnels. Il nous arrive à nous, Latins, un grand malheur. Dans nos pays, nous sommes devenus en quelque sorte la conscience de notre société. Et voyez les désastres que nous provoquons. ceci n’arrive pas aux Etats-Unis, et c’est une chance. Je n’imagine pas une rencontre au cours de laquelle Dante parlerait de l’économie de marché. »

Mort d’Alain Resnais

Alain Resnais est parti, à l’âge honorable de 91 ans, pratiquant son art jusqu’au bout ( son dernier film  » Aimer, boire et chanter », sortira bientôt ). Je vous invite à lire l’ article du Monde qui retrace sa vie et son oeuvre immense. Un très grand cinéaste sans aucun doute, avec une créativité débordante et originale. « On connait la chanson » avait été un beau succès, qui sous des airs de comédie montrait des individus frustrés et seuls.

J’avais beaucoup aimé « Coeurs », film terriblement triste, avec les acteurs fétiches de Resnais, impeccables de justesse et de vérité, avec toute cette neige qui tombe silencieusement et qui rend une sensation de mort et de solitude profonde, vraiment un film qui m’a touchée…

De « Nuit et brouillard » à « Aimer, boire et chanter », Resnais a construit une oeuvre magistrale, qui a fait rayonner le cinéma français de la plus belle façon dans le monde entier;  le critique de cinéma américain Bilge  Ebiri a twitté :

« Fuck the Oscars. Fuck everything. Alain Resnais is dead. »