« Cinq cartes brûlées » – Sophie Loubière – Fleuve Noir

« En lui se répandait une onde miraculeuse, une extase si intense que sa perception du temps et de l’espace en était modifiée. Il lui semblait qu’elle affectait aussi la chambre, en resserrait les murs, irradiant sol et plafond d’une prodigieuse clarté. Il jouissait, agrippé aux hanches de sa partenaire, debout contre le lit, dans ce mouvement alternatif et violent. Ses muscles se relâchèrent et il s’affala sur le matelas.

C’était presque aussi fort que la première fois, opéré avec moins de maladresse. Cette femme transcendait ses défaillances. Au creux de sa chevelure, il puisait l’ombre et la lumière, noyait ses doutes, ses certitudes.

-Tu as aimé?

[…]Un instant plus tard, tout basculerait.

Sa vie. Cette femme. Un total renversement. »

Je connaissais Sophie Loubière tout d’abord pour son travail sur Radio France, France Inter en particulier, je connaissais son nom comme auteure mais ne l’avais jamais lue; c’est chose faite et j’en suis très très contente.

Une idée préliminaire de Laurence, notre héroïne:

« Des garçons, Laurence connaissait la cruauté. Leur regard sur les filles était impitoyable et un surpoids sujet à railleries automatiques.Elle appliqua une « stratégie de sauvetage » dès le primaire, tirant parti de ses petites bouées : à la récréation, sa place serait dans les buts. La meilleure gardienne des CM1. Elle n’arrêtait pas seulement le ballon,elle le renvoyait avec la vigueur d’un redoublant. Laurence sculptait sa propre stèle, loin de la salle de danse folklorique où sa mère s’entêtait encore à la conduire en 4L. »

En lectrice à l’esprit sombre – et tordu –  qui aime les atmosphères un peu glauques, les histoires savamment menées jusqu’à une fin qu’on n’a pas vu arriver, ne redoutant pas la tension constante sur 340 pages…je me suis régalée.

Laurence en visite inopinée dans la nouvelle famille de son père:

« -Je vais devoir prévenir ta mère.

-Pourquoi?

-À cause de la mesure d’éloignement décidée par le juge. Elle t’en a déjà parlé.

-Me souviens pas.

-Écoute…Il ne faudra plus jamais revenir ici, d’accord?

Laurence promit, réclama quelque chose à manger, attendit que son père lui tourne le dos et, d’un violent coup de pied, renversa le youpala où gigotait sa demi-sœur avant de s’enfuir à toutes jambes pour ne pas entendre le bébé hurler. »

La difficulté, comme souvent, réside dans le fait que parler du cœur de l’histoire dira tout, mon article sera court mais largement émaillé d’extraits, que j’espère bien choisis.

« Allongée sur le lit, la chanson Don’t Let the Sun Go Down On Me dégoulinant du casque collé à ses oreilles, ou bien au collège, sa tête dépassant celle des autres dans la rangée, Laurence ne pensait à rien sinon à la possibilité de se transformer bientôt en arbre. Un arbre n’a pas d’ami ni de cerveau, il n’a nul besoin de l’un ou de l’autre, aucune nécessité de mouvements, il lui suffit de bien se tenir face au vent, d’adapter son rythme de croissance au fil des saisons et de se nourrir par les racines. L’idéal du néant éternel. »

Laurence Graissac, jeune femme obèse, deviendra Cybèle. Après avoir été championne olympique du lancer de marteau, son heure de gloire, elle sera croupière au casino de la station thermale de Chaudes Aigues où elle règnera en déesse de la table de black jack. Sa vie va basculer après une agression puis une opération de l’estomac, celle-ci entraînant une transformation physique sidérante, et…tout le reste.

« Vos examens ont révélé une sténose hépatique, c’est-à-dire une infiltration de graisse dans votre foie…Pour l’instant, c’est sans conséquence sur votre santé, mais c’est ce qui caractérise la limite de ce que votre corps peut atteindre. Si on ne fait rien, si vous rentrez chez vous et continuez à vivre comme avant votre agression, voici ce qui va vous arriver dans quelques mois…[…] »

S’en suit un tableau terrifiant et une mutation physique impressionnante; quant au reste, le mental, tout est déjà là.  Vraiment je trouverais stupide d’en dévoiler plus. Entrant dans la tête de Laurence, on voit par ses yeux, on parle par sa bouche et on est immergé dans cet organisme mutant où fleurissent des envies furieuses.

 » Personne ne devait empiéter sur le domaine de Cybèle.

Personne ne devait mettre la main au portefeuille de ses joueurs.

Et voir cette fille de misère en minijupe échanger quelques mots avec le Dr Bashert près de sa voiture, prendre sur lui un pouvoir dont elle ignorait encore l’usage, était violent comme un coup de couteau. »

 

Pensant à son frère Thierry:

« Au premier tour de clé, Starlight des Supermen Lovers réchauffe l’habitacle. L’asphalte rougit dans le sillage du véhicule. Je laisse derrière mon nom de scène et sa petite troupe de perdants abrutis de sommeil. Deux barres de Twix dépassent de la boîte à gants. L’emballage suffit à donner l’eau à la bouche. Je l’arrache d’un coup de dents. Là-bas, dans le pavillon de St Flour, je t’imagine vêtu comme toujours d’un bermuda trop large et d’un tee-shirt Batman, ta figure rabotée bleuie devant l’écran, hypnotisé par tes jeux rapides et furieux, surfant sur des sites de vidéos trash où des filles épilées et nues se montrent dans des positions dégradantes.

Un grand frère un peu tordu n’attendant ni sa sœur ni personne.

Nos nuits sont sans fin et leurs jours plus longs encore. »

Je dirai juste que voici un roman extrêmement bien construit, avec des questions tout au long de la lecture, on interprète, on évalue, on croit savoir, on croit comprendre, on suppose…et en un final redoutable – le seul qui ferait de ce livre un roman policier, le seul où apparaît un policier – en ces quelques courts chapitres de la fin, tout bascule. Même si parfois on a des indices, ça ne fait pas varier notre empathie pour Laurence, notre idée d’elle et de son enfer qui n’est pas celui qu’on croit. Addictions, Obsessions, Névroses, etc…formidablement mises en scène.

 

J’ai ressenti quand même de la sympathie pour Anne-Marie Bashert, épouse sans colère, qui plus que tout rejette l’addiction au jeu de son mari, et puis de la pitié pour Bernard Bashert, pris au piège de Cybèle qui devient sa seconde addiction

« Il  se nourrissait sans appétit, comptant les jours et les heures qui le séparaient de son prochain rendez-vous avec sa reine aux yeux verts. Il pouvait se l’avouer sans honte: depuis leur dernier cinq-à-sept, il se traînait derrière Cybèle tel un animal domestique dans le sillage de ses pas. Elle si douce lorsque l’instant du jour devenait pour eux une nuit. il voyait ses paupières demi closes, son épaule endormie, sa chevelure défaite pour mieux guider ses baisers, ses mains intrépides, ses pommettes vermeilles, ses fesses vertueuses. Il était pris et repris à son gentil piège et n’attendait que d’y retomber, les yeux fermés, pour livrer bataille. »

Voilà, fini, je n’en dirai pas plus. Sinon que tous les personnages sont creusés, juste assez pour ne pas tout comprendre d’emblée, et que sous l’œil de Laurence sont fort peu sympathiques.

Écriture remarquable, construction comme de la dentelle – noire –  et travail au scalpel de ce personnage, Laurence/Cybèle. J’ai d’autant plus aimé que je connais très bien le décor, Chaudes-Aigues et St Flour, les lieux où va marcher le Dr Bashert après son travail à la station thermale. Le résultat est assez glaçant, angoissant, on est comme un intrus dans un cerveau, à fouiller sans vraiment trouver ce qu’on soupçonne à peine. En tous cas, voici une exploration assez redoutable des troubles psychiques allant du simple comportement étrange à la pathologie lourde. Autre idée formidable, c’est le poste électrique qui jouxte la maison de la famille Graissac – et de son éventuelle/probable action sur les cerveaux de cette famille. 

Un roman complet, c’est à dire dont on ne sort pas sur sa faim mais avec le sentiment qu’une boucle a été bouclée, laissant dans son nœud serré de tristes destins.

Au final ( le solo de guitare seulement ) :

Quant au titre :

« Dès que les mises sont placées, seulement alors les cartes sont distribuées. Chaque joueur reçoit deux cartes et deux pour  la banque. Les cinq premières cartes dites « brûlées » sont enlevées par le croupier et c’est seulement après avoir « brûlé » ( retiré ) les cinq premières cartes que commence la distribution, dans le sens des aiguilles d’une montre. »

Pour ma part, je dis: chapeau, très beau travail !

« Je suis l’anomalie.

Une baleine sur un toit.

Une bulle d’air dans l’aiguille de la seringue.

Un bout de viande.

Des muscles.

Une bouche qui mange.

Un récipiendaire à médailles.

Une mariée étourdie par l’ivresse d’une trahison.

Une robe aspergée de sang.

Une femme factice.

Une vilaine petite sœur. »

« Feu le royaume » – Gilles Sebhan – Rouergue noir

« L’évasion

Le gardien se dirigea vers la lueur qui provenait de la salle de douche. L’endroit était particulièrement malpropre et malodorant. Il servait de fumoir pour les gars qui attendaient leur tour et trompaient l’ennui. C’était aussi le lieu des petits trafics. La nuit, ce n’était qu’un bloc de ténèbres puant la transpiration et le tabac froid. Le gardien se dit qu’un de ses collègues avait dû oublier d’éteindre une loupiote, à moins que ce ne soit un reflet de lune dans un vieux miroir. Il s’avança quand même, davantage par curiosité que par souci professionnel, il n’eut pas le temps de réagir quand le tranchant d’une lame fabriquée avec une conserve vint lui faire exploser la carotide droite. Un flot de sang aspergea le carrelage. On ne vit rien, mais on entendit un soudain ruissellement dans l’ombre. »

Vous voyez…ça démarre fort, et je n’en attendais pas moins de Gilles Sebhan, dont voici le troisième volume de la série « Le royaume des insensés », après « Cirque mort » et « La folie Tristan ».

Une réussite encore avec ce roman peut-être plus cru, encore plus à vif sur certains sujets, et toujours aussi perturbant en tous cas. Gilles Sebhan joue avec les notions de folie, de normalité et de résilience dans la suite logique des livres précédents. Avec brio.

Je crois qu’il est assez indispensable de lire les deux premiers livres pour saisir tout le propos de cet auteur que je trouve inclassable et assez unique par son sujet et la façon dont il s’en sert pour construire des intrigues vraiment tortueuses et toujours inquiétantes. Les protagonistes sortent du traumatisme du « cirque mort », tandis que Marcus Bauman, en Belgique, s’évade pour se venger du lieutenant qui l’a fait arrêter.

« Il laissait derrière lui les corps sanglants de plusieurs victimes et le souvenir frémissant, dans une prison vétuste, d’une inquiétante présence. Dans une planque en bordure de forêt, il était resté quelques nuits après son évasion, comme un animal dans sa tanière. Muni d’un petit transistor, il avait écouté les flashs info dans lesquels on annonçait sa disparition, il se délectait des émissions spéciales où il se trouvait présenté comme une terreur digne des contes. »

 Dapper comprend enfin qui était son père, Tristan, ce psychiatre hors des clous qui vient de mettre fin à ses jours, qui a légué à Théo, son petit- fils ce « royaume » de jeunes garçons atteints de « particularités psychiques ».

« Il était resté impassible, la mâchoire crispée, n’avait pas répondu aux questions sur la découverte de ses origines qui aboutissait ici, à cette cérémonie où un père qu’il avait connu sans le connaître, allait disparaître sans avoir livré ses secrets. Oui, ce serait la fin du royaume. Les enfants du centre thérapeutique dirigé par le docteur Tristan seraient dispersés comme des lucioles éteintes ou les graines stériles d’une bogue, ils iraient ailleurs pousser ou périr, rien ne survivrait de cet héritage dégénéré. Dapper sentit en lui-même cet effondrement du royaume comme s’il s’agissait de la chute de Rome. »

Je ne dirais pas « troubles » car c’est en ça que Tristan passe pour un homme étrange et suspect; pour lui, ces enfants sont à considérer avec leurs particularités, pas leurs pathologies .

J’ai aimé retrouver Ilyas, l’étonnant Ilyas, si attachant, oui, attachant dans sa profonde solitude, creusée par la mort de Tristan. Ilyas et ses visions, Ilyas, désarmant.

« Et puis il y avait Ilyas. Étrange garçon, à la fois le plus faible et le plus fort. On avait l’impression que la profondeur de son regard constituait un piège. L’instant d’après, c’était seulement un paysage triste sous la pluie. L’instant d’après encore, cela ressemblait à l’oubli? Ces changements continuels organisaient une défense particulièrement raffinée pour échapper à toute analyse. Et, en effet, le médecin aurait eu bien du mal à établir un diagnostic. Ilyas semblait mêler les symptômes de l’autisme, de la névrose d’abandon, de la schizophrénie, au point que le médecin pensait parfois que c’était le plus grand simulateur qu’il ait jamais croisé. »

C’est impossible de dévoiler bien plus que le fait que Dapper semble ici atteint de liberté, oui, je dirais ça comme ça. D’un coup, de nombreuses choses se dévoilent, c’est violent pour lui, et c’est aussi une libération. Et c’est avec une virulence rageuse qu’il va se mettre en chasse de Bauman. L’enquête est menée sans temps mort, on avance avec lui sur les traces du monstre Bauman, on accompagne ses pensées et tout ce qui s’agite en lui dans ces révélations sur ses origines qui, soudain, lui apparaissent en même temps que la mort. Fatal.

La violence est omniprésente dans les vies de tous, et la mort de Tristan opère comme un détonateur, pour Ilyas, encore:

« Ilyas venait de prendre la décision d’en finir. Il avait espéré que quelque chose du royaume puisse survivre à la mort de Tristan. Il avait voulu voir dans les arbres du parc, dans les reflets sur les murs des couloirs, dans les habits des infirmières un souvenir de son mentor. Mais rien, il ne retrouvait pas la moindre parcelle de protection dans ce qui l’entourait. « 

Tout ce qui fait la force sombre et concentrée de ce livre et des deux autres, c’est l’approche de la psychologie ici très dérangeante – je n’en suis en rien spécialiste, ma foi -, troublante. Les enfants, les adolescents, toujours des garçons, sont une force, eux contre l’éventuel ennemi. Les traumatismes de l’enfance sont les liens qui se nouent entre ces garçons, formant comme un bouclier.

« Avait-il appris quelque chose? Plongé dans le sommeil, était-il aujourd’hui différent? On croit trouver une réponse à ses interrogations et l’on ne fait que creuser la question fondamentale, celle avec laquelle on sera enterré, avec laquelle on se relèvera au jour du jugement dernier. Chaque fragment de vérité, au lieu de combler un vide, vient intensifier le manque initial. Si l’on voulait se préserver, il faudrait ne rien chercher à comprendre, jamais. Car l’homme qui approfondit sa connaissance intensifie sa douleur. Et Dapper allait bientôt s’en rendre compte. »

Le talent de Gilles Sebhan à écrire les tensions, les alliances muettes, les forces qui se rassemblent contre des adversaires visibles ou pas… Un grand talent et je n’ose même pas imaginer ce que ces livres donneraient adaptés au cinéma : glaçants !

Je ne sais pas si la fin en est une, mais elle est magnifique.

« En lui se forma cette pensée qu’il y avait toujours quelqu’un, quelque part, dont les larmes avaient le pouvoir d’éteindre les incendies du monde. Oui, il y aurait toujours un homme pour éteindre avec quelques larmes les incendies du monde. Et ce jour-là, pensa Dapper, cet homme c’était lui. »

Coup de cœur pour la série, cohérente, puissante, belle… Bravo, quoi !

« Le sourire du scorpion » – Patrice Gain – Le Mot et le Reste

« On était au début de l’été et la chaleur était assommante. Le raft reposait paisiblement sur un banc de galets plats et bien ronds. Les combinaisons néoprène et les gilets de sauvetage cuisaient au soleil sur ses boudins rouges. Goran avait choisi de s’arrêter dans cette anse après seulement deux petites heures de navigation. Après tout, c’étaient les vacances et personne n’avait rien trouvé à redire, d’autant que les jours précédents avaient été éprouvants. Trois jours passés dans notre maison sur essieux, surchauffée, animée par un moteur poussif qui peinait à prendre de la vitesse. Par les fenêtres béantes entrait un air sec et poussiéreux qui avait l’odeur âcre de goudron fondu. L’herbe était jaune et les ruisseaux que l’on croisait croupissaient dans le fond de leur lit. Les paysages tout entiers avaient soif. L’ombre de la nuit ne nous apportait aucun répit. »

Encore une belle découverte chez cet éditeur qui m’a réservé de bons moments de lecture. Ce livre-ci ne déroge pas. Voici un roman auquel on ne peut coller de qualificatif de genre, et ça d’emblée ça me plait. 

Le lieu où se déroule l’histoire en majeure partie est un endroit que j’aime particulièrement, les grands Causses et les gorges du Tarn. Ensuite, le jeune narrateur est un personnage pour lequel j’ai nourri une grande tendresse et une compassion infinies. Ce roman qui va se révéler sombre et puis très noir, cette histoire qui passe brutalement de la chaude et belle lumière de l’été au tragique et au chagrin raconte comment un homme va voler la vie d’une famille pour se laver d’une sale, très sale histoire. En dire plus est en dire trop à mon sens, et il est donc difficile d’écrire à propos de ce roman, mais je tente quand même de vous en livrer les lignes principales. C’est un très beau livre dont le cœur est une cellule familiale emplie d’amour qui va se trouver amputée, éclatée, puis ravagée.

C’est l’été, les vacances en famille. Voici Tom, le narrateur et sa jumelle Luna

« J’étais pleinement heureux et Luna aussi, je peux l’affirmer. Sur son merveilleux visage androgyne, des rides étaient apparues aux coins externes de ses yeux bleu délavé en même temps que de fugaces fossettes. Elle était comme ça, Luna, un visage farouche, perché sur une quenouille, qui attire les regards, mais ne montre pas grand-chose de ses émotions. Moi j’étais un peu grassouillet, avec une tête que des cheveux blonds et courts rendaient exagérément ronde. Difficile de croire que nous étions de la même fratrie et pourtant nous étions comme les doigts de la main, plus inséparables qu’un couple de perroquets. »

En vacances au Monténégro en 2006, avec Goran pour guide, Mily, la mère, Alex le père, Luna et Tom, les jumeaux, font une descente en raft de la rivière Tara. Tom, 15 ans,  raconte ce qui va découler de ces vacances. Tom va creuser cette histoire, tout en lisant « Délivrance », essayer de comprendre.

On s’attache immédiatement à ce garçon calme, pacifique, qui aime plus que tout sa jumelle, la brillante et intrépide Luna.

« La proviseure a affiché un air compatissant et a demandé à Luna comment nous vivions cette situation elle et moi.

-J’essaie de me convaincre que ça arrive. Pour tout un tas de raisons, ça arrive tous les jours. des choses auxquelles on ne peut pas s’attendre. On se dit que ce n’est pas juste, mais la vérité c’est que tout le monde est en droit de se dire ça. Dans le meilleur des cas, la vie est comme un cognassier, avec de beaux fruits jaunes qui sentent bon, mais sur lesquels on se casse les dents dès qu’on veut croquer dedans. On peut se battre, ce sera toujours ainsi.

-Tu as dit que tu avais quel âge, Luna?

-Quinze. »

C’est une famille qu’on qualifierait de marginale, mais en fait juste libre, avec un choix de vie qui lui convient, une famille qui vit et se déplace dans un camion rouge de cirque; les parents sont saisonniers, avec tout de même un « camp de base » sur un grand causse ( Méjean ou Sauveterre ? ), une vieille ferme sans grand confort mais où l’été est merveilleux à vivre. Le drame va se dérouler sur la Tara, la disparition d’Alex dont on ne retrouve pas le corps.

« Avant de nous allonger dans notre couchette avec Dobby, Luna m’a susurré:

-Demain il fera beau et on pourra commencer.

-Commencer quoi?

-Le reste de notre vie.

-Comment tu fais Luna?

-Comment je fais quoi?

-Pour ne pas avoir peur!

-J’aimerais que ça s’arrête. Que tout ce qui nous est arrivé ne soit jamais arrivé. Mais je sais aussi que papa ne voudrait pas nous voir baisser les bras. »

Ceci va provoquer le retour sur le causse du reste de la famille et de Goran, l’homme rassurant, secourable, bricoleur, plein d’une compassion solide – pour Mily surtout qui entre dans une profonde dépression.

« Nous sommes allés retrouver notre mère dans le cabanon. La chaleur y était étouffante. Elle était assise sur le sol terreux, au bout du rectangle de lumière dessiné par la porte basse, près de la caisse en bois dans laquelle notre père rangeait ses outils. Elle étreignait la ceinture porte-outils jaspée qu’il s’était bricolée. Dobby s’était calée entre ses jambes, la tête sur son épaule et la langue pendante. La chienne a juste tourné les yeux quand nous sommes entrés. Dobby était toujours disposée à donner des monceaux de tendresse à ceux qui en manquaient. »

Tom et Luna vont reprendre l’un le chemin vers un apprentissage de charpentier, l’autre celui du lycée puis sur un parcours plus surprenant.

« Ce jour était le dernier encore empreint des fragrances de notre adolescence. le lendemain allait être celui qui allait nous éloigner l’un de de l’autre. Luna allait retrouver son lycée et moi j’entrais en apprentissage chez un charpentier installé dans un village situé à une vingtaine de kilomètres au nord de la ferme. J’avais choisi la formation « Charpente et construction bois » parce qu’il me fallait choisir quelque chose. Ma dernière année de collège avait été catastrophique. »

Luna va partir vivre des aventures à risques, Luna sur le fil, laissant Tom très seul avec sa mère. Puis Mily part vivre à Lyon en compagnie de Goran .

Tom va faire la connaissance de Sule, un Bosniaque qui travaille avec lui, qui connaît Goran et recherche une cassette vidéo. Je m’en tiens là. À la suite de quoi la famille de Tom finira de se disloquer, avec un dernier acte profondément douloureux et pétrifiant.

Ce roman traite de l’histoire  – avec un grand H comme on dit – qui parfois surgit au détour d’une rencontre et qui insidieusement imprime un virage dangereux ou fatal à des vies innocentes. J’ai aimé ici le ton, la voix de Tom que sans rien de péjoratif, j’appelle un gentil garçon, à l’intelligence intuitive. Il nous parle de son amour pour sa sœur, de son chagrin pour sa mère et de son incompréhension aussi. Le personnage de Joseph, son maître d’apprentissage est très beau, qui par ce qu’il transmet de ce travail manuel et élaboré de la charpente, transmet la valeur du geste et le bénéfice apaisant qu’en tire celui qui s’y absorbe. Il aidera Tom de plusieurs façons, au moment de son plus grand désarroi. Je n’oublie pas le chien Dobby, arraché aux barbelés et qui subira lui aussi la tragédie de la famille, et enfin la nature, le ciel, les étoiles, la sécurité réconfortante des choses immuables.

« Quand la nuit s’est avancée, je me suis assis contre une pierre levée. Il y en avait plusieurs dans le coin. J’ai regardé leurs ombres s’étendre sur le sol. À la lueur de la lune, je suis allé les voir. J’en ai trouvé des jumelles et je me suis allongé entre elles? Avant minuit je les ai entendues chuchoter. Elles disaient la terre, les étoiles, l’air. Au loin, des rondeurs maternelles se découpaient dans le ciel. La terre exhalait des senteurs que les hommes qui avaient disposé et taillé ces blocs avaient respirées avant moi. Un fourmillement sédatif a suivi l’arête crénelée de ma colonne vertébrale. J’ai posé mes mains sur la pierre rugueuse, cherché du regard la Grande Ourse et l’étoile polaire puis je me suis laissé glisser dans l’ombre de la nuit. »

Voici un très beau livre, avec une fin absolument terrible, une écriture remarquable qui distille patiemment l’inquiétude grandissante de Tom. L’appréhension croissant dans le dernier tiers du roman, cette histoire affreuse finit par nous éclater à la figure, comme à celle de Tom . À noter que la trame s’inspire d’un fait réel ( note de l’auteur en fin de livre )

J’ai aimé Tom le doux, le sensible, tout m’a plu en lui, et sa sœur Luna, tout feu tout flamme, son complément si précieux dans une vie de désordre où chacun cherche l’équilibre, Luna à sa manière forte et littérale du terme.

Saša Knežić

Saša Knežić

Excellent roman dont le suspense doucement – pas lentement, mais bien doucement –  amené n’est pas là juste pour lui-même, pour le sel du récit, mais bien pour braquer soudain un projecteur brutal sur des vies « ordinaires » brisées par un fait qui les dépasse.

« Luna était une équilibriste. Elle acceptait le risque comme peu de gens peuvent le faire et je m’étais dit que regarder la réalité en face était en quelque sorte son quotidien. Alors je lui ai appris ce que m’avait révélé Sule. Comme ça, comme je l’avais reçu, sans précaution.[…] Le visage de Luna avait perdu sa lumière. »

Dommages collatéraux, disent les cyniques.

Une lecture très forte, belle et bouleversante et une fin comme il se doit dans un chapitre éblouissant, une écriture qui ne renonce pas à la poésie, remarquable :

« J’ai roulé sans me retourner jusqu’au croisement. J’ai arraché la boîte aux lettres, je l’ai écrasée. J’ai vu le brasier qui éclairait salement le causse. En montant sur la moto, j’ai entendu l’explosion de la bouteille de gaz. Un écho de nos vies. »

Coup de cœur.

« Où étaient passés les jours baignés d’un bonheur chaud et insouciant? Les longues heures dans le camion filant vers le sud, après les saisons d’hiver, à écouter Bashung chanter « Marcher sur l’eau, éviter les péages, jamais souffrir, juste faire hennir les chevaux du plaisir », refrain que nos parents fredonnaient en chœur pendant que Luna et moi mangions des cerises par poignées et crachions les noyaux par la fenêtre grande ouverte. Le temps glissait alors comme une averse d’été sur le feuillage des arbres. »

« Neiges intérieures »- Anne-Sophie Subilia- Editions Zoé


 » Premier cahier
Courir

Le bruit d’un torrent près des tempes
le bruit du vent dans le cou
je suis seule
pour un moment
j’écris mal et vite
dans ma tête il y a un bourdonnement de corde tendue
je ne comprends pas ce que c’est
si c’est positif ou négatif
peut-être un reste d’excitation.
Pour le moment, rien ne me rassure ici, le paysage m’est hostile.

Je le repousse depuis notre arrivée.
Je vais courir chaque fois que c’est possible.
Mes camarades ont bien compris que c’était nécessaire.
J’ai besoin de me défouler et quand je reviens je suis plus calme.
Ce n’était pas prévu. »

Très belle et étonnante découverte que cette jeune auteure suisse qui avec beaucoup de poésie et de caractère raconte une aventure humaine collective et

individuelle. Les deux. Et c’est là que ces notions – collectif vs individu – se rencontrent, s’enrichissent ou se repoussent.

« N. dit que pour lui, le seul moment où il peut vraiment se retrouver avec lui-même, c’est la nuit. Le reste du temps on est soumis à nos présences. Il faut aimer ça sinon on est foutus. Alors courir est utile. Si je reste immobile, il se peut que je me retrouve ensevelie sous tout ce qui provient des autres. On vit les uns sur les autres comme dans une navette spatiale. Et le paradoxe, c’est cette immensité dans laquelle nous flottons. »

Voici un livre court mais dont la thématique est passionnante et envisagée sous de nombreux angles, comme une expérimentation. On peut lire ce texte comme un roman d’aventure, oui, ça l’est. Mais il faut y ajouter en son cœur une réflexion intense sur la cohabitation en milieu clos, en milieu étranger, extrême, les notions de « dehors » et de « dedans » dans toutes leurs possibilités, l’idée de solitude, la relation à son corps et à celui des autres, le corps dans toute sa crudité, sa concrétude, il me semble bien que ce soit le terme juste.

« C. me confie qu’elle souffre de ne pas laver ses cheveux.
Ils sentent le rance. Je la comprends, les miens me répugnent.
Elle propose qu’on s’entraide.
Sur le pont elle a tout préparé. Les bassines, la bouilloire, nos serviettes, un flacon de shampoing.
Elle s’occupe de ma tête.
Mes crins ne la rebutent pas, je crois.
Elle verse encore un peu d’eau chaude et continue.
Est-ce qu’on m’a déjà lavé les cheveux gratuitement? Je n’ai pas de souvenir.
Je cache mon émotion, le dos tourné je dis « merci tu fais ça bien ».
Je compresse le reste de la gratitude à l’intérieur, et mes carences affectives, qui me font honte.
Mais elle a dû sentir que j’étais émue, parce qu’elle a dit qu’elle pourrait finir seule si je préférais rentrer me mettre près du poêle.
Maintenant je suis coincée dans ce lien. »

Enfin, notre place dans l’élément naturel, nos interactions avec le monde et ce qui en résulte ou pas. Ici, elle court:

« Enfin la terre.
C’est entre chien et loup qu’on débarque et qu’on s’éparpille.
Rendez-vous dans une heure au zodiac.
Je tangue, petite ivresse terrestre.
La gorge ne se desserre pas tant qu’il me reste de la force dan se corps. Je cours. Il faut parfois des kilomètres. Les hormones arriveront peu à peu, je les fabrique et je les attends, elles savent que je les attends. Elles viennent, les endorphines. Je peux ralentir.
Deux parois de granit se dressent de part et d’autre de mon corps.
Je m’accroupis.
La pierre vibre autour de moi.
Je connais ce bruit. Grincements suraigus, enfouis, typiques des greniers. Chez nous ce sont les chauves-souris. Mais ici?[…]
Le début de la nuit s’accroche à la pierre et des étoiles arrivent.
J’entends les voix des camarades, des paroles qui sautent, des éclats.
Sous la voûte céleste, le plus inquiétant parfois ce sont les humains entre eux.
Et puis de nouveau l’isolement. Les grincements. Le vent dans les fissures.
Il fait bon chaud dans ma combinaison.
Je n’ai plus de motifs de bataille, plus besoin de me montrer victorieuse. Rien ne peut m’atteindre.
J’ai tellement sommeil. »

La magie des paysages a son pendant en hostilité pour l’être humain, qui a ici un impératif : s’adapter et rester humble. Ce livre est profond, et m’a profondément touchée, faisant écho à des sensations et émotions ressenties parfois.

« Cette nuit un morceau de glace a heurté le bateau. Je le note parce que plus nous avancerons, plus nous aurons de la glace. Heureusement il n’y a pas eu de dégâts, mais nous allons devoir veiller à tour de rôle. C’est mon tour. Je n’ai rien dit pour mes doigts. Écrire me fait mal, mais me tient chaud. Et aussi parce que j’ai réfléchi. Je crois que si je devais décrire les aurores boréales, je dirais qu’elles ressemblent à des flammes au ralenti. Leur danse aléatoire me fait penser aux flammes. C’est émouvant, je ne sais pas pourquoi. Sans doute parce que c’est inhabituel, éphémère, et qu’il n’y a pas de geste humain pour décider de les produire. »

J’ai été captivée en lisant ces quatre carnets écrits par une des deux femmes présentes sur Artémis, voilier d’aluminium équipé pour étudier le territoire du cercle polaire arctique, dans un voyage de 40 jours. Elle inventorie les constructions repérées pendant le périple. Avec elle l’autre femme, C., et deux hommes N.et S.; ces quatre-là sont des architectes paysagistes en mission d’étude, et les deux autres sont Z. le capitaine et T. son second.

« Chute de tension
C’est arrivé à C. ce matin.
Nous la portons sur la banquette et nous lui faisons boire du thé sucré.
Elle me sourit, triste.
Après ça je prends mes distances.
C. se sent à part. Elle a besoin d’amitié.
Je n’arrive pas à la lui donner, je sens une résistance difficile à expliquer. J’aimerais la voir encore un peu souffrir et s’enlaidir, qu’ils la châtient. Ça me rassure sur ma propre place dans la communauté.
Aussi je trouverais normal qu’elle se donne la peine de gagner son estime. Comment, je ne sais pas.
Bilan rapide: j’ai envie de cajoler N. et S., qui ne veulent pas et je n’ai pas envie de consoler C., qui le demande.
J’ai mes cruautés.
Ça ne se voit pas, je ne laisse rien transparaître.
Tenir ce journal, c’est mon autre bouclier.
Peut-être qu’un jour je me ferai très mal, je me blesserai.
Ce sera la monnaie de ma pièce.
Je n’arrive pas à être vertueuse.
Les montagnes brillent sous leur demi-cape de neige.
Les montagnes, encore elles.
Elles vont me faire pleurer. »

L’initiale tient à distance et fait très bien ressortir le côté expérimentation scientifique ( qui n’est pas celle menée par les personnages ) de ce récit, évitant une trop forte personnalisation, tout comme il y a peu de détails physiques, plutôt des esquisses. C’est plutôt au caractère qu’on est confronté, que chacun est confronté. À celui des autres, la narratrice au sien propre et tous à celui de l’environnement.

« Ce n’était pas un ancien campement ni une cité lacustre, on pourrait donc penser que la matinée n’a servi à rien. Pourtant je me souviendrai. J’ai noté sa position géographique. Je m’y suis sentie à mon aise. Sans doute une question d’échelle et de reflets. Les joncs dans l’eau miroir. C’était à taille humaine et moins minéral.
Un lieu qui devrait continuer d’exister pour lui-même. Ça m’arrive de penser des choses comme ça, là où c’est le plus beau. Qu’il ne faudrait pas d’habitations, de mémoire, de maladie. Je ne peux pas en parler. Les camarades me gronderaient, je risquerais de baisser dans leur estime. Mais je ne peux pas nier que ces instants me détournent de notre métier de bâtisseurs. »

Louvoyant ainsi au milieu des glaces, en quête d’habitats locaux, entre les icebergs et les eaux, sur les restes de banquise, notre narratrice parfois s’évade et court sur la mousse quand il y en a. Et puis elle fait du pain, elle pétrit quand C. dessine. Elle – je l’appelle « elle » – va progresser en trois cahiers, trouvant de l’assurance sur certaines choses et en perdant sur d’autres, fragilisée, mais vivante, lucide, et surtout extrêmement fine observatrice. Parfois cruelle, parfois démunie dans le jeu collectif et dans sa solitude, celle de sa pensée qu’elle ne partage avec personne. Au quatrième cahier:

« Mon goût de l’indiscipline augmente. Je n’ai plus peur du paysage. Je marche longtemps sans prévenir. Sans plus courir. « 

 

© Anne-Sophie Subilia

© Anne-Sophie Subilia

Elle sait lire les regards, les attitudes corporelles, elle scrute. Mais voit – elle bien et voit-elle juste? Vous savez quoi ? J’aimerais beaucoup savoir comment chacun des autres l’envisage.

« N. ne parle plus depuis hier. Ce n’est pas normal. Il se claquemure dans le silence.On ne peut rien faire, son visage nous chasse. Il passe son temps sur le pont tout seul. Il est celui qui a le plus changé parce qu’il est celui qui s’expose le plus. Sa barbe grimpe sur la moitié de son visage. Ses yeux verts se sont enfoncés au milieu des cernes, des larmes coulent dans les plis de sa peau. Ce sont des yeux d’annonce, asiles de songe et de voyance. Comme certains enfants quand ils se mettent à fixer quelque chose qu’ils sont les seuls à voir. Il se tient à l’étai quand le génois est enroulé, sinon, patatras. Je m’inquiète de sa pâleur, mais je le lui cache. Il a horreur de nos excès de sollicitude. Quand on navigue, il se tient d’une main et laisse l’autre pendre, on dirait que son corps flotte, mais parfois son expression me trouble et me contamine: il semble en état d’absorption comme si la mer allait bientôt l’avaler. La mer c’est ce qu’il aime le plus au monde. Il ne porte aucun masque, il a le visage obscure d’un marin. »

Outre l’aventure de recherche, outre l’aventure humaine, outre la vision de ces contrées glacées mais vivantes, Anne-Sophie Subilia nous offre un livre à mon sens souvent philosophique et d’une grande poésie, dans une très belle écriture qui évoque le souffle court que peut provoquer le froid, l’économie de mouvements que génère l’étroitesse du bateau et la sobriété de parole que crée une grande et longue promiscuité. Elle s’immisce en secret dans les espaces privés des autres à la fin du livre, ici celui de Z. dont je ne vous livre que quelques phrases:

« C’était un kaléidoscope, le monde tenait dans le cabinet. Pas d’alcool, pas de drogue (manifeste ), mais un coffret en chêne sanglé de fer comme écrin des ses ouvrages en papier bible, et du roman qu’il faisait lire à S.
C’était sa chambre d’utopie, son secrétaire. À lui seul, cet espace faisait voler en éclat tout ce que je croyais connaître de Z.
Les objets semblaient habitués à traverser la houle, le capitaine avait vissé, cloué, scellé ce qu’il pouvait aux parois, le reste il le laissait s’embrouiller au-dessus d’un tabouret. En approchant mon nez, je retrouvais cette fragrance de patchouli que j’avais cru déceler chez lui de façon fugitive, comme évadée par-delà l’odeur plus acide du marin. »

Le vocabulaire est soigneusement choisi, rien n’est au hasard. Vraiment splendide. Je suis admirative !

J’ai adoré ce livre qui trotte encore dans mon esprit depuis sa lecture il y a quelques semaines. Je ne savais pas trop par quel bout vous en parler; car c’est un livre de silence aussi.

Très intéressant, CE LIEN

Un texte magnifique à découvrir, un gros coup de cœur ! Demain, Anne-Sophie Subilia répond à quelques questions.

et la bonne année, alors ?!?

Ah, bien sûr ! J’allais oublier ces vœux pour 2020, à vous toutes et tous qui parfois faites un tour par ici. Je vous remercie de votre présence, de votre constance. Et donc, que souhaiter de plus pour cette année 20/20 que les choses essentielles, la santé -très important même si ça semble « bateau » -, de l’amour et de l’amitié, du rire et bien sûr des livres, de la créativité pour que tout semble plus supportable.

Côté livres en tous cas, mes premières lectures m’enthousiasment. La première demain, magnifique de talent et d’intelligence. 

Je vous souhaite donc le meilleur, pour tout. Allez hop, c’est parti !

WE CAN BE HEROES !