« DEDANS DEHORS
De la Terre à la Terre
Quand j’étais en prison, j’ai reçu un dictionnaire. Accompagné d’un petit mot: Voici le livre que j’emporterais sur une île déserte. Des livres, mon ancienne professeure m’en ferait parvenir d’autres, mais elle savait que celui-là s’avérerait d’un recours inépuisable. C’est le terme « sentence » que j’y ai cherché en premier. J’avais reçu la mienne, une impossible condamnation à soixante ans d’emprisonnement, de la bouche d’un juge qui croyait en l’au-delà. Alors ce mot, avec son « c » en forme de bâillement, ses petits « e » hostiles, ses sifflantes insupportables et son doublon de « n », ce mot minable et monotone fait de lettres sournoisement assassines autour d’un « t » bien solitaire, ce mot occupait mes pensées chaque instant de chaque jour. Il est évident que, sans l’arrivée du dictionnaire, ce mot léger dont le poids m’écrasait aurait eu raison de moi, ou de ce qu’il en restait après l’étrangeté de ce que j’avais fait. »
J’aime Louise Erdrich. même si certains livres ont été moins réussis – et je n’ai pas encore tout lu d’elle – , cette femme m’est comme une sœur. Elle a su m’émouvoir, m’amuser, me captiver, et ce roman ne manque pas de faire tout ça. En tous cas sur la lectrice que je suis, et cette lecture m’a réjouie au plus haut point. En la lisant, je me sens moins seule. Elle est une compagne avec son écriture, son humour, son ironie, sa tendresse, et puis ce grain de folie qui la caractérise. Tookie, sortie de prison, retour à la vie « normale »:
« Je vis désormais comme quelqu’un d’ordinaire. Ordinaires, mes horaires de travail et le mari que je retrouve ensuite. Ordinaire aussi ma petite maison, mais son grand jardin mal entretenu, lui, est extraordinaire et magnifique. Je vis comme quelqu’un qui ne craint plus sa dose journalière de temps. Je vis ce qu’on ne saurait appeler une vie normale que lorsqu’on s’est toujours attendu à cette existence. Pour ça il faut y avoir droit. Travail. Amour. Ventre plein. Une chambre à l’abri d’un grand pin. Du sexe et du vin. Sachant ce que je sais de l’histoire de ma tribu, et me rappelant ce qu’il est supportable de me rappeler de ma propre histoire, je ne peux que qualifier ma vie actuelle de paradisiaque. »
Je pense ne pas me tromper en disant qu’elle est ( Louise Erdrich) en partie le personnage principal de cet épatant roman. Car Tookie – c’est son prénom -, est embauchée à sa sortie de prison dans une librairie à Minneapolis, ( Louise Erdrich est libraire à Minnéapolis, « Birchbark Books and Native Arts » et j’espère qu’elle n’a pas fait de prison ! ). Tookie a donc fait de la prison et celui qui l’a arrêtée est devenu son époux, Pollux. Je ne vous dis pas pourquoi Tookie vit cette phase difficile, vous verrez bien, c’est assez rocambolesque, mais comme l’annonce le début du roman ci-dessus, un dictionnaire va suffire à changer sa vie. Mais ce qui va aussi la changer, c’est le retour de Hetta, sa fille, avec un bébé, un petit garçon, Jarvis.
« Jarvis a ouvert un minuscule œil noir réfractaire. Il m’a fixée avec intensité, sans le moindre sourire, mais sans pleurer non plus. Quelle personnalité posée, ai-je pensé. Il m’étudiait. J’en ai été perturbée, mais j’étais aussi intriguée de tenir dans mes bras une intelligence aussi finement ciselée. Peut-être avait-il effectivement l’amère dignité d’un Jarvis. Laissez-moi le dire sans aucune réserve: il était exquis. Il avait…quoi? Trois semaines? Il ne s’était pas étoffé. Ses traits semblaient dessinés avec un feutre à pointe micron 003. Il y avait tant de délicatesse dans la courbe précise de sa lèvre supérieure, dans le piqué de ses sourcils! »
Quel plaisir j’ai pris à cette lecture ! J’ai retrouvé tout ce que j’aime chez cette femme si douée. Beaucoup de la fantaisie du roman – génial – qui me l’a fait découvrir, « Derniers rapports sur les miracles à Little No Horse », et un sujet propice à l’imagination jusqu’au délire: la vie d’une librairie hantée par le fantôme d’une ancienne cliente. Librairie tenue seulement par des femmes amérindiennes. Le fond et le temps du roman sont les périodes funestes du covid et des confinements, puis la mort de George Floyd, violence de la police, manifestations, sidération… Et Tookie se souvient, extrait assez long mais pas amputable d’un seul mot:
« En retournant vers la voiture, j’ai repensé aux mots qu’une enfant élevée dans l’amour était capable de dire à une mère aimée au-delà des mots. Je veux pas qu’on te tire dessus. La petite fille aimait Philandro Castile, comme l’aimaient les enfants de l’école où il travaillait, et elle aimait sa mère. Philandro Castile venait d’être assassiné sous ses yeux et c’était sa mère, et non l’assassin, qu’on avait menottée et qu’on emmenait à l’arrière d’une voiture de police. J’ai pensé à Zachary Bearheels, peut-être schizophrène, tasé plusieurs fois et traîné par sa queue -de- cheval. J’ai vu le visage de Jamar Clark. Et… oh non, il me revenait? Le portrait de ce gros nounours de Jason Pero, quatorze ans, un Ojibwé de la réserve de Bad River qui avait appelé la police en donnant sa propre description alors qu’il était en pleine crise psychique. Le shérif adjoint Brock Mrdjenovich l’avait abattu. Paul Castaway…Indien après Indien, Noir après Noir, basané après basané, et d’autres gens, des Blancs, des hommes, des femmes, tués parce qu’ils couraient et qu’ils avaient la peau foncée, parce que le feu arrière de leur voiture était cassé, ou juste pour avoir cogné un pare-brise par erreur. Une rue traversée en dehors des clous. Une boîte de cigarillos. J’ai pensé à Charles Lone Eagle et Jon Boney jetés dans le coffre d’un véhicule de police et largués aux urgences de Minneapolis par les agents Schumer et Lardy, lesquels se sont fait à peine taper sur les doigts. On entend rarement parler des meurtres de personnes autochtones par des policiers, bien que les chiffres soient aussi élevés que pour les personnes noires, parce que bien souvent ça se passe sur des réserves reculées et que les policiers ne portent pas de caméra. Aussi terrible que soit la vérité, j’étais donc reconnaissante envers les témoins qui, eux, en avaient. »
Ainsi se mêlent une époque et un lieu qui constituent comme un autre monde dans le roman, la librairie, l’univers de la littérature, et un fait d’une violence inouïe qui jeta des foules dans les rues.
Ce qui fait la force de cette histoire, c’est le ton qui n’oublie ni l’ironie, ni la blague, ni la tendresse. La vie quotidienne de la librairie donne lieu à des scènes très drôles, avec le bruissement des vêtements de Flora fantôme, avec l’arrivée de la fille de Tookie et son bébé – craquage de Tookie sur le petit – les conflits mère/fille décris avec un humour décapant. Et la relation amoureuse pas toujours simple – et souvent cocasse – de Tookie et Pollux. La maladie entre dans le bal et même dans ces moments tragiques, l’écriture de Louise Erdrich parvient à glisser un sourire, alors on sait que ça ne finira pas trop mal. Et c’est du bonheur qu’on ressent, de l’amitié pour ces personnages, si proches de nous.
On sent ici chez Louise Erdrich une sorte de défoulement après un long, trop long temps de restrictions, de retenue, de bridage. Si un livre de cette femme que j’adore n’est pas résumable, c’est bien celui-ci ( quoi que, en y réfléchissant, pas mal d’autres aussi…) Comme le temps dont elle parle, cette histoire « part en vrille », Tookie « part en vrille » ( j’aime cette expression, très adaptée ici). Et c’est un très très grand plaisir d’entrer dans cette espèce de folie – comme le fantôme de Flora – qui soudain est pleine de bruits, de voix, de colère et de rire, de chagrin et d’espoir. Surtout pleine d’amour, car il est beaucoup question d’amour, et ça fait un bien fou. Et puis pleine de livres et de littérature. Une bibliographie fantastique clôt le livre, titrée: « Liste totalement partiale des livres préférés de Tookie »
« Jarvis s’est réveillé et nous nous sommes regardés dans la lumière calme. Bientôt il ferait ses premiers pas – la marche est un exploit de chute maîtrisée, comme la vie, je suppose -, mais pour le moment c’était encore un bébé. Omaa akiing. Il a soupiré d’ennui, un ennui exquis. Ses paupières tremblotaient en se fermant. Il a souri à quelque secret intérieur. Petit voyageur joufflu de mon cœur. Tu es venu au monde à un tournant. Ensemble, nous avons traversé tant bien que mal une année qui a souvent ressemblé au début de la fin. Une lente tornade. Je veux oublier cette année et en même temps j’ai peur de ne pas m’en souvenir. Je veux que ce nouveau présent soit celui où nous préservons notre pace, ta place, sur cette terre.
Qui dit fantômes dit élégies et épitaphes, mais aussi signes et prodiges. Que va-t-il se passer maintenant? J’ai besoin de savoir, alors je me débrouille pour tirer le dictionnaire jusqu’à moi. J’ai besoin d’un mot, d’une phrase.
La porte est ouverte. Fonce »
J’ai adoré lire cette histoire. Je n’argumente pas plus que ça, mais j’ai passé un moment fort et prenant dans cette histoire, avec ces femmes un peu dingues. Merci Louise !!!

« Je vis désormais comme quelqu’un d’ordinaire. Ordinaires, mes horaires de travail et le mari que je retrouve ensuite. Ordinaire aussi ma petite maison, mais son grand jardin mal entretenu, lui, est extraordinaire et magnifique. Je vis comme quelqu’un qui ne craint plus sa dose journalière de temps. Je vis ce qu’on ne saurait appeler une vie normale que lorsqu’on s’est toujours attendu à cette existence. Pour ça il faut y avoir droit. Travail. Amour. Ventre plein. Une chambre à l’abri d’un grand pin. Du sexe et du vin. Sachant ce que je sais de l’histoire de ma tribu, et me rappelant ce qu’il est supportable de me rappeler de ma propre histoire, je ne peux que qualifier ma vie actuelle de paradisiaque. »
« Jarvis a ouvert un minuscule œil noir réfractaire. Il m’a fixée avec intensité, sans le moindre sourire, mais sans pleurer non plus. Quelle personnalité posée, ai-je pensé. Il m’étudiait. J’en ai été perturbée, mais j’étais aussi intriguée de tenir dans mes bras une intelligence aussi finement ciselée. Peut-être avait-il effectivement l’amère dignité d’un Jarvis. Laissez-moi le dire sans aucune réserve: il était exquis. Il avait…quoi? Trois semaines? Il ne s’était pas étoffé. Ses traits semblaient dessinés avec un feutre à pointe micron 003. Il y avait tant de délicatesse dans la courbe précise de sa lèvre supérieure, dans le piqué de ses sourcils! »
« En retournant vers la voiture, j’ai repensé aux mots qu’une enfant élevée dans l’amour était capable de dire à une mère aimée au-delà des mots. Je veux pas qu’on te tire dessus. La petite fille aimait Philandro Castile, comme l’aimaient les enfants de l’école où il travaillait, et elle aimait sa mère. Philandro Castile venait d’être assassiné sous ses yeux et c’était sa mère, et non l’assassin, qu’on
« Jarvis s’est réveillé et nous nous sommes regardés dans la lumière calme. Bientôt il ferait ses premiers pas – la marche est un exploit de chute maîtrisée, comme la vie, je suppose -, mais pour le moment c’était encore un bébé. Omaa akiing. Il a soupiré d’ennui, un ennui exquis. Ses paupières tremblotaient en se fermant. Il a souri à quelque secret intérieur. Petit voyageur joufflu de mon cœur. Tu es venu au monde à un tournant. Ensemble, nous avons traversé tant bien que mal une année qui a souvent ressemblé au début de la fin. Une lente tornade. Je veux oublier cette année et en même temps j’ai peur de ne pas m’en souvenir. Je veux que ce nouveau présent soit celui où nous préservons notre pace, ta place, sur cette terre.
Pour moi ce livre compte parmi les meilleurs de cette autrice que j’aime particulièrement depuis que je l’ai découverte avec « Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse ». S’emparant de l’histoire de son grand-père Patrick Gourneau qui présida le conseil consultatif de la Bande d’Indiens Chippewas de Turtle Mountain dans les années 50, elle retrace son combat contre la Résolution 108 du Congrès. La postface raconte comment l’autrice a reconstitué la mémoire de ces événements, et d’une histoire si personnelle, si émouvante elle a écrit un roman qui pour moi a toutes les qualités de cette plume hors pair. Pour une dénonciation ferme, têtue et toujours d’actualité du sort des peuples autochtones, pour dépeindre la vie de la réserve, dessiner des portraits, dérouler des dialogues avec grâce et humour.
La réserve de Turtle Mountain est sous la menace de la « termination » que veut appliquer le sénateur Watkins. Il ne manque que le préfixe « ex » pour signifier la fin d’une communauté. Thomas Wazhashk et son épouse Rose, Noko la mère de Rose, leurs enfants et d’autres dont Rose prend soin, tous vivent à la ferme. Mais Thomas travaille à l’usine locale de pierres d’horlogerie, il y est veilleur de nuit et sa fille Patrice, alias Pixie – surnom qu’elle ne veut plus entendre – est ouvrière dans cette même usine. On y trouve d’ailleurs essentiellement des femmes, plus habiles pour le travail précis et délicat. C’est surtout Patrice que l’on va suivre, jeune femme volontaire, audacieuse et très jolie car les prétendants ne manquent pas autour d’elle.
Bien sûr il y a le sujet de fond, ces terribles spoliations, la confiscation des territoires autochtones et l’irrespect des traités signés, le mépris de ces cultures si anciennes, et surtout la façon de piétiner les origines du continent avec une arrogance effrayante. Ce sentiment répugnant de supériorité des « nouveaux venus du Nouveau monde » !!! Un leit- motiv chez Louise Erdrich qui à chaque fois fait mouche. Cependant elle parle de ce sujet d’une façon unique, et pas toujours sur le même registre. Si certains romans ont été très durs, ont dressé un constat affreux de l’effet « réserves » ( comme « Love Medicine » ), d’autres comme ce dernier, choisissent un ton plus ironique, avec un humour cinglant, beaucoup de fantaisie et de drôlerie et j’adore cette façon de faire. Exemple de la fantaisie de cette écrivaine:
quotidien, la boxe et ce qu’elle va offrir à la cause de la communauté, les émergences des traditions chippewa, les légendes et sortilèges, tout contribue, en chapitres assez courts, à rendre ce livre impossible à lâcher.
« On aurait dit que le sénateur voulait à la fois que les Indiens disparaissent et qu’ils lui soient reconnaissants de cette disparition. Et maintenant que Thomas était allé aussi loin dans Le Livre de Mormon que l’envie de dormir le lui permettait, il comprenait pourquoi cet homme ne tenait absolument pas compte de la force de loi des traités. Sa religion lui enseignait que les mormons avaient reçu de Dieu toutes les terres qu’ils souhaitaient. es Indiens n’étaient pas blancs et plaisants: une malédiction divine leur avait infligé une peau sombre, de sorte qu’ils n’avaient pas le droit de vivre là. Qu’ils aient signé des traités avec les plus hautes instances gouvernementales des États- Unis ne signifiait rien pour Watkins. La loi passait après la révélation personnelle. D’ailleurs tout passait après la révélation personnelle. Et la révélation personnelle de Joseph Smith, intégralement consignée dans Le Livre de Mormon, disait que son peuple était le meilleur qui soit et devait posséder la terre. »








Landreaux va chasser le cerf, précisément un ancien rituel qui marque la venue de l’automne. Mais l’animal s’enfuit et un enfant s’effondre. Landreaux ne l’a pas vu, caché dans les bois et c’est le fils de son ami Peter Ravich, le petit Dusty, âgé de 5 ans.
Et ce dernier LaRose – le premier garçon à porter ce prénom – cinq ans comme le petit Dusty, sera comme une clé qui ouvrira – forcera – des portes et des cœurs. Un enfant contre un autre, comme le veut la tradition, mais un enfant d’une grande intelligence, un enfant qui sera le lien et la réparation de ces familles. Il sera accompagné par tous ses frères et sœurs des deux familles, qui s’apprivoiseront et s’aimeront sans à priori, sans tabou. Et vraiment toutes les pages qui mettent en scène cette grande fratrie sont absolument splendides, touchantes, drôles, d’une justesse épatante. Josette et Neige, les deux filles adolescentes d’Emmaline et Landreaux sont vraies, drôles et si pertinentes, ce sont elles qui souvent ramènent leurs parents à la réalité. Compliqué de présenter tous les personnages, compliqué de « raconter » ce livre dans lequel j’ai tout aimé; les personnages les plus sombres sont le plus souvent des êtres bafoués, blessés un jour par un chagrin d’amour, par la guerre, par une humiliation, devenus rageurs par une vengeance inassouvie, une rancune tenace, une trahison ( excepté Mackinnon, le seul vraiment détestable ), d’autres sont lumineux, comme LaRose, Mrs Peace, certains autres cocasses comme les vieilles dames du groupe de couture traditionnelle, qui tout en brodant se chicanent et racontent des légendes aux plus jeunes, et puis il y a les parents, Emmaline et Landreaux , Nola et Peter, noyés sous le chagrin et qui en seront réellement tirés, sauvés par les enfants. Mention spéciale au père Travis, très beau personnage, complexe et émouvant, si amoureux d’Emmaline,
« Wolfred rangea la cabane. Puis il fit chauffer un seau d’eau et s’accroupit à côté de la petite. Il mouilla un chiffon et lui tamponna le visage. Au fur et à mesure que la terre séchée s’en allait, il découvrit ses traits, un à un, et se rendit compte qu’ils étaient fort jolis. Ses yeux d’une douceur envoûtante. Ses sourcils s’évasaient en courbes parfaites. Quand son visage fut mis à nu, il la regarda, consterné. Elle était de toute beauté. Mackinnon le savait-il ? Et savait-il que son coup de pied avait ébréché une des dents pointues de la fillette, et laissé une meurtrissure qui virait au noir sur sa joue pareille à un pétale de fleur? […] Avec précaution, il tendit la main pour attraper ce dont il avait besoin, malaxa de la boue. Il tint le menton de la fillette d’une main douce et prévenante, lui recouvrit le visage de terre détrempée, effaça l’extraordinaire ligne de ses sourcils, la symétrie parfaite de ses yeux et de son nez, la courbe irrésistible de ses lèvres. C’était une ravissante enfant de onze ans. »
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