« Septembre 1943: les forces allemandes occupent Rome. Le chef de la Gestapo, l’Obersturmbannführer Paul Hauptmann, règne par la terreur.
La faim est partout présente . Les rumeurs suppurent. L’issue de la guerre est loin d’être sûre.
Les diplomates, réfugiés et prisonniers alliés évadés risquent leur vie en tentant de trouver asile au Vatican, le plus petit État du monde, pays neutre et indépendant situé au cœur de Rome.
Un groupe d’amis improbable menés par un prêtre courageux se retrouve soudain au cœur du danger.
À Noël, il n’est plus possible de faire marche arrière. »
Personnellement, ce sont les livres que j’ai le plus aimé qui me sont difficiles à chroniquer. Celui-ci, lu en peu de temps, impossible à lâcher, est de ceux-là. Ces premiers mots pour dire que j’ai été totalement happée par l’histoire ( inspirée de faits authentiques dont je ne savais rien ) de ce prêtre irlandais hors normes, captivée par tous les personnages qui gravitent autour de lui, par l’atmosphère de Rome occupée, par la foule italienne qui malgré la guerre est encore riche en verve, en couleurs, en saveurs, par l’écriture absolument exceptionnelle, qui ne renonce ni à l’humour, ni à la familiarité, ni à la poésie, une écriture extrêmement vivante.
Il y a là de nombreuses scènes descriptives du Vatican et de ses zones souterraines, d’autres d’une Rome telle un dédale d’où, si on la connaît, on peut échapper à une poursuite, se cacher, feinter, tromper l’ennemi. Rome sous les bombes, aussi.
Et cet ennemi est partout, aboyant, maltraitant, grossier. Mêlés à la foule italienne, les soldats allemands dénotent terriblement. Car Rome et les Romains ne renoncent pas à continuer de vivre et à lutter. Bien malin qui pourra deviner lesquels vont se joindre au réseau initié par le prêtre Hugh O’Flaherty , attaché au Vatican, afin de permettre le sauvetage de près de 5000 juifs et soldats alliés. Passage qui décrit lors d’un concert le comportement des nazis:
« Un conventicule de brutes fascistes est arrivé dans la loge royale, fumant avec ostentation, ils ont bruyamment ouvert un jéroboam de prosecco, dérangeant tout le monde afin de montrer leur importance, mais le public a feint de ne rien remarquer. Les lumières se sont éteintes, Proietti a fait son entrée d’un air hautain. Il est monté sur l’estrade tel un roi romain des temps anciens, saluant le public d’un léger mouvement de tête avec ce curieux mélange de reconnaissance et de dédain que manifestent les plus grands.
L’ouverture a commencé, puis le premier acte de I Capuletti e i Montecchi de Bellini. Pendant un quart d’heure, tout s’est passé somptueusement, jusqu’à ce que ces ânes se mettent à braire dans la loge royale; les fascistes étaient ivres. Ils avaient amené avec eux des dames de petite vertu; les infortunées créatures, embarrassées par les sifflets ébrieux de leurs compagnons, ont tenté de les faire cesser, mais leurs supplications n’ont eu pour effet que d’enhardir ces rustres. »
Ce roman époustouflant se lit comme un thriller. Le rythme est soutenu, alternant les voix, et si les faits sont historiques, ils sont romancés d’une façon merveilleuse. Je n’ai pas ressenti une seconde d’ennui. Marianna de Vries, Delia Murphy Kiernan ( chanteuse Irlandaise), Sir d’Arcy Osborne ( ambassadeur britannique auprès du Saint Siège ), John May, Sam Derry – (https://www.hughoflaherty.com/index.cfm/page/samderry ) – Enzo Angelucci, Contessa Giovanna Landini, vont se succéder en témoignages au fil du roman. Le groupe formera même un orchestre de chambre, histoire de se souder pour le grand jour, le Rendimento. Le livre est construit comme un compte à rebours, et en 3 actes: Acte I: Le Chœur, Acte II: Le solo, Acte III: Le Chasseur et enfin Le Coda final. Tout ici évoque le théâtre, que ce soient les décors, les dialogues…Sauf que le fond n’a rien d’imaginaire.
La contessa Giovanna Landini va se confesser auprès de Hugh, réflexion sur le désespoir ( pour vous donner une idée de la splendeur de l’écriture ):
« Et à l’époque, un grand fantôme me tenait dans ses griffes. Le prince suprême des fantômes. Le désespoir.
Le désespoir paré de ses diamants de glace et de chagrin, de ses robes de brume scintillante. Dans ses yeux, l’étrange lumière qui attire les navires vers les brisants; dans son deuil, dix mille chœurs. Vous pouvez tenter de jouer avec lui, mais les cartes sont truquées; il sait qu’il finira par gagner. Ce qu’il vous offre, c’est de l’opium, mais cent fois plus fort. Il n’est rien d’aussi enivrant, d’aussi étourdissant qu’un parfait désespoir.
On ne comprend jamais que l’espoir, si tant est qu’on le rencontre, apparaît dans les petites choses du quotidien, pas à la manière d’une annonce venue d’en haut. Dans l’arôme d’un plat qu’on cuisine, une phrase de Vivaldi. Une poignée de main. Une conversation.
Voilà ce qui s’est passé ce jour-là dans les jardins de la villa Umberto. L’espoir m’attendait dans la sala Bernini. »
C’est là l’immense talent de l’auteur, de construire une œuvre romanesque aussi vive, nerveuse, crédible, avec des faits historiques. On s’attache fort à Hugh, si peu ordinaire, on aime ses acolytes, permanents ou ponctuels. Et la visite de Rome, du Vatican, et surtout de leurs dessous est absolument incroyable et éblouissante.
À un rythme haletant, sans temps morts, Joseph O’Connor nous raconte un pan d’histoire héroïque, avec humanité, humour, grâce et générosité. Je crois que ce livre d’une grande richesse peut atteindre un très large public. En tous cas moi, je suis absolument conquise, je vous conseille vivement cette lecture. Histoire, amitié, courage et plein d’autres choses, par une écriture splendide s’assemblent pour un roman parfait. Dans un flux plein de vie et d’énergie, le courage, la fidélité à des idéaux, l’amitié et la résistance nourrissent un texte brillantissime.


Une brève note sur cette nouvelle de Claire Keegan, forcément une brève pour ce texte qui en 64 pages dépeint la genèse, la courte existence et la fin d’un couple. Et sans que ça ne le paraisse, c’est un joli tour de force. Assez navrante histoire, surtout en ce qui concerne Cathal. Car Sabine, elle, saura s’affirmer face à cet homme si convaincu de son importance et de son bon droit d’être supérieur. Avec une idée si réactionnaire des femmes, même celles des tableaux de Vermeer !
loisir, comme si elle n’avait rien d’autre ou de mieux à faire. »
J’avais beaucoup aimé « À travers les champs bleus », un beau recueil de nouvelles et je n’ai hélas rien lu d’elle depuis, mais j’ai retrouvé l’écriture subtile, l’ironie et le regard perspicace sur les êtres. J’aurais aimé vous mettre les dernières phrases de ce texte qui me remplit d’aise, mais ce serait gâcher le plaisir. Je rajoute seulement que cette nouvelle a été offerte à Sabine Wespieser par Claire Keegan pour les 20 ans de sa belle maison d’édition.






Nouvel An 1984. Mais pas de Big Brother qui nous observe. Tout le monde s’en contrefout. L’Irlande est une île perdue quelque part dans l’Atlantique que tous les gens raisonnables voudraient voir dériver au large, loin de leurs côtes, au-delà de leur imagination…
« Elle n’a rien perdu de sa beauté. Elle a les cheveux roux de sa mère, mais avec des boucles qui partent dans tous les sens – ce que certains trouvent charmant dans le genre bohême mais que d’autres jugent un peu excessif pour une femme de plus de trente-cinq ans. Sa peau est pâle, bien sûr, et ses yeux d’un bleu perçant brillent toujours aussi intensément. L’arête anguleuse de son nez a quelque chose d’aristocratique ( une ascendance O’Neill peut-être ) et ses lèvres sont charnues. Elle a toujours eu le sourire facile et, encore maintenant, malgré la mort de sa sœur et son divorce avec Dermot, son expression est pleine de chaleur. »
« Les mains en coupe autour de mon Zippo, je donne vie à une cigarette.



