« L’île des âmes » – Piergiorgio PULIXI – éditions Gallmeister, Totem, traduit de l’italien par Anatole Pons-Reumaux

L'île des âmes« Prologue

Des cinq policiers affectés à l’enquête sur le meurtre de Dolores Murgia, je suis la seule encore en vie. J’ai perdu quatre collègues, quatre amis. Certains disaient que cette affaire était maudite. Qu’on aurait tous mieux fait de l’oublier, de la classer. À force de creuser, nous avions réveillé sas animas malas, les esprits malfaisants, et la noirceur s’était emparée de nous, l’un après l’autre. Comme une malédiction. »

Voici la Sardaigne. Rude, sauvage, belle aussi…sans compter ses habitants, ceux du cœur de l’île. Voici  Mara Rais, inspectrice en chef et Eva Croce nouvellement arrivée, mutées aux crimes non élucidés à Cagliari. Voici deux  femmes qui vont parvenir, au prix de beaucoup d’efforts, à travailler de concert. Ici, l’auteur je crois , se fait plaisir en vacheries, exemples  :

« À la mer? C’est bien, tu es allée prendre le soleil. Tu as bien fait, parce que sans vouloir te vexer, ton teint cadavérique me soulève le cœur. D’accord, tu viens de la section homicides, mais j’ai l’impression que tu t’es un peu trop identifié au rôle. Déjà que tu as le handicap d’être milanaise, si en plus… »

ou encore:

« – Tu es aussi sympa que l’arrivée des règles un premier jour de vacances à la mer (Rais à Eva) »

Et il leur faudra compter avec toute la rudesse du pays et de ses gens, de ses traditions, de sa mythologie. Le premier chapitre retourne en 1961

« Vallée d’Aratu, montagnes de la Barbagia, Sardaigne, 1961

Le chien flaira l’odeur du sang à des centaines de mètres de distance. L’humidité de la nuit exaltait les parfums du maquis méditerranéen, créant une explosion de fragrances: myrte, ciste, arbousier, genêt, serpolet… Et pourtant, sous le mélanges d’essences typiques des montagnes, charrié par le vent à travers un carreau brisé, la bête décela un effluve âcre sans équivoque, acidulé et ferreux: du sang humain. Elle dressa les oreilles et se campa sur ses pattes à quelques centimètres du lit de l’enfant, émettant un grondement sourd . […] « L’eau pour naître doit se repaître de sang. »

Voici l’ambiance de l’île, hier, et sans tant de changement en 2016, où commence l’enquête, avec nos deux femmes et Moreno Barrali, inspecteur en chef de la Police d’Etat, chez son oncologue. L’homme est malade et n’en a pas pour des années. Avant cela, il accompagnera les deux inspectrices, qui parviendront à s’entendre et à travailler sans trop de heurts.

« Le policier lui tendit une vieille photo en noir et blanc. Prise dans un environnement rural, elle représentait un enfant d’à peine dix ans et un chien.
– Il s’est passé un bon bout de temps, mais c’est moi, là…Le chien s’appelait Angheleddu, un jeune bâtard intelligent et très protecteur avec moi. Le pauvre… C’est un peu difficile, parce que cette histoire-là, à part ma femme, je ne l’ai raconté à personne. J’ai gardé ce secret pour moi pendant trop longtemps, mais c’est bien que tu saches avant que la mémoire m’abandonne…
– Que je sache quoi ? demanda Eva, perplexe.
– Le genre de malédiction que je trimballe.
– Je ne comprends pas…
– Je voulais que tu saches que la nuit du 2 novembre 1961, dans la vallée d’Aratu, en Barbagia, j’ai été le témoin oculaire d’un meurtre rituel, quasi identique à ceux de 1975 et 1986… Et j’ai même vu l’assassin. »

Cette présentation faite : quelle histoire ! L’écriture de cet auteur donne dès le début la sensation qu’un danger imminent est là, tapi dans la montagne rude, sauvage, où règnent encore les mythologies du lieu. Et c’est en effet presque archaïque ( je pourrais enlever le « presque »…), on a du mal à croire que des gens avec ces croyances, traditions, appelez ça comme vous voulez ( civilisation?) puissent encore vivre dans cette île européenne. Mais oui. Je crois à ce que nous décrit ici Piergiorgio Pulixi. Il connait son sujet. Et c’est bien là un formidable décor, cadre, pour une enquête aussi tordue que les protagonistes du meurtre.

« La Barbagia est une île dans l’île. Un royaume à part entière, avec ses lois ataviques, ses codes, ses usages et ses comportements qu’on ne retrouve dans aucune autre région de Sardaigne. Des gens qui n’aiment pas s’immiscer dans les affaires des autres. »

Bref, des meurtres sauvages sont connus sur l’île depuis fort longtemps, et Rais et Croce sont envoyées aux « crimes non élucidés », une sacrée tâche donc, d’autant que travailler ensemble ne leur sera pas facile – caractères bien trempés -, mais cette enquête va les tenir jour et nuit, occupant tout leur esprit. 

Mon post est court, quelques extraits, mais l’auteur nous décrit ici maintenant, une île, des cultes, des traditions, et une famille de paysans qui m’a parue hors du temps, et surtout hors des lois. Des gens chez eux, avec leurs croyances, leur caractère sauvage. On peine à croire que subsistent encore de tels croyances, rites.

Un des personnages des plus attachants, pour moi, est le commissaire Barrali. Je n’ai pas envie d’en dire plus que ça, mais croyez qu’on n’a pas une minute de répit, que la beauté sauvage de l’île est envoûtante, que l’enquête et la vie du commissariat, comme celle des gens de la montagne sont bien complexes, souvent ambigües, parfois conflictuelles. La page du premier chapitre met en exergue un poème de Marcello Fois ( auteur sarde également romancier que j’ai adoré lire , « Les hordes du vent  » par exemple ) .

« A furia di scavare avevamo ris vegliato sas animas malas, gli spiriti malvagi, e il buio ci aveva investiti tutti, uno dopo l’altro. Come una maledizione. »

Je reconnais volontiers que je m’y suis prise à deux fois avant d’arriver à m’immerger dans cette histoire, une vraie enquête de police mais aussi une approche culturelle de cette mythologie sarde, de cette civilisation, une analyse aussi très fine de la psychologie des personnages. Une très belle traduction, qui rend le mystère, la violence qu’elle soit souterraine ou directe, la complexité humaine – car même chez les policiers, les caractères sont ambigus -. Bref, je pense bien relire Piergiorgio Pulixi, rencontré l’an dernier aux Quais du Polar, pour une soirée proposée par les éditions Gallmeister à son lectorat assidu et ce fut un moment passionnant et très agréable.

Ecoutez Piergiorgio vous proposer son roman

« Le chant des innocents » – Piergiorgio Pulixi – éditions Gallmeister, traduit par Anatole-Pons Reumaux (italien)

                                                                        « Prologue

Le chant des innocents par PulixiJe t’ai vue ce matin. Avec lui. Je t’avais dit de l’oublier, et tu ne m’as pas écoutée. Tu n’as rien écouté du tout. Sale pute…Tu croyais quoi, que je n’allais pas m’en rendre compte, c’est ça? Tu pensais que je mentais, que toutes ces menaces étaient juste des paroles en l’air? Quelle conne…Il est à moi. Combien de fois je te l’ai répété? Mais tout est ma faute, finalement. J’aurais dû passer des paroles aux actes il y a bien longtemps. J’aurais dû intervenir au premier signal, à la première humiliation. mais je ne me tromperai plus. Non, ma chérie. Tu vas t’en mordre les doigts. Tu vas regretter chaque baiser, chaque caresse. Tu vas regretter la chaleur de ses bras, parce que la chaleur que tu vas sentir maintenant, c’est celle des flammes de l’enfer où tu brûleras pour l’éternité. Parce que c’est là qu’est ta place: en enfer. Et c’est moi qui vais t’y expédier. Très bientôt…Dès que tu mettras la clé dans la serrure…Tu ne m’entendras même pas… Me voilà… »

Bonne découverte chez Gallmeister que ce polar italien. Je rencontre pour la première fois Vito Strega qui va enquêter sur une série de meurtres sanglants commis par des adolescents. L’inspecteur a été suspendu, mais sa collègue Teresa Brusca lui demande de travailler discrètement sur cette enquête avec elle car après un premier meurtre, d’autres lui succèdent et l’inspectrice a besoin d’un coéquipier; elle connait les qualités de Vito et sa sensibilté, mais surtout sa fragilité de par son caractère sanguin parfois. Il a d’ailleurs ordre de voir une psy régulièrement. Ce qu’il n’aime mais alors pas du tout ! Présentation du personnage:

-Je veux qu’il soit bien clair que je suis ici contre mon gré, dit Vito Strega après les salutations d’usage.

-En vous tenant ainsi sur la défensive, vous ne faites qu’attiser mon intérêt…Vous savez comment fonctionnent les psys, non?

-Je n’ai pas besoin d’un psy.

-Bien, alors prouvez-le moi.

Le policier remua sur sa chaise. C’était un homme imposant. En sa présence, le cabinet semblait avoir subitement rétréci, remarqua Livia Salerno. Et elle avec.

-Qu’est- ce que vous attendez de moi?

– Commencez par me dire comment vous allez. Vous m’avez l’air en pleine forme.

-Écoutez, est-ce que tout ça est vraiment nécessaire? Vous ne pouvez pas me faire signer la feuille de présence, et on  n’en parle plus?

-Nous ne sommes pas à l’école, commissaire.

-OK. Je sais comment ça marche. J’ai…

-Un diplôme en psychologie, un en philosophie, et un en droit, et vous avez exercé deux ans comme psychologue clinicien avant d’entrer dans la police, je sais. Vos collègues ont bien fait leurs devoirs. Drôle d’association de matières…dit-elle en enlevant ses lunettes.

-Je ne parlais pas de mes études. J’ai simplement tué une personne dans l’exercice de mes fonctions, ce qui arrive quand on fait mon métier, dit le commissaire Strega en passant une main sur son visage mal rasé. »

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Je découvre cet auteur et ici, avec cet homme sensible, intuitif et aussi assez instable, c’est une enquête bien complexe qui se joue. Vito Strega va découvrir avec effroi ces meurtres sanglants, très violents, commis par de très jeunes gens  ( le premier crime décrit est commis par une fille de 13 ans ).

 Strega va vite comprendre que derrière ces adolescents criminels se tient un marionnettiste, Le Marionnettiste, un manipulateur qui choisit ses « mains armées » parmi des jeunes fragiles psychologiquement, solitaires, mal aimés, asociaux d’une façon ou d’une autre. Ces tueurs liés par un secret, vont devenir l’obsession de Vito Strega, et le meneur de ce réseau criminel sera une cible à découvrir et à anéantir. 

640px-Black_cat_(1)Mêlées à cette enquête difficile, les affaires de cœur du commissaire sont elles aussi tout sauf simples. Entre son épouse qui l’a quittée et son amoureuse du moment, pris dans ses contradictions, ses colères et ses coups de cafard, Vito Strega néanmoins va travailler à résoudre cette enquête ô combien sombre, violente et tortueuse. Son seul vrai repos est auprès de Sofia, chatte fidèle, mais un poil caractérielle, comme lui.

« Il laissait une fenêtre ouverte en permanence, jour et nuit, pour lui permettre d’entrer et sortir à sa guise. Elle était lunatique et capricieuse. Et susceptible.

Quand Vito rentra chez lui, elle n’y était pas. C’était curieux: d’ordinaire à cette heure, elle revenait à l’appartement pour manger. Il comprit que son absence était un signe: elle voulait le faire payer pour avoir ramené Teresa chez lui et compromis leur équilibre. Parce que plus encore que lunatique, Sofia était d’une jalousie maladive. »

Ainsi tout au long d’une enquête qui va le hanter, avec ses ennuis amoureux, ses colères plus ou moins froides , il va vite être obsédé par ces crimes atroces, et épaulé de Teresa, il va piétiner, puis peu à peu tirer un fil qui finira par le mener à un résultat glaçant. Vito écoute du jazz, Miles Davis

Je n’ai pas lu les précédents romans de cet auteur. Peut-être y était-il question de la suspension de Strega. Pour moi, il est tout neuf. Il me manque donc quelque chose, mais pour autant, même si je trouve que la vie sentimentale de Vito tient un peu trop de place, j’ai bien aimé cette histoire, avec ce flic colérique, cette Sofia exclusive.

Le livre se termine à Noël, Teresa téléphone à Vito:

« -Un meurtre vient d’être commis. Une famille entière, trucidée. Un des trucs les plus trash que j’aie jamais vus. Les enfants avaient huit  et dix ans., ils n’avaient pas encore déballé leurs cadeaux. je me suis demandé si quelqu’un les ouvrirait un jour, ou s’ils finiraient à la poubelle comme ça. Bref, tu viens jeter un œil ou tu préfères te noyer dans l’alcool?

Il ne prit pas la peine de répondre. Il se contenta de toucher son bandage à la main droite.

-OK, comme tu voudras…dit Teresa en se levant.

Alors qu’elle tirait le rideau pour sortir du compartiment, la voix de Strega lui parvint.

-Toute la famille, tu as dit? demanda-t-il, les yeux encore rivés aux pages du livre.

-Oui.

Il contempla le liquide vert éclairé par la flamme des bougies.

-Vous avez une idée de qui a pu faire le coup?

-Absolument aucune.

-Merde! J’ai toujours détesté Noël, dit Strega en fermant son livre. »

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Bien sûr, Vito Strega se lève, souffle les bougies, ferme son livre, prend sa carte et son insigne.

« -Le temps de me rafraîchir et j’arrive.

Teresa sourit.

Bon retour parmi nous, Strega, pensa-t-elle. »

« Le silence » – Dennis Lehane – éditions Gallmeister, traduit par François Happe (USA)

Le Silence - Dennis Lehane - Éditions Gallmeister« La panne de courant se produit un peu avant l’aube et tous les habitants de la cité Commonwealth se réveillent en nage. Dans l’appartement des Fennessy, les ventilateurs de fenêtre sont restés bloqués et des gouttes de sueur perlent sur le frigo. Mary Pat jette un coup d’œil dans la chambre de sa fille Jules, la trouve couchée sur les draps, les yeux fermés, la bouche entrouverte, projetant de petites expirations sur son oreiller moite. Mary Pat continue dans le couloir jusqu’à la cuisine et allume sa première cigarette de la journée. Elle regarde par la fenêtre, au-dessus de l’évier, et sent l’odeur de la chaleur qui se dégage des briques de l’encadrement. »

Voici le nouveau roman de Dennis Lehane, et quel roman ! Situé à Boston – ville de Lehane – en 1974, autour de la déségrégation qui visait à mettre de la mixité dans les écoles, c’est à dire à permettre à des enfants ou étudiants « noirs » d’intégrer les écoles « blanches » ( lire ICI), l’auteur écrit un roman acerbe, un roman policier, social, et au sujet encore brûlant. Mais si les faits comptent, ici, en premier plan voici le portrait d’une femme de la communauté irlandaise. C’est Mary Pat, mère d’une fille, Jules, qui comme sa mère n’a pas sa langue dans sa poche et un caractère, disons bien trempé. C’est Mary Pat que nous suivons dans cette histoire. Parce que Jules disparaît. Mary Pat a perdu son fils à la guerre, son mari, il ne lui reste que sa fille. Et je vous assure que cette mère, Mary Pat, est un personnage comme je les aime : coriace, la réplique facile, cinglante ou pas, courageuse, mais aussi, en elle, une sorte de faille qu’est son amour pour sa fille, quelles que soient les tours qu’elle lui joue. 

Sauf qu’ ici, ce n’est plus de la petite dérive. Jules a disparu en participant à un acte meurtrier raciste, avec d’autres jeunes gens. 

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 Mary Pat, en menant son « enquête », va découvrir des choses sur cette adolescente qui va lui sembler une presque inconnue. L’autre pan du roman, c’est l’enquête sur la mort d’un jeune noir passé sous un train. Autre superbe personnage, Bobby, un policier plutôt rare dans son genre dans la masse en uniforme. Bobby sera celui qui mènera les deux enquêtes, intimement liées. Ce avec délicatesse quand il le faut, et autorité – voire plus – si nécessaire. S’en suit une galerie de portraits des truands, des enfants, des parents, les uns imbriqués aux autres par des liens parfois délétères. Comme avec Mary Pat, juste ce qu’il faut d’ambigüité, d’hésitation parfois, et d’humour aussi. Bref, je retrouve avec bonheur la splendide plume de Dennis Lehane, forte et sensible. Quelle écriture remarquable! Le sens du portrait:

« Brenda est une petite blonde, avec d’immenses yeux marron et une silhouette si épanouie, des formes si pleines, que l’on dirait qu’elle a été conçue par Dieu pour faire perdre aux hommes le fil de leurs pensées dès qu’ils la voient passer. Elle le sait, bien sûr, et apparemment ça la gêne; elle continue à s’habiller comme un garçon manqué, une chose que Mary Pat a toujours appréciée chez elle. « 

Au fil de cette histoire, le grand Lehane trace le portrait d’une ville, d’une époque et des strates de la société de cette ville. Située surtout dans le quartier irlandais, la pègre, régnant sur le trafic de drogue essentiellement, s’impose puissante, riche, et sans scrupules. Beaucoup y trouvent leur compte et tout roule jusqu’au jour où Jules disparaît, jusqu’au moment où Mary Pat va partir à sa recherche, et interroger toutes les personnes qui auraient pu la voir. Or, ce qu’elle va découvrir sur sa fille va la démolir. Certes, elle se relèvera, mais cependant sa vie sera anéantie, et ne sera plus que colère et soif de vengeance. 

On plonge dans sa vie quotidienne, ses dérives quand sa rage retombe, quand son courage la lâche, sa colère et son chagrin sans fond. L’auteur, parfois avec humour, mais surtout avec tendresse pour ses personnages ou au contraire avec une colère digne semée en Mary Pat et Bobby, nous raconte un événement, un temps de ce grand pays en butte aux réactionnaires. Au milieu, les autres, comme Mary Pat. Qui lit un article de presse:

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Et les paragraphes qui suivent montrent bien que ce sujet du « mélange » reste compliqué pour Mary Pat et les gens de son quartier. Chacun chez soi. Ainsi l’auteur évite tout manichéisme, tout raccourci facile, peignant de sa belle et humaniste plume un portrait précis du moment, du lieu et de ses habitants. Précis dans sa complexité. Ted Kennedy fait les frais de l’anti busing :

Dans « Un pays à l’aube  » ( pour moi un chef d’œuvre ) c’était un pan d’histoire qu’il nous livrait, d’une plus grand ampleur; ici c’est un événement, un moment marquant et ses conséquences dans la vie personnelle de Mary Pat. L’amour, le manque, les addictions, la tentation de la violence et de l’excès, les hauts et les bas de Mary Pat m’accompagnent encore. J’ai aimé cette femme, bravache, virulente, mais qui se mine au fil des jours, jusqu’à ce qu’elle règle ses comptes avec la vie.

A lire sans aucune hésitation, un gros coup de cœur.

« Les dynamiteurs » – Benjamin Whitmer – Gallmeister, traduit par Jacques Mailhos

« Prologue

C’est dans les nuits sans sommeil que je pense à Denver. Celles que vous passez quand vous grimpez dans un train de marchandises vide qui quitte l’Oklahoma, avec la poussière rouge qui danse sur le plancher, virevolte et défile en cyclones, et que votre présence insomniaque crée un silence tourmenté, terrorisé, qui se propage comme un cancer aux autres vagabonds. Ou quand vous vous trouvez dans la mangeoire d’un wagon à bestiaux qui traverse le Texas et que vous êtes sur le point de tourner maboule à cause du beuglement des longhorns, alors vous sautez à terre et vous restez éveillé jusqu’à l’aube, à l’abri de la pluie dans la cabane de chiotte au toit qui fuit de je ne sais quelle maison ravagée par les flammes.

Ce genre de nuits. »

Suit à ce prologue éblouissant une évocation de Denver à la toute fin du XIXème siècle, une superbe évocation. C’est Sam, sans doute âgé, qui raconte. Ce livre construit de chapitres comme les épisodes d’un feuilleton populaire, c’est la voix de Sam qui relate  sa vie, une partie de sa vie. et le prologue, comme la fin du roman parle d’amour et de Cora.

« C’est à ce Denver là que je pense.

Avec Cora qui recouvre tout.

Son visage et toutes les autres choses qu’étaient pas son visage.

[…] Votre cœur se brise face à tout ça, mais rien n’a aucune forme. vous ne pouvez pas séparer le cœur qui se brise du cœur brisé.

C’est juste votre cœur qui se brise pour lui-même, partout. »

Que dire de ce roman, si ce n’est que plus il avance plus Benjamin Whitmer révèle un coin de son cœur tendre et un peu brisé. Les personnages ici sont des orphelins dans une ville dévastée par la misère; sous la houlette de la jeune Cora, des orphelins occupent une usine désaffectée dans le quartier des Bottoms, devenue leur foyer, leur protection. Je dis jeune, elle a 15 ans et Sam 14, et ce sont les plus vieux de cet îlot de gosses perdus. C’est bien un feuilleton qu’on lit ici, et l’écriture est irréprochable; prendre la voix d’un enfant n’est pas toujours une réussite, et cet enfant-là, Sam, est évidemment déjà bien mûr et bien hardi. Mais son cœur fond pour Cora, protectrice, elle remplace les mères, mais sa figure est pour Sam un refuge. Benjamin Whitmer m’a touchée fort ici, avec cet amour juvénile et très pur. Car, à mon sens, ce roman est un grand roman d’amour.

« Ses yeux sans fond, la façon dont sa bouche se changeait en sourire. Ce sourire. En cette infime seconde, elle venait d’évider un espace dans mon cœur et d’y emménager.

Il n’y a jamais eu d’autre fille comme Cora, et il n’y en aura jamais. Je ne peux pas imaginer un monde dans lequel personne ne pense à elle, et je suis le dernier à pouvoir le faire. Le dernier à savoir ce que ça fait de la regarder rouler une cigarette. la façon qu’elle avait de la fumer jusqu’à se brûler les doigts, puis de la jeter, où qu’elle soit, à l’intérieur, à l’extérieur, et d’écraser la braise du bout du pied. »

On ne peut plus parler d’innocence, car au fil des épisodes de ce feuilleton social, Sam va suivre des durs, Cole et Goodnight, et s’endurcir lui aussi. Goodnight est le personnage le plus frappant de ce livre. Un géant défiguré, qui ne parle pas mais griffonne dans un carnet, doté d’une force colossale, mais d’une grande intelligence aussi. Opiomane et amateur d’autres défonces, il se trouve parfois en position difficile. Le dynamiteur bien sûr c’est lui, qui va reprendre du service avec Cole et Sam. Enfin il y a aussi le pasteur Tom, très beau personnage

« Dans son genre, le pasteur Tom Uzzel était quelqu’un de bien. Je serais le premier à l’admettre. C’était un satané menteur, mais c’était quelqu’un de bien. Il était maladif parce qu’il mangeait ce qu’il servait aux clochards, et son pantalon et sa veste de costume gris étaient élimés et aux coudes et aux genoux parce qu’il n’aurait jamais dépensé en vêtements de l’argent pouvant servir à nourrir quelqu’un d’autre. Mais il n’était pas non plus du genre bonne âme futile comme il y en avait tant. Le pasteur Tom n’était pas un pacifiste. Il portait un Colt partout où il allait, et il ne répugnait pas à distribuer quelques coups de crosse aux macs qu’il surprenait à prospecter dans son église. »

et les fameux Pinkerton, au manteau gris et au chapeau mou.

Je ne parlerai pas plus des actions qui tiennent bien en haleine, on craint pour la vie de Sam et des enfants et donc ce livre est comme une série, il se passe beaucoup de choses, violentes pour la plupart dans les bas-fonds de la ville, soumise alors à toutes les corruptions. Il y a le talent à décrire:

« Les nuits s’étaient un peu réchauffées. Ça commençait à sentir l’été. The Line se vautrait dans l’opium, et nous marchions à cinq de front. Moi, Goodnight, Cole et deux autres gars parmi les plus rudes que Cole avait. Eat’Em’Up Jake, ancien boxeur professionnel dont les traits se mouvaient avec la viscosité sirupeuse d’un homme qui se serait récemment pris un coup de sabot de mule en pleine tête, et Magpie Ned, qui avait un visage comme une vieille lame usée et une tache permanente sur la joue, noire comme un cancer. L’un comme l’autre tuait des hommes comme les petits garçons tuent des fourmis. Tout le monde s’écartait de notre passage. Un chariot de prêcheurs s’était garé dans la rue pour répandre la bonne parole dans The Line; lorsqu’ils nous virent, leur chant s’étouffa en plein milieu d’une note. »

Les moments où la jeunesse de Sam et des autres mômes sont décrits sont tout à fait bouleversants, quand Benjamin Whitmer parle des petits qui cherchent sans cesse un coin d’épaule ou un dos auquel se coller pour la nuit pour ma part j’ai eu les larmes aux yeux. Quand l’orphelin Jimmy est mis en terre:

« Cora ne se sentit pas capable de dire quelques mots pour Jimmy, mais elle laissa le petit Watson chanter La complainte du cow-boy devant la tombe. Ce gamin, vous ne pouviez pas le faire parler, mais si vous arriviez à lui sortir son os de poulet de la bouche, il avait une voix d’une clarté magnifique. Et il n’y eut jamais assemblée plus respectueuse au monde que celle qui était là, à l’écouter. »

Il ne fait aucun doute que l’auteur affirme encore une fois sa compassion pour les misérables et autres laissés- pour- compte victimes des injustices sociales, les petits contre les grands, les pauvres contre les riches et les enfants contre les adultes.

Car même si Cole et Goodnight protègent Sam, ils vont aussi l’utiliser et l’éloigner de Cora, de la tendresse, de l’amour de sa vie et de ce qu’il y aurait gagné en chaleur humaine, peut-être une autre voie et une autre vie. Les dernières pages sont bouleversantes, d’une justesse qui m’a laissée très très émue, l’envie de tenir la main du vieux Sam. Le vieux Sam qui commence son récit en évoquant le Denver de sa jeunesse, termine avec le visage de Cora, cet amour total, inconditionnel, un amour qui a empli sa vie sans jamais y prendre sa place. On apprendra que Sam est éduqué, son père maître d’école lui a enseigné la littérature durant le peu de vie qui lui a été donnée

« Je gardais un livre d’Héraclite juste pour qu’il ne m’embête pas, mais je ne peux pas dire que je le lisais beaucoup. Je suis capable de lire les livres savants, mais je n’ai jamais été capable de lire seulement des livres savants. Mon père n’était pas comme ça. Avec lui, c’était Lord Byron par-ci, Henry James par-là. Et je n’ai rien contre ça. Je peux lire ce genre de livres si je le dois, et il y en a même dont je peux réciter tous les mensonges. L’enfant est le père de l’homme et tous les trucs du genre.

Mais ces livres ne me parlent pas. Ils ne parlent d’aucun monde que j’aie jamais vu. Si vous voulez m’émouvoir, donnez -moi des bandits et des baleines blanches. Ce monde est un monde de têtes coupées, et il n’y a pas beaucoup de place pour les balades dans des putains de champs de jonquilles. »

J’aurais pu vous parler de tous les truands, tricheurs, menteurs, assassins de ce roman,  vous raconter leurs crimes en tous genres; à vous d’entrer dans les tripots et les coins sordides et louches de Denver, 1895. De l’action, du feu, du sang, des explosions, c’est le bruit constant de ce livre, mais aussi les pleurs nocturnes et les cris des petits dans l’Usine.

Moi, je garde Sam et son ingénuité qui s’enfuit, je garde Cora et les orphelins, les enfances brisées, le courage et la force d’une adolescente de 15 ans qui part en combat contre la fatalité et un doux pasteur.

Encore une fois un très fort et beau roman, qui prend pour moi la place juste derrière « Cry father » dont l’écriture est plus impressionnante, et dans lequel déjà Whitmer dévoile son cœur et ses failles d’où filtre une grande tendresse derrière une grande brutalité. Il faut le dire, je trouve aussi qu’il y a quelque chose de désespéré dans les romans de Benjamin Whitmer qui me chavire à chaque fois.

« L’amour est une fournaise dans laquelle vous balancez votre vie à pleines pelletées. Une pelletée après l’autre, encore, et encore, et encore. »

Un très grand écrivain.

« Dry bones » – Craig Johnson – Gallmeister/AMERICANA, traduit par Sophie Aslanides

« Elle avait près de trente ans quand elle avait été 

tuée.

Cette grande fille aimait bien faire la bringue avec les garçons dans les abreuvoirs du coin, ce qui bien entendu avait donné naissance à beaucoup d’enfants illégitimes; cependant aux dires de tous, elle était une mère célibataire fort acceptable, tout à fait capable de s’occuper de sa progéniture, et d’elle-même. Mais une nuit, une bande avait du l’attaquer; venus en nombre, ils étaient tous plus jeunes, et peut-être du même sang qu’elle. Une fois qu’ils lui eurent brisé une jambe et l’eurent mise à terre, ce fut la fin.

Il n’y eut pas de funérailles. ils la tuèrent et abandonnèrent son corps là, à côté de l’eau, où les sédiments de la rivière disparue s’entassèrent sur elle, couche après couche, l’écrasèrent, la compactèrent jusqu’à ce que ses os s’érodent et soient remplacés par des minéraux.

C’était comme si elle s’était transformée en pierre juste pour échapper à l’oubli. »

Et c’est le retour de mon shérif préféré pour une nouvelle aventure, dans laquelle j’ai eu le plaisir de retrouver tout le petit monde du comté d’Absaroka, les Bighorn Mountains et l’inévitable mauvais temps, le vent, la pluie torrentielle… Pour moi, cet opus n’est pas le meilleur de la série ( dans les années précédentes, c’est clairement « Tous les démons sont ici » qui m’avait le plus impressionnée ); mais quant à l’écriture, quant au goût du détail, au sens de l’humour, on retrouve un Craig Johnson en grande forme, qui choisit de nous embarquer dans une histoire de grands dinosaures par un temps de chien. Et j’y ai pris beaucoup de plaisir, ce fut un moment de détente appréciable.

La jeune « fille » fossilisée retrouvée dans ces premières phrases est en fait un énorme T-rex.  Le gigantesque squelette est sur les terres de Danny Lone Elk, qui sera retrouvé mort sur son ranch peu de temps après la mise au jour du dinosaure par la jeune Jennifer Watt. Elle fait ici « une des plus grandes découvertes paléontologiques des temps modernes » et le monstre sera prénommé Jen en son honneur.

« L’immense créature était recroquevillée sur elle-même, avec l’énorme bassin au centre, et la longue queue qui montait et s’enroulait par-dessus le dos. Il y avait quelques autres ossements, un grand fémur et des vertèbres, dispersés un peu plus loin. Je ne pus m’empêcher d’aller jusqu’à la corniche où Jen avait surpris Jennifer. C’était comme si la vieille dame s’était recroquevillée en position fœtale. On avait du mal à imaginer ce qui pouvait tuer la reine incontestée de son temps, avec ses sept tonnes, mais la vie avait un don, peut-être même à cette époque-là, pour nous apprendre l’humilité. »

On apprend ici que le Wyoming est le berceau de nombreux dinosaures et autres bestioles en « aure ». On comprend vite qu’il y aura conflit entre le musée local, qui veut garder cette extraordinaire découverte pour l’attrait que ça donnerait à l’endroit, et de richissimes amateurs, ou musées plus prestigieux situés dans de grandes villes. Et puis le squelette est en territoire cheyenne et sur un terrain privé, ça ne simplifie pas les choses. D’autant que le propriétaire vient semble-t-il d’être assassiné.

Et puis, Walt a des visions et des rêves qui s’en approchent, des conversations dans lesquelles apparaissent des réminiscences des livres précédents, de la course avec Virgil par exemple…De l’intérêt d’avoir tout lu !

« Je me trouvais au sommet de la crête à côté d’un homme qui me tournait le dos, un homme grand, large, avec des cheveux argentés jusqu’à la taille. Malgré le froid, il était ne bras de chemise et il chantait – un chant cheyenne .

La nuit était claire, de ces nuits qui gèlent l’air à l’intérieur des poumons quand il n’y  arien entre la peau du visage et le froid scintillant de ces piqûres d’épingle dans les ténèbres infinies, la traînée d’étoiles formant la Voie suspendue qui dessinait un arc jusqu’au Camp des morts.

L’homme avait cessé de chanter et se mit à parler du bout des lèvres. C’était une voix que j’avais déjà entendue, même si je ne parvenais pas à l’identifier. Je m’entendis l’interpeller: « Virgil? »

Je vous laisse découvrir en lisant l’aventure – enquête périlleuse que va commencer Walt Longmire en compagnie de Henry l’Ours et du vieil Adrian . Longmire est fragilisé, on le ressentira au cours de cette course sous la pluie et dans la boue car sa famille vient d’être affectée douloureusement.

Henry Standing Bear, la Nation Cheyenne, ami solide et fidèle; alors que Walt est en difficulté sous l’orage, dans la boue, il vient de voir Vic disparaître sans comprendre comment et tente de se sauver ainsi que son chien:

« Sans attendre, j’attrapai le chien et le soulevai. La main le saisit par le collier pendant que l’autre enfouissait ses doigts vigoureux dans l’épaisse fourrure du dos de l’animal, et lui aussi disparut avec un petit cri.

Une nouvelle chute de pierres. Je baissai la tête et vis tout à coup l’eau se jeter sur mes jambes. Je me dis que je ferais mieux de tenter une sortie par un des côtés. Je commençai à partir en pataugeant vers ma gauche lorsque la main réapparut. Je ris. Soulever une femme de soixante-dix  kilos en était une autre, mais moi, ça n’avait rien à voir. Les doigts se replièrent et je me dis, et puis zut, si le fantôme de Danny Lone Elk pensait être assez fort pour revenir du Camp des morts et me sauver de la noyade, je n’allais certainement pas me mettre à discuter.

Levant un bras, je sentis les doigts puissants s’accrocher aux miens comme des câbles, et, incroyable, mes pieds se soulevèrent de terre comme si j’étais hissé par le treuil d’un hélicoptère Sikorsky.

Je tendis mon autre bras en le plaquant contre la paroi et la main enserra mon biceps comme un piège à ours et me hissa dans les airs. La pluie se déversait partout autour de nous. Un éclair embrasa le ciel à nouveau, une gerbe d’étincelles éclairant le sourire parfait et éclatant au milieu du visage sombre et voilé de Henry Standing Bear. »

 

Entre le meurtre de Danny Lone Elk et le combat qui se prépare pour le squelette mis aux enchères, la tâche de Walt ne sera pas aisée. Il y aura de nombreux suspects, une histoire d’amoureux en fuite, et vers la fin, une annonce qui pourrait bien générer des choses intéressantes dans les prochains romans…Bien sûr comme toujours l’éclaircie arrive à la fin, dans une ambiance amicale au Red Pony Bar and Grill, alors que les enchères de la vente de Jen suivies en direct font battre les cœurs. J’ai souvent souri, été touchée aussi par la vie familiale contrariée de Walt, Cady et sa petite Lola, et avec talent Craig Johnson sait parler de vies atteintes et de personnes qui se relèvent, parce qu’il y a les amitiés solides, l’amour, la tolérance, même si Walt entend bien, parfois se défouler un peu:

« Je m’apprêtai à rejoindre les autres, mais la partie la moins recommandable de ma nature l’emporta soudain et je m’arrêtai. Je pris une profonde inspiration et expulsai l’air en prononçant les mots suivants.

-Normalement, je ne fais pas ce genre de choses, mais je suis vraiment fatigué et je viens de passer trois jours difficiles.

Y mettant toutes mes forces, je me retournai et lui assénai un coup de poing fracassant qui le toucha à l’endroit idéal du menton et l’envoya valser en arrière. Il s’envola les quatre fers en l’air à un bon mètre du bord et s’écrasa dans l’eau du réservoir comme une grenade sous-marine.

Je regagnai mon pick-up et en passant à côté des autres, je fis ma dernière déclaration sur l’affaire:

-Vous pouvez le sortir de là ou le laisser en pâture aux tortues, je m’en fiche complètement. »

Chacun au fil du livre y va de son « Sauvez Jen », le T-Rex est devenu la cause locale du moment.

J’aime toujours, et tout autant que Walt, Vic la dure à cuire qui me régale de ses conversations fleuries.

« -Et si je te disais qu’il n’était pas de toi?

C’est un fait avéré que la Terre tourne à environ 1673 km par heure, mais parfois le monde s’arrête, tout simplement, pôles magnétiques ou pas. Et on arrête le monde rien qu’avec le poids de sa propre gravité dans ces moments de grande solitude.

-Quoi?

Elle sourit, du genre de sourire que les chats réservent à leurs jeux avec les souris, et ne bougea pas pendant ce qui me parut une éternité. Elle baissa la tête et passa les doigts dan son épaisse chevelure. Sa voix rebondit sur le crâne de la femelle préhistorique de soixante-sept millions d’années.

-Je plaisante, espèce d’idiot. Qui d’autre pourrais-je avoir envie de baiser, dans le coin, de toute manière. Ce n’est pas comme si l’offre était pléthorique. »

On aime être à nouveau en compagnie du shérif et de son chien. Retrouver cet homme cultivé, qui aime le Wyoming, les Cheyennes, la nature ici traversée d’éclairs alors qu’il monte un bel et indocile appaloosa, sa modestie, son humanité .

Ce roman reste fidèle à la ligne de cette série formidable marquée par le plaisir de l’aventure, l’intelligence des personnages, le fait qu’à chaque fois on apprend quelque chose sur le Wyoming, sur les Cheyennes, et que les paysages nous absorbent comme l’écriture, toujours de très bonne qualité.

Quelques bons extraits vous tenteront plus que ce que je pourrais dire, alors je m’en tiens là. En rencontrant outre un T-Rex, des Cheyennes, des tortues, du poison, deux Bobs, on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Mais en tous cas j’aime toujours autant Craig Johnson, Walt Longmire et les siens. Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire de ces personnages, de série ou pas, qui entrent et restent dans notre vie et c’est parmi un des plus grands bonheurs de la lecture.