« Mon fils ne revint que sept jours » – David Clerson, éditions Héliotrope

« Le premier jour mon fils me confia avoir la sensation que son cerveau pourrissait. Quand il passait la main dans ses cheveux ceux-ci s’arrachaient par centaines. La peau de son crâne était sèche, squameuse. Pourtant l’intérieur lui semblait gonflé par l’humidité. Il croyait parfois qu’un liquide s’écoulait de sa boîte crânienne, lui tombait sur la langue et qu’il l’avalait. »

Vous en conviendrez, le début de ce livre très court, plutôt une nouvelle qu’un roman, est assez peu engageant. Si étrange…

Voici l’histoire: une femme dans un chalet en Mauricie, du côté de Shawinigan, voit un jour arriver son fils qu’elle n’a pas vu – et pas su où il était – depuis dix ans. Il fait à sa mère le récit de son errance et tous deux vont passer beaucoup de temps à marcher dans les tourbières locales, l’homme y retrouvant son enfance.

C’est une sorte d’envoûtement étrange que ce récit, enchanté par ce milieu très particulier que sont les tourbières. L’eau, les plantes, sphaignes et autres, les champignons, la décomposition en lente avancée, avec ses odeurs de tourbe, de pourriture…tout ça donne à ce court petit livre une étrangeté un peu malaisante parfois. Mais le fond du récit, c’est le symbole qu’est cette tourbière, à l’ image du cerveau de l’homme qui après s’être replongé là, repartira. Laissant sa mère, à nouveau. 

Il y a derrière une histoire familiale, juste frôlée, mais cette femme ne restera plus seule dans ce lieu hanté, en quelque sorte. Je pourrais bien sûr dire plus, mais c’est si court, ça n’aurait pas de sens. En tous cas c’est une écriture un peu hypnotique, pour un monde étrange, une histoire triste, mais qui sur la fin s’éclaire par la grâce des petits enfants. Néanmoins, du fils à la mère, on frôle les abords de la folie.   

Ce texte se lit sans peine, mais avec des frissons, pas seulement pour la tourbière – qui pour moi est un symbole autant qu’un milieu – mais aussi pour l’ambiance très spéciale rendue par l’écriture, une sorte de silence, des odeurs, des bruissements… 

Etrange .

« L’homme de Lewis » de Peter May – éd.du Rouergue – traduit par Jean-René Dastugue

J’ai découvert Peter May en 2010 avec le premier volet de sa trilogie de Lewis, « L’île des chasseurs d’oiseaux », qui fut un coup de coeur. Il y mettait en scène pour la première fois l’inspecteur Fin Mcleod et son île natale, Lewis, dans l’archipel des Hébrides extérieures, au large de l’Ecosse. Fin, de retour sur l’île pour enquêter sur un meurtre, après 18 ans d’absence, sera replongé parmi les acteurs de son enfance, dans les traditions ancestrales cruelles, dans le climat tempêtueux de ces landes où l’on se chauffe à la tourbe et où on parle encore le gaëlique. Peter May avait su tenir son lecteur en haleine jusqu’aux dernières lignes.

Paru en 2011, « L’homme de Lewis » nous fait retrouver Fin Mcleod avec un immense plaisir. Tout commence avec la découverte d’un corps « momifié » dans la tourbière, un jeune homme qui sera le point de départ pour Fin ( qui a quitté la police ) d’une exploration du passé parfois peu glorieux de son pays, passé bien caché sous le boisseau des ans et peut-être de la honte.

Ces îles Hébrides, sauvages sous la fureur de l’océan, sont le décor rêvé pour des vies tourmentées; Peter May nous emmène avec ses personnages dans ces lieux balayés par le vent avec un talent magistral, dans une histoire bouleversante, où la question prépondérante est la quête de l’identité, de ses origines et de sa filiation.

Vous trouverez dans les liens le site de Steve, consacré uniquement à des photos d’ Ecosse.



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