« Les lendemains qui chantent » -Arnaldur Indridason – Métailié Noir, traduit pas Eric Boury (Islande )

« Le moteur de la Lada s’étouffa et cala une fois de plus, ils la poussèrent jusqu’au bout de la jetée où était amarré le chalutier russe. Le véhicule n’avait pas passé le contrôle technique, il aurait été trop coûteux de le faire réparer  étant donné son grand âge et son mauvais état, ils avaient donc signalé à l’administration qu’ils le retiraient de la circulation et avaient rendu la carte grise quelques mois plus tôt. Ils l’avaient cependant pris en douce sans ses plaques d’immatriculation pour cet ultime trajet. La voiture avait passé un long moment garés au pied de leur immeuble, sa peinture jaune moutarde avait perdu son éclat, la carrosserie était parsemée de taches de rouille qui avaient fini par percer le plancher côté passager. »

Voici un bon moment que je n’avais plus lu Indridason, et je l’ai retrouvé ici avec grand plaisir, et avec Konrad . Je le reconnais : j’ai été grande amatrice très attachée à Erlendur, et le passage à ce nouveau personnage m’a déstabilisée. Vous savez, ces amitiés que nous, lectrices et lecteurs, nouons avec des personnages, ces amitiés peuvent nous rendre un peu « obsessionnels », et injustes pour ceux qui arrivent après.

Erreur corrigée, j’ai vraiment beaucoup aimé Konrad et sa façon d’être. C’est un homme bon, calme, touchant, et surtout très patient. Ici en effet il remonte le temps pour revenir à l’époque sombre des réseaux d’espionnage russes, dans les années 70. Konrad part sur les traces infimes d’une Lada et en creusant au fil de son enquête, informelle, vu qu’il est à la retraite, il va déterrer un corps, celui de Skafti, après qu’un autre corps soit trouvé au bord d’un lac.

« L’affaire Skafti ébranlait la police et le système judiciaire. On avait ouvert au moins deux enquêtes pour découvrir comment de telles choses avaient pu se produire  et la famille de l’assassin présumé, désormais décédé, exigeait qu’il soit innocenté et réclamait des compensations financières. Les médias voulaient savoir qui avait mené l’enquête à l’époque et pourquoi elle avait été bâclée. »

Je vous le dis tout de suite, c’est complexe, mais ce que moi j’ai le plus aimé, c’est le talent qu’à ce sacré Arnaldur Indridason pour tracer des portraits d’hommes et de femmes, tellement vivants, tellement concrets. Parfois c’est si fin qu’on perçoit même le non-dit. On va entrer dans quelques foyers, des couples, et la femme extralucide Eyklo; je l’ai beaucoup aimée, cette femme-là.

« Elle avait jadis cherché à comprendre l’origine des images qui lui venaient de l’au-delà. N’était-elle pas abusée par son discernement? Ses visions, ses rêves prémonitoires et sa perception de ce qu’on appelait le surnaturel n’étaient-ils pas une forme de maladie du cerveau, ou pouvait-elle réellement entrer en contact avec ceux qui n’étaient plus de ce monde?

Dès son plus jeune âge elle avait compris qu’elle était différente lorsque lui étaient apparus des gens qu’elle était la seule à voir dans les circonstances les plus diverses. (…) Elle avait appris à distinguer ces gens des autres  et s’était confiée à son père qui avait lui aussi un don de voyance même s’il l’avait gâché par l’abus d’alcool qui avait fini par l’emporter. »

Konrad va se trouver confronté à son ex collègue – mais pas vraiment ami, non – Leo. Et de fragment en fragment de récit ou de découverte, notre Konrad, attachant, va éclairer un pan de l’histoire islandaise que pas mal d’autres voudraient garder ensevelis. Je ne juge pas utile d’en dire plus, mais ce roman sonne mon retour vers Arnaldur Indridason !

« – Nikolaï et son oncle étaient coupables de haute trahison, ils ont été punis, mais ça n’a pas suffi, la vengeance des Russes s’est poursuivie jusqu’en Islande.

-Je m’interroge sur les motivations de Hendrik et Franklin, pour autant qu’ils aient monté le coup ensemble.

-Je suppose qu’ils rêvaient du pays des lendemains qui chantent, non?

-Ah oui, les lendemains qui chantent… »

Donc, je pense que je me remettrai sur les talons de Konrad.

 » Konrad et Ivan discutèrent ainsi un bon moment. Après avoir raccroché, Konrad se replongea dans sa collection de vieux souvenirs qui s’effaçaient un peu plus chaque année., il y trouva une magnifique photo d’Erna. Il se rappelait le moment où il l’avait prise. Ils étaient partis en voyages seuls tous les deux à la fin du printemps, les montagnes bleuissaient. Ils avaient parcouru les campagnes et planté leur tente après une longue journée. Erna s’était mise à l’écart pour observer la clarté du ciel et ses yeux s’étaient colorés de la lumière du soir. Konrad l’avait rejointe, il l’avait serrée dans ses bras et elle lui avait murmuré à l’oreille des mots qui parlaient d’une soirée de printemps. D’une lumineuse soirée de printemps… »

Une bonne lecture, instructive et  fine dans son regard sur les personnages. 

« Frère »- Halldór Armand, éditions Métailié/ bibliothèque nordique , traduit par Jean-Christophe Salaün ( Islande )

« Les guides touristiques islandais qui exercent à l’étranger affirment que rien n’égale l’étincelle dans le regard de leurs compatriotes lorsqu’ils sortent d’un aéroport avec leurs valises sous le soleil. Cette pure joie de vivre, ce soulagement si singulier évoqueraient presque la réaction des personnages d’un film au terme d’une longue guerre ou d’une difficile bataille pour la liberté. »

J’ai commencé ce roman, je l’ai posé et repris. Lu d’une traite. Chaque livre a son heure ( si on y retourne c’est qu’on a perçu le petit truc qui accroche…). Quelle merveille que ce beau roman ! Je n’avais pas lu d’auteurs islandais depuis un bon moment et c’est un retour heureux vers cette veine littéraire si particulière. Voici une tragédie familiale qui emmène la lectrice dans les intimités de Skorri, Tinna , Hrafntinna en version intégrale,  Alfred le père, la belle-mère Sigga…et quelques autres intervenants dans ce drame bouleversant. 

Je peux dire sans risque de me tromper que ce roman est une histoire d’amour, une histoire de « folie » ( se méfier de ce terme ), un amour fou entre un frère et sa sœur, sans rien de douteux, je précise. Ils sont orphelins de leur mère morte d’un cancer et leur père Alfred a trouvé une bonne compagne en la personne de Sigga. Mais le souvenir tendre de la mère flotte encore dans la maison:

« Cette semaine-là, c’était l’anniversaire de sa mère. Elle aurait eu quarante-cinq ans; Qu’aurait – elle pensé de tout ça? Que lui aurait – elle conseillé? Il n’en avait pas la moindre idée. Dans sa mémoire, elle était tellement plus libérée et jolie que son père. L’un des souvenirs les plus vifs qu’il conservait, c’était la fois où il l’avait vue feuilleter des photos fraîchement développées en fredonnant une chanson du groupe Nýdönsk dans le vestibule. »

Le sentiment qui vient en lisant, c’est l’affection du grand frère pour sa petite sœur, fragile, mal adaptée au monde, scolaire ou autre, Tinna qui pleure souvent. 

On va suivre ces deux personnages, ils grandissent, ils font des rencontres et ils veulent écrire.  Après un job d’été à l’hôpital où Skorri rencontrera l’incroyable Harpa Glódís, une infirmière de la génération beatnik qui a gardé le goût de la liberté et autres plaisirs de ses années de jeunesse, Skorri donc fera de brillantes études de philosophie du droit.

Scène du vol du lit médicalisé au son des Bee Gees :

« À 0h07, Skorri remarqua un mouvement dans le rétroviseur et aperçut Harpa Glódís qui remontait la rue Eiríksgata avec un beau lit médicalisé. Il avait augmenté le volume de l’autoradio lorsque la chanson « You win again » des Bee Gees a commencé, et à présent le rythme s’intensifiait pour mener au refrain. Sur le point de sortir, il vit dans le reflet sa collègue pousser un cri muet et s’écrouler par terre en tenant sa cheville et en se tortillant comme un footballeur après un tacle. « Et merde! » s’exclama Skorri. »

Tinna écrit de la poésie. Le lien premier dans le livre est celui que fait Hanna, qui fut amoureuse de Tinna au lycée et veut, elle, écrire un roman sur cet amour échoué. Mais. 

Au cœur du roman, un drame va survenir, qui va faire déraper les chemins quand même  tracés de façon à peu près correcte, quelque chose va enrayer les relations du frère et de sa sœur. 

rural-g8565a4eeb_640« Son frère ne serait plus jamais le même. Cette douleur et ce chagrin ne l’abandonneraient plus. Il passerait toute sa vie à la frontière de la folie, en quête perpétuelle de quelque chose auquel se raccrocher, une justification, une excuse, un but. Pendant des années elle avait elle-même été cette justification, cette excuse, ce but. elle en était consciente. C’est pourquoi il était si intrusif, si autoritaire, si écrasant, c’est pourquoi il essayait de contrôler sa vie intérieure: il était convaincu de la protéger d’un ennemi qu’il avait lui-même invoqué, du fantôme de cette nuit sur la route 1, impossible à exorciser. »

La vie de chacun se trace, Tinna part vivre – fuit – à Berlin, Skorri part à sa recherche… oui, et ? Ah je ne peux rien dire sinon que ce roman, digne vraiment d’une tragédie antique va nous bousculer, il y a des retournements de destins et l’auteur avec un talent fou nous tient et nous emmène doucement, avec finesse, vers une fin terrible, où la réalité des faits tout à coup apparait, c’est extrêmement bien ficelé, intelligent, brillant, un bonheur ! Alors pas un polar, mais il y a un authentique suspense. L’écriture est magnifique, le rythme bien mesuré, les narrations des personnages, fines, et surtout parfois si ambigües !  

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Les personnages secondaires ne sont en aucun cas négligés, on voit une sorte de galaxie formée autour de Skorri et Tinna, avec des collisions, des dépressions, des perturbations, sévères le plus souvent. Ce livre, au fond n’est qu’une incroyable – et parfois épouvantable –  histoire d’amour contrariée par des rencontres, des départs, des mensonges et des silences. Bouleversants, souvent, ces personnages en errance. Je les ai aimés, les membres de cette famille, ils tentent de faire au mieux avec leurs histoires, leurs espoirs, leurs secrets. Magnifique, triste, parfois drôle, mais pas tant que ça parce que c’est bien compliqué pour rire dans cette histoire. Mais une chose est certaine c’est beau beau beau. J’omets volontairement d’évoquer plus que ça, une autre histoire d’amour dont Kíara fait partie. Kíara qui vivra plus tard avec Skorri. Tout ça, il faut s’y plonger pour comprendre que ce roman parle de la complexité des sentiments humains, de la difficulté à vivre, parfois, au sein d’une famille, même aimante. Ceci est dit avec finesse, intelligence, et délicatesse.

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Ainsi les scènes finales de cette famille en croisière, semblant retrouver une vie « normale » de famille unie sont une grande grande réussite! Car la famille, les liens familiaux sont au fond le cœur du sujet.

Je suis arrivée à la fin en un souffle. Et puis quelle poésie ! Je termine avec cette chanson islandaise, quand même, on l’entend dans ce livre, chantonnée par la mère. 

Ce roman est un coup de cœur, un beau retour en Islande.

« Lumière d’été, puis vient la nuit » – Jón Kalman Stefansson – Grasset / En lettres d’ancre, traduit par Éric Boury

« Nous nous apprêtions à écrire que la particularité du village consistait précisément à n’en avoir aucune, or cette affirmation n’est pas tout à fait juste. Certes, il existe d’autres lieux où la plupart des bâtiments ont moins de quatre-vingt-dix ans, des ports de pêche qui ne peuvent s’enorgueillir d’être le berceau de quelque célébrité, d’aucun individu qui se serait illustré en sport, en politique, en littérature ou dans le domaine du crime. Il semble cependant qu’il y ait un point par lequel notre village se distingue des autres – nous n’avons pas d’église. Non plus que de cimetière. « 

Je n’avais rien lu de Jon Kalman Stefansson depuis sa trilogie qui m’avait enchantée, et le voici de retour sur ma bibliothèque avec ce roman, une chronique villageoise très réjouissante, désordonnée, ébouriffée et ébouriffante par le vent et la poésie, la fantaisie, l’intensité charnelle et même la portée philosophique. J’en ai dit ça à une amie en privé:

« Ce roman de Stefansson est très drôle, beaucoup de sensualité /sexualité à l’islandaise, des grands hommes, de grandes femmes, pas forcément belles, mais sensuelles, du vent, des fantômes et de la philosophie »…mais je ne vais pas faire si court tout de même !!! »

C’est une lecture réjouissante pour le cœur et pour l’esprit, pleine d’humour et de beauté, comme on en a tant besoin en ce moment. Ce livre nous fait respirer la vie à grandes goulées fraîches et vivifiantes. Les descriptions sont extraordinaires, on y est, on y marche, on y observe la nature et les habitants, et on entre dans leurs vies, dans leur décor dessiné avec un bel humour indulgent. Cet extrait donne bien le ton de l’écrivain, entre une ironie tendre et mine de rien un regard critique sur les sociétés modernes.

« On trouve ici quelques dizaines de pavillons, pour la plupart de taille moyenne et dessinés par des architectes sans âme ou des technocrates, on ne peut que s’étonner du peu d’exigences que formulent les gens auprès de ceux qui déterminent à ce point l’apparence de leur environnement. Il y a  également trois petits immeubles de six appartements et quelques jolies maisons en bois datant de la première partie du vingtième siècle.  La plus ancienne, âgée de quatre-vingt-dix-huit ans et construite en 1903, est tellement vermoulue que les grosses voitures freinent à fond quand elles passent devant. Les bâtiments les plus importants sont les Abattoirs, la Laiterie et l’Atelier de tricot, tous parfaitement dénués d’élégance. En revanche, on a construit il y a cinquante ans une jetée en ciment qui avance dans la mer, un ponton au bout duquel on s’amuse à uriner, le bruit du jet qui tombe dans l’eau est très distrayant. »

Suit un panorama sur la géographie des lieux, le fjord, les oiseaux dans les tourbières, le soleil couchant, et

« Avez-vous jamais réfléchi au nombre de choses qui tiennent au hasard, toute la vie peut-être? C’est une pensée rudement déplaisante, le hasard est souvent aveugle, ce qui réduit notre existence à un ensemble de tâtonnements, cette vie qui semble aller dans toutes les directions et s’achève le plus souvent au beau milieu d’une phrase – peut-être est-ce justement pour cette raison que nous allons vous raconter les histoires de notre village et des campagnes environnantes. »

Ce texte, dont le narrateur est « nous », est tellement brillant qu’il est bien terne d’écrire à son propos. Reprenant le livre – sur la liseuse – je serais prête à m’y plonger une fois encore. Respirer l’air frais de ce petit coin d’Islande, où on croise des personnages formidables ainsi le premier, l’Astronome, directeur jeune et élégant de l’Atelier de tricot qui va se métamorphoser en collectionneur de livres d’astronomie anciens et en latin, qui vont arriver chez lui par caisses entières, Galilée, Copernic, Kepler,…métamorphose après un voyage à la capitale. On va écouter ce qu’il advient de cet homme, de son fils et de l’Atelier. Ce chapitre présente ainsi les femmes qui travaillent dans cet atelier du tricot, et tout un essaim de personnages. On va les retrouver au fil des pages, sous un focus ou pas, mais vont s’égrener des vies à l’apparence banale et pourtant non, mais non, vraiment pas ! Cet auteur a le don de faire de chacun une figure importante, imposante aussi, et ces êtres tissent le réseau de cette communauté villageoise. On va de ferme en ferme, au café, à l’Atelier et à la Poste

« Il arrive toutefois que nous, qui vivons à l’écart, loin de la route nationale numéro 1, nous assoyons pour rédiger une missive que nous portons ensuite à la poste. Cela fait plaisir à Ágústa qui a l’impression d’être utile, en outre, une sensation délicieuse nous envahit, un peu comme lorsque nous nous souvenons du temps où on buvait un Coca avec une paille en réglisse, comme quand nous allons au Musée National ou que nous rendons visite à une vieille tante; parce que, alors, nous faisons œuvre de loyauté envers le passé. »

Il y a beaucoup d’agriculteurs, des géants maladroits, des femmes hautes et larges, sensuelles et gourmandes, mais seules et frustrées, ainsi Þuríður :

« Elle a trente- cinq ans, elle mesure un peu plus d’un mètre quatre-vingts, elle est forte sans toutefois être grasse, à cause de sa taille, certains hommes se sentent gênés à l’idée de danser avec elle, depuis plusieurs années, elle réfléchit à quitter le village, à s’en aller pour assouvir ce désir brûlant et irrépressible qui la prive désormais de sommeil et commence à saper sa joie de vivre. »

Il y a des amours interdites qui bravent et le temps météorologique et le temps du calendrier. Des amours tenaces qui jamais ne se résignent à mourir. Des fantômes, des rêves, et l’amour toujours, souvent inopiné, parfois sur des braises promptes à mettre le feu.

Beaucoup de sensualité, Elisabet et sa robe de velours noir, qui attise la jalousie des commères  » sa voix était aussi soyeuse et sombre qu’une robe de velours noir »…

Cette sensualité est exacerbée par le climat rude et par l’isolement, par le peu d’événements qui surviennent, et tout est conté avec finesse, intelligence mais également avec une trivialité joyeuse et même effrénée. Parfois, tout est calme

« La mer est profonde, elle change de couleur, on dirait qu’elle respire. Heureusement qu’elle est là, parfois, les journées s’écoulent sans que rien ne se passe, alors, nous observons le fjord qui bleuit, qui verdit puis s’assombrit comme une apocalypse. Mais s’il est vrai que l’immobilité est le rêve secret de la vitesse, nous devrions peut-être créer ici une maison de repos qui accueillerait les citadins souffrant de stress, non seulement ceux de Reykjavik, mais aussi de Londres, de Copenhague, de New York ou de Berlin. Venez donc vous ressourcer dans un lieu où il n’arrive jamais rien, où rien ne bouge en dehors de la mer, des nuages et de quelques chats domestiques.« 

Ce village est humain, il y a donc de la colère, de la jalousie, comme dans mon passage préféré, le chapitre « Un synonyme d’apocalypse » où l’épouse de Kajman se venge de son infidélité. Ici, le début de la rage qui va animer Ásdís, avant un chapitre de furie vengeresse, formidable et impitoyable

« Tout allait dans le même sens.

Son degré de certitude est passé de quatre-vingt-seize à quatre-vingt-dix-neuf pour cent, le un pour cent manquant voletait comme un brin de paille en surplomb du précipice. Cela dit, un brin de paille n’a jamais retenu quiconque bien longtemps, la chute est imminente, le vide vous happe. Non, ce n’était pas une maladie mortelle, mais un simple adultère, banal et répugnant.

     Adultère, le fait de violer son serment de fidélité, et  d’avoir des relations sexuelles avec une personne autre que son conjoint, infidélité – synonyme d’apocalypse. »

La vengeance s’accomplit au son poussé à fond de l’autoradio de la Dodge, Elvis Presley , « One thing I know, I loved you like a baby »

Et puis pour ce qui est de la sexualité « à l’islandaise », c’est juste façon de parler, cette chose là est assez semblable aux 4 coins du monde, non ? Non. Ici, c’est bien « à l’islandaise » et vous savez ce qu’il vous reste à faire si vous voulez vous initier. J’ai lu bien peu de scènes d’ébats sexuels aussi réjouissants ! Tout ça est beau et sauvage, et tant pis pour l’adultère, mais bon, ce ne sera pas sans conséquences pour Kjartan

« Il vendit sa terre, il vendit chaque brin de paille, il vendit chaque touffe d’herbe, il vendit la colline derrière la maison, il vendit toutes ses cachettes, tous les lieux secrets de son enfance et la vue sur le fjord immense parsemé d’îles et d’écueils, il vendit ses bêtes, ses machines et ses bâtiments, puis la famille s’en alla. Comment s’y prend-on pour faire ses adieux à une montagne, comment se défaire des touffes d’herbe, des brins de paille et de petits cailloux devant la maison? »

Très très beau livre, réjouissant, drôle, tendre, intelligent et que les accidents n’épargne pas non plus, dans lequel on sent une grande tendresse de l’auteur pour ses personnages. Un magnifique séjour dans ce village islandais, avec des femmes et des hommes qu’au final on aime tous. J’ai eu la sensation à cette lecture – et en revenant dessus pour écrire – que mon cœur battait plus vite, plus fort…Vraiment un livre qui fait du bien, un hymne à l’amour joyeux, une ode à l’amitié et à la vie, une invitation, une incitation à vivre de toute urgence et une foule de questionnements 

« Le temps passe, nous vivons, puis nous mourons. Mais qu’est-ce que la vie? La vie, c’est quand Jónas pense à la courbe de l’aile d’un oiseau, c’est quand il s’endort, bercé par la respiration profonde de Þorgrímur, oui, c’est tout à fait ça, mais pas uniquement. Et quelle est la largeur de l’espace qui sépare la vie de la mort, d’ailleurs, cet espace existe-t-il, et si oui, quel nom lui donner? Doit-on le mesurer en kilomètres ou en pensées, certains peuvent-ils se glisser dans cet interstice – où ils avanceraient et reculeraient à leur guise?

Un matin de janvier en fin d’années 90 dans l’Entrepôt, on écoute Massive Attack en compagnie de Davið

"Ma maison au pied du volcan"- récit par Gísli Pálsson – éd. Gaïa, traduit par Carine Chichereau

« Bólstað

Les fantômes de ma jeunesse ont été enterrés de deux manières différentes: ils gisent sous les couches des débris de souvenirs accumulés au cours de ma vie, et sous la lave qui s’est écoulée le long des pentes du mont Helgafell, la « Montagne Sacrée » des îles Vestmann, en Islande, en 1973. Ces faits éveillent en moi à la fois une véritable curiosité et un sentiment de perte poignant. Chez moi, où est-ce? Comme tant d’autres à travers l’histoire, je  rêve d’un monde qui n’est plus, d’un lieu auquel j’appartiendrais mais qui ne peut être ressuscité. Que puis-je avoir en commun avec un champ de lave? Puis-je m’identifier à une montagne, me sentir un  lien avec un événement contemporain de l’histoire géologique de la Terre, à la manière dont d’autres personnes s’identifient à leur génération, leurs empreintes génétiques ou leur signe du zodiaque? Si l’on pense aux cérémonies funéraires chrétiennes, que sont cette terre, ces cendres dont nous venons et auxquelles nous retournons? »

Il est bon parfois de sortir de sa zone de confort. Et voici ce récit écrit par un anthropologue islandais qui enseigne à Reykjavik. Auteur de nombreux ouvrages scientifiques ( environnement, biomédecine, génome…), il a pour sa spécialité sillonné la planète.

Ici, il est question de géologie, certes, mais il est anthropologue, est né et a grandi au pied du volcan Helgafell sur l’île d’Heimaey, dans l’archipel des Vestmann.

« Bólstað », son premier habitat, petite maison de bois

« …construite sur la roche nue qui, des millénaires auparavant, était un flot de lave brûlante, jaillissant des profondeurs de la Terre ».

« Bólstað », littéralement signifie « habitat », et « Heimaey », le nom de cette île signifie « l’île où je suis chez moi ». Vivre dans un lieu dont le nom même est une appropriation aussi forte crée un lien extrêmement puissant entre l’habitant et l’habitat.

C’est très difficile pour moi de parler de cet ouvrage, en tous cas de son pan scientifique. Je ne suis pas très à l’aise avec le sismographe, les plaques tectoniques et tout le côté technique de l’histoire, je ne peux commenter ça, ce serait de la redite, c’est à lire; mais j’ai bien saisi le principe, et surtout le fait que tout ça , mesures ou pas, prévisions ou pas, est parfaitement aléatoire et c’est ce pourquoi j’ai trouvé beaucoup d’intérêt à cette lecture. Gísli Pálsson est  d’abord anthropologue. Et puis surtout il fut témoin d’un événement qui le traumatisa et éveilla une grande réflexion sur sa relation avec son environnement.  Et plus globalement la relation de l’homme avec son habitat.

« Je n’ai pas assisté à l’effondrement de Bólstað. Mais à peu près à l’époque où j’ai commencé à écrire ce livre, je suis tombé sur une photo, la dernière qui fut prise de la maison de mon enfance. Cette image m’a bouleversé. Lorsque je l’ai montrée à mes frères et sœurs, à ma mère, eux aussi étaient sous le choc. Aucune puissance ne surpasse celle de la Nature,ici. Une douce brise venant de l’ouest emporte les nuées de vapeur qui montent de la lave, donnant au photographe une bonne vue de ce qu’était Bólstað. La lave a déjà recouvert une extrémité de la maison, là où se trouvait « le lit où tu es né », dit ma mère. L’autre mur a été poussé de l’avant et la maison a pris feu; les flammes lèchent les toits et les fenêtres. Sous l’effet de la chaleur, le toit, recouvert d’amiante, explose en flocons blancs qui flottent au vent telle la neige sur les cendres noires du volcan déposées autour de la maison. »

On arrive ainsi à un propos plus anthropologique, plus écologique aussi, avec l’histoire d’une maison et de celle des gens qui y ont vécu et de son environnement. 

« Bateson soulignait le fait que les gens sont le produit de leur environnement, que nos outils et équipements font partie de nous-mêmes, au même titre que les personnes qui nous entourent et le sol sous nos pieds. La canne blanche et le sismomètre sont liés en ce sens que tous deux soulignent la volonté des humains de connaître leur environnement et de s’y adapter. Nous cherchons notre chemin sur la Terre vivante et mouvante grâce à toutes sortes d’aides sensorielles. »

De belles pages, un peu fatalistes d’ailleurs sur les dégâts que les hommes commettent, comme ici sur les flancs du Helgafell, une grosse cicatrice pour des usages tels que les pistes de l’aéroport, les forages de géothermie, etc…qui en 1973 seront autant de points faibles pour les coulées de lave opportunistes. Et cette éruption le 23 janvier d’un volcan considéré comme mort ( dernière éruption 6000 ans plus tôt ). L’éruption cessa le 28 juin ! Imaginez-vous ça ?  Helgafell, l’endormi qui soudain sort de sa léthargie et s’ébroue vigoureusement…

J’ai trouvé ce petit film, très impressionnant:

Un hommage aux quelques 300 femmes et hommes courageux qui restèrent sur l’île évacuée, cherchèrent et trouvèrent des moyens de ralentir la lave, tentèrent de préserver ce qui était précieux pour les gens, les maisons, les animaux et les outils de travail, le port de pêche, la poissonnerie, etc…peut-on imaginer cette faille qui s’ouvre en un torrent ardent et bouillonnant, peut -on imaginer des jets de lave incandescente pouvant atteindre 100 m de haut ? On peut dire que ça ressemble à l’enfer. On imagine la peur aussi des familles, près de 5000 personnes, sur  70 chalutiers qui quittèrent Heimaey pour la grande île, qui s’y installèrent et y vécurent, arrachés à leur habitat. 

« Tous autant qu’ils étaient, les habitants des îles Vestmann allaient bientôt devenir des réfugiés, contraints de fuir leur habitat. Pa étonnant que l’incertitude plane sur le moment où l’éruption a débuté. Le temps n’avait lus de sens: soit il passait à une vitesse vertigineuse, soit il semblait pétrifié. Les sciences modernes parlent « de temps géologique », une échelle temporelle presque infinie qui s’étend sur des millions, des milliards d’années, mais ce jour-là, le temps géologique sur Haimaey a fait un immense bond en avant en quelques minutes. »

C’est cette histoire qui m’a touchée. Le plan humain, l’histoire d’une population et de la nature qui l’entoure, des gens de bonne foi se croyant en bonne entente avec leur habitat au sens large du terme, mais ne l’étant pas, et bien que les légendes rôdent encore dans l’esprit des plus anciens, elles ne sont plus que folklore pour d’autres, alors qu’elles ont un sens métaphorique. Ce n’est pas moi qui vous donnerai les pistes de réflexions, mais si vous lisez ce récit, vous comprendrez très bien les enjeux et les enseignements livrés ici avec beaucoup de délicatesse, sans jugement sec, toujours avec beaucoup de tolérance, y compris pour nos ignorances. 

« Et puis les curieux sont arrivés. Un habitant a fait observer ceci: « Au milieu des cendres nous étions comme des Bédouins dans le désert; et quand les touristes sont arrivés, nous étions comme des pingouins dans un zoo.' »

J’espère que les extraits vous donneront envie de découvrir ce livre qui finalement se lit bien, avec un grand intérêt en ce qui me concerne. Un regard sur les hommes et la Terre passionnant. Un exercice difficile pour moi, non pas la lecture, mais parler de ce livre-ci. J’ai essayé ! Dans un mélange de sciences, de souvenirs, d’hommage tant aux hommes qu’à la nature, avec une pédagogie  douce, une réflexion proposée simplement, Gísli Pálsson m’a captivée.

Pour conclure en musique, alors que

« Le 4 novembre 1971, un groupe de l’école des beaux-arts locale a organisé une manifestation pacifique sur le site du volcan, où les grues et les camions continuaient d’extraire des scories pour l’aéroport. Brandissant des banderoles demandant qu’on protège la montagne et qu’on cesse l’exploitation de la carrière, ils ont bloqué la route pendant un moment et empêché toute activité sur le site? Après des cris et des négociations, les camions s’en sont retournés bredouilles. Les chauffeurs routiers, amis et anciens collègues de mon père, étaient divisés sur la question. Certains soutenaient les manifestants, tandis que d’autres les critiquaient. L’un d’eux a fait observer avec cynisme : « Est-ce qu’on est entrès en guerre? Est-ce que je suis un prisonnier de guerre?C’est à cause de cette foutue télévision que vous avez appris tout ça!  » Comme disait Bob Dylan, « The times they are a-changin » – les temps changent. »

« Les roses de la nuit » – Arnaldur Indridason – Métailié Noir, traduit par Éric Boury

« Ils avaient découvert le corps sur la tombe de Jon Sigurdsson, le héraut de l’Indépendance, dans le vieux cimetière de la rue Sudurgata. Assise à califourchon sur le jeune homme, c’était elle qui l’avait vu en premier.

Ils avaient remonté Sudurgata en se tenant par la main après avoir quitté l’hôtel Borg. Il l’avait prise dans ses bras et l’avait embrassée. Elle lui avait rendu son baiser, d’abord tendrement, puis en y mettant plus de passion et en se laissant emporter par sa fougue. Ils étaient partis de l’hôtel Borg vers trois heures du matin et avaient traversé la foule qui envahissait le centre. Il faisait beau, c’était peu après le solstice d’été. »

Ce roman a été publié en Islande en 1998, il est en fait le second de la série Erlendur Sveinsson, avant « La cité des jarres » et mon préféré « La femme en vert ». Je ne sais pas trop pourquoi il n’arrive que maintenant chez nous, mais en tous cas, j’ai retrouvé le plaisir de lire les enquêtes de cet Erlendur âgé de 50 ans, plaisir qui s’était un peu émoussé au fil des livres, même si cette série m’a accrochée si bien que je l’ai suivie  avec une régularité sans faille.

Celui-ci est encore donc plein de la fraîcheur de l’écriture d’Indridason quasi débutant, les personnages, Elingborg et Sigurdur Oli, en sont encore à leurs débuts. Le seul petit problème, c’est qu’on sait déjà comment leur vie va évoluer; enfin un problème ou un avantage, selon comment on envisage la lecture. On  assiste à la rencontre de Sigurdur avec Bergthora et on connait la suite…Alors pour ceux qui n’ont pas lu la série, eh bien je n’en dis rien !

« -Ça vous plaît de faire ça dans les cimetières? demanda Erlendur.

-Et vous, ça vous plaît de poser ce genre de questions? rétorqua Bergthora.

-Nous essayons seulement de comprendre…

-Et je suis censée vous répondre quoi ? Que j’aime baiser au milieu des morts? Que j’aime faire des galipettes dans la nature et qu’après tout, un cimetière, c’est une oasis de verdure? Eh bien voilà ! C’est ça que vous avez envie d’entendre? En tous cas, ça n’a rien à voir avec la présence des tombes et des cadavres. C’est bien compris? Je tiens à ce que ce soit clair !

-Et don Juan a filé quand vous avez découvert le corps? poursuivit Erlendur, impassible. Sa fille lui avait raconté des histoires bien plus glauques que la jolie petite aventure nocturne de ces deux informaticiens.

Donc ce type l’a tringlée dans le cimetière, pensa Sigurdur Oli, imaginant la scène, ce qui lui fit perdre un instant sa concentration. Il était célibataire et il y avait un certain temps qu’il n’avait invité personne à passer la nuit chez lui. »

Une jeune femme est retrouvée morte sur la tombe d’un personnage important de l’histoire de l’Islande, Jon Sigurdsson.

Tandis qu’un couple s’ébat sur l’herbe à côté de la sépulture durant cette une nuit d’été sans fin, la femme entend un bruit et voit la jeune femme morte et la silhouette d’un homme quittant les lieux. Elle appelle la police tandis que son compagnon d’un soir file.

« Aucun ami n’avait signalé à la police la disparition d’une jeune fille brune portant un tatouage sur les fesses. Aucune mère n’était venue dire qu’elle s’inquiétait pour sa fille. Aucun père. Ni frère ni sœur. Il était peut-être trop tôt pour que ses proches se manifestent. Ou peut-être que personne ne se souciait d’elle. »

Erlendur et Sigurdur arrivent. La jeune fille, Birta, n’avait que 22 ans ( la 4ème de couverture indique 16, mais c’est bien 22 ans page 144) , se droguait et était originaire des fjords de l’Ouest, comme l’était Jon Sigurdsson. 

Ainsi va commencer une enquête qui pose pas mal de questions. Est-ce par hasard que le corps est déposé sur cette tombe particulière ou cela a-t-il un sens? L’homme qui a été vu quittant le cimetière, qui est-il et a-t-il un rapport avec l’affaire ? Et alors que des immeubles pussent comme des champignons à Reykjavik tandis que les fjords se vident, une question dans la bouche de la jeune femme qu’on a fait taire et que reprend Erlendur :

« […]Qui possède ces gigantesques temples de la consommation ? Qui sont les gens qui vont occuper tous les logements? D’où viennent-ils?

Erlendur marqua une pause.

-La seule chose qui manquait dan stout ça, c’était le paramètre humain, reprit-il. Les projets grandioses des entrepreneurs en bâtiment et des spéculateurs immobiliers ne pouvaient voir le jour que s’il y avait des gens pour emménager dans tous ces logements et faire leurs courses dans ces galeries commerçantes. D’où allaient venir ces personnes ? Qui allait emménager dans tous ces logements ? Voilà les deux questions que se posait une gamine complètement droguée qui passait son temps à errer dans les rues de Reykjavik. Vous ne trouvez pas ça étrange ? »

Eva Lind, la fille toxico du commissaire sera d’un grand secours pour ce qui concerne les milieux de la drogue à Reykjavik, et puis une phrase qui revient sans cesse va intriguer notre obsessionnel Erlendur. Et ça le mènera sur une piste inattendue, commençant ainsi par une pauvre gamine défoncée et morte. Avec un panorama de la pègre islandaise – milieux de la drogue, de la prostitution, de la corruption – et un regard sans concession sur ceux qui utilisent les failles des institutions et des lois pour faire de l’argent, Indridason livre là une enquête impeccable menée de main de maître par l’équipe d’Erlendur. On voit le commissaire et sa vie de famille ratée, on observe Sigurdur qui tombe amoureux, on va faire un tour dans les fjords de l’Ouest en train de se désertifier, et même, Erlendur avoir une aventure d’un soir avec une blonde plantureuse surnommée Gunna-ne-pense-qu’à-ça…! On a ici des passages dans lesquels Ernedur et Sigurdur débattent du monde et de l’Islande en particulier, échangent sur l’histoire, et les deux hommes n’ont pas vraiment la même vision des choses. Ainsi parle Sigurdur:

« Regarde-toi. Tu n’en as que pour les contes populaires, l’amour de l’Histoire de ton pays et des grands hommes disparus, Jon et Hannes Hafsteinn, mon Dieu, comme il était beau, et je ne sais quoi encore, comme disent les bonnes femmes. Et toi, tu t’accroches à ces trucs-là, tu passes ton temps à explorer le passé, à vivre dans un passé qui jamais ne reviendra et jamais ne changera.

Erlendur le regardait, abasourdi.

-Le pire, reprit Sigurdur Oli, c’est que ça te coupe les ailes. Ça contamine ta vie privée. Tu es coincé dans ton passé dont tu ne veux ni ne peux te détacher. Et c’est ça qui te prive de ton énergie. »

Un peu d’humour pince sans rire  – que j’aime beaucoup –  vient en contre-point à des passages glauques et sinistres. Quelques odieux personnages surgissent comme Herbert et Kalmann. 

« La cinquantaine, petit et maigre, le visage long et de grosses lèvres, Herbert était comme monté sur ressorts. Célibataire et sans enfant, il vivait seul dans sa grande maison. il avait la réputation d’être violent. plusieurs personnes avaient porté plainte contre lui pour agression, mais toutes s’étaient rétractées. Erlendur se souvenait qu’il avait été placé en détention provisoire vers 1980 dans le cadre d’une disparition qui n’avait jamais été élucidée. »

Puis on a une histoire d’amour et d’amitié entre Birta et Janus, deux jeunes des fjords de l’Ouest échoués dans la ville de Reykjavik et qui y laisseront leur jeunesse et leur vie, ou encore Dora. Des personnages touchants et un constat sur nos sociétés, pas très reluisant et vraiment triste.

« -Toi, tu t’es occupée de moi.

-Tu me ressemblais. Personne ne t’aimait.

-Mais je n’ai pas sombré dans la drogue. Je ne me suis pas prostitué.

-Ce n’est pas comme ça que ça commence. Je crois que personne n’a envie d’être dépendant. Je ne sais pas exactement comment ça se produit. Peu à peu, on arrête d’y penser. On disparaît dans une sorte de brouillard jusqu’au moment où on sursaute parce qu’on ne trouve plus la veine où planter l’aiguille. Qu’est-ce qui est arrivé ? Combien d’années ont passé ? J’ai fait quoi tout ce temps ? On y pense et on oublie aussitôt.

-Puis on attrape le sida.

-Puis on meurt. »

Il m’a plu de retrouver le ton des premières enquêtes d’Erlendur, une plume plus vive que dans les livres des dernières années, et une grande compassion pour ses jeunes personnages paumés. Bref, une lecture très agréable, en continu car l’histoire est prenante, j’ai beaucoup aimé .