« Une femme infréquentable » – Chris Dolan – Métailié Noir/Bibliothèque écossaise, traduit par David Fauquemberg

« Les jours duraient des siècles, l’air était comme un parchemin. La ville tenait bon au fond de la vallée, tels les rochers du Monte Capanne – patiente, desséchée, en attente. Le soleil du printemps, le soleil de l’été, un peu de pluie, un coup de vent parfois, rien ne changeait jamais au-delà de l’instant.

Tant de générations ont fait leur vie ici; trop nombreuses. La terre est rouge et blessée d’avoir été forcée, surexploitée, déchirée; les flancs des collines, indécemment nus depuis que les vignes ont péri et que le sol est devenu amer. Il y a tant de passé qu’il ne laisse aucune place au futur. »

Encore un excellent moment de lecture avec ce roman policier qui se déroule à Glasgow et j’espère bien que c’est le premier d’une série car j’ai adopté immédiatement la terrible Maddy  – Maddalena – substitut du procureur. La voici arrivant à Kelvingrove, où gisent les corps de deux adolescents morts, visage mutilé et se tendant la main. Et mentalement elle se voit et se décrit sans indulgence en ce matin de printemps:

« Une image d’elle-même lui vient à l’esprit: le dessin d’un enfant. Un gros trait noir autour d’elle, gribouillage au crayon qui la distingue de l’arrière-plan. Par-delà cette ligne – lumière brillante, impression d’espace, des boutiques en train d’ouvrir au loin, la rue devant le parc s’animant d’une vie joyeuse. À l’intérieur du trait, une sensation de lourdeur dans les jambes absolument pas en phase avec l’entrain de cette nouvelle journée. Sa langue sèche d’avoir tant fumé la veille au soir. Un semblant de migraine, à cause du quatrième gin tonic, qui va finir de s’imposer. Des vêtements trop noirs et trop serrés, tristes plutôt que sexy, lourds par un tel matin que l’on n’attendait pas. Quant aux chaussures à talons, tout faux. »

Maddy n’est donc pas un personnage bien clair et net, elle fume – énormément  -, boit – beaucoup – et ne travaille pas de manière très orthodoxe. Maddy est issue d’une famille originaire de l’île d’Elbe, ses arrière-grands-parents ont quitté l’île un jour et ont fini leur chemin en « Scozia », s’y sont installés avant que le père retourne chercher les deux garçonnets laissés aux bons soins de la famille. Un seul aura survécu, Vittore, le père de Rosa et le Nonno ( grand-père ) de Maddy . 

La très belle idée du roman, c’est de nous raconter l’histoire de cette pauvre famille italienne qui va quitter son île misérable et tenter sa chance ailleurs, au gré de l’enquête éprouvante sur le meurtre de ces deux garçons, suivi de celui d’une fille également adolescente. Parce que Nonno doit fêter son anniversaire, la famille dans la vie de Maddy tient beaucoup de place et puis elle  adore son grand-père. Aussi ces chapitres interviennent quand Maddy est occupée en famille.

Sincèrement j’ai trouvé tous ces passages très beaux et touchants.

« Nonno leur avait offert une patrie mythique. elle était donc plus riche que la plupart des gens. Rosa Di Rio possédait un monde dont les autres ignoraient tout. L’Italie était ancrée en elle, comme un moteur supplémentaire, un cœur secret. Elle avait un paradis où elle pouvait se réfugier.Et voila que l’homme qui lui avait offert tout cela était sur le point de s’éteindre. Il était peut-être même déjà mort.[…] Dressé sur la colline de la nécropole près du tombeau de John  Knox, elle pleurnichait comme un bébé. Pas Nonno…Pas son papa. Babbo ne pouvait pas l’abandonner comme ça. »

Mais il ne faut pas oublier pour autant ces enfants morts. Maddy est une fêtarde, elle déborde souvent, mais elle a aussi la peau dure et peu de choses la perturbent. Avec l’équipe de la police, il va falloir d’abord identifier les jeunes morts et ce ne sera pas facile pour tous, puis se retrouver face à des simulacres de familles, des curés louches, un ex de l’IRA devenu jardinier, de multiples pistes qui deviennent assez vite un fouillis inextricable dans lequel Maddy va naviguer à vue, coriace et oubliant les règles, et accessoirement tombant aussi sans se l’avouer amoureuse d’un enquêteur américain qui vient à Glasgow car des meurtres similaires ont eu lieu à New York et demeurent irrésolus…

« Louis Casci était une prise relativement impressionnante. Italo-américain, un crack du NYPD; costard taillé sur mesure, les traits bien dessinés, l’air puissant. Exotique; du moins, jusqu’à ce qu’il se déshabille. À poil, rares sont les gens qui gardent leur exotisme. La commune humanité efface toute trace de singularité. Les défauts nous rendent tous familiers – la bedaine, les cicatrices, les genoux cagneux et les débuts de calvitie, les imperfections de la peau. Nos corps nous fondent dans la masse. »

Tout ça fait qu’on ne s’ennuie pas du tout, on rit, on sourit et on suit les pas de l’infréquentable Maddy avec attention. Reste qu’il est difficile de comprendre que venaient faire ces adolescents dans cette histoire…Réseaux pédophiles ? Auxquels sont liés des hommes d’église ? Et des associations catholiques plus que douteuses ? Affaire scabreuse, vous verrez…Et qui donne l’occasion à Chris Dolan de bien appuyer sur ce qui fait mal:

« Rien de tel qu’une triple tragédie pour que les politiciens, les serreurs de mains professionnels et les rois du meeting prennent leur pied en public.Même des types comme Binnie et le président du comité John McDougall étaient poussés de côté par plus forts qu’eux en matière d’ego et de manipulation. Le Premier Ministre en personne, et la moitié du gouvernement écossais à sa suite, une poignée de célébrités – des anciens footballeurs, des popstars à deux balles. Des huiles de l’Église Presbytérienne, des juges et des militaires médaillés. »

Avec brio, l’auteur nous tire le portrait de parents navrants, d’adultes irresponsables ou pervers dans un Glasgow au printemps, mais on ne le sent guère .

Un humour décalé que j’ai particulièrement apprécié

« Les meurtres n’étaient pas vraiment un sujet de conversation dans ce bureau. La réputation qu’avait Maddy Shannon d’être, dans le monde des substituts du procureur, une série télé à elle toute seule, était bien plus intéressante.Et Maddy en tirait trop souvent profit pour s’en plaindre lorsqu’elle n’était pas d’humeur. »

ou encore:

« Maddy ne raffolait pas du Semi Monde. Chic, avec des tentures et un mobilier lourdaud digne d’une boîte d’Ibiza, du trip-hop en fond sonore, grouillant de monde. Glasgow tentant d’imiter Prague ou Reykjavik, ou du moins  l’image qu’on pouvait en avoir ici. Clientèle allant d’un certain âge à un âge certain (Maddy savait très bien à quelle extrémité de la fourchette elle se trouvait ). Pas 100% gay, mais plutôt homo, même si le sexe, ici, n’était qu’une façade. Personne n’était ni aussi riche, ni glamour, ni gay qu’il voulait le faire croire. Des conversations portant sur les patrons, les vacances et le programme télé de la veille. »

et la poésie pour l’histoire de la famille de Maddy. Ce personnage est beau, j’ai aimé Maddy parce qu’elle lutte comme elle peut, elle est horrifiée par ces meurtres même si elle ne dit rien, et ce que l’enquête dévoilera confirmera tout ce qu’elle  avait envisagé.  Elle se repasse le film de sa famille préoccupée par Nonno qui près de fêter son anniversaire est hospitalisé. Et elle boit du mauvais vin.

J’espère vraiment fréquenter encore cette femme infréquentable, et je conseille vivement ce roman bien écrit, drôle, touchant et enfin bien noir.

« Drums keep pounding a rythm to the brain

Six heures et demie et Maddy avait un verre de vin dans la main et une clope fumante dans le cendrier, un CD à plein volume sur la stéréo. Elle frappait depuis une heure à la porte de la chatroom de Louis Casci. La fillette de douze ans de Buddy Rich chantait comme une femme qui avait vécu toutes les guerres et les plaisirs que le monde a à offrir.

Little girls still break their hearts, a-ah. »

http://www.youtube.com/watch?v=zsTeWdYe7Vg

« Goodbye, Loretta » – Shawn Vestal – Albin Michel/Terres d’Amérique, traduit par Olivier Colette

« Evel Knievel s’adresse à une nation qui l’idolâtre.

La première fois que j’ai eu l’idée d’une cascade au-dessus d’un canyon ? Aujourd’hui j’ai l’impression que j’ai toujours eu ça en tête. Comme si cette idée avait toujours été là pour que moi, Evel Knievel, j’y pense. Comment est-ce qu’on appelle ça, quand l’univers vous guide vers son propre objectif ? J’y croyais, Amérique. Je croyais pouvoir réussir tout ce que j’entreprenais. Tout ce que je promettais de faire. Je croyais en moi, Evel Knievel, et en ce que je disais. Je croyais que prononcer ces mots, c’était les rendre réels. »

Et voici encore une fois le beau travail éditorial de cette collection que j’affectionne particulièrement. Voici un roman – un premier roman –  que je qualifierais d’émancipation plus que d’initiation, écrit en une trame fine qui sans lourdeur revisite quelques-uns des mythes de l’Amérique, la conquête, l’esprit d’initiative, la volonté de devenir sinon meilleur du moins plus puissant et toujours plus libre. Miroir aux alouettes, les mythes laissent toujours certains au bord de la route, on le sait.

Ensuite, commençant cette histoire qui se déroule dans des communautés fondamentalistes mormones, je me suis retrouvée des années en arrière, avec le premier livre que je lus dans cette collection naissante, « Dernières épouses » de Judith Freeman qui m’avait absolument enthousiasmée à l’époque et qui donnait la parole à trois des dernières épouses de John D. Lee qui en eut 19 ; le livre commençait avec sa pendaison. Et me voici donc de retour parmi les Mormons et c’est ce qui fait de ce roman un livre qui sort un peu de l’ordinaire car il faut bien le dire, ces communautés, sectes ici mais pas aux USA, nous semblent vraiment d’un autre âge. Bien que l’auteur s’applique à montrer les variantes ( la principale consistant à être polygame ou pas ), bien que l’histoire se déroule en 1975 – avec des retours sur l’histoire parfois violente de ces communautés, il n’en reste pas moins que ce roman les montre confrontés à des fossés qui se creusent au fil des évolutions du monde et de la société.

Avoir 16 ans en 1975, ce n’est plus comme en 1953…Alors l’auteur plein de tendresse pour ses jeunes personnages nous présente Loretta, Jason et Boyd, adolescents bouillants. Si pour les deux garçons, Jason aux parents modérés dans la pratique de leur foi, mais freiné quand même dans ses goûts:

« Ses parents avaient fini par penser que l’intérêt qu’il portait aux choses profanes- les cascadeurs et le rock, les romans de hobbits et les filles soi-disant faciles, dévergondées, de Wendell- devenait incontrôlable. Quand je m’en irai, s’était dit Jason, furieux, je m’adonnerai à toutes sortes de vices le dimanche. Mais ce n’était pas ce qu’il avait répondu. Il s’était contenté d’un « OK ». Et puis, son grand-père était entré en scène et lui avait montré ce qu’on fait lorsqu’on veut vraiment quelque chose. On fonce. »

et Boyd son meilleur et seul ami, de sang pour moitié indien avec une mère alcoolique, il n’y a pas de problème que je dirais majeur – je veux dire du point de vue religieux, évidemment – , mais pour Loretta il en va bien autrement. Elle est donnée en mariage à Dean, plus tout jeune et époux de Ruth  avec laquelle il a  trois enfants. Loretta est plus proche de l’âge de ces derniers que de celui de Ruth ou de Dean et sous ses airs résignés, au fond d’elle Loretta rêve forcément d’autre chose:

« Dans sa tête, Loretta s’envole vers son avenir profane. Dans ce monde-là elle porte des pantalons pattes d’éléphant, des chemisiers colorés à manches courtes-et même des T-shirts-, ses cheveux sont longs et détachés et ses yeux ourlés de mascara. Comme les traînées. Elle regrette de ne pouvoir montrer son futur moi à son père pour le regarder se consumer de rage. Son avenir à la Tussy, rose et audacieux, qui pourrait être n’importe où ailleurs. Elle aura une voiture, comme celles qui brillent sur les pages des magazines-peut-être même la Mustang rose de la pub- elle écoutera du rock et regardera la télévision, et il n’y aura ni Dean ni Ruth, bien sûr, ni oncle Elden, et pas de Bradshaw non plus, ni aucun autre homme. Ou plutôt, il y aura un homme, mais qu’elle  n’a pas encore rencontré. Une forme anonyme et chaleureuse, qui n’emploie pas la force. »

Bradshaw est un homme amoureux de Loretta – qui flirte volontiers avec lui bien qu’en cachette – mais qui n’arrive pas à ses fins parce qu’elle a un sacré caractère, la petite Lorie, et un formatage pieux qui lui colle à la peau bien malgré elle, et pourtant mentalement une belle indépendance qui ne demande qu’à se réaliser. Mais en attendant elle a un époux, vieux pour elle, et la scène de la première nuit entre elle et Dean a été pour moi une des plus violentes du livre, alors que tout se passe avec une pudibonde tiédeur, pour Loretta c’est la première fois qu’elle fera suivre ( comme toutes les autres) par un lavement au vinaigre et à l’ammoniaque. C’est violent dans le tableau présenté, cette toute jeune fille pleine de rêves de son âge avec cet homme avare, pas très honnête quand il est question d’argent, avec ses airs pieux écœurants, elle toute frêle avec ce grand corps qui l’écrase. Pour moi, c’est extrêmement violent. Triste sort pour cette jeune adolescente, frappée par son père qui la marie « pour la sauver ». Finalement elle se libérera de cette pseudo- salvation triste, terne, morne…

« Soudain elle se rend compte que Dean est bien plus gros qu’elle, plus grand et plus large – une bête humaine plus proche du singe et du bouc -, que ses pieds pendent presque hors du lit et que sa cage thoracique osseuse, dilatée, lui écrase le visage, qu’il semble presque  la réduire au silence en la comprimant sous son poitrail. « 

La famille entière de Joseph F. Smith, président de l’Eglise de Jésus Christ des saints des derniers jours , polygame connu.

 

Je ne vous raconterai pas comment va se dérouler l’échappée de ces trois jeunes gens et le portrait trouble que dresse l’auteur de ces Mormons et en particulier de Dean, bien vil personnage pour moi. Je vais parler plutôt de la construction du livre, très adroite; sept parties, qui se divisent en chapitres assez courts qui font des focus soit sur des lieux, soit sur des moments, dates, époques, soit sur les personnages principaux (chapitre le plus long, « Or »). Ensuite il y a le ton que j’ai trouvé tendre, drôle, plein d’amitié pour les trois ados, et bien plus acide avec Dean surtout, Bradshaw – qui va travailler pour Dean et se comporter de façon plus qu’opportuniste- et avec Ruth aussi. Les autres personnages comme les parents de Jason, Louis et Becky sont tout de même plus sympathiques que cet horrible Dean ( oui, lui je le déteste cordialement ). Entre l’Idaho et l’Arizona, un regard très original sur l’Amérique des années 70 et à travers les mutations des micro-sociétés que sont celles des Mormons, celles du pays tout entier. Très beau roman axé sur les aspirations d’une jeunesse qui veut se décoincer des conventions religieuses ou autres et voler de ses propres ailes…Et à propos d’ailes..Il y a le fameux Evel Knievel, dont les paroles et les exploits sont relatés en tête de quelques chapitres et qui va entrer dans l’aventure des trois jeunes gens dans le dernier. Mais qui est Evel Knievel ? L’idole de Jason, d’abord et pour le reste rien de mieux qu’une bonne vieille vidéo de l’époque pour vous en donner une idée !

Au final, j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, j’en ai apprécié le ton qui même sur le pire prend de la distance, j’en ai aimé l’ironie un peu désabusée sur cette Amérique qui oscille entre puritanisme et goût du clinquant. J’ai surtout aimé Loretta qui va lancer tous les défis possibles aux adultes qui voudraient la contraindre, qui va passer de victime muette à héroïne gonflée à bloc de soif de liberté, une vraie belle histoire, jamais mièvre, toujours forte et juste. Un auteur à suivre, encore !

« Le filet » – Lilja Sigurdardóttir – ( Reykjavík noir – La trilogie, tome 2)-Métailié Noir, traduit par Jean-Christophe Salaün

« Sonja se réveilla en sursaut d’un sommeil profond, tremblante comme une feuille. levant la tête, elle jeta un coup d’œil au thermomètre du climatiseur: il faisait trente degrés dans la caravane. Elle avait voulu se reposer un peu les yeux en début d’après-midi pendant que Tómas allait rendre visite à Duncan, le petit garçon qui habitait sur la parcelle d’à côté. Le soleil en avait profité pour transformer la caravane en étuve, et le climatiseur s’était mis en route dans un grincement assourdissant avant de laisser échapper un filet d’air glacial. »

Un bon petit polar, même si je reconnais que la lecture du premier tome, « Piégée » , m’a un peu manquée pour parfaitement bien comprendre la position de l’héroïne Sonja, mais on rattrape assez bien le fil des événements. Que dire de ce livre sans trop en révéler ? Comme souvent, je ne vous donnerai que les grandes lignes, et ce que j’ai bien aimé ici.

Sonja est ce qu’on appelle « une mule », et travaille à faire voyager des valises bourrées de drogue entre pays et continents. Sonja a divorcé d’Adam qui lui impose ces trafics, c’est la condition pour qu’elle puisse voir son petit garçon Tómas. Le livre commence dans un camping en Californie où elle s’est cachée avec le petit, c’est son enfant sa vraie seule raison de vivre, et la seule aussi qui lui fait accomplir ses missions avec un sang-froid exemplaire et aussi tout de même beaucoup de courage.

« Ils avaient à peine commencé à renouer des liens que son fils avait déjà dû partir. Elle avait tant besoin de ces liens. C’était comme s’il existait entre eux une connexion sanguine, un cordon ombilical qui leur permettait d’échanger les nutriments nécessaires à leur survie, aussi bien à elle qu’à lui. Et si ce lien était rompu trop longtemps, l’un comme l’autre dépérissaient. »  

Car si elle a un ami complice qui lui veut du bien à la douane côté islandais, elle va se retrouver ici en prise avec Mr José et sa redoutable épouse puis veuve, Nati, sans oublier leur animal de compagnie: un tigre.

« La maison était toujours aussi menaçante, bien que parfaitement entretenue, avec son perron d’une propreté impeccable et sa porte fraîchement cirée dont l’odeur parvenait jusqu’au trottoir. Sonja resta immobile un instant en bas des marches avant de réunir le courage d’aller frapper. Elle avait d’horribles souvenirs de ce lieu. La demeure était comme baignée d’une aura de terreur et de souffrance, elle distinguait presque l’écho des hurlements des victimes du propriétaire, M. José, et de son abominable animal de compagnie. »

L’autre pan de l’intrigue est lié à Agla, une ancienne banquière qui travaille à l’évasion fiscale et au détournement de fonds au service de riches personnages ( ici un homme politique ), amoureuse éperdue de Sonja avec laquelle elle a eu une aventure dans le premier opus de la série. On voit très vite que ces deux univers sont liés, mais je vous laisse aller nager dans ce sac de nœuds…Ce que je peux dire, c’est que Sonja et son petit garçon, touchants, m’ont été sympathiques comme Bragi et son épouse Valdís, et quelques personnages secondaires mais Agla, si elle est un très bon personnage de roman, m’a horripilée et la froideur avec laquelle Sonja la traite durant un temps m’a été plutôt agréable. Agla est une ex-banquière malhonnête et brillante, qui attend son procès pour détournement d’argent, mais qui pour autant continue ses pratiques par des biais complexes que je ne me risque pas à vous expliquer ( moi qui ne gère qu’un livret A…) Je n’ai pas aimé Agla, mais alors pas du tout, même quand on la voit en amoureuse éplorée.

« Agla avança la main sur le matelas, mais elle n’eut pas besoin d’ouvrir les yeux pour comprendre que Sonja n’était pas là. Elle percevait encore son odeur émanant de l’oreiller qu’elle avait presque inondé de son parfum. Tant qu’elle gardait les paupières fermées, qu’elle ne laissait pas la réalité reprendre le dessus, elle pouvait imaginer que Sonja venait de se lever. »

Plusieurs personnages gravitent autour d’Adam, de Sonja et d’Agla, de braves gens et de très mauvais, en un ballet assez tortueux où on ne sait jamais qui va rouler l’autre, et ceci en allant de l’Islande à Londres, en passant par Amsterdam, Paris, jusqu’au Mexique par le Groenland. Tout de même, José et Nati  remportent la palme des teignes, couple ô combien exotique et malfaisant ( les chapitres en leur compagnie sont ceux que j’ai préférés je l’avoue, j’ai l’esprit un rien tordu ).

Nati, débarrassée de M. José et pas tellement plus rassurante:

« Sonja crut néanmoins distinguer une lueur d’amusement dans son regard.

-Je prends combien, cette fois?

-Quatre kilos, répondit Nati. ils passent directement au Groenland, où un de mes hommes prendra la relève. À vrai dire, il en cède une petite partie à son assistant de Nuuk qui le mélange pour en faire du crack bon marché pour les Groenlandais. Ils semblent bien accros. Je te dis tout ça pour que tu saches que je suis au courant. Je préfère que mes hommes soient conscients du fait que je sais tout. Comme ça, personne n’a l’idée de me faire un sale coup dans le dos. »

J’ai donc passé un bon moment à me poser pas mal de questions, c’est bien construit pour qu’on lise sans lâcher, j’ai fulminé en lisant une fois encore les comportements si honteusement malhonnêtes des protagonistes en costume élégant qui j’espère prendront le retour du bâton dans le dernier livre de la série ! ( punition par fiction interposée ). Je pense quand même que lire le premier de la série permet une meilleure compréhension des événements et des personnages de celui-ci.

« Urgences et sentiments » – Kristof Magnusson – Métailié/Bibliothèque allemande, traduit par Gaëlle Guicheney

« Le bulletin météo succédant au journal de la nuit annonça qu’une énième journée prolongerait cette vague de chaleur dont Anita Cornelius pensait ne jamais voir la fin. Depuis des semaines, la canicule l’empêchait de trouver le sommeil, à l’instant encore elle avait essayé avant de se raviser pour allumer la télévision et regarder les informations en mangeant les derniers crackers laissés par son collègue de l’équipe de jour. »

Le titre de ce roman est peut-être bien son point faible car pour le reste j’ai beaucoup aimé côtoyer Anita Cornelius, urgentiste rattachée à l’hôpital Urban à Berlin, la suivre et comprendre sa vie. Une vie de femme mais aussi une vocation puissante de secourir autrui, qui que ce soit et quelles que soient les circonstances. J’ai aimé Anita parce que sa vie assez commune en apparence est pourtant une vie unique. Car il n’y a point de vie ordinaire, chacune est unique par ce que nous en faisons de bien ou pas ( deux notions variables). Anita a quelque chose d’universel – elle vit, travaille, aime, est mère, épouse, fille, elle dort, mange et boit, rit et pleure – mais Anita aide, écoute, pallie aux douleurs et aux manques, rend utiles et concrets sa compassion et son sens de l’humanité, elle veille la nuit, prête à partir pour rendre du souffle, relancer un cœur, réparer un membre avant d’emmener les gens vers l’hôpital et plus de soins.

Et sa vie personnelle, dans tout ça ? Anita a été l’épouse d’Adrian et a un fils de ce mariage, Lukas, adolescent qui soigne ses coupes de cheveux et commence à être réfractaire aux câlins de sa mère. Le couple s’est séparé et si Anita est seule, Adrian vit avec Heidi. Quant à Lukas, pour des raisons pratiques, il vit chez son père, mais visite sa mère souvent. Anita a fait cette concession à cause de son travail et de ses horaires de nuit souvent. Tout semble se passer en bonne intelligence. Mais un jour Anita va secourir Adrian dans des circonstances qui pourraient faire tort au médecin et elle choisit de ne rien dire, au grand regret de son compagnon de travail, Maik qui pour la première fois voit dans le choix d’Anita une faute d’éthique.

Anita sort un peu de sa léthargie sentimentale avec Rio, bel homme qui construit des bateaux en bois:

« Ses pensées la ramenèrent au Wannsee, Rio. Au cours des quinze années avec Adrian, pas une seule fois elle n’était tombée amoureuse de quelqu’un d’autre, pourtant elle se souvenait encore très bien de ce sentiment imprévisible de profonde légèreté, déferlant par vagues, sans prévenir, aux moments les plus incongrus, et qu’elle avait éprouvé lorsque Adrian et elle venaient de faire connaissance. Elle l’éprouvait à nouveau. Tomber amoureux, c’est visiblement comme faire du vélo ou jouer aux petits chevaux: ça ne s’oublie pas. »

Pourtant, le petit secret d’Adrian qu’elle découvre, puis une conversation chez son ex avec Lukas et la très chic Heidi se mettront dans les rouages de ce qu’elle croyait une solitude assumée, une vie dédiée au travail et au secours…Anita va sentir monter en elle une colère froide face aux propos tenus par son fils surenchérissant sur Heidi, tandis qu’Adrian se tait. Car c’est sa mission qui est remise en cause, des propos qui heurtent tout ce qui fonde sa vie quand son propre fils parle de « taxi à clodo » ( l’ambulance ) et de ce que nous entendons ici aussi très souvent, « les assistés », les fainéants « , etc etc, ainsi Anita abasourdie participe à ce genre de dialogue:

« -Il n’a qu’à se prendre une aide à domicile, remarqua Lukas.

-M.Schmidt?

-S’il n’arrive plus à se débrouiller.

-Mais il n’a pas d’argent. Il vit dans un cabanon.

-Sérieux? C’est un clodo? demanda Lukas.

-Qu’est-ce qui te fait dire ça? s’étonna Anita.

-C’est la caisse maladie qui paie l’unité de soins intensifs, glissa Heidi.

-Oui.

-Donc au final, tous ceux qui cotisent. Donc nous, dit Lukas en regardant Heidi qui avait déjà commencé à hocher la tête avant qu’il n’ait fini.

-C’est le principe, oui, dit Anita.

-Notre système de santé aussi a besoin de faire des économies, rétorqua Lukas. Anita se retint d’objecter. Il aurait été facile de remporter la joute verbale contre son fils, cependant elle ne voulait pas être méchante.[…] Néanmoins Anita était perturbée. »

Bien sûr, aussi maladroite que puisse être parfois Anita, c’est son intégrité qui la rend gauche avec ceux qui étaient sa famille. J’ai aimé cette femme, je me suis sentie en empathie avec elle et la voir chuter dans une sorte de dépression sourde, s’enfermer dans une solitude un peu morbide m’a touchée. Elle saura faire tomber les masques sans pour autant en faire une vengeance parce qu’Anita n’a pas de méchanceté en elle, mais du chagrin, elle saura retrouver son équilibre, et c’est son travail qui le lui rendra, et puis Rio et son indéfectible ami Maik.

Je n’ai rien à dire de plus sinon que j’ai beaucoup aimé ce livre, plus intelligent que le laisse supposer le titre, et puis cette Anita dont on se sent proche; l’auteur est un très bon portraitiste et présente ici un personnage profond, fin et attachant. 

« Dans la grande violence de la joie » – Chanelle Benz – Seuil /Nouvelles, traduit par Bernard Hoepffner

« Mon frère était le premier homme à venir me chercher. Le premier homme que j’ai vu à poil, gorgé d’alcool, devant un bordel du Territoire du Nouveau-Mexique. La première personne que je connaisse qui m’ait fait une promesse et l’ait tenue. Il n’y a rien à pardonner. Car dans la grande violence de la joie, n’y a-t-il pas souvent un désir de jurer son dévouement? Mais ensuite ? Quand est-ce jamais accompli à la lettre ? Lorsqu’ils viendront pour notre sang, nous ne finirons pas là, mais poursuivrons dans une fièvre d’un autre monde. »

Je crois que vous savez mon goût pour les nouvelles et celui de la découverte de jeunes plumes. J’aime être surprise et bousculée, être intriguée et laissée pantoise par un jeune talent. C’est peu dire que cette jeune femme, Chanelle Benz, a rempli sa part du contrat ! Je suis à chaque fois éblouie par la diversité des talents qui nous arrivent encore, si heureuse que de jeunes gens écrivent, et écrivent aussi bien, avec autant de fougue et de personnalité.

Dans la première, le frère à sa petite sœur:

Le Raive…

Raivé que j’été avec toi, Lav,

pré de ton halène si cher. 

Jamais connu persone come toi

et je te voudrais plus prè.

Aucun Ange sur terre ou au Ciel,

n’est l’égal de ton Ceur,

ni Mort ni distence ne peuvent nous séparer.

Si quelqun te dit

qu’il t’aime éternèlement,

personne, tu peu leur dire

t’Aime come Moi.

A Dieu! Ma seur et amie,

Aussi ma Belle des Bell,

Tout à toi j’Espère,

Jackson Bell »

Je sors donc un peu dans un état second de ce recueil de 10 nouvelles dans lesquelles l’auteure écrit comme une contorsionniste avec à chaque récit un temps, un lieu, et  une gamme de registres de langage impressionnante, ce qui nous donne des nouvelles aussi différentes dans le style que la première, épatante, « À l’ouest du connu » et la dernière absolument formidable « Puissions- nous estre un seul trouppel ou O Saeculum Corruptissimum ». On va ainsi aller de l’Ouest au temps des saloons et des règlements de compte au colt, jusqu’à l’Angleterre du XVIème siècle et cette dernière nouvelle écrite dans une langue qui m’a intriguée. J’ai donc envoyé un message à mon interlocutrice chez Seuil pour demander en quel anglais – ancien, de quelle époque – avait été écrit ce texte et quel avait été le choix du traducteur français pour être fidèle au style d’origine. Je la remercie vivement pour sa réponse rapide que voici :

« Concernant votre question, voici la réponse de son éditeur :

Ce n’est pas exactement de l’anglais « élizabéthain » (c’est plutôt Shakespeare). Benz utilise plutôt un anglais encore plus ancien, ce qu’on appelle le « middle english », en usage en gros du 11e au 16e siècle. Bref, un anglais médiéval. MAIS ce n’est pas non plus exactement ça, car Benz s’amuse surtout à pasticher cette langue, sans vraiment en respecter les codes linguistiques et grammaticaux exacts. En gros, c’est plus ou moins un mélange de moyen anglais, d’anglais shakespearien… de l’invention pure et simple! »

De même, dans la traduction, Hoepffner s’est amusé à créer de toutes pièces un français médiéval absolument imaginaire, dans lequel on retrouve de vagues échos de Montaigne etc. – mais encore une fois, en VO comme en VF, cette langue est une pure création, d’auteur et de traducteur! »

Je sors de ces textes  quelque peu abasourdie ou en langage du moment … à moins que j’aie du retard, c’est possible: scotchée ! 

Alors il y a un fil, des sujets récurrents traités sous différents angles : la filiation, la violence  – familiale souvent – , la vengeance et la trahison, l’enfance et la parentalité. Il est beaucoup question du manque d’amour, je trouve. La nouvelle qui m’a le plus touchée est « James III « 

« Hier j’étais à la maison, mon armoire contre la porte, Pétrarque sur mes genoux, et Maman en bas dans Où Que T’ Étais Salope ? ( avec Karl dans la premier rôle ). J’écoutais, essayant de deviner si le fracas était celui de corps ou de meubles, et en même temps je lisais le Canzoniere. 

Je suis allé sur le palier. Pourquoi? Parce que mon petit frère pleurait et que je ne voulais pas que Karl monte. Alors même qu’on était en novembre à Bala Cynwyd, je transpirais dans la chaleur sans soleil de la maison en me demandant si je devais ou non appeler la police. Dans sa chambre, Jacquon était dans son berceau, sur son dos duveteux et rouge, il reniflait, mâchonnait le coin d’un livre flexible en plastique.

Je suis entré. « Ça gaze, petit homme? » »

suivie de près par « Spectres paisibles » et pour exemple ces quelques mots bouleversants

« Tous ces minuits ardents quand nous attendions Maman, nous racontions des histoires, chantions, dansions , hurlions – n’importe quoi pour remplir la maison. Mais nous ne parlions jamais des hommes, ne mentionnions jamais leur nom ni ne nous demandions où ils étaient. Toute ma vie, je n’ai aimé qu’elle et Robert, aussi n’ai-je jamais compris comment on pouvait laisser entrer en soi quelqu’un qu’on n’aimait pas. « 

et « Accidentel ». On est là dans une marge de paumés, perturbés, dérangés, avec ou sans alcool, avec ou sans stupéfiants, enfants ou adultes qui n’ont pas eu leur dose d’amour; père, mère, fratrie, tout est ici bancal et très violent, très triste et inéluctable. C’est l’abandon qui ressort le plus souvent ( comme dans « Renaissance », je crois la plus classique, même si la façon d’amener le cœur du sujet reste étrange ). James m’a fait pleurer car Channelle Benz sait instiller au lecteur le même venin de colère que celui qu’elle met dans les veines de ses personnages mêlé au chagrin. Ces trois nouvelles sont mes préférées.

Dans « Spectres paisibles », émouvantes et difficiles retrouvailles d’un frère et sa sœur, narration à deux voix sous forme d’aveux écrits, mais il y a une étrangeté annoncée dans le préambule de ces lettres alternatives de Robert et Izabel, sa jumelle. Et dans « Accidentel », à nouveau frère et sœur qui se retrouvent, Lucinda et Hank .

Fin de la nouvelle :

« Le matin, la plage est déserte à l’exception de deux joggeurs. Hank et moi, nous nous déshabillons et courons nus sur le sable blanc et chaud jusqu’aux vagues qui se brisent. Nous sommes heureux, nous avons peur, et nous ne sommes pas sauvés. »

Phyllis Wheatley, poétesse américaine ( 1753 – 1784 ) Première poétesse afro-américaine publiée.

Dans « L’étrange récit des caractéristiques remarquables de la vie d’Orrinda Thomas », on assiste impuissant et en colère au destin de cette poétesse esclave noire qui en rencontrant un homme bon se croit libre et découvre qu’elle ne l’est pas et ne l’a jamais été. J’ai été déstabilisée par « La fille du diplomate « , une histoire en kaléidoscope, perturbante

« Natalia était à la limite du camp, couchée près d’une vieille femme à la bouche pleine de mouches. Un homme parlait debout devant elle dans une langue qu’elle ne comprenait pas. Il était vêtu d’un treillis et tendait son fusil à un autre homme, puis il transporta le corps de Natalia vers le plateau du pick- up. Couchée sur le métal brûlant, elle fixa des yeux un ciel placide. Elle sut alors qu’elle était morte. »

et très impressionnée par le style d’ « Adela », l’histoire de cette belle dame vieillissante et d’une bande d’enfants (adolescents peut-être on ne sait pas trop ) vraiment malins, cultivés et farceurs qui vont lui ramener l’amoureux de sa jeunesse, bedonnant et un peu veule. ( Le fond de l’histoire apparaît peu à peu )

« Nous la cajolâmes: Adela, n’accepteriez-vous pas de nous dire le nom de votre amour perdu? Ne nous faites-vous pas confiance, Adela? C’est qu’il n’y a rien de nous que vous ne sachiez ! Rien que nous n’ayons confessé à genoux devant vous ! Vous savez que nous avons emprunté le fusil de Père et que nous avons tiré avec; que nous avons cassé le vase de Mère et l’avons enterré, que nous avons observé notre gouvernante et le précepteur dans les hautes herbes poussant d’étranges grognements et divers gémissements jusqu’à ce que leurs braillements culminent en une cascade de cris plaintifs toujours plus forts.

Allons, silence ! Ne vous avais-je pas dit de ne pas en parler?  Très bien. Son nom est Percival Rutherford, dit-elle en bâillant avant de nous demander de fermer les rideaux. »

« Deuil » surprend par son déroulement, inattendu comme sa fin. Et la dernière nouvelle, donc, est tout simplement bluffante par son écriture. Chanelle Benz se met si bien en totale immersion dans des peaux, des pensées et des destins divers qu’on ne peut qu’être impressionné.

« Et là sur mes genous il mourut. […]Peut-estre ce garson n’est-il pas pour le monde des hommes et je sçay bien que je ne suis pas digne de le guider. pourtant doux Seigneur, ne le prenez point. Je ne peux Vous promettre que je peux convoquer de nouveau la foy pure de ma jeunesse-pardonnez-moy au moins cela- mais laissez-moy trouver une voie prez de Vous.

Accordez-moy un cœur propre. Renouvellez le bon esprit en moy. Ne me rejectez pas de votre presence, et n’escartez pas de moy vostre saint Esprit. Ô Dieu, dans le plus corrompu des siècles, entendez ma priere. »

Tout comme m’a beaucoup impressionnée la traduction de Bernard Hoepffner, auquel je veux aussi rendre hommage par cet article paru à sa mort , parmi tant d’autres. Et je crois qu’un tel traducteur pour ces nouvelles ce n’est pas anodin, et gage à n’en pas douter d’un talent extrêmement prometteur pour l’œuvre de Chanelle Benz. Une nouvelle voix se fait ici entendre, un grand talent et une forte personnalité, une imagination débordante et maîtrisée. Bravo, un coup de maître !

« Debout sur la caisse, c’était l’heure juste avant le soleil, quand rien encore n’indiquait à quelle distance je me trouvais d’un nouveau matin. J’attendais que l’attente cesse, que les ténèbres de la plaine sur mon visage m’amènent à la poussière. »

( « Dans la grande violence de la joie » )