« J’essayais de me rappeler combien de fois je m’étais accroupi sur le macadam pour déchiffrer des signes, mais je savais que c’était la première fois que je le faisais à Hulett. Situé dans le coin nord-est des Black Hills dans le Wyoming, Hulett est surtout connu pour être le lieu où se trouve Devils Tower.
Je contemplais l’asphalte, où les petits cailloux brillaient, encore mouillés après l’averse du matin, et soupirai. Avec l’avènement de l’ABS, il était vraiment difficile d’estimer correctement la vitesse d’un véhicule impliqué dans un accident, plus encore par temps de pluie. »
Je n’en rate aucun, Walt Longmire, Henry Standing Bear et l’indispensable Vic sont comme des amis qu’on est content de retrouver. Au fil des livres, j’aime de plus en plus Vic, pas lisse, pas délicate – en apparence – avec sa canine plus longue qui apparait presque comme une menace quand elle sourit. Ce sont ces détails qui font que j’aime lire Craig Johnson, cet humour tendre ou vache ou les deux, la profonde humanité que dégage son écriture, avec un Walt sensible, juste, un vrai bon shérif.
J’ai retrouvé ici avec plaisir ces personnages et cette écriture, alors que l’intrigue elle-même ne m’a pas tellement captivée. Beaucoup de moteurs et de gros engins qui font du bruit, pas mal d’armes à feu, des rassemblements de bikers
« La foule devant le Capt’n Ron’s Rodeo Bar au coin envahissait la rue dans une célébration joyeuse de la loi sur les conteneurs ouverts, qui autorisait la consommation de boissons alcoolisées en plein air pendant la semaine du rassemblement. La fête battait son plein, et les notes de Statesboro Blues des Allman Brothers nous parvenaient par les portes battantes du saloon.
Je me tournai vers l’Ours.
-Deux des Allman Brothers sont morts dans des accidents de moto, qu’est-ce que ça t’inspire?
-Que si tu es un des Allman Brothers, tu ne devrais pas piloter une moto. »
des fachos bas de plafond, sales types et de pauvres imbéciles. Lola est intéressante par contre. Parce qu’elle fut un amour de Henry qui se méfie d’elle comme de la peste, parce qu’elle est ambigüe, et c’est si bien écrit qu’on la tient nous aussi à distance en lisant.
« -Lola, il y a des vies en jeu.
Elle eut un petit rire narquois.
-C’est drôle, parce que c’est exactement ce dont j’essaye de
te convaincre depuis deux jours.
Elle accrocha ses pouces dans les passants de son jean et se tourna d’un mouvement plein de coquetterie vers moi.
-Imaginez ma surprise: je suis venue ici à la recherche d’un chevalier rouge revêtu d’une armure étincelante, et tout ce que je trouve, c’est un Watson aux basques de son Sherlock Holmes. Vous n’avez qu’à remettre mon arme là où vous l’avez prise.
Sur cette dernière phrase, elle pivota sur ses talons et alla rejoindre la cohue du bar, les bras levés au-dessus de la tête, claquant des doigts et ondulant tout en chantant sur C.C.Rider de Jerry lee Lewis. »
J’ai préféré d’autres romans de Craig Johnson ( » Little bird » et « Tous les démons sont ici » en tête ) .
Pourtant j’aime tellement les personnages, et malgré une intrigue longue à démêler, un peu éclatée dans tous les sens, j’ai lu avec plaisir ce livre parce que cet écrivain est bourré d’humanité, de tendresse pour ses personnages, drôle dans ces deux cas aussi.
« J’ai reçu un appel il y a environ une demi-heure de la part de Mme Hirsch, qui vit en face, là. Elle a un problème de vessie irritable, et elle a aperçu un grand type en train de marcher sur le toit de ce bâtiment et un autre type qui entrait par la porte de devant.
-Pourtant je croyais que j’avais été vraiment furtif.
-Difficile d’échapper à la vigilance d’une vessie irritable.
-Je vais demander que quelqu’un me brode cette phrase au point de croix et je l’accrocherai sur le mur de mon bureau. »
Un jeune homme – le fils de Lola – est grièvement accidenté et hospitalisé entre le vie et la mort, un rassemblement de motards se prépare à Hulett. . Tout est très mêlé, gang de motards, Lola…et même Henry Standing Bear, l’enquête sera speed et pleine de nœuds. Pleine de bruit et de courses dans des véhicules monstrueux.
Vic est ici championne en tous genres, conduite de véhicules lourds, ball- trap, sans parler de son charme unique et de son verbe fleuri:
« Le sourire de Vic se crispa, et les muscles de sa mâchoire se contractèrent un tout petit peu.
-T’es venu pour me niquer le cerveau, Bob? Parce que si c’est le cas, tu vas finir par te faire niquer toi-même. (D’un grand geste elle désigna l’installation sophistiquée. )
Ce parcours de golf avec un fusil est amusant, mais j’essaye de toucher des salopards qui me tirent dessus depuis que j’ai vingt ans, alors si effectivement tu essayes de me niquer la tête, va te faire niquer, toi, sinon je te niquerai.
Abasourdi, il resta muet un moment, puis, visiblement ne sachant pas quoi faire d’autre, il me regarda. Je souris.
-C’est pas une blague, et ça fait mal.
Il resta encore quelques instants puis, sans dire un mot, partit à grandes enjambées.
-C’était de Hemingway.
Nutter rit.
-N’importe quoi.
-Elle a un T-shirt du département de la police de Philadelphie avec cette phrase écrite dessus, lui dis-je.
Vic sourit.
-J’adore ce T-shirt, c’est un de mes préférés. »
Comme toujours, des références littéraires, ici Sir Arthur Conan Doyle. Si la nature est moins présente – une des raisons pour lesquelles j’ai moins aimé ce livre que d’autres – on sent l’amour de l’auteur pour son Wyoming, un des éléments constants de ses livres.
Walt Longmire, homme droit. Walt selon Vic, poésie…
« […] Walt; quelle que soit la manière dont tu considères ce que tu fais, que ce soit un boulot, un devoir ou – quand je te regarde en action – un art, tu y excelles, et de mon point de vue, tu le fais pour de bonnes raisons, toujours. (Elle se planta devant moi .) Tu n’agis pas pour cette femme, ni poussé par une espèce de sens du devoir à la con ou une construction philosophique appelée justice, mais pour ce gamin qui n’a plus les moyens de se défendre. Je te jure, tu es l’enquêteur qui se met au service les laissés-pour-compte. Ceux dont plus personne n’a rien à foutre, tous ces gens qui sont à la marge – c’est pour eux que tu t’engages et c’est pour ça que je t’aime. (Je la regardai fixement.) Cette dernière phrase venait de moi seulement. (Je ne la quittai pas des yeux.) Et si tu ne dis pas ou ne fais pas quelque chose maintenant tout de suite, je vais te mettre un coup de pied dans les couilles. »
Voila, pas le meilleur, mais pour ma part le trio de choc Walt, Vic et Henry me réconforte toujours, et bon…on en a bien besoin ! Musique !













Toujours autant de plaisir à retrouver le vieux copain Walt Longmire, son indéfectible ami Henry Standing Bear et l’inénarrable Vic, son langage fleuri, ses yeux vieil or et sa passion toute neuve pour son shérif. Si ce n’est pas le plus captivant de la série, ça reste un grand plaisir de lecture, presque enfantin que cette nouvelle aventure de Walt, un genre de vengeur, de héros de comics western. Tout commence par un appel du vieux Lucian à propos du suicide suspect de Gerald Holman, policier du Comté de Campbell et une enquête qui va mener à trois disparitions de femmes non élucidées. Voici Longmire, son ami Henry et son chien ( celui qui ne mange que du jambon ) en quête de la vérité. Il y a dans ce livre de nombreuses péripéties, en particulier à la fin, très cinématographiques, des péripéties qui vont mettre en valeur le courage, la bonté, l’intégrité de Walt, mais aussi l’inévitable côté faillible de tout être humain car il saigne quand on le cogne, il ressent bien le froid, la douleur, et même la peur, m
On retrouve ici encore l’hiver glacé et neigeux du Wyoming, ce climat qui rend tout plus long, plus difficile, plus flou, entre rêve et réalité avec le fantôme Virgile bien sûr qui ne manque pas l’occasion de se rappeler au shérif. J’ai appris ce qu’est la main nommée « aces and eights » au poker 

Je vous laisse au plaisir relaxant de ce livre de pure détente, de haute qualité d’écriture (sans parler de la toujours aussi bonne traduction ), où l’auteur trouve une fois de plus l’occasion de faire quelques clins d’œil littéraires. J’aime toujours autant le Comté d’Absaroka, son shérif, son hiver, ses bars, j’aime toujours autant l’écriture si vivante de Craig Johnson.
Puis c’est un vieil homme, Orrin Porter Rockwell, le Danite, Homme de Dieu, Fils du Tonnerre, alias Joseph Smith Junior et Brigham Young ( oui, c’est beaucoup de noms pour un seul homme…). Sauf que le vénérable Rockwell est censé être mort en 1878, ce qui fait près de 200 ans à notre bon vieux ! Il n’y a pas que Barbara qui a une araignée au plafond…Une histoire de dingues donc, qui en couvre une bien moins fumeuse et bien plus lucrative. Je ne tente même pas de vous la résumer, mais de l’action il y en a, ça canarde et ça chauffe, ça écrase et ça cogne, mais ce que j’ai aimé ici dans le bruit et la fureur de ces démêlés entre méchants et gentils, ce sont les relations entre les personnages, ainsi l’histoire d’amour entre Walt et Vic. Ah ! Vic! Avec sa canine un peu trop longue qui lui fait un sourire de louve, son coin de bouche qui se relève en un sourire narquois; elle jure, s’emporte, renâcle, elle a toute sa place dans la brigade d’Absaroka, c’est une vraie dure à cuire, avec des yeux magnifiques et fascinants couleur vieil or. Ensuite il y a l’amitié et la complicité entre Walt et Henry, liés par de nombreuses expériences communes dont le Viet Nam n’est pas la moindre.
Et puis il va y avoir Cord qui va découvrir « Mon amie Flicka » en vidéo, puis le livre…le livre ! Lui qui ignorait qu’il existât d’autres livres que la Sainte Bible des Mormons.
L’humour de Craig Johnson est donc encore au rendez-vous – et me réjouit toujours autant – mais le sens de la dramaturgie aussi avec un incendie dantesque. Et puis des bribes d’histoire de l’état et des références littéraires glissées avec discrétion et justesse. Le shérif trouve dans le stock à liquider d’Eleanor Tisdale, la grand-mère de Cord et mère de la femme disparue, une histoire du Wyoming ( la seule qui fut écrite sous le titre de « Tensleep and No rest » de Jack R. Gage ):
L’histoire arrive ainsi à son dénouement, pleine de coups de feu, de coups de poings et de grands moments de tendresse, du rire à l’émotion avec de nouvelles pertes pour Walt, pour lui toujours comme un bout de lui-même qui s’en va
Et à la fin la toute petite amorce qui nous dit que l’histoire de Walt, de Vic, de Henry et du Comté d’Absaroka n’est pas terminée et ça me fait plaisir, ça me réjouit cette simple idée de retrouver le Wyoming et mon shérif préféré.
C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé dans ce nouvel opus des aventures de Walt Longmire, mon shérif préféré, la large présence du peuple Cheyenne et de Henry Standing Bear – la Nation Cheyenne – , l’ami taciturne mais fidèle et sûr. Et aussi l’inénarrable Lonnie Little Bird et son « Mmmm, oui, c’est bien vrai ».
Va commencer pour Walt une enquête au rythme effréné, menée pied au plancher, œil sur la montre et mains sur les genoux pour reprendre souffle. Pour l’occasion, un nouveau personnage prend vie, toujours aussi bien dessiné par Craig Johnson, voici Lolo Long, toute nouvelle chef de la police tribale, au caractère à peu de choses près aussi bien trempé que celui de Vic ( ici absente ). Walt va s’atteler à lui faire comprendre sa vision du métier.
Je n’en dis pas plus, ce serait vache, mais ça démontre une fois de plus que Craig Johnson a un grand talent, capable de passer de la scène la plus réaliste du bureau du shérif avec téléphone, mug de café et bottes croisées sur la table à un onirisme étrange et inquiétant, d’où sort toujours une vraie réflexion philosophique. Tout ça sans se payer de grands mots et avec humilité.
J’ai adoré ce moment de la cérémonie, et puis la vie personnelle de Walt, la fin du livre est à la fois belle et triste; je me trompe peut-être, mais sèmerait-il des petits cailloux pour nous amener à ce qui se passera au prochain épisode ? Deux corbeaux officieront à la noce, reste à choisir le présage qu’ils sont censés porter…