Hier à 15 h , à la médiathèque Pierre Mendès-France à Villefranche sur Saône, s’est tenue une rencontre dans le cadre des Assises Internationales du Roman avec le jeune auteur du très grand roman « Illska – Le Mal », paru en 2012 en Islande, en 2015 chez nous. Comment dire le beau travail d’édition que fait Métailié, en nous trouvant de tels textes ? Que serait le monde de l’édition sans ces chercheurs de plumes d’oiseaux rares ? Un monde un peu monochrome, lisse, plat, ronronnant. Un monde où on ne découvrirait jamais d’objets littéraires aussi étonnants que cet Illska, de monuments vertigineux tels que Confiteor, de shérifs sympas, drôles et intelligents tels que Walt Longmire, la grâce d’une Ava Audur Olafsdottir, ou le merveilleux Daniel Price…En fait, toujours je me dis : mais que ce monde serait triste sans la littérature, sans les artistes…Je n’en donne ici que quelques exemples, mais tout ce monde d’auteurs, de personnages, constitue un monde infiniment amical et réconfortant au moins pour notre intelligence; même si cet entourage est parfois effrayant, déstabilisant, inconfortable, il nous fait réfléchir, grandir, avancer, il nous empêche de ne pas somnoler avec un encéphalogramme plat et un cœur en hibernation, il nous tient les yeux ouverts, la curiosité en éveil, le rire prêt à jaillir ou le poing prêt à se lever. Il nous garde en vie.
Revenons à hier, journée d’amitié donc qui commençait bien; rien de mieux que de partager ces moments de fête avec des amies, Charlotte venue de Lyon et Marie-Hélène.
Deux classes de Première et leurs professeurs étaient là avec leurs questions et j’ai trouvé ça très intéressant. D’une part parce que me dire que ces jeunes gens ont lu un livre si exigeant, ça me met le cœur en joie, et d’autre part parce que leur questions d’adolescents étaient pleines de fraîcheur, très directes ( même si elles avaient été préparées, on sentait que le prof avait laissé parler ses élèves ) et sans filtres.
L’auteur, un grand jeune homme de 2 mètres au moins, mince et souriant sous son drôle de petit chapeau, s’est prêté – en anglais – avec gentillesse et sérieux à cette rencontre, épaulé par un traducteur et la meneuse de jeu Marie Méloni, étudiante à l’Université Lyon II. Les thèmes abordés ont été évidemment ceux qui imprègnent le roman, la montée des partis néo-nazis en Europe, la politique, donc, l’Islande et l’histoire, l’histoire et la Lituanie en particulier durant la Seconde Guerre Mondiale. D’où sont nés les personnages, comment a germé l’idée du livre, contient-il des choses personnelles, et puis inévitablement, sujet prégnant aussi dans Illska, la libido, le vocabulaire du sexe, ici cru et violent – pourquoi ? -, et bien sûr la construction incroyable de ce texte, son architecture qui en a dérouté plus d’un, son langage, son humour si noir, si caustique…Vous savez comme j’ai aimé ce livre et en entendre parler, voir réfléchir l’auteur sur les questions, y apporter des explications – mais pas toujours car tout ne s’explique pas dans le travail d’écrivain – ça a été un grand moment pour la lectrice que je suis, moment durant lequel on oublie tout le reste parce qu’on est en pays magique, celui de la littérature.
J’ai regretté l’absence d‘Eric Boury, déjà raté aux Quais du Polar, mais on va bien finir par se parler « pour de vrai » , j’en suis sûre . Nous avons eu la chance d’entendre lire les premiers paragraphes par Eirikur Örn Norðdahl en islandais; comme cette langue est belle! Très étonnant d’en entendre le rythme, la musique, une mélopée étrange, vraiment: bel après-midi.
Fin avec les dédicaces, et retour avec le cœur réchauffé et l’attente de la suite d’Illska, en Février 2017, si j’ai bien compris.
D’autre part, voici le lien vers une pétition
pour que vivent encore ces Assises Internationales du Roman, frappées pour leur 10ème anniversaire par une coupe budgétaire de la Région d’une conséquence jamais vue encore. On se doutait bien que la culture allait vivre de tristes moments, mais on peut craindre le pire. Un pays sans culture n’est plus que pays barbare – c’est d’ailleurs ce que disait notre grand Islandais hier – à nous de défendre notre vision du monde, nos artistes, nos écrivains, ces partages qui enrichissent notre pensée et notre imaginaire, pour vivre dans un monde moins bête peut-être, tout simplement…
Petit extrait:
« Elle voulait écrire sur les nazis en chair et en os. Des hommes et des femmes jeunes et énergiques, capables de façonner l’avenir. Elle voulait écrire sur l’extrême droite et les populistes dans les partis politiques. Certes, elle ne manquerait pas d’être confrontée aux problèmes de définition – rien ne disait qu’on lui permettrait d’estampiller comme nazis l’ensemble des racistes populistes. Elle entendait toutefois démontrer les parentés idéologiques. Même si les racistes empruntaient depuis quelques années des voies plus « convenables » pour atteindre leurs objectifs, les objectifs en question demeuraient inchangés et leur mise en application tout aussi délétère. Elle souhaitait prouver que les racistes islandais s’inscrivaient dans un univers culturel européen qui soutenait l’assassinat et la malfaisance même si on avait remis ces prérogatives aux mains des polices des frontières, des bureaucrates chargés de la gestion des réfugiés et des gouvernements extérieurs à l’Europe qui se voyaient forcés de commettre de graves crimes contre ceux de leurs ressortissants qui voulaient quitter leur patrie d’origine. »
« Elle voulait écrire sur les nazis en chair et en os. Des hommes et des femmes jeunes et énergiques, capables de façonner l’avenir. Elle voulait écrire sur l’extrême droite et les populistes dans les partis politiques. Certes, elle ne manquerait pas d’être confrontée aux problèmes de définition – rien ne disait qu’on lui permettrait d’estampiller comme nazis l’ensemble des racistes populistes. Elle entendait toutefois démontrer les parentés idéologiques. Même si les racistes empruntaient depuis quelques années des voies plus « convenables » pour atteindre leurs objectifs, les objectifs en question demeuraient inchangés et leur mise en application tout aussi délétère. Elle souhaitait prouver que les racistes islandais s’inscrivaient dans un univers culturel européen qui soutenait l’assassinat et la malfaisance même si on avait remis ces prérogatives aux mains des polices des frontières, des bureaucrates chargés de la gestion des réfugiés et des gouvernements extérieurs à l’Europe qui se voyaient forcés de commettre de graves crimes contre ceux de leurs ressortissants qui voulaient quitter leur patrie d’origine. »
Petit bilan de mes Quais .
C’est là que nous avons eu la chance de rencontrer un jeune libraire enthousiaste, disponible pour la causette autour de ses livres préférés du moment : « La femme qui avait perdu son âme » de Bob Shacochis chez
Ce libraire grande classe exerce son art à la librairie « L’esprit livre », rue du Dauphiné dans le 3ème arrondissement de Lyon. Promenade parmi les tables des librairies, vertige en considérant l’énorme quantité de choses à lire, et station obligée devant les auteurs BD en dédicace, toujours très impressionnants. Puis comme nous l’avions prévu, visite sur une expo partenaire de l’événement, « Huis clos », 14 rue des Pierres Plantées. Pour y aller, promenade sportive (car ça grimpe, les gônes! ) sur les pentes de la Croix-Rousse, jolie grimpette qui au sommet, sur le plateau, offre une vue exceptionnelle sur la ville.
Superbe
La descente nous emmène dans un sympathique petit resto, puis nous retournons flâner au milieu des livres. A l’étage, sur la galerie qui offre une vue plongeante sur ces montagnes de pages à lire, une exposition d’affiches de graphistes contemporains, chouette, …et on profite du temps là, à se dire qu’il nous faudrait bien un nombre incalculable de vies pour lire tout ça…
Samedi, autre programme avec mon homme : j’ai noté 5 noms d’auteurs à qui j’aimerais serrer la main, mais je devrai me contenter de deux ( Craig Johnson, my favourite cow-boy ) et Franck Bouysse, dont j’ai chroniqué le roman
Cet homme est un poète, je vous le dis…Le formidable Craig Johnson donc, assis à côté, pétri d’humanité, de gentillesse et d’humour…Mais c’est samedi, une foule un peu monstrueuse se répand partout, et je ne tiens pas plus que ça aux dédicaces, on va prendre l’air, regarder sur les marches du Palais du Commerce tous ces écrivains qui fument, boivent un café, discutent . Juste s’asseoir et regarder est un plaisir, tous ces gens si différents, que cette littérature rassemble, je trouve ça beau, réconfortant surtout…Pour nous le plus intéressant, ce sont les conférences.
A 14h, joute de traducteurs, autour d’un texte extrait du roman à paraître de Craig Johnson, avec Sophie Aslanides ( traductrice attitrée, qui connait le livre entier déjà traduit et l’auteur comme sa poche)et Charles Recoursé ( qui lui n’a jamais lu cet auteur et ne connait que l’extrait élargi ). Passionnant pour qui aime la littérature étrangère et se questionne ( ce que je fais tout le temps) sur l’apport du traducteur.
Vous pouvez voir sur les photos une sacrée brochette de « grosses pointures », avec Jo Nesbo ( le moins loquace), Craig Johnson, toujours impliqué à 100% dans ces conférences, Deon Meyer très sympa, Sara Gran que je vais m’empresser de lire ( pas encore fait, mais du coup très très envie ) et puis Indridason flanqué de son super traducteur
Mon impression générale est que le succès est bel et bien là, fédérant des lecteurs très variés, des auteurs très différents aussi, et c’est précisément ça qui me plait dans ce festival.
Je me suis plongée avec délices dans « Plateau », avec sur la rétine le visage de Franck Bouysse, son air un peu inquiet et son sourire incertain. Je repars vers ma lecture.





