« L’homme qui apporte le bonheur » – Cătălin Dorian Florescu, éditions des Syrtes, traduit par Elisabeth Landes (allemand )

« Le fleuve accueillait les ports en douceur, comme s’il avait su que ce n’étaient pas des morts comme les autres. L’East River, parfois si impétueux, déroulait dans l’aube un vaste ruban de plomb. Il était patient, il ne voulait pas s’ingérer dans les affaires des hommes. Il  n’aurait plus les morts du ghetto ce jour-là, mais il en aurait d’autres. C’était quasiment certain.

Sur les rives de Manhattan i y avait toujours quelqu’un pour s’en remettre à lui: un désespéré, un épuisé, un fou. Ou pour lui en remettre d’autres, victimes d’une agression ou d’un règlement de comptes. Le fleuve n’était pas difficile. Quelques jours plus tard il relâchait les corps et les rejetait à terre, des quais du port affairé au sud à la rive sableuse et aux appontements vermoulus de la BronxRiver. »

Ainsi débute ce beau roman, dense et surprenant. 

Comment l’Amérique, ici New York, et la Roumanie se rencontrent, se rejoignent, du XXème siècle naissant au XXIème siècle encore jeune? Deux voix, celle de Ray et celle d’Elena. L’un nous conte l’histoire de son grand-père et l’autre celle de sa mère, femme de pêcheur du Danube, morte en 1920 dans une léproserie roumaine.  Son arrivée dans cet endroit, glaçant.

 » On l’abandonna là avec sa valise, un matelas, une couverture et un paquet de vivres. Les gendarmes s’étaient refusés à descendre de voiture, et l’ambulancier lui avait expliqué qu’elle devait maintenant se chercher une place dans la léproserie. Qu’un médecin viendrait de temps à autre, examiner et nettoyer les lésions. Amputer si nécessaire des doigts, des orteils, des nez, des mains et des pieds. Leur fournir des pansements et des médicaments. Quelque fois même, un pope viendrait leur apporter de la consolation. pour tout le reste, il fallait qu’elle voie avec les occupants de la léproserie. »

Le grand-père de Ray, c’est le petit vendeur de journaux de l’East Side qu’on rencontre au début du livre, pauvre parmi les pauvres et qui chante si bien. Sa voix lui servira à donner un peu de joie à ses amis, puis plus tard à des femmes dites de petite vertu, des femmes pauvres et qui n’ont rien d’autre que leur corps pour gagner quelques dollars.

Plongée dans la vie quotidienne de femmes qui luttent contre la misère, la maladie, la dureté des temps, et dans la vie d’un enfant misérable mais combattif dans un New York glacé, où toutefois s’exerce une solidarité et où là encore, les femmes endurent des conditions de vie pitoyables. Et c’est ainsi que le gamin va faire un drôle de chemin, par sa voix et par sa résistance à tout.  Ray, son digne descendant:

« J’aime me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre, incarner un nouveau personnage. Lorsque j’y parviens vraiment, ça me fait l’effet d’une drogue, comme si j’avais deux, trois, plein de vies. Et si cet autre est une vedette, mes nombreuses vies s’emplissent alors de aie et de grandeur. »

Quant à la mère d’Elena, sa si triste destinée alterne avec celle du petit chanteur marchand de journaux de New York. 

Avec Ray qui veut ressusciter le vaudeville et Elena qui amène à New York les cendres de sa mère défunte pour les jeter dans l’Hudson, nous sommes transportés d’un pays à l’autre, d’une vie à l’autre, d’une histoire à l’autre. Ray et Elena jettent un pont qui nous fait entrer dans une histoire peu ou mal connue, celle des léproseries en Roumanie et celle du monde du spectacle à New York au siècle dernier. 

Elena et Ray, les descendants de deux personnes au parcours incroyable. Elena qui raconte à tanti Maria ce voyage à New York, et Ray qui rencontre Elena et bien sûr son grand-père, chanteur séducteur des ruelles et des bas fonds., et ça nous donne une très belle fin, sensible, forte, imprégnée de sentiments divers, mais pas de tristesse ( je trouve ). Cette histoire est douce, un peu amère, l’auteur ne néglige jamais l’humour, même dans des moments difficiles pour les personnages, un humour parfois acide, mais de l’humour quand même et ça donne une histoire et une œuvre profondément humaines.

Un roman qui se lit comme un roman d’aventure, comme un roman social ( j’ai pensé un peu à Dickens au début ), un roman historique aussi et le tout avec une poésie âpre mais tendre  ( Est-ce possible, ça? Oui, je crois ).

Belle et passionnante lecture fourmillante de vie. Pas une seconde d’ennui.

« Rhapsodie balkanique » – Maria Kassimova-Moisset, éditions des Syrtes, traduit par Marie Vrinat ( Bulgarie )

« MIRIAM

1924

Elle roula sur ses jambes.

Lourde, épaisse goutte de sang. Elle se glissa des profondeurs de son corps efflanqué et se rua sur ses jambes. Trébucha près du genou pointu où elle s’arrêta l’espace d’une seconde pour inspecter le chemin devant elle.  Emprunta l’intérieur du mollet, entre les tendres petits poils blonds de son duvet de jeune fille et se heurta frontalement à sa chaussette blanche. Pfff!…Le coton l’absorba instantanément. Le rouge foncé se fondit dans ses fils, ralentit son cours et se mit à serpenter vers le fond de sa chaussure aussi élimée qu’un crâne chauve. Là, elle s’enfonça dans l’invisible et s’apaisa. »

Quelle belle découverte, encore ! Vous constaterez que je commence à explorer l’Est de l’Europe, et avec quel bonheur !

Nous sommes ici en Bulgarie dans les années 20. L’autrice raconte l’histoire de sa grand-mère et celle de son père, celle qu’on lui a racontée; mais en romancière et donc par la fiction, elle prend de la distance sur cette histoire et comme on le lit au fil des pages, la complaisance n’est pas de mise. Construit en insérant des chapitres de dialogues entre elle et ses personnages, ce questionnement prend une forme vraiment judicieuse et plus critique.

Voici donc Miriam, fille de Theotitsa et Todor. Cette mère a perdu un grand nombre d’enfants à leur naissance ou en bas âge, et Miriam, surnommée Mila est la première qui a résisté, suivie de sa petite sœur Miya.

Ce roman est magistral: une leçon d’écriture, de narration, un exemple de ce que le roman d’une vie, de vies, peut être, l’épopée d’une famille, bientôt amputée du père, dégringolade de la mère avec ses deux garçons, errance dans ces Balkans où la religion détermine à peu près tout.

« Et Ahmed, que tu vois là-bas, sous l’arbre, Ahmed, qui est d’une autre confession, quand il ouvre les siens, j’y suis toute entière ! Je colle un morceau de vase cassé. Comme une bouchée de pain avalée. J’y retourne comme la dernière goutte d’eau dans une terre sèche. Je m’imprègne et pousse, crois et fleuris, donne des fruits et pourris. Je m’endors entre ses bras, je me rends. Je meurs et renais sans même savoir que la mort se sépare de la vie…Ça me suffit. Alors remonte dans ta barque, pêcheur, détache-la et pars, avant que je ne te garde dans ma mémoire, précisément ainsi et précisément ici – à me parler de foi quand je te parle de vie ! ».

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Miriam, bouleversante, vive et forte, puis veuve qu’on voit s’amenuiser, comme va changer sa relation avec ses garçons, eux petits encore dont on voit la vie devenir si difficile. Le plus grand en sera réduit à mendier devant une église. Miriam prendra  des décisions, fera des choix qui n’en sont pas vraiment. La pauvreté grandissante la poussera à des extrêmes que la narratrice interroge. Et ça nous ramène aisément à ici et maintenant, sur l’intolérance, sur l’émancipation féminine, sur les ravages de la guerre. La vie quotidienne, de la lumière à l’ombre, est dépeinte avec finesse, parfois avec humour, c’est un vrai regard sur des visages, des voix, des corps. C’est magnifique. Tout en étant émouvant, ça génère de la colère, parfois aussi, surtout dans la première partie, des sourires. Le petit monde de la rue dans une vie presque tranquille jusqu’à l’exil.

« C’est comme ça qu’elle doit la regarder, cette ville, depuis le petit bout de terre qui flotte sous ses pieds, la seule terre ferme sur laquelle elle pose le pied depuis qu’Ahmed s’en est allé. Dessinée, envoyée de quelque part, inventée, non vécue. Istanbul, ce sixième de sa vie jusqu’à présent, allait rapetisser et tenir dans ses années à venir, et sa présence dans son cœur se rétrécirait et s’assécherait, jusqu’à devenir, un jour, une petite graine, grosse des histoires et des sentiments de Miriam.

On entend la première sirène. Il en reste trois, encore. À la deuxième, elle ira à l’intérieur, elle se réfugiera dans le coin le plus sombre et elle ne sortira pas avant que le bateau n’ait pris le large. C’est ce qu’elle s’est promis, c’est ce qu’elle fera, c’est ainsi qu’il le faut. Pour l’instant, ce n’est que la première sirène. »

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Ce qui fait la force de ce livre remarquable, c’est l’absence de « bons sentiments ». Tout sonne juste, concret même. Malgré la dureté que s’impose Miriam, la même qu’elle va imposer à ses fils, elle est un symbole de l’endurance, de la résistance, de la ténacité. Athée dans un monde religieux, Miriam subira plus que de raison une terrible punition dont souffrira toute sa famille. Je passe sur les années de bonheur, son enfance avec sa petite sœur, les parents aimants. Le début est lumineux même si plane une ombre, des ombres, celles des enfants morts. Puis tout va se défaire tout doucement. Seul l’amour de Miriam pour ses garçons, que la réalité lui enjoint de faire taire, seul cet amour contrarié par la rudesse de l’exil, seul donc cet amour restera avec entêtement.

Il m’est difficile de raconter plus. Ce roman est pour moi une authentique découverte de lieux que je ne connais pas, d’une histoire que je connais très peu, et je me dis que finalement le monde ne change pas beaucoup, les humains non plus, c’en est assez désespérant. La lutte de Miriam pour survivre est pour moi un symbole fort et ce roman sublime, doit mener à s’interroger sur la valeur d’une vie humaine.

« Miriam se pencha par-dessus le bastingage du pont inférieur, attrapa à deux mains la chemise de son fils et y planta les doigts de toutes ses forces. Elle le souleva bien haut, et, l’espace d’un instant, la silhouette enfantine resta en suspens dans les airs, comme la lessive essorée de Theotitsa. L’homme, qui tremblait sous le petit corps de l’enfant, le poussait par-dessous de toutes ses forces, le plus haut possible. Ils ressemblaient à de la cire de bougie en train de fondre qui, contrairement à toute logique, coulait vers le haut. À un moment donné, toute la sculpture de cire vacilla, son intégrité se rompit et l’enfant retomba de l’autre côté du bastingage. Ils s’écroulèrent aux pieds des marins, sous les soupirs des gens en partance et les larmes de ceux venus dire au revoir. Miriam resta à genoux devant son fils jusqu’à ce qu’il se relève timidement. Puis elle ouvrit grand les bras et Haalim y sombra. 

L’appel de la sirène du bateau se glissa dans le vacarme de la ville, il étouffa un instant toutes les paroles et les pensées et s’envola avec les mouettes vers l’horizon. »

Je remercie les éditions des Syrtes ainsi que Nelly Mladenov de m’avoir permis cette lecture d’exception. Sortie le 25 août.

« Manuel d’exil : Comment réussir son exil en trente-cinq leçons » – Velibor Čolić – Gallimard

« J’arrive à Rennes avec pour tout bagage trois mots de français – Jean, Paul et Sartre. J’ai aussi mon carnet de soldat, cinquante deutsche marks, un stylo à bille et un grand sac de sport vert olive élimé d’une marque yougoslave.[…] C’est la fin de l’été 1992 mais je suis habillé comme pour une expédition polaire: deux vestes d’une autre époque, une longue écharpe, aux pieds j’ai mes bottes en daim, avachies, mordues mille fois par la pluie et le vent. Je suis un cavalier léger, un voyageur au visage scellé par un froid métaphysique, cet ultime degré de la solitude, de la fatigue et de la tristesse. Sans émotions, sans peur ni honte. »

Je vous ai parlé de ce livre, de cet homme entendu à Brive à la Foire du Livre lors d’une conférence sur l’exil qui lui donnait la parole aux côtés d’un jeune poète syrien, Omar Youssef Souleimane ( « Loin de Damas » , éditions Le temps des cerises ) et d’Emma Jane Kirby pour « L’opticien de Lampedusa » ( éditions Équateurs ). Demandé à la médiathèque en Décembre, ce roman autobiographique arrive enfin chez moi ! Tout ce temps pour une lecture de deux heures d’une traite; on part avec cet homme jeté par la guerre sur les routes et les rails de l’Europe, échoué sur des bancs et dans des foyers, comme des milliers d’autres. Il a déserté l’armée bosniaque, fui les horreurs de la guerre

« A une dizaine de mètres une fillette joue avec des choses invisibles pour nous, les adultes.(…) Je la connais, on l’appelle Alma. Elle a sept ans et vit de la charité, brutale et versatile, que lui font les ivrognes auxquels elle vend des fleurs et son sourire d’enfant dans les cafés. (…)Subitement je la vois tomber en silence. Elle ne bouge plus. C’est un peu étrange, un enfant qui tombe soit il se relève soit il pleure, mais la petite Alma ne bouge pas.(…) L’unique et seule balle qu’un sniper tira du haut des collines a atteint en pleine gorge cette petite Tsigane diligente et frivole. Son petit corps est dans une posture naturelle, comme si l’enfant dormait. Le sang qui trempe la poussière autour d’elle est un tel fardeau pour nous tous, pour ce maudit pays et pour cette putain de guerre. »

 et se retrouve seul,  sans ressources et sans amis, et surtout sans la langue pour s’exprimer, dans un foyer de réfugiés.

Comme des milliers d’autres hommes et femmes à travers le monde. Son récit est très intéressant parce que cet homme est lettré, cultivé, écrivain. Et lui qui a lu la littérature française ( traduite ) et qui idolâtre de nombreux auteurs de notre pays, se retrouve à écouter des gens lui parler comme à un demeuré, comme à un enfant et ce sera pour lui sa plus grande humiliation :

« Je suis un homme de pluie, enfermé dans le silence, traversé par les spasmes et la toux rauque de l’insomnie. Je suis l’autre. Celui qui ne comprend rien et n’arrive pas à se faire comprendre. Dans mon baladeur blanc en mauvais état de marche, dont les écouteurs sont cassés, tournent en boucle mes deux uniques cassettes: Lou Reed, Magic And Loss, et Leonard Cohen, Greatest hits. »

Il disait à Brive que la langue remettait un homme à la verticale, et son livre montre à quel point c’est vrai. C’est ici qu’il écrira ses romans, ici qu’il sera publié; il raconte ses passages à la radio, où un « philosophe » bien de chez nous s’empare de la parole alors que lui hésite pour dire les choses sans se tromper de mots et l’autre, parlant pour un homme dont il ne sait rien ! Il rencontrera aussi Salman Rushdie, qui exilé où qu’il soit, brièvement échangera un regard de connivence avec le grand Bosniaque échoué, dans leur même foi en la puissance de la littérature :

« Je n’arrive pas à oublier que cet écrivain est menacé de mort, que ses ennemis sont urbi et orbi, dans le monde et dans la ville, au ciel comme sur la terre. Qu’ils sont prêts à verser un million de dollars pour tuer un écrivain, rien d’autre et rien de plus qu’un écrivain.
C’est déplorable et révoltant, je réalise que la littérature est une courageuse sentinelle, une sorte de papier de tournesol pour examiner le taux d’acidité et de folie dans ce bas monde. »

J’ai vraiment été touchée par cette histoire, parce que l’auteur ne tombe à aucun moment dans  la simplification sirupeuse, parce qu’il dit ce monde des exilés avec ses travers, ses vices et ses abandons, mais aussi avec ses chagrins, ses désespérances, ses misères matérielles et humaines. L’ironie et la lucidité donnent à ses mots une force terrible, disant un drame que nous regardons de loin, que nous jugeons aussi sans en saisir vraiment la dureté, même en ayant les meilleures intentions et sentiments du monde. L’auteur dit comme personne la grande solitude et l’anonymat :

« Je suis assis sur ce banc public à Rennes. Il pleut de l’eau tiède et bénite sur la ville. Je réalise peu à peu que je suis le réfugié. L’homme sans papiers et sans visage, sans présent et sans avenir. L’homme au pas lourd et au corps brisé, la fleur du mal, aussi éthéré et dispersé que du pollen. Je n’ai plus de nom, je ne suis plus ni grand, ni petit, je ne suis plus fils ou frère. Je suis un chien mouillé d’oubli, dans une longue nuit sans aube, une petite cicatrice sur le visage du monde. »

Ce passage n’est-il pas magnifique ? C’est bouleversant, non ? Moi ça me bouleverse, qu’un être humain puisse se sentir « Une petite cicatrice sur le visage du monde »…  

Le parcours de cet homme est émouvant et l’auto-dérision désamorce la tension dramatique, enfin, un peu:

 » Dans ma chambre il fait tellement froid qu’en prenant la douche je garde mes chaussettes.(…)
Je dresse un inventaire:
Je m’habille chez Abbé & Pierre, je suis PDF ( plusieurs domiciles fixes) ou QDF (quelques domiciles fixes), j’ai tout le temps faim et froid, je ne parle pas bien le français, dans mon pays c’est encore la guerre, mais il me semble que je suis toujours vivant. »

Je ne saurais trop vous conseiller ce très beau livre, qui s’il est un témoignage est aussi une véritable œuvre littéraire, poétique et puissante, l’écriture est riche et fluide; l’écrivain est parvenu à me faire sourire, à m’émouvoir et aussi à me mettre en colère. Certaines pages sont très acides ( chapitre 26 ) et  Čolić ne ménage personne, lui pas plus que les autres. Une lecture salutaire !

Une interview de l’auteur ici, et une chanson de l’album Greatest hits de Leonard Cohen, choix tout personnel, « Famous Blue Raincoat »

 

« Nulle part, terre promise. » d’Emmanuel Finkiel, 2009

J’ai vu ce film à sa sortie, en 2009. Nous étions 4 dans la salle et je n’ai jamais trouvé quiconque avec qui en parler. C’est un film qui parle peu, mais qui dit tout. Il est resté étonnamment accroché à ma rétine.

Pensée pour tous les échoués, laissés sur la grève par la guerre, la misère, le cynisme et la haine.