« Le bord du monde est vertical » – Simon Parcot – éditions Le Mot et le Reste

Le bord du monde est vertical par Parcot » Notre histoire commence dans un nuage, bien au-delà de la Terre, bien au-delà des montagnes. En ce nuage logeait un ange qui enroulait et déroulait du coton pour l’éternité en chantant de tristes complaintes qui parlaient d’hommes, de sueur et de sang. Car les anges aussi sont tristes, ils rêvent d’une peau pour saigner, de mains pour se toucher et d’un squelette pour éprouver la pesanteur du monde. « 

Un premier roman qui oscille, comme l’ange au bord du nuage, entre poésie et monde concret. Un livre surprenant, envoûtant, glacial.

C’est l’histoire d’une cordée chargée de se rendre dans le tout dernier hameau avant le Bord du monde, le Reculoir, pour y rétablir l’électricité. Le Bord du monde est une montagne inattaquable, personne, jamais, n’est parvenu au sommet.

« Le Bord du monde, le Bord du monde… », rumine Gaspard avec excitation, alors que le froid menace de lui coudre les lèvres. Depuis sa naissance à la Ville, il a grandi au milieu des récits d’ascensions avortées, des chutes et des disparitions inexpliquées. À douze ans, il a fait ses premiers pas sur la Grande, à dix-sept ans, il a commencé à s’y aventurer seul, plus tard, il a répété six fois l’ascension en solitaire. Par six fois il a tenté le sommet auquel il a du renoncer comme tous les prétendants du Bord du monde. « 

L’équipage qui se compose de deux chiens, d’une femme et de trois hommes s’en va bravant une tempête de neige, pour accomplir sa mission. Mais l’un des hommes a un autre objectif. Vous rencontrerez le père Salomon, curé exalté et convaincant, et ces personnages dont certains sont proches de nous par leurs pieds bien accrochés dans la réalité, mais d’autres, un peu effrayants parfois par leur côté mystique presque.

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J’ai lu ce roman avec curiosité, comme un drôle d’objet,  j’ai apprécié l’écriture poétique et certains des personnages. J’ai trouvé l’idée, le sujet, intéressants, grâce à la façon d’en parler et l’écriture qui passe d’un monde à l’autre en un glissement dans une phrase, de l’imaginaire au concret du froid et de la montagne, à la neige et au danger qui ramène bien à la réalité.

20190520_164430« Solal baisse la tête, Gaspard poursuit.

« Si je grimpe, c’est pour redescendre.

-Comment ça?

-Je grimpe pour redescendre, pour éprouver la joie de revenir en fond de vallée, là où sont les bêtes, les fleurs et les gens que j’aime.

-Mais ça, tu pourrais en profiter sans aller là-haut, n’est-ce pas? lance Solal en désignant le somment inexistant de la Grande.

-J’y arrive pas, répond Gaspard avec dépit. Lorsque je reste trop longtemps en fond de vallée, j’ai l’impression de croupir, de moisir. La routine s’infiltre dans mon quotidien puis tout perd de sa couleur et de son intensité. J’en oublie le plaisir, le plaisir de sentir le soleil sur ma peau, le plaisir de vivre aux côtés de mes proches! En un sens, je meurs, je meurs à petit feu. J’ai l’impression de passer à côté de la vie. Alors que là-haut, après plusieurs jours au contact de la pierre et de la glace avec le risque perpétuel de la mort, ça me rappelle combien la vie en fond de vallée, c’est à dire la vraie vie, est précieuse. »

On ne sait pas toujours où tout ça va nous mener, mais on sent bien une tension qui monte entre les membres de la cordée. C’est le plus intéressant, il y a de la manipulation, des non-dits… Quant à moi je me suis attachée à Solal, à Gaspard malgré son côté déraisonnable, voire un peu dingue. La qualité de l’écriture est remarquable, le propos ne m’a pas tant touchée.

« En bout de comptoir, Solal sirote sa bière en regardant Flora écarter une mèche de cheveux, révélant deux yeux pleins d’obscurité, deux billes de charbon plantées dans son visage astral. Devant lui, Gaspard semble être en grande forme. Malgré l’effort de la journée, il affiche un sourire joyeux. Sur sa peau burinée par le soleil, ses yeux brûlent de joie. Il donne l’accolade à chacun de ses amis puis les invite à sa tournée. « 

refuge-you-requin-1602777_640Entre réalité et fantasme, entre le concret d’une panne d’électricité et l’accomplissement d’une action jamais réalisée, on flotte entre deux lectures de ce même livre. Peut-être un peu trop « conte fantastique » pour moi, j’ai préféré le pan aventure risquée en milieu hostile et les personnages qui s’y ancrent. Une superbe ode à la nature, à la montagne et les défis qu’elle lance aux hommes. Le poème final est très beau, et juste. J’adhère à ce qu’il dit totalement, mais je ne vous le propose pas pour que vous le découvriez vous-même. Cet extrait plutôt.

« Les livres ne sont que les ombres de ce qui nous traverse, la trace éphémère d’un moment vécu sur la Terre, du sentiment converti en matière. Les livres sont les tentatives de retrancher quelque chose à la mort, de proposer quelque chose qui lui résiste. Mais qu’est-ce qui résiste à la mort? Mais qu’est-ce qui résiste à la mort? Qu’est-ce qui ne finit pas et que l’on retrouve dans les livres? Quel est cet éternel que l’on veut opposer à l’insoutenable finitude? La trace d’une expérience? La vérité d’un instant fugace vécu sur la Terre? L’intuition brutale de l’infini? La rencontre avec la beauté? Ou bien, cela n’est-il qu’une illusion, la tentative désespérée de laisser une marque de son passage, marque effacée par le temps, mais qui demeure encore dans les livres, sous forme de papier et de cuir? »

« Le soldat désaccordé » – Gilles Marchand- éditions Aux forges de Vulcain

CVT_Le-soldat-desaccorde_8161« Je n’étais pas parti la fleur au fusil. Je ne connais d’ailleurs personne qui l’ait vécu ainsi. L’image était certes jolie, mais elle ne reflétait pas la réalité. On n’imaginait pas que le conflit allait s’éterniser, évidemment. Personne en pouvait le prévoir. On croyait passer l’été sous les drapeaux et revenir pour l’automne avec l’Alsace et la Lorraine en bandoulière. De retour pour les moissons, les vendanges ou de nouveaux tours de vis à l’usine. Pour tout dire, ça emmerdait pas mal de monde cette histoire. On avait mieux à faire qu’aller taper sur nos voisins. »

Voici encore un livre magnifique. Ce début, assez banalement dit le départ de toute une génération « la fleur au fusil », et pourrait annoncer un énième roman sur cette affreuse guerre de 14-18.

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Il n’en est rien, car ce livre s’affirme avec force très vite comme original, traitant autant de l’amour que de la guerre. Une guerre atroce et un amour fou. Joindre ainsi ces deux sujets aussi bien, je crois que c’est très rare. Parce que cette histoire ne ressemble à aucune autre que j’aurais lue sur ce sujet. Écriture remarquable qui provoque une vive émotion, la fin m’a beaucoup touchée, toute cette histoire m’a émue, j’irais jusqu’à dire bouleversée. 

Gilles Marchand a une voix originale, une narration qui noue l’horreur, l’ironie, la force humaine, la résistance, et puis cet amour fou entre Emile et la Dame de la Lune.

 » Y avait plus d’arbres, plus d’animaux, plus de vie. Alors des fleurs, vous pensez bien. Elle avançait dans l’obscurité, s’accroupissait, ramassait une douille et la mettait dans la gibecière qui lui cognait les cuisses à chaque pas. Je ne sais pas comment elle faisait pour pas se faire tirer dessus. À croire que les Allemands la voyaient pas. On disait qu’ils pouvaient pas la voir parce que la lune ne l’éclairait que de notre côté. C’est pour ça qu’on l’appelait « la Fille de la Lune ». Il y en a qui affirmaient qu’elle ne vivait que la nuit. Le jour, elle disparaissait. Elle se volatilisait. On ne savait jamais comment elle arrivait là. On jetait un œil par-dessus le parapet et elle était là. »

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Le narrateur est un ancien combattant, qui aux premiers feux de la guerre a perdu une main, et qui quelques années après l’armistice est chargé de retrouver Emile Joplain. Comme d’autres comme lui, il est chargé de retrouver une personne ou sa dépouille pour les familles assommées de chagrin de ne pouvoir se raccrocher à quoi que ce soit, même pas un lieu. Sa rencontre avec Blanche Maupas va être décisive,  la mère d’Émile. Gilles Marchand nous emmène alors sur la piste du soldat disparu, dans les décors sinistres de cette guerre. Galerie de portraits, vision des tranchées, récit d’un massacre général, pourtant, l’amour complètement fou entre Emile et La Dame de la Lune, car, cette fiancée lunaire, Lucie, elle aussi cherche de manière totalement démente son fiancé disparu. Quant à lui, notre narrateur, il pleure sa bien-aimée Anna.

« Mon Anna. Rêvée pendant quatre ans, partie en quelques heures.

Je me suis allongé contre elle, j’ai pressé mon visage contre le sien, je l’ai embrassée. Je voulais qu’elle m’embrasse aussi, qu’elle m’emmène avec elle. Je voulais l’accompagner.

La mort n’a pas voulu de moi. Elle m’avait rôdé autour pendant quatre ans et maintenant, elle m’ignorait, cette vieille carne.

J’ai pleuré.

Je n’avais pas pleuré à la guerre. Je n’avais pas pleuré quand j’avais perdu ma main. Quand Anna est morte, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Elles étaient inépuisables. Je pleurais pour tout ce gâchis, ces années perdues, volées, massacrées. »

Je tiens à le dire, ce roman est non seulement riche en histoire, cette Histoire à grand H qui est souvent un conte d’horreur, mais il est aussi riche en histoires, celles au petit « h », celles de gens comme cet ancien combattant, ses camarades, son Anna, la Dame de la Lune Lucie ou Emile Joplain le disparu. Et toutes ces masses de pauvres soldats entraînés dans quelque chose qui les dépasse et les abat avec une infinie violence et une ineptie tout aussi infinie. Quand le soldat enquêteur arrive au bout de sa recherche, une autre guerre pointe sa face morbide à l’horizon. C’est dire comme le monde a mauvaise figure. 640px-0_Le_boyau_de_la_mort_-_1914-1948_-_Dixmude_(Belgique)_2

La fin du livre nous plonge dans le chant poétique d’un accordéoniste, alter ego d’un cireur de chaussures à la gueule cassée, quand le narrateur demande une histoire d’amour. 

« Je me suis installé sur la chaise et, pendant que le cireur frottait le cuir de ma chaussure gauche, son comparse me demanda si je voulais une histoire à pleurer, une histoire à frémir, une histoire à rire, une histoire à frissonner.

Un peu désœuvré, je répondis que j’avais déjà entendu toutes les histoires, que c’était même mon métier. Il est resté silencieux. Alors j’ai ajouté: « Moi, ce que je voudrais, c’est une histoire d’amour. »

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Le long chant de l’aveugle accordéoniste, qui tel un aède déroule une histoire d’amour comme on en rencontre peu, clôt le livre avec une émotion qui personnellement m’a fait venir des larmes. 

« On voulait des lions, on a eu des rats.

On voulait le sable, on a eu la boue.

On voulait le paradis, on a eu l’enfer.

On voulait l’amour, on a eu la mort.

Il ne restait qu’un accordéon. Désaccordé. Et lui aussi va nous quitter. »

Lisez, et allez rencontrer « Le soldat désaccordé » . Pour moi, méchant coup de cœur. 

« Les nuits prodigieuses » – Eva Dezulier- éditions Elyzad

Les nuits prodigieuses« La nuit des Onze

Ange

Aucune route ne mène à Machado. Le temps ici n’est pas le même qu’ailleurs, non. Les habitations les plus proches sont à six heures de marche. Elles ont l’air de décors miniatures, de part et d’autre de la montagne. On ne distingue pas le mouvement des voitures et des troupeaux. Aucun bruit ne nous parvient. C’est comme j’ai dit: elles pourraient tout aussi bien être peintes à même la roche. Ce qui s’y passe ne nous concerne pas. Machado vit à son rythme, on n’y respire pas le même air. Il y a bien un curé qui monte, une fois l’an, mais on a nos propres superstitions, auxquelles on croit davantage qu’au catéchisme d’en bas. C’est tout. Machado est un monde clos. »

Mais quelle belle découverte que ce petit livre inclassable. J’y ai trouvé un conte ou une fable, une fantaisie qui n’est pas sans rappeler la littérature sud-américaine, même si cette histoire se déroule tout près de la frontière espagnole et n’est pas toujours drôle. Le village de Machado voit passer de nombreux clandestins qui vont vers la France; Machado, me direz-vous, ça sonne espagnol, non ?  Et est pourtant en France? Machado est une sorte d’enclave dans les Pyrénées, qui comme le dit Ange le berger au début de cette histoire est un monde clos, qui pourtant laisse passer, traverser des clandestins allant d’un pays à l’autre. Ceci a son importance dans l’histoire, car c’est un de ces clandestins de passage, Guillermo, qui va laisser quelque chose qui chamboulera la vie de cette bulle spatio-temporelle, et la vie d’Ange d’abord. Dans ces montagnes merveilleuses, avec Eugenia, ils s’en vont:

« Je pense souvent aux millions de pas de tous les clandestins qui ont façonné ces chemins de hasard et d’adieu. J’ai parfois l’impression qu’ils sont là, tout autour de nous, et qu’ils nous accompagnent, quand le vent soupire. c’est comme j’ai dit: des vagabonds se cachent dans les taillis.

Le crépuscule habille les visages et les sentiers d’ombres mouvantes. Eugenia s’épanouit sur la route, et rit avec une gaieté que je ne lui connaissait pas. Ses pieds minuscules ne laissent pas de traces sur le sol poudreux. »

sheep-g43648c65a_640Ange est le berger d’un propriétaire de troupeaux, Mr Bartimée. Ange est un homme simple, qui vit de peu, accompagné d’Isidro, un ouvrier agricole. Le patron est un homme rude, en particulier avec son épouse Livia.

Un jour donc Guillermo, ingénieur clandestin, va confier un dessin, le plan d’une machine à cet Ange décontenancé. Il doit fabriquer cette machine et l’emmener au fils de Guillermo, Tomás, 9 ans, déjà en France. Ce serait bête de vous dire ce que doit fabriquer Ange, ni pourquoi, mais dans cette machine certains verront le diable et d’autres dieu. Alors que la réponse est bien plus simple. En tous cas, ce pauvre Ange va fabriquer cette machine en piquant ici et là – y compris chez son patron – des pièces hétéroclites pour la fabriquer. Une fois terminée, il en sera la première « victime ».

482px-Leonardo_da_Vinci_-_RCIN_912699,_Pictographs_c.1487-90Je mets des guillemets car, comme pour beaucoup d’entre elles, c’est l’usage qu’on fait des choses et aussi le « cœur » qu’on a qui en détermine l’action. 

Nuria, l’épouse d’Hostien, va être assassinée:

« J’ai touché le visage glacé de Nuria, ses mains, sa peau. Ce que j’ai d’abord pris pour une fleur rouge sur sa poitrine. Une putain d’idée stupide. Et même maintenant, j’y pense et je ne vois que la fleur.

J’ai contourné le lit, tiré les rideaux. Le soleil éclairait comme un phare. Éclairait ça. Rouge. Couleur invivable. On devrait l’interdire. Mon pied a buté sur quelque chose. La lame. Manquait la main. La plaie, la lame, la main, le nom. Qui? »

Chronique courte et qui se contente de dire mon enthousiasme pour vous inviter à aller faire un tour à Machado, mais quand même je ne vous laisserai pas en plan sans vous parler juste un peu des quatre sœurs, anachroniques et merveilleuses conteuses, Ada, Ida, Zelna et Florinda ( déjà rien que pour elles la lecture vaut le coup) :

« Quatre silhouettes voûtées surgissent derrière un bouquet de mélèzes rouges. Dans le petit matin, elles descendent à la queue leu leu vers la place du Velo Polvoroso. Vêtues de grandes robes à crinoline, elles font quand elles marchent un bruit de torrent. Ce sont les Impératrices. Elles sont sœurs, et la cadette doit avoir plus de cent ans.

Il y a longtemps, quand elles étaient jeunes, un homme les a aimées toutes les quatre. Un riche marchand à la peau sombre et au parler d’ailleurs. Il les couvrait de cadeaux et de toilettes chamarrées: elles étaient l’attraction du village. Le marchand, lui, n’appréciait pas qu’on lui demande d’où il venait. Il répondait qu’il était français, parfaitement français, puisqu’il habitait l’Empire. Alors on l’a surnommé l’Empereur, pour se moquer. On le disait avec une sorte de courbette ironique pour le faire enrager. Il n’était pas d’ici, c’est tout. Le soupirant est mort depuis longtemps, mais les quatre sœurs ont conservé leur titre dérisoirement clinquant d’Impératrices. »

Les femmes dans ce livre sont magnifiques, toutes, Livia, Ada, Zelna, Ida, Florinda et aussi Eugenia, et Nuria,Talia… Quant aux hommes, ils sont sanguins, colériques, immodérés, sauf les deux bergers, Ange et Isidro, doux comme leurs agneaux. 

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Bonheur, Rosa; Shepherd of the Pyrenees; Brighton and Hove Museums and Art Galleries; http://www.artuk.org/artworks/shepherd-of-the-pyrenees-74284

Voici une superbe histoire métaphorique sur l’amour, mais aussi sur la solidarité. En commençant cette lecture, je ne m’attendais à rien de particulier, et là, j’ai été « chopée »  aux premiers mots par la voix d’Ange et sa façon de s’exprimer ( beau travail sur les voix ):

« Et la vie de Machado se déroule sans penser au reste de la Terre. Même moi, qui travaille ici depuis tout petit, à la ferme de Ventanas, on m’appelle toujours « le gamin d’en bas ». On se moque un peu de moi, je crois qu’il n’y a pas de raison, non: c’est simplement que je viens d’en bas, c’est tout. »

Je m’arrête donc là, encore enchantée par cette si belle histoire pleine de magie, de charme(s), de nature, encore envoûtée par les voix des quatre Impératrices, majestueuses et bonnes. 

Quant à la machine, je ne saurais dire si je souhaiterais la posséder…A vous de voir, à vous de lire. En tous cas :coup de cœur !

Ange et Eugenia, fin du roman:

« Je l’observe à la dérobée. Les idées trottent dans ma caboche, de-ci de-là, comme le mouton à deux têtes. Dix minutes passent en silence, puis Eugenia recommence à bavarder de tout et de rien avec moi. Elle ne parle plus de reconstruire la machine et semble avoir déjà oublié cette conversation. Elle tourne dans ses doigts la médaille de Saint Gilles, qu’elle a trouvée dans la montagne, et qu’elle presse souvent contre ses lèvres. Ça ferait une bonne relique d’amour, oui. »

Pour toutes les femmes de ce beau roman et pour Ange le Tendre:

« Pas même le bruit d’un fleuve » – Hélène Dorion – éditions Le mot et le reste

couv_livre_3270« Vivre, c’est suivre les traces de l’enfant qu’on a été.

À cette hauteur du fleuve, l’horizon est sans rivage. On peut dire la mer. Ici, les tempêtes nous dérobent le ciel, et parfois même nos rêves.

Comme des arbres, dont les branches sont d’inextricables enchevêtrements, poussent en emprisonnant d’autres arbres, chaque histoire se fraie un chemin entre la vie et la mort. On n’en devine jamais toutes les racines et les points de vacillement qui font qu’elle casse. Ou bien elle ne casse pas et se rapproche des étoiles qui l’éclairent légèrement. Nous ne sommes pas très différents de ces forêts clairsemées d’arbres hauts semblables à des amas d’ossements qui défient le ciel, mais peuvent d’un moment à l’autre se disloquer.

640px-EtangCastorNos racines courent sous le sol, invisibles, impossibles à déterrer toutes. on peut essayer d’en arracher une, espérer qu’elle nous mènera vers une autre qu’on pourra dégager, elle aussi, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on perçoive un sens à cette histoire qu’on appelle notre vie. »

J’ai volontairement choisi ce début assez long pour entamer ma chronique, car ce début est si juste, si clair dans ce qu’il dit, qu’il résume parfaitement le sujet de ce roman extrêmement poétique; il contient en germe tout le sujet, la beauté de l’écriture et l’intense mélancolie, voire la tristesse du propos.

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Je dois le dire, cette lecture n’a pas été simple pour moi, côté émotions. J’ai écrit il y a quelques années un article sur les romans qui abordent le thème de la relation mère/fille et c’est précisément selon moi ici le cœur du sujet: la filiation, mais aussi la façon d’être mère de ou fille de.

« J’aurais aimé marcher aux côtés de ma mère, qu’elle prenne ma main dans la sienne et que je puisse sentir l’épaisseur du temps qui pénètre d’une génération à l’autre , d’une femme à l’autre, je me serais appuyée sur sa vie pour construire la mienne. Mais Simone est une mère lointaine et je suis une fille étrangère. »

Selon les conditions, et oui, les strates, comme ici comparées aux racines profondes des arbres, les strates si on les explore, révèlent parfois des choses enfouies. Alors selon le cas ça réconforte ou au contraire, c’est douloureux.

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Hanna est la fille de Simone, qui fut une mère silencieuse, peu présente, peu attachante pour moi lectrice. Pourtant au cours des chapitres, ce sentiment va évoluer, mais en tous cas Hanna a manqué de mère. Portrait:

« Simone avait plusieurs visages. Le premier, triste et ténébreux, celui des bords de mer et des crépuscules, le deuxième coléreux, celui des corvées ménagères et de l’existence matérielle, le troisième, radieux, celui de l’apéro et des soirées bien arrosées entre amis, celui aussi des voyages avec son amie Charlotte ou avec sa sœur Agathe, quand elle se laissait porter loin de sa réalité -Malaga, Grenade, Lisbonne, Faro-, elle en rapportait de la force, des fous rires et des éclaircies pour le cœur. »

Quand Simone va décéder, Hannah va retrouver son histoire à travers des carnets, des photographies et des coupures de presse conservées dans les effets de sa mère. L’histoire va ainsi remonter en 1914, au naufrage de l’Empress of Ireland. Ce sera un chemin dans la mémoire familiale profondément enfouie, et qui va resurgir de ces documents.

« Allongée sur le dos, les bras en croix, ouverts comme des voiles à la surface de l’eau, la tête immergée, Simone n’entend plus que le bruit sourd du monde .C’est le son des souvenirs, des voiles déchirées, des mâts cassés, les vagues trop hautes qui broient les navires. Elle se met à réciter spontanément un poème qu’elle a recopié dans un cahier :

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas moins un gouffre moins amer. »

Il y est question du premier amour de sa mère et ainsi Hanna va retisser la trame des vies de trois générations de femmes, marquées par le deuil, la perte, le renoncement, et le fleuve, le grand Saint Laurent qui charrie imperturbablement des histoires de vie et de mort, d’amour et de désamour. Mais enfin Hanna retrouvera et surtout comprendra sa mère, même si sa douleur reste intacte. C’est ainsi que « naît » Hanna à l’écriture, la seule voie pour elle pour dire ses troubles.

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La nature est ici omniprésente, l’eau et les arbres, leur force et leur capacité à résister, une puissante métaphore de la vie qui malgré les naufrages continue à se perpétuer.

Beau livre, infiniment poétique, dans lequel le portrait de Simone domine par son caractère froid, mutique et finalement plus triste que déplaisant. On finit par l’adopter. Et on est tout de même bouleversé quand on apprend toute l’histoire de Simone, et celle d’Hanna qui contre sa volonté en est imprégnée. Savoir enfin le pourquoi sur Simone sera pour sa fille non pas une consolation, mais un chemin vers la compréhension et le pardon.

J’ai découvert par cette occasion l’histoire de ce naufrage dû à une collision avec un autre bateau. L’Empress of Ireland, paquebot canadien rentrant au Québec sur le Saint Laurent en 1914 coule près de Rimouski, avec 1012 victimes sur les 1477 embarquées. Ce naufrage est parmi les plus importants après le Titanic et le Lusitania. 

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« Hanna ferme les yeux, elle ne voit plus la maison rouge et le jardin de l’enfant qu’elle a été, mais un océan bleu, et du fond de cet océan, elle se met à remonter à la surface. Elle croit reconnaître  Le Paradis de Tintoret, ce tableau qui l’avait tant saisie quand elle l’avait vu à Venise, alors qu’elle remonte lentement à la surface de sa vie. »

« Celui qui veille » – Louise Erdrich, Albin Michel/Terres d’Amérique, traduit par Sarah Gurcel

9782226455994-jSeptembre 1953

L’usine de pierres d’horlogerie de Turtle Mountain

Thomas Wazhashk saisit la bouteille thermos calée sous son bras et la posa sur le bureau en acier, à côté de sa mallette éraflée. Sa veste de travail atterrit sur la chaise, et sa gamelle sur le rebord glacé de la fenêtre. Lorsqu’il retira sa casquette matelassée, une pomme sauvage tomba du rabat cache-oreille. Un cadeau de Fee, sa fille. Il plaça le fruit sur le bureau pour le contempler, avant d’insérer sa fiche dans la pointeuse. Minuit. Il prit alors le trousseau de clés et la lampe-torche fournie par l’entreprise, puis fit le tour du rez-de-chaussée.

C’est dans cet endroit silencieux, toujours silencieux, que de nombreuses femmes de Turtle Mountain passaient leurs journées penchées sous la lumière crue des lampes de travail. »

Mais quel bonheur de lecture! Retrouver Louise Erdrich dans ce qu’elle a de meilleur – le livre précédent ne m’avait pas totalement convaincue – avec ce magnifique roman que j’ai eu peine à quitter.

Bandera_Turtle_MountainPour moi ce livre compte parmi les meilleurs de cette autrice que j’aime particulièrement depuis que je l’ai découverte avec « Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse ». S’emparant de l’histoire de son grand-père Patrick Gourneau qui présida le conseil consultatif de la Bande d’Indiens Chippewas de Turtle Mountain dans les années 50, elle retrace son combat contre la Résolution 108 du Congrès. La postface raconte comment l’autrice a reconstitué la mémoire de ces événements, et d’une histoire si personnelle, si émouvante elle a écrit un roman qui pour moi a toutes les qualités de cette plume hors pair. Pour une dénonciation ferme, têtue et toujours d’actualité du sort des peuples autochtones, pour dépeindre la vie de la réserve, dessiner des portraits, dérouler des dialogues avec grâce et humour.

« Une proposition de loi

…visant à 1) assurer la termination de la tutelle fédérale sur les terres de la Bande d’Indiens Chippewas de Turtle Mountain dans les États du Dakota du Nord, du Dakota du Sud et du Montana, ainsi que sur les membres individuels de la tribu susnommée, 2) faciliter la délocalisation pacifique de ces Indiens vers des zones offrant davantage d’opportunités économiques, 3)  d’autres choses… »

Arthur_Vivian_WatkinsLa réserve de Turtle Mountain est sous la menace de la « termination » que veut appliquer le sénateur Watkins. Il ne manque que le préfixe « ex » pour signifier la fin d’une communauté. Thomas Wazhashk et son épouse Rose, Noko la mère de Rose, leurs enfants et d’autres dont Rose prend soin, tous vivent à la ferme. Mais Thomas travaille à l’usine locale de pierres d’horlogerie, il y est veilleur de nuit et sa fille Patrice, alias Pixie – surnom qu’elle ne veut plus entendre –  est ouvrière dans cette même usine. On y trouve d’ailleurs essentiellement des femmes, plus habiles pour le travail précis et délicat. C’est surtout Patrice que l’on va suivre, jeune femme volontaire, audacieuse et très jolie car les prétendants ne manquent pas autour d’elle.

« Barnes courba le dos. Ce que venait de dire Thomas le réconfortait néanmoins. Ça ne les empêcherait pas de l’apprécier. Il serait reconnu, apprécié et c’était important, car, entre toutes les femmes du monde, son cœur avait élu Pixie. Oh, ce serait Pixie et rien que Pixie. Il devait se battre jour après jour pour se convaincre qu’elle pourrait, qui sait, malgré la figure toujours plus parfaite de Wood Montain, tourner son somptueux regard incandescent vers lui et le récompenser du genre de sourire qu’il n’avait jamais reçu, mais qu’il avait observé, une fois, quand elle avait ri d’admiration à quelque exploit de son frère. »

Un drame s’est produit dans la famille avec la disparition de sa sœur Vera, dont on apprend qu’elle a eu un enfant, quelque part en ville. C’est bien sûr un chagrin terrible et le jour où la famille arrive à avoir une piste, c’est Patrice qui ira la chercher, tenter de la retrouver et de la ramener dans sa famille, elle et son bébé. Thomas est l’oncle de Patrice, dont le père est un ivrogne répugnant que sa famille fuit autant que faire se peut. Thomas est donc un homme respecté et bienveillant, essentiel à la Bande. Thomas et un groupe iront à Washington, Patrice, seule, se rendra à Minneapolis. Tous deux voyageront sur des routes nouvelles pour eux et dans des univers inconnus.

De nombreuses chroniques ont déjà été écrites, la presse a parlé  de ce roman prix Pulitzer, alors pour ma part, je dirai simplement ce que j’ai tant aimé dans cette lecture

592px-Indian_-_Minnesota_-_DPLA_-_77899d62278ffd5b9cde437449d659b8Bien sûr il y a le sujet de fond, ces terribles spoliations, la confiscation des territoires autochtones et l’irrespect des traités signés, le mépris de ces cultures si anciennes, et surtout la façon de piétiner les origines du continent avec une arrogance effrayante. Ce sentiment répugnant de supériorité des « nouveaux venus du Nouveau monde » !!! Un leit- motiv chez Louise Erdrich qui à chaque fois fait mouche. Cependant elle parle de ce sujet d’une façon unique, et pas toujours sur le même registre. Si certains romans ont été très durs, ont dressé un constat affreux de l’effet « réserves » ( comme « Love Medicine » ), d’autres comme ce dernier, choisissent un ton plus ironique, avec un humour cinglant, beaucoup de fantaisie et de drôlerie et j’adore cette façon de faire. Exemple de la fantaisie de cette écrivaine:

« L’oncle de Barnes, qui avait accepté de venir partager sa science avec Wood Mountain, arriva le lendemain. C’était un homme maigre et monté sur ressorts, dont les cheveux – les mêmes que son neveu –  dépassaient de ses oreilles des deux côtés comme une botte de foin en pagaille. Ce n’était pas pour rien qu’on l’appelait La Musique: il y avait réellement de la musique au programme de l’entraînement. Il avait apporté un électrophone et passait des disques, les dernières nouveautés, à plein volume – des airs endiablés pour stimuler le saut à la corde, simple, double, croisé. Il poussait le rythme des combinaisons de Wood Mountain avec des versions accélérées de « El Negro Zumbón » et de « Crazy Man, Crazy » de Bill Haley et les Comets. Les chansons s’incrustaient dans le cerveau du jeune boxeur qui n’entendait plus qu’elles. Elles coloraient son univers. Ses poings avaient désormais une vie propre. »

 

L’autrice parle d’amour, d’amitié, de la vie quotidienne au travail, autour du foyer, avec la famille, toute la vie de la communauté, tout se mêle donnant au roman une écriture tonique, sans temps mort; outre la défense de la « Bande d’Indiens Chippewas », et le départ de Patrice à Minneapolis pour rechercher sa sœur aînée, tous les « petits événements » du Het_universum_van_de_Ojibweg.smallerversionquotidien, la boxe et ce qu’elle va offrir à la cause de la communauté, les émergences des traditions chippewa, les légendes et sortilèges, tout contribue, en chapitres assez courts, à rendre ce livre impossible à lâcher.

« Et pourquoi avons-nous résisté ? Parce que nous ne pouvons tout simplement pas devenir des Américains comme les autres. Nous pouvons en avoir l’air, parfois. Nous pouvons nous comporter comme tels, parfois. Mais en dedans, non. Nous sommes des Indiens. »

Pour Patrice commence une véritable aventure et la découverte d’un autre monde, celui d’une grande ville. Ce périple donnera lieu à une expérience qu’elle va négocier avec beaucoup d’habileté et de culot. Patrice est un merveilleux personnage, jeune femme vive, intelligente. Les filles des communautés autochtones sont ici bien plus libérées – plus libres en fait – que celles du reste de la population, soumises aux lois de la religion importée. Il y a d’ailleurs une belle moquerie de la religion chrétienne et surtout des Mormons qui viennent tenter leur chance dans la réserve, donnant lieu à des scènes hilarantes ( en tous cas, moi j’ai beaucoup ri avec ces deux benêts, Elder Elnath et Elder Vernon ). Thomas découvre à l’occasion de cette rencontre que Watkins est Mormon.

305px-The_Book_of_Mormon-_An_Account_Written_by_the_Hand_of_Mormon_upon_Plates_Taken_from_the_Plates_of_Nephi« On aurait dit que le sénateur voulait à la fois que les Indiens disparaissent et qu’ils lui soient reconnaissants de cette disparition. Et maintenant que Thomas était allé aussi loin dans Le Livre de Mormon que l’envie de dormir le lui permettait, il comprenait pourquoi cet homme ne tenait absolument pas compte de la force de loi des traités. Sa religion lui enseignait que les mormons avaient reçu de Dieu toutes les terres qu’ils souhaitaient. es Indiens n’étaient pas blancs et plaisants: une malédiction divine leur avait infligé une peau sombre, de sorte qu’ils n’avaient pas le droit de vivre là. Qu’ils aient signé des traités avec les plus hautes instances gouvernementales des États- Unis ne signifiait rien pour Watkins. La loi passait après la révélation personnelle. D’ailleurs tout passait après la révélation personnelle. Et la révélation personnelle de Joseph Smith, intégralement consignée dans Le Livre de Mormon, disait que son peuple était le meilleur qui soit et devait posséder la terre. »

.Que dire encore de Millie qui fait des études universitaires et qui est un peu particulière, peut -être un syndrome d’Asperger? Mais l’autrice ne présume de rien, c’est Millie, unique en son genre. Ses vêtements sont tous ornés de motifs géométriques, qu’elle assortit, elle, selon des critères mystérieux. C’est très drôle et aussi très émouvant.

« Grace tenait un chemisier à carreaux noirs et jaunes, exactement de la bonne taille, avec un col pointu, des manches trois quarts et des pinces. Millie admirait la trouvaille quand Grace plongea la main dans les profondeurs d’une pile et en retira une pièce remarquable. une robe longue, épaisse, composée de six tissus différents dont chacun présentait un motif géométrique propre. Les couleurs étaient les mêmes – bleu, vert, doré – , mais arrangées selon des combinaisons uniques et complexes. […]. Quand Millie fixait les motifs, ils l’entraînaient en-dedans, en profondeur, au-delà du magasin et du village, jusqu’aux fondations mêmes du sens, et puis au-delà du sens, dans un endroit où la structure du monde n’avait rien à voir avec l’esprit humain, et rien à voir non plus avec les motifs d’une robe. Un endroit simple, sauvage, ineffable et exquis. L’endroit où elle se rendait toutes les nuits. »

Et puis il y a Valentine, et puis Betty. Le monde de l’usine offre des scènes précises sur le travail dur, qui ankylose le corps, qui demande précision, attention. Ceci n’empêche pas les filles de discuter. Des garçons et des amours. Bien sûr comme dans tous les groupes humains, il y a des querelles, des « moutons noirs », des jalousies et des chicaneries, mais néanmoins aux moments graves les liens se resserrent, et c’est bien le minimum pour lutter contre les exactions des gouvernements successifs.

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Consolidated government day school. Turtle Mountain Res., North Dakota. – NARA – 285393

Les garçons, les hommes sont amoureux, tous. Plusieurs de Patrice, comme Barnes l’entraîneur de boxe et Wood Mountain, l’élève.

Très beau personnage, ce garçon-là. Il va s’occuper du bébé de Vera que Patrice va réussir à ramener au foyer, mais sans sa mère. Et Wood Mountain deviendra la nounou du bébé, tendre, attentionné, aimant. Espérant séduire Pixie, oh pardon, Patrice. Mais bon, ce livre est riche en péripéties, en scènes tendres, cocasses, avec des sentences telles que :

« L’homme moyen est la preuve que la femme moyenne a le sens de l’humour. »

 Il rend hommage au courage de Thomas – au grand-père de l’autrice –  et au reste de la Bande de Chippewas de la réserve de Turtle Mountain, à tout ce qu’il faut d’efforts de ces personnages pour affronter une culture puissante, dominante, et ce avec une volonté inébranlable, un immense courage, une solidarité admirable. Et beaucoup d’amour des siens. Cet oiseau est un des personnages du roman:

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Il ne faut pas manquer cette lecture, ce roman écrit en chapitres courts, dans un esprit qui rend hommage à ces Chippewas, au grand -père de l’autrice, et à tous ces personnages que l’on quitte à regret. Vraiment, Louise Erdrich est pour moi incontestablement une des plus belles voix féminines de la littérature contemporaine américaine, et elle est ici au sommet de son art sur les sujets qui lui sont chers, à savoir la défense des peuples autochtones, et les femmes. Il est impossible de dire tout, il ne le faut pas, mais zéro seconde d’ennui, jubilation fréquente, et émerveillement devant tant de talent, tant de finesse. Gros plaisir de lecture!

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