« La bête intégrale : 1- La bête à sa mère / 2 – La bête et sa cage / 3 – Abattre la bête – David Goudreault, éditions Stanké ( Québec )

« Prologue

Vous avez trouvé le cadavre. Vous devez disposer de toutes les preuves circonstancielles et médico-légales dont vous aurez besoin.L’affaire est classée, vous avez déjà tiré vos conclusions.

Mais on ne peut arriver à sa conclusion avant de connaître l’histoire.

Voici ma version. Je me livre à cœur ouvert. Ça ne changera rien, peut-être. Peut-être tout, aussi. Si ça n’excuse pas mon geste, ça peut l’expliquer. L’essentiel est dans ce document. Vous y trouverez des circonstances atténuantes ou aggravantes. Je prends le risque.

Vous pourrez croire que c’est romancé ou que je me donne le beau rôle. dans mes souvenirs, dans ma tête, c’est ce qui est arrivé. C’est ma vérité et c’est la seule qui compte…Je vous laisse en juger.

Je vous jugerai aussi, en temps et lieu.

Je demande que ce document soit déposé comme preuve et remis aux jurés. Je suis prêt à corroborer chaque paragraphe sous serment. »

Ce livre, cette série de livres, c’ est une grosse claque dans la gueule. C’est l’expression la plus adaptée quand on en ressort sonné et … empli de doutes sur cette histoire. Cette histoire qui commence ainsi:

« La résilience

Ma mère se suicidait souvent. Elle a commencé toute jeune, en amatrice. Très vite, maman a su obtenir la reconnaissance des psychiatres et les égards réservés aux grands malades. Électrochocs, doses massives d’antidépresseurs, antipsychotiques, anxiolytiques et autres stabilisateurs de l’humeur ont rythmé les saisons qu’elle traversait avec peine. Pendant que je collectionnais des cartes de hockey, elle accumulait les diagnostics. Ma mère a contribué à l’avancement de la science psychiatrique tant elle s’est investie dans ses crises. Si ce n’était du souci de confidentialité, je crois que certains centres universitaires porteraient son nom. »

Le ton est donné. Grinçant, et noir. Et j’ai ri beaucoup, vraiment ri, alors que cette histoire est absolument atroce, violente tous azimuts, et parfois, même si c’est assez rare, il y a un flot d’émotion qui monte dans la gorge, saisissant et relativement bref, désamorcé par un trait d’humour noir .

Je ne vous ferai qu’un aperçu parce que tout ça est impossible à raconter. Le personnage, le narrateur, n’a pas de nom. On sait qu’il est « la bête » à sa mère; sa mère, son idole, l’amour de sa vie, son obsession, cette obsession qui va l’emmener, et nous avec, dans un tourbillon déjanté et sans temps mort. Il nous raconte ainsi que

« Donc, j’ai grandi dans des familles d’accueil. Au pluriel. J’enfilais les familles comme les anniversaires. Les intervenants aussi. Déménagements, changements de garde, transferts scolaires, refontes des plans d’intervention.

Je n’ai jamais aimé les familles d’accueil. Tout le monde disait croire en moi, mais personne ne croyait ce que je disais. Un paradoxe parmi tant d’autres. »

C’est une longue cavale, ce roman, une longue course poursuite emplie de démence, de violence, de misère, de mensonge et d’espoir… ! Car il espère la retrouver, sa mère ! Il est mythomane, notre conteur, il a une vie intérieure intense, une résistance qu’on pourrait lui envier s’il n’en faisait pas une camisole aussi redoutable. Le tome un , c’est la fin des familles d’accueil, il doit avoir 16 ou 17 ans et est déjà, encore ? toujours ? très perturbé comme on dit pour faire modéré. Mais ici, rien n’est modéré, rien. En vrille, complètement dérangé notre héros. A sa décharge, au vu de son histoire d’enfance il a des circonstances atténuantes; et pourtant on n’arrive pas à l’aimer tout à fait, on n’arrive pas à être totalement en phase avec lui tant ses actes sont atroces et parfois gratuits, incompréhensibles – comme avec les chats. -. Avec les chats, avec les gens. Roublard, menteur…et grand lecteur, il lit beaucoup et interprète ce qu’il lit de façon judicieuse mais selon ses critères.  Il ponctue ses réflexions sur à peu près tous les sujets par un « C’est documenté » qui m’a beaucoup fait rire ( vu ce qu’il dit avant cette conclusion récurrente…). Il tient tout au long du livre les pires propos, racistes, sexistes, et tout ce qu’on veut, et s’absout de tous ses méfaits avec une facilité désarmante.

« Ce qui était pratique avec la bibliothèque municipale, en plus des livres à lire, de l’accès à Internet et des filles en jupe, c’est qu’elle était à deux pas d’un bazar. Un bazar qui rachetait les livres à faible prix, mais en quantité. Je bourrais mon sac à la bibliothèque et le déchargeait cinq bâtisses plus loin. Il n’y a pas que l’économie qui doit rouler, la littérature aussi. »

Et en devient si touchant par moments, mais oui…car il saute d’un avis à un autre par une gymnastique mentale extrêmement périlleuse.

« L’argent est la mère de tous les vices, c’est une sagesse millénaire. Les hypocrites qui affirment que ce n’est pas la chose la plus importante pour eux en ont juste assez pour faire semblant. Ce sont des résignés, des gagne-petit. peu importe la devise, peu importe l’endroit sur la planète, on se vend, on se tue, on se prostitue et on accepte d’abandonner son corps, sa force et son temps pour de l’argent. Je ne suis peut-être pas meilleur que les autres, mais je suis plus conscient et ne me laisse pas noyer dans l’hypocrisie générale. Le temps, les amis et les amours passent, l’argent reste. J’ne avais plein les poches et je voulais en profiter. »

Après avoir cru trouver sa mère qu’il recherche activement, vivant de combines, déjà bourré d’addictions, entretenant des relations avec des femmes plus vieilles que lui, pas très belles –  ah il faut l’entendre parler de ses amours !  – , il trouve un vrai travail à la SPA, tout un poème, il chantonne du rap. Ici, Manu Militari

et le voici attrapé et on entre dans le second tome, La bête et sa cage, la prison.

Comme le livre est long, je vous propose le prologue intégral:

« J’ai encore tué quelqu’un. Je suis un tueur en série. D’accord, deux cadavres, c’est une petite série, mais c’est une série quand même. Et je suis jeune. Qui sait jusqu’où les opportunités me mèneront? L’occasion fait le larron, le meurtrier ou la pâtissière.C’est documenté.

Depuis quatre jours déjà, mon univers est réduit à une cellule d’isolement. Mon avocat vient tout juste de m’apporter papier et crayons. Il prétend que ça m’aidera à tuer le temps et que ça pourrait nous être utile au procès. Mes écrits intéressent les légistes et les spécialistes de tout acabit. J’ignore ce qu’ils en tireront, mais mon juriste endimanché me garantit que ce sera du vrai bonbon pour les psychiatres.

La dernière fois que j’ai commis un meurtre, j’avais tout noté. Les experts s’en sont inspirés pour la rédaction de leurs rapports psychologiques. Rapports ayant contribué à déterminer ma peine. La peine, ça ne se calcule pas.

Ils ont affirmé que mon récit était d’une transparence, d’une candeur désarmantes. Ça aurait joué en ma faveur. Paraîtrait que j’ai une capacité d’introspection minimale bien que je m’exprime à foison. C’est grâce à mes études en rien du tout. Autodidacte de la tête aux pieds. Je bombais le torse au tribunal, pas peu fier.

Puis ils ont égrené le chapelet de diagnostics : dysphasique, troubles d’adaptation impliquant des symptômes du spectre de l’autisme, troubles de la personnalité antisociale et narcissique. Malgré mon jeune âge, les spécialistes s’entendaient pour brosser le portait d’une psychopathie complexe. C’était moins flatteur.

J’ai pris seize ans dans la gueule. Paf ! On m’assure que ça aurait pu être pire. Ce sera pire d’ailleurs , cette fois, avec la récidive. Je pourrais ne jamais être remis en liberté. La liberté, c’est dans la tête. Et j’ai le crâne vaste.

En attendant qu’ils finissent l’enquête et déterminent à quel degré d’homicide ils vont me cuisiner, je marine en isolement. Autant écrire.

Je dirai la vérité, toute la vérité, rien que ma vérité. Ce manuscrit peut être remis au juge, aux jurés, aux experts-psychiatres et à un éditeur. Je parie que ce sera un long procès et un bon livre. »

J’ai encore plus ri dans cet épisode. Notre narrateur, il faut le comprendre, est un très très grand mythomane, il a une vie intérieure si intense et une imagination si fertile que ce séjour en prison devient une fantastique aventure dans laquelle son ego va aller de bouffées d’orgueil délirantes en claques dans la figure. Mais en tous cas, la vie de la prison est sordide et ce garçon si violent subit avec un calme olympien ou presque les pires atrocités. Des scènes hilarantes en tous cas et on est pas très fier de se marrer. C’est néanmoins forcément la volonté de l’auteur. Parce que bon, tout le monde y va de son coup de poing, de couteau, de fourchette et autre…C’est la jungle, ça saigne, ça pue. Et notre personnage délire considérablement. Tout à son avantage.

À la suite de cette conséquente épopée pénitentiaire, il est expédié en hôpital psychiatrique – Pinel –  et voici le tome 3, Abattre sa mère. 

« Prologue

À la fin de ce récit, je vais me tuer. Et puis mourir. C’est ainsi. Toute bonne chose a une fin, mais moi aussi.

Vous ne devriez même pas tenir ces pages. Que vous puissiez me lire relève de la providence, du miracle ésotérique. Vous êtes incapable de concevoir la chance qui est la vôtre. À moins d’avoir la foi. Dieu est partout, et je suis là; je vous laisse en tirer vos propres conclusions.

En toute humilité, je ne suis qu’un homme, mortel. Mord déjà. Mais de grands destins foulent le sol de cette terre, une race d’hommes qui marque l’histoire et écrit la sienne. Je suis de cette espèce trop grandiose pour s’effondrer, s’écrouler dan sla vase de l’insignifiance commune. Comme un conquérant, un génie littéraire ou un graffiti célébrant l’amour d’André et Nicole sur la pierre dynamitée d’une autoroute de l’Outaouais, je laisserai ma trace.

D’autres viendront après moi, qui m’imiteront pour les plus misérables, qui s’inspireront de mon œuvre pour les plus nobles. Mais moi, je n’y serai plus. Voici mes derniers écrits, lisez-les en mémoire de moi.

Tout est fini, l’histoire commence. »

De là il sortira, et comme il sème les agressions sous ses pas, on va le suivre dans Montréal, en compagnie d’une punkette shootée, Bebette, et d’une vieille putain qui crache ses poumons, Maple. Drôle de périple souvent nocturne, sous alcool ou cachets, ou tout ce qu’il trouve. Pourvu que ça « gèle ».

Je m’en tiens là, la fin est assez éclairante, et sincèrement je ne crois pas avoir déjà rencontré une plume française de cette sorte. Il y a du rythme, de la poésie, de l’humanité dans tous ses états, y compris les pires. Une œuvre inclassable, qui fait découvrir la jeune littérature québecoise que je vais continuer à explorer. Après Anaïs Barbeau Lavalette et son bouleversant « Je voudrais qu’on m’efface« , mon enthousiasme ne faiblit pas.

Je précise aussi que le parler québecois est présent, mais compréhensible sans dictionnaire et si drôle, si imagé, un parler qui met du relief à l’écriture déjà si brillante. J’ai adoré ce livre totalement unique par son ton, son sujet et la façon de le traiter. Quand je dis LE sujet, il y en a plusieurs, un vrai réquisitoire sur nos sociétés qui laissent des tas de gens à la marge et qui s’étonnent de cette marge ensuite. Un regard sur Montréal et le Québec impitoyable, bien loin des clichés touristiques et angéliques liés à ces endroits. Ceci dit, j’ai adoré cette ville, mais comme toutes les villes, elle n’est pas exempte de laissés pour compte, de misère, etc…J’y ai aussi beaucoup marché ( et pas encore assez à mon goût, va falloir que j’y retourne …), et j’ai aimé ça.

Enfin, ne sautez pas les préfaces exceptionnelles, elles font partie intégrante de la qualité de l’ensemble, signées : Kim Thuy, Manu Militari et Fred Pellerin

Je vous invite vraiment à vous procurer ce livre étonnant, explosif, hilarant, jouissif et extrêmement virulent ! Tout y est au cordeau, Titres des romans, titres des chapitres, préfaces, et bien sûr l’écriture et le propos, un sans faute.

Je crois que le tome 1 a été édité aux éditions Philippe Rey et en 10/8 , avec une chouette couverture signée comme celle de la trilogie Axel Pérez de León ; je mets celles des autres tomes, je les trouve vraiment belles et très évocatrices. Je ne sais pas si les libraires peuvent l’avoir dans l’édition originale comme le mien tout en un, probablement. Sinon, la librairie du Québec à Paris est très sympa et envoie par correspondance. 

Un petit bout de l’épilogue

« Only God can judge me, et au jugement dernier, il ne me jugera même pas! Dieu n’est qu’amour et pardon, c’est pratique. Mon expérience d’homme revenu d’entre les morts a labouré ma spiritualité en jachère. J’ai décidé de croire en Jésus, les saints, les archanges, et leurs diverses déclinaisons. C’est un choix réfléchi, stratégique, qui deviendra peut-être une forme de foi en cours de route. L’appétit vient en mangeant et ça compte aussi pour les hosties. »

J’ai corné une page sur 2…si j’ouvre n’importe où le livre, je tombe sur un truc incroyable et je me remets à lire…mais je dois rester raisonnable et ne pas trop en dire et que je vous garantis un grand moment de lecture. NOIR et JUBILATOIRE !!!

Le site de l’auteur

« La vie parfaite » – Silvia Avallone – Liana Levi/Piccolo, traduit par Françoise Brun

Première partie

Trois kilos quatre cents

Ça montait d’on ne sait quel univers enfoui dans son corps. Loin dans sa chair, comme arrivant d’un pays étranger.

Puis ça augmentait, irradiait depuis le nombril jusqu’à l’infini. Soixante secondes, précises, régulières. Elle savait qu’elle allait lui briser les reins. Grandir encore. Devenir géante, comme Rosaria , sa mère, abandonnée la veille sur le canapé, comme ce téléphone dans le couloir, qui n’avait pas sonné depuis des années; les yeux de Zeno quand il lui avait dit : »Partons. »

Son cœur allait s’arrêter, comme tout ce qui ne peut pas guérir. Adele le savait. »

Quand le premier roman de Silvia Avallone fut publié, ce « D’acier » exceptionnel, j’ai été véritablement heureuse d’entendre une voix aussi belle et talentueuse parler de l’adolescence dans une cité ouvrière, et les deux gamines Anna et Francesca sont restées inoubliables. Puis est paru « Marina Bellezza », que j’ai aimé aussi, qui lui aussi explorait les vies de jeunes gens en Italie en temps de crise, les rêves qui se brisent sur le chômage et la précarité;  mais c’est dans « La vie parfaite » que je retrouve très fort ce que j’ai tellement aimé dans « D’acier ». Les filles sont encore adolescentes, dans cet entre-deux hésitant et difficile, dans la cité des Lombriconi, à la périphérie de Bologne.Si j’ai trouvé que le livre aurait pu être un peu resserré, il a été pourtant un grand plaisir de lecture. Avec cette petite Adele, pas tout à fait 18 ans, et enceinte, déjà…Les Lombriconi, une vue de dehors:

« Une femme à son balcon, en train de fumer. Les cheveux desséchés par les décolorations, la peau ternie par la nicotine et le regard marqué par les heures supplémentaires. Elle était en jogging, ou peut-être en pyjama, observant la cour en bas où s’était rassemblé un groupe de jeunes en scooter. Zeno fut certain qu’elle cherchait parmi eux le visage absent de son fils.

À d’autres fenêtres, à d’autres balcons des sept tours qui enserraient les Lombriconi sur trois côtés, comme pour les assiéger, il y avait des dizaines de femmes semblables. Plus jeunes, plus vieilles. À demi cachées derrière un rideau, ou le front plissé contre la vitre. Des pinces à linge à la main, un petit miroir de maquillage, un portable. Toutes identiques dans leur façon de regarder dehors, tels des oiseaux coincés dans un colombier. »

Les Lombriconi, vue de dedans :

« Petit, Manuel D’Amore était bon au foot, il savait tirer et marquer des buts. […]

Ce jour-là, il était rentré en nage et mort de soif, et il avait trouvé sa mère par terre, la bouche en sang.

Par la fenêtre ouverte, à travers les rideaux, on entendait les coups frappés dans le ballon et les insultes.

Il l’avait crue morte. Pendant un long moment, cloué sur place dans l’entrée, la porte encore entrebâillée, tout s’était effondré autour de lui.

Ce n’était pas la première fois que son père la frappait, il le faisait tout le temps, mais au point de la tuer… Manuel savait qu’elle n’était pas jolie. elle était trop grosse, elle s’habillait comme un homme: jeans larges, grands pulls noirs jusqu’au cou. Jamais un bijou, les cheveux coupés très court. Mais c’était sa mère, personne ne la remplacerait. 

Il avait trouvé le courage de s’approcher. S’était penché sur elle et l’avait vue respirer : elle était seulement évanouie.

Le monde de Manuel avait recommencé à tourner. »

Manuel écoute Eminem: Lose yourself

J’ai aimé Adele intensément le temps de cette lecture dans laquelle les filles et les femmes sont à l’honneur, bien que les personnages masculins ne soient pas négligés.

Le test:

« Ça doit être bon, maintenant », dit Claudia.

Adele vérifia l’écran de son portable: « Deux minutes quarante et une.

-C’est bon. »

Elles se retournèrent. Il était là, sur le lavabo: un objet inoffensif qui ressemblait à un stabilo. Elles s’approchèrent. Toujours se tenant la main. En nage, le cœur battant. Mais certaines, au fond, que rien ne leur arriverait, que ce n’était qu’une mise en scène, une saynète comme à l’école. Où on faisait comme si. »

Les filles m’ont séduite, attachée. Le sujet principal autour duquel tournent les vies, c’est la maternité et la féminité, à tous les âges et pas toujours en phase. Mais les hommes et les garçons pour autant ne sont pas juste des ombres autour, non. Mon préféré est bien sûr Zeno, grand jeune homme dégingandé et surtout lycéen au centre ville. ce qui le démarque, alors qu’il vit aux Lombriconi.

Zeno, amoureux silencieux d’Adele et qui de sa fenêtre scrute sa vie pour écrire son roman:

« La « vie privée », aux Lombriconi, était un bien grand mot. Si on voulait, on connaissait les secrets les plus noirs des gens. La nuit, en tendant l’oreille, on entendait le ronron des ventilateurs mais aussi le frottement des draps.

Les façades des blocs d’immeubles formaient un zigzag, comme un dessin d’enfant. On s’épiait en coulisse depuis les balcons et les fenêtres des mêmes étages, par la fenêtre de la salle de bains ou celle de la cuisine. Sans compter la multiplicité des points de vue, depuis les tours en face ou à côté, les bancs et les murets de la cour, où il  y avait toujours quelqu’un pour regarder. Le concepteur de ce quartier devait avoir eu des visées littéraires. Zeno, d’ailleurs,n’était ni un espion, ni un fouineur.

Il écrivait.

Il aurait pu passer des heures dans cette position inconfortable, à regarder Adele débarrasser. »

Les personnages de Silvia Avallone ne sont pas tous du même milieu et elle les mêle habilement, faisant se rencontrer des attentes qui s’emboîtent et qui vont créer des liens. Mais pour tout vous dire, ce sont ces adolescentes de la cité qui m’ont totalement bouleversée. Les descriptions que l’auteure en fait sont d’une grande justesse, sur le langage, les tenues, les rencontres, et surtout quand elle entre dans leurs pensées et qu’elle saisit leurs peurs, leurs angoisses, leurs attentes qu’elles savent inatteignables et finalement leur ingénuité sous des airs dégourdis et bravaches. C’est un grand talent de Silvia Avallone, cette empathie avec ces jeunes filles.

Voici la 4ème de couverture qui n’en dit pas trop:

« Le matin de Pâques, Adele quitte le quartier Labriola et part accoucher, seule. Parce que l’avenir n’existe pas pour les jeunes nés comme elle du mauvais côté de la ville, parce qu’elle n’a que dix-huit ans et que son père est en prison, elle envisage d’abandonner son bébé. À une poignée de kilomètres, dans le centre de Bologne, le désir inassouvi d’enfant torture Dora jusqu’à l’obsession. Autour de ces deux femmes au seuil de choix cruciaux, gravitent les témoins de leur histoire. Et tous ces géants fragiles, ces losers magnifiques, cherchent un ailleurs, un lieu sûr, où l’on pourrait entrevoir la vie parfaite. Avec un souffle prodigieux et une écriture incandescente, Silvia Avallone compose un roman poignant sur la maternité et la jeunesse italienne écartelée entre précarité et espoir. »

C’est un résumé parfait, et j’espère que les petits extraits que je vous livre vous tenteront.

Écoutez-la, Silvia Avallone, écoutez-là : 

Un très beau livre, fort, humain, social, militant. Je rajoute qu’à l’heure du confinement, on imagine sans peine la vie aux Lombriconi, derrière les rideaux…Silvia Avallone sans aucun doute doit y penser, elle qui saisit si bien ces quartiers, leur vie, leurs vies et leur âme. Et qui nous montre en héroïnes toutes les femmes de ce quartier. Coup de cœur !

En mode flemme, mais pourtant…Henry Miller et Valentine Imhof

Ben oui, quoi, partout on entend « LISEZ !!! » mais « LISEZ DONC !!! »

L’injonction est d’actualité. C’est le moment parfait pour lire ( pour autant qu’être confiné chez soi soit quelque chose de parfait ) parait-il.

C’est TOUJOURS le bon moment pour lire si on n’a pas d’autre urgence. Ici et pour moi, lire c’est juste du plaisir, écrire c’est autre chose, c’est une discipline et en ces temps contraints, la discipline, je m’en déleste un peu.

Vous savez bien que lire est mon activité quotidienne, et je lis. Mais paresseusement. Et je lis des livres prêtés, offerts, achetés et mis de côté. Bientôt, Silvia Avallone et la jeune Adele dans  « La vie parfaite » puis j’espère pouvoir vous proposer une lecture québecoise, une trilogie dingue. Alors le premier opus peut-être.

Mais dans l’immédiat, je vous livre en quelques mots ce livre qui n’est pas un roman, mais une biographie que j’ai dégustée au soleil;  ça se lit comme un roman, et c’est écrit par Valentine Imhof , Henry Miller fut son sujet de mémoire en littérature américaine:

Henry Miller, la rage d’écrire – éditions Transboréal – collection Compagnons de route ( 2017 )

Je n’ai lu de Miller que « Le colosse de Maroussi », après un voyage en Grèce, et je n’avais que peu d’idée de la vie de cet auteur qui fit scandale chez tous les biens-pensants du XXème siècle. J’ai rencontré un homme qui sans cesse écrivait, même si ce fut longtemps « dans sa tête », qui se maria un nombre de fois considérable, une sorte de grand enfant curieux, capricieux, épris de liberté. Je conseille à tout le monde cette lecture qui m’a donné envie de lire Henry Miller, d’autant que sous la plume de Valentine ce personnage prend une amplitude et un sens puissants. En accord avec elle, qui m’adressa ce livre pour mon anniversaire en 2018 à la suite de notre entretien pour  » Par les rafales », je vous propose ici la conclusion de 4 pages. Parce qu’elle m’a émue, parce que j’ai compris pourquoi Valentine avait choisi cet écrivain comme sujet, parce que je l’ai retrouvée en filigrane, elle, entre les lignes.

« Conclusion

Un élan vital et libérateur

Henry aurait plus de 125 ans et serait peut-être un peu surpris – probablement agacé -par cette énième biographie, comme il l’était quand, de son vivant, certains de ses amis évoquaient le projet de lui consacrer un livre. Il se sentirait engoncé, coincé aux entournures, et ne se reconnaîtrait sans doute pas dans cette trajectoire linéaire, lui qui écrivait dans « Le Monde du sexe »: « On n’avance pas dans la vie en terrain plat ou en ligne droite; souvent on brûle les haltes indiquées sur l’horaire; parfois on quitte complètement le sentier battu.[…] Ce qui se passe à tout moment de notre vie à tout jamais reste insondable, inépuisable et ineffable. » Et parce que Miller est hors-norme, inclassable et irréductible, tout ce que l’on pourra écrire sur sa vie et son œuvre ne peut être que soluble, provisoire et caduc, et ne le contient pas, car toute nouvelle lecture de ses livres nous le révèle autre, insaisissable, et pourtant si présent et si proche. C’est certainement parce qu’il réussit à entretenir avec son lecteur une intimité rare, lui insuffle une part de cet élan vital qui l’anime et nous invite à porter sur le monde un regard tout neuf, celui du candide ou du fou, qui conserve intacte et perpétuelle sa capacité à s’émerveiller.

Il refuse toute vérité révélée, ne prête allégeance à aucun système, rejette en bloc les -ismes quels qu’ils soient, est constamment rétif à tout ce qui est péremptoire, fige, enferme, sclérose, et rend la vie morte. Sa prose éruptive traduit le le mouvement, essentiel, de toute chose, et ses paradoxes, ses incohérences et ses contradictions, en sont les illustrations permanentes. « L’univers [que l’homme] doit créer de par son destin même est en lui; et lorsqu’il le découvre, il est roi. Mais cet univers, comme n’importe quel autre, est un flux perpétuel, en constant changement. Il peut s’enfler comme l’Amazone ou s’effiler comme un couteau et devenir Colorado.[…] Mais il lui faut couler, garder sa fluidité mouvante, sous peine de mort. » ( Le Monde du sexe )

La force de Miller a été de montrer qu’un roman peut être ce que l’on veut qu’il soit, à l’écart des canons de l’orthodoxie littéraire et des genres traditionnels. On peut admirer son obstination à faire entendre sa voix discordante et nouvelle, à imposer sa liberté de créateur iconoclaste, à transfigurer le monde par l’écriture pour en donner une vision originale, fluctuante, kaléidoscopique, explosive, et en permanente expansion, toujours portée par un humour et une autodérision salutaires. Il nous invite constamment à ne pas le prendre trop au sérieux,car il n’a vraiment rien d’un gourou, ne cherche pas à convaincre de quoi que ce soit ni à s’attacher des adeptes. Il revendique, au contraire, le droit au détachement, et exprime une forme d’individualisme forcené et positif, qui n’est pas de l’indifférence ni de l’égoïsme, mais qui le garde d’avoir un jugement sur tout, et de prendre une part active aux événements qui secouent le monde. Il préfère pouvoir se tenir au-dessus de la mêlée, et conserver ainsi une hauteur de vue qui n’entrave pas, ne ferme aucune perspective. Et tant pis si, de ce fait, il n’est l’homme d’aucune grande cause – et refuse tout autant d’assumer la double paternité de la contre-culture et de la libération sexuelle qu’on a voulu lui attribuer – , car c’est certainement ce non-engagement dans des luttes circonstancielles et datées qui conserve à ses textes toute leur actualité et leur pertinence. Il s’est contenté de tracer son chemin, de chanter à tue-tête sa passion pour la vie, et il nous invite à en faire autant, persuadé que « chacun a en lui un livre – chacun est un livre, le livre qu’il écrit lui-même » ( Flash-Back – Entretiens de Pacific Palisades).

Certains de mes voyages m’ont permis de le rejoindre du côté de Monterey sur les côtes rocheuses du nord de la Californie, à Albuquerque, La Nouvelle-Orléans, Detroit, au Grand Canyon et dans les rues de Brooklyn, Manhattan, Montparnasse et Clichy avec, pour guides, les pages de ses livres. C’est aussi grâce à lui que j’ai pu parcourir la Grèce sans y être encore allée, tant les descriptions du Colosse de Maroussi la restituent, vibrante de couleurs, de chaleur et d’humanité. Puis je me suis installée à St-Pierre-et-Miquelon, et j’y ai trouvé une cabane à flanc de rochers, mon Big Sur miniature, tout à l’ouest de l’île. Comme Henry, ce n’est pas une maison ni un terrain que j’ai achetés, ce sont les éléments et la vue, la mer, ses bleus changeants et ses tempêtes, le ciel et ses aurores boréales, l’air chargé de salin et du parfum chaud des spruces, les paquets de brume laiteuse, le soleil qui plonge dans l’Atlantique Nord avec des incandescences électriques. Et je suis persuadée que, comme moi, il adorerait cette enclave à l’écart des fracas du monde, pour y écrire en regardant passer les baleines, y lire allongé dans la camarine face aux falaises de Langlade, y respirer les embruns, se livrer à la force et à la beauté des choses et simplement pouvoir jouir du bel aujourd’hui chanté par Cendrars.

Et quand je m’abandonne au simple plaisir d’être là, gagnée par une douce indolence, les sens en éveil et la tête au repos, j’ai envie de dire:« Je me sens chez moi dans l’univers. Je suis un habitant de la Terre et non d’une de ses parcelles, que celle-ci soit étiquetée Amérique, France, Allemagne ou Russie. Je ne dois allégeance qu’à l’humanité, et non à un pays, une race, un peuple.[…] Je n’ai d’autre fin ici-bas que de travailler à l’accomplissement de ma destinée, qui est mon affaire à moi. Ma destinée est liée à celle de n’importe quelle créature qui habite cette planète […] Je refuse de gâcher ma destinée en me bornant à considérer la vie selon l’étroitesse des règles qui la cernent aujourd’hui comme autant de pièges. […] Je dis: « La Paix soit avec vous tous ! » et si vous ne la trouvez pas, c’est que vous ne l’avez pas cherchée » ( Max et les Phagocytes )

Merci Valentine.

En attendant la suite, eh bien patience, courage, faites gaffe au chocolat, aux apéros et aux cacahuètes, et puis si vous ne savez pas quoi faire…lisez !  Par exemple…« Le droit à la paresse » de Paul Lafargue ( éditions Allia )

J’allais oublier:  profitez bien de la vie de famille ! 

 

Les éditions Zoé, ma découverte suisse.

J’ai lu ce matin ce texte rédigé par l’éditrice et directrice des éditions Zoe, Caroline Coutau, sur le site Heidi.News

https://www.heidi.news/articles/il-faut-sauver-les-livres-l-actualite-vue-par-caroline-coutau-directrice-des-editions-zoe

Cet appel à soutenir l’édition, les écrivain-e-s, la littérature m’a touchée, et Caroline Coutau a accepté que je relaie son inquiétude.

L’article contient de nombreux liens à explorer. 

Ce petit post a pour but de soutenir cette belle maison d’éditions à laquelle je dois de très beaux moments de lecture ces derniers mois, « La voisine »,  « Le graveur », « Neiges intérieures » ou « Il est temps que je te dise » lu dernièrement, splendide et bouleversant récit. Qu’une telle éditrice risque de mettre la clé sous la porte, ça me chagrine. Son travail consiste à soutenir des artistes, à proposer des textes qui, à mon point de vue, se démarquent. Les éditions Zoe ont une vraie personnalité et existent depuis 1975. Comme je ne peux pas faire autre chose que lire les parutions Zoe, donner envie de les lire, et en parler…Rendez-vous sur leur site : https://www.editionszoe.ch/

Vous pouvez lire mes chroniques si ça vous tente, mais surtout lire les livres dont elles parlent . Dans tous les cas, il est bon de rester curieux, d’aller explorer hors des sentiers battus, et les éditions Zoé sont un lieu à visiter, c’est sûr.

Je profite de ce moment pour remercier Nelly Mladenov qui m’a permis cette belle découverte. Merci Nelly ! 

« Entre deux mondes » – Olivier Norek – Pocket

« L’enfant

Quelque part en Méditerranée.

La main sur la poignée d’accélération, il profita du bruit du vieux moteur pour y cacher sa phrase sans créer d’incident ou de panique.

-Jette-la par- dessus bord.

-Maintenant?

-On s’en débarrassera plus facilement au milieu de la mer que sur une aire de parking. Elle tousse depuis le départ. pas question de se faire repérer une fois qu’on les aura collés dans les camions en Italie.

Dans l’embarcation, deux-cent soixante-treize migrants. Âges, sexes, provenances, couleurs confondus. Ballottés, trempés, frigorifiés, terrorisés.

-Je crois pas que je peux y arriver. Fais-le, toi. »

Avant toute chose, je tiens à dire que lire m’est difficile en ce moment, assaillis que nous sommes toutes et tous par des messages et des informations anxiogènes dont il est difficile de s’abstraire, je n’échappe pas à cet état. Pour la lecture, j’ai lâché 3 livres qui doivent paraître ou sont parus. Pas accrochée à la moitié, j’ai renoncé; ce n’est peut-être pas leur heure, on verra. J’ai encore une jolie pile, mais on sait que les sorties sont repoussées et c’est le moment d’honorer les livres offerts, prêtés et achetés. Enfin, je ne passerai pas autant de temps sur mes articles, à chercher des images ( même si j’aime bien ajouter des photos, les chercher, les choisir, des photos libres et gratuites, croyez-moi, ça prend du temps ), et ce sera moins long. Pour tout vous dire c’est le calme plat ici et je me demande parfois pourquoi je passe autant de temps sur ces bafouilles…mais je sais bien pourquoi, c’est parce que je garde cette envie de partager et de donner envie. Et je le fais pour les auteurs, surtout les nouveaux, les premiers romans, les choses plus « confidentielles » qui ne le sont que parce que pas saisies dans le grand mouvement de la célébrité, du « grand » éditeur ou de la visibilité médiatique. Et je me demande si je suis bien efficace.

Bah ! Je continue parce que j’aime ça. Et parler de David Chariandy, d’Alan Parks et là, maintenant, d’Olivier Norek qui m’a bouleversée, parler d’auteurs connus ou pas, parler de beaux textes ça me plait à moi, et c’est déjà ça.

Donc, un grand Olivier Norek, paru en 2017 – je vous ai bien dit que j’avais toujours un train de retard – . J’avais beaucoup aimé la trilogie et l’inspecteur Coste et là je dois dire que je suis absolument admirative, car disons-le clairement, c’est un sujet « casse-gueule » auquel il se frotte, Norek, et il s’en tire avec brio, nous proposant un roman extrêmement fort, particulièrement noir plus que policier ; si parfois par la grâce des personnages, il envoie un message qui tend à la fraternité, il repasse du côté sombre et désespéré fatalement compte tenu du lieu et du contexte.

« Nous devenons tous des monstres quand l’histoire nous le propose. »

Mais en fait il est là le talent d’Olivier Norek, il sait doser, on sait qu’il le fait en connaissance de cause, il écrit remarquablement, c’est intelligent, jamais caricatural, il nous brosse des portraits creusés, certains tourmentés par une conscience tenace et résistante à toute épreuve ou au contraire totalement dénués de tout état d’âme. Mais je dois dire que c’est bien plus fin que ça, plus fin,  la nuance est partout.

« Kilani ferma les yeux tout le temps de son grand nettoyage. Il resta calme et comme apaisé. Manon se demanda s’il pensait à sa mère, lorsqu’elle avait eu les mêmes gestes. Sur sa peau noire, les blessures n’étaient pas immédiatement visibles. mais le gant glissa sur ses épaules et caressa une brûlure. Sur une de ses jambes, une grande balafre courait le long du mollet. Dans son dos, des stries boursouflées. Ses mains étaient abîmées comme si elles avaient travaillé toute une vie. Manon n’était pas émue. Enfin, pas seulement. Elle était aussi en colère. une vraie colère profonde qui grossissait à chaque nouvelle découverte. Sous ses doigts, cette partition de cicatrices racontait la vie de l’enfant. »

Comme je suis en mode paresse, voici Olivier Norek qui mieux que moi parlera de la genèse de ce livre, qui pour moi devrait être lu massivement ( comme je suis énervée, je dirais même à voix haute aux plus récalcitrants attachés sur leur chaise, oui, c’est l’effet sur moi du confinement, ça… )

Dans ce livre, il est question de la Jungle de Calais, de policiers, de l’un d’entre eux, Bastien Miller, tout nouvellement arrivé avec sa femme dépressive et sa fille ado, Manon et Jade et d’un autre flic, syrien, Adam, qui cherche sa femme et sa fille, Nora et Maya ( avec Monsieur Bou ) dans cette Jungle.

« Il ne pourrait pas sauver son pays. Seules sa femme et sa fille comptaient à présent. Il allait quitter la Syrie par tous les moyens possibles. Et que ceux qui diraient qu’il aurait pu se battre pour aider son peuple aillent se faire foutre. Ou viennent à sa place, dans ce hangar surchauffé, recenser des suicidés aux pieds brûlés et aux dents arrachées. »

Et puis il y a Kilani…dans cet « entre deux mondes » violent, cruel, livré à lui-même et de ce fait livré aux prédateurs.

« Partout dans le monde, tu trouveras toujours un homme pour profiter de la détresse des autres. »

Les migrants fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l’autre côté, on les empêche d’aller là où ils veulent. C’est une situation de blocage, on va dire. […] Vous croyez aux fantômes, Passaro ?
– Je ne me suis jamais posé la question. Vous parlez des esprits qui hantent les maisons ?
– Exact. Coincés entre la vie terrestre et la vie céleste. Comme bloqués entre deux mondes. Ils me font penser à eux, oui. Des âmes, entre deux mondes… »

Il y est question d’êtres humains et d’abandon. Mais aussi de courage, de fraternité, d’amour.

Un très très beau livre. D’accord avec Joann Sfar, magistral.