« Pour l’amateur de nouvelles, la littérature nord-américaine est un jardin des merveilles. »
Merveilleux cadeau des éditions Albin Michel que ce recueil qui marque en beauté les 20 ans de cette collection maintenant bien connue de tous les amateurs de littérature nord-américaine, Terres d’Amérique.
Je vous invite vivement à lire la très belle préface de Francis Geffard, avec lequel je partage totalement la comparaison culinaire du recueil de nouvelles : un plateau dégustation, aux saveurs et parfums variés, des textes qui savent développer tous leurs arômes en une savoureuse bouchée ! Et qui donnent envie d’y retourner évidemment !
Je partage d’ailleurs absolument tout ce qu’il dit de la nouvelle, et le fait que dans ce domaine les Américains sont brillants. Comme lui je défends cet art difficile, mal aimé en France. Ce florilège qui nous est offert est l’éclatante démonstration de l’intérêt littéraire du genre, car parmi ces 21 auteurs certains inévitablement abordent le même sujet, mais on n’a jamais la même vision, le même ton, les mêmes angles de vue, l’histoire est à chaque fois autre. Le talent de chacun mis à l’épreuve de la brièveté explose.
« Une nouvelle, c’est vingt à trente minutes de lecture, un objet parfait tant sur la forme que sur le fond. »
Elles tombaient à pic pour moi, ces short stories, dans une phase où une lecture longue et continue m’était matériellement impossible. Et puis j’aime les nouvelles, j’ai toujours aimé ça.
nJ’aime les nouvelles, j’aime l’écriture venue d’Amérique, et j’aime cette collection. En découvrant cet éventail d’auteurs, j’ai jubilé de les retrouver, je les ai presque tous lus, les recueils de nouvelles de Craig Davidson, Charles d’Ambrosio, Benjamin Percy, David James Poissant ou Brady Udall ( excellent choix ici ) , et les romans de la plupart des autres ( plus de nombreux parmi ceux qui ne sont pas présents ici ). Je me suis aperçue que ces textes étaient restés profondément dans ma mémoire alors que lus il y a longtemps, on croit qu’ils sont à demi oubliés….
Le texte qui a resurgi avec le plus de force est sans conteste « De rouille et d’os » de Craig Davidson, aussi puissant à la seconde qu’à la première lecture, le même chagrin à la fin, les mêmes perceptions, bruit des os qui craquent et odeur métallique du sang. Un grand moment de lectrice, cette nouvelle et le recueil dans son entier d’ailleurs.
Le bonheur de relire Brady Udall, duquel j’avais adoré « Le destin miraculeux d’Edgar Mint », l’humour de Sherman Alexie et l’ironie insolente de Louise Erdrich, la poésie de Joseph Boyden et la rage désespérée de Benjamin Percy. Et puis tous les autres, chacun avec sa voix, son décor, son univers…
On retrouve dans ce livre un tour d’horizon de tout ce que j’aime chez ces Américains, des contes touchants et mélancoliques, drôles et tristes, en colère ou fatalistes, tout ça à la fois. La plupart des histoires se passent dans ce qu’ici nous appelons « la province », cette littérature n’est pas celle des mégalopoles, mais des coins plus ou moins bucoliques où on pêche, chasse, s’alcoolise ou se drogue plus que de raison; des endroits où des pères attendent le retour de leurs fils, des enfants celui de leurs frères ou pères, partis en Irak ou dans quelque autre guerre, des femmes celui de leur époux ou de leur fils. Ces histoires se déroulent en périphérie des villes où hommes et femmes avec ou sans enfants, humains un peu décalés, vivent d’espoir de jours meilleurs, s’arrangeant avec le quotidien, rêves déçus, jalousies et rancunes, avec la vie, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Ici, on parle d’amour, d’amitié, de vengeance, de solitude, de la jeunesse et de la mort qui vient. Mais ici aussi on rit, on rêve, on fantasme ( étonnante et géniale nouvelle de Karen Russell ), on cogne et on caresse. J’ai pris un plaisir incroyable à retrouver ces textes déjà lus et à découvrir les autres. Zéro déception !
Ma première rencontre avec cette belle collection a été « Dernières épouses » de Judith Freeman, tellement aimé – alors je faisais « la passeuse » en bibliothèque- que je l’ai fait circuler jusqu’à ce que l’objet s’effrite ! Puis sont venus Sherman Alexie, Joseph Boyden et Amanda, Dan Chaon, Louise Erdrich que j’adore absolument ( pour moi, « Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse » est un chef d’oeuvre ), Bruce Murkoff, Udall et Guy Vanderhaeghe, et David Treuer…Je n’ai pas tout aimé, mais j’ai toujours trouvé des voix originales, des histoires qui m’ont touchée ou captivée, et de nombreux coups de cœur.
Côté nouvelles, David James Poissant m’a beaucoup plu, intriguée aussi et j’ai beaucoup aimé retrouver ici « L’homme lézard ».
« Alors oui, la nouvelle est un genre fragile et précieux, et c’est pour cela qu’il faut la fêter, la célébrer. Qu’il faut encourager les lecteurs à lire des recueils et à découvrir de jeunes auteurs. Car défendre la nouvelle, c’est défendre la littérature. »
Quoi nous souhaiter de mieux, à nous autres lecteurs, qu’une longue vie à cette collection, pleine de découvertes et de bonheur, et puis de nombreux anniversaires de cette haute qualité gustative !
Vous pouvez lire un extrait ICI .

On pourrait dire qu’il est le vautour de l’histoire, mais ce n’est pas si simple.
Parfois comme des pauses, des instants de pure grâce, focus sur la beauté incroyable du milieu naturel, ces bayous où règne végétal et animal s’enchevêtrent, se guettent et se dévorent, le bayou, comme une bouche avide, qui peut faire disparaître les hommes dans son labyrinthe, les digérer sans laisser de traces.
Certaines rencontres, en particulier celles de Grimes, donnent lieu à des échanges inénarrables, comme celle avec un vieux dur à cuire dont la « maison » est dépeinte ainsi:
Le roman se déroule au XVIIème siècle, au Canada, alors que
Mais jamais le prêtre et ses compagnons ne renonceront à leur mission, soit en montrant compassion et venant au secours des Indiens, soit dans une rigidité et une sévérité toutes religieuses, mais toujours avec une admiration qu’ils ont un peu de mal à admettre: