« Aller à La Havane » – Leonardo PADURA- photographies de Carlos T. Cairo, traduction de l’espagnol de René Solis – éditions Métailié

« Voici un livre que j’ai toujours voulu écrire. J’avais besoin de cet exorcisme pour assouvir l’une de mes obsessions les plus persistantes. Et je suis du genre assez obsessionnel. Ce livre est un chant d’amour à la ville où je suis né et où je vis, écris, subis, l’endroit du monde auquel j’appartiens, comme une bénédiction ou une fatalité sans appel: comme l’eau sur cette île qui nous entoure de toutes parts. c’est un livre qui a commencé à s’écrire, sans que je le sache, il y a plus de quarante ans, quand j’ai griffonné mes premiers textes, récits et reportages, d’atmosphère, ambiances, personnages, histoires et langage proprement havanais. Ou peut-être à-t-il commencé à se rédiger depuis bien plus longtemps, la première fois où j’ai entendu mes parents dire « Aujourd’hui nous allons à La Havane » et où j’ai compris (ou pas ) ce qu’ils entendaient par là. Aller à La Havane? Mantilla, mon quartier, n’était-il pas à La Havane? »  

Mais quel livre ! Je n’ai pas pu le lâcher, juste quand je tombais de sommeil…

L’immense Leonardo Padura ici nous livre sa vie, celle de sa famille, celle de sa ville, celle de son quartier, celle de son pays, celle de ses amis, proches, voisins, celle du peuple de La Havane tout entier. Et la joie de retrouver, émaillant ce récit au long cours, des extraits de ses romans, que j’ai je crois presque tous lus. Retrouver Mario Condé et sa bande, ce fut un bonheur intense à chaque fois et découvrir l’histoire de sa famille aussi. La verve verte de Mario:

« Dis-moi, pourquoi es-tu devenu policier, Pour pouvoir râler et te plaindre toute la sainte journée?
Il ne peut s’empêcher de sourire: c’est la question qu’il a le plus souvent entendue au cours de toutes ses années d’enquêteur, et c’est la deuxième fois qu’on la lui pose aujourd’hui. Il se dit qu’elle, elle mérite une réponse.
– C’est très simple. Je suis policier pour deux raisons: l’une, que je ne connais pas, est liée au destin qui m’a conduit à ça…
-Et celle que tu connais ? insiste-t-elle. Il perçoit l’attente de la femme et regrette de la décevoir.
– L’autre est très simple, Tamara, et peut-être même qu’elle va te faire rire, mais c’est la vérité: parce que je n’aime pas que les fils de pute puissent faire ce qu’ils veulent impunément; »

(1989 « Passé parfait » 2001, page 103 )

Tout ce qu’on ressent, pressent en lisant ces romans, tout est ici mis au jour dans sa réalité historique, géographique, sociologique, et humaniste, forcément, avec cet écrivain si fin dans son regard sur l’humanité. 

Des photos en couleurs (Carlos T. Cairo ) en début puis à la fin du livre ajoutent, pour moi lectrice, une réalité mettant assez vite aux oubliettes l’idée factice qu’on peut avoir de La Havane à travers certains médias . Comme le fait ce livre d’ailleurs. On lit ici une masse d’informations qui surprennent, enseignent, émeuvent, amusent ou affligent. Mais cet écrivain génial parvient à donner un panorama exceptionnel de ces lieux, une histoire vaste, sur un très long temps, les quartiers, les lieux de vie nocturne, le base- ball, la débauche et les trafics, la prostitution, et la musique, la nourriture. De ses changements, mutations, améliorations et déchéances. Ce qui désirait arriver, sous sa plume, non sans une certaine ironie propre à cet écrivain génial:

« Quelque chose était en train d’arriver, quelque chose qui désirait arriver, et La Havane petit à petit arrêtait de ressembler à La Havane. Ou plutôt, rectifia le Conde, la ville commençait à se rapprocher de ce que pouvait avoir de mieux La Havane, cette cité envoûtante, aux parfums, lumières, ténèbres et pestilences extrêmes, l’endroit du monde où il était né et où il lui avait été donné d’habiter durant ses soixante et quelques années de résidence terrestre. (…) Conde n’avait as trop d’efforts à faire pour constater les changements à l’œuvre tout autour de lui. À bord d’une Oldsmobile 1951 au moteur, à la peinture et à l’intérieur refaits devenue taxi sur le trajet entre son quartier périphérique et le Vedado, il suffisait au libraire d’écouter ses compagnons de voyage évoquer tout un tas de souhaits et projets élaborés avec soin. »

Tout, tout est ici dans le décor très réaliste que nous propose Leonardo Padura, et je ne me suis pas ennuyée une nano seconde. Parce que cette écriture est toujours juste, belle, puissante quand elle le doit, douce et tendre à d’autres moments, virulente, car il ne faut pas oublier que le métier de Leonardo Padura est celui de journaliste, qu’il n’a jamais abandonné.

Il me semble un peu vain de tenter un résumé, je ne suis pas journaliste spécialisée en littérature, juste une lectrice éprise de mots, d’histoires, d’émotions, une lectrice passionnée, ça n’a aucun sens à mon avis de tenter de résumer une telle œuvre, une telle vie.

Aussi, je vais vous proposer une page qui pour moi est un condensé de qui est Leonardo Padura, sa pensée, son histoire, sa vision de La Havane, sa ville, sa vie. C’est un auteur absolument magnifique, qui m’a remplie d’émotion à chaque fois que je l’ai lu. Ce long extrait est donc la fin de ce post et une invitation, j’espère, à vous plonger dans cette œuvre, absolument magnifique. Quand vous aurez lu ce chapitre, vous comprendrez alors pourquoi il faut lire ce livre, mais aussi toute l’œuvre du grand Leonardo Padura:

« Si le miracle cubain c’est que les Cubains vivent de miracle, le mystère havanais est que la ville, malgré tous ses malheurs, survit et que, fière de son histoire et de ses origines, de ses évidentes beautés, elle continue à être l’endroit où beaucoup veulent aller, l’endroit où beaucoup d’autres entêtés nous voulons être, malgré tous les malheurs, qui sont nombreux. Et dans mon cas – qui doit aussi être celui d’autres – parce que c’est l’endroit où j’existe et je suis. C’est pour cela que j’écris. J’écris dans ma maison du quartier de Mantilla, au sud de La Havane, dans la maison dans laquelle je suis né, il y a déjà presque soixante-dix ans, et depuis laquelle mes parents m’invitaient à « aller à La Havane ». Et tandis que je m’obstine à essayer de refléter ce qu’est cette vie cubaine qu’il m’a été donné de vivre, ou à évoquer l’existence passée léguée par d’autres mémoires, il se trouve que plusieurs journalistes dans divers endroits du monde me demandent pourquoi je suis toujours ici. Et je donne toujours la même réponse: je suis ici parce que j’appartiens à ce lieu, parce qu’ici est ma raison d’être qui fait que je veux et que j’ai besoin d’écrire, ici vivent les gens dont je veux exprimer les doutes, les espoirs, les frustrations, les peurs. Parce qu’ici est ma langue, cette langue havanaise dans laquelle je parle et j’écris. Et parce que j’ai une conscience citoyenne qui me pousse à assumer la responsabilité de fixer une vérité à laquelle je crois, qui n’est sûrement pas  la seule vérité possible, que certains essayeront de dénigrer, de maquiller ou de nier, mais dont beaucoup d’autres savent que c’est la vérité et que cette vérité exige qu’il existe aussi des mémoires comme la mienne, pas seulement les discours de justification triomphalistes, les éternels appels à la résistance, l’appel à toujours plus de sacrifices. Et, bien sûr, j’écris parce que j’ai mal à mon pays, j’ai mal à ma ville, et que la seule façon pour moi de soulager toute cette douleur c’est justement d’écrire, ici et tant que je le pourrai: en observant et en essayant de m’approprier une atmosphère, en regardant et en percevant un sentiment croissant d »étrangéité ». En essayant, avec des mots, de composer une symphonie havanaise, avec des accords harmonieux et des bruits discordants. Et toujours, ici, dans ma maison de Mantilla, La Havane, Cuba.Et je le ferai jusqu’à ce qu’on m’expulse à cause de ce que je pense et j’écris ou que moi-même je me déclare vaincu – tout peut arriver -, et alors, de même que plusieurs personnages de « Poussière dans le vent « , je refermerai derrière moi les portes physiques de la ville, seulement les portes de la ville étrangère, parce que je suis convaincu que, où que j’aille, La Havane, la mienne, viendra avec moi. »

Et parce que la musique est omniprésente, ceci:

« Ouragans tropicaux » – Leonardo Padura, éditions Métailié, bibliothèque hispano-américaine, traduit de l’espagnol par René Solis ( Cuba )

Une enquête de Mario Conde : Ouragans tropicaux par Padura« Trop tard, conclut-il.

Il s’en souvenait. Il s’en souvenait encore. Il avait oublié beaucoup d’autres choses d’une vie qui était en train de devenir effroyablement longue, et il savait que certains oublis fonctionnent comme une stratégie de survie: il s’imposait de lâcher du lest pour demeurer à flot et ne pas rester échoué dans les rancœurs, le décompte des illusions tronquées, l’évocation urticante de promesses crues un jour et si souvent non tenues. Même un type tel que lui, un acharné du souvenir, un quasi hypermnésique, était bien forcé de laisser sa conscience balayer certaines choses, procéder à des nettoyages émotionnels et psychologiques pour des motifs d’hygiène, afin d’empêcher le poids des réminiscences de l’engloutir dans la vase des aversions et des frustrations. Et, surtout, pour ne pas avoir à se dire qu’une autre vie aurait été possible, et que la vie vécue avait été une erreur, mélange de fautes dont il était responsable et de choses imposées de l’extérieur. »

Ainsi commence ce magistral roman de Leonardo Padura, auteur que j’aime tellement, et qui ici, rien qu’avec ce premier paragraphe, entre dans ce sujet si prégnant chez lui, à savoir le temps, l’âge qui avance, la mémoire et l’histoire, les histoires. En une boucle temporelle, comme dans ses précédents romans, il nous emporte en 1910, dans La Havane des bordels, des proxénètes et des femmes qu’ils exploitent. Un marché dont les affaires sont fructueuses. Un marché dont les patrons ont pignon sur rue, des liens avec les dirigeants de l’époque, des hommes puissants. Deux clans se font concurrence, celui des « Apaches », des français venus faire des affaires dans cette île de Cuba, et les « locaux ».

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Mais ! Cette histoire, c’est notre Mario Conde qui l’écrit, oui, il écrit sur cette époque alors qu’un haut fonctionnaire, un sale type issu de la Révolution, vient d’être assassiné. 

Conde est devenu bouquiniste, mais la police va le rappeler. Nous sommes en 2016 et Cuba va recevoir tout à la fois Barak Obama et un concert des Rolling Stones – bon, Conde, lui, préfère les Beatles…vous le savez, ça, non? –  La police est débordée, et ce meurtre doit être élucidé. Qui mieux que Mario Conde saurait résoudre l’affaire? 

Et voici comment on est embarqué dans l’histoire de Cuba, encore une fois, avec l’imagination débordante de Padura, mais aussi avec sa connaissance profonde de son pays, son œil à la fois aimant, critique, mélancolique, et fâché aussi.

Mêlant le passé et le temps présent, avec une écriture toujours aussi sublime et extrêmement vivante, le grand Leonardo va nous faire voyager dans ces lieux interlopes où le sexe monnayé, l’exploitation des filles, la perversion et le goût immodéré de l’argent, du pouvoir et du luxe sont maîtres. Le mort du présent fut un épouvantable censeur, qui mis à bas des artistes, nombreux. Les morts du passé ressurgissent alors sous les touches de la machine à écrire de Mario Condé, qui ainsi va reconstituer l’histoire d’hier à aujourd’hui. 

Je ne veux rien dire de plus, sinon que c’est un réseau d’alliances douteuses, de jalousies, de goût du pouvoir et de domination, c’est l’histoire de Cuba et celle de Yarini, tenancier de bordel qui vise alors justement le sommet de l’État, c’est l’histoire glauque, sordide, de l’abus des pouvoirs, de tous les pouvoirs.

Comment tout ça réapparait en 2016? Comment les ondes de chocs du passé peuvent arriver de si loin et si fort? Comment des objets précieux de Napoléon Bonaparte, entrent dans cette histoire? Et comment Mario Conde, fan des Beatles, retrouve son clan, ses amis qui eux vont écouter les Rolling Stones, ce noyau d’affection qui toujours est en lui, essentiel, vital? Quelles questions ça lui pose, toujours? Comment Mario Conde, une fois encore, trouvera les réponses aux questions de la police qui l’appelle au secours, en manque de personnel à cause d’Obama et des Stones…? Car il s’agit bien d’une enquête policière, complexe, ardue et qui traverse le temps. Après « La transparence du temps » et « Hérétiques », l’auteur nous offre à nouveau et sans répétition une plongée dans l’histoire de Cuba. Phénoménale. Bouleversante. Passionnante. Le bonheur de retrouver cette écriture, sa crudité et sa poésie, son humour et sa tendresse, sa colère et son chagrin.

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Je vous le dis, pour moi ce roman est un coup de maître, tant par sa construction que son ton, les connaissances qu’il contient, et l’œil toujours tendre et indulgent de Leonardo Padura sur les exploités, les avilis, puis enfin son sens de l’amitié qui me bouleverse à chaque fois. J’ai corné des dizaines de pages, sans parvenir à choisir les extraits car tout est bon et tout a du sens. C’est pourquoi j’ai opté, outre l’extrait de début du roman, de ne vous donner que ces deux pages qui pour moi résument si bien ce personnage auquel forcément on est fortement attaché, ce personnage, sa vision du monde, ses valeurs. (Je précise que j’ai eu la permission de mettre un extrait aussi long ).

Mario Conde, je t’aime !

« Et Tamara raconta aux amis leur récente virée à La Dulce Vida, une expérience que Conde qualifia à nouveau d’aller-retour pour le bonheur.

-Parce que tu crois, toi, que le bonheur existe?

Miki, qui commençait à être bourré , entra dans l’arène. En bon buveur, il avait à peine avalé une bouchée, tout en descendant toute la bière et tout le vin possibles, plus quelques whiskies. Dans son féroce acharnement éthylique entrait aussi l’habitude nationale très assumée de s’enfiler tout ce qu’on peut tant qu’il y en a, parce qu’à un moment quelqu’un dira qu’il n’en reste plus. Sans compter la très sage et très justifiée maxime selon laquelle le rhum qu’on t’offre ne fait pas mal à la tête.

-Là, ce n’est pas l’heure de philosopher, dit Conde. Même si je vais te dire un truc, Miki Tronche de patate, qui n’a plus rien d’angélique ni de joli…Mais commence par regarder autour de toi. Tu vois ce que je vois? Nous sommes ici huit amis, parce que je vais être sympa et je vais t’inclure dans les amis…le Conejo qui est venu même s’il dit qu’il va repartir, parce qu’il cherche son bonheur et il a bien raison de le chercher là ou ailleurs…Dulcita, qui est aussi venue, parce qu’elle voulait être avec nous et voir les Stones, parce que ce genre de choses la rend heureuse. Tamara, qui part dans quelques jours, elle ne sait pas pour combien de temps, et est heureuse de revoir son fils, sa sœur, de profiter de son petit-fils. Regarde Candito, qui ne devrait pas être dans un endroit où on pratique la gourmandise et où on boit de l’alcool, parce que ce sont des activités sataniques, mais qui est l’homme le plus heureux depuis qu’il a rencontré le Sauveur. Et le Flaco et Jose, qui sont toujours là pour nous tous et qui, parce qu’ils nous ont tous ici, sont heureux, et le Flaco encore parce que…bon, parce que. Et nous t’avons ici toi, Miki, petit salopard, Tronche de Cul, qui quand tu étais important ne te souvenais même pas de nous, même si nous on t’a pas oublié, et qui es heureux parce que tu t’es débarrassé de la camarde, même si aujourd’hui tu n’arrives plus à bander…Hé, me regardez pas comme ça, Miki le raconte à tout le monde!… Et bien sûr, il y a aussi l’esprit de notre ami Andrés, qui n’est jamais revenu mais qui doit être heureux d’avoir contribué à notre bonheur…Et nous sommes tous ici, heureux et contents parce que, malgré les coups de pied au cul, les distances, les illusions perdues, les balivernes dont ils nous ont bercés et dont ils nous bercent, les promesses devenues poussières dans le vent, comme dit mon amie Clara, nous méritons ça, parce que nous avons travaillé pour ça. Nous méritons des vacances pour toute la laideur, la méchanceté, la saloperie, la perversité, pour la tristesse qui nous harcèle, pour la réalité de ce qu’il n’y a plus, de ce à quoi tu n’as pas droit…merde, quelle histoire on a vécue, qu’est ce qu’on en a pris dans la gueule! Et bon, là, aujourd’hui, ici même, on mérite d’être heureux…- Il fit une longue pause, théâtrale. – Mais, je vous préviens: inutile de vous exciter, parce que les bonnes choses ont presque toujours une fin rapide, même si moi, qui suis un pessimiste de merde, je vous dis que ça vaut la peine de s’accrocher à ce qu’on peut. Et si là maintenant on se sent heureux, on va bien en profiter, parce qu’on l’a mérité, parce qu’on est des survivants, parce qu’on s’est pas laissés recouvrir par la merde qu’on nous a lancée et par la haine qu’on  nous a fait respirer, parce qu’on est des putains de durs à cuir qui nous aimons beaucoup, putain de merde, beaucoup…-Et comme cela lui arrivait à chaque fois qu’il déchargeait autant d’émotions, sa voix se brisa.

Incapable de prononcer un mot pour trinquer au bonheur, Conde leva son verre et se mit à pleurer. »

Tout Leonardo Padura et tout Mario Conde sont dans cette tirade sublime. Ode à l’amitié, à l’amour et à la vie. Comme à chaque fois, il sera difficile de changer d’univers.

Cet écrivain est pour moi un des plus grands et il me touche, il m’impressionne, il m’emporte ailleurs. Merci Mr Padura ! Et pour vous, la chanson préférée de Mario:

« La transparence du temps »- Leonardo Padura – Métaillié/Bibliothèque hispano-américaine, traduit par Elena Zayas

« 4 septembre 2014 à

La lumière crue de l’aube tropicale, filtrée par la fenêtre, tombait comme un éclairage de théâtre sur le mur où était accroché l’almanach avec ses douze cases parfaites, réparties en quatre colonnes de trois rectangles chacune. À l’origine, aux espaces du calendrier correspondaient différentes couleurs, du vert juvénile et printanier au gris vieilli et hivernal, une palette que seul un dessinateur très imaginatif pourrait associer à une chose aussi inexistante que les quatre saisons dans une île de la Caraïbe. Au fil des mois, quelques chiures de mouches étaient venues agrémenter le bristol de points de suspension erratiques;[…] Autant de marques du passage du temps et de mises en garde destinées à une mémoire en passe de se scléroser. »

Croyez-moi, c’est un sacré défi de parler des romans de Leonardo Padura. Celui-ci, comme « Hérétiques », car on a affaire à un grand bonhomme, vraiment un très grand écrivain. J’ai eu l’immense bonheur de l’écouter la semaine dernière à la librairie de Mâcon, Le cadran lunaire. Et j’ai eu les réponses aux questions que je me pose sur cet auteur depuis que je l’ai découvert ( je crois que je n’ai que 2 livres de retard, mais je les lirai, forcément ).

Avec simplement trois bonnes questions du libraire j’ai pu comprendre le père/le double de Mario Conde. Pourquoi il a toujours vécu à Cuba, à La Havane, comment il en est venu à l’écriture lui qui ne rêvait que de base-ball et d’être journaliste sur ce sport ! Et j’ai compris exactement je crois à quel point Conde est son double. Et puis quel homme drôle, clair dans son expression, capable de dire simplement une pensée pourtant complexe…

Bref, je suis repartie éblouie par cette intelligence sans pédanterie, réjouie d’avoir pu dire mon admiration et mon goût immodéré pour les repas de Mario avec ses amis de lycée, la cuisine de Josefina, le rhum et la verdeur persistante des émois de Mario face à Tamara !

« Josefina, avec son invincible vivacité octogénaire, interrompit la conversation en donnant l’ordre de se mettre à table, car il était déjà huit heures et demie et elle voulait regarder son feuilleton à la télé. Elle avait sorti sa meilleure nappe et ses assiettes les plus présentables. Manolo n’aurait qu’à se joindre à eux en arrivant. Cette femme savait encore très bien mener son troupeau rétif. […]

Les invités s’extasièrent devant le spectacle gastronomique offert par la soudaine prospérité financière de Conde: les poulets à la peau brillante, parfumés au feu de bois, les yuccas avec leurs intimités ouvertes et prometteuses et enfin le riz congrí bien détaché, odorant, attirant comme un puissant aimant. Durant trop d’années, ils avaient bien des fois mangé grâce aux arts occultes de Josefina mais ils n’avaient jamais tordu le cou à l’angoisse nutritive endémique qu’ils avaient enduré au cours de leurs vies, comme des millions de Cubains dont les estomacs avaient été surveillés pendant des décennies par le livret de ravitaillement – ou de rationnement ? – qui les empêchait de mourir de faim mais qui ne leur permettait pas de vivre sans souffrir de la faim. Aussi, une fois passé le moment esthétique, se lancèrent-ils à l’attaque. Pas de quartier ! »

Dans ce livre magistral, Mario Conde est sollicité par un vieil ami de lycée, qui n’est pourtant pas de sa bande. Avec Bobby, homosexuel, Padura aborde la condition homosexuelle à Cuba, et affirme son désir de ne pas victimiser systématiquement, dans une volonté de mettre chaque personne à égalité avec toute autre, des êtres parfois épatants et parfois pas du tout en passant par tout ce que peuvent être les gens. Bobby avait une vierge noire à la grande puissance qui lui a été dérobée, et il demande donc à Mario de l’aider à la retrouver.

On va partir ainsi explorer l’histoire de la Catalogne et de ses vierges noires, on partira en croisade, on traversera les Pyrénées en compagnie d’Antoni Barral et de sa vierge noire miraculeuse, et ce à rebours, en remontant le temps de 1989 à 1936, puis en remontant  les siècles pour arriver aux origines, 1291 et le siège de Saint- Jean d’Acre…avec le même Antoni Barral, et ses pieds.

« Il n’ira pas plus loin. Arrivé à cette échéance, il ouvre lentement les yeux et regarde ses pieds : c’est ce qu’il a de mieux à faire, peut-être est-ce la seule chose.À chaque fois qu’il s’est retrouvé dans une situation menaçant d’infléchir le cours de sa vie, il a regardé ses pieds, conscient ou non de ce qui l’incitait à le faire, poussé par un besoin impérieux et secret comme  s’il répondait à un appel supérieur.[…] Mais depuis son adolescence de montagnard, il a regardé ses pieds, dominé par une étrange attraction à laquelle se sont mêlées, à des degrés divers, les sensations d’appartenance et de dépossession, de proximité et d’éloignement. […] Ses pieds, ce sont les chemins parcourus : de l’innocence à la culpabilité, de l’ignorance à la connaissance, de la paix à la mort, de l’agréable promenade et du pénible charroi agreste à la fuite sans retour possible, talonné par l’angoisse et la peur, ce sont eux qui jadis l’avaient mis en marche et qui, finalement épuisés, le conduisent maintenant sur l’ultime sentier. »

Alors vous voyez bien que nous n’avons pas ici une lecture linéaire, facile, sans aspérités, bien sûr que non, l’écrivain nous fait travailler les neurones, nous accordant des pauses quand il nous ramène à La Havane, aux côtés de Mario Conde. Je vais partager quelques passages, mais tout le livre est absolument brillant, jamais ennuyeux, riche en surprises et en connaissances. Les thèmes de réflexion aussi abondent. On est sous le régime de Raul Castro, dans un certain – mais approximatif –  relâchement « libéral », Mario Conde regarde son pays muter, Mario continue à fumer, boire, baiser, et continue son chemin de perpétuelle nostalgie pour l’avant, sa jeunesse ( il fête ses 60 ans ) , il voit ses amis qui vont partir…

Padura avec son talent pour ne pas mettre grossièrement les pieds dans le plat, brode son texte autour de l’histoire de cette vierge noire magique, et c’est un régal de lire ça, et en avançant on comprend bien ce qu’il entend par ce titre si beau : La transparence du temps.

Ce que j’ai aimé, que j’ai toujours aimé chez cet auteur, ce qu’il répète sans cesse avec  force et sensibilité, c’est son amour de Cuba, de sa ville et de son quartier, son sens aigu de l’amitié et son attachement aux valeurs épicuriennes, vaille que vaille. On a chez Conde des accès de mélancolie, et ici plus fort que jamais une sorte de désenchantement auquel il résiste, désirant toujours croire que tout n’est pas foutu…Et d’ailleurs, avec malice il glisse dans la bouche de Bobby au détour d’une conversation le titre du recueil de nouvelles publié en 2016, « Ce qui désirait arriver »…si on réfléchit à ces 4 mots, ça peut mener loin.

Le morceau emblématique de Mario Conde – et de Leonardo Padura –  ( à égalité avec Yellow Submarine des Beatles )

Je n’aime jamais fermer un roman de Leonardo Padura, et dans sa rencontre avec les lecteurs, il nous a annoncé qu’il travaille sur « un roman qui le rend fou ! » , déclarant qu’il pourrait écrire des polars bien ficelés qui se vendraient comme des petits pains, mais qu’il est écrivain et qu’il se lance des défis, pour lui, mais aussi pour ses lecteurs des quatre coins du monde.

C’est tout à l’honneur de cet auteur d’exception de respecter ainsi l’intelligence de son public et de ne pas céder à la facilité.

Que dire de plus ? Ce livre ouvre les publications de 2019, anniversaire des 40 ans de cette maison d’édition de haute qualité. Un merveilleux roman une fois de plus, mi-roman policier, mi-roman historique, mais oublions le catalogage simplement un roman total. J’adore !

« Est-ce cela écrire ? Se transmuer en un autre ? Renoncer à soi au profit de la création ? Essayer de reconstruire ce qui ne peut être restauré ? Manipuler le mauvais spectacle de la vie, vécue sans possible plan préalable, pour en faire une création plus bienveillante et logique, d’une certaine façon moins humaine et pour cette raison plus satisfaisante ? Jouer à être libre ?  Et même être libre ? »

 

« Ce qui désirait arriver » – Leonardo Padura – Métailié, traduit par Elena Zayas

ce-qui-désirait-arriver-HDEmmené en vacances en Ardèche, j’ai lu ce recueil de nouvelles à un rythme assez lent. Mais finalement, c’était assez approprié pour s’imprégner de la langueur cubaine, et de la voix de l’auteur. C’est toujours avec bonheur que je lis Padura que j’ai découvert ici dans l’art difficile de la nouvelle. Même si je trouve qu’il a tout de même plus de puissance dans le long cours, il s’en sort plutôt bien, surtout dans certaines histoires dans lesquelles j’ai retrouvé la langue doucement ironique et mélancolique de cet écrivain hors normes, son Cuba de derrière les façades ensoleillées, reflété dans le rhum Carta Blanca et ses effets secondaires.

« Au commencement était la fascination. »

 Retour sur la très fantasmée Violeta Del Río  – « Neuf nuits avec Violeta Del Río » – rencontrée dans « Les brumes du passé » ( sans doute un de mes préférés dans la série des aventures de Mario Condé ), et le sucré bolero qui dans sa bouche, avec sa voix, devient un enchantement sensuel, érotique.

Certaines de ces histoires contiennent toute l’humanité de Padura, et j’ai adoré plus particulièrement « Adelaida et le poète »

« Du coin, le jeune poète la vit s’éloigner avec sa robe mauve des jours de fête et  son dossier contre sa poitrine et il crut découvrir la silhouette d’une jeune fille, d’environ dix-huit ans, qui traversait la rue pour aller à la rencontre de la vieille dame. » Elle mérite un poème, se dit Reinaldo. » »

 « La mort heureuse d’Alborada Almanza » dans laquelle une vieille dame à l’approche de la mort voit un ange la visiter, un beau mûlatre bien bâti qui exauce ses trois souhaits avant de quitter cette terre,

« Sous sa main, elle sentit alors la douceur de l’épaisse fourrure du chien qu’elle avait eu quand elle était petite et, au-delà du salon aux dalles de marbre disposées en échiquier, elle put voir la plénitude bleue de la mer tandis que résonnaient les premiers accords d’Almendra, son danzón préféré. »

 « Le mur  » , belle rencontre entre un homme mûr et un gamin qui joue au base-ball seul contre un mur, et « La mort pendulaire de Raimundo Manzanero », suicide conté et commenté par plusieurs voix…

« Comment va-t-on faire pour continuer? Nous ne sommes guère qu’un récipient plein de vie, mais cette vie s’est desséchée parce que nous ne savons plus pour quoi prendre des risques: on se résigne et c’est ainsi qu’on survit. J’ai toujours pensé que survivre était le propre des animaux: manger, dormir, procréer. Vivre ce n’est pas ça, c’est quelque chose de plus créatif, de vivant, justement. Mais il n’y a ni vitalité ni créativité dans ce que nous faisons et dans ce que nous sommes. […]. Et moi, finalement qu’est-ce que je veux, moi ? Je pense que je veux tout juste être moi-même et que je n’ose pas. J’ai passé toutes ces années à me trahir pour obtenir ce que j’ai, mais ce n’est pas ce que je devrais ni voulais avoir. Je crois qu’un jour… » ( Le manuscrit s’interrompt sur ces mots.) »

cuba-191994_1280Il y a les histoires de sexe, de retour de guerre, de beuveries désespérées, la noyade dans le rhum et la fatalité. L’ensemble est au final sombre, sans doute plus sombre que ce que j’ai lu dans les romans, et glauque parfois. Réaliste ? Sans doute, si on arrive à faire abstraction des belles images que l’on nous a données de Cuba, les charmantes vieilles bagnoles américaines, les superbes métisses, la musique si entraînante, les cigares et le bon rhum…Voici ici, plus que jamais je crois dans l’œuvre de Padura, l’envers du décor. Plus triste, plus violent, mais il ne renonce pas, vaille que vaille à son humour doux amer et à la poésie.

Ces nouvelles ont été écrites entre 1985 et 2009 et ne sont pas présentées par ordre chronologique. Pour conclure, une lecture qui peut mettre mal à l’aise par sa crudité parfois, mais qui enchante totalement – et intelligemment – par sa sincérité et son humanité. Je ne sais pas vous, mais je trouve la photo de couverture de ce livre extrêmement belle et bien choisie. Encore une fois, très beau choix éditorial pour Métailié.

« Hérétiques » de Leonardo Padura – Métailié, traduit par Elena Zayas

heretiques-padura Je termine à l’instant un grand livre, dense, exigeant et prenant…Leonardo Padura est parmi les auteurs que j’aime depuis le premier livre lu, sans déception depuis, et le voici de retour avec un véritable monument, dans lequel il déploie tout son talent de narrateur, d’architecte des mots et des histoires, avec une fascinante capacité à construire une intrigue complexe qu’on ne peut pas lâcher, et dont on sort quelque peu sonné. Ceci explique le temps dont j’ai eu besoin pour ces 600 pages. Étourdissant voyage entre les siècles et les lieux, de Cracovie à Cuba en 1939, à Cuba en 2009, puis à Amsterdam en 1643, avant de revenir à Cuba…Un triptyque magistral.

Tout au long de ce roman qui mêle l’histoire tragique du peuple juif à celle de Cuba ( de Batista à Castro via la Révolution jusqu’à aujourd’hui…), il n’est qu’un sujet, qu’un fil conducteur qui depuis toujours anime l’homme : la liberté, le désir et le besoin de liberté, la manière d’y accéder, et les drames qui découlent du manque de cette liberté.

« Car il est possible que même Dieu soit mort, en supposant qu’Il ait existé, et si on a aussi la certitude que tant de messies sont finalement devenus des manipulateurs, tout ce qui te reste, la seule chose qui en réalité t’appartient, c’est ta liberté de choix. Pour vendre un tableau ou le donner à un musée. Pour être du nombre ou ne plus en être. Pour croire ou ne pas croire. Et même pour vivre ou pour mourir. »

havana-222462_1280Cette phrase termine l’épilogue du roman, où j’ai retrouvé avec jubilation Mario Conde, l’ex-flic bibliophile, maintenant vieilli, toujours épris de Tamara, son amour de jeunesse, et surtout toujours entouré, de près ou de loin, par sa tribu d’amis  – j’aime tout particulièrement tous les passages consacrés à ces soirées débordantes d’amitié, d’amour, arrosées de rhum et nourries des plats savoureux de Josefina.

« […]: un gigot de porc rôti, une marmite de moros y cristianos tout brillants de l’huile parfumée des olives toscanes, des yuccas dépravés, ouverts comme le désir avec leurs entrailles humides d’une marinade d’oranges amères, d’ail et d’oignon, et une salade fleurie aux couleurs vives. Ils laissèrent pour la fin les bouteilles de vin, les bières, le rhum et même une bouteille de soda – une seule, au citron, comme l’aimait Josefina – car ce n’était pas le jour pour boire ce genre de boissons gériatriques, comme le fit remarquer le Flaco. »

StLouisHavanaL’histoire commence avec l’arrivée à Cuba en 1939 du paquebot St Louis, et l’attente, sur le quai, de Daniel, petit garçon confié à son oncle Joseph, qui espère en voir descendre ses parents et sa sœur Judith, en vain…Un autre sort que la vie cubaine attend les 937 passagers, juifs allemands…En 2007, Mario Condé est chargé par Elias Kaminsky, fils de Daniel, de retrouver rembrandtune petite toile, supposée de Rembrandt, appartenant à la famille et réapparue dans une vente aux enchères à Londres. L’enquête de Conde, hors de tout circuit officiel va nous faire remonter le temps et nous emmener de la touffeur de La Havane au rude hiver d’Amsterdam en 1643, dans la maison de Rembrandt, dans son atelier, avec ses élèves…Ce sont ces pages qui m’ont pris le plus de temps; immersion dans la pensée et la religion judaïques, dans l’histoire de ces Juifs ayant fui Cracovie pour échapper à un massacre, bien installés dans cette ville d’Amsterdam. Elias Ambrosius ne rêve que d’une chose : peindre…Mais la religion des siens le lui interdit. Soutenu par son grand-père tant aimé et son professeur, il va braver l’interdit. C’est la partie la plus dense, et aussi celle qui m’a le plus impressionnée, parce que Padura écrit là dans un style très différent, la description d’Amsterdam, du maître Rembrandt, de la diaspora juive, c’est riche, approfondi, j’ai appris beaucoup, rencontré Spinoza au passage…un véritable bonheur mais qui m’a demandé une grande concentration.

VROOM_Hendrick_Cornelisz_The_Harbour_in_Amsterdam_mEt là encore, la liberté :

« Vous avez changé ma vie, Maître. Et pas seulement parce que vous m’avez appris à peindre […]vous m’avez appris qu’être un homme libre c’est plus que vivre dans un lieu où on proclame la liberté. vous m’avez appris qu’être libre, c’est une bataille qu’il faut livrer tous les jours, contre tous les pouvoirs, contre toutes les peurs. »

rembrandt-harmenszoon-van-rijn-67621_1280Les conversations de Rembrandt avec son jeune élève juif sont absolument admirables, qu’elles traitent de la peinture, de l’art plus généralement, de foi ou de philosophie, c’est profond, fouillé, magnifique, quoi…

La dernière partie, dans La havane d’aujourd’hui, avec sa jeunesse désabusée qui s’invente sa liberté à travers des groupes, Emos, Mikis et autres et des pratiques douloureuses…Conde recherche Judy – Judith, étrange personne qu’il découvre peu à peu…Et par laquelle il va boucler le cycle de cette histoire bouleversante.

« Il la reconnut au premier regard. […]: les lèvres, les ongles et les orbites noircis, les anneaux argentés dans l’oreille visible et le nez, les cheveux rigides tombant comme une aile d’oiseau de mauvais augure sur la moitié du visage, rendaient son image inoubliable, du moins pour un homme de Néandertal comme le Conde. »

Le propos de l’auteur est clair et on sent bien chez lui la désillusion, l’impuissance face à la misère, à la corruption, à la désespérance. Le seul refuge reste l’amour et l’amitié, un peu de rhum.

« Dans un pays qui devenait, jour après jour, un enclos entouré de très hautes palissades où, selon une étrange pratique, beaucoup de coqs se battaient entre eux, chacun essayant de prendre quelque chose à l’autre et s’assurant qu’on ne lui prendrait rien à lui. » 

Havanna_Street_in_blue_2_mToutefois, quand on le retrouve dans les rues de La Havane, entouré des siens, de ses souvenirs et lieux familiers, l’humour salvateur est de retour : 

« Tu sais pas lire ? Allez, quinze pesos, paie d’abord, dit le bistrotier, et, sans bouger sa lourde fesse, il attendit que le distingué client mette les billets sur le comptoir. Après les avoir pris, comptés et rangés dans la vieille caisse enregistreuse, il lui lança enfin les cigarettes puis se mit à verser le rhum dans un verre d’une propreté qui parut plus douteuse à Conde qu’à un marxiste orthodoxe, en théorie prêt à douter de tout, ou plutôt de tous. »

Ou au lendemain de la fête d’anniversaire de Tamara ( 52 ans ) – qui donne lieu à un petit discours de Carlos le Flaco, absolument émouvant, splendide ode à l’amitié – les effets du rhum haïtien: 

« Le réveil fut des plus terribles, comme Conde le méritait : le sang battait dans ses tempes, sa nuque était brûlante, son crâne opprimait perfidement sa bouillie encéphalique. Il ne se risqua pas à palper la zone du foie par crainte que le viscère ne se soit échappé, lassé des abus. »

256px-Leonardo-padura-ffm001Alors, je sors enchantée de cette lecture, difficile certes, mais enrichissante par les thèmes de réflexion qu’elle aborde, écrite avec brio; je regrette vraiment de ne pas avoir pu assister à la rencontre avec Leonardo Padura qui a eu lieu à Lyon à la librairie « Passages »

Voici ce que Leonardo Padura dit de son livre.

 

 

Photo : Dontworry (Travail personnel) [CC-BY-SA-3.0 

(http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

En tous cas, un coup de cœur pour ce livre ambitieux qui démontre que Padura ne dort pas sur ses lauriers et sait prendre  des risques. Il a raison , il en a les moyens.