« Le Duc »- Matteo MELCHIORRE- éditions Métailié, traduit de l’italien par Anne Echenoz et Serge Quadruppani

« Le dos du dragon

Les corneilles étaient peut-être une dizaine. Elles braillaient. Elles craillaient. Elles voltigeaient. Elles étaient aveuglées, furieuses. Elles tournoyaient dans une mêlée exaspérée, s’acharnant entre elles. Puis soudain elles se séparèrent, fuirent dans des directions opposées et dans le ciel dégagé resta un emmêlement d’ailes, une bagarre confuse qui tournait et tourbillonnait pour finalement, comme atteinte par un coup de fusil, tomber à pic dans le vide. »

Que voici donc un roman merveilleux !  Je l’ai savouré lentement – c’est un gros livre ! – et j’ai pris un immense plaisir à cette histoire italienne. A la fois drôle et poétique, parlant de la vie d’un village de montagne avec ses traditions, ses chefs et ses suiveurs, ceux qui possèdent, ceux qui travaillent, bref, un village, presque comme tant d’autres. Presque seulement parce que ce village a des personnages forts en caractère, une nature de même. Un jeune châtelain de retour en son domaine va sans le vouloir semer la zizanie, lançant cette histoire sur un conflit de forêts, les siennes, et celles de l’autre homme fort du coin, Fastréda. Je vous mets ici un extrait assez long qui à lui seul dépeint fort bien la relation des deux hommes ! C’est sur cette base que tout le livre est bâti, et je le répète, c’est absolument réjouissant et accrocheur, jusqu’au bout. On peut si on le veut « philosopher » sur ce roman, on peut juste se réjouir à chaque page de cette histoire de rivalité, c’est tellement bien écrit !

« Je sentis le charme dangereux du défi faire son chemin dans mes journées. Il me suffisait d’apercevoir la propriété de Fastréda par les fenêtres de la villa pour que je sois saisi du désir de défier ce souverain sournois. Il me suffisait d’entendre prononcer son nom pour que mon sang s’échauffe. Il me suffisait de regarder la Montagne, en direction de mes bois, pour me sentir victime d’une insulte qu’il fallait venger au plus vite. En  outre, chose inédite par rapport aux principes auxquels je m’étais tenu jusqu’ici, il me suffisait de prendre en main les papiers de la boiserie pour qu’une voix lointaine me murmure que j’étais toujours un Cimamonte, et qu’en tant que tel j’étais appelé à défendre ma personne et mes biens des affronts, des insolences et de l’impudence de Fastréda. Fastréda voulait commander? Très bien. Qu’il commande. Qu’il gouverne Vallorgàna. Qu’il règne sur la Montagne. Qu’il agisse en seigneur sur Val Fonda. Mais je ne lui permettrais certainement pas de me piétiner pour maintenir en vie son délirant machin féodal. »

Un jeune aristocrate, héritier d’un manoir quelque peu délabré dans lequel il s’installe, cerné par des forêts dont une part lui appartient. Il veut remonter le domaine, retrouver les archives et l’histoire de sa famille, revenir à la source en quelque sorte de son histoire familiale. C’est sans compter avec Fastréda, jusqu’alors l’homme fort du village, propriétaire de forêts comme notre Duc et c’est sur ce sujet que l’affrontement va commencer: les forêts et leurs limites floues. A quoi va s’ajouter l’amitié – amitié? –  qui se noue entre le Duc et Maria, fille de Fastréda, et vous l’avez compris, c’est bien délicat…y compris pour une raison dont je ne vous dis rien. Mais le chapitre 11, lui, vous en apprendra de bien bonnes.

« Je regardais la villa. Ce n’était qu’un sépulcre nu, une arche vide. Des murs, rien d’autre. Et à mon signal, j’en étais certain, elle s’écroulerait, renversant sa propre histoire et s’enterrant dans ses propres décombres.

Il ne lui restait, véritablement, que moi. Elle me regardait. Elle ne demandait que mon amour et ma présence. Elle ne demandait rien d’autre que ma fidélité: « Reste », dit-elle, « si tu t’en vas, je suis perdue. ».

-Alors, sois perdue, lui dis-je. Meurs. »

La fin? Non, pas tout de suite. Avec un incroyable talent, qui sait mêler le côté dramatique de cette histoire à son aspect frisant parfois le ridicule, dans une sorte de combat silencieux et lancinant, ce jeune auteur écrit là un superbe roman associant la beauté des paysages, la rudesse des âmes locales, la soif de pouvoir, noblesse, amour, histoire, tout ça dans un mouvement qui nous emporte dans les pages sans vouloir s’arrêter. J’ai tour à tour ri, été touchée, j’ai vu les forêts malmenées par les vents, les hommes au café, la fille de Fastréda s’éprendre du Duc. Et puis les incendies, les tempêtes dans les paysages et  les personnages, et puis, forcément il y a les corneilles.

La nature, forte – insoumise? – est ici la plus puissante, c’est elle qui mène le bal des tempêtes, de toutes les tempêtes. Ce sont ici les forêts qui décident en premier lieu de la vie des hommes. Qui doivent finir par se soumettre, par admettre. Je ne suis absolument pas certaine de rendre justice à ce merveilleux roman, un de ceux comme on n’en lit pas très souvent. Un roman d’aventure, d’histoire(s), d’amour, un roman qui fait l’introspection des personnages avec force, vigueur, justesse et un peu de dérision, sans jamais entraver la lecture qui file. Je n’ai pas envie d’écrire plus et de tout raconter, c’est un livre merveilleux, que j’ai savouré tout en voulant le dévorer, un bon gros livre dont on a pas envie de sortir. Premier roman et coup de maître !

Bravo, j’ai a- do- ré !!!!

Une chanson traditionnelle piémontaise:

« Comme une lanterne sur les ruines » – Cécile Schouler, éditions du Panseur

« Chapitre 1

Si je compte jusqu’à trois et que mon ombre est toujours sur le sol, c’est que je suis vivante…Je me récite cette phrase entre deux respirations. Même si je dois aller vite, je prends le temps d’articuler distinctement chaque syllabe dans ma tête; je sais que si je bute ne serait-ce que sur un mot, je devrai tout recommencer. Ça ne plaisante pas les formules magiques, surtout celles qu’on utilise souvent. Moi, je compte dès que la vie devient trop grande. Je dois la réajuster sans cesse avec ces trois chiffres pour me sentir dedans. »

Voici le récit d’une collégienne un peu solitaire. Elle a bien Laetitia, sa copine futile qui aime le shopping, mais elle, elle est « à côté ». Elle, c’est une rêveuse qui lit Prévert. Elle croise régulièrement un jeune homme qui est manifestement et dans tous les sens du terme, à la rue. La rencontre va se faire, improbable, elle et sa vie tranquille, lui…on découvre vite qu’il se drogue, et qu’il utilise son corps pour payer sa dope. Il se vend à des hommes, furtivement, de nuit, il vit ainsi. Enfin si on appelle ça vivre. Elle, rêveuse, idéaliste, elle va bien sûr en tomber amoureuse et décider de le sauver, par son amour qui ne cessera de grandir au fil des jours. C’est cette rencontre qui est là racontée. Pour une histoire pleine de souffrances, de joies brèves mais lumineuses, une sorte de chaos émotionnel et physique plutôt douloureux. La lecture  et Prévert sont un lien entre eux de plus.

« Lire est la seule chose que je fais POUR DE VRAI, la seule chose importante. C’est parce que je n’entendais personne que je me suis mise à écouter les mots. Ils ont de suite su quoi faire. Au milieu des cours de récré et des dimanches pleins d’ennui, ils se sont glissés là où il fallait, dans des creux inconnus, pour les remplir tout entiers. « 

Certaines scènes sont à la limite du soutenable pour peu qu’on soit sensible à la jeunesse perdue – égarée? -. Des pages difficiles à soutenir sans avoir envie de chialer. Et de se dire que laisser ainsi de jeunes gens se perdre, c’est d’une infinie violence et d’une immense tristesse. Se perdre, certes, mais s’aimer par contre…d’un amour fou et sans amarres, qui se nourrit de lui-même et de poésie. Sous l’égide du grand Prévert qui les accompagne dans cette dérive amoureuse. Car c’en est une.

Selon moi il n’y a rien à dévoiler de plus. C’est une histoire d’amour terrible, intense et sauvage. Un amour désespéré. J’en sors assez bouleversée.

Une chanson dans l’histoire, « Maglia », texte de Victor Hugo et la voix de Serge Reggiani:

« Parmi toutes les autres » -Hélène VEYSSIER, éditions Buchet – Chastel

« Tu veux me montrer à quoi ressemble ton chef-d’œuvre. Tu t’assieds à la table. La main en suspens et comme hésitant d’abord au-dessus du papier, de gauche à droite et d’un seul trait chaque fois, tu ébauches la silhouette de trois personnages. Ensuite, t’écartant un peu du dessin pour juger: « Voilà, c’est comme ça », tu as l’air heureux.

Ce court roman raconte la rencontre entre Edgar Degas et une jeune fille de 15 ans, petit rat à l’opéra de Paris qui y gagne chichement sa vie.

De nombreux hommes viennent assister aux ballets, aux entraînements aussi, surtout pour regarder ces petites si charmantes et si jeunes. Bref. Parmi eux, Edgar Degas qui vient « croquer » ces petites danseuses pour ses toiles qu’on connait tous.  C’est la petite Adèle qui sera son sujet de choix, et elle sait qui il est. Et c’est ainsi qu’un jour, elle l’emmènera dans sa modeste chambre, et Degas se sentant ensuite vaguement honteux je suppose, lui laissera un dessin, l’ébauche de « Portrait de famille ».

« Je te dois cela, Edgar Degas, je te dois ma naissance à la culture, à l’art, je te dois la découverte du bonheur d’apprendre. C’est un cadeau immense dont ut ne sauras jamais rien. Pourtant, quand je repense à  nous, c’est aussi de la colère qui me vient, de ton dédain, du sot mépris de certains hommes pour qui n’est pas de leur monde. »

Avec pudeur et une grande délicatesse, l’autrice nous raconte la vie de cette jeune fille, qui se mariera avec le libraire chez lequel elle va chiper des livres. Une vie d’amour avec un homme tendre, une enfant, Sophie. Mais en arrière plan, plane Degas, sa peinture, et ses petites danseuses…et sa famille.

« La famille Bellelli, le même que vous aviez reproduit au crayon dans ma chambre ce jour maintenant lointain…Je m’en souvenais parfaitement, sur la grande feuille que j’avais extraite du carton à dessin de ma cousine, et sur laquelle vous aviez dessiné, il y avait une femme et deux fillettes: trois personnages, c’est tout. Je restais devant le tableau, interdite, émue, étrangement inquiète. »

Oscillant entre une histoire d’amour – peut-on vraiment la nommer ainsi? – et la vie d’une jeune épouse, c’est l’histoire d’Adèle, qui voyant les œuvres de Degas, plus tard, s’interroge sur l’image que le peintre lui renvoie, s’interroge aussi sur la famille de Degas .

Je suis un peu perplexe, non pas sur la qualité du roman, tendre, délicat et qui pose des questions, tout en nous mettant dans l’esprit d’une jeune fille de 15 ans en admiration devant un Degas qui en pas mal de plus. Cette histoire me questionne. Autres temps, autres regards sur le monde et sur les relations hommes-femmes – mais ici, c’est une relation homme-fillette, à peine adolescente…Bref. « Ce beau livre qui conte un amour tu », a quelque chose de dérangeant. Et pour moi de très triste.

Ce qui m’y a plu est la vie que se construit la danseuse, avec son époux libraire et sa fillette, et son intelligence. 

« Enfin, si un jour quelqu’un, quelqu’un qui vous aurait connu, à qui peut-être vous auriez parlé de moi, car il arrive, n’est – ce – pas qu’on évoque des relations insignifiantes, si quelqu’un se souvient de la petite danseuse, alors, qu’il entende en écho l’histoire de votre tableau et la mienne, et qu’ainsi j’existe. »

« Ces mensonges qui nous lient » – Linwood Barclay – éditions Belfond/Noir, traduit par Renaud Morin (anglais/Canada )

« -Il y a peut-être mis quelqu’un en planque, dit l’homme en écartant prudemment le rideau de la fenêtre qui donnait sur la rue. Quelqu’un qui surveille la maison en ce moment même.

Il prit soin de jeter un coup d’œil à l’extérieur sans se mettre devant la vitre. Il pleuvait. La lumière des réverbères se reflétait dans les flaques. D’un geste nerveux, il passa la main dans ses épais cheveux noirs. Les jolis traits de son visage étaient soudain altérés par l’angoisse. »

Ainsi commence ce roman policier bien ficelé, juste assez complexe dans son intrigue pour accrocher la lectrice. Cette lecture fut un moment de détente. Cet auteur écrit bien ( en tous cas c’est aussi bien traduit ) et arrive à capter l’attention grâce à des personnages bien dessinés. Il y a une pincée d’humour, d’ironie et la trame d’apparence simple est en fait un écheveau complexe, avec des retournements successifs qui surprennent. On se fait balader de suppositions en conjectures, et ma foi, ça marche ! On patauge dans la vie de cet homme qui lui aussi est perdu. Cet homme, c’est Jack.

L’intrigue repose sur un programme de protection des témoins dans lequel va être intégré le père du petit Jack et le livre commence sur le départ du père dans ce processus. Les adieux:

« Au lieu de se retourner, le garçon s’approcha de la porte d’entrée, l’ouvrit sans bruit et sortit en courant sous la pluie. Il rattrapa son père alors que celui-ci s’apprêtait à monter dans la voiture de tête.

-Attends.

Il se jeta à son cou. Son père s’agenouilla, voulut effacer les larmes sur les joues du garçon, mais elles étaient impossibles à distinguer des gouttes de pluie.

-Mon grand, je dois…

-Il faut que tu m’expliques. Il faut que tu m’expliques pourquoi tu ne peux pas leur dire que tu regrettes.

-Regretter ne suffit pas toujours.

-Qu’est-ce que tu as fait?

Le père hésita. L’agente s’était installée à l’avant pour s’abriter de la pluie, mais elle baissa sa vitre pour écouter.

-Tu finiras par l’apprendre. Ton papa n’est pas quelqu’un de bien. Ton papa a tué des gens, mon grand. C’est ce que j’ai fait. J’ai tué des gens. Mes excuses ne suffiront pas.

Il l’étreignit une dernière fois, monta dans la voiture et ferma la portière. Le garçon le regarda à travers la vitre et resta sous la pluie jusqu’à ce que la voiture tourne au coin de la rue. »

Jack, adulte, va devenir écrivain au succès bien moyen jusqu’au jour où à sa grande surprise il est recruté par les U.S. Marshals afin d’écrire des biographies fictives pour les gens comme son père, c’est à dire ceux qui ont dû renoncer à leur identité et leur vie ordinaire. Jack, l’enfant qu’il fut, va passer beaucoup de temps à chercher la vérité sur le départ de son père. C’est le cœur du roman et je n’en dirai rien si ce n’est qu’il va être recruté par Gwen Kaminski, de l’US Marshals Service, dont le chauffeur s’appelle Scorcese ( ! ) Mais Jack va enquêter, chercher, se torturer l’esprit pour essayer de comprendre et avoir des réponses. Il y a là de nombreux retournements de situation, des accidents, des surprises, bref on ne s’ennuie pas. Enfin Jack a aussi la chance d’avoir l’amour de Lana,   journaliste au « Star ». Lana est fine, très tendre avec Jack et sait fort bien faire parler les gens. Elle lui sera un secours, un soutien, une bonne compagne.

L’atout de ce roman est un scénario bien ficelé – ce livre ferait un bon film – , de l’humour bien dosé, de l’émotion aussi, des personnages qui d’un abord ordinaire sont pourtant complexes, les situations s’enchaînent à un rythme qui s’accélère au fil des pages, bref ! J’ai lu un film et je suis persuadée que celui-ci serait vraiment sympa. Jack est un beau personnage, qui a gardé en lui quelque chose de l’enfant qu’il fut, ce qui le rend très attachant. Volontairement je ne dis pas grand chose du cœur de l’intrigue, complexe et pleine de rebondissements, ce serait gâcher !!!

Franchement, j’ai passé un très bon moment avec une lecture facile mais pas simplette. Un bon moment de détente. Et j’attends le film, cette histoire est faite pour ça !

Fin émouvante, les derniers mots du père, écrits sur un papier vert déposé dans le portefeuille de Lana:

« Un bout de papier dépassait du rabat qui contenait les cartes, que je ne me souvenais pas avoir vu auparavant. Il s’agissait d’un papier vert, ligné, et j’ai reconnu le papier du bloc-notes qui se trouvait dans la boite à gants de la voiture de Lana.

Je l’ai lentement déplié. Il y avait un mot manuscrit. Écrit à la hâte. Il avait manifestement griffonné ces lignes puis placé le mot là où il pensait que je finirais par le trouver.  […]

Il m’a fallu un moment pour déchiffrer certains mots tant l’écriture était bâclée.

Mais j’ai fini par comprendre ce qui était écrit:

« Jack,

La période de rémission est terminée. Ça aura duré le temps que ça a duré. Les médecins me donnent deux mois. C’est fini pour moi.  Plus rien à perdre. Si tu trouves ça, j’espère que ça voudra dire qu’on a récupéré Lana. Quelle était la probabilité qu’un pauvre type comme moi engendre un fils comme toi? Je ne pourrais pas être plus fier. Que ta vie soit belle.

Je t’aime.

Papa »

« Mon fils ne revint que sept jours » – David Clerson, éditions Héliotrope

« Le premier jour mon fils me confia avoir la sensation que son cerveau pourrissait. Quand il passait la main dans ses cheveux ceux-ci s’arrachaient par centaines. La peau de son crâne était sèche, squameuse. Pourtant l’intérieur lui semblait gonflé par l’humidité. Il croyait parfois qu’un liquide s’écoulait de sa boîte crânienne, lui tombait sur la langue et qu’il l’avalait. »

Vous en conviendrez, le début de ce livre très court, plutôt une nouvelle qu’un roman, est assez peu engageant. Si étrange…

Voici l’histoire: une femme dans un chalet en Mauricie, du côté de Shawinigan, voit un jour arriver son fils qu’elle n’a pas vu – et pas su où il était – depuis dix ans. Il fait à sa mère le récit de son errance et tous deux vont passer beaucoup de temps à marcher dans les tourbières locales, l’homme y retrouvant son enfance.

C’est une sorte d’envoûtement étrange que ce récit, enchanté par ce milieu très particulier que sont les tourbières. L’eau, les plantes, sphaignes et autres, les champignons, la décomposition en lente avancée, avec ses odeurs de tourbe, de pourriture…tout ça donne à ce court petit livre une étrangeté un peu malaisante parfois. Mais le fond du récit, c’est le symbole qu’est cette tourbière, à l’ image du cerveau de l’homme qui après s’être replongé là, repartira. Laissant sa mère, à nouveau. 

Il y a derrière une histoire familiale, juste frôlée, mais cette femme ne restera plus seule dans ce lieu hanté, en quelque sorte. Je pourrais bien sûr dire plus, mais c’est si court, ça n’aurait pas de sens. En tous cas c’est une écriture un peu hypnotique, pour un monde étrange, une histoire triste, mais qui sur la fin s’éclaire par la grâce des petits enfants. Néanmoins, du fils à la mère, on frôle les abords de la folie.   

Ce texte se lit sans peine, mais avec des frissons, pas seulement pour la tourbière – qui pour moi est un symbole autant qu’un milieu – mais aussi pour l’ambiance très spéciale rendue par l’écriture, une sorte de silence, des odeurs, des bruissements… 

Etrange .