« Territoires » – Olivier Norek, éditions Pocket

SAM_4806En panne de lecture ( et sur ces étagères, il y a un certain nombre de pages qui me tendent encore les bras…) je ressens toujours un grand malaise. Comme si j’étais en faute, comme si je manquais à une de mes fonctions. C’est bête, non? Parce que je ne suis obligée à rien, parce que la lecture c’est si je veux, quand je veux et ce que je veux. Mais je l’ai assez répété, en manque de lecture, c’est comme en manque d’oxygène.

Bon ! Après ce préambule, pour retrouver cet état de bonheur que procure la plongée dans un livre, en général pour moi rien ne vaut un petit polar, pas trop compliqué, pas trop long, et pas trop mauvais pour relancer la machine. Celui-ci a été parfait en l’occurrence. Simple, court et bien ficelé.

« C’est facile de considérer le monde  entre le Bien et le Mal. Le blanc et le noir. Alors que tout se passe dans la zone grise. »

norekCette phrase du livre résume parfaitement le propos. Certes, le thème n’est pas très original, mais il y a toujours à dire et les jours qui passent ne manquent pas de nous le rappeler. Olivier Norek, dans la « vraie vie » ( celle des « vrais gens », vous savez ?) est lieutenant de police au SDPJ 93, il sait donc de quoi il parle, et ma foi il en parle plutôt bien. Le rythme est sans temps morts, les personnages sont sympas ( surtout les policiers, à vrai dire…), le décor de cette banlieue en mode bombe est très bien monté, les dialogues au poil, bref, du travail soigné et très convaincant. Du petit voyou au grand caïd, de la maire calculatrice et corrompue au pauvre vieux qui arrondit ses fins de mois comme il peut, l’image est réaliste et peut surprendre qui vit loin de ces cités, véritables mondes parallèles.

« -Pourquoi la Seine-Saint-Denis aurait-elle un traitement de faveur ?

– Parce que nous sommes le paillasson de Paris. Toute la politique est centrée dans la capitale et quand ça brûle en banlieue, l’odeur arrive jusque sous leurs fenêtres. »

Roman policier procédural, on regarde en mouvement les rouages du système policier, judiciaire et politique face aux états de crise de notre société. Enfants déjà entrés dans les trafics, parents absents, monde politique corrompu, le tableau est juste et nous propose un constat lucide sur des zones sinistrées que  l’humanité n’a pourtant pas totalement déserté et cela grâce aux personnages d’Olivier Norek, bien nuancés, et avec ce qu’il faut d’humour.

« Douze ans du 93 c’est pas douze ans de Paris. C’est pas les mêmes formats. »

C’est un bon livre, qui se lit facilement et avec plaisir. Néanmoins, annoncé « Thriller », pour moi c’est plutôt « Policier », le suspense n’est pas très très présent, et ce n’est d’ailleurs pas gênant pour ce livre qui est avant tout un état des lieux de nos banlieues.

Ici, vous pouvez retrouver Olivier Norek.