« La patience de l’immortelle » – Michèle Pedinielli – éditions de L’aube/L’aube noire

4222-Pedinielli-La-patience-de-limmortelle-inter-scaled« Putain, il a fallu que je crève ici. Ici, cette nuit, sur cette route quelque part au milieu du maquis. Il fallait que je crève dans le noir.

Ça a commencé par une sorte de plaf, et j’ai failli perdre le contrôle de la bagnole. Un coup à droite, un coup à gauche. Frein.  Stop. Les deux mains agrippées au volant, le regard qui se perd au-delà de la zone balisée par la lumière des phares. L’éclairage public des routes corses tendant vers le zéro absolu, je n’ai pas vu grand- chose. Je n’arrivais même pas à deviner la silhouette des arbres ou l’amorce du virage que j’aurais dû suivre vingt mètres plus loin. Le noir de Soulages est plus lumineux que cette route. »

Première rencontre avec Michèle Pedinielli et ce ne sera pas la dernière. J’ai pris un grand plaisir à la lire, à découvrir Ghjulia Boccanera, Diou pour les intimes et détective privée. Mais pas privée de tout: pas de charme ni de vocabulaire, ni de tempérament. Ah comme je l’ai aimée, cette Diou !

Elle porte le livre et est humainement un personnage riche, apte aux émotions, aux émois, mais aussi au sarcasme, à la réplique qui fait mouche. Fine et à la fois « brute de décoffrage ».

olive-grove-4955574_640« Sa voix est douce et calme et j’anticipe avec un ennui infini le discours new age sur les arbres et leur pouvoir de guérison, l’énergie de la nature, gnagnagna.

« Et je vais puiser ma force dans sa force pour ensuite sentir l’esprit de l’olivier qui va m’enraciner en moi-même? »

Il me regarde d’un air perplexe.

« Non. Je voudrais juste que tu regardes sa ramure là-haut sur la gauche: dis-moi ce que tu vois. »

Ben, mon gars, si tu comptes sur moi pour observer quoi que ce soit de vert, on n’a pas le cul sorti des ronces. Mais après tout… »

Elle sait s’émouvoir devant la petite Maria Stella mais balancer un retour verbal costaud à qui l’énerve, et parfois sans le dire elle fulmine en des termes et un vocabulaire qui m’ont souvent fait rire – et par les temps qui courent, ça ne se refuse pas -. Bref, je me suis régalée à cette lecture.

ice-cream-cone-421855_640« Le serveur amène nos consommations avec un air enjoué, « Et une glace pour la petite princesse! ». Je me demande à quel moment du siècle dernier les fillettes ont basculé sous le statut de princesses! » . Ça vient d’où? C’est la faute à Mickey? À la pub? C’est si enviable que ça d’être enfermée dans un donjon ou endormie sous une cloche de verre? D’attendre un bellâtre en armure avant d’enchaîner les grossesses pour atteindre le bonheur officiel? Le type me sourit. »

Mais quand même quelques mots de l’histoire. Letizia Paoli est retrouvée morte, calcinée dans le coffre de sa voiture et elle était la nièce de Joseph Santucci – Jo – l’ex compagnon de Ghjulia. Diou vient donc sur l’île pour accompagner la famille en deuil, celui de cette Letizia qu’elle a vue naître. Pour enquêter aussi, alors qu’elle est partie depuis très longtemps de l’île. Ce sera pour elle un retour dans cette culture aux codes particuliers, le silence têtu étant un des plus caractéristiques. On le comprend vite en rencontrant les femmes de la famille, dont la glaciale Diane, que Diou surnomme « La Raidissime » et Antoinette, sœur de Jo et mère de Letizia, la grand mère de la petite Maria Stella, dorénavant orpheline. Quant à Diane, veuve, elle est la belle-sœur d’Antoinette avec laquelle elle vit depuis son veuvage.

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C’est donc ici que Diou, dépaysée, va poser sa valise et mettre en marche son enquête. Elle suivra des pistes diverses, comme celle de l’immobilier, des incendies inexplicables, des spéculations tortueuses et du jonglage avec les lois et leurs aménagements divers. Diou vient de Nice et se retrouve dans cet endroit pourtant connu un peu égarée face aux us et coutumes. Mais quoi, il en faut plus à Ghjulia pour perdre pied ! Ce personnage est véritablement magnifique tant par sa verdeur de langage que par sa capacité à s’émouvoir. Ce trait de caractère la rend totalement crédible lorsqu’elle arrive chez des gens connus d’elle, qui furent proches, Jo en particulier qui, lui, est policier. Letizia était journaliste, comme son mari, et la petite Maria Stella va attacher Diou illico, la faisant se remémorer Letizia petite.

« Letizia, je l’ai rencontrée bien avant qu’elle ne devienne journaliste, le jour où j’ai accompagné Joseph au village pour voir sa sœur Antoinette qui venait d’accoucher, il y a près de vingt-six ans. Au milieu d’une chambre décorée d’oiseaux, quelqu’un l’a installée doucement entre mes bras hésitants. Elle a replié ses genoux contre ma poitrine, ses doigts de pieds nus écarquillés. Sa tête a vacillé un moment, Tiens-lui la nuque, Boccanera. Et poum. Elle s’est endormie dans le creux de mon épaule. Mon nez dans ses cheveux frisés fins et doux. Qu’est-ce qu’elle sent bon. Je respire à travers ses boucles en profitant tant que ça dure. L’odeur d’un bébé qui dort. »

Bref, l’enquête va avancer avec un tas d’obstacles, mais le tout sera agrémenté de parties de belote au café où Diou va travailler, de recherches dans la montagne corse qui va éblouir Diou de ses points de vue sur la mer, par le ciel où tourne inlassablement un milan royal.

bird-3617786_640« Un sifflement surgit soudain d’entre les nuages blancs. Je lève les yeux.

« C’est un milan royal. »

Barto, le champion de belote assis à ma gauche, tire sur sa cigarette. Il me désigne un point dans le ciel en soufflant sa fumée comme un vieux dragon qui cache son jeu. J’ai déjà remarqué sa main droite recroquevillée comme une serre par l’arthrose, ou quelque chose de plus grave. C’est celle qui joue. Qui, même abîmée, assène inlassablement les coups à ses adversaires. »

C’est l’hiver mais le soleil règne en maître, on croise d’intrigants personnages et…on sort de ce livre avec une furieuse envie d’aller ou de retourner en Corse, pour ça, pour les paysages et la nature. Quant au reste, quant à ces caractères fermés, opaques, quant aux divers montages frauduleux pour gagner des terres constructibles, pour feinter les autorités, quant à ces choses qui ont mené Letizia à la mort, elle la journaliste trop curieuse, elle si au fait des caractères et caractéristiques locales, quant au cœur de l’enquête de Diou, quant à tout ça, vous le découvrirez  par vous-même. Letizia écrivait un blog sous le nom de Claire Filanciu, et Diou lit:

« Quand la Corse s’embrase en hiver.

Le sport national qui consiste à préparer la terre pour les corsican-goat-1783930_640troupeaux de villas-champignons se pratique donc également au milieu de l’hiver. Malheureusement, le manque de pluie depuis des semaines, la chaleur inhabituelle de cet hiver et des vents extrêmement violents transforment « l’écobuage immobilier » d’une parcelle en feux incontrôlables qui mobilisent plus de pompiers, et plus longtemps que d’habitude. Ceux-ci avouent leur crainte pour les jours et les semaines à venir devant un brasier qui semble couver en permanence et que l’on n’arrive pas à éteindre définitivement. Se rendent-ils compte, ces incendiaires, que c’est notre Amazonie à nous qu’ils brûlent? »

L’enquête va parfois buter et toujours Diou continuera, usant de ses attaches dans l’île avec subtilité et intelligence. Ce que je garde moi de cet excellent roman, c’est la nature de Diou qu’on aimerait rencontrer « en vrai « , je me suis vite sentie comme en confidence avec elle et son caractère décidé, opiniâtre et pourtant tendre et sensible. Sa façon de draguer un plus jeune qu’elle sans complexes, sa façon de se laisser attendrir par Jo, son regard sur Maria Stella, si émouvant, son attachement, quand il y en a un, si sincère et fort. Un très beau caractère, franc parler, humour et émotion, j’ai aimé Ghjulia.

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J’ai adoré ce livre, un grand bol de soleil, de ciel et de mer, les parfums aromatiques de la Corse sous le soleil même dans le froid, de l’humour et de l’intelligence. Michèle Pedinielli balance pas mal sur pas mal de sujets et ce sans en faire des tonnes; c’est vigoureux et revigorant. Que demander de plus? Merci Michèle Pedinielli, votre livre m’a fait du bien !

Ma page préférée: page 142, en entier.  Et le mot de la fin:

« Démerde-toi avec ça. »

« Ne me cherche pas demain » – Adrian McKinty- Actes sud/actes noirs, traduit par Laure Manceau

9782330148607« Le bipeur se met à couiner à seize heures vingt-sept le dimanche 25 septembre 1983. Un do dièse strident toutes les quatre secondes, annonçant – en tous cas pour ceux d’entre nous qui ont pris la peine de lire le manuel – une urgence de niveau 1 – . Il s’agit d’une alerte générale envoyée à tous les policiers, réservistes et soldats d’Irlande du Nord, même en repos. Il n’existe que  cinq alertes de niveau 1, parmi lesquelles: attaque nucléaire soviétique, invasion soviétique, et ce que les fonctionnaires qui ont rédigé le manuel ont nonchalamment nommé « intrusion extraterrestre ».

Ça faisait un bail que je n’avais pas lu cet auteur. Se replonger dans la littérature irlandaise, noire ou pas, est toujours un grand plaisir. Ici, un roman noir évidemment, et un personnage utilisé comme vecteur pour balancer pas mal de choses sur les Irlandais, un œil très critique, et même virulent et rageur sur ces gens empêtrés depuis si longtemps dans des conflits – on disait les « troubles », pour décrire des attentats à la bombe réguliers, des crimes de chaque côté et le goupillon entre les deux – . Lisant ce roman, il semblerait que les braises se réveillent par là-haut, et il y a peu j’ai revu Bloody Sunday avec toujours ce sentiment de gâchis affreux et la stupidité des guerres.

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Préambule un peu long pour parler maintenant en quelques mots de ce livre. Ce sera court car comme souvent pour les romans contenant une enquête, mieux vaut ne pas développer. Mais je parlerai de l’écriture très vivante de McKinty. J’ai beaucoup ri, sur de nombreux passages, jusqu’à la fin très noire et un flic désabusé, dégoûté par son propre pays. 

« On pourrait donc s’attendre à ce que je me sois rué sur le bipeur à l’autre bout de la pièce avant de courir, en proie à une panique grandissante, vers le téléphone le plus proche. Mais ce serait se fourrer le doigt dans l’œil. »

L’histoire se déroule donc en 1983, près de Belfast – Carrickfergus pour être précise -, en plein conflit. L’inspecteur Sean Duffy, catholique, chose rare dans la police d’Ulster, a été radié à cause d’accusations douteuses. Je ne reprends pas la 4ème de couverture, qui dit trop, mais il est un jour contacté par le MI5, service des renseignements responsable de la sécurité intérieure du Royaume-Uni. Mais entre temps, Sean traîne, écoute toutes sortes de musiques allant de Ligeti à Lou Reed. Dans le temps mort entre son éjection de la police et sa nouvelle fonction, Sean Duffy traîne et maugrée intérieurement:

« LA LETTRE

belfast-383172_640Nouvel An 1984. Mais pas de Big Brother qui nous observe. Tout le monde s’en contrefout. L’Irlande est une île perdue quelque part dans l’Atlantique que tous les gens raisonnables voudraient voir dériver au large, loin de leurs côtes, au-delà de leur imagination…

L’année avance tant bien que mal. Les journées se confondent. Un matin du grésil, le lendemain de la pluie.

Je sillonne la ville et en arrivant chez moi je regarde au courrier au cas où ma lettre de licenciement serait arrivée pour signature. Carrickfergus est un vaste chantier: des pans de ville entiers délimités pour démolition et reconstruction. De l’argent de la CEE, alors les gens du coin voient ça d’un bon œil, mais ils se le fourrent dedans, parce que ça veut juste dire qu’on est en haut de la liste européenne des Villes du Fond Du Trou. »

En effet, Dermott McCann, artificier de l’IRA et ancien camarade de classe de Sean, vient de s’évader et le MI5 veut le retrouver.

Sean Duffy se retrouve ainsi réintégré dans ces services, chargé de retrouver le fuyard, épaulé par Kate. Kate est un très beau personnage, ambigu à souhait, sympathique et on perçoit bien la relation de complicité qui se crée avec Sean.

Va ainsi commencer une enquête que Sean mènera à sa façon, retrouvant finalement la famille de Dermot parmi lesquelles Annie que Sean aime particulièrement, sans pourtant perdre de vue le double jeu qu’il doit mener finement. Mais très vite intervient une seconde enquête, irrésolue: le meurtre de Lizzie, autre membre de la famille McCann. Affaire classée comme accident, Sean n’est pas satisfait et c’est ce qu’on appelle une enquête en chambre close qui s’infiltre dans l’histoire. Pas par hasard, évidemment. Sean sera parfois « gêné aux entournures » par les liens qu’il a encore avec cette famille et ce sera aussi un atout. Avec en premier Annie, l’ex épouse de Dermot McCann, et c’est donc ainsi qu’il va entamer son enquête, envahi de souvenirs d’enfance et d’adolescence, bons et mauvais. Le palpitant toujours réactif au souvenir d’Annie.

394px-O'neill_clanaboy« Elle n’a rien perdu de sa beauté. Elle a les cheveux roux de sa mère, mais avec des boucles qui partent dans tous les sens – ce que certains trouvent charmant dans le genre bohême mais que d’autres jugent un peu excessif pour une femme de plus de trente-cinq ans. Sa peau est pâle, bien sûr, et ses yeux d’un bleu perçant brillent toujours aussi intensément. L’arête anguleuse de son nez a quelque chose d’aristocratique ( une ascendance O’Neill peut-être ) et ses lèvres sont charnues. Elle a toujours eu le sourire facile et, encore maintenant, malgré la mort de sa sœur et son divorce avec Dermot, son expression est pleine de chaleur. »

Voilà pour les grandes lignes du roman. Ce qui en fait le charme, la drôlerie et la pertinence c’est bien sûr le ton choisi par Adrian McKinty, grinçant à souhait, des dialogues à diverses interprétations, il glisse même Maggie, La Dame de Fer, lors de l’attentat de Brighton. La scène chez le coiffeur Sammy McGuinn, communiste ( le seul du coin dit Sean ) est vraiment réussie, avec une acidité colérique sous jacente tournée à l’humour.

« -Sean, je sais que tu ne le vois pas pour le moment, mais c’est une très bonne chose. En tant que membre de la police, tu n’étais que le laquais d’un gouvernement tyrannique qui opprime la volonté du peuple. Catholique, en plus ! Un mec futé comme toi !

-C’était un boulot, Sammy. Et j’étais pas si mauvais.

-Le pouvoir est un poison pour l’âme ! il fait, et il enchaîne sur Lord Acton, Jurgen Habermas et l’expérience de Stanford.

-Ouais, tu voudrais bien me le certifier conforme, Sammy?

-Bien sûr, dit-il et il ajoute sa signature et son cachet en marmonnant quelque chose à propos de Thatcher et Pinochet. 

-Je vois bien que t’as pas le moral. Pour le même prix, je te rafraîchis ta coupe, il propose, et il met la musique la plus joyeuse qu’il ait trouvée, à savoir la Symphonie n° 40 de Mozart. »

C’est ça qui fait réellement l’intérêt du livre, le sujet n’étant pas nouveau, c’est la façon vraiment rageuse de dire ce qu’il pense de son pays. Il ne donne pas vraiment envie d’y aller faire un tour. La voix de Sean est sans pitié pour les protagonistes de ces attentats, guerres, troubles, quel que soit le nom qu’on leur donne, c’est un homme fatigué de tout ça. Enfin il termine avec amertume – la fin est plus grave – sur son hésitation à partir ou rester.

zippo-2096918_640« Les mains en coupe autour de mon Zippo, je donne vie à une cigarette.

J’emprunte à mon tour la planche en bois qui tangue sous mes pas et trouve refuge sous l’auvent de la capitainerie.

Terre ferme.

Terre d’Irlande.

Terre de mes ancêtres, de ma naissance. Pour laquelle je n’ai aucun amour. Tout juste bonne à récolter la cendre de ma cigarette et la boue de mes semelles. […] »

J’ai donc beaucoup aimé cette histoire, grâce à Sean surtout, grâce au ton acide, voire corrosif de l’auteur. Une lecture accrocheuse et une fin sur les chapeaux de roue, alors, en Toyota Celica Supra…

« De zéro à cent en quinze secondes.

Seulement à 160 chevaux, 216Nm de couple, mais cette caisse avance comme une voiture de formule un. Radio Luxembourg se met en marche et je monte le volume.

Hendrix et le Velvet envoient du son rien que pour moi.[…].  Je baisse ma vitre et allume une cigarette.

Nuii. Vitesse. Tabac de Virginie. Angleterre.

Inutile de regarder ma tronche dans le rétro pour savoir que je souris.

Si la maladie des temps modernes est l’angoisse et l’ennui, en Irlande du Nord on a trouvé le remède. L’omniprésence de la mort réduit l’ambition, l’inquiétude, l’ironie et la monotonie à un seul et unique mot. Vivre ! »

Seul le titre ne me plait pas . Titre original « In the morning I’ll be gone ». 

« Les nuits de Reykjavik » – Arnaldur Indridason – Points Policier, traduit par Eric Boury

indridason« Il se demandait si ce n’était pas sa passion pour les destins tragiques qui l’avait conduit à s’engager dans la police. »

Retour aux débuts dans la police islandaise d’ Erlendur, ce flic mélancolique obsédé par les disparitions.

Rares sont les romans dits policiers qui racontent le quotidien d’un flic ordinaire, comme Erlendur à ses débuts. Le grand Indridason, épaulé par la toujours impeccable traduction d’Eric Boury, nous fait ici le portrait de son célèbre personnage, jeune homme déjà taciturne, solitaire, peu démonstratif, maladroit dans les relations amoureuses, mais néanmoins sensible et intelligent, amateur de littérature et de poésie. Un peu rêveur sans doute, mais avec les deux pieds quand même bien ancrés sur sa terre islandaise et un cerveau qui fonctionne bien. Portrait aussi de Reykjavik et de la vie des presque invisibles, pauvres gens vivant dans les sous-sols, sous les pipelines, dans des foyers ou dans la rue, tous alcooliques ( ils boivent de l’alcool à 70°…), tous cassés par une histoire de vie tordue; les coups, les trahisons, les abandons et les disparitions. Mais Erlendur, lui, voit ces gens-là .

Quand il découvre la mort d’Hannibal, clochard qui lui était familier, une mort vite classée comme un accident, son obsession de l’explication, celle qui fera de lui le talentueux policier que nous connaissons et aimons, ce besoin d’expliquer le lance dans une enquête quelque peu parallèle à ses fonctions de simple flic. Plutôt chargé des tapages nocturnes, petits voleurs et gent avinée, il va déployer ici, et pour la première fois son grand talent d’enquêteur. 

Et toujours, la belle plume d’Indridason:

« Sentant le sommeil le gagner, il reposa son livre. Il pensait aux nuits de Reykjavik, si étrangement limpides, si étrangement claires, si étrangement sombres et glaciales. Nuit après nuit, ils sillonnaient la ville à bord d’une voiture de police et voyaient ce qui était caché aux autres: ils voyaient ceux que la nuit agitait et attirait, ceux qu’elle blessait et terrifiait. Lui-même n’était pas un oiseau nocturne, il lui avait fallu du temps pour consentir à quitter le jour et à entrer dans la nuit, mais maintenant qu’il avait franchi cette frontière, il ne s’en trouvait pas plus mal. C’était plutôt la nuit que la ville lui plaisait. Quand, dans les rues enfin désertes et silencieuses, on n’entendait plus qu ele vent et le moteur de la voiture. »

J’ai découvert Indridason avec « La femme en vert », un vrai choc de lecture, autant sur le style que sur le sujet (et ce livre reste d’ailleurs mon préféré de la série). Les femmes battues et l’alcoolisme y étaient déjà présents, comme des fléaux de l’Islande. La fin du roman nous met en contact avec Marion Briem, supérieure du jeune Erlendur, et dont la finesse capte tout de suite le potentiel du jeune policier. Je me demande encore si Marion est une femme…J’en étais convaincue après avoir lu « Le duel », et ici j’ai des doutes…Ma petite copine Mary de Littéraventures, elle, en demeure certaine, (oui, nous nous interrogeons toutes deux depuis longtemps sur le sexe de ce personnage…). 

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Alors, après cet opus rétroactif dans la vie nocturne de Reykjavik que nous réserve Indridason? En Mars, sortie d’un nouveau roman dans la série des enquêtes d’Erlendur aux éditions Métailié : « Le lagon noir »…Très impatiente.

Je vous invite à visiter deux sites, Toute l’Islande, dans mes liens depuis que j’ai rencontré la littérature islandaise : et un nouveau, découvert grâce au premier Vivre en Islande.

Pendant que j’y suis, si ce n’est pas fait, allez voir le film « Béliers » réalisé par Grímur Hákonarson 

 Bon voyage !