« Cartons » de Pascal Garnier – Zulma

Cartons-Pascal-Garnier-197x300J’ai lu hier matin ce roman inédit et posthume de Pascal Garnier.

L’éditeur en dit :

«  »Cartons » est un de ces chefs-d’oeuvre sur le pouce dont Pascal Garnier possédait à merveille la recette :  il y faut du style, un humour d’ébène et ce goût immodéré pour les drames humains. Voila un roman qui se lit d’une traite tout comme une boisson forte avalée cul sec par un temps de chien. » 

Eh bien je l’ai avalé cul sec par un temps de chien : ça requinque, oui !

Personnages en plein naufrage de la perte, du deuil, de l’absence, du déni également…Ambiance comme souvent : désordre, crasse, abandon, boisson, cachets…désespoir, et puis, quelque chose, une rencontre étrange, bizarre, et un faible espoir apparaît…ce serait mal connaître Pascal Garnier. Sombre, humour très noir, le chat est peut-être bien le plus « normal » dans ce livre…avalé cul sec ! 

Une seule envie : lire encore du Pascal Garnier !

 

« La théorie du panda » de Pascal Garnier – Zulma

la-theorie-du-panda-garnierLu hier, cet excellent roman du regretté Pascal Garnier, décédé en 2010.

Quelques courtes phrases :

« C’est un petit homme sépia de la tête aux pieds qui a toujours dû avoir le même âge, c’est-à-dire aucun. Un brouillard d’homme. »

Conversation avec un homme qui n’aime pas les pigeons, sur un banc :

pigeons« L’humanité finira encroûtée de merde de pigeon malade, parce qu’ils sont tous malades, ils vont, ils viennent, ils attrapent tout le pire du monde ! C’est triste. Une sorte de Pompéi, quoi. […] Moi, je suis contre les oiseaux, tous les oiseaux, y a trop de monde là-haut. C’est nos poubelles qui les attirent, nos monstrueuses poubelles. Moi, jeune homme, je ne laisse rien, je finis tout, je ne laisse pas une miette! J’ai même donné mon corps à la médecine. Il ne restera rien de François Dacis, rien! Comme si je n’avais jamais existé, et j’en suis fier !

– C’est tout à votre honneur.

 – Je ne vous le fais pas dire. Tenez, entre nous…Même les anges, je m’en méfie.

– Les anges ?tanges

– Oui, les anges. A force de voleter au milieu de tous ces volatiles interlopes, ils sont contaminés, grippe aviaire et compagnie, je vous le dis ! Avant, les anges avaient une bonne bouille de bambins bien nourris, ils soufflaient dans des trompettes, mais aujourd’hui, jeune homme, on dirait des drogués. Ils planent, ils planent avec un air de se foutre de tout!… »

La première et aussi la dernière phrase du roman :

« C’est un quai de gare désert où s’enchevêtrent des poutrelles métalliques sur fond d’incertitude. »

quai

Si vous aimez les ambiances bien marquées –  un peu glauques ! –  et l’humour noir, allez-y ! J’ai découvert cet écrivain avec « Lune captive dans un œil mort »(ah quel titre ! attendre la fin de la lecture pour comprendre ! ) qui m’avait emballée, tant par l’acidité du propos que par les rires ( un peu honteux parfois…)  qu’il avait provoqué. Un grand moment de découverte.

Pas déçue par cette « Théorie du panda » ! En 170 pages, le talent de Pascal Garnier réalise un travail exceptionnel de mise en scène, décor, dialogues, et nous livre une histoire incroyable mais à laquelle on croit, des scènes oniriques, des personnages surréalistes, et tout ça est plus vrai que vrai…Sans compter un dénouement inattendu qui laisse le lecteur bouche-bée !Une grande réussite, je me suis délectée de l’humour noir de Garnier ( il en avait reçu le Grand Prix en 2006 ), j’ai parfois éclaté de rire au détour d’une page…Personnage et auteur atypique dans le paysage de la littérature française contemporaine, dommage qu’il soit parti si tôt.