Juin 2005
Il était 23h30 et Jean -Luc Ullrich rentrait chez lui, comme tous les soirs. Il revenait plus tôt d’habitude, mais trois voitures étaient arrivées au garage juste avant la fermeture et son patron avait exigé qu’il s’en occupe? « T’as été trop absent ces derniers temps, faut que tu rattrapes un peu les heures perdues. » Cela ne l’avait pas dérangé, Jean-Luc aimait travailler. Ouvrir le capot, chercher la faille, la réparer. C’était simple. Il trouvait toujours. Et ça lui occupait l’esprit. »
Et c’est alors que Jean-Luc entre en contact – en collision serait plus juste – avec Lisa Giovanni, sergente-détective à Montréal, contre laquelle il déposera plainte. Cependant, il a bien tort, accusé de viols et violences sur des femmes.
« Un an plus tard
C’était un de ces matins paisibles où Montréal, à peine réveillée, débordait de charme. Un soleil doux filtrait les rares terreurs de la nuit. Des matins comme ça, il ne pouvait rien arriver. »
Et bien si, matin tranquille et doux bien vite troublé, noirci par d’atroces faits, dont la découverte matinale de cet homme:
» Sur le stationnement de l’aréna, l’homme gisait, les yeux fermés. Quelques cheveux longs, étalés en corolle sur le sol, lui faisaient une tête de marguerite à demi effeuillée. Un chat de ruelle flânait le long de son flanc droit en reniflant. »
C’est ainsi que commence ce roman policier, noir et très bien écrit. L’écriture de Helen Faradji contribue très largement à la qualité du récit qui met en scène plusieurs acteurs de la vie de la ville: la police, des hommes d’affaires (sales), des politiciens ( douteux) et des voyous acoquinés aux idées racistes et utilisés par les politiques véreux.
On rencontre Omar et Rachida ( elle est discrète dans l’histoire mais je l’aime beaucoup ). Omar s’occupe des jeunes de son quartier, les rassemblant à la mosquée pour les garder dans le droit chemin, les faire lire, les éduquer et leur éviter la rue. Et bien sûr, suspecté du meurtre – on ne sait trop pourquoi – Omar est arrêté, et mis en prison.
Villeneuve, lieutenant de police et Lisa Giovanni ( virée de la police elle est dorénavant détective privée ) vont mener l’enquête; ils connaissent tous les deux Omar et Rachida, et ne comprennent pas l’emprisonnement d’Omar.
Va suivre une plongée dans le monde politique tellement douteux que ça fait froid dans le dos, lié avec des « hommes d’affaires » pas bien plus propres et des véreux de tout poil.
Il est difficile de faire un panorama de cette histoire, dans laquelle on se sent un peu dans un labyrinthe fait de ruelles et de recoins sombres, mais qui grâce à la perspicacité de Villeneuve, de Lisa et de leurs soutiens va trouver une issue. Il semble pourtant que peut-être tout n’est pas terminé.
En tous cas, l’aspect politique du sujet est très intéressant, et dans cette belle ville de Montréal, les ruelles charmantes cachent parfois de bien vilaines choses. J’ai beaucoup aimé l’écriture d’Helen Faradji, à l’aise aussi bien avec les scènes de violences, qu’avec celles plus feutrées mais aussi moches des hommes d’affaires opportunistes en train de préparer des horreurs en dégustant un repas chic.
J’ai passé un excellent moment dans cette histoire et sa fin ouverte sur un tatouage, évoqué dans le roman et qui annonce, à n’en plus douter, une suite:
« Le véhicule partit en trombe, sans me laisser le temps de noter la plaque.
Sébastien Larrivée-Roy. Voilà, c’était comme ça qu’il s’appelait. Et au moment même où son nom me revenait en mémoire, j’eus l’intime conviction que ce tatouage était bien trop frais pour que tout soit fini. Il faudrait reprendre le fil de cette enquête qui ne voulait pas mourir. Et c’est ce jeune homme à la voix haut perchée qui m’amènerait jusqu’au bout de la Corde blanche. »

