En mode flemme, mais pourtant…Henry Miller et Valentine Imhof

Ben oui, quoi, partout on entend « LISEZ !!! » mais « LISEZ DONC !!! »

L’injonction est d’actualité. C’est le moment parfait pour lire ( pour autant qu’être confiné chez soi soit quelque chose de parfait ) parait-il.

C’est TOUJOURS le bon moment pour lire si on n’a pas d’autre urgence. Ici et pour moi, lire c’est juste du plaisir, écrire c’est autre chose, c’est une discipline et en ces temps contraints, la discipline, je m’en déleste un peu.

Vous savez bien que lire est mon activité quotidienne, et je lis. Mais paresseusement. Et je lis des livres prêtés, offerts, achetés et mis de côté. Bientôt, Silvia Avallone et la jeune Adele dans  « La vie parfaite » puis j’espère pouvoir vous proposer une lecture québecoise, une trilogie dingue. Alors le premier opus peut-être.

Mais dans l’immédiat, je vous livre en quelques mots ce livre qui n’est pas un roman, mais une biographie que j’ai dégustée au soleil;  ça se lit comme un roman, et c’est écrit par Valentine Imhof , Henry Miller fut son sujet de mémoire en littérature américaine:

Henry Miller, la rage d’écrire – éditions Transboréal – collection Compagnons de route ( 2017 )

Je n’ai lu de Miller que « Le colosse de Maroussi », après un voyage en Grèce, et je n’avais que peu d’idée de la vie de cet auteur qui fit scandale chez tous les biens-pensants du XXème siècle. J’ai rencontré un homme qui sans cesse écrivait, même si ce fut longtemps « dans sa tête », qui se maria un nombre de fois considérable, une sorte de grand enfant curieux, capricieux, épris de liberté. Je conseille à tout le monde cette lecture qui m’a donné envie de lire Henry Miller, d’autant que sous la plume de Valentine ce personnage prend une amplitude et un sens puissants. En accord avec elle, qui m’adressa ce livre pour mon anniversaire en 2018 à la suite de notre entretien pour  » Par les rafales », je vous propose ici la conclusion de 4 pages. Parce qu’elle m’a émue, parce que j’ai compris pourquoi Valentine avait choisi cet écrivain comme sujet, parce que je l’ai retrouvée en filigrane, elle, entre les lignes.

« Conclusion

Un élan vital et libérateur

Henry aurait plus de 125 ans et serait peut-être un peu surpris – probablement agacé -par cette énième biographie, comme il l’était quand, de son vivant, certains de ses amis évoquaient le projet de lui consacrer un livre. Il se sentirait engoncé, coincé aux entournures, et ne se reconnaîtrait sans doute pas dans cette trajectoire linéaire, lui qui écrivait dans « Le Monde du sexe »: « On n’avance pas dans la vie en terrain plat ou en ligne droite; souvent on brûle les haltes indiquées sur l’horaire; parfois on quitte complètement le sentier battu.[…] Ce qui se passe à tout moment de notre vie à tout jamais reste insondable, inépuisable et ineffable. » Et parce que Miller est hors-norme, inclassable et irréductible, tout ce que l’on pourra écrire sur sa vie et son œuvre ne peut être que soluble, provisoire et caduc, et ne le contient pas, car toute nouvelle lecture de ses livres nous le révèle autre, insaisissable, et pourtant si présent et si proche. C’est certainement parce qu’il réussit à entretenir avec son lecteur une intimité rare, lui insuffle une part de cet élan vital qui l’anime et nous invite à porter sur le monde un regard tout neuf, celui du candide ou du fou, qui conserve intacte et perpétuelle sa capacité à s’émerveiller.

Il refuse toute vérité révélée, ne prête allégeance à aucun système, rejette en bloc les -ismes quels qu’ils soient, est constamment rétif à tout ce qui est péremptoire, fige, enferme, sclérose, et rend la vie morte. Sa prose éruptive traduit le le mouvement, essentiel, de toute chose, et ses paradoxes, ses incohérences et ses contradictions, en sont les illustrations permanentes. « L’univers [que l’homme] doit créer de par son destin même est en lui; et lorsqu’il le découvre, il est roi. Mais cet univers, comme n’importe quel autre, est un flux perpétuel, en constant changement. Il peut s’enfler comme l’Amazone ou s’effiler comme un couteau et devenir Colorado.[…] Mais il lui faut couler, garder sa fluidité mouvante, sous peine de mort. » ( Le Monde du sexe )

La force de Miller a été de montrer qu’un roman peut être ce que l’on veut qu’il soit, à l’écart des canons de l’orthodoxie littéraire et des genres traditionnels. On peut admirer son obstination à faire entendre sa voix discordante et nouvelle, à imposer sa liberté de créateur iconoclaste, à transfigurer le monde par l’écriture pour en donner une vision originale, fluctuante, kaléidoscopique, explosive, et en permanente expansion, toujours portée par un humour et une autodérision salutaires. Il nous invite constamment à ne pas le prendre trop au sérieux,car il n’a vraiment rien d’un gourou, ne cherche pas à convaincre de quoi que ce soit ni à s’attacher des adeptes. Il revendique, au contraire, le droit au détachement, et exprime une forme d’individualisme forcené et positif, qui n’est pas de l’indifférence ni de l’égoïsme, mais qui le garde d’avoir un jugement sur tout, et de prendre une part active aux événements qui secouent le monde. Il préfère pouvoir se tenir au-dessus de la mêlée, et conserver ainsi une hauteur de vue qui n’entrave pas, ne ferme aucune perspective. Et tant pis si, de ce fait, il n’est l’homme d’aucune grande cause – et refuse tout autant d’assumer la double paternité de la contre-culture et de la libération sexuelle qu’on a voulu lui attribuer – , car c’est certainement ce non-engagement dans des luttes circonstancielles et datées qui conserve à ses textes toute leur actualité et leur pertinence. Il s’est contenté de tracer son chemin, de chanter à tue-tête sa passion pour la vie, et il nous invite à en faire autant, persuadé que « chacun a en lui un livre – chacun est un livre, le livre qu’il écrit lui-même » ( Flash-Back – Entretiens de Pacific Palisades).

Certains de mes voyages m’ont permis de le rejoindre du côté de Monterey sur les côtes rocheuses du nord de la Californie, à Albuquerque, La Nouvelle-Orléans, Detroit, au Grand Canyon et dans les rues de Brooklyn, Manhattan, Montparnasse et Clichy avec, pour guides, les pages de ses livres. C’est aussi grâce à lui que j’ai pu parcourir la Grèce sans y être encore allée, tant les descriptions du Colosse de Maroussi la restituent, vibrante de couleurs, de chaleur et d’humanité. Puis je me suis installée à St-Pierre-et-Miquelon, et j’y ai trouvé une cabane à flanc de rochers, mon Big Sur miniature, tout à l’ouest de l’île. Comme Henry, ce n’est pas une maison ni un terrain que j’ai achetés, ce sont les éléments et la vue, la mer, ses bleus changeants et ses tempêtes, le ciel et ses aurores boréales, l’air chargé de salin et du parfum chaud des spruces, les paquets de brume laiteuse, le soleil qui plonge dans l’Atlantique Nord avec des incandescences électriques. Et je suis persuadée que, comme moi, il adorerait cette enclave à l’écart des fracas du monde, pour y écrire en regardant passer les baleines, y lire allongé dans la camarine face aux falaises de Langlade, y respirer les embruns, se livrer à la force et à la beauté des choses et simplement pouvoir jouir du bel aujourd’hui chanté par Cendrars.

Et quand je m’abandonne au simple plaisir d’être là, gagnée par une douce indolence, les sens en éveil et la tête au repos, j’ai envie de dire:« Je me sens chez moi dans l’univers. Je suis un habitant de la Terre et non d’une de ses parcelles, que celle-ci soit étiquetée Amérique, France, Allemagne ou Russie. Je ne dois allégeance qu’à l’humanité, et non à un pays, une race, un peuple.[…] Je n’ai d’autre fin ici-bas que de travailler à l’accomplissement de ma destinée, qui est mon affaire à moi. Ma destinée est liée à celle de n’importe quelle créature qui habite cette planète […] Je refuse de gâcher ma destinée en me bornant à considérer la vie selon l’étroitesse des règles qui la cernent aujourd’hui comme autant de pièges. […] Je dis: « La Paix soit avec vous tous ! » et si vous ne la trouvez pas, c’est que vous ne l’avez pas cherchée » ( Max et les Phagocytes )

Merci Valentine.

En attendant la suite, eh bien patience, courage, faites gaffe au chocolat, aux apéros et aux cacahuètes, et puis si vous ne savez pas quoi faire…lisez !  Par exemple…« Le droit à la paresse » de Paul Lafargue ( éditions Allia )

J’allais oublier:  profitez bien de la vie de famille ! 

 

Les éditions Zoé, ma découverte suisse.

J’ai lu ce matin ce texte rédigé par l’éditrice et directrice des éditions Zoe, Caroline Coutau, sur le site Heidi.News

https://www.heidi.news/articles/il-faut-sauver-les-livres-l-actualite-vue-par-caroline-coutau-directrice-des-editions-zoe

Cet appel à soutenir l’édition, les écrivain-e-s, la littérature m’a touchée, et Caroline Coutau a accepté que je relaie son inquiétude.

L’article contient de nombreux liens à explorer. 

Ce petit post a pour but de soutenir cette belle maison d’éditions à laquelle je dois de très beaux moments de lecture ces derniers mois, « La voisine »,  « Le graveur », « Neiges intérieures » ou « Il est temps que je te dise » lu dernièrement, splendide et bouleversant récit. Qu’une telle éditrice risque de mettre la clé sous la porte, ça me chagrine. Son travail consiste à soutenir des artistes, à proposer des textes qui, à mon point de vue, se démarquent. Les éditions Zoe ont une vraie personnalité et existent depuis 1975. Comme je ne peux pas faire autre chose que lire les parutions Zoe, donner envie de les lire, et en parler…Rendez-vous sur leur site : https://www.editionszoe.ch/

Vous pouvez lire mes chroniques si ça vous tente, mais surtout lire les livres dont elles parlent . Dans tous les cas, il est bon de rester curieux, d’aller explorer hors des sentiers battus, et les éditions Zoé sont un lieu à visiter, c’est sûr.

Je profite de ce moment pour remercier Nelly Mladenov qui m’a permis cette belle découverte. Merci Nelly ! 

et la bonne année, alors ?!?

Ah, bien sûr ! J’allais oublier ces vœux pour 2020, à vous toutes et tous qui parfois faites un tour par ici. Je vous remercie de votre présence, de votre constance. Et donc, que souhaiter de plus pour cette année 20/20 que les choses essentielles, la santé -très important même si ça semble « bateau » -, de l’amour et de l’amitié, du rire et bien sûr des livres, de la créativité pour que tout semble plus supportable.

Côté livres en tous cas, mes premières lectures m’enthousiasment. La première demain, magnifique de talent et d’intelligence. 

Je vous souhaite donc le meilleur, pour tout. Allez hop, c’est parti !

WE CAN BE HEROES !

 

à propos de « Bon genre » – Inès Benaroya -Fayard

Pour une fois un article de forme spéciale sur ce court roman qui m’a intéressée sans vraiment me convaincre ni me plaire. Il est très rare que j’écrive dans ces cas-là mais ici, quelques questions se posaient à moi sur ce personnage de femme que je n’aimais pas ( pourquoi ? ) et sur plusieurs détails que je trouvais étranges ou plutôt pas assez poussés, pas très clairs dans cette histoire. J’en ai donc fait ici un commentaire, et Inès Benaroya à qui j’avais proposé une conversation a finalement seulement accepté de répondre à trois questions. Je vous propose donc ici le texte que je lui avais soumis pour échanger, puis les questions et ses réponses.

Extrait:

« Si j’étais un homme …, pense-t-elle, comment ferait un homme ? 
Si j’étais un homme atteint d’un vague à l’âme inexpliqué, un homme à deux doigts de l’implosion, en butée de sa vie, assiégé par les colites spasmodiques et une terrible envie de baiser malgré son épouse à la maison. À une terrasse de café, une femme me tend un paquet de mouchoirs. Je la rejoins à sa table, je fais mine de m’intéresser alors que je n’ai qu’une seule idée, me pencher sur son visage au sommet de sa jouissance. Si j’étais un homme, je déciderais du tempo. La femme propose, l’homme dispose. La parlotte, ça va cinq minutes. Je suis un prédateur, je n’ai peur de rien, je passe à l’attaque, quand je veux, comme je veux. »
– Si Claude était un homme, ce livre n’existerait pas.-

Le titre laisse supposer une réflexion sur le genre au sens sexuel, grandement débattu actuellement. Il contient aussi l’idée du fait d’avoir bon genre ou pas, c’est à dire « correct » – dans les codes de la norme de notre société – ou pas. Or, si le genre est en question, ce livre va bien au-delà et j’ai perçu l’histoire de Claude sous un angle globalement plus existentiel.
Claude – prénom unisexe – la vie de Claude, son milieu, ses préoccupations avant que ça ne se fracture, sont très loin de moi et j’ai eu du mal à éprouver de la proximité avec elle. Claude donne l’impression qu’elle n’aime personne parce qu’elle-même ne s’aime pas, ne s’estime pas – ou ne s’estime plus ? – elle est à mon sens en dépression profonde. Elle arrive à un âge de sa vie qui la perturbe, qui met en doute ses certitudes sur tout ce qu’elle a construit et qu’elle croyait solide: son couple, ses enfants, son travail, son mode de vie, son corps même et sa personne toute entière à travers sa sexualité.
Elle se lance donc dans une course au sexe effrénée, par moments assez sordide – peut-être serai-je pudibonde? Non, je ne crois pas, vraiment ! – . Elle se sent forte parce que c’est elle qui chasse, c’est elle qui décide, mais il m’a semblé que c’était une façon plutôt d’oublier qui elle est vraiment, peut-être de se dissoudre avant de se reconstruire. J’ai ressenti tout ce passage comme un des symptômes de sa dépression, pas comme un vrai choix.

« Son corps est une zone franche dont les autres jouissent, les hommes qui se rincent l’oeil, les femmes qui la jalousent, tous ceux auprès de qui il faut faire bonne figure, c’est-à-dire tout le monde. Son corps exposé en vitrine dit combien elle vaut. Mais elle ne dispose de rien. »

Le fond du problème de Claude, comme on y revient souvent, c’est à mon avis son histoire familiale, sa relation avec ses parents, sa mère en particulier et le sentiment amer d’avoir été privée ou dépossédée de l’amour maternel. La relation qu’elle a avec sa propre fille, distante et assez froide, montre en fait le saccage affectif de Claude qui s’est noyée avec succès dans le travail où elle a brillé.
Une fois cette phase de volonté de pouvoir sexuel écoulée, Claude se sauve dans tous les sens du terme, et va rencontrer Ricky (prénom plutôt masculin porté par une femme qui exerce un métier censé être masculin). J’ai beaucoup aimé Ricky qui elle est tout à fait bien dans sa vie, dans son boulot, dans son camion sur les routes, et qui voit et vit un monde différent de celui de Claude.

« Ne t’arrête jamais de chercher. C’est ce qui fait la beauté de ce monde. Quand on croit en avoir fait le tour, il nous révèle une porte dérobée. » 

 Le lien qui va se créer avec une Claude assagie, lasse, étonnée de ce qu’elle fait et avec qui …c’est là, sur la route, avec les révoltes de Ricky, ses colères, ses enthousiasmes et ses élans du cœur, c’est là que Claude va commencer à remettre les choses en place et en perspective, jusqu’à la séparation des deux femmes, Ricky qui poursuit sa route, ses routes, et Claude qui va retrouver sa fille alors qu’elle est partie si loin, Claude qui va tenir la main de sa mère mourante, et Claude qui va renouer avec son frère. En réalité, Claude qui en retrouvant ce qui est supposé se nommer un équilibre va revenir au monde, s’acceptant, débarrassée des artifices qui la camouflaient, elle, la vraie Claude, aux yeux des autres.
Claude va finir par s’accepter, accepter les autres.

« De toute façon, où que tu ailles, c’est toujours toi que tu trimballes. »

Au final, le genre, bon ou mauvais, masculin ou féminin, le genre n’a pas grande importance, c’est ce que Claude a compris, il me semble, et ce roman le dit . 

« La capacité des gens à se mettre en empathie. Leur bienveillance étouffante, variation sur le thème inépuisable du chantage. Le réservoir sans fond de leur compréhension, qui vous submerge et vous échoue sur le rivage suffocant de la culpabilisation. »

Mes questions – basiques – et les réponses de l’auteure:

« – Comment, à partir de quel point de départ, interrogation, idée, avez-vous imaginé le personnage de Claude ?

Au démarrage du personnage de Claude, il y a une interrogation qui tourne en boucle dans mon esprit depuis des années : d’où vient la souffrance des femmes ? D’où vient que les injonctions pèsent si fortement sur nos épaules, et que nous nous y soumettions avec tant de complaisance, nous qui sommes censées être libérées ? J’ai imaginé le personnage de Claude comme une tentative d’élucidation, une façon de comprendre et de se défaire de ces carcans mentaux – la beauté, la jeunesse, le juste milieu, la douceur…

– Et comment en êtes-vous arrivée à sa « crise » frénétique de sexe qui comme je l’ai perçue est censée lui redonner un sentiment de pouvoir et de reprise en main d’elle même?

– Pour les femmes, le sexe est le premier tabou social. La libération de la femme a commencé par sa libération sexuelle dans les années soixante. Choisir son partenaire, son mari, ses façons de faire – autant de libertés qui étaient refusées aux femmes jusqu’à lors. Claude commence par franchir ces interdits-là, ou ce qu’il en reste, et va bien au-delà. Ce n’est pas vraiment une « crise », mais plutôt une transition, un chemin vers la liberté et l’affranchissement.

– Le thème du genre est récurrent depuis quelques temps; vous l’abordez à travers Claude (le côté bon/mauvais genre, celui qui parle de convenance sociale) et à travers Ricky (le côté genre féminin/masculin, celui qui est en débat). Pouvez-vous dire ce qui vous a déterminée à écrire sur ce thème à votre façon, c’est à dire à travers la vie d’une femme qui « dérape » ?

Voilà une question très personnelle ! Il est difficile de savoir pourquoi on écrit sur un thème particulier. La question du genre m’intéresse depuis longtemps, en ce qu’elle me semble être une nouvelle prison pour les femmes. Que ce soit en termes de « bon genre », ou de « genre féminin », toutes ces normes enferment les femmes dans des rôles prédéterminés, qui laissent peu de place à l’expression authentique de soi. Moi-même, après cinquante ans de « bon genre », j’ai pris conscience, et notamment grâce à l’écriture de ce livre, du poids de certaines injonctions – la déconstruction a alors commencé !

–  Enfin, la fin du livre remet Claude dans une dynamique plus positive avec sa famille, celle dans laquelle elle est née et celle qu’elle a fondée. Un point essentiel de votre roman est, selon la lectrice que je suis, une histoire familiale mal aimante, êtes-vous d’accord avec ce ressenti ?

Je pense de plus en plus que les parents font ce qu’ils peuvent ! Claude est en colère contre sa famille au début du roman, mais son chemin la mène vers une compréhension plus sage de son histoire familiale. Se mettre en paix avec ses rancœurs me paraît être une condition indispensable pour atteindre la liberté. »

Ce livre m’a intéressée sans vraiment me plaire et je continue à penser que Claude est une dépressive ce qui n’est en rien péjoratif. Enfin il faut évidemment dire que cette femme est totalement exempte de soucis matériels et financiers, ce qui – on ne peut le nier, n’est-ce pas? -change la donne en termes de choix de vie. 

Je remercie infiniment Nelly Mladenov pour sa patience et sa gentillesse, et Inès Benaroya pour ses réponses.

Montréal sous mes yeux

J’ai trouvé hier un commentaire du blog  « La France noire ».

Une demande pour un petit « racontage » de ma visite au Québec, à Montréal en particulier. Comme je n’ai pas terminé ma lecture du moment et à venir ici ( « Une douce lueur de malveillance » de Dan Chaon chez Albin Michel ), captivante et exigeante, je me permets donc une petite entorse à ma ligne qui ne voulait plus dévier de la littérature. En même temps sur ces pages…je fais ce que je veux !!!

Et puis est-ce dévier que parler d’une ville comme Montréal qui compte 45 bibliothèques ?

Et un nouvel horizon avec la littérature québécoise que je connais peu.

Mais ici et maintenant, je vous livre mes impressions sur cette ville qui de fait devient un peu partie de ma géographie puisque ma fille et son mari y construisent leur vie et que bien évidemment j’irai souvent m’y promener. Et avec quel plaisir !

J’ai adoré cette ville. C’est une cité atypique, anachronique, qui hésite dans son architecture entre hier – qui n’est pas si lointain que ça – et aujourd’hui. Je pourrais en parler longuement, mais je préfère vous livrer des bribes illustrées sur cette douceur, cette tranquillité, cette fantaisie surtout croisée un peu partout où nous nous sommes promenés.

Dans les boutiques : « Allô ! Tu vas bien ? » au lieu de notre « Bonjour Madame « , des jeunes gens tatoués, piercés partout, ou pas, mais on voit que l’aspect de la personne ne freine pas un emploi. Comme on voit bien dans les rues que tout est permis, personne ne se retourne sur autrui quel que soit son aspect. Et côté boutiques il y en a pour tous, on voit à Montréal ce qu’on cache chez nous, cinémas, salles de « spectacles » et fringues pour drag queens ou jeux sexuels, mais plus classiquement  les dépanneurs, les chouettes boutiques pour les amateurs de disques vinyles, de bière, de matériel de hockey, de fringues pour toutous, le superbe marché Jean Talon, des librairies épatantes…Quelques unes:

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Ensuite, j’ai adoré Montréal pour ses espaces verts, partout, nombreux; parcs, mais pas que, rues – très larges, cette ville a les moyens de s’étaler largement à l’horizontale – bordées de grands arbres, bordées de jardinets fleuris, ou en herbes folles, mais du vert.

Du haut du Mont Royal, on voit très bien ces masses vertes partout. Entre les grandes avenues, des ruelles qui vivent leur vie dans un gros fouillis végétal, sans apprêt mais c’est beau, c’est vivant, et c’est tranquille. Car à Montréal, les règles de circulation de chacun sont respectées, comme le fait que vous pouvez marcher la tête en l’air, pas de déjections canines qui vous collent aux semelles ( pas de chewing gum ou de mégots non plus ). Vues des quartiers traversés à pied:

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Enfin je termine avec les murs peints de Montréal; il y en a partout, d’origines diverses comme des associations, des écoles, des artistes officiels ou pas. Montréal est une ville finalement excentrique sans être tapageuse, colorée et pleine de vie . Je suis consciente que je n’en ai vu qu’un tout petit bout, même en marchant la journée entière. Je veux suivre jusqu’au bout le canal Lachine, voir la biosphère ( elle était fermée ) et les musées. Par contre, j’ai visité la BANQ qui est la Bibliothèque et Archives Nationales du Québec…ça m’a laissée sans voix, immense, riche en activités et surtout pleine de monde, c’était un dimanche. Et puis juste flâner encore…

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Cosmopolite et multicolore, j’aime Montréal.