« Le Phénix » – Marie-Anne Legault – Québec Amérique

null« Prologue

Le jour se lève avec cet air maussade qui colle bien au premier lundi de novembre. Une grisaille froide pèse sur le centre-ville de Montréal, alors que deux éboueurs balancent dans la gueule d’un camion-benne les derniers vestiges d’octobre. Leur mine de chien basset s’allonge à mesure que se multiplient les déchets générés par les fêtards costumés de l’avant-veille, le trop-plein des bacs à ordures s’est déversé sur l’asphalte, çà et là, des sacs éventrés par les rats. Sale journée. »

Je m’arrête là de ce prologue, pour ne pas en dire trop dès le début. Si ce n’est qu’une valise passe au broyeur, tandis qu’un homme en pyjama de soie, un gobelet de café à la main, regarde son bagage partir aux ordures. Le titre originel est « La traque du Phénix ». Et il s’agit bien d’une traque, mais plutôt bienveillante, plutôt une enquête motivée par l’étrangeté de ce Phénix. Mais qui est-il? Qui est cet homme qui laisse des graffitis un peu partout dans des lieux insolites, joue Rachmaninov parfaitement sur un piano public, apparait, disparait, mais ne sait dire son nom. Doué de multiples talents, surnommé le Phénix, donc, il éveille immanquablement l’intérêt des deux héroïnes, la travailleuse de rue Sarah et Régine son amie neuropsychologue. Sont insérées des pages parcheminées, le « Journal d’un savant babylonien » dans lequel tous les arts sont abordés, incluant aussi les sciences, et une large palette de créations, de la plus concrète à la plus abstraite. Du cuisinier à Vinci en passant par Picasso, Breton, Schoenberg.

« Journal d’un savant babylonien

octobre 2000

Un virtuose est avant tout un être doté d’un esprit mathématique. Qu’il soit peintre, compositeur ou poète, le génie appartient à celui qui maîtrise l’art du parfait dosage. Le grand Goethe lui-même ne faisait aucune distinction entre l’art et la science.

Couleurs, notes, lettres ou épices, la grandeur est dans la mesure, le calcul infinitésimal des proportions. Il s’agit de trouver la balance idéale des ingrédients, celle qui fera d’une œuvre un chef d’œuvre. […]

Ce qui me fait dire qu’en science, comme en art, il y a un sens à tout.

Même au non-sens. »

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Intrigant, non? Voici un roman très bien ficelé, qui mêle une enquête non policière à la science ( plus précisément les neurosciences ), à l’art et à l’histoire. Bref, c’est un livre addictif qui nous mène par le bout du nez; on tourne les pages et on va de surprise en surprise. Trois personnages majeurs, les deux femmes et ce Phénix étrange, fuyant, doté de tous les talents. Mais d’autres rencontres évidemment nous attendent au coin des pages.

Il me serait bien difficile de vous emmener dans le dédale de ce roman, car on va jusqu’à Babylone, oui. Et on tourne les pages et on est accroché par cette enquête sur les traces d’un homme marginal; il faudra tirer les fils qu’il laisse traîner derrière lui, par bribes, peu à peu, pour comprendre. Donc à mon sens inracontable et tant mieux. En tous cas, je me suis bien laissée prendre au réseau tortueux qu’est cette recherche de l’identité de cet homme étrange, apeuré, qui surgit ici ou là au gré de ses errances, de ses dessins, fuyant le plus souvent les lieux trop fréquentés. 

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« mars 2007

[…] Il faudrait se protéger de nous-mêmes.

Pourquoi ne peut-on pas se contenter d’être ce que l’on est, humain? Ce qui, en matière de biologie animale, est déjà pour le moins remarquable. On pourrait se satisfaire de vivre pour s’extasier, en ne faisant rien, ou rien que l’amour, comme les bonobos. S’émerveiller devant les choses les plus simples. Or, nous avons cette folie des grandeurs, l’obsession de la quête, de la conquête, franchir l’infranchissable, édifier des tours démesurées.

Qui cherchons- nous à défier? Dieu? Ce serait trop facile. Nous-mêmes? Ou le temps. Oui, le Temps, le vrai maître, souverain absolu et despote. Lui seul est sans faille, lui seul avance et complète tout, disait Whitman.

Je connais un peuple qui ne possède rien et qui vit au milieu de rien. Le seul qui ne soit pas sous l’emprise du Temps. Un peuple qui, n’ayant rien, peut s’extasier de tout, et pour qui l’art n’est pas un trophée, mais un besoin aussi vital que l’eau. C’est fort, pour des gens du désert.

Un chef-d’œuvre du peuple. »

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C’est pour cela qu’il captera l’attention de Sarah, qui voit en lui un homme à la rue, et de Régine, qui y voit un « cas » passionnant pour les neurosciences. Je ne vous donne que le prénom de Lucas, qui tient lui aussi sa place dans cette histoire, un personnage discret mais néanmoins très attachant.

Vous verrez, si vous lisez ce roman, qu’il est bien difficile de ne pas se laisser prendre dans cette toile complexe, dans laquelle on va rencontrer des personnages, des époques, des lieux divers, proches et lointains, et se laisser mener par le bout du nez. Sans être lourd par son ton plein de vie, ce qu’il faut d’humour et de poésie, c’est un roman plein de savoirs. 

« Journal d’un savant babylonien

mars 1999

Entre le génie et la folie il n’y a qu’un pas. À quel moment l’éclair de génie devient l’éclair de folie? La frontière existe-t-elle? Il y a sans doute un fou dans chaque virtuose.

Le génie et la folie se côtoient depuis l’aube de l’humanité, depuis ce matin où, une étincelle dans les yeux, Sapiens a l’idée d’user de son sang et d’os calcinés pour donner vie aux parois des rochers. Ce matin où son imagination le pousse à transformer son arc en harpe, ses flèches en notes. Jusqu’à ce que tout bascule, qu’il refasse une arme de son instrument, du sang et des cendres de son ingéniosité créative. D’un coup, le souffle créateur devient un vent destructeur.

C’est un fait. C’est d’ailleurs consigné dans l’Encyclopédie: Ô que le génie et la folie se touchent de bien près.

Ils sont parfois indissociables. »

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Et puis, bon, que je sois claire,  j’ai aimé me promener avec les personnages dans Montréal, que je commence à connaître un peu, le canal Lachine, le Vieux Montréal et les friches industrielles qu’on trouve encore ici et là dans les alentours du centre, aménagées pour la promenade, et pleines de graffitis, comme toute la ville. J’ai aimé ce décor, cette histoire et son voyage dans le temps, les idées, l’art et les sciences, la réflexion qu’on y trouve. Bref, ça pourrait bien vous plaire !

Une musique:

« Les morts d’avril » – Alan Parks, Rivages/Noir, traduit par Olivier Deparis ( Ecosse )

« 12 avril 1974

-Qui voudrait faire exploser une bombe à Woodlands? s’étonna McCoy. C’est le trou du cul de Glasgow.

-L’IRA ? proposa Wattie.

-Pourquoi pas? C’est vrai qu’on est le Vendredi saint. Mais je ne suis pas sûr que faire sauter une loc merdique à Glasgow soit le meilleur moyen de frapper l’establishment britannique. C’est pas les Chambres du Parlement, quoi.

Plantés au milieu de West Princes Street, ils contemplaient les vitres soufflées et le grès noirci de la façade du numéro 43, là où se trouvait l’appartement en question. »

Ainsi commence ce 4ème mois des aventures de Harry McCoy, et de son adjoint Wattie. Et quelle réussite ! On commence dans le vif du sujet, des bombes sont posées, une explose dans une église, la seconde dans un appartement miteux, réduisant en charpie celui qui la bricolait. Bien sûr, l’IRA arrive à l’esprit de tous. Mais laisse sceptique notre flic préféré. Il souffre terriblement de l’estomac, et ne craint rien plus que la vue du sang. Ce qui n’est pas anodin dans sa fonction.

Cet épisode le mettra d’ailleurs à rude épreuve, L’enquête est ouverte, sous les ordres de Murray, plus coriace que jamais. Sans compter la sortie de prison de Cooper, compagnon d’enfance de McCoy dans les « foyers » pour enfants à l’abandon et en perdition. Ce lien entre les deux hommes, le flic et le truand, est un élément important dans ce roman, tant Cooper sait jouer de cette connivence de l’adolescence, comme il sait  jouer sur la corde sensible de Harry McCoy, et tant McCoy reste attaché malgré tout à ce bandit. Qui sort de prison:

 » -Alors, c’était comment? s’enquit McCoy. T’as pas fait tomber ta savonnette dans les douches?

Cooper haussa les épaules. Ne rit pas.

-C’est tout? Tu as fait près de six mois de taule. Il a bien dû se passer quelque chose.

-Tu veux vraiment le savoir? demanda Cooper.

McCoy acquiesça, soudain un peu hésitant.

-Eh bien, va me chercher une autre pinte et je te raconterai.

McCoy alla au comptoir et se demanda ce qui lui semblait différent chez Cooper. Rien, en fait, il retrouvait le Cooper des débuts, avant qu’il ne devienne un gros bonnet de la pègre protégé par ses troupes et son argent. Le Cooper qui n’avait rien à perdre et ignorait la peur. Le Cooper dangereux. McCoy avait d’autant moins de chances d’obtenir ce pour quoi il était venu à Aberdeen. Mais bon, il fallait essayer. »

Les maux d’estomac et la phobie du sang sont importants aussi dans le portrait de McCoy. Ils dénotent quelque chose de profondément ancré en lui, un point faible peut-être contre lequel il lutte souvent. Même s’il n’est pas un « fier à bras », cet homme, un homme avant tout, n’est pas dépourvu d’empathie quand il le faut. Ni de saine colère, ni de rigueur. 

Quand il va rencontrer Andrew Stewart, qui cherche son fils Donnie, engagé dans la marine, notre McCoy va commencer une enquête pour retrouver ce jeune homme et découvrir pas à pas quelque chose de sidérant, par sa violence, par son cynisme aussi.

« -Où est Donny Stewart? C’est l’un d’eux? C’est l’un de tes soldats?

Lindsay rit.

-Non, Donny était appelé à de plus grandes choses. Il devait faire partie des Morts d’avril…

-Il devait quoi?

Lindsay le regarda, il réussit à fixer ses yeux sur lui pendant quelques secondes.

-Midi.

-Quoi? Qu’est-ce qui se passe à midi?

Les yeux de Lindsay se fermèrent, sa voix ne fut guère plus qu’un murmure:

-Boum!

-Quoi? Où? Où ça? Dis-moi!

Pas de réponse. McCoy le secoua mais c’était peine perdue, il était évanoui.

Il le reposa sur les oreillers, s’assit sur le bord du lit et prit sa tête dans ses mains. Il avait affreusement mal à l’estomac. Un nouvel attentat, peut-être plusieurs. Il savait ce qui allait arriver de grave. Le chaos. Et apparemment, il avait contribué à le déclencher. »

Quant à Wattie, il est de plus en plus attachant, y compris pour McCoy. C’est ce que j’aime dans cette série et en particulier dans ce 4ème volume. Les sentiments d’amitié sont mis en avant, importants, difficiles – dans la relation entre McCoy et Cooper en particulier – mais irrépressibles. Le duo fonctionne de mieux en mieux au fil des enquêtes. Et puis ce père américain qui cherche son fils est touchant, sans que jamais on ne tombe dans la mièvrerie – évidemment, me direz-vous, on parle ici d’Alan Parks et de sa plume acérée ! – 

Voilà pour moi un grand bouquin, un grand plaisir à le lire. Et notons la couverture, cette série « empruntant » les photos de Raymond Depardon, sa collection sur Glasgow ( que j’ai pu voir à Lyon )..

Remarquable en tous points, on commence et on ne s’arrête pas jusqu’à l’arrivée sur une fin ouverte et si bien ficelée qu’on attend le mois de mai de Glasgow avec impatience !

« Transformer l’Écosse ne l’intéressait plus, ça ne l’avait jamais passionné, mais c’était ce que voulait Lindsay et ça lui avait suffi. Ce qui l’intéressait à présent, c’était l’homme qui l’en avait empêché. L’inspecteur Harry McCoy. Mais rien ne pressait. McCoy n’allait pas s’envoler, et il avait besoin de temps pour fignoler son plan. Il n’échouerait pas, cette fois. »

Court chapitre de l’auteur en fin de roman sur ses sources d’inspiration, très intéressant. J’aurais pu choisir « Brown Sugar » ou « Purple Haze », mais non, on entend ça aussi au Paul Jones, à Dunoon, dans ce pub plein de jeunes gens.

« Le tueur au caillou » – Alessandro Robecchi, – L’aube Noire, traduit par Paolo Bellomo avec le concours d’Agathe Lauriot dit Prévost

« NOVEMBRE 2016

Peut-être qu’il aurait dû pleuvoir.

Le tueur au caillou par RobecchiFrancesco s’est dit en s’habillant, qu’un jour comme celui-là méritait une lumière plus appropriée, quelque chose qu’un bon réalisateur aurait longuement étudié puis élaboré avec soin dans l’attente de la bonne journée: le ciel gris, les gouttes fines, l’humidité flottante qu’il y a à Milan quand tu ne sais pas si l’eau vient d’au-dessus de ta tête ou d’en dessous de tes pieds. À la place, il y a un soleil pâle, de ceux qui ne réchauffent pas,, un soleil qui fait le minimum syndical, la sensation de ces ampoules écologiques qui peinent à donner de la puissance quand tu appuies sur l’interrupteur, et font la lumière des morts. »

Second roman de cet italien dont je retrouve avec grand plaisir la verve rageuse, dans une histoire finalement extrêmement triste comme le sont les conditions de vie des milanais des classes populaires, des immigrés, des secondes zones, quoi. 

Trois cadavres vont être retrouvés en quelques jours, un caillou posé sur chacun d’eux. Trois hommes riches et importants dans leur domaine. C’est ainsi que l’équipe de Carlo Monterossi va se réunir, pour le plus grand plaisir de ces hommes dans le salon d’un d’entre eux, où l’épouse va leur créer un QG aux petits oignons, avec de quoi boire et manger, tout ça pour réfléchir mieux et regrouper leurs investigations. Regard de Carella sur son collègue Ghezzi:

« On se voit dans une demi-heure en haut chez Gregori », mais d’un coup d’œil il dit à Ghezzi de rester, et donc maintenant il n’y a qu’eux deux.

C’est bien, pense Ghezzi. Il aime travailler seul, et Carella le sait. Carella aussi, il a ses méthodes, et Ghezzi le sait. Donc, le problème à présent c’est d’avoir deux mouflons dans la même bergerie, et tous les deux savent que ça ne doit pas finir en coups de cornes.

« Vas-y, dis- moi », dit Carella.

Ghezzi lui a filé un sacré coup de main dernièrement et on peut dire qu’ensemble, ils ont chopé un vrai méchant, voire deux. Mais ce n’est pas le genre de service qu’on doit retourner, donc pas de cadeaux: si Ghezzi travaille dans l’équipe, il faut qu’il sache clairement qui commande. Mais il sait que Ghezzi est indiscipliné et irrégulier, comme certains footballeurs de génie, et surtout il sait qu’il n’aime pas que des connards se baladent pour tirer sur les gens. Les artistes du ballon, il faut les laisser libres pour qu’ils donnent le meilleur. »

C’est un livre brillant pour son ton acerbe, souvent drôle, un livre politique qui explore cette ville de Milan, connue désormais, autant que pour la Scala, pour ses relents fascistes puissants. C’est triste mais vrai. Et Alessandro Robecchi, chez qui on sent constamment la sympathie pour les gens modestes, même s’ils sont un peu tricheurs, un peu menteurs, un peu voleurs, même, il les défend en en parlant d’abord, et en en faisant des héros malgré tout. Ces héros du quotidiens, comme Francesco qui aide la vieille dame invalide, en lui faisant ses courses, Mme Antonia.

« Il est descendu dans la cour, a traversé les plates-bandes fatiguées, il a longé les murs écaillés et s’est glissé par la petite porte du bâtiment C, il a monté les quatre étages d’escaliers et il est entré chez madame Antonia, la porte était ouverte.

Elle était réveillée, allongée sur son lit. Francesco a pris dans un tiroir une petite boîte en plastique avec des compartiments, il a compté les pilules, les a posées sur la table.

« Ces deux-là, juste après le déjeuner et après le dîner, comme d’habitude, te plante pas, l’autre avant de te coucher », a-t-il dit. Puis, aussi: « Tu as déjà pris ton lait? »

Madame Antonia a fait oui de la tête.

-Quand est-ce que tu dois faire ta prise de sang?

-Jeudi? À dix heures et demie.

-Bien, je viens avec quelqu’un pour t’amener en bas et je t’accompagne » a dit Francesco.

Elle a tenté un sourire.

Ces derniers mois, les escaliers sont devenus un cauchemar. Elle, pratiquement incapable de bouger, pas d’ascenseur, cage d’escalier étroite, HLM.

HLM, pense Francesco, Habitation pour Locataire Miséreux. »

Attention, aucun misérabilisme geignard, aucunement, mais la réalité du monde dur des pauvres. C’est, même si en lisant il y a bien une enquête prenante et tortueuse, avec cette équipe d’enquêteurs atypique, c’est donc le cœur du sujet. La pauvreté et le monde de l’argent. Les pauvres qui ont toutes les peines du monde, et les riches qui en ont tous les bénéfices. Oui mais voilà, trois sont tués avec ce curieux petit caillou posé sur leur corps…

Vous entrerez dans de beaux salons de beaux et vénérables immeubles classieux de Milan, et vous traînerez les pieds dans une cour de HLM, et vous essayerez de choisir où vous vous sentez mieux… J’ai adoré ce bouquin.

Je change un peu ma façon de parler des livres, avec un post plus court, pour un vrai coup de cœur pour cet auteur qui flingue sans en avoir vraiment l’air, qui flingue la laideur du monde milanais et de son argent, je vous donne encore un ou deux extraits caractéristiques et je vous conseille vivement ce livre qui recèle de vraies pépites de dialogues, un regard acéré, moqueur et tendre pour quelques uns, et carrément assassin pour d’autres. 

Pour Il Venerdi della Repubblica, « le meilleur polar italien qui circule en ce moment »

Enfin, savez-vous que notre Monterossi est fan absolu de Bob Dylan?

Musique de fin:

« Carlo monte dans la voiture, démarre, le char d’assaut fait un bruissement gentil dans les flaques d’eau et s’en va, doux comme un chat qui ronronne.

La radio de la voiture s’allume toute seule, c’est le téléphone qui lui a dit, ces deux-là sont vraiment copains. »

 » Mange tes morts » – Jack Heath, Super 8 éditions, traduit par Charles Bonnot ( Australie )

Amazon.fr - Mange tes morts - Heath, Jack, Bonnot, Charles - Livres« Le sang aigre et visqueux me colle aux dents.

« Vous ne pouvez pas rester là, monsieur, me lance l’agente du FBI chargée de bloquer la porte. Circulez. »

Je mâchonne le bout de mon doigt et arrache un nouveau morceau d’ongle.  » Je travaille pour vous, dis-je. Je suis consultant civil. »

Elle observe mes baskets de chez Walmart, mon jean taché et mon sweat-shirt en loques.

« Vous avez vos papiers? »

Ma parole, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un truc aussi addictif…et génial. Et trash, mais finalement pas tant que ça. Pourquoi? Parce que rencontrer Timothy Blake est une véritable expérience, le plus fort étant qu’on s’attache à lui immanquablement et que ça rend tout le côté comment dire, difficile, beaucoup plus acceptable, enfin presque acceptable. Car la vie de Timothy est terrible. Mais je ne vous dirai pas pourquoi. Je vous demande expressément, si vous décidez de lire ce roman – je précise, d’un noir absolu – je vous demande de ne rien lire à son propos, vous vous gâcheriez la lecture, sérieusement, ne faites pas ça !!!!  Je ne m’attendais à rien de spécial, mais là, je suis restée soufflée. Et le plus difficile, c’est de savoir qu’il y a deux opus après celui-ci, mais pas encore traduits et je ne lis pas assez bien l’anglais. C’est une horrible frustration tant j’aime Timothy, tant je veux savoir ce qu’il va lui arriver…Il semblerait qu’une adaptation série ou cinéma soit en cours… Je n’ose même pas imaginer ce que ça donnera, il ne faut pas laisser une telle histoire à n’importe qui, c’est sûr. Voilà, je n’ai rien d’autre à dire… Même pas d’extrait, niet, nib, que dalle, jetez vous sur ce livre, et savourez.  Juste pour finir : chaque titre de chapitre est une devinette…Il y a une très bonne raison à ça, ce n’est pas du tout le hasard… Je vous en livre une seule et je n’ai pas choisi celle-ci pour rien :

« Un calot tout de viande rempli

Au moindre souffle gigote et frémit

Regardez dessous si ça vous dit

Sans rien manger, car la viande vit!

Qu’est-ce donc? »

Même si vous me le demandez, je ne vous donnerai pas la réponse, vous n’avez qu’à vous presser de vous procurer ce livre addictif. Pire que ça, une drogue infernale ! J’attends la suite fiévreusement.

Bonne lecture !

« Dernier meurtre avant la fin du monde » – Ben H. Winters, 10/18, traduit par Valérie Le Plouhinec (USA)

Dernier meurtre avant la fin du monde par Winters« J’observe fixement l’agent d’assurances qui me regarde de même, deux yeux froids et gris derrière des montures en écaille à l’ancienne, et il me vient cette sensation horrible et grisante à la fois, celle qui dit: nom de Dieu, c’est bien réel tout ça, et je ne suis pas sûr d’être prêt, vraiment pas. « 

Attention, addiction assurée !  Lisant le titre et éventuellement la 4ème de couverture, on peut être méfiant et craindre un de ces livres apocalyptiques de bas niveau, surfant sur le bruit, la terreur, etc etc, une mauvaise série B. Eh bien non, et bien au contraire, moi qui ne suis pas friande des histoires de fin du monde, j’ai été totalement happée par cette trilogie impossible à lâcher. Pour une raison majeure, le personnage Hank Palace, un jeune policier extrêmement doué et très intelligent dans un monde qui l’est nettement moins. Un caractère qui peut sembler rigide – parce que c’est un homme qui travaille avec la loi – mais dont le cerveau et le cœur sont plutôt élastiques. Moi, je le dis franco, Hank Palace, je l’aime. Comme je vais l’aimer tout au long de ces 3 livres impossibles à lâcher, parce que surprenants. En effet, l’argument de départ (allez vous renseigner, je ne dis rien) fait craindre un truc pas génial – je veux dire côté lecture – un peu « bateau »…et puis non, l’auteur donne à son histoire une bien autre tournure, une autre ampleur en mettant en scène des gens, ordinaires la plupart du temps, des villes et des villages avec leurs communautés et le tout qui se fractionne, éclate en éjectant des individus qui ne se montrent pas toujours sous leur meilleur jour. Il y a aussi dans cette fascinante histoire Palace et sa sœur, une histoire difficile, et une mise sous le microscope d’êtres humains aux abois, la fameuse « struggle for life »…Quant à la fin, moi, je n’ai pas honte de le dire, j’ai chialé – j’ai chialé souvent en lisant cette histoire , oui, je suis une lectrice qui s’immerge à fond ! – Et sincèrement, j’ai adoré entrer dans ce roman, riche sur beaucoup de sujets, et ne tombant jamais dans la facilité. 

Phrase finale:

« Je tiens la main de Ruthie et elle tient la mienne, et nous restons ainsi, à nous donner la force, comme des inconnus dans un avion qui tombe. »

Une chanson, Tom Waits