Pour une fois, un duo. Deux romans étranges lus, mais qui restent pour moi pleins de coins obscurss.

J’ai lu ces deux romans et suis sortie de ces lectures en me disant que possiblement je n’en avais rien compris. Puis je me suis dit « Y a t-il quelque chose de précis qui m’échappe qui serait vraiment à comprendre.? …et puis j’ai choisi la liberté, c’est à dire prendre dans ces textes ce qui m’y apparaissait, à moi (et peut-être qu’à moi, par erreur, quoi…)

Je commence par Lipp et cette femme  au jardin des Plantes, puis qui se promènera dans Paris, rencontrant Lipp, le cherchant souvent et un peu partout. L’écriture est très particulière -le premier extrait en est un exemple -.

« Ainsi va Lipp »

– Eleonore Frey, traduite de l’allemand par Camille Luscher -éditions La Veilleuse

Ainsi va Lipp - 1« Madame me promène dans le parc. Le jardin des plantes au printemps. Moi, son envers. Tourné vers l’intérieur; à l’extérieur son manteau gris, boutonné jusqu’au cou, bien comme il faut. C’est-à-dire correctement.
Non pas comme une autre le portait, cette jeune fille autrefois, qui. »

Ce début montre déjà l’étrangeté de ce roman, celle de l’écriture qui lui donne un ton très particulier. Et tout dans ce livre m’a semblé venir d’un autre monde. Du jamais vu – lu – pour moi. J’avoue qu’au début, j’ai un peu peiné, mais cette histoire étrange m’a poussée à continuer. C’est là le charme de la littérature, dont on pense qu’elle pourrait ne pas se renouveler, alors que non, les autrices et auteurs ne sont pas tous dans le même sillon, et moi, ça m’impressionne toujours.
Mais revenons à Lipp, et à Madame. Qui est Lipp? Si vous avez la réponse, je prends. Lipp est un homme croisé dans la rue, Lipp c’est ainsi que Madame l’a nommé et c’est à lui qu’elle va inventer une existence et même plusieurs. Comme ce roman n’est absolument pas dans des clous ordinaires, libre à vous de vous infiltrer dans la pensée de Madame et d’y rencontrer Lipp. Cette lecture est un voyage dans un esprit imaginatif, créatif. Un livre absolument pas ordinaire dont je pense qu’il est absolument vain de vouloir en faire un résumé. C’est une expérience de lecture inédite, surprenante, et que j’ai suivie jusqu’au bout. Dans les pas de Madame et de Lipp.

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      « Tombeau de Parsifal » – Dimitri Bortnikov -éditions Rivages

« Il n’y a pas longtemps encore, j’étais vivant. Je vivais parmi vous, mais vous ne me connaissiez pas. Je faisais partie de ceux que l’on appelle « les autres ». Je vous écris du coupe-gorge du coeur humain. Le poing serré autour de l’âme, la peau entre les dents – me voici. La mort écrit aussi…Et voici mon histoire. »

Que ce livre a été difficile à lire et à comprendre…mais quel plaisir de lecture, même en ne saisissant pas tout…je sais, ce sera court parce que des livres comme celui de ce diable d’auteur sont à mon sens trop difficiles -pour moi – à commenter. Il faut le lire et c’est déjà un challenge. J’avais adoré « L’agneau des neiges », plus « facile » et si beau., vous  trouverez mon  post sur le blog.
Celui-ci, à cause de mon évident manque de savoirs sur certains sujets, m’a pris beaucoup de temps, et je sais pertinemment que je suis passée à côté de pas mal de choses.
Bon, si je tente un aperçu, ça ne sera que ça. Cet extrait, un des nombreux que j’ai cochés en lisant:

« Ça serait bien, n’empêche, d’avoir un truc, une sorte de loupe pour regarder les âmes. Carrément dans le ventre de leur mère…Ça devrait exister. Absolument. Voir tout de suite la graine méchante, et celle qui ne l’est pas. Un saint d’un côté, un démon de l’autre. Soupirer un bon coup, et se laver les mains, les bien laver et réserver un aller simple pour Sirius. Et le reste de l’éternité regarder notre Terre au télescope…De temps en temps. Pas longtemps. Ça serait pas mal comme vacances, non? mais tout est mélangé. Tout est obscur. Qui est qui?…Mystère »

Dans la première partie du roman, le narrateur rend visite à un vieil ami à l’hopital, Babyl  ( ou est-ce l’hospice?), puis il retourne dans sa ville natale car il est obsédé par la mort de sa mère et veut trouver des réponses à sa douleur et surtout il veut se venger. On rencontre l’amante Damiane
Je pense sincèrement que je ne suis pas à la hauteur pour parler de ce livre complexe et si déstabilisant. Je l’ai lu, revenant parfois en arrière, relisant parfois plusieurs fois le même passage. Mais quelle écriture… Encore une fois, je n’ai pas tout saisi, je le sais, mais cette écriture hachée parfois, en envolées colériques ou désespérées, folles, violentes, cette écriture m’a amenée aux derniers mots, les dernières pages bouleversantes, avec cette fillette sans mains, née comme ça, au cimetière, un extrait assez long mais quelle fin bouleversante !

La petite a souri, son visage s’est tordu, et elle a levé les bras vers son père.
Elle n’avait pas de mains! Pas du tout de …J’ai reculé. Le père s’est retourné vers moi. À dit tout bas: « Elle est née comme ça… »

Ils sont partis et moi, je me suis assis sur une tombe.

[…]

Près d’une tombe où la fillette jouait, j’ai trouvé un bonhomme de neige. Elle lui a sculpté la tête comme elle a pu, avec ses moignons. Je me suis écroulé à côté de ce tas de neige, et ma gorge…

Ma gorge se contractait, je convulsais comme un chien qui vient d’avaler du poison.

La vie, c’est elle, emprisonnée en moi depuis tant d’années -s’est libérée enfin. »

Clairement il vous faut tout lire de ce qui est écrit entre cette fin et les premières phrases. C’est un voyage halluciné.
Je remercie chaleureusement l’auteur pour sa dédicace et pour son écriture hors normes.

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