Aujourd’hui, c’est le jour de ma fée à la fleur !

kaliCette petite fée en noir et blanc est devenue une compagne du quotidien.Nous nous sommes trouvées quand j’ai posté sur John Irving, point de convergence qui fut le premier d’une longue série de goûts communs . Mais surtout nous nous sommes retrouvées sur ce qu’on appelle des valeurs humaines, une sensibilité, des colères et des attendrissements, le goût de choses simples qui donnent du bonheur. Comme l’amitié et la sincérité, le rire aussi. Je vous conseille vivement ce post du 23 Avril qui m’a fait rire. Kali, c’est une fée, son trait franc de crayon est plein de vie jusque dans le moindre frisottis d’un cheveu, Kali, c’est une fée, avec les doigts qui vont avec, parce que dans la vraie vie, elle reste une fée qui crée des choses pleines de poésie pour rendre la vie plus jolie.

Kali et sa fleur en guise de baguette, je les aime, et puis c’est tout !

 

Pour une fois, un film : « Nébraska » d’Alexander Payne.

 

J’ai vu hier ce très beau film, dont le sujet m’attirait …J’ai passé un très bon moment, ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un film comme celui-ci. D’accord,  j’avoue que je ne vais pas souvent  au cinéma et que je suis un peu difficile, mais là, pour moi un grand moment de plaisir.

J’ai trouvé dans cette comédie,  road – movie mélancolique filmé en noir et blanc, tout ce que j’aime  dans la littérature américaine, à savoir une ambiance liée aux paysages , ici les étendues immenses et désertes depuis les routes qui traversent les états du Montana, du Sud-Dakota, du Wyoming et du Nébraska, à la crise dessinée en filigrane dans les petites villes peuplées essentiellement de gens âgés, arbres nus et silos, bande-son en sourdine, mais surtout des thèmes comme les relations familiales en déserrance , le besoin de renouer avec son passé, mettre à jour les choses cachées de la vie des uns et des autres.

Le film s’ouvre sur ce vieil homme à la marche désarticulée, qui avance au bord d’une grande route pleine de camions et sur laquelle il est « ramassé » par la police qui va le mettre à l’abri. Ce vieux, sa femme, apparaissent comme des gens peu sympathiques, et David, leur fils cadet est le seul qu’on trouve attachant. Et puis au cours de l’histoire, il va découvrir, par bribes infimes, le passé de son père, un « taiseux » dont il ne sait rien ou presque.

 J’ai beaucoup ri, certains passages sont désopilants et à la même seconde on a le cœur serré,  j’ai été touchée par ce fils, si gentil avec ce vieux père têtu et perdu dans un rêve dont il ne veut pas sortir : il a gagné le gros lot à la loterie et il doit aller chercher cet argent pour s’acheter une camionnette et un compresseur ( pour remplacer celui qu’il a prêté à Ed Pegram et qu’il ne lui a jamais rendu ). Commence  un voyage d’environ 1500 km de Billings, Montana, à Lincoln, Nébraska. Entre la chute du vieil homme soûl qui lui vaut quelques points de suture à la tête et la recherche du dentier perdu sur les rails du chemin de fer, c’est bien une aventure parfois difficile pour David , mais il est doux, gentil et veut que son père vive son rêve.

Alexander Payne nous livre une galerie de portraits « pas piquée des hannetons » ! Les oncles et tantes , sans oublier les cousins que je peux qualifier de débiles méchants, et puis la mère qui dans la scène du cimetière a fait exploser la salle de rire. La vie de l’Amérique profonde sans fioritures romantiques.

La famille reprend doucement corps au long de cette aventure fantasque, et c’est hors de la morne et pesante vie quotidienne qu’elle va se retrouver unie.

Les comédiens sont parfaits, l’image est superbe,ce film est bel et bien une comédie fine et intelligente, j’ai adoré ! Et j’ai pensé à deux amis en particulier, Bruno et Mary, qui aimeraient ce film, je pense…

Quelques photos…

J’ ai peu d’images, dans ces moments, je ne pense pas trop à prendre des photos, et mon appareil n’est pas terrible, mais bon, je partage celles-ci avec vous.

Et allez voir celles de mon collègue Gruznamur, qui y a passé les 3 jours le veinard et n’a pas vu les mêmes personnes que moi, ses photos sont très réussies.

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« Faillir être flingué » de Céline Minard – Payot-Rivages

minardAh ! Quel bonheur! Je salue Céline Minard pour ce roman, une vraie de vraie réussite enthousiasmante et réconfortante. Parce que cette sorte de livre me réconcilie avec la littérature française j’en veux encore, j’en redemande, de l’authentique fiction ! Tantôt lyrique, tantôt burlesque, du drame à la comédie comme savent si bien le faire ses homologues américains quand ils s’approprient le genre western, Céline Minard écrit une épopée  dans la grande lignée de la mythologie du Far-West. Un départ tout en lenteur, un chariot où hurle la grand-mère mourante escortée de ses deux fils, de son petit fils et d’une gamine apprivoisée, les paysages peints par le souffle des vents, empreints des magies indiennes dont Eau-qui-court-sur-la-plaine est la maîtresse; les personnages tracent leur chemin et vont converger vers une ébauche de ville où naîtra une civilisation. Mais avec quelle liberté et quel brio Céline Minard s’empare de ces mythes ! Elle dessine une fresque pleine d’énergie et de véracité même dans les scènes les plus improbables.

Dans l’Ouest de Céline Minard tout peut arriver, tout est possible, tout est en devenir. J’ai adoré la scène des bains où nos cow-boys discutent de l’Amour, par exemple:

« Selon Zeb, Amour était quelqu’un. Il avait été engendré dans des temps très anciens par le dieu de la ressource un soir qu’il était pris de boisson et qu’il était tombé sur une humaine en haillons, la pauvreté incarnée, superbe, endormie devant la porte du saloon. C’est pour cette raison qu’Amour était dur, pauvre, en sandales, sans maison, mais résolu, ardent, excellent pisteur, sorcier magicien et beau parleur. Ni mortel ni immortel, jamais longtemps satisfait, jamais vraiment fatigué, Amour, avait dit Zébulon, était un bâtard de toute beauté. »

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La galerie de portrait est complète ( parfois on pense même à Lucky Luke ! ) : le barbier, l’armurier et l’inénarrable saloon de Sally qui joue aussi bien de son charme que de son Derringer ! Les Indiens, les Chinois, le colporteur, les troupeaux et les voleurs et je n’oublie pas les tueurs à gages, tous sont là, impeccables en toutes circonstances . Les derniers chapitres, comme au cinéma, déroulent un dénouement au ralenti et silencieux ( on peut se mettre la bande-son harmonica )  et puis tout reprend son cours,  la genèse a eu lieu et la ville va grandir, les couples se sont formés, les voies se sont trouvées. Mais je ne dois pas manquer de dire que c’est un livre subtil , un vrai western et non une parodie ou une mauvaise imitation; sonore, odorant, chatoyant, derrière le décor se révèle une vraie réflexion sur la naissance d’un monde et sur ce qui fait les hommes.

Ainsi quand on apprend l’histoire de Zébulon :

« Un terrier, un endroit à lui. Loin en arrière dans la forêt qu’il chérissait comme un trésor.[…] Elle était pour lui un refuge, elle le nourrissait, elle le berçait quand il en avait besoin. Il pouvait y disparaître en un clin d’oeil. Il avait recours à elle.[…]

Le jour de ses douze ans, il s’était aperçu en attrapant des grenouilles qu’il avait vécu plus longtemps dans les bois que sous le toit paternel. Qu’il  avait mieux mangé. Qu’il s’était senti moins seul. Et comme il n’avait jamais pensé à sa solitude, il avait été submergé ce jour-là par un sentiment de tristesse et de liberté trop grand pour son âge. »

Vous pouvez lire l’article paru dans Télérama avec qui – pour une fois ! – je suis d’accord.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture, de celles qui me font partir illico, voir et entendre ce qui défile sur les pages et participer à l’histoire. De celles qui font du bien.

Du souffle, de la force, du talent, je me suis ré-ga-lée !

Ici, l’ambiance sonore de ce voyage américain…

Voici un univers sonore pour accompagner ces belles lectures, la musique américaine n’a rien à envier à la littérature…Ces choix sont un peu nostalgiques, je le concède, mais toutes ces musiques m’ont fait vibrer et rêver. Je voudrais aussi écrire un mot en particulier sur Johnny Cash.

Quand j’étais enfant, j’avais un grand frère, mon frère aîné, Maurice, qui était fasciné par l’Amérique ( je parle là de la fin des années 60, j’avais 8 – 9 ans et lui 10 de plus ); il jouait de la guitare, portait des chemises western et faisait le cow-boy aux jambes arquées pour me faire rire; il était drôle, mon frère, et à la maison on avait bien besoin de ça, parce que c’était plutôt pas rigolo pour une enfant…mais c’est une autre histoire…Et donc, mon frère adorait Johnny Cash, entre autres, ( il était plus folk que rock ) et je me souviens très bien de la pochette d’un vinyl, 33 tours, sur lequel le chanteur était assis sur le toit d’un wagon, une jambe tendue et l’autre repliée, le chapeau légèrement relevé, et mon frère chantait « Take me home ». Et je n’ai pas écouté Johnny Cash pendant des années parce que mon frère s’est littéralement tué au travail en tombant d’un toit, en 1972, en laissant seule la jeune femme qu’il avait épousée deux mois plus tôt. Johnny Cash était une madeleine amère qui me faisait retourner en enfance, à ses moments les plus beaux et les plus rares, et c’était douloureux…Alors maintenant que je suis un peu plus grande, je réécoute Johnny Cash et ça me fait toujours quelque chose…Parce que bien sûr, j’adorais mon frère…

 

Il y a ça :

ou ça :

 

ou alors

 

mais aussi

et…

 

sans oublier 

 

et fin en hommage aux peuples natifs