» Prologue
Port Bouët, Abidjan, Côte d’Ivoire
Samedi 26 octobre 2019
Il se souvenait d’avoir été heureux. Et puis, brusquement, il ne l’avait plus été.
Sa rage actuelle venait peut-être de là. Ou d’autre chose, il ne savait pas. Ses idées étaient devenues confuses, comme toutes ces inscriptions gravées sur le mur de plâtre, au-dessus de lui.
Comment était-il arrivé là? De vagues images lui revenaient maintenant, par bribes. Des images voilées par une brume bleutée. »
Beaucoup de plaisir à cette lecture noire, souvent drôle – en tous cas moi j’ai trouvé plein de passages amusants – et tout le temps intrigante. Mêlant des univers très différents, dont à priori le seul lien est une tache bleue devant les yeux, ceux du vétérinaire Martin Reinhard fraîchement installé dans le Morvan et ceux d’un militaire de Côte d’Ivoire. Ajoutez une secrétaire hackeuse – celle du véto – et deux jeunes femmes amoureuses en Afrique, une soldate et une journaliste… sans oublier un policier bien fatigué – Markovic – qui le sera bien plus au fil de l’histoire.
Enfin une famille de paysans et leurs vaches…Bref. Il faut s’immerger et ne pas
lâcher le livre pour suivre le fil.
Donc, Martin, vétérinaire ressent une gêne avec cette tâche bleue et cherche avec anxiété ce que cela pourrait être. Un poil fatigué et basé à Château-Chinon, son activité va démarrer sur les chapeaux de roues, avec le massacre de vaches dans une ferme voisine.
Encore un peu en mode vacances, je n’entre pas dans le détail, mais je résume ceci : une ferme et ses habitants, animaux compris, sont au centre d’une enquête laborieuse et ramifiée, comme l’est celle qui lie l’Afrique et le Morvan. De beaux personnages, finement dessinés, une écriture teintée de nombreuses nuances.
Mon personnage préféré est la secrétaire du
vétérinaire, sans conteste, Rose – Marie et ses corsages fleuris, avec son air de secrétaire bien efficace et bien organisée et qui se révèle très à l’aise avec les arcanes secrètes de l’informatique. Et capable de tout.
J’ai suivi les pas de Martin, alternant avec ceux de Victoire, jeune femme engagée dans l’armée, passant d’un univers à l’autre en allers-retours- et me demandant bien quel était le fil qui reliait ces deux personnages. Évidemment, je ne vous le dirai pas .
Quant à la tache bleue dans l’oeil de Martin…je n’en dis rien non plus. Je ne me suis pas ennuyée, j’ai souvent souri, j’ai observé ce monde rural bien loin de l’image d’Épinal. Les failles de notre société, l’air de rien, sont ici glissées dans l’histoire, survolant l’école, le collège, le monde agricole, l’armée, la police, et un véto et sa secrétaire. Sacré mélange, bien réussi à mon avis. Et puis la course folle de Juliette au Mali, Juliette qui m’a vraiment touchée.
Bref. Une lecture assez prenante, j’ai bien aimé.






Mitka est plein de haine, plein à craquer du désir de vengeance et il craque ( je ne révèle pas plus que ce qui est annoncé en 4ème de couverture ), au fil des rencontres il trace son chemin meurtrier, et l’autrice, brillamment, distille au compte-goutte des informations; les autres personnages, Cristina, Mariama, Giulia, Maxime, s’interrogent dans leurs chassés-croisés ; on rencontre aussi Madeleine, intéressante, légère et sans tabous, mais bon, je ne dis rien de plus. Sauf que ce petit livre est extrêmement bien ficelé, bien écrit, qui doucement nous emmène au fond du cœur de Mitka, au fond de sa rage, et au milieu de son désert, de la profonde solitude qui l’habite. En lisant, vous croiserez Hoya Bella, la fleur de porcelaine, qui contrairement aux cailloux du Petit Poucet, égare plus qu’elle ne guide dans le jeu de piste que nous propose la belle plume d’Anne Luthaud. 