Retour sur « The Main » de Trevanian – éditions Gallmeister, collection Noire, traduit par Robert Bré

Avec ce livre qui fut un coup de cœur, je suis encore sur le Boulevard St Laurent qui traverse le quartier chinois et rejoint le port de la ville. Un roman très original, qui m’est revenu en mémoire en parcourant ce quartier, dans cette ville si étonnante.

 

 

La livrophage

9782351780695_1_75Un vrai bonheur, un beau livre, une écriture qui si elle demande quelques pages pour s’ouvrir au lecteur, devient vite fascinante, un peu hypnotique même.

Claude LaPointe, flic à la limite de tout – la loi, les règles, la société, sa vie…-  est un de ces personnages au caractère ambigu à souhait, et qui devient très vite très attachant par son humanité bourrue, la tristesse profonde qu’on sent percer sous la carapace. Un peu cliché, direz-vous? Que non, pas sous la plume de Trevanian qui sait manier tout ça avec finesse et intelligence, qui en fait un être complexe et surprenant. 

Un meurtre au couteau est commis dans une ruelle mal famée sur La Main , autre nom du Boulevard St Laurent à Montréal, années 70. Le lieutenant LaPointe, connu de tous, est de ces flics de quartier toujours sur le terrain, un homme de la rue, qui la connait…

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En vacances : Montréal, ma fille et un mariage

Je suis partie il y a une semaine et pour deux autres à venir, pour des vacances – bien méritées je trouve –  au Canada, à Montréal pour enfin retrouver ma fille partie depuis le printemps 2017, et la marier avec son amoureux canadien. Je ne sais pas si j’aurais le temps de lire et surtout d’écrire.

 

Je crois que je vais profiter de ces retrouvailles, de ce pays inconnu qui m’a souvent fait rêver en lisant. Pourtant, je ne veux pas laisser le blog en sommeil, aussi je repartagerai un ou deux livres chroniqués ici et qui en valent la peine. Ceci dit, peut-être trouverai-je le temps de proposer une nouveauté, possible, on verra bien.

Après un printemps et un été assez moches occupés à chasser le crabe et à tenter de garder le sourire, ce voyage ( le premier aussi long et lointain de ma vie ) est surtout important pour les retrouvailles avec ma fille.

J’emmène avec moi « Taqawan » qu’on m’a offert, et un gros polar, et des nouvelles, et puis David Joy et puis l’essai sur Miller de ma copine Valentine…si j’ai le temps entre la contemplation des forêts pourpres et or et des lacs silencieux quand nous visiterons le Québec. Et le bonheur de retrouver ma fille qui va occuper un maximum de temps.

 

Pause…

red-christmas-berries-67154_1280Ami(e)s blogueur(euse)s, suiveur(euse)s, lecteurs et trices, un petit mot pour vous dire que je m’absente quelques jours.

Ma fille revient après ses 5 mois au Québec, et je suis en train de lui préparer un retour de fête, un Noël pas catholique, des cadeaux païens à souhait, plein de péchés mignons, véniels et mortels ( parce qu’il n’y a que ça de bon ! ), le tout empaqueté de tendresse. Préparation, courses, cuisine, papier cadeau qui brille, rubans à faire friser, le sapin plein de rouge et blanc, avec des petits caribous en bois peint ( pour lui rappeler ce Canada qu’elle a aimé ) accrochés aux branches, des grelots qui tintent quand on passe tout près…

Un jour, elle chantera, ma fille, cette chanson-là…

Alors je vous souhaite un Noël aussi empli d’amour et de joie que celui qui m’attend et à très bientôt !

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Pour ma fille, et les premières neiges à Montréal

Ma fille m’a annoncé les premiers flocons sur Montréal, elle les attendait avec impatience…Ici, pas encore, mais je pense à elle. Alors, un poème et une chanson québécoise, pour elle.

 

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Il a neigé

Il a neigé la veille et, tout le jour, il gèle.
Le toit, les ornements de fer et la margelle
Du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc
Sont comme ouatés, et, dans le jardin, tout est blanc.
Le grésil a figé la nature, et les branches
Sur un doux ciel perlé dressent leurs gerbes blanches.
Mais regardez. Voici le coucher de soleil.
À l’occident plus clair court un sillon vermeil,
Sa soudaine lueur féérique nous arrose,
Et les arbres d’hiver semblent de corail rose.

François Coppée

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« The Main » de Trevanian – éditions Gallmeister, collection Noire, traduit par Robert Bré

9782351780695_1_75Un vrai bonheur, un beau livre, une écriture qui si elle demande quelques pages pour s’ouvrir au lecteur, devient vite fascinante, un peu hypnotique même.

Claude LaPointe, flic à la limite de tout – la loi, les règles, la société, sa vie…-  est un de ces personnages au caractère ambigu à souhait, et qui devient très vite très attachant par son humanité bourrue, la tristesse profonde qu’on sent percer sous la carapace. Un peu cliché, direz-vous? Que non, pas sous la plume de Trevanian qui sait manier tout ça avec finesse et intelligence, qui en fait un être complexe et surprenant. 

Un meurtre au couteau est commis dans une ruelle mal famée sur La Main , autre nom du Boulevard St Laurent à Montréal, années 70. Le lieutenant LaPointe, connu de tous, est de ces flics de quartier toujours sur le terrain, un homme de la rue, qui la connait, la vit, la renifle, avec une intuition hors norme et un sens de la justice qu’il s’est élaboré au fil du temps, à sa façon qui ne convient pas trop à la hiérarchie, mais le rend fascinant aux yeux des « Joan  » ( chez nous on dirait « les bleus » ). Chargé de montrer le travail à un de ces Joan, Guttmann, l’enquête va avancer vers une fin pour le moins inattendue, au gré des rencontres avec les « robineux » ( clochards ), les prostituées, les escrocs à la petite semaine, les nouveaux immigrants et tout le petit peuple de la Main. Le flic contribue depuis des années à l’équilibre parfois précaire qui règne. L’auteur, habile tant dans les dialogues que dans les descriptions, capte tout ce monde en fin observateur.

« Elle dit avoir quinze ou seize ans, mais son visage est sans âge.C’est l’ovale impassible d’une enfant terriblement attardée et son expression immuable est celle d’un paisible vacuum sur lequel apparaît, de temps en temps, une vaguelette de doute et d’incompréhension. »

J’ai adoré dans ce livre cet univers populaire, les bistrots grecs, italiens RueNDame_mou chinois, les serveuses de bar vulgaires aux cuissardes de plastique rouge et décolletés de folie, mais bonnes filles, la relation qui se noue entre LaPointe et Guttmann, malgré leurs différences culturelles et sociales, et puis, ce grand et inconsolable chagrin qui emplit LaPointe tout entier, jusqu’à lui attaquer le cœur.

Certains passages, quand l’homme se prend à faire défiler ses souvenirs, les soirs de grande fatigue, relisant éternellement Zola ( son préféré est « L’assommoir » ), sont réellement très beaux, pleins de mélancolie et de douceur.

« L’odeur de moisi dans la salle à manger…et le lourd et entêtant parfum des fleurs. Et Grand-papa. Grand-papa… Chaque fois qu’une image ou un bruit de la Main réveille sa mémoire et le ramène à l’époque de son grand-père, il hésite avant de plonger dans ces souvenirs douloureux. De toute sa famille, c’est Grand-papa qu’il aimait le plus…celui qui lui était le plus nécessaire. Mais il n’avait pas pu lui donner le baiser d’adieu. Il n’avait même pas pu pleurer. »

Trevanian a su créer une atmosphère très intemporelle. Si certains indices comme les vêtements ou les voitures datent l’histoire, on se sent le plus souvent dans un espace hors du temps, circonscrit dans ce quartier pauvre, misérable même, mais où existe une communauté et une forme de solidarité; scènes de jeu de cartes, discussions de bar, tournée matinale à l’heure où s’ouvrent les rideaux de fer…J’ai aimé tout cela, malgré le temps poisseux, humide, froid, morne, aux rares rayons de lumière. Une chape qui pèse sur la ville comme pèse le chagrin sur LaPointe.

Encore une fois, un roman qualifié de policier m’apparaît aussi intéressant pour son écriture, son ambiance, les réflexions qu’il induit, que pour l’enquête elle-même, qui sert ici de fil conducteur pour présenter des figures humaines singulières, éléments d’une communauté tout aussi singulière et riche.

Trevanian est un écrivain mystérieux, dont on suppose qu’il est mort en 2005 et je vous invite à lire cette note de l’éditeur ( Gallmeister, toujours au top de mes préférés ) qui le présente. Je salue aussi la grande qualité de la traduction de Robert Bré, qui a su restituer parfaitement cette atmosphère très particulière.

Un vrai coup de coeur, parce qu’enfin un roman digne de ce nom, histoire très sensible servie par une écriture magnifique, une réussite et enfin un grand plaisir de lecture. 

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