« Entre deux mondes » – Olivier Norek – Pocket

« L’enfant

Quelque part en Méditerranée.

La main sur la poignée d’accélération, il profita du bruit du vieux moteur pour y cacher sa phrase sans créer d’incident ou de panique.

-Jette-la par- dessus bord.

-Maintenant?

-On s’en débarrassera plus facilement au milieu de la mer que sur une aire de parking. Elle tousse depuis le départ. pas question de se faire repérer une fois qu’on les aura collés dans les camions en Italie.

Dans l’embarcation, deux-cent soixante-treize migrants. Âges, sexes, provenances, couleurs confondus. Ballottés, trempés, frigorifiés, terrorisés.

-Je crois pas que je peux y arriver. Fais-le, toi. »

Avant toute chose, je tiens à dire que lire m’est difficile en ce moment, assaillis que nous sommes toutes et tous par des messages et des informations anxiogènes dont il est difficile de s’abstraire, je n’échappe pas à cet état. Pour la lecture, j’ai lâché 3 livres qui doivent paraître ou sont parus. Pas accrochée à la moitié, j’ai renoncé; ce n’est peut-être pas leur heure, on verra. J’ai encore une jolie pile, mais on sait que les sorties sont repoussées et c’est le moment d’honorer les livres offerts, prêtés et achetés. Enfin, je ne passerai pas autant de temps sur mes articles, à chercher des images ( même si j’aime bien ajouter des photos, les chercher, les choisir, des photos libres et gratuites, croyez-moi, ça prend du temps ), et ce sera moins long. Pour tout vous dire c’est le calme plat ici et je me demande parfois pourquoi je passe autant de temps sur ces bafouilles…mais je sais bien pourquoi, c’est parce que je garde cette envie de partager et de donner envie. Et je le fais pour les auteurs, surtout les nouveaux, les premiers romans, les choses plus « confidentielles » qui ne le sont que parce que pas saisies dans le grand mouvement de la célébrité, du « grand » éditeur ou de la visibilité médiatique. Et je me demande si je suis bien efficace.

Bah ! Je continue parce que j’aime ça. Et parler de David Chariandy, d’Alan Parks et là, maintenant, d’Olivier Norek qui m’a bouleversée, parler d’auteurs connus ou pas, parler de beaux textes ça me plait à moi, et c’est déjà ça.

Donc, un grand Olivier Norek, paru en 2017 – je vous ai bien dit que j’avais toujours un train de retard – . J’avais beaucoup aimé la trilogie et l’inspecteur Coste et là je dois dire que je suis absolument admirative, car disons-le clairement, c’est un sujet « casse-gueule » auquel il se frotte, Norek, et il s’en tire avec brio, nous proposant un roman extrêmement fort, particulièrement noir plus que policier ; si parfois par la grâce des personnages, il envoie un message qui tend à la fraternité, il repasse du côté sombre et désespéré fatalement compte tenu du lieu et du contexte.

« Nous devenons tous des monstres quand l’histoire nous le propose. »

Mais en fait il est là le talent d’Olivier Norek, il sait doser, on sait qu’il le fait en connaissance de cause, il écrit remarquablement, c’est intelligent, jamais caricatural, il nous brosse des portraits creusés, certains tourmentés par une conscience tenace et résistante à toute épreuve ou au contraire totalement dénués de tout état d’âme. Mais je dois dire que c’est bien plus fin que ça, plus fin,  la nuance est partout.

« Kilani ferma les yeux tout le temps de son grand nettoyage. Il resta calme et comme apaisé. Manon se demanda s’il pensait à sa mère, lorsqu’elle avait eu les mêmes gestes. Sur sa peau noire, les blessures n’étaient pas immédiatement visibles. mais le gant glissa sur ses épaules et caressa une brûlure. Sur une de ses jambes, une grande balafre courait le long du mollet. Dans son dos, des stries boursouflées. Ses mains étaient abîmées comme si elles avaient travaillé toute une vie. Manon n’était pas émue. Enfin, pas seulement. Elle était aussi en colère. une vraie colère profonde qui grossissait à chaque nouvelle découverte. Sous ses doigts, cette partition de cicatrices racontait la vie de l’enfant. »

Comme je suis en mode paresse, voici Olivier Norek qui mieux que moi parlera de la genèse de ce livre, qui pour moi devrait être lu massivement ( comme je suis énervée, je dirais même à voix haute aux plus récalcitrants attachés sur leur chaise, oui, c’est l’effet sur moi du confinement, ça… )

Dans ce livre, il est question de la Jungle de Calais, de policiers, de l’un d’entre eux, Bastien Miller, tout nouvellement arrivé avec sa femme dépressive et sa fille ado, Manon et Jade et d’un autre flic, syrien, Adam, qui cherche sa femme et sa fille, Nora et Maya ( avec Monsieur Bou ) dans cette Jungle.

« Il ne pourrait pas sauver son pays. Seules sa femme et sa fille comptaient à présent. Il allait quitter la Syrie par tous les moyens possibles. Et que ceux qui diraient qu’il aurait pu se battre pour aider son peuple aillent se faire foutre. Ou viennent à sa place, dans ce hangar surchauffé, recenser des suicidés aux pieds brûlés et aux dents arrachées. »

Et puis il y a Kilani…dans cet « entre deux mondes » violent, cruel, livré à lui-même et de ce fait livré aux prédateurs.

« Partout dans le monde, tu trouveras toujours un homme pour profiter de la détresse des autres. »

Les migrants fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l’autre côté, on les empêche d’aller là où ils veulent. C’est une situation de blocage, on va dire. […] Vous croyez aux fantômes, Passaro ?
– Je ne me suis jamais posé la question. Vous parlez des esprits qui hantent les maisons ?
– Exact. Coincés entre la vie terrestre et la vie céleste. Comme bloqués entre deux mondes. Ils me font penser à eux, oui. Des âmes, entre deux mondes… »

Il y est question d’êtres humains et d’abandon. Mais aussi de courage, de fraternité, d’amour.

Un très très beau livre. D’accord avec Joann Sfar, magistral.

« Janvier noir » – Alan Parks – Rivages/Noir, traduit par Olivier Deparis

« L’affaire devint l’un des points de repère dont parlent les flics pour situer leur carrière. Comme il y eut Peter Manuel et Bible John, il y eut Janvier noir. Personne ne savait vraiment d’où était sorti ce nom, sans doute une remarque au détour d’une conversation à Pitt Street ou dans un pub proche du central. La presse n’avait pas tardé à s’en emparer pour en faire ses gros titres. La une la plus célèbre était encore visible, encadrée sur les murs des commissariats de la ville.

JANVIER NOIR:  OÙ S’ARRÊTERA LA LISTE ? »

Eh bien ce livre m’a terriblement plu. Je me suis plongée dans sa noirceur absolue, sa violence extrême, l’ambiance crasseuse, miteuse, misérable de Glasgow en 1973. Ce livre ne tient pas qu’à ce fil ou filon- là, pas juste là pour les amateurs, mais ce roman est aussi comme un reportage – en noir et blanc pour moi – sur Glasgow à cette époque, les quartiers abandonnés tout comme les gens qui y vivent, qui s’y cachent, qui y trafiquent et qui souvent y meurent de manière violente. McCoy, qu’on pourrait croire un de ces flics héros fatigués au bord de la retraite est en fait un jeune flic, trentaine dépassée, pas plus. McCoy navigue entre deux eaux, troubles toutes les deux, l’une plus sale que l’autre…quoi que, l’histoire nous démontrera que non, pas vraiment. Parce que c’est un livre noir dans son intégrité. McCoy et son « bleu », Wattie ( formidable personnage ):

« Le nouveau était pourtant là, cheveux blonds mouillés et bien coiffés, large visage ouvert, costume sombre et chaussures cirées. il avait vingt-six ans et en paraissait quinze. Le bleu dans toute sa splendeur.

-Huit heures et demie, en principe, répondit McCoy en bâillant largement.

-Je peux revoir la photo? demanda Wattie.

McCoy la lui donna. Lorsqu’il regardait Wattie, il se revoyait cinq ans plus tôt. cet éclat d’enthousiasme avait disparu de son regard depuis longtemps, et ça faisait belle lurette qu’il ne venait plus travailler chaussures cirées et chemise repassée. Il regarda son reflet dans la vitre: ce n’était pas jojo. il avait besoin d’aller chez le coiffeur et de se procurer un costume avec lequel il n’ait pas l’air d’avoir dormi. »

Alan Parks nous plonge – je dirais même nous enfonce la tête –  dans un univers sordide où règnent tout les vices et toutes les misères; alcool, drogues, prostitution et bien pire que ça. Tout se déroule au moins de janvier 1973. Après quelques chapitres servant de rencontre avec McCoy et son univers, la mise en place des lieux, le commissariat, la prison de Barlinnie, la chambre où Janey et McCoy s’ébattent, défoncés…vient le 2 janvier et la gare routière où un jeune garçon de 20 ans abat une jeune femme et se tire une balle ensuite. Voilà, les faits de l’enquête sont posés, et va s’en suivre une véritable immersion dans les rues, les pubs, les chambres et les recoins les plus sinistres et misérables de la ville.

« Le Springburn dont il se souvenait, ses grandes usines de locomotives, ses immeubles surpeuplés, avaient disparu depuis longtemps. Les usines avaient toutes été fermées et la population déplacée vers les nouvelles cités de banlieue. Cités déjà gorgées d’humidité, à en croire leurs habitants.

Aujourd’hui, Springburn n’était plus que des autoroutes, des immeubles à moitié démolis, leurs pièces tapissées de papier peint à ciel ouvert, et un pub ici ou là, perdu au milieu de nulle part. Tout ce qu’il y avait autour: envolé. La municipalité aurait mieux fait de balancer des bombes incendiaires sur le quartier, au moins ç’aurait été plus rapide. »

On fait des rencontres avec des gars patibulaires, clochards, tueurs, hommes de main, trafiquants de toutes marchandises trouvant preneur. On va des bordels à des lieux beaucoup plus chics, chez des gens bien plus difficiles à aborder que les mères maquerelles comme Iris ou Baby Strange, bien plus difficiles à coincer aussi.            Iris :

Le bordel était installé dans l’un de ces immenses appartements victoriens qu’on trouvait à Glasgow, chaque pièce aménagée en chambre à l’exception de la cuisine. Ça, c’était le domaine d’Iris. Elle trônait, assise sur une vieille chaise à l’entrée de la pièce, derrière elle se dressant les piles de caisses de bouteilles et Big Chas, le videur. Elle avait confié à McCoy que les boissons lui rapportaient deux fois plus que les filles. Ça en disait long sur Glasgow. Iris ne se compliquait pas la vie. Elle ne vendait que du whisky et de la bière. C’était à prendre ou à laisser. Tennent’s ou Red Hackle.

Elle réalisait l’essentiel de ses bénéfices tard le soir et le dimanche. À partir de minuit le vendredi ou de trois heures le dimanche après-midi, quand les vrais buveurs commençaient à avoir la tremblote, elle pouvait plus ou moins pratiquer les prix qu’elle voulait. Il avait croisé suffisamment de femmes à la mine honteuse et d’hommes aux yeux chassieux dans l’escalier pour savoir à quel point les affaires marchaient bien. Les buveurs trouvaient toujours de l’argent quelque part. Quitte à ce que les mêmes ne mangent pas le lendemain. »

Un des nombreux intérêts de ce livre, c’est la quasi absence de frontière entre les différents mondes, différents milieux et univers, l’extrême porosité entre les truands et l’autorité; c’est en particulier le lien si fort qui soude McCoy et Cooper en toutes circonstances. Un lien, mais aussi une sorte de prison pour McCoy, prison affective faite de loyauté, de reconnaissance, mais c’est en tous cas un lien qui jamais ne sera rompu. C’est une histoire tragique, douloureuse et forte entre ces deux hommes partis sur des chemins opposés.

« McCoy ne put terminer sa phrase. Cooper s’était jeté sur lui. Il le tint par le cou, lui plaqua la tête contre le mur de la ruelle. Le visage collé au sien, il postillonna, les dents serrées:

-Trois ans, que t’as passés à chialer et à pisser au lit, les autres faisaient la queue pour te balancer des coups de latte. Et moi, je me suis occupé de tout le monde. Je t’ai protégé des sœurs et des séances de chatouilles de cet enfoiré de père Brendan. C’est moi qui m’en suis pris plein la gueule par les frères; c’est moi qui me suis retrouvé enfermé dans ce putain de cachot pendant des jours d’affilée. Pas toi. C’était pas assez? Et pour ta gouverne, Janey n’allait avec toi que pour l’herbe que t’apportais. »

J’ai adoré ce pan de l’histoire. L’auteur ne se satisfait pas de survoler sa ville, il y pénètre avec nous sans broncher. C’est extrêmement bien écrit et malgré la violence omniprésente, sous toutes ses formes, il y a de l’amour entravé par les difficultés sociales et psychiques, par les addictions, en particulier cette drogue qui ravage les personnages croisés dans cette déambulation hallucinée dans Glasgow. Il est bien sûr question de corruption, partout, tout le temps. C’est un horizon sombre, bouché, l’amour et la mort s’imbriquent, les enfances et les jeunesses naissent en foyer et finissent en prison ou à la morgue. Mais, malgré tout, des amours naissent, même éphémère, cette pulsion vitale s’accroche. Bref, un vrai bon roman, gros coup de cœur.

Qualifié de hard-boiled en 4ème de couverture – traduit en son sens propre, cela s’utilise pour les œufs durs –  un livre de »durs à cuire ». Un des premiers auteurs du genre fut Dashiel Hammett. Plus ICI

« La tête renversée en arrière, la femme chantait à gorge déployée. Sa voix avait dû être très belle autrefois. Ce qu’il en restait résonnait sous les voûtes, rauque, privé d’aigus, mais l’émotion était toujours là. Tout le monde se tut à leur approche. Elle termina sur « Oh Danny Boy, I love you so ! », s’inclina en saluant de la main et tomba. L’homme l’aida à se relever, lui fourra dans la main sa bouteille de vin rouge arrangé. »

J’ai choisi cette version qui me semble la plus proche de l’âme du livre, même si c’est un homme qui chante.

 

« Cinq cartes brûlées » – Sophie Loubière – Fleuve Noir

« En lui se répandait une onde miraculeuse, une extase si intense que sa perception du temps et de l’espace en était modifiée. Il lui semblait qu’elle affectait aussi la chambre, en resserrait les murs, irradiant sol et plafond d’une prodigieuse clarté. Il jouissait, agrippé aux hanches de sa partenaire, debout contre le lit, dans ce mouvement alternatif et violent. Ses muscles se relâchèrent et il s’affala sur le matelas.

C’était presque aussi fort que la première fois, opéré avec moins de maladresse. Cette femme transcendait ses défaillances. Au creux de sa chevelure, il puisait l’ombre et la lumière, noyait ses doutes, ses certitudes.

-Tu as aimé?

[…]Un instant plus tard, tout basculerait.

Sa vie. Cette femme. Un total renversement. »

Je connaissais Sophie Loubière tout d’abord pour son travail sur Radio France, France Inter en particulier, je connaissais son nom comme auteure mais ne l’avais jamais lue; c’est chose faite et j’en suis très très contente.

Une idée préliminaire de Laurence, notre héroïne:

« Des garçons, Laurence connaissait la cruauté. Leur regard sur les filles était impitoyable et un surpoids sujet à railleries automatiques.Elle appliqua une « stratégie de sauvetage » dès le primaire, tirant parti de ses petites bouées : à la récréation, sa place serait dans les buts. La meilleure gardienne des CM1. Elle n’arrêtait pas seulement le ballon,elle le renvoyait avec la vigueur d’un redoublant. Laurence sculptait sa propre stèle, loin de la salle de danse folklorique où sa mère s’entêtait encore à la conduire en 4L. »

En lectrice à l’esprit sombre – et tordu –  qui aime les atmosphères un peu glauques, les histoires savamment menées jusqu’à une fin qu’on n’a pas vu arriver, ne redoutant pas la tension constante sur 340 pages…je me suis régalée.

Laurence en visite inopinée dans la nouvelle famille de son père:

« -Je vais devoir prévenir ta mère.

-Pourquoi?

-À cause de la mesure d’éloignement décidée par le juge. Elle t’en a déjà parlé.

-Me souviens pas.

-Écoute…Il ne faudra plus jamais revenir ici, d’accord?

Laurence promit, réclama quelque chose à manger, attendit que son père lui tourne le dos et, d’un violent coup de pied, renversa le youpala où gigotait sa demi-sœur avant de s’enfuir à toutes jambes pour ne pas entendre le bébé hurler. »

La difficulté, comme souvent, réside dans le fait que parler du cœur de l’histoire dira tout, mon article sera court mais largement émaillé d’extraits, que j’espère bien choisis.

« Allongée sur le lit, la chanson Don’t Let the Sun Go Down On Me dégoulinant du casque collé à ses oreilles, ou bien au collège, sa tête dépassant celle des autres dans la rangée, Laurence ne pensait à rien sinon à la possibilité de se transformer bientôt en arbre. Un arbre n’a pas d’ami ni de cerveau, il n’a nul besoin de l’un ou de l’autre, aucune nécessité de mouvements, il lui suffit de bien se tenir face au vent, d’adapter son rythme de croissance au fil des saisons et de se nourrir par les racines. L’idéal du néant éternel. »

Laurence Graissac, jeune femme obèse, deviendra Cybèle. Après avoir été championne olympique du lancer de marteau, son heure de gloire, elle sera croupière au casino de la station thermale de Chaudes Aigues où elle règnera en déesse de la table de black jack. Sa vie va basculer après une agression puis une opération de l’estomac, celle-ci entraînant une transformation physique sidérante, et…tout le reste.

« Vos examens ont révélé une sténose hépatique, c’est-à-dire une infiltration de graisse dans votre foie…Pour l’instant, c’est sans conséquence sur votre santé, mais c’est ce qui caractérise la limite de ce que votre corps peut atteindre. Si on ne fait rien, si vous rentrez chez vous et continuez à vivre comme avant votre agression, voici ce qui va vous arriver dans quelques mois…[…] »

S’en suit un tableau terrifiant et une mutation physique impressionnante; quant au reste, le mental, tout est déjà là.  Vraiment je trouverais stupide d’en dévoiler plus. Entrant dans la tête de Laurence, on voit par ses yeux, on parle par sa bouche et on est immergé dans cet organisme mutant où fleurissent des envies furieuses.

 » Personne ne devait empiéter sur le domaine de Cybèle.

Personne ne devait mettre la main au portefeuille de ses joueurs.

Et voir cette fille de misère en minijupe échanger quelques mots avec le Dr Bashert près de sa voiture, prendre sur lui un pouvoir dont elle ignorait encore l’usage, était violent comme un coup de couteau. »

 

Pensant à son frère Thierry:

« Au premier tour de clé, Starlight des Supermen Lovers réchauffe l’habitacle. L’asphalte rougit dans le sillage du véhicule. Je laisse derrière mon nom de scène et sa petite troupe de perdants abrutis de sommeil. Deux barres de Twix dépassent de la boîte à gants. L’emballage suffit à donner l’eau à la bouche. Je l’arrache d’un coup de dents. Là-bas, dans le pavillon de St Flour, je t’imagine vêtu comme toujours d’un bermuda trop large et d’un tee-shirt Batman, ta figure rabotée bleuie devant l’écran, hypnotisé par tes jeux rapides et furieux, surfant sur des sites de vidéos trash où des filles épilées et nues se montrent dans des positions dégradantes.

Un grand frère un peu tordu n’attendant ni sa sœur ni personne.

Nos nuits sont sans fin et leurs jours plus longs encore. »

Je dirai juste que voici un roman extrêmement bien construit, avec des questions tout au long de la lecture, on interprète, on évalue, on croit savoir, on croit comprendre, on suppose…et en un final redoutable – le seul qui ferait de ce livre un roman policier, le seul où apparaît un policier – en ces quelques courts chapitres de la fin, tout bascule. Même si parfois on a des indices, ça ne fait pas varier notre empathie pour Laurence, notre idée d’elle et de son enfer qui n’est pas celui qu’on croit. Addictions, Obsessions, Névroses, etc…formidablement mises en scène.

 

J’ai ressenti quand même de la sympathie pour Anne-Marie Bashert, épouse sans colère, qui plus que tout rejette l’addiction au jeu de son mari, et puis de la pitié pour Bernard Bashert, pris au piège de Cybèle qui devient sa seconde addiction

« Il  se nourrissait sans appétit, comptant les jours et les heures qui le séparaient de son prochain rendez-vous avec sa reine aux yeux verts. Il pouvait se l’avouer sans honte: depuis leur dernier cinq-à-sept, il se traînait derrière Cybèle tel un animal domestique dans le sillage de ses pas. Elle si douce lorsque l’instant du jour devenait pour eux une nuit. il voyait ses paupières demi closes, son épaule endormie, sa chevelure défaite pour mieux guider ses baisers, ses mains intrépides, ses pommettes vermeilles, ses fesses vertueuses. Il était pris et repris à son gentil piège et n’attendait que d’y retomber, les yeux fermés, pour livrer bataille. »

Voilà, fini, je n’en dirai pas plus. Sinon que tous les personnages sont creusés, juste assez pour ne pas tout comprendre d’emblée, et que sous l’œil de Laurence sont fort peu sympathiques.

Écriture remarquable, construction comme de la dentelle – noire –  et travail au scalpel de ce personnage, Laurence/Cybèle. J’ai d’autant plus aimé que je connais très bien le décor, Chaudes-Aigues et St Flour, les lieux où va marcher le Dr Bashert après son travail à la station thermale. Le résultat est assez glaçant, angoissant, on est comme un intrus dans un cerveau, à fouiller sans vraiment trouver ce qu’on soupçonne à peine. En tous cas, voici une exploration assez redoutable des troubles psychiques allant du simple comportement étrange à la pathologie lourde. Autre idée formidable, c’est le poste électrique qui jouxte la maison de la famille Graissac – et de son éventuelle/probable action sur les cerveaux de cette famille. 

Un roman complet, c’est à dire dont on ne sort pas sur sa faim mais avec le sentiment qu’une boucle a été bouclée, laissant dans son nœud serré de tristes destins.

Au final ( le solo de guitare seulement ) :

Quant au titre :

« Dès que les mises sont placées, seulement alors les cartes sont distribuées. Chaque joueur reçoit deux cartes et deux pour  la banque. Les cinq premières cartes dites « brûlées » sont enlevées par le croupier et c’est seulement après avoir « brûlé » ( retiré ) les cinq premières cartes que commence la distribution, dans le sens des aiguilles d’une montre. »

Pour ma part, je dis: chapeau, très beau travail !

« Je suis l’anomalie.

Une baleine sur un toit.

Une bulle d’air dans l’aiguille de la seringue.

Un bout de viande.

Des muscles.

Une bouche qui mange.

Un récipiendaire à médailles.

Une mariée étourdie par l’ivresse d’une trahison.

Une robe aspergée de sang.

Une femme factice.

Une vilaine petite sœur. »

« Feu le royaume » – Gilles Sebhan – Rouergue noir

« L’évasion

Le gardien se dirigea vers la lueur qui provenait de la salle de douche. L’endroit était particulièrement malpropre et malodorant. Il servait de fumoir pour les gars qui attendaient leur tour et trompaient l’ennui. C’était aussi le lieu des petits trafics. La nuit, ce n’était qu’un bloc de ténèbres puant la transpiration et le tabac froid. Le gardien se dit qu’un de ses collègues avait dû oublier d’éteindre une loupiote, à moins que ce ne soit un reflet de lune dans un vieux miroir. Il s’avança quand même, davantage par curiosité que par souci professionnel, il n’eut pas le temps de réagir quand le tranchant d’une lame fabriquée avec une conserve vint lui faire exploser la carotide droite. Un flot de sang aspergea le carrelage. On ne vit rien, mais on entendit un soudain ruissellement dans l’ombre. »

Vous voyez…ça démarre fort, et je n’en attendais pas moins de Gilles Sebhan, dont voici le troisième volume de la série « Le royaume des insensés », après « Cirque mort » et « La folie Tristan ».

Une réussite encore avec ce roman peut-être plus cru, encore plus à vif sur certains sujets, et toujours aussi perturbant en tous cas. Gilles Sebhan joue avec les notions de folie, de normalité et de résilience dans la suite logique des livres précédents. Avec brio.

Je crois qu’il est assez indispensable de lire les deux premiers livres pour saisir tout le propos de cet auteur que je trouve inclassable et assez unique par son sujet et la façon dont il s’en sert pour construire des intrigues vraiment tortueuses et toujours inquiétantes. Les protagonistes sortent du traumatisme du « cirque mort », tandis que Marcus Bauman, en Belgique, s’évade pour se venger du lieutenant qui l’a fait arrêter.

« Il laissait derrière lui les corps sanglants de plusieurs victimes et le souvenir frémissant, dans une prison vétuste, d’une inquiétante présence. Dans une planque en bordure de forêt, il était resté quelques nuits après son évasion, comme un animal dans sa tanière. Muni d’un petit transistor, il avait écouté les flashs info dans lesquels on annonçait sa disparition, il se délectait des émissions spéciales où il se trouvait présenté comme une terreur digne des contes. »

 Dapper comprend enfin qui était son père, Tristan, ce psychiatre hors des clous qui vient de mettre fin à ses jours, qui a légué à Théo, son petit- fils ce « royaume » de jeunes garçons atteints de « particularités psychiques ».

« Il était resté impassible, la mâchoire crispée, n’avait pas répondu aux questions sur la découverte de ses origines qui aboutissait ici, à cette cérémonie où un père qu’il avait connu sans le connaître, allait disparaître sans avoir livré ses secrets. Oui, ce serait la fin du royaume. Les enfants du centre thérapeutique dirigé par le docteur Tristan seraient dispersés comme des lucioles éteintes ou les graines stériles d’une bogue, ils iraient ailleurs pousser ou périr, rien ne survivrait de cet héritage dégénéré. Dapper sentit en lui-même cet effondrement du royaume comme s’il s’agissait de la chute de Rome. »

Je ne dirais pas « troubles » car c’est en ça que Tristan passe pour un homme étrange et suspect; pour lui, ces enfants sont à considérer avec leurs particularités, pas leurs pathologies .

J’ai aimé retrouver Ilyas, l’étonnant Ilyas, si attachant, oui, attachant dans sa profonde solitude, creusée par la mort de Tristan. Ilyas et ses visions, Ilyas, désarmant.

« Et puis il y avait Ilyas. Étrange garçon, à la fois le plus faible et le plus fort. On avait l’impression que la profondeur de son regard constituait un piège. L’instant d’après, c’était seulement un paysage triste sous la pluie. L’instant d’après encore, cela ressemblait à l’oubli? Ces changements continuels organisaient une défense particulièrement raffinée pour échapper à toute analyse. Et, en effet, le médecin aurait eu bien du mal à établir un diagnostic. Ilyas semblait mêler les symptômes de l’autisme, de la névrose d’abandon, de la schizophrénie, au point que le médecin pensait parfois que c’était le plus grand simulateur qu’il ait jamais croisé. »

C’est impossible de dévoiler bien plus que le fait que Dapper semble ici atteint de liberté, oui, je dirais ça comme ça. D’un coup, de nombreuses choses se dévoilent, c’est violent pour lui, et c’est aussi une libération. Et c’est avec une virulence rageuse qu’il va se mettre en chasse de Bauman. L’enquête est menée sans temps mort, on avance avec lui sur les traces du monstre Bauman, on accompagne ses pensées et tout ce qui s’agite en lui dans ces révélations sur ses origines qui, soudain, lui apparaissent en même temps que la mort. Fatal.

La violence est omniprésente dans les vies de tous, et la mort de Tristan opère comme un détonateur, pour Ilyas, encore:

« Ilyas venait de prendre la décision d’en finir. Il avait espéré que quelque chose du royaume puisse survivre à la mort de Tristan. Il avait voulu voir dans les arbres du parc, dans les reflets sur les murs des couloirs, dans les habits des infirmières un souvenir de son mentor. Mais rien, il ne retrouvait pas la moindre parcelle de protection dans ce qui l’entourait. « 

Tout ce qui fait la force sombre et concentrée de ce livre et des deux autres, c’est l’approche de la psychologie ici très dérangeante – je n’en suis en rien spécialiste, ma foi -, troublante. Les enfants, les adolescents, toujours des garçons, sont une force, eux contre l’éventuel ennemi. Les traumatismes de l’enfance sont les liens qui se nouent entre ces garçons, formant comme un bouclier.

« Avait-il appris quelque chose? Plongé dans le sommeil, était-il aujourd’hui différent? On croit trouver une réponse à ses interrogations et l’on ne fait que creuser la question fondamentale, celle avec laquelle on sera enterré, avec laquelle on se relèvera au jour du jugement dernier. Chaque fragment de vérité, au lieu de combler un vide, vient intensifier le manque initial. Si l’on voulait se préserver, il faudrait ne rien chercher à comprendre, jamais. Car l’homme qui approfondit sa connaissance intensifie sa douleur. Et Dapper allait bientôt s’en rendre compte. »

Le talent de Gilles Sebhan à écrire les tensions, les alliances muettes, les forces qui se rassemblent contre des adversaires visibles ou pas… Un grand talent et je n’ose même pas imaginer ce que ces livres donneraient adaptés au cinéma : glaçants !

Je ne sais pas si la fin en est une, mais elle est magnifique.

« En lui se forma cette pensée qu’il y avait toujours quelqu’un, quelque part, dont les larmes avaient le pouvoir d’éteindre les incendies du monde. Oui, il y aurait toujours un homme pour éteindre avec quelques larmes les incendies du monde. Et ce jour-là, pensa Dapper, cet homme c’était lui. »

Coup de cœur pour la série, cohérente, puissante, belle… Bravo, quoi !

« Munera » – Éric Calatraba – Éditions du Caïman/Collection Polars en France

 »           I

VAE VICTIS

Markus

Nice, Alpes Maritimes

Il reprend connaissance quand le sel ravive ses blessures. Il est dans le noir. L’eau s’engouffre à travers le tissu et le fait suffoquer. Il repousse la toile d’un geste vif. Sa peau se déchire. Ses os se brisent. Des grognements, des cris inhumains font écho à sa propre plainte.

Sven

Kiruna, Laponie suédoise

Atteindre une ancienne galerie de la mine de fer. Reprendre son souffle. Les raquettes de Sven s’enfonçaient dans la neige épaisse, instable. L’air glacé s’engouffrait dans sa poitrine. Moins trente degrés et la sensation de respirer du feu. sans ralentir, il plongea la main dans son sac et toucha les liasses de billets pour se donner du courage. Un bourdonnement se fit entendre et il regarda l’arme qu’on lui avait laissée : une hache de guerre viking. »

Markus et Sven sont deux des personnages présentés dans ce premier chapitre. Suivent Zachary, désert de Tanami en Australie, Raimundo à Rio de Janeiro, Favela de Vigario Geral, Rouslan en Ouzbékistan, province de Navoï, Ethan à Ottawa, province de l’Ontario au Canada et enfin John, à Old Crow, province du Yukon au Canada aussi. Tous nous sont présentés dans une situation qu’on ne peut pour l’instant pas comprendre, le récit qui suit va nous éclaircir. Mais pour la police française, tout débute avec un sac repêché à Nice, contenant un corps humain et ceux de divers animaux: coq, singe, chien et serpent. Ainsi va commencer une enquête tordue et touffue, et peu à peu, en rencontrant les nombreux personnages, ce qui se passe va nous venir sous les yeux, et en utilisant un mot faible, c’est inquiétant…

« Jairo et Mariana poussèrent les fauteuils jusqu’au hangar. Les portes étaient ouvertes en grand, laissant apparaître deux machines aux roues chaussées de pneus crantés, reliées à des suspensions à long débattement. uns structure allégée, seulement composée d’arceaux métalliques et équipée de deux phares de forme étirée donnant à l’avant un air agressif.

-Gladiateurs, voici vos chars ! »

Je découvre Éric Calatraba et cette maison d’éditions avec ce roman policier, que je vois personnellement plus comme un roman d’aventures furieuses – une histoire de dingues – qui permet à l’auteur sans discours barbants ou démonstrations outrancières de mettre en scène les plaies de notre monde, les relents rances qui remontent un peu partout – l’histoire est internationale – , les ravages contemporains sur l’environnement et les peuples dans un excellent parallèle avec les jeux du cirque de la Rome antique. L’histoire est impossible à résumer, mais on a là une narration vive, qui met en haleine en prenant son temps à éclaircir la lectrice, puis avec une nette accélération dans le dernier tiers du livre. Il se lit vite, parce qu’on passe un temps à voir s’édifier l’affreuse organisation dont il est question, à comprendre ce qui se prépare dans un va-et-vient entre plusieurs pays, ici surtout le Brésil et le Canada.

« Ethan repensa à son père et à ses croyances animistes chamaniques. Il fallait d’abord rêver du gibier pour qu’enfin il apparaisse. Ensuite, le Gwich’in se cachait sous des peaux, imitait les cris des animaux, se couvrait d’excréments ou d’urine de femelle. Alors seulement, la créature pouvait apparaître? Il y avait affrontement. L’homme en sortait vainqueur la plupart du temps. Pas toujours. Seule la mort de l’un des protagonistes redonnait à chacun son identité; c’est pourquoi, ici, on méprisait les adeptes du no-kill. Si tu avais rêvé d’un saumon, si après son long périple il s’offrait à toi, tu devais prendre sa vie sous peine de lui faire injure. Dans les lieux où rien ne pousse, la chasse n’est pas un jeu. »

Le capitaine Raphaël Larcher et le commandant Ugo Luciani ( Lucci ) vont être amenés à pénétrer au cœur de cette bande de fous furieux qui nourrit en moi une crainte, c’est qu’elle existerait réellement…Je ne peux m’empêcher de penser que oui, sous cette forme ou sous une autre, mais oui…latente ou active, mais oui. Donc, les deux hommes seront expédiés dans l’arène, et découvriront le « jeu » en devant y participer. Le début du roman est émaillé de scènes tranquilles, amoureuses, familiales, amicales, au chant des cigales à Nice ou en Corse. Et puis, adieu jours paisibles, nos deux flics vont pénétrer le maelstrom infernal et tenter d’y survivre.

Je n’ai aucune envie d’en dire plus, si ce n’est que j’ai particulièrement aimé une longue scène de chamanisme assez impressionnante et les foules haineuses du cirque, si évocatrices. On a en ligne de fond Nietzsche et de l’opéra – Le crépuscule des Dieux, Carmina Burana, « Ô fortuna » emplit les arènes

Aïda, Le couronnement de Poppée, Norma, Les Indes galantes…L’auteur a donc une belle connaissance des jeux du cirque à Rome et plus globalement de la culture antique romaine, la langue et la philosophie; il exprime aussi une saine colère contre les pouvoirs de l’argent qui broient tout sur leur passage, entraînant des catastrophes partout, le tout enrobé dans une idéologie puante sous une croûte de culture manipulée.

« Dans la forêt environnante résonnaient des bruits d’engins de chantier et de tronçonneuses. Strandberg World Mining voulait exploiter plus avant le filon. Raimundo leva la tête et vit une énorme machine à huit roues en action. Son châssis articulé se faufilait entre les arbres qu’elle coupait, ébranchait et débitait en quelques secondes. La surface de la forêt se réduisait de jour en jour. Des espèces endémiques disparaissaient l’une après l’autre. Le territoire des Indiens était menacé. L’homme se privait, entre autres, d’une possible pharmacopée pour le futur. Mais du futur, on ne se préoccupait que dans les mots. »

De courts passages nous mettent dans l’esprit et la vie de certains personnages, comme Charlotte Vu, ou Daga, et ce sont toujours des destinées tristes, douloureuses, provoquant des réactions antagonistes. Des pages très violentes et des décrochages salutaires avec par exemple les messages de Lila à son papa Raphaël, veuf et amoureux de Laure.

« Pa’, un petit bisou d’Écosse. Tout va bien, on s’éclate. J’aurai plein de photos à vous montrer. Embrasse Laure. Lila » »

Raphaël qui écoute : « Pur ti miro » de Monteverdi, par ces deux artistes précisément

Il y a les bouleversantes funérailles de Martine, l’épouse de Lucci

« La Mort n’est rien…

Je suis seulement passée dans la pièce à côté,

Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours.

Donnez-moi le nom que vous m’avez toujours donné.

Parlez-moi comme vous l’avez toujours fait. N’employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solennel et triste. »

Ou les lettres échangées par les « gladiateurs » avec leur famille

« Maman, papa, Fernando,

Quand je vois le Christ de Corcovado ouvrir les bras en baissant la tête, j’ai toujours l’impression qu’il montre son impuissance. alors, si lui-même doute de son pouvoir, pourquoi devrions-nous croire en lui ? Jusqu’ici, je n’ai pas eu beaucoup plus de chance que vous, mais je vais tenter une dernière chose. Si je réussis, je m’installerai dans un beau quartier, à Ipanema ou à Leblon et j’embaucherai une personne qui s’occupera de moi; si j’échoue, alors on se verra bientôt. ce n’est pas une chose que j’ai choisie, mais, en fin de compte, ça me va.

Um abraço aos trés

Raimundo »

Mais ça ne dure pas et le récit s’emballe, ne laissant pas de répit, on lit entre autres les lettres des » lutteurs » à leur famille qui filent des frissons et on va jusqu’au bout, le suspense allant crescendo. Bien construit, bien écrit, intelligent, un bon roman .

Grand plaisir à cette lecture, une histoire impitoyable, et jolie entrée pour moi aux éditions du Caïman.

Et au fait, le titre !

« Le mot latin munus,  (pluriel : munera) qui désigne le combat de gladiateurs signifie à l’origine « don » et s’inscrit parfaitement dans ce cadre funéraire. Le munerator était celui qui offrait un spectacle de gladiateurs. »