Fin d’une Légende, Jim Harrison s’en est allé

J’ai tellement aimé cet écrivain hors du commun. Mes livres préférés, « De Marquette à Veracruz » et « Retour en terre ». J’avais lu son grand entretien pour le magazine Transfuge, en 2010, quel personnage ! Apprendre la disparition d’un tel géant, pour nous, amateurs de littérature américaine, c’est perdre un membre de notre famille. Pour vous, j’ai choisi  cet article

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20160327.OBS7235/jim-harrison-l-ecrivain-qui-parlait-aux-ours-est-mort.html

et son entretien pour Augustin Trapenard en 2011

« J’attends l’extinction des feux » de Dominique FABRE – Fayard

j-attends-l-extinction-des-feux_couvJ’aime Dominique Fabre; il me touche, il est comme une voix qui vous parle en sourdine, qui livre sa vie avec tous ses silences, toutes ses hésitations, sa colère, sa douleur, son chagrin inextinguible…toute son enfance et ses boulets…

En 2012 sont parues trois nouvelles regroupées sous le titre « Il faudrait s’arracher le cœur », un recueil qui m’avait totalement bouleversée, je n’avais pas pu en parler; trop de choses réveillées à la suite de cette lecture…Tout de même un bref post sur ce blog.

Ici, sept nouvelles de 2008, et c’est inégal. Ma plus forte impression est celle d’un brouillon, d’un coup d’essai avant la forme plus juste, trois nouvelles et un titre leitmotiv : il faudrait s’arracher le cœur…Quand je dis « brouillon », c’est sur le sujet car l’écriture est déjà la sienne, sensible, réaliste et poétique à la fois.

Donc, c’est bien mais pas aussi bien que l’opus de 2012. J’ai préféré « Mottes de terre » et « Le perron » où Fabre nous dévoile des souvenirs d’enfance ( ne nous y trompons pas, il parle bien de lui ), et dans  » J’attends l’extinction des feux », j’ai retrouvé un peu l’atmosphère de son roman « J’aimerai revoir Callaghan » , très beau livre.

pinball-179631_640Mais quoi qu’il en soit, on suit vraiment  Dominique Fabre et son escorte – sa sœur Magali, sa grand-mère Anna, sa mère mal aimante et dépressive, son père fantôme,  imaginé, imaginaire, mais absent en tous cas –  dans une visite de sa banlieue des années 70, avec la radio et les chansons d’alors, les bistrots et les babasses, le jukebox, l’ennui…

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Tout ça sur fond de dimanches tristes, où les enfants guettent le « pétage de durite » de la mère, et où l’adolescent attend le lundi et le pensionnat, y attendant encore et toujours l’extinction des feux…

Je vous l’avais dit : Dominique Fabre, c’est triste, mais si vous voulez l’écouter, vous verrez que c’est un homme très doux,touchant, émouvant…

(photo : Marianna )

« A moi seul bien des personnages » de John Irving – Seuil – traduit par Josée Kamoun et Olivier Grenot

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Sous l’œil de Shakespeare, constante référence, personnage à part entière du roman, Irving nous livre là une histoire d’une très grande liberté, un texte cru sans jamais être vulgaire, passant inlassablement de l’humour au drame, de la dérision au plus grand sérieux, du très grand Irving. Les 100 dernières pages sont d’une terrible puissance , avec des passages complètement bouleversants sur les « années sida ».

Il ne nous prive de rien, John. Que ce soient les scènes  d’ébats sexuels en tous genres ( avec force détails, s’il vous plaît ! ),  ou la description  des mourants du sida à l’hôpital St Vincent, il est   d’une liberté totale dans ses propos, sans tabous, sans pudibonderie ( qui gâcherait tout, c’est évident ! ), employant volontiers ( on sent une forme de jubilation ) un langage fleuri – c’est un doux euphémisme! –  et d’un réalisme que je trouve, moi, de bon aloi. Il désamorce ainsi, parfois, la noirceur des temps et des propos.

J’ai pour habitude de ne pas faire de résumé des livres dont je veux parler, et cette fois pas plus que les autres. de nombreuses interviews sont en ligne, de nombreuses « analyses », le thème est connu : identité sexuelle ( déjà largement présente dans l’œuvre d’Irving ) , liberté d’être soi, tolérance, et aussi goût de la littérature, etc…( les passages dans lesquels Bill lit « Madame Bovary » à son ami Tom sont mémorables…) sans oublier la lutte et ..les ours ( vous verrez…)

L’écriture, comme d’habitude chez l’auteur, riche en digressions, campe des personnages d’une grande présence; les tics de langage, par exemple, le « Ah! bah… » du grand-père Harry, bienveillant homme, et la manie du héros, Billy, de répéter chaque fin de phrase de son interlocuteur; petits détails qui donnent tout leur caractère aux personnages.

Et puis ce sens des dialogues qui décoiffent…

Extrait ( une infirmière fume devant l’hôpital, un brancard avec un corps sous un drap ):

« Il attend le petit crétin des pompes funèbres, et puis il attend le purgotrucmuche, là…

– Le purgatoire, vous voulez dire?

– Ouais, c’est ça. Et qu’est ce que c’est au juste, vous qui êtes écrivain?

– C’est que je n’y crois pas, moi, au purgatoire, tentai-je, ni à rien de tout ça…

– Je vous demande pas d’y croire, je vous demande ce que c’est !

– Un état intermédiaire, après la mort…

Elle ne me laissa pas finir .

– C’est quand le Tout-Puissant sait pas trop s’il envoie le gars croupir au sous-sol de l’au-delà ou alors à l’étage noble, comme qui dirait ?

– Plus ou moins.[…]

– Qui est-ce ? demandai-je en passant la main au-dessus du corps, comme elle l’avait fait elle-même.

Elle me regarda en plissant les paupières, à cause de la fumée peut-être.

 – C’est le Dr Harlow, vous vous souvenez de lui, non ?Je pense pas que le Tout-Puissant va mettre une éternité à trancher son cas ! dit la vieille infirmière.

[…]Il venait de mourir à l’âge de  soixante-dix-neuf ans, cet enculé de vieille chouette déplumée. »

Mais néanmoins, ce livre est profondément triste voire pessimiste, parlant de la capacité des hommes à tolérer la différence, la multiplicité des goûts, si divers dans la nature ( et non contre nature ); le livre se termine sur l’ invective d’un jeune homme à Bill ( qui est écrivain ) :

« Dans ce que vous décrivez, il y a tant d’éléments contre nature ! s’ exclama-t-il. Je sais très bien ce que vous êtes, et pas seulement d’après vos écrits. J’ai lu ce que vous dites de vous, dans les interviews. Vous êtes contre nature, vous n’êtes pas normal ! »

[…] Vous êtes bisexuel, c’est bien ça ? Vous trouvez que c’est normal, que c’est naturel? Que ça mérite la sympathie? Vous n’êtes qu’un golfeur ambidextre, me jeta-t-il en ouvrant la porte. »

7760717767_a-moi-seul-bien-des-personnagesD’une brûlante actualité, un vibrant plaidoyer pour la tolérance et une humanité commune dans la différence. Ceci peut sembler un lieu commun, et pourtant, nombre de faits démontrent que les préjugés ont la vie dure, et qu’il faut se répéter sans relâche, hélas…Sauf qu’avec Irving qui s’y colle, on y prend un infini plaisir.

 

Mort de Jean Giraud, alias Moebius…

Hier est décédé un des plus grands de la bande dessinée française, Jean Giraud, alias Moebius. Père de Blueberry et créateur d’univers de science-fiction qui en inspireront bien d’autres… Triste nouvelle…

Regardez cette archive d’une émission – Tac au Tac – représentative de ce que pouvait être la télévision il y a quelques décennies, c’est Jean Giraud qui commence…

 

Et écoutez…

 

Vous pouvez aller lire également sur le blog « le coin de la limule », de Bruno, le bel article qu’il a écrit  ( vous trouverez le lien dans le menu  » littérature » spécial BD )