« Le chant des innocents » – Piergiorgio Pulixi – éditions Gallmeister, traduit par Anatole-Pons Reumaux (italien)

                                                                        « Prologue

Le chant des innocents par PulixiJe t’ai vue ce matin. Avec lui. Je t’avais dit de l’oublier, et tu ne m’as pas écoutée. Tu n’as rien écouté du tout. Sale pute…Tu croyais quoi, que je n’allais pas m’en rendre compte, c’est ça? Tu pensais que je mentais, que toutes ces menaces étaient juste des paroles en l’air? Quelle conne…Il est à moi. Combien de fois je te l’ai répété? Mais tout est ma faute, finalement. J’aurais dû passer des paroles aux actes il y a bien longtemps. J’aurais dû intervenir au premier signal, à la première humiliation. mais je ne me tromperai plus. Non, ma chérie. Tu vas t’en mordre les doigts. Tu vas regretter chaque baiser, chaque caresse. Tu vas regretter la chaleur de ses bras, parce que la chaleur que tu vas sentir maintenant, c’est celle des flammes de l’enfer où tu brûleras pour l’éternité. Parce que c’est là qu’est ta place: en enfer. Et c’est moi qui vais t’y expédier. Très bientôt…Dès que tu mettras la clé dans la serrure…Tu ne m’entendras même pas… Me voilà… »

Bonne découverte chez Gallmeister que ce polar italien. Je rencontre pour la première fois Vito Strega qui va enquêter sur une série de meurtres sanglants commis par des adolescents. L’inspecteur a été suspendu, mais sa collègue Teresa Brusca lui demande de travailler discrètement sur cette enquête avec elle car après un premier meurtre, d’autres lui succèdent et l’inspectrice a besoin d’un coéquipier; elle connait les qualités de Vito et sa sensibilté, mais surtout sa fragilité de par son caractère sanguin parfois. Il a d’ailleurs ordre de voir une psy régulièrement. Ce qu’il n’aime mais alors pas du tout ! Présentation du personnage:

-Je veux qu’il soit bien clair que je suis ici contre mon gré, dit Vito Strega après les salutations d’usage.

-En vous tenant ainsi sur la défensive, vous ne faites qu’attiser mon intérêt…Vous savez comment fonctionnent les psys, non?

-Je n’ai pas besoin d’un psy.

-Bien, alors prouvez-le moi.

Le policier remua sur sa chaise. C’était un homme imposant. En sa présence, le cabinet semblait avoir subitement rétréci, remarqua Livia Salerno. Et elle avec.

-Qu’est- ce que vous attendez de moi?

– Commencez par me dire comment vous allez. Vous m’avez l’air en pleine forme.

-Écoutez, est-ce que tout ça est vraiment nécessaire? Vous ne pouvez pas me faire signer la feuille de présence, et on  n’en parle plus?

-Nous ne sommes pas à l’école, commissaire.

-OK. Je sais comment ça marche. J’ai…

-Un diplôme en psychologie, un en philosophie, et un en droit, et vous avez exercé deux ans comme psychologue clinicien avant d’entrer dans la police, je sais. Vos collègues ont bien fait leurs devoirs. Drôle d’association de matières…dit-elle en enlevant ses lunettes.

-Je ne parlais pas de mes études. J’ai simplement tué une personne dans l’exercice de mes fonctions, ce qui arrive quand on fait mon métier, dit le commissaire Strega en passant une main sur son visage mal rasé. »

téléchargement

flickr.com/…/photolist-buKFhN-bHF4bn-bJi1KD

Je découvre cet auteur et ici, avec cet homme sensible, intuitif et aussi assez instable, c’est une enquête bien complexe qui se joue. Vito Strega va découvrir avec effroi ces meurtres sanglants, très violents, commis par de très jeunes gens  ( le premier crime décrit est commis par une fille de 13 ans ).

 Strega va vite comprendre que derrière ces adolescents criminels se tient un marionnettiste, Le Marionnettiste, un manipulateur qui choisit ses « mains armées » parmi des jeunes fragiles psychologiquement, solitaires, mal aimés, asociaux d’une façon ou d’une autre. Ces tueurs liés par un secret, vont devenir l’obsession de Vito Strega, et le meneur de ce réseau criminel sera une cible à découvrir et à anéantir. 

640px-Black_cat_(1)Mêlées à cette enquête difficile, les affaires de cœur du commissaire sont elles aussi tout sauf simples. Entre son épouse qui l’a quittée et son amoureuse du moment, pris dans ses contradictions, ses colères et ses coups de cafard, Vito Strega néanmoins va travailler à résoudre cette enquête ô combien sombre, violente et tortueuse. Son seul vrai repos est auprès de Sofia, chatte fidèle, mais un poil caractérielle, comme lui.

« Il laissait une fenêtre ouverte en permanence, jour et nuit, pour lui permettre d’entrer et sortir à sa guise. Elle était lunatique et capricieuse. Et susceptible.

Quand Vito rentra chez lui, elle n’y était pas. C’était curieux: d’ordinaire à cette heure, elle revenait à l’appartement pour manger. Il comprit que son absence était un signe: elle voulait le faire payer pour avoir ramené Teresa chez lui et compromis leur équilibre. Parce que plus encore que lunatique, Sofia était d’une jalousie maladive. »

Ainsi tout au long d’une enquête qui va le hanter, avec ses ennuis amoureux, ses colères plus ou moins froides , il va vite être obsédé par ces crimes atroces, et épaulé de Teresa, il va piétiner, puis peu à peu tirer un fil qui finira par le mener à un résultat glaçant. Vito écoute du jazz, Miles Davis

Je n’ai pas lu les précédents romans de cet auteur. Peut-être y était-il question de la suspension de Strega. Pour moi, il est tout neuf. Il me manque donc quelque chose, mais pour autant, même si je trouve que la vie sentimentale de Vito tient un peu trop de place, j’ai bien aimé cette histoire, avec ce flic colérique, cette Sofia exclusive.

Le livre se termine à Noël, Teresa téléphone à Vito:

« -Un meurtre vient d’être commis. Une famille entière, trucidée. Un des trucs les plus trash que j’aie jamais vus. Les enfants avaient huit  et dix ans., ils n’avaient pas encore déballé leurs cadeaux. je me suis demandé si quelqu’un les ouvrirait un jour, ou s’ils finiraient à la poubelle comme ça. Bref, tu viens jeter un œil ou tu préfères te noyer dans l’alcool?

Il ne prit pas la peine de répondre. Il se contenta de toucher son bandage à la main droite.

-OK, comme tu voudras…dit Teresa en se levant.

Alors qu’elle tirait le rideau pour sortir du compartiment, la voix de Strega lui parvint.

-Toute la famille, tu as dit? demanda-t-il, les yeux encore rivés aux pages du livre.

-Oui.

Il contempla le liquide vert éclairé par la flamme des bougies.

-Vous avez une idée de qui a pu faire le coup?

-Absolument aucune.

-Merde! J’ai toujours détesté Noël, dit Strega en fermant son livre. »

rome-515878_640

Bien sûr, Vito Strega se lève, souffle les bougies, ferme son livre, prend sa carte et son insigne.

« -Le temps de me rafraîchir et j’arrive.

Teresa sourit.

Bon retour parmi nous, Strega, pensa-t-elle. »