« Les fantômes de Rome » – Joseph O’Connor – éditions Rivages, traduit de l’anglais (Irlande) par Carine Chichereau.

« Février 1944. Les forces allemandes occupent Rome depuis six mois.

Les combattants alliés ont débarqué il y a cinq semaines à Anzio, à cinquante kilomètres plus au sud. Leur avancée rencontre une résistance féroce.

Dans la ville en guerre, la contessa Giovanna Landini fait partie d’un groupe de résistants connus sous le nom de « Choeur », qui ont mis au point une filière d’évasion. Leur mission consiste à cacher des réfugiés et à aider des prisonniers alliés à fuir Rome où, sous la férule du chef de la Gestapo, Paul Hauptmann, la situation devient plus difficile de jour en jour. »

Ce roman est une merveille. Je voue une grande admiration à Joseph O’Connor, depuis ma première lecture de cet écrivain irlandais.

Voici la suite de « Dans la maison de mon père », et j’ai retrouvé avec bonheur et même jubilation, la Contessa Giovanna Landini, ainsi que ses « troupes » de résistants. Rome, 1944. C’est l’hiver et la Contessa et ses ami-e-s vivent dans un palazzo glacé et humide. Ce groupe nommé « le Choeur », en référence au livre précédent dans lequel les résistants chantaient en chorale – pour d’autres raisons que l’amour de l’art – ce groupe donc est formé de femmes et d’hommes qui ont mis au point une filière d’évasion. La mission: cacher des réfugiés et des gens recherchés par les nazis, les aider à fuir Rome. C’est  bien sûr un objectif compliqué, périlleux, mais entre les mains d’un groupe soudé, avec de nombreux soutiens, y compris au Vatican.
Rome est occupée par les nazis, les troupes alliées peinent à avancer. La misère a gagné la ville, la faim et la peur règnent. Mais pas pour tout le monde. Les occupants, eux, ne manquent de rien.
Dans ce palazzo en pleine décrépitude – un triste symbole – , cette chère Contessa et ses amis résistent donc et mettent en place un réseau pour permettre des évasions, ce, en plein cœur du Vatican.
Quel bonheur de retrouver cette femme qui a, à mon avis, toutes les qualités pour cette résistance en temps de guerre. Intelligente, diplomate, intrépide, courageuse, c’est elle qui mène le bal, épaulée par ses amis et avec le soutien de l’ Eglise.
Cette lecture a été terriblement captivante ! Quelle merveilleuse écriture, tout est tonique, nerveux, avec les personnages de ce réseau, auxquels on se lie en solidarité.

On retient son souffle et puis l’humour reste présent souvent avec une grande finesse et un sens de l’à propos incroyable. Joseph O’Connor est un extraordinaire écrivain!  – La traduction de Carine Chichereau est brillante, on sent comme elle s’est emparée de cette écriture et de ce sujet, je suis très admirative. –
Mais revenons à Rome, ravagée par les bombes, barrée par les chevaux de frise qui empêchent de vivre et circuler, Rome respire la peur, la contrainte, la misère. Mais la survie s’organise malgré tout.

Un homme va arriver mal en point, dont la Contessa ne sait pas qui il est ni d’où il vient et donc s’il est « fiable »; grièvement blessé, elle ne peut avoir d’informations. Et puis Hauptmann s’installe au palazzo (qui est immense ) et la contessa est sur ses gardes tout le temps. Bon, clairement, ce livre, comme le précédent n’est guère facile à condenser.  Émaillé de personnages fascinants – comme la jeune Manon, chirurgienne – offrant une peinture de cette ville mythique en temps de guerre.  Rome garde tant bien que mal la tête haute dans l’emprise allemande, et puis la Contessa, digne, vaillante, courageuse et tellement intelligente n’a de cesse de lutter.

Manon, l’amitié, la tendresse. » Manon recelait des trésors de bonté. Elle était bien d’autres choses mais, chez elle, la bonté était primus inter pares.
C’était le genre de personne qui, si vous lui demandiez le nom d’un fleuve, s’arrangeait pour ajouter ceux de ses affluents sans que vous vous en rendiez compte. J’avais remarqué qu’elle sautait des repas. Ne fumait pas ses cigarettes pour les laisser à d’autres. Cette abnégation était presque irritante. Elle et Blon semblaient souvent se quereller, comme des sœurs ou des amies intimes. À d’autres moments, toujours comme des soeurs, elles se  complétaient; Manon finissait la phrase de Blon; celle-ci lui tenait les cheveux pendant qu’elle mettait une boucle d’oreille. »

Tout dans ce livre est aventure, tant humaine que guerrière, faite de personnages fascinants – même les « mauvais – qui donnent tout pour la survie, la volonté de défendre la liberté de cette ville et de ses habitants en souffrance.

Un personnage ici règne comme une ombre maléfique, mais hélas bien concret c’est le chef de la Gestapo Paul Hauptmann, dont le caractère est creusé par l’auteur, sa vie privée, sa femme, ses exigences. Hauptmann est un personnage majeur.

Impossible de résumer ce récit complexe, comme l’est la mission du Choeur mené par la Contessa. Tous les jours le réseau doit réévaluer ce qu’il faut faire, ce qu’il faut éviter, et parfois des décisions sont difficiles à prendre, comme l’opération qui après moult discussions qui sera réalisée par Manon, chirurgienne, mais novice, au son de l’oratorio de Haendel, « Jephtha ». Un passage absolument fascinant.

Que dire, sinon que ce roman est brillant comme peu le sont sur ce sujet, mêlant vie et mort, drame et légèreté – car la vie continue, malgré tout…-, amour, humour, haine, peur, trahison – peut-être – et amitiés indéfectibles, les relations humaines en temps de guerre, à la façon unique de Joseph O’Connor, magistrale.
Je sais bien que je ne creuse pas pour vous l’intrigue en profondeur, volontairement.

Voici un très grand roman d’aventure, d’histoire , d’amitié, d’amour, voici le très grand Joseph O’Connor.

Les mots de la fin, sur une sépulture:

« Un avion traverse le ciel en directionde Shannon, sa longue traînée grise telle une bannière.

Une main sur la sépulture, il regarde vers la montagne.
Un nuage dérive.

Les mouettes s’enfuient.
il prend une balle de golf dans sa poche, la dépose sur la tombe, puis il retourne en hâte à la voiture, car dans l’air, il sent l’odeur de la pluie et le vent qui fraîchit. Il ne faut pas tarder.

Dans la rue, il remarque au loin un homme plus âgé qui discute avec Mr Clifford. Costume sombre, feutre, il se penche à la fenêtre côté passager. Ce n’est pas possible, pense Bruno. Pas après tout ce temps.

Weldrick vient vers lui, les bras ouverts en une invitation silencieuse.

Pendant un long moment, ils ne disent rien. »

Et « Jephta » de Haendel, une interprétation sublime:

Une inoubliable lecture.

 

 

« Dans la maison de mon père » – Joseph O’Connor, Rivages – traduit par Carine Chichereau (Anglais/Irlande)

« Septembre 1943: les forces allemandes occupent Rome. Le chef de la Gestapo, l’Obersturmbannführer Paul Hauptmann, règne par la terreur.

La faim est partout présente . Les rumeurs suppurent. L’issue de la guerre est loin d’être sûre.

Les diplomates, réfugiés et prisonniers alliés évadés risquent leur vie en tentant de trouver asile au Vatican, le plus petit État du monde, pays neutre et indépendant situé au cœur de Rome.

Un groupe d’amis improbable menés par un prêtre courageux se retrouve soudain au cœur du danger.

À Noël, il n’est plus possible de faire marche arrière. »

Personnellement, ce sont les livres que j’ai le plus aimé qui me sont difficiles à chroniquer. Celui-ci, lu en peu de temps, impossible à lâcher, est de ceux-là. Ces premiers mots pour dire que j’ai été totalement happée par l’histoire ( inspirée de faits authentiques dont je ne savais rien ) de ce prêtre irlandais hors normes, captivée par tous les personnages qui gravitent autour de lui, par l’atmosphère de Rome occupée, par la foule italienne qui malgré la guerre est encore riche en verve, en couleurs, en saveurs, par l’écriture absolument exceptionnelle, qui ne renonce ni à l’humour, ni à la familiarité, ni à la poésie, une écriture extrêmement vivante.

Il y a là de nombreuses scènes descriptives du Vatican et de ses zones souterraines,  d’autres d’une Rome telle un dédale d’où, si on la connaît, on peut échapper à une poursuite, se cacher, feinter, tromper l’ennemi. Rome sous les bombes, aussi.

Et cet ennemi est partout, aboyant, maltraitant, grossier. Mêlés à la foule italienne, les soldats allemands dénotent terriblement. Car Rome et les Romains ne renoncent pas à continuer de vivre et à lutter. Bien malin qui pourra deviner lesquels vont se joindre au réseau initié par le prêtre Hugh O’Flaherty , attaché au Vatican, afin de permettre le sauvetage de près de 5000 juifs et soldats alliés. Passage qui décrit lors d’un concert le comportement des nazis:

« Un conventicule de brutes fascistes est arrivé dans la loge royale, fumant avec ostentation, ils ont bruyamment ouvert un jéroboam de prosecco, dérangeant tout le monde afin de montrer leur importance, mais le public a feint de ne rien remarquer. Les lumières se sont éteintes, Proietti a fait son entrée d’un air hautain. Il est monté sur l’estrade tel un roi romain des temps anciens, saluant le public d’un léger mouvement de tête avec ce curieux mélange de reconnaissance et de dédain que manifestent les plus grands.

L’ouverture a commencé, puis le premier acte de I Capuletti e i Montecchi de Bellini. Pendant un quart d’heure, tout s’est passé somptueusement, jusqu’à ce que ces ânes se mettent à braire dans la loge royale; les fascistes étaient ivres. Ils avaient amené avec eux des dames de petite vertu; les infortunées créatures, embarrassées par les sifflets ébrieux de leurs compagnons, ont tenté de les faire cesser, mais leurs supplications n’ont eu pour effet que d’enhardir ces rustres. »

Ce roman époustouflant se lit comme un thriller. Le rythme est soutenu, alternant les voix, et si les faits sont historiques, ils sont romancés d’une façon merveilleuse. Je n’ai pas ressenti une seconde d’ennui. Marianna de Vries, Delia Murphy Kiernan ( chanteuse Irlandaise), Sir d’Arcy Osborne ( ambassadeur britannique auprès du Saint Siège ), John May, Sam Derry – (https://www.hughoflaherty.com/index.cfm/page/samderry  )  – Enzo Angelucci, Contessa Giovanna Landini, vont se succéder en témoignages au fil du roman. Le groupe formera même un orchestre de chambre, histoire de se souder pour le grand jour, le Rendimento. Le livre est construit comme un compte à rebours, et en 3 actes: Acte I: Le Chœur, Acte II: Le solo, Acte III: Le Chasseur et enfin Le Coda  final. Tout ici évoque le théâtre, que ce soient les décors, les dialogues…Sauf que le fond n’a rien d’imaginaire.

La contessa Giovanna Landini va se confesser auprès de Hugh, réflexion sur le désespoir ( pour vous donner une idée de la splendeur de l’écriture ):

« Et à l’époque, un grand fantôme me tenait dans ses griffes. Le prince suprême des fantômes. Le désespoir.

Le désespoir paré de ses diamants de glace et de chagrin, de ses robes de brume scintillante. Dans ses yeux, l’étrange lumière qui attire les navires vers les brisants; dans son deuil, dix mille chœurs. Vous pouvez tenter de jouer avec lui, mais les cartes sont truquées; il sait qu’il finira par gagner. Ce qu’il vous offre, c’est de l’opium, mais cent fois plus fort. Il n’est rien d’aussi enivrant, d’aussi étourdissant qu’un parfait désespoir.

On ne comprend jamais que l’espoir, si tant est qu’on le rencontre, apparaît dans les petites choses du quotidien, pas à la manière d’une annonce venue d’en haut. Dans l’arôme d’un plat qu’on cuisine, une phrase de Vivaldi. Une poignée de main. Une conversation.

Voilà ce qui s’est passé ce jour-là dans les jardins de la villa Umberto. L’espoir m’attendait dans la sala Bernini. »

C’est là l’immense talent de l’auteur, de construire  une œuvre romanesque aussi vive, nerveuse, crédible, avec des faits historiques. On s’attache fort à Hugh, si peu ordinaire, on aime ses acolytes, permanents ou ponctuels. Et la visite de Rome, du Vatican, et surtout de leurs dessous est absolument incroyable et éblouissante.

À un rythme haletant, sans temps morts, Joseph O’Connor nous raconte un pan d’histoire héroïque, avec humanité, humour, grâce et générosité. Je crois que ce livre d’une grande richesse peut atteindre un très large public. En tous cas moi, je suis absolument conquise, je vous conseille vivement cette lecture. Histoire, amitié, courage et plein d’autres choses, par une écriture splendide s’assemblent pour un roman parfait. Dans un flux plein de vie et d’énergie, le courage, la fidélité à des idéaux, l’amitié et la résistance nourrissent un texte brillantissime.

« Les âmes égarées » – Joseph O’Connor – 10/18, traduit par Carine Chichereau

oconnorPlongée dans les heurs et malheurs de l’Irlande et des Irlandais. On vient de me dire que les Irlandais sont des chialeurs; pas faux selon O’Connor, mais aussi grandes gueules, bagarreurs, grands amateurs de bonnes blagues douteuses, buveurs et…pleureurs donc, la pinte aidant…

Mais mis à part ces considérations générales et autres clichés, je me suis véritablement régalée avec ce recueil de nouvelles, la dernière, « Un garçon bien-aimé » étant qualifié de « novella », plus proche du roman court que de la nouvelle ( ici, 110 pages ). On voyage avec les personnages de Londres à Dublin en passant par New York, voyage aussi dans les époques, dans les misères…Mais je dois dire que comme toujours chez O’Connor, le rire et la dérision sont bien là. La première nouvelle du recueil m’a fait vraiment rire, parce que ce diable d’auteur sait manier les niveaux de langage à la perfection et peux passer du vocabulaire le plus châtié au parler le plus grossier, et c’est toujours juste. Dans « The Wexford Girl », ça commence ainsi :

« Je sais pas si vous connaissez le village de Glasthule, près de Dun Laoghaire. Soyons honnête : y a pas de raison que vous connaissiez. Glasthule, c’est un trou. Il ne s’y passe pas grand-chose. Là-bas, quand vous branchez votre bouilloire, ça fait baisser l’éclat des réverbères. C’était une des plaisanteries favorites de mon père au sujet de Glasthule. Mais bon, mon père, j’en parlerai plus tard.  »

Et là, le lecteur est ferré, n’est-ce pas ? Et juste quelques lignes après :

Baie De Dublin, Vue, Dun Laoghaire, Dublin, L'Irlande« Mon père disait que la mer, ça fait du bien aux gens. Il disait que plus on se rapproche de la mer, plus on est sain d’esprit. D’après lui, c’est pour ça que les gens de Dublin sont vraiment des gens bien, dans l’ensemble. Et c’est pour ça aussi qu’ils sont tous dingues à l’intérieur des terres. Il sont trop loin de la mer. C’est pas bon pour le cerveau. Et c’est pour ça qu’on voit ces bandes de bouseux descendre sur Dublin. Ils ont besoin de se rapprocher de la mer, les pauvres bougres. Mais bon, même comme ça, c’est pas gagné. »

Et le voici, le lecteur, la lectrice au demeurant, totalement accroché, parce que rire comme ça au début, ça invite à continuer.

Sauf que je connais déjà Joseph O’Connor Et je sais bien que du rire aux larmes, il n’y a qu’un pas. Cette histoire est tragique, L’Irlande est tragique, son histoire est tragique. Je me souviens que dans » Inishowen », roman que j’avais adoré, O’Connor parlait de ces gars qui chantaient des paroles gaies sur des musiques tristes et des paroles tristes sur des airs entraînants…Il en était tout perplexe…Tout est ainsi dans ces nouvelles, même si on ne rit pas toujours, l’auteur selon l’adage « qui aime bien châtie bien » s’en donne à cœur joie, parfois impitoyable avec ses concitoyens il dépeint aussi ces périodes de misère, sur l’île ou à New York, à tirer des larmes et toujours avec plus de compassion pour les femmes – qui le méritent – que pour leurs hommes, même si certaines figures masculines sont magnifiques, comme Colm  le père de Cian …L’hommage que rend Cian à son père aimé, qui clôt le livre, est digne, émouvant, un hommage au courage et à l’amour.

On va ainsi croiser ici et là des types qui se débattent avec l’alcool, avec les femmes, avec la pauvreté, souvent tout à la fois…On passe du rire ( « Couleur Octobre » )- 

« Alors, c’est un été caniculaire à  New York. L’eau est rationnée et tout ça rend les gens complètement dingues. Tout le monde se traîne en short de cycliste. On est tous roses et moites. Comme des poulets de supermarché. Et ce soir-là, moi et mon pote, le père Noël Gallagher…

-Le père Noël Gallagher?

-Ouais.  C’est marrant, hein ? »

aux larmes ( « Orchard Street, à l’aube » )

pauvres« Un cercueil pour ma fille. Une petite boîte blanche. Comment pareille conversation peut-elle avoir lieu? On n’enterre pas son enfant. C’est votre enfant qui vous enterre. Comme si tout cela n’était qu’un rêve enfiévré dont Bridget Moore allait se réveiller pour entendre le bruit de la rue, le rythme d’une journée nouvelle à New York, et les pleurs d’un bébé réclamant la goutte de lait que les riches donneraient à un chat. »

Cette nouvelle tout particulièrement est d’une tristesse sans fond. Comme je l’ai dit plus haut, le talent de Joseph O’Connor est grand à varier son écriture, la longueur de ses phrases, les rythmes et les ambiances. Mais pourtant un lien évident noue ces histoires, les relie et on arrive à un très beau recueil, bien bouclé.

Quand l’envie d’Irlande me prend, Joseph O’Connor est parfait : juste assez moqueur, juste assez cynique et rageur, mais aussi plein d’amour – un peu contrarié – pour ses compatriotes et son pays. Il y a dans ce recueil des phrases sublimes, des éclats de rire et des coups de colère, il y a de la vie à revendre, je vous laisse au plaisir de la découverte. Je rajouterai que la traduction de Carine Chichereau est  tout bonnement formidable.

 

« Desperados » de Joseph O’Connor – Phébus Libretto, traduit par Pierrick Masquart et Gérard Meudal

despéra« Desperados »…une bal(l)ade irlandaise sous le soleil du Nicaragua…Le premier livre de Joseph O’Connor ( 1994 ), où j’ai retrouvé avec plaisir le sens de l’ironie désespérée propre à son pays, l’Irlande, et le portrait d’une génération favorisée qui pense que faire la révolution ( en short sous le soleil et en buvant frais ) est un jeu. Alors qu’à Managua, se décide la vie d’un peuple. 

Un vieux couple désuni depuis longtemps va , à cause d’ un malheureux évènement, se retrouver dans la chaleur accablante de Managua en pleine révolution sandiniste…et c’est ce que j’ai préféré dans ce roman , un peu long à mon avis ( ça dilue un peu trop, même si ça rend assez bien la langueur locale) . .

nicaragua_sandino_04Franck et Eleanor, dont l’auteur nous livre l’histoire entre les chapitres consacrés au reste du récit , sont deux drôles de personnages, à la fois touchants et un peu « têtes à claques », qui vont se rencontrer à nouveau, tandis qu’ils recherchent leur fils Johnny égaré quelque part dans la chaleur révolutionnaire locale. Ils sont l’axe du roman, où les malentendus s’enchaînent, pour arriver à un dénouement  assez joli ( même si attendu). Vous l’aurez compris, un roman sympathique, qui m’a amusée souvent, émue parfois, mais je lui ai de très loin préféré le puissant recueil de nouvelles » Les bons chrétiens » et le splendide « Inishowen » – chez le même éditeur – , les deux m’avaient emballée. Joseph O’Connor reste néanmoins un grand écrivain. Il garde un sens de l’humour solide, et un don de portraitiste de premier ordre. Ah! J’oubliais : j’ai bien aimé le personnage de Claudette !  

nicaragua_managua_13Photos empruntées sur autorisation sur le très bon site:  bourlingueurs

 

« Claudette faisait environ cinq mètres de long. Elle avait le pare-brise fêlé, un autoradio de récupération et un moteur dont les pièces tenaient ensemble grâce à des élastiques et à beaucoup d’optimisme.[…]Sur le capot était écrit en grosses lettres dorées : LOS DESPERADOS DE AMOR : THE LAST REBELS OF ROCK AND ROLL. Et juste en-dessous, toujours en lettres dorées mais plus petites :

MARIAGES, BAR-MITZVAHS, ÉMEUTES – tél. Smokes, Managua 2147. »