« Swag » – Elmore Leonard- Rivages/Noir, traduit par Elie Robert-Nicoud et préface – épatante – de Laurent Chalumeau

Message important : ON NE LIT LA PRÉFACE QU’APRÈS AVOIR LU LE ROMAN, D’ACCORD ?

« On voyait une photo de Franck sur un encart publicitaire dans le Detroit Free Press avec tous les autres vendeurs affables de Red Bowers Chevrolet. Et sus la photo on pouvait lire Franck J. Ryan. Il affichait un beau sourire, une moustache bien taillée et un costume d’été dans ce tissu un peu brillant avec ces fils qui font penser à des petits accrocs.

On voyait une photo de Stick sur le casier judiciaire de la police de Detroit au 1300 Beaubien. Et sous la photo on pouvait lire Ernest Stickley, Jr., 89037. Il portait une chemise hawaïenne avec des voiliers et des palmiers. Il l’avait achetée à Pompano Beach en Floride. »

Et ainsi commence ce roman, avec la sobre présentation des deux héros de cette histoire, Franck et Stick, première rencontre. Stick fauche une voiture, Franck appelle la police, et nos deux lascars se retrouveront à la sortie du tribunal qui prononce un non-lieu pour Stick. Un taiseux ce garçon, on ne le fait pas parler comme ça…Rencontre donc et première conversation:

« […]Ça remonte au temps où je jouais au basket. C’est le diminutif de mon nom de famille, Stickley.

-Ah ouais? Moi aussi je jouais au basket. Tu jouais dans l’Oklahoma?

-Non, ici. je suis né à Norman. Mais ça tu dois déjà le savoir, non ? « 

Franck hocha la tête.

-Pourtant t’as pas l’accent.

-Je l’ai perdu à force de déménager. Ma famille est venue s’installer ici finalement, mon père a travaillé chez Ford à l’usine de Rouge pendant vingt-trois ans. »

Franck avait l’air de trouver ça intéressant.

« On a beaucoup en commun. Mon vieux travaillait à l’usine Ford à Highland Park. Je suis né à Memphis dans le Tennessee, je suis arrivé à Detroit quand j’avais quatre ans et j’y ai vécu presque toute ma vie, à part les trois années que j’ai passées à L.A. »

Je n’avais jamais lu Elmore Leonard, mais à force d’en entendre parler…Et je dois dire que j’ai passé un très bon moment, j’ai beaucoup ri et en même temps il y a de la finesse dans ce livre, Stick est particulièrement attachant; c’est un gars du sud, qui vient de la cambrousse, ses raisonnements sont souvent pleins de bon sens, il réfléchit, soupèse…Et il sait être gentil avec les femmes et en pince pour Arlene.

« Arlene adorait leur appartement. Elle lui dit qu’elle le trouvait cool, on se serait cru en Californie. Stick trouvait qu’Arlene aussi était plutôt cool, assise sur  le tabouret en bambou dans son petit costume de bain, ses pieds nus qui s’enroulaient autour du barreau et les jambes légèrement écartées. Il lui prépara un Salty Dog une fois qu’elle lui eut expliqué comment il allait faire. Il gardait la bouteille de vodka à portée de la main et buvait son bourbon à petites gorgées pendant qu’elle lui expliquait ce que c’était d’enfiler une tenue métallique argentée avec des bottes blanches et poser pour des photos promotionnelles sous les spots brûlants et tout le reste. […] Et c’est comme ça qu’il l’avait amenée à prendre une douche. »

Quant à Franck, il joue le beau gosse avec son costume brillant, il a grandi à Detroit et ressent sûrement pas mal d’ennui à vendre des automobiles…Il attend donc Stick à la sortie du tribunal et les voici tous deux embarqués dans une nouvelle vie.

« -Stick…je te parle de simples braquages à main armée dans le genre quotidien. Les supermarchés, les bars, les pompes à essence, ce genre de trucs. Les statistiques montrent, et là, c’est pas moi qui parle, c’est les statistiques, que c’est avec les braquages à main armée qu’on a un maximum de rentabilité pour un minimum de risques. Et maintenant, écoute-moi bien. J’imagine parfaitement que deux types qui savent ce qu’ils font et qui font les choses professionnellement, qui bossent main dans la main, peuvent se faire trois à cinq mille dollars par semaine.

-Tu peux aussi faire vingt-cinq ans à Jackson, répondit Stick. »

C’est là un exemple caractéristique de ce roman et du brio développé dans les dialogues. Tout l’intérêt repose dans les désaccords constants entre Franck et Stick qui finissent pourtant toujours par trouver un consensus sur la base d’argumentations contradictoires. Sauf qu’ils ont le même but et que là dessus, ils sont d’accord !

Voici deux formidables personnages, deux braqueurs à la petite semaine, leur affaire marche bien, c’est parfois un peu sur le fil mais ça marche. Ils commencent à mener une vie entourés de jolies nanas au bord d’une piscine. Franck a les dents un peu plus longues que celles de Stick et lui propose un plan avec un dénommé Sportree épaulé par ses propres hommes, un coup dans le plus grand magasin de Detroit, un travail d’équipe, et Franck est plein d’assurance…

Bande -son, Billy Crash Craddock

Le point fort de ce roman, c’est ce duo Franck/Stick et en particulier les dialogues entre eux deux. Oh comme ils m’ont fait rire ! Et comme je l’ai dit plus haut, c’est Stick qui emporte mon attendrissement, parce qu’il est plus malin que Franck, plus fin, son côté méfiant et taiseux me plait sans oublier qu’il a un cœur tendre ( enfin… souvent…). L’écriture est formidable car jamais Elmore Leonard n’en fait trop, tout est à juste dose ce qui rend l’ensemble bien plus crédible, bien plus juste et bien plus percutant. Certaines scènes sont vraiment des morceaux de maître, comme les beuveries autour des filles et de la piscine, un humour à froid et sans emballage superflu, comme j’aime, et les dialogues au cordeau, très nombreux, sont un vrai régal. Enfin, tous ces gangsters se trucident entre eux, blancs ou noirs et il s’avère que finalement, presser la gâchette n’est pas si difficile pour Franck et Stick. Le roman se termine en beauté, avec un dialogue de maître, court extrait :

« Pourquoi est-ce que tu crois que j’ai pris la peine d’établir des règles? Tu te souviens des dix règles? On se conduit comme des hommes d’affaires et personne n’est au courant de nos affaires? Tu te souviens de ça? »

Et Stick lui répondit:

« Franck, tu pourrais pas fermer ta gueule? »

Point final ! Je ne vois rien à dire de plus, sinon je vous raconterai les aventures de Franck & Stick, ça vous gâcherait le plaisir; simplement il faut impérativement lire la préface après le roman, elle m’a vraiment intéressée et aussi bien fait marrer. Bonne lecture !

« L’amant de Janis Joplin » – Élmer Mendoza – Métailié noir, traduit par François Gaudry

« Il faisait froid? Et alors? Le temps n’allait pas empêcher les couples de danser sous la magie de la lune, dans les hauteurs de la sierra, à l’entrée d’un hangar sombre où il n’y avait qu’un lecteur de cassettes. Qui avait besoin de plus? pensait Carlota Amalia Bazaine en observant les garçons qui faisaient bruyamment les malins à l’écart du bal, exclus par le manque de filles. Elle fut tentée de se joindre à eux pour rigoler un peu mais se ravisa: ce soir-là elle avait envie d’autre chose. Elle ne pouvait pas danser, tout le monde le savait, parce qu’elle était une femme à part: chasse gardée de Rogelio Castro, personne n’aurait osé l’approcher, encore moins ces jeunes qui préféraient s’en prendre à David Valenzuela avec des tapes sur la tête et des bourrades dans le dos, en criant: Ferme ton bec, ducon, les mouches vont entrer. »

Je viens de terminer ce livre, avec une très belle fin. C’est l’histoire de David, un jeune homme un peu perturbé psychologiquement, naïf, crédule, très gentil et puis accompagné de voix qui lui font la causette. Selon ce qu’il entend c’est « son karma » , « sa partie réincarnable » ou le diable qui lui parle, le conseille, se moque, en tous cas le dérange. Il n’est pas très beau, David, avec ses grandes dents en avant, il est doux et sensible. Mais aussi capable de tuer n’importe qui d’un jet de pierre. Il va découvrir ça au début du livre, alors qu’il danse avec Carlota, la femme interdite, d’un jet de pierre il tue Rogelio. Il ne sait pas encore qu’il vient de déclencher une guerre furieuse au sein des familles de narco trafiquants de ce triangle d’or du trafic de marijuana, le Sinaloa.

Alors que Rogelio s’en prend à David:

« Profitant de ce qu’il avait baissé son arme, David tenta de s’enfuir vers la montagne, mais son ennemi hurla: Où tu vas comme ça, fils de pute? Il lui barra le chemin et le bourra de coups de pied, David voulait s’éloigner, mais la cour grandissait comme sa peur. […] David aperçut Carlota Amalia le dos tourné pour ne pas voir, réfugiée dans les bras de ses amies. Les autres restaient immobiles, la violence engendre la lâcheté. Alors David regarda son agresseur qui, avant de le sacrifier, s’offrait le luxe de  pointer son arme vers le ciel, pour ensuite la baisser lentement, lorsque David sentit sous ses doigts une pierre qu’il lui lança en pleine tête, crac, comme un ultime réflexe de défense.

Rogelio s’effondra sans connaissance. »

Et ce sont les ennuis qui commencent… Parce que Rogelio et sa famille sont puissants. Bienvenue dans le cartel du Sinaloa

C’est ainsi que commence un voyage épique avec un grand nombre de personnages, des dialogues assez drôles, et surtout David, que j’aurais aimé encore plus présent dans le livre, parce qu’il est vraiment attachant, inattendu. Et l’amant de Janis Joplin, c’est lui…, lui selon Carlota

« …c’était un gars sympathique et propre, dommage qu’il ne soit pas normal; […] Petite, elle adorait David, mais en grandissant elle avait remarqué ces petites tares dont parlaient tous les autres. Dommage qu’il soit si différent: toujours la bouche ouverte, les dents de devant démesurées. »

Par son père et un oncle entraîneur – entre autres activités – de l’équipe locale de base-ball, grâce à son talent de lanceur ( de pierres ) David va se retrouver à Los Angeles, il va rencontrer une fille bizarre qui lui dit « Are you Kris Kristofferson ? «  et l’emmène dans une chambre d’hôtel, lui fait l’amour en 8 minutes et bye bye.

« Hello! le salua une femme. Are you Kris Kristofferson ?  David ouvrit la bouche, il n’avait rien compris. Elle tira une bouffée de son joint et dit sans souffler la fumée: Is this place the Chelsea Hotel? David fit oui de la tête, la femme sourit: Great, follow me, et lui fit signe de la suivre. Quoi, qu’est-ce qu’elle veut? David l’observa sans bouger. C’est peut-être le diable, pensa – t-il, il est sorti de ma tête. Arrête de débloquer, répliqua sa partie réincarnable, cette femme veut de la chair fraîche. » 

Elle lui dit être Janis Joplin. Notre David est fou éperdu d’amour, et la photo de Janis et ses chansons, ne vont plus le quitter.

« Janis Joplin, affirma la femme, I’m Janis Joplin, you can tell everybody you fuck Janis Joplin, et elle lui montra la porte. Go, baby, get out, please. David comprit, observa un instant ses pieds, puis il se leva, se rhabilla et sortit sans dire un mot. »

De retour au Mexique après quelques déboires dans l’équipe des Dodgers, il n’aura plus qu’un objectif, retourner à Los Angeles et épouser Janis…

C’est bien sûr tout un tas de péripéties meurtrières autour des familles de narcotrafiquants, mais honnêtement, pour moi le plus intéressant c’est le sort de David et de ces voix qui l’accompagnent, c’est un très beau personnage. Et puis l’humour – cette idée de Janis Joplin, j’adore !  – un humour qui souvent ridiculise les gros bras et met David à l’honneur, mais qui montre également à quel point les pays et leurs institutions – ici la prison –  sont corrompus. David, avec son espèce de naïveté, de candeur, a des réflexions pas si bêtes et curieusement, il attire les belles femmes, Carlota, puis Rebeca. mais son cœur est pris par Janis…

« Rebeca lui souriait: mon loup, j’ai quelque chose à te dire, elle se plaça sur la traverse centrale, rejeta la tête en arrière pour faire ressortir ses seins, plus rien  ne subsistait de sa colère de la mi-journée et, comme il ne se sentait pas agressé, David était excité. Allez, rapproche-toi, conseilla la voix. Sers-toi de tes mains. C’est quoi, Rebeca? Ben, je vais me marier avec Maríano. Avec ce type? hurla la voix. Gloups. Oui, mon loup, et là, ce sera ma dernière danse. La dernière? Oh non! se lamenta sa partie réincarnable, juste au moment où tu te réveillais. »

On croise de nombreux personnages, et le regard sur la famille est assez réjouissant lui aussi. Celle de David est peut-être bien la moins décadente, mais je dis bien: peut-être ! Lecture qui, si elle n’est pas inoubliable, m’a vraiment distraite, amusée autant par son écriture qui balance bien que par ce David et son compagnon de cerveau. A ne pas négliger par ces temps moroses ! Et puis, il y a Janis

« Le ton avec lequel on parlait d’elle commença à inquiéter David, et là-dessus l’animateur répéta qu’on avait trouvé le cadavre de la chanteuse à Los Angeles.[…] David fondit en larmes comme ceux qui ont tout perdu, il y avait dix-huit heures que Janis était morte et lui ne se doutait de rien, le regard rivé sur son poster: elle était là, pleine d’énergie, en train de chanter. »

 

 

« Amqui » – Eric Forbes – Le Mot et le Reste

« MONTRÉAL

Pour de nombreux ex-détenus de la prison de Bordeaux, ce mythique pénitentier du nord de l’île de Montréal, la réinsertion débutait souvent par un simple trajet d’autobus. Celui de la ligne 69, sur le boulevard Gouin, qui menait de la station de métro Henri-Bourassa, et dont un des arrêts était situé sur sur le terrain même du centre de détention. Un trajet qui, pour d’autres, loin de représenter un nouveau départ, signifiait plutôt le début de la fin.

L’homme imbibé de pluie qui venait de prendre place dans l’abribus savait, lui, de quel côté allait basculer son destin. Il l’avait planifié. Pendant des semaines. Jusque dans les moindres détails. Tout en sachant pertinemment que, malgré tout, les choses pourraient bien ne pas se passer comme prévu. »

Ça faisait un moment que je n’en avais pas lu un, un roman policier pur et dur. Ici en québecois, ce qui donne une note parfois très très comique aux scènes les plus saignantes, et il y en a un bon lot, ce qui n’est pas pour me déplaire.

« -Non , mais je rêve, ciboire! explosa de nouveau Leblanc. C’est-tu un moulin à vent, icitte, crisse?On dirait que n’importe qui peut entrer, ramasser ce qu’il veut, pis partir avec! As-tu besoin de quelque chose, Sophie? Vas-y, fais-toi plaisir, j’ai pas l’impression que c’est ce monsieur- là qui va t’en empêcher! Tiens, la vieille plante laide dans le coin, là-bas, tu la veux-tu? Je me fais peut-être des idées, Trottier, je suis peut-être parano, mais j’ai comme l’impression qu’y a quelque chose de louche qui se passe icitte. »

C’est une catharsis en ces temps de contraintes, de se mettre dans la peau de ce tueur assoiffé de vengeance. Un fois encore, j’ai aimé l’absence totale de niaiseries sur le beau bon vieux Québec, ramenant à la réalité, dans un Montréal à l’automne pluvieux, d’un quotidien qui ne diffère pas tant de celui de notre pays et des autres. 

Tout en déambulant parmi une foule étonnamment compacte pour une fin de matinée, il s’avisa qu’au moins deux des ces librairies avaient récemment fermé leurs portes: l’industrie du livre semblait avoir sérieusement périclité ces dernières années. Les vitrines des commerces étaient désormais tapissés de graffitis indéchiffrables, sans doute l’œuvre d’un quidam en mal de reconnaissance artistique.

Il entra à la librairie du Square, la première librairie qu’il avait fréquentée lors de son arrivée à Montréal, plusieurs années auparavant, et s’imprégna de l’odeur si caractéristique de l’endroit. »

Rencontre avec deux personnages, chacun entouré de figures plus ou moins avenantes, on croise pas mal de monde, des gens pas toujours très fréquentables, un bon lot tombera avant la fin, en une salutaire hécatombe pour les deux héros. Car il s’agit bien de héros, fatigués, certes, mais encore prêts à aller au bout d’une action. On est pas là dans un roman où émerge l’émotion, non, mais les actions s’enchaînent jusqu’à révéler les tenants et aboutissants de cette course sanglante. 

Qui sont-ils, ces deux héros? Le « méchant », « l’homme imbibé de pluie » et qui sait quel sera son destin, c’est Étienne Chénier, libraire de son état et qui sort tout juste de prison où il est resté 4 ans pour meurtre, lâché avant l’échéance pour des raisons qu’on ignore. Il sort et a déjà tracé le chemin d’une terrible vengeance.

« -Il trempait dans le milieu?

-Chénier? Du tout! Je sens que tu vas l’aimer, celle-là: il était libraire.

Leblanc haussa un sourcil.

-Sérieux? Il a l’air de quoi? Il est vert pis il a des muscles qui lui poussent partout? 

-Non, il est pas particulièrement costaud. Sauf qu’il a fait du karaté et plein d’autres sports virils.

-Une espèce de Jean-Claude Van Damme?

-Mais un peu plus cultivé. Les libraires, c’est cultivé.

-Tu m’en diras tant.[…] »

Le second dont je ne peux pas dire que c’est « le gentil », c’est Denis Leblanc, le flic, l’enquêteur pas très en forme, ventre en avant et alcoolémie assez stable vers les sommets. Flanqué de Sophie, sa partenaire, celle qui souvent sauve la mise, il va se lancer sur la piste de Chénier. 

Car le libraire a le flingue facile et sème les cadavres comme moi mes radis, à la volée. Mais enfin pourquoi? Libraire, ce n’est pas un métier qui pousse au crime, si ? 

« Une balle dans la nuque, et le corps du chauve glissa sur le sol, où ses sphincters se relâchèrent, répandant dans la pièce une odeur nauséabonde. Laide, la mort. Pas comme à la télévision, où on peut toujours zapper vers Télétoon. »

Il y a derrière tous ces meurtres bien sûr une raison solide – on peut dire valable pour un meurtre? – en tous cas une rage impossible à juguler de régler tous les comptes et les passifs et Étienne, que je trouve plutôt sympathique, ne va pas reculer – c’est un euphémisme –  et ira jusqu’au bout.

Quant à Denis Leblanc, lui fait plutôt de la peine, orphelin de son jeune fils décédé, Raphaël, il boit et boit encore, même en cachette, dès qu’il peut. Il a pourtant encore de bons réflexes de flic et prend tous les risques: il n’a plus rien à perdre. 

« Le chien s’était tu, l’endroit était désormais silencieux. Les scènes de crime l’étaient rarement. Enquêteurs, techniciens et photographes se bousculaient continuellement autour du cadavre, telle une meute de hyènes affamées se disputant un morceau de viande. Leblanc aimait cette cacophonie. Elle lui évitait de trop penser à la victime. »

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture, avec ce roman où l’humour plutôt noir est bien présent, dont tous les meurtres m’ont détendue,… oui, je sais, ça ne se dit pas, mais l’ambiance de ce roman m’a fait du bien, sans doute un défoulement par lecture interposée…Les gens que descend Étienne, ont semble-t-il bien mérité leur sort , des escrocs, des lâches, des gens de peu de qualité…Exemple, Guimond avec sa secrétaire Karine, sa maîtresse (un extrait un peu long, mais représentatif de la veulerie de Guimond ) :

« Karine Dufresne habitait avec ses quatre chats dans un demi-sous-sol du secteur Bouliane, un appartement crasseux et humide que Martin Guimond exécrait particulièrement, l’endroit lui rappelant ses années de jeunesse à Québec, alors que, pauvre comme Job, il avait du partager son logis avec une armée de cafards et une peuplade de colocataires tout aussi rebutants. Il l’aimait bien, Karine, mais depuis qu’il l’avait embauchée comme secrétaire, l’été dernier, la jeune femme, une rousse spectaculairement idiote, le tannait sans cesse pour qu’il lui déniche un appartement décent où elle pourrait enfin le bichonner à souhait. Or, Guimond, qui envisageait de mettre fin à leur liaison dans un avenir très rapproché, refusait obstinément d’accéder à sa demande. Dans une si petite ville, où les ragots circulaient rapidement, son épouse, héritière d’un  riche homme d’affaires ayant fait fortune dans le commerce de voitures, risquait vite de découvrir le pot aux roses. Ce qui serait éminemment catastrophique pour l’avenir financier de Guimond. »

Je sais, ça ne se dit pas non plus. Mais avec un roman aussi politiquement incorrect je me permets cette liberté, c’est là entre de nombreux autres un des plaisirs de la lecture: commettre par procuration des actes que la loi réprouve…Non ? En quelques lignes, quelques figures:

« Trois hommes de Néanderthal l’observaient de la même façon que l’on scrute un virus exotique à travers la lentille d’un microscope: front plissé, narines dilatées, bouche grimaçante. Deux se tenaient debout, côte à côte, les mains dans les poches: un grand plein de cheveux avec une sale gueule imberbe et un autre de taille identique, tout aussi chevelu, mais possédant, lui, une répugnante barbe broussailleuse. Accroupi tout près de Chénier, le troisième, celui qui l’avait giflé, était pour sa part l’heureux propriétaire d’une bouille décente, presque avenante. Le genre de type qui accepte avec un peu trop d’enthousiasme de personnifier le Père Noël. »

Il est vrai que comme le dit la 4ème de couverture, Chénier va être vraiment sanguinaire, face à un flic alcoolo mais coriace. Très bel épilogue, avec un libraire revenu à sa vie de libraire, mais…pour moi un roman jubilatoire et ça ne se refuse pas.

« Il ouvrit un tiroir, saisit son arme et s’élança vers la sortie. » 

L’auteur est natif de Amqui:

« Municipalité d’un peu plus de six mille habitants, Amqui est nichée en plein cœur de la vallée de Matapédia, au seuil de la Gaspésie, à cet endroit précis où le lac Matapédia, comme s’il franchissait soudain un étroit goulot, se métamorphose en foisonnante rivière à saumon.[…]En langue micmaque, Amqui signifie: » là où l’on s’amuse ». Une des explications avancée pour expliquer ce toponyme serait le tourbillon créé par les rivières Humqui et Matapédia, qui se croisent au milieu de la ville. L’hypothèse la plus crédible était par contre beaucoup moins métaphorique: Amqui aurait jadis été un endroit où les Amérindiens tenaient leur pow-wow, un rassemblement festif et religieux, durant lequel on en profitait pour régler des conflits, nouer de nouvelles alliances et faire du commerce. »

« Ceci n’est pas une chanson d’amour » – Alessandro Robecchi – éd. L’aube noire, traduit par Paolo Bellomo avec le concours d’ Agathe Loriot dit Prévost

« Zéro

Les urgences les plus proches sont à l’hôpital Gaetano Pini, via Crivelli; tous les Milanais qui sont déjà tombés sur la glace ou qui ont eu leurs gambettes fracturées d’une façon ou d’une autre le savent. En partant du viale Tibaldi, il faudra cinq minutes, mais ils ont tous compris qu’il n’y aura pas d’urgence.

Ainsi l’ambulance prend son temps, n’allume pas la sirène – certainement pas – mais les gyrophares oui, pour le brouillard plus qu’autre chose.

Puis le chauffeur les éteint en descendant la rampe d’accès à l’hôpital, et deux gars en blouse blanche sortent de l’accueil.

Le premier s’allume une cigarette.

Le second fait un signe à la fille qui sort de l’ambulance côté passager. Médecin urgentiste, bénévole en service. Mignonne.

Une question muette. Elle secoue la tête.

Avec des gestes habituels, rodés, presque mécaniques, ils descendent le brancard. Il est recouvert d’un drap.

Ils le poussent à l’intérieur, comme un chariot de supermarché. La jeune médecin en orange juste derrière le gars à la blouse blanche. L’autre docteur éteint sa cigarette sous ses sabots, et aspire une bouffée de brouillard milanais.

Il est tout juste une heure.

Les gens conduisent vraiment comme des cons.

Et il en a encore jusqu’à six heures.

Fait chier. »

Premier roman de cet italien qui m’a vraiment fait passer de belles heures de lecture; j’ai d’abord beaucoup ri et j’ai trouvé un style, une façon d’écrire personnelle, originale, comme le dit la 4ème de couverture, c’est un livre « savoureux…et inquiétant. »

C’est l’histoire d’un homme de télévision qui va se prendre au jeu d’une enquête à la suite d’une tentative d’assassinat sur sa personne. Située à Milan, l’intrigue tentaculaire, dévoile les dessous pas très propres de cette grande ville. Carlo Monterossi, la victime, aidé d’un journaliste

« Oscar Falcone. Intrigant, fouilleur, journaliste d’enquête, rat des archives, aventurier, précaire du savoir, infiltré spécial, expert en périphéries, déviances, marginalisation, buveur d’apéritif, joli cœur, menteur et affreusement habile pour tout ce qui peut être fait en marge du Code pénal.

Une fois Carlo lui a rendu un service.

Depuis, Oscar lui en a rendu des milliers. »

et de Nadia, une pro du numérique,

« D’abord Nadia, c’est obligé.

Nadia Federici, sa championne, son département Recherche & Développement.

Vingt-huit ans, yeux verts devenant gris quand elle a les boules. Donc gris, le plus souvent. Hargneuse. Difficile. Capable de faire n’importe quoi très bien et en très peu de temps, te faisant sentir idiot tellement ça a été facile pour elle.

S’il y a une chose à trouver, elle la trouve.Le prix du beurre à Tokyo. La liste des concessionnaires Honda en Thaïlande. Le système de retraite belge. Les gens disparus. Ceux qui sont réapparus. Où est enterré Garrincha. La déclaration de revenus de n’importe qui. Les procès. Les hospitalisations.

Numérique de naissance.

ADN précaire. »

va entamer une investigation assez longue et assez dangereuse –  à la plus grande satisfaction de la lectrice que je suis –  toute émaillée de dialogues désopilants, de caractères plus tordus les uns que les autres.

A ceci il faut ajouter un regard sans pitié sur la société milanaise et sur l’histoire de ce pays. Sont mis à mal surtout l’aristocratie de la ville et l’ultra-droite. Ces couches de la société vont se trouver confrontées non seulement à Monterossi et son « équipe » mais aussi à un duo de gitans qui cherchent justice et à une paire de tueurs à gages que j’ai trouvés plutôt sympas, bien plus que les aristos, les antiquaires véreux et autres hommes d’affaires pourris. Les histoires et les chasses s’imbriquent. Monterossi veut savoir qui lui en veut; l’auteur en profite bien évidemment pour se moquer avec une formidable virulence de la télévision et de ses émissions racoleuses.

« La Grande Télé Commerciale – l’incomparable Usine à Merde – semblait n’attendre que ça.

Pendant un an, ils l’appelèrent « le projet ». Ils avaient mis à disposition du projet la présentatrice la plus en vue, Flora De Pisis, ainsi que des structures, du personnel, une rédaction sélect arrachée à d’autres prestigieuses émissions – comme Épate-la en cuisine ou Quand la justice se trompe –, des auteurs capables d’écrire des scénarios inspirés comme « Et vous, monsieur Procopio, qu’avez-vous pensé lorsque Maria vous a quitté? », un studio étincelant dont les lumières devenaient chaque jour plus claires et plus intenses, pourchassant l’âge de la présentatrice qui apparaissait désormais auréolée d’une lueur extraterrestre.

Ils avaient mené des études de marché qui avaient prédit exactement ce qui allait arriver: très grande pénétration dans les couches inférieures de la population, public féminin mais pas que, excellentes probabilité de créer ce qu’on appelle un phénomène social entraînant la conquête d’un public plus « sélect », dépenses minimes, rendement élevé, d’éventuelles émissions collatérales du genre En attendant Crazy Love ou Crazy Love, l’après ou encore Crazy Love, émotions en slow motion.

Comme dans le cochon, tout aurait été bon. »

Remarquable, non ? Là s’arrête le vague aperçu de l’histoire; mais je reviens sur la qualité de l’écriture, sur le ton persifleur à souhait, railleur, plein d’une colère parfaitement maîtrisée et sur cet humour qui fait mouche à tous les coups. Jamais vulgaire bien que cru, tendre avec les uns, féroce avec les autres; on saisit très bien de quel côté penche l’auteur. Le duo de gitans comme celui de tueurs à gages attirent une vive sympathie – mais si ! – et de plus en plus en allant au dénouement. ( je me retiens fort de vous en dire plus à leur propos, tant ils sont extraordinaires ). Et puis il y a Milan de laquelle ce diable d’auteur dresse un portrait saisissant ( je n’y suis jamais allée ), toujours rempli d’humour et d’amour quelque peu contrarié. J’ai adoré tous ces passages, je vous en propose un, trop court, mais il faut bien que je vous en laisse à découvrir !

« Milan n’est pas une ville qui se regarde les yeux droit devant soi. Pour vraiment la comprendre, il faut regarder vers le bas, là où les sous-sols grouillent de trafics, dépôts, laboratoires, couseurs de sacs, laveurs de tapis, empileurs de données informatiques, d’artisans réfugiés dans les caves parce que l’atelier sur rue coûte trop cher ou que le hangar a été saisi par la banque, ou que les employés ne sont que deux, alors qu’avant, madame, ils étaient vingt, si vous saviez.

Ou alors il faut regarder vers le haut, où les bâtiments du début du XXème siècle ont poussé par lévitation, avec des surélévations, des excroissances verticales. Les combles du quatrième étage ont servi de fondations pour le cinquième, le sixième, pour le rooftop. Des protubérances presque absurdes, architecturalement répugnantes, qu’on dirait collées sans style, sans élégance. Certaines mieux réussies que d’autres. Certaines avec une terrasse et une vue pas mal du tout comme celle-ci.

Par ici, les Navigli« , par là, le reste du monde.

On a bien sûr de l’amitié pour Monterossi, Nadia, Marcia…Monterossi pratique l’autodérision avec vaillance et persévérance. Parlant de lui à la troisième personne, il s’affuble de qualificatifs qui m’ont fait sourire ( judicieusement placés dans l’action )

L’homme qui fuit, L’homme froid, L’homme avec la tête sur les épaules, L’homme qui ment…ou encore Le Peigneur de vies

 Il regarde son activité avec un salutaire recul; il vaut mieux, ce n’est pas terrible terrible. Dans le jargon de la « Grande Usine à Merde », il peigne:

« […] peigner veut dire adapter l’histoire à sa « spécificité télévisuelle ». Embellir la laideur, dramatiser la banalité, exciter l’ordinaire. Il suffit de prendre une vendeuse de grande surface, qu’elle soit mignonnette, de lui inventer un passé de mannequin, une carrière qui aurait été lumineuse si seulement… la maladie de sa mère…son frère toxicomane…son père écrasé par un tracteur…

Et voilà un beau coup de peigne dramatique.

Coupe, couleur et brushing.

Il s’opposait, résistait, s’entêtait. Carlo la mule.

« N’arrondissons pas les angles, disait-il, laissons-les rire pour de vrai, pleurer pour de vrai, et pas parce que c’est écrit sur le scénario. »

En un mot, laissons-les s’enfoncer tout seuls. Et ils s’enfonçaient, ah ça oui, ils s’enfonçaient. »

La tentative de meurtre sur lui sera salutaire, il va s’ébrouer de toutes ces ridicules pantomimes et va trouver mission à sa hauteur. Sig Sauer, Maserati, Bulgari , BMW Z4, K100 Grand Power, vieux fascistes collectionneurs, pourris en tous genre contre Carlo Monterossi, Nadia, Gitans justiciers et fiers à bras sympas…l’intrigue est épatante, pas une nanoseconde d’ennui. Absolument jubilatoire pour moi, ce livre m’a fait du bien. 

Chez Carlo trône Bob Dylan, en image sur les murs et en musique, il accompagne tout le livre.

Voici un roman remarquable qui m’a réjouie au plus haut point tant par le propos que par la voix de cet auteur, à suivre attentivement. Brillant, drôle, intelligent, gros coup de cœur !

« Drive » – James Salllis – Rivages/Noir, traduit par Isabelle Maillet

  • « Bien plus tard, assis par terre, adossé à une cloison dans un Motel 6 à la sortie de Phoenix, les yeux fixés sur la mare de sang qui se répandait vers lui, le Chauffeur se demanderait s’il n’avait pas commis une terrible erreur. Encore bien plus tard, bien sûr, il n’aurait plus le moindre doute. En attendant, le Chauffeur était dans l’instant, comme on dit. Et cet instant incluait le sang qui se répandait vers lui, la pression de la lumière tardive de l’aube sur les fenêtres et la porte, la rumeur de la circulation en provenance de l’autoroute proche, l’écho de sanglots dans la chambre voisine. »

En admiration devant le talent de James Sallis, et après avoir lu le magnifique « Willnot », j’ai acheté « Drive » ( je n’ai pas vu le film, mais ça va arriver ) .Quel bonheur de retrouver cette écriture, ce ton et cette intelligence.

James Sallis sait si bien créer une atmosphère qui même dans la violence d’un geste ou d’une situation semble être une bulle suspendue…Je ne sais pas bien dire ça, c’est sans fracas et pourtant intense, il y a comme du silence, ou plutôt une solitude qui imprègne les événements. Il y a des embardées, des coups de feu, des poursuites, et pourtant, en tous cas en lisant, on reste tenu à distance, spectateur ou voyeur. Rien d’autre. Ce chauffeur-là ne reste pas, ne s’installe pas, sans attaches.

« La notion de domicile était toute relative pour lui, bien sûr, mais il regagna néanmoins le sien. Le Chauffeur déménageait tous les deux ou trois mois. À cet égard, sa situation n’avait pas beaucoup changé depuis l’époque où il vivait dans le grenier de M. et Mme Smith. il évoluait légèrement en marge du monde ordinaire, restant en grande partie dissimulé, presque invisible  –  à peine plus qu’une ombre. Tout ce qu’il possédait, il pouvait le charger sur son dos, le traîner derrière lui ou l’abandonner sur place. Ce qu’il appréciait par-dessus en ville, c’était l’anonymat, la possibilité d’être à la fois participant et spectateur. »

Ici, le personnage est juste nommé par son métier, le Chauffeur;  cascadeur et chauffeur au service de braqueurs scrupuleusement choisis, homme taiseux, exigeant, inflexible et solitaire, beau personnage avec une éthique, des règles, et un passé qui l’habite encore. L’enfance comme souvent, et ses traces. Le Chauffeur est froid, il n’exprime rien, ou très peu, juste quand il est en confiance, comme avec Doc – qui rappelle beaucoup le personnage de Lamar dans « Willnot », aussi intelligent et humain – ou avec Shannon, son mentor en matière de cascade, et à la fin avec Bernie Rose, formidable et ambigu personnage:

«  »Vous croyez qu’on choisit sa vie? lança Bernie Rose quand ils voguèrent vers le café et le cognac.

-Non. Mais je ne crois pas non plus qu’on nous l’impose. Mon sentiment, c’est qu’elle sourd en permanence sous nos pieds. »

Bernir Rose hocha la tête.

« La première fois que j’ai entendu parler de vous, on m’a dit que vous conduisiez, c’est tout.

-C’était vrai à l’époque. Les temps changent.

-Mais pas vous. »

Je pourrais vous parler aussi de Manny, mais ce roman est court, pas utile d’en dire plus que ça.

James Sallis est un grand écrivain; dire ça est une banalité, mais il faut le dire encore pour qu’il soit encore lu, car maître du roman noir, il développe aussi une réflexion sur l’existence, son écriture est extrêmement poétique, cernée de notes de jazz, de la présence nonchalante d’un chat et sincèrement, son écriture ne ressemble à aucune autre. Cette lecture est un grand plaisir pour ça, pour une sorte d’étrange calme qu’elle procure – oui, malgré tout c’est bien ça – pour cette histoire et ce Chauffeur très émouvant que je vous laisse découvrir aussi. Ceci dit ce livre est déjà ancien ( 2006 ), nombre d’entre vous l’ont déjà lu ou ont vu le film, ou les deux…En tous cas, je n’ai pas fini de mettre Sallis sur ma bibliothèque. J’ai eu le grand plaisir de l’écouter en conférence l’an passé, avec Chris Offutt et  Ron Rash, et c’est inoubliable. James Sallis va au cœur des hommes, y pose son stéthoscope et nous donne à écouter battre la fragile machine avec ses ratés et ses emballements, et c’est magnifique. Plein de passages qui m’ont collé la chair de poule, touchants, profonds.

Près de la fin, le Chauffeur écrit à la famille Smith qui s’est occupée de lui, il part et leur laisse la chatte de son ami Doc avec cette lettre et de l’argent:

« Elle s’appelle Miss Dickinson. Je ne peux pas dire qu’elle appartenait à un ami qui vient de mourir, puisque les chats n’appartiennent jamais à personne, mais ils ont tous les deux suivi le même chemin rocailleux, côte à côte, pendant longtemps. Elle mérite de passer les dernières années de sa vie dans une certaine sécurité. Vous aussi. S’il vous plaît, occupez-vous de Miss Dickinson comme vous vous êtes occupés de moi, et veuillez accepter cet argent dans l’esprit où il est offert. Je m’en suis toujours voulu d’avoir pris votre voiture en partant. Soyez sûrs que j’apprécie tout ce que vous avez fait pour moi. »

A lire, relire, re – relire…Coup de cœur plein d’émotion.