« Évasion » – Benjamin Whitmer – Gallmeister/Americana, traduit par Jacques Mailhos

« Par la fenêtre, les montagnes scintillent, hirsutes et grises derrière la neige qui tombe, sous un soleil comme une lanterne qu’on abaisserait entre les pics. Mopar regarde. Travaille à se calmer. Respire, tête de nœud. C’est le premier coucher de soleil que tu vois en dix ans. Respire. »

J’attendais ce troisième roman depuis longtemps et le voici, plus long que les deux précédents, plus dense aussi, mais j’ai retrouvé ici l’écriture impressionnante de Benjamin Whitmer et son sens de la construction dans ce roman. Cette histoire impossible à brosser en quelques mots est en fait une mosaïque d’histoires et de destins qui furent plus ou moins imbriqués ou éloignés à un moment donné et qui du fait de cette évasion se percutent se fracassent et se racontent. À la manière de Whitmer, talentueuse:

« C’est Adam Belligham, le directeur adjoint. Un homme en début de cinquantaine, au teint terreux et au menton fuyant qui file tristement se tapir sous son nœud de cravate, aux misérables yeux marron qui ont constamment l’air de vous supplier de faire comme s’ils n’existaient pas. Mais il ne faut pas le juger aux apparences. Vingt-quatre années plus tôt, Bellingham avait filé en France et en était revenu avec plus de médailles qu’on ne peut en transporter dans un grand seau. Il est exactement l’homme que Jim n’a pas envie de voir en cet instant précis. »

Évasion spectaculaire de douze prisonniers à la prison d’Old Lonesome, Colorado, au pied des Rocheuses. C’est l’hiver 1968, un bon gros hiver plein de neige, de glace et de blizzard, une mobilisation conséquente va se mettre en place pour rattraper les fuyards, morts ou vifs.

« C’est le genre de tempête qui vous fait regretter jusqu’au dernier de vos petits mensonges minables. Garrett et Stanley ne sont qu’à mi-chemin d’Old Lonesome et la neige tombe par plaques, la voiture progresse en dérapant contre la blanche déflagration du faisceau de ses phares. »

Il y a donc là ce qui va constituer la trame formelle du roman : le groupe des détenus, le groupe des gardiens de prison, les journalistes locaux, un traqueur d’exception et une dealeuse d’herbe qui sait que son cousin est parmi les fuyards et veut le retrouver. Les 63 chapitres alternent les points de vue, et sont titrés selon ces différents groupes, le détenu, les journalistes, le traqueur, la hors-la-loi pour la plupart, avec ici et là quelques « écarts » avec Bad News ( nom d’un personnage ), le directeur, les gardiens, la ville.

« Vivre dans cette ville, c’est comme se faire étrangler, mais très lentement. Le genre de mort lente et suffocante à laquelle on met une vie entière à s’habituer. Et puis on meurt. »

 

( Ry Cooder and the Chicken Skin – « At the dark end of the street  »  )

Le directeur

« Il est assis à son bureau, il mange un blanc de poulet rôti avec un couteau et une fourchette en fixant le grand tableau sur lequel sont punaisées les photos des évadés. Il se voit déjà en train de finir son poulet, s’essuyer les mains avec sa serviette en tissu puis marcher jusqu’au tableau et tracer une croix sur le visage de Billy Hughes. Après il a prévu de s’allumer une nouvelle cigarette. Mme Jugg n’a pas besoin de savoir combien il en fume. »

Un journaliste :

« Le soleil s’est couché et il ne reste plus rien à voir du crépuscule. Ce qui ne signifie pas que ce soit déjà tout à fait la nuit noire. C’est un truc que Stanley a l’âge d’avoir appris. Les choses deviennent toujours plus noires. Quiconque n’a pas compris ça vit dans un autre monde. »

Pourquoi LE détenu ? Parce que l’on suit particulièrement Mopar, le cousin de la hors-la-loi Dayton. Mopar est mon personnage préféré pour plein de raisons et quelles que soient les actions violentes dont il use, c’est une humanité authentique, loin des images d’Épinal, c’est un réalisme cru, loin de la béatitude simpliste qu’on met parfois dans ce terme d’humanité. Tout dans ce livre nous crie que l’humanité n’est pas bonne ou mauvaise, mais est tout ensemble, l’humanité est errante et dissonnante, et Mopar en est un merveilleux exemple.

Le détenu, Mopar:

« Mopar n’a jamais été vraiment stupide. Mais il n’a jamais non plus été capable de repousser la moindre mauvaise idée. Une fois qu’il a un truc dans le crâne, il le rumine et le rumine jusqu’à ce qu’il en ait bien tiré le jus, ou qu’il n’en reste plus que de la poussière. Il y a les emmerdes qu’on vous refile, et il y a les emmerdes que vous vous créez vous-même. Mopar excelle dans cette catégorie. »

Le traqueur, Jim Cavey :

« Jim se souvient d’une autre évasion hivernale. Il n’y avait que lui et le Vieux, à cheval. Ils avaient traqué trois détenus jusqu’à une masure habitée par une famille mexicaine à une vingtaine de kilomètres de la ville. Il y avait un père, une mère et une fille à peu près du même âge que Jim à l’époque, onze ans peut-être. La fille était malade, terrorisée, enveloppée dans une couverture sur les genoux de sa mère, et elle frissonnait comme si elle avait de la fièvre. Elle cachait son visage au Vieux et à Jim. Elle tremblait et pleurait. Jim avait peur d’elle, et lui aussi avait envie de pleurer. »

Mais je n’ai pas l’intention de résumer ce roman impossible à résumer. La préface de Pierre Lemaître vous éclairera sur l’homme Whitmer, sur ses failles et sa force, mais cette préface confirme absolument ce que je trouve dans cette écriture. On trouve aussi dans ce roman de nombreuses références littéraires sans étalage tapageur, et l’homme en connaît un bout sur le sujet. Donc, ce dont je veux parler surtout et avant tout c’est de l’écriture de Benjamin Whitmer. Comment décrire cette force désespérée qu’il déploie ici avec tant de talent ? Sa manière d’écrire dans ce roman-ci est parfois théâtrale ou cinématographique – le présent pour décrire les scènes de la traque se lisent comme des didascalies- en phrases rythmées comme il sait le faire, parfois brèves et sèches et parfois en tirades plus longues, et au passé pour la narration de l’histoire de chacun des personnages – et il nous en raconte, des histoires de vies tordues-.Sans oublier de chouettes bordées d’injures ( oui, j’aime beaucoup ça ) 

« Bon Dieu de bordel de Christ boîteux ! »

« Bordel de merde miséricordieuse ! »

Il est évident que Whitmer n’est pas là pour nous réconforter, c’est noir, noir, noir et très violent. Comme l’est cet endroit, ce temps, comme la prison est violente, comme la police est violente.

« Ce monde n’est pas fait pour que vous vous en évadiez. Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu’il faut pour le broyer. »

Pourtant tout ça est traversé de moments de grâce totalement bouleversants par leur inattendue douceur ou par leur désespoir profond, par les soudaines faiblesses de ces durs à cuire, et par des parenthèses pour reprendre souffle, se remettre des pieds gelés et du cœur brisé, même si à la page suivante on a bien compris qu’il n’y a de remède ni aux pieds gelés ni au cœur brisé.

Mopar

« Il faut qu’il se protège du vent jusqu’à ce qu’il trouve un manteau. Mais le vent est partout. Il balaye tout par vagues, couvre le sol de neige. Pas un seul arbre dans le coin. Pas même une foutue branche pour briser la blancheur générale. S’il n’y avait pas de montagnes là-bas, juste à l’ouest de ce qu’il peut voir, il marcherait volontiers droit vers le néant, comme un idiot. Il faut vraiment être un crétin d’une race spéciale pour entretenir ce genre de pensées, se dit-il. »

« Je suis tellement fatigué, putain.

Il y a des trucs que vous vous dites que vous referez jamais. Des trous dans lesquels vous ne tomberez pas. Mais parfois, c’est moins dangereux de simplement se laisser glisser au fond de ces trous, de s’y cacher, d’attendre. Mopar se laisse glisser comme ça, juste une seconde. »

Vous allez croiser ici des femmes et des hommes bons et mauvais à la fois, certains penchant bien évidemment d’un côté ou de l’autre de manière plus ou moins vertigineuse, y sombrant ou y surnageant.

Tante Patsy

« Elle a l’air de s’être maquillée à l’aide d’un miroir tordu juste ce qu’il faut pour que tout se retrouve décalé d’un demi-centimètre. Mais ce n’est pas le maquillage. Le visage de Patsy à été plus souvent refait que le carburateur du pick-up de Dayton. »

Molly

« Le nez un peu tordu de Molly. Ces yeux capables de vous arracher le cœur par la trachée. »

Marjorie

« Il y a des moments où l’on peut voir exactement ce que l’on a fait à la vie de quelqu’un. Ils sont rares, mais ils existent. Marjorie, toute seule dans cette chambre de motel, bourrée au vin pas cher, pleurant sur l’épave qu’il a fait d’elle. Clamant qu’elle n’avait jamais voulu être avec personne d’autre. Mais qu’elle ne pouvait simplement pas supporter un jour de plus avec Stanley. »

(Stanley :« Sa barbe, son caban bleu, son costume orange sont comme une aube criarde sur une fumée de cheminée d’usine. » )

Avec leur passé, leurs histoires cabossées et douteuses, tous tentent de survivre quitte à pour cela tuer l’autre. Peut-on dire qu’il y a de vrais méchants et de faux gentils? Et de vrais gentils, de faux méchants? Je crois, oui, comme dans la vie. Il y a dans ce livre de fabuleux face à face, comme celui entre Mopar et Charles, le géant noir père de famille. Il y a des fenêtres claires sur de jolis moments revécus alors que la neige glace les os. Et le chapitre 50, une perfection à lui tout seul.

C’est ainsi, Benjamin Whitmer me touche avec une force assez déstabilisante  moi qui suis plutôt pacifique; il y a bien peu chez l’auteur de foi en l’humanité – peu de foi que je partage – , en la justice ou en quelque autre réparation ou consolation de nos douleurs. 

« Les pensées qui te viennent quand tu peux pas dormir. Celles qui te murmurent à l’oreille que t’es un abruti de te donner tout ce mal pour vivre un jour de plus. Qu’il n’existe ni abri ni réconfort en matière de souffrance et que même s’il en existe tu ne les mérites pas vu le genre de con que tu es. »

Il y a dans tout ça une grande pudeur, oui, une grande pudeur qui ressort dans une multitude de petites phrases comme ici, la pudeur des durs qui se fendillent:

« De l’eau coule des yeux de Mopar. Il le sent. Il ne s’agit pas tout à fait de larmes, mais il ne s’agit pas non plus tout à fait d’autre chose. »

Cet auteur me remue profondément, cette vision anxieuse, inquiète et rebelle, son regard lucide sur les hommes et le monde, et la société de son pays…tout ça me touche parce qu’il sait le dire si bien. L’écriture et le tempérament de l’auteur donnent sa qualité à ce livre qui sans ça serait un livre noir de plus bien violent, une traque un peu languissante ainsi paralysée par l’hiver. L’écriture donc, qui met Benjamin Whitmer au-dessus du lot en tous cas pour moi.

« Peu importe combien d’amour il y a dans le monde, cela ne suffit pas. Pas pour la paix et la lumière ni le soulagement de la douleur. Peu importe combien d’amour il y a dans le monde, cela ne suffit pour rien du tout. »

Il est évident qu’il faut saluer la traduction de Jacques Mailhos, parfaite, et je termine avec ces phrases de la fin qui certes n’éclairent aucun horizon, lucides, âpres et dépressives:

« Parce qu’on survit. C’est tout ce qu’il y a. Il n’y a rien dans ce monde qui vaille qu’on vive pour lui, mais on le fait quand même. On n’y pense pas, on se contente d’avancer. On survit et on espère seulement qu’on pourra s’accrocher à un bout de soi-même qui vaille qu’on survive. »

 

« Kentucky straight » – Chris Offutt – Gallmeister/Totem, traduit par Anatole Pons

                                                  En exergue :

« Voici le miroir

Où s’éteint la douleur

Voici le pays

Que nul ne visite. »

Mark Strand , »Another place »

« La sciure.

Personne  sur ce flanc de colline n’a fini le lycée. Par ici, on juge un homme sur ce qu’il fait, pas sur ce qu’il a dans la tête. Moi, je chasse pas, je pêche pas, je travaille pas. Les voisins disent que je réfléchis trop. Ils disent que je suis comme mon père, et maman a peur que peut-être ils aient raison. »

Gros plaisir de lecture avec ce court recueil de nouvelles, dont ces premiers mots disent déjà bien l’atmosphère de ce coin du Kentucky, qui en fait n’existe pas ( j’ai vérifié ), peut-être pour en rendre l’isolement avec encore plus de force et c’est une réussite.

Dans la première nouvelle, « La sciure », un jeune garçon nous parle de lui, de ses parents et de son frère, d’un chiot à la vie brève, et de ce qu’il sait et connaît:

« Je me baladais dans les collines en pensant à ce que je connaissais sur la forêt. Je sais dire le nom d’un oiseau à son nid et d’un arbre à son écorce. Je sais qu’une odeur de concombre signifie qu’une vipère cuivrée n’est pas loin. Que les mûres les plus sucrées sont près du sol et que le robinier fournit les meilleurs piquets de clôture. Ça m’a fait drôle d’avoir dû passer un test pour apprendre que je vivais en dessous du seuil de pauvreté. Je crois que c’est de savoir ça qui a déboussolé papa pour de bon. Quand il est mort, maman a brûlé ses cartes, mais j’ai gardé celle du Kentucky. Là où on vit, c’est pas dessus. »

Il va s’inscrire pour passer son certificat de fin d’études (diplôme du lycée) qui peut lui permettre d’obtenir un emploi. On se dit le voici tiré d’affaires:

« En passant le certificat, pour la première fois de ma vie je m’entêtais pour faire quelque chose, plutôt que pour ne rien faire. »

mais la chute de l’histoire est inattendue, ce qui en fait toute la qualité.

C’est en cela que ce recueil est si bon: rien ne va dans le sens de « la morale », du bon goût ni de la bienséance, rien ne va comme on pourrait le souhaiter. Il y a là de la violence, de la misère, le travail comme un bagne et de la magie aussi comme dans  « Ceux qui restent », encore un jeune garçon, Vaughn et son grand-père, Lije.

Il y a là la magie de la nature, son côté inquiétant bien sûr – car ici on n’est pas dans le romantisme béat, on en est même très très loin !  – qui est son côté fort, plus fort que nous autres humains.

« Un énorme cerf émergea des buissons, seize cors majestueux se dressant sur sa tête effilée. Il n’en avait jamais vu de taille pareille. Les chasseurs les tuaient avant qu’ils atteignent cet âge. La bête se tenait calme et immobile, observant Vaughn. Son regard sombre avait la profondeur de l’éternité.

-Grand-père, murmura Vaughn.

Le vent soulevait les feuilles autour du cerf qui battait en retraite. Vaughn dévala la pente jusqu’à Lije, qui se tenait devant les chênes géants. Le raffut du cerf résonnait au milieu des arbres.

-Je l’ai vu, dit Vaughn. J’ai vu le cerf.

-Non, répondit Lije. C’est lui qui s’est montré. »

Dans « Blue LickRiver », encore un bout de jeune vie, un gamin, son frère, son père fichu en prison,sa mère en allée, et Granny, la grand-mère gentiment surnommée « j’t’emmerde salope » ( ! ) . Et puis une dame de l’aide sociale, qui détecte le gamin précoce:

« La dame qui parlait bizarre m’a donné un test de dix pages du genre à vous rendre aveugle, où il fallait cocher des petits cercles pas plus gros qu’un œil de bébé poisson-chat. Quand j’ai terminé, elle a dit que j’étais précoce. puis elle m’a appelé son pauvre chéri et je me suis mis en rogne, rapport à papa qui m’a appris à jamais laisser quelqu’un dire qu’on était des pauvres. »

Scènes de chantier, scènes de billard, de tables de cartes, cultures illicites, scènes de chasse à l’ours, avec des pumas, des orages dantesques, la foudre et la pluie, un témoignage de solitude et de fatigue de la vie sur un magnétophone , « Dernier quartier »: :

« La pire chose que j’aie jamais faite a été de survivre à mon épouse. Les femmes ont la vie dure ici. J’dis pas que les hommes se la coulent douce, j’ai un frère bûcheron qui s’est pris un arbre sur la tête, c’est juste que les femmes ont même pas les petits moments de détente des hommes. Aujourd’hui, il ne me reste pas grand-chose à faire qu’attendre l’hiver, puis le printemps. le temps s’amasse comme les broussailles. On brûle à l’automne et tout ce qu’on retient, c’est la lueur des braises. Je vois des tas de cendres partout où je pose les yeux. »

Un point commun: la misère sous toutes ses formes, l’alcoolisme, l’illettrisme, la bêtise, la méchanceté aussi. Comme vous me connaissez bien, vous comprendrez que les nouvelles avec les gosses m’ont touchée, d’autant qu’on y trouve une sorte de destin tout  tracé, une inéluctabilité terriblement dramatique. 

Voici un très beau recueil, cruel et pourtant parfois tendre, impitoyable avec l’humanité et finalement assez désespéré à mon sens.

En jouant au billard, on écoute ça :

« Meurtres sur la Madison » – Keith McCafferty – Gallmeister/Americana, traduit par Janique Jouin-de Laurens

« C’est le guide de pêche connu sous le nom de Rainbow Sam qui découvrit le corps. Ou, plutôt, le client qui lançait depuis la proue de son bateau, travaillant une Girdle Bug devant un amas de rondins qui séparait en deux le courant de la Madison River. Quand l’indicateur de touche s’enfonça sous la surface, Sam grimaça, supposant que la soie s’était accrochée quelque part. Le client, dont la plus grosse truite était de la taille d’une petite saucisse, se cambra pour ferrer un tarpon.

Le corps immergé sous le bois flotté se libéra de son attache, remonta soudain à la surface et se mit à flotter à plat ventre, l’hameçon enfoncé dans l’entrejambe de ses waders. »

Premier roman de cet auteur et retour vers l’Amérique, ici le Montana, les rivières, la pêche à la mouche…Un livre distrayant, facile à lire et à comprendre, avec une intrigue habilement tissée, bien amenée, bien déroulée.

Ce sera le début d’une série, et si j’ai trouvé agréable ce premier volume j’espère voir dans les suivants creuser un peu les personnages principaux, peut-être aérer un peu le récit, parfois dense sur les techniques de pêche et tout ce qui va autour. C’est un peu comme le base-ball dans de si nombreux romans américains, si on ne sait pas comment ça marche, ça reste un peu obscur. Reste que j’ai aimé les deux personnages principaux, Sean Stranahan, ex-détective devenu peintre, et surtout Martha Ettinger, shérif de son état. Elle, elle mérite vraiment d’être approfondie, car ce qui en apparaît ici est très séduisant – d’où une certaine frustration et une grosse envie de mieux la connaître ! -.

« Trente-sept ans, se dit-elle, et la marque de chacun de ces jours exposée à la face du monde. Martha Ettinger avait un visage rond sauvé de la banalité par des yeux bleus qui semblaient éclairés de l’intérieur; quand elle souriait, ce qu’elle ne faisait pas en se regardant dans le miroir, son visage rayonnait. »

L’autre personnage important de ce livre, c’est Rainbow Sam, guide de pêche, cette pêche à la mouche, « big business » du Montana. Qui comme tout business se prête à des choses peu claires – carrément louches, on peut le dire – et qui sont ici à la source de l’intrigue.

Sam donc va découvrir le cadavre d’un jeune homme inconnu des lieux, une Royal Wulff plantée dans la lèvre.

« Rainbow Sam gravit le talus escarpé. Pendant une courte seconde, il embrassa du regard les environs, la rivière qui réfléchissait les nuages du soir lavande et le mauve plus foncé des montagnes, le courant filant entre les berges bordées d’églantiers.C’était en partie ce qui attirait des pêcheurs du monde entier vers la Madison […] Et il y avait les truites, avec leurs rayures couleur rubis et leurs flancs luisants, aussi dures que du métal, les plus parfaites des créations de Dieu.

Bon, se dit Sam, ce pauvre bougre a pêché sa dernière. »

Alors va commencer cette enquête tortueuse, durant laquelle Sean tombera amoureux de la belle et mystérieuse Velvet Lafayette qui lui confie une enquête. Martha travaille avec son adjoint Walt et occasionnellement avec le pisteur blackfeet Harold Little Feather – intéressant personnage lui aussi – qui assiste la police pour lire les traces et empreintes et interpréter ainsi des scènes de crime.

« Little Feather s’accroupit dos au soleil, tendit la main vers le couteau enfoncé dans le fourreau de sa ceinture, le tint, étincelant, et traça le contour d’une empreinte de botte avec le bout de la lame en acier.

-Grand type, dit Martha.

Elle sentit sa peau frémir tandis que la base des poils de son avant-bras se dressait sous l’effet de la bise. »

Assez vite on va voir se profiler le « big business » en question autour d’une maladie qui atteint les truites arc-en-ciel de la Madison – et potentiellement des autres rivières, la maladie du tournis. Très belles scènes de nature, comme celle-ci:

« Une fois libérée, la fario s’installa au fond, dans trente centimètres d’eau, ses ouïes se gonflant pendant qu’elle reprenait des forces. Stranahan s’assit sur la berge en la regardant. Vingt pouces, se dit-il. Peut-être plus. Le crépuscule ressemblait à une traînée couleur ambre à l’horizon; la rivière scintillait dans la lumière déclinante. Dans quelques minutes, le brillant de la surface s’estomperait, la mélodie changeante du courant glisserait vers des notes graves et la nuit sauvage protesterait contre de nouvelles intrusions humaines. »

Ainsi de page en page, on va se trouver dans ce  décor grandiose de montagnes et de rivières; il y aura un canoë rouge, de belles prises, des waders et des float tube, Sam sera blessé et appréciera à sa manière la peinture de Sean

« Nan, j’aime bien votre peinture; je ne plaisantais pas, malgré l’absence de miches et de nichons. »

L’autre victime de ce roman, c’est la truite et son milieu naturel mais je vous laisse découvrir ça par vous-même. Un agréable moment de lecture, quelques frustrations aussi, mais je parie fort que l’auteur saura satisfaire l’envie suscitée de mieux connaître Martha surtout et Sean.

J’ai beaucoup aimé lire à la fin la note de l’auteur et ses remerciements, pleins d’humour, pleins aussi d’une belle humilité, ce qui le rend très sympathique.

Velvet Lafayette, chanteuse selon la serveuse Doris

« C’est un vrai petit chou, ceci dit, si tu aimes le rouge à lèvres rouge et les femmes à longues jambes. Et une bonne chanteuse. Trop bonne pour être honnête, si tu veux mon avis.( Elle pinça les lèvres.) Une vraie croyante comme moi a du nez pour reconnaître ce genre de femme. Je pourrais la résumer en un mot. (Elle marque un temps d’arrêt.). Ennuis. E-N-N-U-I-S. »

  Velvet se met au piano au Cottonwood Inn et entonne « Wayfaring stranger », ici interprétée sans piano par Nako Case, à Austin, Texas

« Mon désir le plus ardent » – Pete Fromm -Gallmeister/Americana, traduit par Juliane Nivelt

« Prologue

Les coups d’œil. Les regards ébahis. Les œillades furtives. Ils plongent Dalt dans une fureur biblique. À deux doigts du châtiment divin. Du calme, mon grand, ce n’est pas pour moi. Une vieille chouette en fauteuil roulant, le bras secoué de spasmes? Ils en ont vu d’autres. Allons, allons. Ce qui fait tourner les têtes, ce qui décroche les mâchoires, c’est Dalt en train de pousser le fauteuil. Dalt, l’inspiration originelle du David de Michel-Ange, maqué par une harpie? Évidemment qu’ils nous fixent, évidemment qu’ils se posent des questions. Je m’en pose bien, moi.

Mais si je suis dans un bon jour, que les mots glissent facilement le long de mes synapses en loques, je leur dis:

-Et encore, ça, ce n’est rien. Vous devriez nous voir au lit.

Voilà qui leur en bouche un coin. »

Voilà. C’est ainsi que commence ce roman qui m’a totalement bouleversée, émue, mais aussi amusée. Vous entendez ce ton ? Cette ironie douce amère?  C’est la voix de Maddy qui va nous raconter son histoire, indissociable de celle de l’homme de sa vie, Dalton, le beau, très beau Dalton. Tous deux sont des guides de rivière dans  le Wyoming. Leur rencontre, alors que Maddy, 20 ans, vit avec Troy qui en a 32 et qu’elle a juré de ne jamais s’éprendre d’ un garçon de son âge, leur rencontre est indescriptible; ce sont deux aimants qui se rapprochant un peu ne peuvent que se retrouver collés l’un à l’autre, avec la certitude que c’est pour toujours, c’est une fusion charnelle et mentale aussi ( je n’aime pas le mot « spirituelle » pour ces deux-là ) . Alors pour tout vous dire je ne suis pas une adepte du roman d’amour. Quand l’amour est le sujet central. Pourtant ici c’est le cas, c’est un amour incroyable, comme chacun de nous je pense peut en rêver, en espérer la rencontre dans sa vie. Et pourquoi alors est-ce que j’ai autant aimé ce livre? Mais parce qu’on a ici une écriture, un tempérament absolument prodigieux et jamais jamais de sirop. J’avais connu le même émerveillement en lisant « Lucy in the sky », et surtout « Comment tout a commencé », plein d’une tension terrible (si vous l’avez lu, vous souvenez-vous de la chasse à l’hirondelle d’Abilene ? Inoubliable. )

Donc Maddy et Dalt se rencontrent, se percutent, se mélangent. Il y a la rivière, la Buffalo Fork, Maddy qui pêche dans son coin secret, elle est douée, elle est en totale harmonie avec ce milieu et elle revit en pensée sa première nuit avec Dalt.

« Mais dans les ombres qui m’entourent, tout est frais, immobile. Je frissonne et je sors un peu de soie, levant à peine le bras pour lancer, pas plus que nécessaire; c’est tout ce dont je me sens capable dans mon état. Je pose la nymphe et je la laisse couler, j’attends.

Ravagés. C’est le seul mot qui commence à s’en approcher. J’aimerais parler une langue étrangère, connaître un verbe que je pourrais conjuguer à l’infini. Je l’ai ravagé. il m’a ravagée. On s’est ravagés.

« Dévoragés » […] »

Ils vont se marier les pieds dans la rivière et c’est merveilleux de les écouter se parler, ils ont un formidable sens de la répartie et leurs conversations volent au -dessus de l’eau ponctuées de rires, de jurons ( Maddy aime jurer), de blagues douteuses, mais surtout il y a une charge sensuelle et émotionnelle incroyable. Le talent de Pete Fromm pour ces évocations me laisse muette d’admiration. Il arrive à faire de ces scènes sans jamais aucune niaiserie, des scènes carrément érotiques, c’est beau, c’est fort, j’ai adoré ça !

Bien sûr si tout se passait ainsi, ils vécurent vieux et eurent beaucoup d’enfants, ce serait vite à faire bailler…Mais Pete Fromm a aussi le talent de jeter le dysfonctionnement à point nommé; la tension érotique s’augmente d’une tension dramatique quand Maddy apprend qu’elle est atteinte de sclérose en plaque ( je ne dévoile rien, c’est en 4ème de couverture), et enceinte alors que Dalt est en Mongolie comme guide:

« -SP? Vous voulez parler de sclérose en plaques?

Il avait esquissé une pantomime de tristesse, léger haussement d’épaules, lèvres pincées, regard navré, avant de prendre la fuite aussi vite que Wu, comme s’il venait de traverser le mur, me laissant échouée sur une plage de papier froissé, ne sachant que faire, où aller, essayant de respirer normalement: inspiration, expiration – c’est tout ce dont je me souviens. Mais je n’ai que vingt- sept ans, merde. Je cours les rivières. Je franchis tous les rapides, même les pires, sans la plus petite hésitation. J’ai une santé de fer. Moi, dans un fauteuil roulant, secouée de spasmes, tête pendante, mains sur les genoux, agitées de courants invisibles? »

Ils attendaient cet enfant, ils savent depuis le début qu’ils feront des enfants. Là ils savent avec une éblouissante certitude que ce sera un garçon et comme c’est au moment du voyage en Mongolie, il s’appellera Attila ! Atti. Des scènes à la fois drôles et tristes avec les tests de grossesse, Maddy prise de vertiges avec un poisson à faire empailler et un test de grossesse à la main:

« J’ai l’impression d’être restée des heures sur la cuvette, le cul engourdi, rouvrant les yeux après chaque nouvelle vague, le petit signe « + » bleu me fixant depuis sa fenêtre alors que Dalt, à l’autre bout du monde, est injoignable.

Ce n’est pas une façon de l’apprendre, et je n’arrive pas à croire que je n’aie pas fait ce test débile dès mon premier jour de retard. Qui sait quels dommages ont pu causer tous ces IRM, puisque je n’ai pas mis les docteurs au courant de mon état, puisqu’en fait, je l’ignorais moi-même. D’ailleurs c’est quoi exactement, un putain d’IRM? Est-ce qu’ils te balancent des rayons X dans leur putain de tube? Grillant toutes les cellules minuscules qui font de leur mieux pour se diviser, se multiplier, se transformer en poumons et en doigts, en cerveau et en cœur? J’agite le bâtonnet comme un vieux thermomètre, espérant modifier le symbole, et je dis:

-Mon pauvre petit Attila. Je suis désolée. »

Je vous laisse découvrir par vous-même ce qu’il advient de ce couple, la maladie, les enfants, l’obligation de quitter la rivière, l’eau, cet élément qui les a réunis et dont ils doivent s’éloigner. Que leur importe, leur amour dépasse tout ce qu’on peut imaginer, peau à peau de la hanche à l’épaule, ils s’accrocheront, résisteront, auront une petite fille superbe, Izzy. Le caractère bien trempé de Maddy développe une énorme colère plus que du chagrin contre cette foutue SP –  alors que Dalt anticipe, aménage, prévient. Il y aura des crises qui jamais ne résisteront à leur amour fusionnel, total, incommensurable, indestructible. Cela pourrait être ennuyeux, c’est merveilleux, poignant, et comme Maddy a un humour grinçant, on sourit parfois.

Jusqu’au bout, Maddy dira qu’elle est veinarde, parce que Dalt l’aime encore et toujours avec la même ardeur et qu’ils ont deux enfants admirables.

 

« Tout le mal qu’elle s’est donné pour cacher sa douleur, sa frustration, ses larmes. Rien que son amour, aucun secret dans ce domaine-là. Pas le moindre putain de secret. Plus d’amour que nous n’en aurons jamais besoin.[…]Derrière moi, je vois s’éloigner l’entrelacs de ruisseaux, se frayant un chemin parmi les racines et les rochers, s’écoulant en chutes et en rapides pour rejoindre la mer, toujours, un parcours que je pensais connaître par cœur avant, quand j’étais suffisamment jeune, naviguant à la lueur de la lune tandis que Mad repérait les obstacles pour moi, me guidait à travers les écueils.

Aussi discrètement que possible, je feins de ne pas voir la main tendue d’Iz. Je baisse les yeux sur la mienne, burinée et durcie par le labeur, inutile maintenant, sinon pour balancer un marteau, attraper une planche, je contemple les dernières traces de Mad qui s’y accrochent encore, incrustées dans les plis les plus profonds de ma chair, et pour le moment, je ne tiens pas à laisser quiconque, pas même Izzy, les effacer. Non. Pas encore »

Et la lectrice que je suis finissant ce voyage avec Maddy, Dalt, Attila et Izzy est prise par le chagrin et sonnée par autant d’amour, autant de force, et autant de talent. Un roman admirable à tous points de vue, un très très grand écrivain qui fait de l’amour une arme de guerre contre l’adversité, qui nous fait aimer ces amants comme s’ils étaient nos amis proches, ce couple qui combat sans jamais renoncer. Coup de foudre absolu ! 

Dalt chante pour Attila :

« Tout autre nom » – Craig Johnson – Gallmeister/Americana, traduit par Sophie Aslanides

« Joseph Conrad prétend que, si vous voulez connaître l’âge de la Terre, regardez plutôt la mer déchaînée par une tempête. Si vous voulez connaître l’âge du pays de la Powder River, il suffit de vous trouver du mauvais côté d’un train de charbon. Un gars qui travaillait pour la Burlington Northern Santa Fe m’a dit un jour que, dans le nord du Wyoming, les trains se composent d’environ cent quarante wagons et qu’ils sont longs de deux kilomètres, mais quand on est arrêté pour en laisser passer un, on a bien l’impression qu’ils sont encore plus longs. »

Toujours autant de plaisir à retrouver le vieux copain Walt Longmire, son indéfectible ami Henry Standing Bear et l’inénarrable Vic, son langage fleuri, ses yeux vieil or et sa passion toute neuve pour son shérif. Si ce n’est pas le plus captivant de la série, ça reste un grand plaisir de lecture, presque enfantin que cette nouvelle aventure de Walt, un genre de vengeur, de héros de comics western. Tout commence par un appel du vieux Lucian à propos du suicide suspect de Gerald Holman, policier du Comté de Campbell et une enquête qui va mener à trois disparitions de femmes non élucidées. Voici Longmire, son ami Henry et son chien ( celui qui ne mange que du jambon ) en quête de la vérité. Il y a dans ce livre de nombreuses péripéties, en particulier à la fin, très cinématographiques, des péripéties qui vont mettre en valeur le courage, la bonté, l’intégrité de Walt, mais aussi l’inévitable côté faillible de tout être humain car il saigne quand on le cogne, il ressent bien le froid, la douleur, et même la peur, mais il fait face ! Il fond devant Vic et n’arrive pas à renoncer à son enquête quand sa fille sur le point d’accoucher l’attend à Philadelphie. D’ailleurs, je salue la fin du roman à ce sujet…Entre les bisons et les wagons à charbon, Walt va affronter des adversaires monstrueusement plus costauds que lui, et ce avec un sang froid exemplaire: un vrai héros comme ceux des comics de mon enfance. 

On retrouve ici encore l’hiver glacé et neigeux du Wyoming, ce climat qui rend tout plus long, plus difficile, plus flou, entre rêve et réalité avec le fantôme Virgile bien sûr qui ne manque pas l’occasion de se rappeler au shérif. J’ai appris ce qu’est la main nommée « aces and eights » au poker 

« Cette combinaison particulière de cartes doit sa notoriété à Wild Bill Hickock, car c’est précisément celle qu’il tenait au saloon 10 au moment de sa mort à Deadwood, dans le Dakota du Sud- un peu à l’est de l’endroit où nous nous trouvions.

Selon la croyance populaire, Hicock n’avait que quatre cartes en main-l’as de pique, l’as de trèfle et deux huit noirs-, la cinquième carte n’ayant jamais été dévoilée puisque la partie fut interrompue par Broken Nose Jack McCall, qui tira dans la tête de Bill une balle qui sortit par sa joue droite pour aller se loger dans le poignet d’un autre joueur assis à la table, la cinquième carte devenant à cet -instant le cadet des soucis de Wild Bill. »

J’ai retrouvé avec plaisir encore les dialogues tellement bons ! Craig Johnson est très fort pour ça, il a un sens de la répartie, un art de la conversation absolument merveilleux, même avec un taiseux comme Walter Longmire. J’ai aimé Lucian qui descend les percolateurs pour leur faire cracher leur café

« Le bruit résonna dans l’espace clos du café-bar comme un arbre qu’on abattait, et l’objet se cabra contre la cloison derrière le comptoir comme un criminel blessé avant de se mettre à cracher un jet de café qui se déversa sur le plancher. Le vieux shérif rengaina son Smith & Wesson, passa un index crochu comme une serre dans l’anse et tendit la tasse sous la cascade pour la remplir.

La jeune serveuse apparut à la porte, les deux mains plaquées sur la bouche. Lucian tourna la tête, sourit, lui fit un petit salut de la main et elle repartit en vitesse d’où elle venait.

Une fois sa tasse remplie, il prit la mienne et la tint un instant à quelques centimètres de la fontaine de café.

-Je te ressers ? »

 et Vic dont j’adore le langage et le sens du romantisme:

« Elle m’observa jusqu’à ce que je me mette à me tortiller.

-Ne fais rien de stupide.

-Définis stupide.

-Te faire tirer dessus.

Je rangeai le portable dans la poche de ma veste, remontai la main et ajustai mon écharpe.

-C’est fait.

-Te faire poignarder, cogner, écraser, ou tout autre action qui pourrait te dégrader physiquement un peu plus.

-D’accord.[…]

Elle s’approcha et attira mon visage vers le sien, le vieil or engloutissant le monde entier.

-Walt, disons les choses clairement. Quelqu’un t’a mis sur la liste des hommes à abattre.

-On n’en sait rien…

Elle me serra plus fort.

-C’était un tueur professionnel, ne l’oublie pas.

-Non.

-Et sois dans cet avion à onze heures quarante-deux ou tu n’auras plus à te demander qui a mis un contrat sur ta tête.

-Promis.

-Et fais en sorte de ne pas fourrer ta bite dans un nid de frelons.

J’acquiesçai.

-C’est bien quelque chose que j’éviterai de faire, je t’assure.

-Tant mieux parce que j’ai des projets pour elle. »

Je vous laisse au plaisir relaxant de ce livre de pure détente, de haute qualité d’écriture (sans parler de la toujours aussi bonne traduction ), où l’auteur trouve une fois de plus l’occasion de faire quelques clins d’œil littéraires. J’aime toujours autant le Comté d’Absaroka, son shérif, son hiver, ses bars, j’aime toujours autant l’écriture si vivante de Craig Johnson.

« -Je viens de passer deux jours un peu difficiles.

-À courir après des méchants?

Je souris bien que cela me fit souffrir, sa question me rappelant le message que ma fille avait enregistré sur mon répondeur: Vous êtes bien chez les Longmire, nous ne pouvons pas vous répondre pour le moment, parce que nous sommes en train de courir après des méchants ou d’essayer de nouveaux chapeaux blancs… »

-On peut dire ça.

-Des bandits qui attaquent les trains?

-Non. »