La chanson du jour et bonus cinéma : Björk

Ce matin, extravagante Björk, glace et feu d’Islande. Islande dont j’aime déjà tellement la littérature, qui nous est arrivée ces dernières années; un univers, une poésie et une créativité inédits.  Les éditeurs qui ont su nous amener des auteurs comme Jon Kalmann Stefanson ou Audur Ava Olafsdottir, sans oublier le grand Indridason ont eu un sacré flair !

( je vous laisse la playlist, si vous en voulez encore ! )

Avez-vous vu le superbe film de Lars Von Trier ? Elle y est bouleversante, aux côtés d’une Catherine Deneuve qui a raconté que cette fille l’avait réellement déstabilisée…Björk a dit après ce tournage qu’elle ne ferait plus jamais de cinéma…On y a perdu…

Je ne mets pas cette vidéo en affichage direct, c’est la scène finale de l’exécution, bouleversante et d’un réalisme très dur à supporter si on a un truc dans la poitrine qui palpite

http://youtu.be/DWivulBg3w4

Ma rentrée 2013 : ce que j’aimerais lire

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Dans la pléthore, habituelle maintenant, de sorties de la rentrée, voici ce que j’ai envie de lire. Eh oui ! Encore beaucoup de littérature étrangère…

Des femmes que j’aime, d’abord :

« Dans le silence du vent » de Louise Erdrich – Albin Michel.

Je suis inconditionnelle et même si  je l’ai déjà dit !,  « Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse » est pour moi un TRES grand roman.

« Danse noire » de Nancy Huston – Actes Sud, parce que quelles que soient les polémiques que cette femme étrange soulève parfois, elle est une très grande écrivaine.

« La grâce des brigands » de Véronique Ovaldé – l’Olivier. Alors elle, c’est une des rares – je veux dire en France – qui arrive à me surprendre, une des seules qui sait raconter les histoires comme moi je les aime, mais bon : ça c’est personnel! Quand j’ai lu  « Déloger l’animal », ce fut une vraie surprise et beaucoup de plaisir; et « Ce que je sais de Vera Candida », un petit bijou à la mode sud-américaine.

Ceux que je ne veux pas manquer :

7764397767_transatlantic-de-l-ecrivain-irlandais-colum-mccann-est-sorti-le-22-aout« Transatlantic » de Colum McCann – Belfond, parce que c’est la promesse d’une très belle lecture, et d’un beau voyage, roman sur les liens entre l’Amérique et l’Irlande, sur les femmes qui ont fait avancer l’Histoire.

« Le livre du roi » d’Arnaldur Indridason – Métaillié…Que nous réserve là le grand Arnaldur ? A ce que j’en sais, l’histoire est un suspense haletant sans être un polar au sens strict , mettant en scène un vieil universitaire qui s’est fait virer et un jeune chercheur, lancés dans la quête d’un manuscrit volé par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Un Indiana Jones à l’islandaise ? Moi, ça me tente !

« Canada » de Richard Ford – l’Olivier, qui semble être le chouchou des critiques ( mais bon, du coup… vous voyez ce que je veux dire )

« Je ne retrouve personne » d’Arnaud Cathrine – collection Verticales de Gallimard.

Même si cet auteur est assez froid quand on l’écoute parler, j’ai beaucoup aimé les deux romans que j’ai lus de lui. Après tout, on a le droit de ne pas aimer parler ou de ne pas être à l’aise avec les interviews…J’ai trouvé ses livres très sensibles et justes ( « Les vies de Luka » et « La disparition de Richard Taylor ».)

« Esprit d’hiver » de Laura Kasischke – Christian Bourgois

Envie de le lire à cause de ça:

http://lecoindelalimule.blogspot.fr/2013/09/esprit-dhiver-laura-kasischke-editions.html

« Mauvaise étoile » de R.J.Ellory… Vous savez, celui qui se donnait à lui-même des avis extraordinaires sur les sites de vente de livres ! J’avais posté un article quand il avait été démasqué, le vilain !!! Tenez, vous pouvez relire ça :

http://www.metronews.fr/culture/le-romancier-rj-ellory-epingle-pour-s-etre-encense-sur-amazon/mlif!CeGLeXu9RS3E/« 

Mais j’ai adoré ses livres, et celui-ci a l’air bien « hard », comme je les aime; ça fait du bien, ça défoule tout en restant dans son fauteuil, non ?

Et puis pour découvrir ceux que je ne connais pas, comme:

« Faillir être flingué » de Céline Minard – Rivages

« Confiteor » de Jaume Cabré – Actes Sud

« Animaux solitaires » de Bruce Hobert –  Noire – Gallmeister

Le  premier roman d’un homme de 53 ans.

holbert-animaux-solitairesEt ce qu’en dit le Monde des Livres:

« En cette saison décidément riche en western, on tient une certitude : « Animaux solitaires »  est un grand livre et Russel Strawl, son héros, mobile et immuable, un mythe dont on se souviendra. […] Pourquoi Animaux solitaires est un grand livre? Parce qu’il tisse fil à fil, d’une rencontre à l’autre, la chronique d’un naufrage collectif.[…] Bruce Holbert vide de tout héroïsme l’évangile de l’Ouest américain et le réduit en fagots. Ses dialogues où le fatalisme se marie au sarcasme crépitent comme du petit-bois. »

 Macha Séry, LE MONDE DES LIVRES

Ben moi, ça me donne envie…et puis c’est mon éditeur préféré depuis quelques temps, et qu’on a presque toujours de la très belle ouvrage, chez Gallmeister, alors…

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Sur les traces d’un traducteur, Patrick Guelpa, et de son travail avec « Betty » d’Indridason

Ces deux derniers jours, j’ai échangé par mail avec ce traducteur dont j’ai admiré le travail sur ce livre assez particulier dans sa construction. Il a très gentiment accepté de m’écrire quelques mots à propos de cette traduction. Hélas, mille fois hélas, j’ai dû couper le chapitre le plus intéressant, celui où il parle du casse-tête qu’a été le passage de l’islandais au français, périlleux pour ne rien trahir de l’intrigue. Et comme certains d’entre vous ne l’ont pas encore lu …

Alors voici les mots de Mr Guelpa, tels quels:

« J’en reviens à notre sujet :

Comment en suis-je venu à traduire Bettý ? Tout d’abord, en novembre ou décembre 2005, l’Ambassadeur d’Islande à Paris, M. Tómas Ingi OLRICH (fin lettré et excellent connaisseur de la France. Il a étudié à Grenoble), m’avait prêté ce livre. Je l’avais lu ensuite, et l’avais reposé. Puis, l’ayant rendu, j’ai acheté un exemplaire en le faisant venir d’Islande. J’ai eu beaucoup de plaisir à le relire et l’idée m’est venue de le traduire. Pour cela, j’ai écrit à Arnaldur Indriðason par l’intermédiaire de son éditeur ( Je n’ai jamais rencontré Arnaldur. Vous voyez : vous avez une bonne longueur d’avance sur moi ! J’aurais eu l’occasion à Francfort pour la foire du livre en 2011, mais j’ai eu des scrupules à abandonner mes cours à l’université. Idem pour les Boréales de Caen où il a été récompensé pour Bettý… Je l’ai raté aussi à Lyon ! Décidément, il faudra que je retourne en Islande pour le voir… Je suis un peu idiot, sans doute, mais je ne voulais pas délaisser mes étudiants et mes cours). Il m’a répondu qu’il était ravi et que je n’avais qu’à demander à l’éditeur français, Madame Anne-Marie Métailié. Ce que j’ai fait ; mais avant, comme je savais qu’Éric BOURY (professeur d’anglais, qui a vingt ans de moins que moi et dont j’admire l’immense talent de traducteur. Il a passé deux ans en Islande et parle parfaitement l’islandais. Ses traductions sont impeccables et élégantes. J’étudie cette langue depuis plus de quarante ans et je crois que dans 400 ans, mon islandais sera à peu près acceptable, comme le gazon du Breton dans « Astérix chez les Bretons »), Eric BOURY,  donc,  était le traducteur attitré des romans où intervient Erlendur, je ne voulais surtout pas « marcher sur ses plates-bandes », comme on dit. Très gentiment, il m’a donné le feu vert en me recommandant auprès d’Anne-Marie. Laquelle lui a déclaré, après que je lui ai envoyé un résumé et quelques pages de ma traduction : « Pour ton petit (!) protégé, c’est bon ! ». Par internet d’abord et au téléphone ensuite, Éric et moi sommes devenus amis et nous aimons échanger nos impressions sur pas mal de choses (sur les traductions, sur les romans, les auteurs, mais aussi sur d’autres sujets : la famille, les enfants, l’enseignement, les langues scandinaves, l’allemand, l’anglais, etc…). C’est quelqu’un de charmant et que j’estime beaucoup. Je suis très heureux de l’avoir pour ami.

Éric a tout de suite été d’accord pour que nous nous partagions le travail : lui s’occupe des romans avec Erlendur, et moi des autres. Et ça me convient parfaitement… Normalement, si tout va bien, Madame Métailié m’a dit que ma traduction du « Livre du Roi » (un roman où l’amitié entre un jeune étudiant en philologie nordique et un vieux professeur spécialiste des manuscrits médiévaux leur fait entreprendre nombre d’aventures au Danemark, en Norvège, Allemagne de l’Est et aux Pays-Bas à la recherche du précieux Codex Regius des poèmes de l’Edda dans les années soixante du siècle dernier, affrontant de redoutables néo-nazis qui cherchent à s’emparer de ce trésor islandais.) paraîtrait en septembre (je l’ai rendue il y a un an, mais je comprends tout à fait que les romans avec Erlendur aient priorité. Les lecteurs attendent, c’est normal).

Attendons… age-16841_640

Les éditions du SEUIL m’ont proposé l’an dernier de traduire Flateyjargáta (« L’énigme de Flatey », parue le 7 février 2013. Très bon livre ! Une intrigue policière doublée d’une énigme médiévale concernant les anciennes sagas. L’auteur, Viktor Arnar Ingólfsson a été agréablement surpris de ce que je connaisse assez bien l’île de Flatey… par internet ! où il a passé ses premières années chez ses grands –  parents, à qui il dédie son livre. Très sympathique ! Le français est la 9e langue dans laquelle est traduit son roman. Je désire en traduire d’autres, ainsi que je l’ai signifié à la responsable du SEUIL).

Voici la « note » que j’avais envoyée à Madame Métailié au sujet du livre :

 

« Note sur le roman Bettý, d’Arnaldur Indriðason

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 Betty est un roman policier du « maître du polar islandais », Arnaldur Indriðason

(francisé en Indridason. 6 romans sont déjà parus aux éditions Métailié dans la magistrale traduction française d’Éric BOURY. Ils ont pour héros l’inspecteur Erlendur Sveinsson ) paru en 2004 à Reykjavík aux éditions Vaka-Helgafell. C’est l’un des préférés de l’auteur et il doit beaucoup au style de James Mac Cain (The Postman always rings twice, roman de 1934 = « Le facteur sonne toujours deux fois », film de 1981), auteur de romans noirs américains qui mettent au centre une « femme fatale ». Dans ce roman noir islandais, le personnage habituel de l’inspecteur Erlendur n’apparaît pas (on n’y fait qu’une très brève allusion).

 Je suis toujours très ému par les personnages d’Arnaldur quand ils souffrent : Erlendur, avec sa vie en morceaux et sa tendresse pour sa fille « paumée », qui sait malgré tout revenir un peu vers son père, mais aussi par les autres personnages qui endurent tourments physiques et tortures morales.

 Le livre est écrit à la première personne, le sujet parlant est un juriste qui se retrouve en prison sans savoir pourquoi et qui est amoureux d’une femme aussi belle que mystérieuse. Le lecteur souffre pour le narrateur,  se sent en empathie avec lui,  qui cherche à découvrir la vérité. L’affreuse machination dont il est victime se dévoile finalement et le drame navrant de ce personnage, au-delà de l’émotion poignante qu’on peut ressentir, laisse en nous un arrière-goût d’amertume mêlé d’une grande tendresse pour celui dont le cœur, envers et contre tout, ne veut et ne sait parler qu’une langue : celle de l’amour. »

Merci pour ces explications éclairantes sur votre travail.

 

« Betty » de Arnaldur Indridason – Métailié NOIR- traduit par Patrick Guelpa

bettyIl me restait à lire ce roman d’Indridason…Les fans du taciturne Erlendur avaient quelque peu rechigné à cet opus sans le commissaire, et j’ai attendu longtemps pour le lire. Eh bien, j’aurais manqué quelque chose si je ne l’avais pas fait.

Peut-être bien que le grand talent de l’auteur est ici à l’état originel .

L’écriture, limpide et simple, sans apprêt, la trame romanesque qui nous mène par le bout du nez ( je suis sans doute bon public, mais là, chapeau ! Ou bien je suis d’une naïveté confondante ! ), l’empathie qu’on ressent pour le narrateur, l’émotion que cette histoire d’amour fou suscite…Une vraie réussite, il m’a bluffée, le bougre !

Certains passages sont vraiment bouleversants et à la moitié du livre, j’ai pris une vraie claque; ah le filou d’Indridason ! Je sais que ce livre n’eut pas l’heur de plaire aux critiques à sa sortie, bon, eh bien tant pis ! Moi je l’ai trouvé beau et ce fut un très agréable instant de lecture.

Le feu sous la glace : « Etranges rivages », d’Arnaldur Indridason – éd.Métaillié, traduit par Eric Boury

20070829.FIG000000032_10648_1A peine paru, aussi vite lu .On les attendait, ces nouvelles de notre Erlendur, avec grande impatience ! Et sur ces étranges rivages, on le retrouve en vacances…Enfin, en vacances… Ce serait mal le connaître, cet homme qui depuis toujours gratte les vieilles plaies, creuse le passé et cherche les disparus, inlassablement . Quel bonheur de le retrouver, de retour sur son lieu de naissance. Curieusement, je l’ai trouvé plus apaisé, moins anxieux, un peu moins taciturne. Comme si ce retour aux sources, ces vacances, le rendaient à lui-même. Evidemment, il est hors de question que je dise quoi que ce soit de l’histoire ( hélas, plein de sites l’ont déjà fait, sûrement ).

couv-1106 Mais ce dont je suis sûre, c’est qu’après cet épisode, Erlendur ne sera plus le même homme…Une composante forte de ce qu’était ce personnage s’est en quelque sorte dénouée, et je suis très très curieuse de savoir quelle transformation aura vu le jour sous la plume du grand Indridason. En fait, après les deux romans précédents, qui laissaient la place aux collègues d’Erlendur, Elinborg dans  » La rivière noire » et Sigurdur dans » La muraille de lave » , je sentais bien que cette absence allait nous apporter une histoire cruciale dans la vie du personnage. Une grande réussite : l’ambiance comme on l’aime, brumes et glaces, instants  hallucinés, montée des questions lente et prenante…On l’ouvre, on s’y plonge et on ne le lâche plus. Un des meilleurs, à mon avis, de toute la série, bien au-delà du polar, un livre sensible et beau.

Lire l’article de Bruno :

http://lecoindelalimule.blogspot.fr/2013/02/etranges-rivages-arnaldur-indridason.html#comment-form

Voici le lien vers le très intéressant blog d’Eric Boury, traducteur de l’islandais

http://ericboury.blogspot.fr/

Je voudrais aussi vous conseiller de regarder l’adaptation au cinéma de « La cité des jarres », par le réalisateur islandais Baltasar Kormàkur, sorti au cinéma en 2008, il est déjà passé à la télévision. C’est une vraie réussite : ambiance, choix des acteurs ( chouette ! on ne les connait pas ! ), le roman est très bien restitué.

Bande-annonce en VO ( cette langue est belle, je trouve…)

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