« Frère »- Halldór Armand, éditions Métailié/ bibliothèque nordique , traduit par Jean-Christophe Salaün ( Islande )

« Les guides touristiques islandais qui exercent à l’étranger affirment que rien n’égale l’étincelle dans le regard de leurs compatriotes lorsqu’ils sortent d’un aéroport avec leurs valises sous le soleil. Cette pure joie de vivre, ce soulagement si singulier évoqueraient presque la réaction des personnages d’un film au terme d’une longue guerre ou d’une difficile bataille pour la liberté. »

J’ai commencé ce roman, je l’ai posé et repris. Lu d’une traite. Chaque livre a son heure ( si on y retourne c’est qu’on a perçu le petit truc qui accroche…). Quelle merveille que ce beau roman ! Je n’avais pas lu d’auteurs islandais depuis un bon moment et c’est un retour heureux vers cette veine littéraire si particulière. Voici une tragédie familiale qui emmène la lectrice dans les intimités de Skorri, Tinna , Hrafntinna en version intégrale,  Alfred le père, la belle-mère Sigga…et quelques autres intervenants dans ce drame bouleversant. 

Je peux dire sans risque de me tromper que ce roman est une histoire d’amour, une histoire de « folie » ( se méfier de ce terme ), un amour fou entre un frère et sa sœur, sans rien de douteux, je précise. Ils sont orphelins de leur mère morte d’un cancer et leur père Alfred a trouvé une bonne compagne en la personne de Sigga. Mais le souvenir tendre de la mère flotte encore dans la maison:

« Cette semaine-là, c’était l’anniversaire de sa mère. Elle aurait eu quarante-cinq ans; Qu’aurait – elle pensé de tout ça? Que lui aurait – elle conseillé? Il n’en avait pas la moindre idée. Dans sa mémoire, elle était tellement plus libérée et jolie que son père. L’un des souvenirs les plus vifs qu’il conservait, c’était la fois où il l’avait vue feuilleter des photos fraîchement développées en fredonnant une chanson du groupe Nýdönsk dans le vestibule. »

Le sentiment qui vient en lisant, c’est l’affection du grand frère pour sa petite sœur, fragile, mal adaptée au monde, scolaire ou autre, Tinna qui pleure souvent. 

On va suivre ces deux personnages, ils grandissent, ils font des rencontres et ils veulent écrire.  Après un job d’été à l’hôpital où Skorri rencontrera l’incroyable Harpa Glódís, une infirmière de la génération beatnik qui a gardé le goût de la liberté et autres plaisirs de ses années de jeunesse, Skorri donc fera de brillantes études de philosophie du droit.

Scène du vol du lit médicalisé au son des Bee Gees :

« À 0h07, Skorri remarqua un mouvement dans le rétroviseur et aperçut Harpa Glódís qui remontait la rue Eiríksgata avec un beau lit médicalisé. Il avait augmenté le volume de l’autoradio lorsque la chanson « You win again » des Bee Gees a commencé, et à présent le rythme s’intensifiait pour mener au refrain. Sur le point de sortir, il vit dans le reflet sa collègue pousser un cri muet et s’écrouler par terre en tenant sa cheville et en se tortillant comme un footballeur après un tacle. « Et merde! » s’exclama Skorri. »

Tinna écrit de la poésie. Le lien premier dans le livre est celui que fait Hanna, qui fut amoureuse de Tinna au lycée et veut, elle, écrire un roman sur cet amour échoué. Mais. 

Au cœur du roman, un drame va survenir, qui va faire déraper les chemins quand même  tracés de façon à peu près correcte, quelque chose va enrayer les relations du frère et de sa sœur. 

rural-g8565a4eeb_640« Son frère ne serait plus jamais le même. Cette douleur et ce chagrin ne l’abandonneraient plus. Il passerait toute sa vie à la frontière de la folie, en quête perpétuelle de quelque chose auquel se raccrocher, une justification, une excuse, un but. Pendant des années elle avait elle-même été cette justification, cette excuse, ce but. elle en était consciente. C’est pourquoi il était si intrusif, si autoritaire, si écrasant, c’est pourquoi il essayait de contrôler sa vie intérieure: il était convaincu de la protéger d’un ennemi qu’il avait lui-même invoqué, du fantôme de cette nuit sur la route 1, impossible à exorciser. »

La vie de chacun se trace, Tinna part vivre – fuit – à Berlin, Skorri part à sa recherche… oui, et ? Ah je ne peux rien dire sinon que ce roman, digne vraiment d’une tragédie antique va nous bousculer, il y a des retournements de destins et l’auteur avec un talent fou nous tient et nous emmène doucement, avec finesse, vers une fin terrible, où la réalité des faits tout à coup apparait, c’est extrêmement bien ficelé, intelligent, brillant, un bonheur ! Alors pas un polar, mais il y a un authentique suspense. L’écriture est magnifique, le rythme bien mesuré, les narrations des personnages, fines, et surtout parfois si ambigües !  

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Les personnages secondaires ne sont en aucun cas négligés, on voit une sorte de galaxie formée autour de Skorri et Tinna, avec des collisions, des dépressions, des perturbations, sévères le plus souvent. Ce livre, au fond n’est qu’une incroyable – et parfois épouvantable –  histoire d’amour contrariée par des rencontres, des départs, des mensonges et des silences. Bouleversants, souvent, ces personnages en errance. Je les ai aimés, les membres de cette famille, ils tentent de faire au mieux avec leurs histoires, leurs espoirs, leurs secrets. Magnifique, triste, parfois drôle, mais pas tant que ça parce que c’est bien compliqué pour rire dans cette histoire. Mais une chose est certaine c’est beau beau beau. J’omets volontairement d’évoquer plus que ça, une autre histoire d’amour dont Kíara fait partie. Kíara qui vivra plus tard avec Skorri. Tout ça, il faut s’y plonger pour comprendre que ce roman parle de la complexité des sentiments humains, de la difficulté à vivre, parfois, au sein d’une famille, même aimante. Ceci est dit avec finesse, intelligence, et délicatesse.

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Ainsi les scènes finales de cette famille en croisière, semblant retrouver une vie « normale » de famille unie sont une grande grande réussite! Car la famille, les liens familiaux sont au fond le cœur du sujet.

Je suis arrivée à la fin en un souffle. Et puis quelle poésie ! Je termine avec cette chanson islandaise, quand même, on l’entend dans ce livre, chantonnée par la mère. 

Ce roman est un coup de cœur, un beau retour en Islande.

« Malencontre » – Jérôme Meimoz- éditions ZOE

thumb-small_zoe_malencontre » Ce que vivent les roses

L’an dernier, j’ai consacré beaucoup de temps à un projet de roman. Sur le moment, pas mal de scènes me semblaient prometteuses. Mais une fois passée la décharge de caféine, après deux ou trois pages, tout se dissipait comme on perd une trace dans la neige. J’avais beau reprendre, ça filait entre mes doigts. »

Voici un bon petit livre des éditons Zoé, que je m’apprête à chroniquer. J’ai vraiment bien aimé cette histoire d’amour sans suite, contrariée par des codes, mal vécue par un jeune homme de quinze ans. Devenu adulte et écrivain, il peine à trouver une trame pour sa prochaine production et va donc se décider à parler de son amour d’adolescent, Rosalba.

SAM_4215« Une grande partie de ma pensée était alors esclave de Rosalba.

Obsédante et affairée, triomphale et prosaïque, elle ne semblait pourtant pas être consciente de ses pouvoirs.

Je mêlais toutes sortes d’images à ce prénom rare qui la désignait comme le fleuron de notre communauté. J’en tournais et retournais chaque syllabe dans ma bouche comme une friandise. »

Le livre est court, cette chronique aussi. L’auteur, notre écrivain surnommé le Chinois dans son adolescence, va se remémorer son amour de jeunesse et l’intrigue qui y est rattachée comme sujet de son prochain livre, parce qu’il rame pour trouver quoi écrire. L’intrigue est celle liée à cette époque, à la disparition de Rosalba, l’élue de son jeune cœur, et à l’échec des gendarmes pour la retrouver.

auto-break-g5c29aa4ca_640« Personne n’avait la moindre idée de ce qui était arrivé, la gendarmerie diffusait un appel à témoins. Toutes sortes de rumeurs circulaient. S’y ajoutait que son beau-père, le patron, n’apparaissait plus à la casse depuis longtemps. Cela restait vague et incertain, la famille se refusait à tout commentaire, voulait étouffer les bruits. Il n’y avait selon elle rien à signaler. »

Il ne veut pas écrire un polar pourtant. Alors que moi, lisant ce texte, j’y ai bien vu ça, plus une histoire d’amour contrariée, plus la difficulté que peut rencontrer un auteur pour tenir un sujet, plus le portrait d’une communauté avec cette famille, celle de Rosalba qui vit dans une casse, et ceux du dehors, comprenant l’auteur à 15 ans. C’est donc un texte riche en points de vue, en façon d’aborder une histoire, sous tous ses angles.

« Les histoires forment des espèces de mosaïques qu’on peut contempler sous plusieurs angles. Une lumière inégale, les reflets et les ombres s’en mêlent, y découpent tant de motifs. »

moped-g1ad600c1f_640C’est la quête de sujet d’un auteur qui se met lui-même en scène. Intéressant donc pour la construction, pour l’autodérision, pour l’imagination qui travaille sur les chapeaux de roues dans la tête du narrateur, décalé depuis ses 15 ans. Ce n’est pas non plus un texte sans surprises car le monde tel qu’il est contre le monde tel que le narrateur le pense, le conçoit, le fantasme, en est une belle et riche source. La déception que le Chinois en ressent quand la réalité l’aborde est d’autant plus importante et les sujets traités, nombreux, dans la vie de ce jeune homme dont la vie semble faite d’une suite de déceptions, désillusions, chagrins et colères. Ainsi parle-t-il de l’université:

« Étaient-ce les longues falaises des immeubles, si parfaitement taillées? Ou la raide façade du langage? Là où chacun avait en bouche égalité, fraternité, démocratie, j’avais surtout observé passe-droits et privilèges. Certes, on savait mettre les formes. Insidieux, le racisme d’autrefois avait migré vers l’estimation des intelligences, l’évaluation des biens. »

pen-g2bdcb0926_640L’amour contrarié, qui à l’adolescence prend toujours des airs tragiques, une communauté étrange et un peu inquiétante qui vit dans cette casse. Beau décor pour un polar – je ne démords pas du fait qu’il y a de ça dans cette histoire et que ça l’enrichit considérablement- , le Chinois m’a touchée, agacée et amusée aussi. C’est court, mais riche ( je ne vous ai pas dit grand chose ici, en fait…par exemple pourquoi on ‘appelle le Chinois…) et intelligent.

Petit livre bien fichu, bien écrit, un sympathique moment de lecture. Avec une dernière phrase magnifique:

« Avant même que la porte ne se ferme, j’ai entendu mon cœur claquer. »

« Lacs d’Ecosse » – RORCHA- galerie du Vert Galant.

Exercice inédit, encore une fois, avec un catalogue d’exposition, du 21 septembre au 6 octobre, Galerie du Vert Galant à Paris.

Rorcha alias Jérôme Magnier Moreno, vous l’avez peut-être rencontré déjà sur mon blog, avec son premier roman: « Le saut oblique de la truite » aux éditions Phébus. J’avais beaucoup aimé ce court texte contant la fougue maladroite d’un jeune homme qui découvre l’amour et ses dérivés et dérives, passionné par la pêche à la truite et ébloui par la beauté de la Corse.

Rorcha est peintre; il dessine aussi, photographie ses lieux de pêche. Le voici avec ses séjours en Écosse et cette exposition. J’ai eu le grand bonheur de trouver une belle et grande enveloppe dans ma boîte aux lettres et ce catalogue de ses œuvres. Et me voici me lançant le défi d’une part de vous donner envie, vous, vivant à Paris et aux environs, de découvrir cette exposition, et aux autres d’en savoir plus sur cet artiste protéiforme. Regarder, dire, écrire, peindre, dessiner, photographier et je n’oublie pas: pêcher. Tout ceci Rorcha s’y adonne avec une grande délicatesse, sincérité et humilité. Cet homme aux airs paisibles flamboie avec ses couleurs magnétiques et nous entraîne avec lui devant ces lieux isolés. Ici, les bleus intenses, rutilants, électriques défient les  oranges, vermillons, ocres, bruns, en un tumulte échevelé, cette « organisation » de la nature qui n’a souvent aucune retenue et nous instille des visions baroques, éclatantes sur la rétine.

Le lac d'or

« De longues marches méditatives conduisent Rorcha jusqu’à des lacs perdus qu’il interroge, recherchant leur essence que sa peinture espère représenter. Leur cratère d’eau calme et apaisant met en tension le paysage environnant, qu’il organise, étale et amplifie. »  

Pierre Gabaston, « Miroirs d’un peintre » 2020

C’est ceci que Rorcha nous offre ici. J’ai choisi deux toiles plutôt apaisées, contemplatives et quasi silencieuses, si ce n’est dans  » Silence sur la mer » le discret murmure de l’eau qui s’échoue sur la plage orangée du soleil couchant. Silence sur la mer

Voyez-vous cette ligne de points oranges? Y a-t-il dans le ciel confondu aux terres, sur une colline, quelques maisons soigneusement alignées? Ou bien non, on se trompe, la terre s’arrête à la ligne de l’horizon droite et orangée elle aussi? Mais est-ce bien la ligne d’horizon? Et est-ce important de le savoir?  C’est précisément ce que j’aime le plus dans cette toile ( qui n’est pas de la toile car Rorcha peint à l’acrylique sur bois et au format presque constant de 33×46 ), ce sont ces distances, ces lumières, quelques détails qui font que tout ne fait qu’un. Terre, eau, ciel? Les lignes pour moi n’ont rien de sûr. Berge, horizon? Terre, eau ou ciel? La beauté est là, la nature nous l’offre, elle la met sous nos yeux et pour tous nos sens. Rorcha, sans aucun doute, sait s’y fondre et nous l’offrir à son tour. Le catalogue contient aussi quelques photos en noir et blanc qui montrent l’artiste en train de faire des croquis, sous la pluie, la bruine, mais sans aucun doute en phase avec ce décor.  

Contemplative, mais vigoureuse pourtant, cette œuvre originale est commentée dans ce catalogue par François Cheng, pour ne citer que lui, qui en dit :

 » […]Mais l’originalité vient selon moi du subtil mouvement de va-et-vient entre le fond et le devant de la scène, qui conserve à vos peintures leur vivacité dynamique et semble les mettre en apesanteur. »

Je me sens très touchée d’avoir reçu ce catalogue, très hésitante à en parler, mais ça me permet un défi et puis Jérôme Magnier-Moreno est en cours d’écriture d’un roman qui fait suite à ses saisons de pêche en Écosse et dont j’aurai probablement l’occasion de vous parler quand il sera prêt. Et ça, c’est bien plus dans mes cordes !20210821_093736 (1)

En tous cas, je suis toujours surprise de si belles rencontres et je remercie Jérôme Magnier-Moreno de la confiance qu’il m’a accordée.

20210831_172942« Ainsi, chacune de mes peintures de cette série écossaise pourrait être considérée comme une tentative de mettre l’immensité sauvage de ce confin nordique de l’Europe à l’intérieur d’une bouteille. Un flacon précieux contenant un peu de cette nature préservée dont nous avons tant besoin en cette période confinée; un bol d’air frais que je vous invite à partager tout au long de ces pages. »

Quelques questions à Éric Forbes, à propos de « Amqui », premier roman

Cher Éric, bonjour et merci. Merci d’avoir accepté de répondre à quelques questions et merci pour la lecture savoureuse que vous m’avez offerte.

J’ai pu lire que vous êtes libraire et collectionneur de polars. Vous avez donc de beaux atouts pour à votre tour vous lancer dans l’écriture.

1-Est-ce qu’il a fallu beaucoup de temps pour oser vous lancer, l’envie était-elle là depuis longtemps ou bien ce fut un besoin pressant, un sujet qui survient, une stimulation particulière ? Dites-moi quelle a été la machine qui s’est mise en route pour débuter ce roman.

  – Depuis à peu près l’âge de 12 ans, soit depuis que je m’intéresse au polar, l’idée d’écrire un roman m’a toujours trotté dans la tête.  Sauf que, pendant longtemps, je ne croyais pas avoir ce qu’il faut pour en écrire un.  À force de fréquenter les plus grands auteurs, j’avais développé, je crois, une espèce de complexe d’infériorité. Et, honnêtement, même après l’écriture d’Amqui, et son succès inespéré,  ce complexe me hante toujours. Comme si j’étais un imposteur sur le point d’être démasqué !  Ce qui m’a décidé à envoyer le manuscrit d’Amqui (qui dormait dans un tiroir, et sur lequel je travaillais par intermittence depuis une douzaine d’années), le véritable élément déclencheur, est un sentiment d’urgence qui m’a saisi après un incident cardiaque où j’ai failli laisser ma peau ( le même genre d’incident qui tue le fils de Leblanc dans mon livre). Quand on réalise que, dans la vie, tout peut basculer en un claquement de doigt, on fait fi de ses scrupules et on fonce en se disant qu’on a rien à perdre, sauf, peut-être, un peu d’amour propre.

2-Les deux personnages principaux, Chénier et Leblanc, ont la même ténacité dans leurs actes. Leblanc est intéressant, par sa fragilité et son addiction. Et Chénier, lui pour sa froideur quand il exécute son plan de vengeance. Comment naissent de telles figures ? 

   – Pour le personnage de Leblanc, qui est un peu cliché, j’en suis conscient (et c’était voulu), je me suis appuyé sur un des poncifs du polar: enquêteur alcoolique, dépressif, cynique … etc.  Pour ce qui est de Chénier, c’est un peu mon double maléfique !  Dans un cours de création littéraire, à l’université, un prof nous avait dit d’écrire sur ce que l’on connaissait.  C’est donc ce que j’ai fait !  Et j’avoue qu’il y avait un petit côté jouissif à lui faire exécuter plein d’actes transgressifs !

3-Cette question un peu banale cependant votre réponse m’intéresse ; quels sont vos auteurs inspirants, ceux qui ont stimulé votre envie d’écrire et du polar tout particulièrement ?

    – Les premiers livres se rapprochant du polar que j’ai lus sont des Bob Morane.  Moi-même de lointaine origine écossaise, j’étais un fan fini de Bill Ballantine !  Rocambole, Rouletabille, Arsène Lupin, entre autres, ont nourri ma jeunesse, jusqu’à ce que je mette la main, par hasard, sur mon premier polar pour adulte à l’âge de 12 ans: Nécropolis, de Herbert Lieberman.  Ce fut un choc, et un immense coup de foudre.  S’enchainèrent ensuite les classiques de la Série Noire: Hammett, Chandler, Thompson, Williams et plein d’autres.  Ainsi que beaucoup de contemporains : Westlake, Block, McBain, Sjowall et Wahloo, Leonard, Benacquista, Manchette, Izzo, Rankin, Nesbo, Barcelo, Grafton, Rendell … etc.  Et plein d’autres.  J’étais, et suis toujours, un lecteur de polars boulimique!

4-Avez-vous choisi Montréal dans un automne pluvieux et Amqui dont vous êtes originaire juste parce qu’on ne parle bien que de ce qu’on connait ? Ou bien des comptes à régler ?

   -Comme je l’ai mentionné plus haut, on écrit effectivement sur ce qu’on connaît.  Je vis à Montréal depuis plus de trente ans et j’ai vécu à Amqui pendant une période charnière, soit de l’âge de 9 ans jusqu’au Cégep.  De plus, il était clair dans ma tête que si l’action du livre devait se déplacer dans une autre ville que Montréal, ce serait Amqui. Une forme d’hommage, de reconnaissance, même, peut-être.  D’ailleurs, j’ai insisté auprès de mon éditeur pour que le nom Amqui apparaisse dans le titre.  Pour ce qui est de la grisaille, ce n’est qu’un autre cliché du polar totalement assumé!

4-Enfin, il me semble que Amqui est le début d’une série, en tous cas je l’espère ! Est-ce le cas ou bien la fin donne une impression trompeuse ?

    -Il devrait y avoir une suite, effectivement. J’y travaille (lentement). Sauf que, ce qui est compliqué, c’est que je n’avais pas imaginé de suite lorsque j’écrivais Amqui, puisque je ne croyais pas vraiment qu’ Amqui allait être publié !  La fin ouverte du livre s’explique par le fait, tout simple, que j’aime les fins ouvertes dans les polars ! Beaucoup d’auteurs, lorsqu’ils se lancent dans un projet d’écriture, ont déjà un plan préétabli de ce qu’ils vont faire avec leurs personnages sur plusieurs livres.  Pas moi. Il faut donc que je bâtisse une histoire crédible, sans être redondant, tout en respectant certaines règles du polar auxquelles je tiens.  Et puis, disons qu’en période de Covid l’ambiance morose n’est guère propice à la création. Pour moi, à tout le moins,

En tous cas, votre livre m’a fait du bien, Chénier a servi de défouloir psychologique, une lecture jubilatoire, intelligente et drôle.

Je vous remercie d’avoir accepté mon invitation sur ces quelques questions.

  – Merci pour l’invitation!

Antidote à la grisaille et à la pluie…

PelourinhoBahiaBrazil_01_mVu, hier, un reportage sur la perle Salvador de Bahia où vécut Jorge Amado – « Trop baroque, trop sensuel, trop exotique, trop folklorique » – , et où se déroule nombre de ses romans ( ajouter Itabuna, sa ville de naissance, et Ilheus, où il vécut aussi, capitale du cacao ).Vous pouvez lire, si comme moi vous aimez cet écrivain, cet article .

Le groupe Olodum, que vous pouvez écouter et voir dans ces vidéos, est né dans le cœur de Bahia en 1979, dans le quartier du Pelourinho, dépeint par Amado à maintes reprises. Dans « Dona Flor et ses deux maris », la belle et charmante Dona Flor, cuisinière émérite de renom endure l’infidélité de son époux adoré Vadinho, jusqu’à sa mort : « Si beau et si mâle, si expert dans le plaisir ! Une fois de plus les larmes envahirent les yeux de la jeune veuve. Elle essaya de ne pas penser à ce qu’elle se remémorait malgré elle et qui n’était pas convenable pour un jour de veillée funèbre. »

500x375_traditional_bahia_street_kitchen_salvador_da_bahia_brasil_mLisez ce livre savoureux à tous points de vue! Et comme rien n’a changé au Pelourinho – le quartier reste plein de « vauriens », mais surtout de miséreux et d’enfants perdus – des personnes  à l’esprit amadoïen ( oui, je dirais ça, je me permets un néologisme, et voilà ! ) ont créé Olodum, pour lutter contre les discriminations raciales et sociales, dont vous pouvez tout apprendre sur ce site.

Michael Jackson ou Paul Simon ont joué avec ce groupe…Regardez, écoutez, et réchauffez-vous au soleil de Salvador de Bahia  !

Et surtout :  lisez le grand Jorge…

« Je ne suis pas né pour être célèbre ni illustre, je ne me mesure pas à cette aune, je ne me suis jamais senti un écrivain important, un grand homme : juste un écrivain et un homme. Enfant grapunia — des terres du cacao –, citoyen de la ville pauvre de Bahia, où que je me trouve je ne suis qu’un simple Brésilien marchant dans la rue, vivant. Je suis né coiffé, la vie a été prodigue avec moi, elle m’a donné plus que je n’ai demandé et mérité. Je ne veux pas dresser un monument ni poser pour l’Histoire en chevauchant la gloire. Quelle gloire ? Pff ! Je veux seulement conter quelques histoires, certaines drôles, d’autres mélancoliques, comme la vie. La vie, ah ! cette brève navigation de cabotage ! »

« Navigation de cabotage » ( Gallimard, 1996 )

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