« Mon désir le plus ardent » – Pete Fromm -Gallmeister/Americana, traduit par Juliane Nivelt

« Prologue

Les coups d’œil. Les regards ébahis. Les œillades furtives. Ils plongent Dalt dans une fureur biblique. À deux doigts du châtiment divin. Du calme, mon grand, ce n’est pas pour moi. Une vieille chouette en fauteuil roulant, le bras secoué de spasmes? Ils en ont vu d’autres. Allons, allons. Ce qui fait tourner les têtes, ce qui décroche les mâchoires, c’est Dalt en train de pousser le fauteuil. Dalt, l’inspiration originelle du David de Michel-Ange, maqué par une harpie? Évidemment qu’ils nous fixent, évidemment qu’ils se posent des questions. Je m’en pose bien, moi.

Mais si je suis dans un bon jour, que les mots glissent facilement le long de mes synapses en loques, je leur dis:

-Et encore, ça, ce n’est rien. Vous devriez nous voir au lit.

Voilà qui leur en bouche un coin. »

Voilà. C’est ainsi que commence ce roman qui m’a totalement bouleversée, émue, mais aussi amusée. Vous entendez ce ton ? Cette ironie douce amère?  C’est la voix de Maddy qui va nous raconter son histoire, indissociable de celle de l’homme de sa vie, Dalton, le beau, très beau Dalton. Tous deux sont des guides de rivière dans  le Wyoming. Leur rencontre, alors que Maddy, 20 ans, vit avec Troy qui en a 32 et qu’elle a juré de ne jamais s’éprendre d’ un garçon de son âge, leur rencontre est indescriptible; ce sont deux aimants qui se rapprochant un peu ne peuvent que se retrouver collés l’un à l’autre, avec la certitude que c’est pour toujours, c’est une fusion charnelle et mentale aussi ( je n’aime pas le mot « spirituelle » pour ces deux-là ) . Alors pour tout vous dire je ne suis pas une adepte du roman d’amour. Quand l’amour est le sujet central. Pourtant ici c’est le cas, c’est un amour incroyable, comme chacun de nous je pense peut en rêver, en espérer la rencontre dans sa vie. Et pourquoi alors est-ce que j’ai autant aimé ce livre? Mais parce qu’on a ici une écriture, un tempérament absolument prodigieux et jamais jamais de sirop. J’avais connu le même émerveillement en lisant « Lucy in the sky », et surtout « Comment tout a commencé », plein d’une tension terrible (si vous l’avez lu, vous souvenez-vous de la chasse à l’hirondelle d’Abilene ? Inoubliable. )

Donc Maddy et Dalt se rencontrent, se percutent, se mélangent. Il y a la rivière, la Buffalo Fork, Maddy qui pêche dans son coin secret, elle est douée, elle est en totale harmonie avec ce milieu et elle revit en pensée sa première nuit avec Dalt.

« Mais dans les ombres qui m’entourent, tout est frais, immobile. Je frissonne et je sors un peu de soie, levant à peine le bras pour lancer, pas plus que nécessaire; c’est tout ce dont je me sens capable dans mon état. Je pose la nymphe et je la laisse couler, j’attends.

Ravagés. C’est le seul mot qui commence à s’en approcher. J’aimerais parler une langue étrangère, connaître un verbe que je pourrais conjuguer à l’infini. Je l’ai ravagé. il m’a ravagée. On s’est ravagés.

« Dévoragés » […] »

Ils vont se marier les pieds dans la rivière et c’est merveilleux de les écouter se parler, ils ont un formidable sens de la répartie et leurs conversations volent au -dessus de l’eau ponctuées de rires, de jurons ( Maddy aime jurer), de blagues douteuses, mais surtout il y a une charge sensuelle et émotionnelle incroyable. Le talent de Pete Fromm pour ces évocations me laisse muette d’admiration. Il arrive à faire de ces scènes sans jamais aucune niaiserie, des scènes carrément érotiques, c’est beau, c’est fort, j’ai adoré ça !

Bien sûr si tout se passait ainsi, ils vécurent vieux et eurent beaucoup d’enfants, ce serait vite à faire bailler…Mais Pete Fromm a aussi le talent de jeter le dysfonctionnement à point nommé; la tension érotique s’augmente d’une tension dramatique quand Maddy apprend qu’elle est atteinte de sclérose en plaque ( je ne dévoile rien, c’est en 4ème de couverture), et enceinte alors que Dalt est en Mongolie comme guide:

« -SP? Vous voulez parler de sclérose en plaques?

Il avait esquissé une pantomime de tristesse, léger haussement d’épaules, lèvres pincées, regard navré, avant de prendre la fuite aussi vite que Wu, comme s’il venait de traverser le mur, me laissant échouée sur une plage de papier froissé, ne sachant que faire, où aller, essayant de respirer normalement: inspiration, expiration – c’est tout ce dont je me souviens. Mais je n’ai que vingt- sept ans, merde. Je cours les rivières. Je franchis tous les rapides, même les pires, sans la plus petite hésitation. J’ai une santé de fer. Moi, dans un fauteuil roulant, secouée de spasmes, tête pendante, mains sur les genoux, agitées de courants invisibles? »

Ils attendaient cet enfant, ils savent depuis le début qu’ils feront des enfants. Là ils savent avec une éblouissante certitude que ce sera un garçon et comme c’est au moment du voyage en Mongolie, il s’appellera Attila ! Atti. Des scènes à la fois drôles et tristes avec les tests de grossesse, Maddy prise de vertiges avec un poisson à faire empailler et un test de grossesse à la main:

« J’ai l’impression d’être restée des heures sur la cuvette, le cul engourdi, rouvrant les yeux après chaque nouvelle vague, le petit signe « + » bleu me fixant depuis sa fenêtre alors que Dalt, à l’autre bout du monde, est injoignable.

Ce n’est pas une façon de l’apprendre, et je n’arrive pas à croire que je n’aie pas fait ce test débile dès mon premier jour de retard. Qui sait quels dommages ont pu causer tous ces IRM, puisque je n’ai pas mis les docteurs au courant de mon état, puisqu’en fait, je l’ignorais moi-même. D’ailleurs c’est quoi exactement, un putain d’IRM? Est-ce qu’ils te balancent des rayons X dans leur putain de tube? Grillant toutes les cellules minuscules qui font de leur mieux pour se diviser, se multiplier, se transformer en poumons et en doigts, en cerveau et en cœur? J’agite le bâtonnet comme un vieux thermomètre, espérant modifier le symbole, et je dis:

-Mon pauvre petit Attila. Je suis désolée. »

Je vous laisse découvrir par vous-même ce qu’il advient de ce couple, la maladie, les enfants, l’obligation de quitter la rivière, l’eau, cet élément qui les a réunis et dont ils doivent s’éloigner. Que leur importe, leur amour dépasse tout ce qu’on peut imaginer, peau à peau de la hanche à l’épaule, ils s’accrocheront, résisteront, auront une petite fille superbe, Izzy. Le caractère bien trempé de Maddy développe une énorme colère plus que du chagrin contre cette foutue SP –  alors que Dalt anticipe, aménage, prévient. Il y aura des crises qui jamais ne résisteront à leur amour fusionnel, total, incommensurable, indestructible. Cela pourrait être ennuyeux, c’est merveilleux, poignant, et comme Maddy a un humour grinçant, on sourit parfois.

Jusqu’au bout, Maddy dira qu’elle est veinarde, parce que Dalt l’aime encore et toujours avec la même ardeur et qu’ils ont deux enfants admirables.

 

« Tout le mal qu’elle s’est donné pour cacher sa douleur, sa frustration, ses larmes. Rien que son amour, aucun secret dans ce domaine-là. Pas le moindre putain de secret. Plus d’amour que nous n’en aurons jamais besoin.[…]Derrière moi, je vois s’éloigner l’entrelacs de ruisseaux, se frayant un chemin parmi les racines et les rochers, s’écoulant en chutes et en rapides pour rejoindre la mer, toujours, un parcours que je pensais connaître par cœur avant, quand j’étais suffisamment jeune, naviguant à la lueur de la lune tandis que Mad repérait les obstacles pour moi, me guidait à travers les écueils.

Aussi discrètement que possible, je feins de ne pas voir la main tendue d’Iz. Je baisse les yeux sur la mienne, burinée et durcie par le labeur, inutile maintenant, sinon pour balancer un marteau, attraper une planche, je contemple les dernières traces de Mad qui s’y accrochent encore, incrustées dans les plis les plus profonds de ma chair, et pour le moment, je ne tiens pas à laisser quiconque, pas même Izzy, les effacer. Non. Pas encore »

Et la lectrice que je suis finissant ce voyage avec Maddy, Dalt, Attila et Izzy est prise par le chagrin et sonnée par autant d’amour, autant de force, et autant de talent. Un roman admirable à tous points de vue, un très très grand écrivain qui fait de l’amour une arme de guerre contre l’adversité, qui nous fait aimer ces amants comme s’ils étaient nos amis proches, ce couple qui combat sans jamais renoncer. Coup de foudre absolu ! 

Dalt chante pour Attila :

« Lucy in the sky » de Pete Fromm – Gallmeister, traduit par Laurent Bury

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« J’imaginais Kenny accourant ici, nous deux remplissant cette minuscule chambre, le lit effondré, on aurait joué aux adultes pour de bon. Pour une fois, les gens essaieraient de regarder à l’intérieur par le trou du store: d’habitude, les clients du motel espéraient qu’un peu de vie entrerait par là et les emporterait, mais désormais, les gens jetteraient un œil pour essayer de voir ce que nous avions, peut-être même avec envie. Comme ils auraient pu jadis regarder Papa et Maman, quand ils étaient si jeunes, au pied des chutes qui avaient réjoui le cœur des explorateurs, tellement sûrs de savoir exactement où ils étaient, le ciel plein de riz, alors qu’ils avaient encore tout devant eux.

Franchement, ce ne serait pas la cerise sur le gâteau ? Après ça, tout le reste serait de la moutarde. »

Ainsi finit ce magnifique bouquin. Et le gros coup de cœur espéré est là, encore tout palpitant en le refermant . Le précédent roman de Pete Fromm m’avait déjà chamboulée – « Comment tout a commencé » – et voici que ce formidable auteur à nouveau nous plonge dans les affres de l’adolescence.

Dans « Comment tout a commencé », on était sous tension non-stop, les sentiments étaient puissants et angoissants, on lisait avec une boule dans la gorge, c’était une histoire dure où l’amour arrivait à tenir la famille debout. Ici, encore une histoire familiale mais vouée à l’éclatement, ce qui n’exclut pas l’amour. Grand talent de Pete Fromm dans les nuances nécessaires pour parler des sentiments humains, et ceux des adolescents en particulier. La voix de Lucy, narratrice et héroïne, est très juste, brodée d’un humour douteux emprunté à son père, pleine de la fragilité de son âge qui se veut conquérant, mais aussi déjà mûrie par une « drôle  » de vie familiale.

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 Cette histoire est donc celle de Lucy Diamond, 14 ans au début du roman, lycéenne à Great Falls, Montana. Lucy vit entre un père absent – juste une apparition dans un tourbillon de bons mots, de rires et de soupirs, entre deux longs, très, trop longs séjours ailleurs, dans les camps de bûcheron, dit-il – et une mère jeune, délaissée et lassée de l’être, qui aimerait profiter des années de jeunesse qui lui restent à vivre. Et puis Lucy qui  joue avec Kenny dans la cage à écureuils est une enfant encore. Et elle aime ça.

Pete Fromm raconte ici la délicate éclosion du papillon, l’explosion de cette petite bombe à retardement, jeune fille coincée dans un corps d’allumette de garçon manqué…Le premier baiser, et toute sa vie va changer. Cette histoire est cruelle, parce qu’on y rencontre des adultes aux vies gâchées, comme la mère que personnellement j’ai beaucoup aimée; parce qu’elle aime sa fille, parce qu’elle est jeune et désemparée devant cette fillette qui devient violemment femme, parce qu’elle souffre d’abandon ; voir grandir sa fille lui met le doigt sur sa jeunesse qui s’enfuit à toute vitesse. Parce qu’il y a malgré les disputes, les journées de silence et d’ignorance de l’autre, un amour incommensurable. J’ai aimé Kenny, frêle et sensible, mais un port auquel se rattache Lucy. Quand tout fout le camp, Kenny, lui, reste –  AFP : « A la Folie Passionnément »  – .

blonde-hair-240944_1280Et puis, bien sûr Lucy, belle, bravache et vacharde, en armure et en armes pour résister aux coups que lui balance la vie sans ménagements. Alors elle blesse, elle raille, elle fait mal (aux autres et à elle – même) puis regrette, et c’est en cachette qu’elle pleure, qu’elle a peur, qu’elle se met en boule et tente de rentrer dans l’enfance en pratiquant le rituel qui l’attachait à son père, la tonte :

« La main encore tremblante, je me passai le rasoir sur le sommet du crâne, jusqu’à la nuque, où le frisson me fit tressauter les épaules, comme toujours.[…] Tout mon corps était couvert de cheveux. Sauf ma tête. Je faillis ne pas pouvoir m’empêcher de sourire en revoyant le duvet argenté sur mon crâne. comme un vieil ami qu’on pensait ne jamais retrouver. […] J’écartai le rideau de douche. Il y aurait peut-être assez d’eau pour que je me noie. Ou que je fonde et parte dans les tuyaux. Mais en entrant dans la cabine, j’éteignis la lumière. Rester debout dans le noir sous l’eau quasi brûlante, voilà ce qu’il me fallait à ce moment-là. Il se passa un long moment avant que j’ose lever les mains pour toucher l’armure raide et hérissée de mon crâne, me rappelant comme elle me chatouillait les paumes, comme si j’étais redevenue une enfant. Redevenue un garçon. Redevenue vierge.

Dans l’obscurité, les mains sur le duvet de mon crâne, on ne pouvait pas faire la différence. »

Sa peine éclate en violentes colères contre sa mère; c’est une des raisons qui font que j’aime cette mère ou en tous cas que je la comprends : elle prend les coups que le père, au début idéalisé, héros de sa fille, esquive. Il n’est pas là, n’écrit que des cartes postales nulles, envoie des cadeaux nuls, et ne téléphone pas parce que les lignes ne fonctionnent pas où il travaille…bref, son absence l’auréole d’une personnalité qu’il n’a pas; il est violent et jaloux ce père-là, et Lucy, devenant adulte, finit par l’admettre. Lucy se sent victime de trahison, ses parents sont pour elle des menteurs ( elle pratique elle aussi assez bien le mensonge).

image lucy inEnfin, et quand même, Lucy a une envie de vivre autrement que ses parents, envie de vivre tout court, avec une  joie ancrée au cœur que rien n’abat totalement. Ses réparties sont toujours bien senties, elle a un humour tranchant, elle fourbit ses armes pour la suite et on sent bien que cette Lucy-là s’en sortira.

Je rajouterai qu’ici les personnages féminins sont vraiment beaux, même dans la déchéance ( comme la mère de Kenny ), on sent de la compassion pour ces femmes de la part de l’auteur et ça me plait. 

Une très belle lecture, on ne s’ennuie pas une seconde, on ne peut lâcher le livre, Lucy et son monde. J’aimerais bien savoir, oui, ce qu’il adviendra de cette fille-là.

Ici, le coin des amis: l’avis de La Limule, et là, celui de Littéraventurière.

Pourquoi j’aime la littérature américaine

les-raisins-de-la-colere_john-steinbeck_080919095112Je patauge depuis quelques temps dans des tentatives de lectures qui, bien que parfois assez plaisantes, ne soulèvent pas mon enthousiasme, ne déclenchent aucune véritable étincelle, ni sourire aux lèvres, ni silence rêveur, ni rage, ni rien du tout…ou presque…Seules mes lectures américaines sont arrivées à m’envoyer  en l’air !  (Excusez la trivialité de l’expression, mais c’est la plus appropriée…désolée ! )

Ellory est anglais, certes, mais le périple sanglant de ses personnages est américain, et on retrouve là des décors qui au fil des romans me sont devenus familiers, comme si je les avais parcourus moi-même, « en vrai »…Je n’ai que très peu voyagé dans ma vie  et pas très loin. Et plus le temps passe, c’est curieux, et moins j’ai envie de le faire.

Pourtant, quand j’étais bien plus jeune, voyager était un rêve. Et puis, ne partant pas, mais lisant toujours, j’ai fait le tour du monde, et grâce aux écrivains suis descendue dans des lieux où dans la vraie vie je n’aurais sans doute jamais mis les pieds.

« Pike » de Benjamin Whitmer m’a expédiée dans la banlieue misérable de Cincinnati, au pied des Appalaches, parmi les armes à feu et les junkies, les squats et les relais routiers miteux… »Little Bird » de Craig Johnson m’a fait respirer l’air des montagnes du Wyoming, boire un café au Buzzy Bee, le chapeau de cow-boy de Longmire posé sur le comptoir…

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« Le sillage de l’oubli » de Bruce Machart m’a entrebaillé la porte sur un monde masculin impitoyable, sauvage, où le cheval vaut plus que l’homme; Pete Fromm et « Comment tout a commencé » m’a fait venir des larmes pour Austin et Abilene en plein désert texan…Et puis, et puis le géant « Lonesome Dove » de Larry McMurtry et ses 1200 pages de pistes, du Texas au Montana, avec cet équipage hétéroclite de personnages plus attachants les uns que les autres, l’humour, la poésie, la si belle écriture, au rythme des sabots et des roues des chariots, dans les nuages de poussière soulevés par les vaches et les chevaux, les mille péripéties de cette épopée, odyssée fabuleuse. J’ai tant aimé ce livre !

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Et puis, je ne peux pas oublier John Irving, que j’aime depuis toujours, Ron Rash dont je vais essayer de lire le dernier roman tant tout ce qu’il a écrit pour l’instant m’a plu,  l’écolo Rick Bass, et Louis Erdrich l’indienne – son  » Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse » est une merveille, un enchantement qu’on ne veut pas quitter – , Joyce Carol Oates et ses chemins tortueux creusés au bistouri dans les âmes humaines, de l’universitaire à la fille tatouée en passant par les enfants sacrifiés et les mères abusives, David Vann,  le terrifiant beau diable aux yeux clairs et ses histoires à faire frémir, et tout ces as du polar, de « La reine des pommes » de Chester Himes, avec Ed Cercueil et Fossoyeur Jones ( « Ma maman elle m’a dit quand j’étais toute gamine : Le whisky et les hommes, mon p’tit, c’est la ruine… »à James Ellroy et son « Dahlia noir » vénéneux…Il y en a tant que je ne peux rendre justice à tous, mais une chose est sûre, c’est qu’eux tous m’ont offert des voyages plus inédits les uns que les autres, dans les rues de Los Angeles, de New York ou d’un bled paumé du comté d’Absaroka, sur les routes interminables de déserts en grandes plaines, et aussi dans le cœur des hommes, sans rien en négliger. Le tout le plus souvent  m’a fait me retrouver enfant, quand le western était roi, et qu’on jouait au shérif, aux cow-boys et aux indiens, la vieille toile à matelas dressée en tipi sur un coin d’herbe, ou les cabanes de trappeurs dans les bois…quand on se prenait pour Josh Randall ou Zorro…

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Je lis en ce moment des nouvelles d’Annie Proulx; et je retrouve là encore avec une autre voix, ce sens du récit, de la narration, descriptive mais qui pourtant creuse loin dans les êtres…

Mesdames et Messieurs les Amerloques, je vous dis « Chapeau » et surtout « Merci » de ces plaisirs immenses que vous me donnez, vos histoires et vos personnages, vos paysages, vos cieux et vos horizons remplacent les avions dans lesquels je ne suis pas montée.

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Et le dernier mot au très grand John Steinbeck, qui résume si bien ce que ses compatriotes et successeurs ont su faire à sa suite: 

«  La bonne histoire consiste en choses à moitié dites qui demandent à être complétées par la propre expérience de l’auditeur. » ( « Tortilla Flat » )

« La nature en inspiration », dans « Terre sauvage »

Je vous conseille la lecture du numéro du mois d’Août du magazine « Terre sauvage », entièrement consacré aux parcs américains. Ce magazine de très haute qualité, tant par sa faible teneur en publicité que par le niveau des articles et des photos, nous offre ce mois un aperçu de rêve du « mythe sauvage » .

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Mais aussi une interview de deux des auteurs de Gallmeister dont j’ai abondamment parlé : David Vann et Pete Fromm. Ils étaient invités cette année au festival « Etonnants voyageurs » à St Malo, pour parler des grands espaces qui les ont inspirés. Où l’on retrouve un David Vann égal à lui-même,  je dirais…  » complètement barré » et un Pete Fromm bien plus pacifique et simple.

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Très intéressant, vraiment, et tout le magazine est une merveille, avec des photos exceptionnelles.

Mes lectures de ces derniers jours…

Après le beau roman de Pete Fromm dont j’ai parlé dans un précédent article, « Je ferai de toi un homme heureux » de Anne B. Ragderagde ( Balland, traduit par Hélène Hervieu )  m’a paru un peu fade. On retrouve la verve acidulée de Anne B.Ragde, mais il y a une espèce d’indolence qui enlève le mordant auquel elle nous a habitués. J’avais beaucoup aimé la trilogie de « La ferme des Neshov » et « Zona frigida », le ton assez irrévérencieux de la dame et son côté décalé. Ici, bien sûr, on sourit de cette galerie de portraits, de la vie de cet immeuble, quotidienne et routinière. Mais bon, je trouve qu’elle ne s’est pas trop forcée ! Peut-être bien que l’éclatant « Comment tout a commencé » de Fromm est un peu responsable de la  perception  que j’ai eu de ce petit roman, agréable au demeurant. Alors, pour retrouver ce plaisir qu’on ressent quand on est en phase avec un auteur, une écriture, je lis « Avant la nuit », de Pete Fromm encore ( Gallmeister, traduit par Laurent Bury ) et je me régale de ce recueil de nouvelles.

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Je voudrais aussi revenir sur « Impurs » de David Vann , et simplement dire que les  » âmes sensibles » peuvent être heurtées par certains passages de ce roman. Je l’ai dit, j’ai trouvé certaines scènes insoutenables, et en littérature, je supporte beaucoup de choses assez atroces ! Mais là, franchement, c’est dur !

Alors : on s’accroche ou on renonce !