« Demain », film de Cyril Dion et Mélanie Laurent

Trois livres entamés sans être accrochée; fatigue générale, bourdon, hâte que cette année finisse, envie de me coller comme une marmotte au fond d’un trou et dormir. Oui, manque de sommeil…Cet après-midi, je vais aller m’acheter un bon petit polar bien noir, c’est de ça dont j’ai envie et besoin, j’espère trouver ce que je veux. Alors comme je ne suis pas une marmotte et que je vis en surface, je suis allée au cinéma.

Où  j’ai vu ce film…Joli, intéressant, mais…Parce qu’il y a un MAIS. Nous étions une cinquantaine dans la salle ( séance de 17h, certes ), dans un cinéma « Art et Essais »… La semaine passée, il a été vu par 82 000 personnes alors que « Baby-sitting », lui, a fait 801 000 entrées…Bien sûr, il ne faut pas opposer le divertissement ( si on peut considérer que Baby-sitting soit du divertissement ), au cinéma documentaire, mais on ne va pas jouer non plus aux imbéciles : on sait parfaitement que ce ne sont pas les mêmes personnes qui verront ces films. C’est bien dommage parce que tout ça contribue encore à des incompréhensions. Alors il faut faire en sorte que ces publics captifs du genre divertissement le voient quand même, surtout les jeunes. Un film comme celui-ci devrait être vu par tous,  par les jeunes et par ceux pour qui tout ça ce ne sont que des trucs de « bobos friqués », alors qu’on voit que ce n’est pas le cas, que les solutions viennent aussi des gens démunis qui n’ont pas d’autre choix que de chercher et trouver comment subvenir à leurs besoins élémentaires. Très bon exemple dans les passages sur les jardins cultivés sur les friches désertées par l’emploi de Detroit. L’exemple aussi de cette entreprise de Lille, Pocheco, qui démontre qu’avec un entrepreneur intelligent et citoyen ( parce qu’il faut bien qu’à un moment donné ce terme retrouve du sens ! ), on arrive à un résultat exemplaire. Et on rêve que d’autres suivent ce modèle…On rêve.

Personnellement j’avais déjà lu des articles, vu des reportages sur les sujets traités, je suis déjà convaincue et tant bien que mal, je m’efforce de vivre avec le respect dû à mon environnement, à mes voisins, aux autres en général ( ce qui n’est pas toujours réciproque, pas perçu comme tel…Bon, il faut dire que la région où je vis manque un poil d’ouverture aux autres – euphémisme ! – …)

Je vous mets le lien vers le site consacré au film, qui contient, lui un lien intelligent pour les enseignants, et ça, c’est LE bonus parce qu’il est impératif que ce film soit vu par la future génération. Film montré à la COP21, et aux chefs d’Etat de la planète ( ah ! quelle pochade ! ). Moi je crois qu’il faut que ce soient LES GENS (c’est quoi, ça ???) qui voient ce film.

Alors je partage, ici et autour de moi.

Le film est bien construit, beau visuellement, bande-son sympa, tout sauf barbant. Il fait frémir aussi, au début quand on nous dit que l’humanité pourrait bien disparaître dans…20 ans, eh ben oui, 20 ans, c’est pas loin…Et on met des enfants au monde en continuant de gaspiller, jeter, salir, on continue aussi à développer la haine d’autrui au lieu, comme dans ce bidonville indien, de rapprocher les gens…Bon, c’est un joli film où on rit aussi avec ces anglais qui peuvent être si incroyablement originaux parfois, où on se dit « mais c’est possible !  » et puis « Comme mon pays est en retard… » . Résultat mitigé pour moi, entre envie d’y croire et découragement ( sans doute à cause des élections simultanées qui ne sont guère réjouissantes dans ma région ). Les solutions, je pense, sont entre nos mains, pas celles des politiques, et ce film le dit et le démontre assez clairement.

Vous pouvez aussi suivre la page FB de « Demain », le film

Allez-y et emmenez des ados, vraiment…

« Les courants fourbes du lac Tai » de QIU Xiaolong, Points Policier, traduit de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle

qiu XiaolongJe n’avais pas encore lu ce fameux auteur de polar chinois, et je l’ai découvert avec ce livre , et avec plaisir. Dans une Chine dont le régime opportuniste oscille entre le communisme de Mao et l’ultra libéralisme économique, l’inspecteur Chen Cao est en vacances…Enfin…en vacances, si l’on veut…Le directeur d’une importante usine chimique vient d’être assassiné. Chen, logé dans une immense et luxueuse demeure réservée aux pontes du parti, avec vue sur le beau lac Tai ( à proximité de Shanghaï et de Wuxi ),  écrit de la poésie, mais se retrouve bien vite à enquêter sur ce meurtre.

water-123763_640 On peut qualifier ce roman de polar écologiste, sans aucun doute, et en tous cas de roman engagé…A travers le personnage de Shanshan, jeune femme têtue et militante, l’auteur nous fait passer son inquiétude quant à la terrible menace qui pèse sur la Chine et son environnement. Ici, c’est le lac Tai qui commence à étouffer sous les algues vertes dues aux déchets toxiques provenant de l’usine. Chen tombe sous le charme de la belle, qui lui fait prendre conscience de l’importance des enjeux écologiques sur l’avenir de son pays… Alors commence l’ enquête. L’auteur, avec humour souvent, présente un panorama de la société chinoise avec ses corruptions à tous les étages, et cependant, on est dans ce décor et cette ambiance que j’ai déjà vus chez des auteurs plus classiques. lake-219099_640Les paysages autour du lac sont empreints d’une sorte de tranquillité, faisant écho à la poésie de Chen, qu’il égrène au fil de la narration, comme la  ponctuation de ses sentiments amoureux et de l’enquête ..J’ai aimé ce livre pour ces aspects méditatifs, et la part urbaine limitée; j’ai aimé, beaucoup, certains personnages, Chen et Shanshan et aussi Oncle Wang, le vieil homme de la gargote où l’on mange si bien…mais plus de poisson du lac. Tout de même je dirai que l’intrigue est très bien menée, on hésite longtemps quant au vrai coupable du meurtre, et de fait, on ne s’ennuie pas une seconde. air-19417_640La société chinoise contemporaine, en pleine et rapide mutation, dans l’excès sans états d’âme…J’ai acheté « La danseuse de Mao », que je lirai bientôt. En attendant, un livre que je vous conseille !

« Le livre de Yaak – Chronique du Montana » de Rick Bass – éd. Gallmeister, traduit par Camille Fort-Cantoni


yaakChant d’amour de Rick Bass pour cette vallée du Montana où il vit depuis plus de 20 ans et cri de colère contre ceux qui la détruisent.

J’ai pris un grand plaisir à ces lignes, en particulier les scènes dans lesquelles l’auteur se promène en forêt, dans la montagne, et ses rencontres animales : coyotes, grizzly, gloutons, grouses…

Mount_Mitchell_27527_m

C’est un hymne à la nature telle qu’on ne la verra plus si le monde continue sur le mode rendement et rentabilité…

Site de l’Association de défense de la Yaak Valley

http://yaakvalley.org/

coyote

et une interview de l’auteur quand son livre est paru en France

http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-livre-du-yaak_812283.html

Publié aux USA en 1996, traduit en France en 2007, le constat est clair, ce livre reste d’actualité; manifeste écologiste, mais pas seulement, car on lit là, dans certains passages, de la pure poésie ( le chapitre que j’ai partagé avec vous par exemple ), à laquelle se mêle une réflexion sur nos modes de vie, sur ce qui est important à la vie d’un homme.

« Je ne veux pas dénigrer la science, ni même affirmer qu’on lui accorde trop d’importance. Je veux suggérer que nous manquons d’art et de nature. Je crois que la magie se fait plus rare de jour en jour – plus rare que le bois, le pétrole ou l’acier – et un glouton de mon espèce veut ce qui est rare et exquis. Je veux autant de hasard et de grâce que je peux en supporter. Non pas mesurer, mais garder en moi. »

A cela se mêlent des considérations sur son métier d’écrivain. Rick Bass était géologue mais s’est un jour décidé à quitter la science pour l’art.

« Je sais que le grand art peut naître d’un grand tumulte qui nous incite, au plus profond de nous-même, à inventer des histoires ordonnées à partir d’éléments de désordre. 

Et je crois, aussi bien, que le grand art peut naître d’une grande paix, d’un sentiment de stabilité et de sécurité, que des émotions puissantes génèrent un art puissant. »

Vous trouverez sur ce site une galerie de photos qui montrent ce que nous sommes en train de détruire, photos du Montana, plus généralement.

http://randybeacham.photoshelter.com/index

http://randybeacham.photoshelter.com/portfolio/G0000212l67bAHXk ( album sur Yaak Valley)

serena-ron-rash1Et inévitablement, en lisant ce récit, j’ai pensé au remarquable roman de Ron Rash, « Serena », que je vous conseille vivement, tant pour le sujet , qui rejoint celui de Rick Bass, mais sur le mode romanesque, que pour l’écriture superbe .