« Los Angeles nostalgie » de Ry COODER, traduit par Ariane Bataille – 13e note éditions

los-angeles-nostalgie-392989-250-400Un livre étrange…Un recueil de nouvelles, mais qui sont plutôt les pièces d’un puzzle, puisqu’on retrouve toujours les personnages d’un récit dans un autre, et que l’ensemble a une cohérence. Au fil des années ( de 1940 à 1960 ) et dans le décor d’un Los Angeles populaire et interlope, Ry Cooder présente une galerie de personnages peu communs, dont certains sont authentiques ( Billy Tipton, Merle Travis, par exemple ), beaucoup de musiciens et les bars douteux où ils se produisent. Il y a des meurtres, des manipulations, de l’alcool, et une écriture par laquelle il faut se laisser porter sans trop se poser de questions, ni sur l’histoire, ni sur les intrigues. Ce n’est pas ça qui compte, mais l’atmosphère un peu hors du temps, les Cadillac violette et crème, ou verte et or qui paradent sur Ocean Park Boulevard, les whiskies sour     ( whisky + citron + sirop de sucre de canne ) qui arrosent des gosiers déjà bien endommagés…Des moments très beaux et calmes comme celui-ci :

« Donc Herb sortit la Muntz Jet du garage. Scrubby sauta sur le siège passager, prête à faire de la route.

Profond, régulier, le moteur Cadillac ronronnait. Dans une voiture aussi légère que la Muntz, c’était une bombe. Ils roulèrent vers l’Est, sur Pico Boulevard : la Muntz rose, l’homme noir et le chien blanc qui ressemblait à une vieille serpillière. […] 

Assise bien droite sur son siège, les poils plaqués en arrière par le vent, les yeux fixés sur la route, Scrubby écoutait le rythme régulier de la voix de Herb qui réfléchissait tout haut.

– Qu’est-ce que les flics veulent à Ned? Qu’on vole un ouvrier, ils s’en balancent. Ne quittez pas la ville ,leur refrain. Je ne vais nulle part, j’aime bien Ringard-Ville. La vie y est facile. On s’est arrangés, avec Andrena. Elle m’enterrera dans son jardin, je ferai la même chose pour elle, selon celui de nous deux qui disparaîtra en premier. Le cimetière de Woodlawn est exclusivement réservé aux Blancs. Pas le droit de s’y amuser, d’y faire des barbecues, d’y écouter Hunter Hancock. Heureusement pour nous, on a un peu d’oseille sous le matelas, pas vrai, Scrubby?

– Ouaf-ouaf ! fit Scrubby. »

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Un beau moment de lecture, au milieu du  monde des truands à la petite semaine, dentistes au black, véreux de l’immobilier, et des hurluberlus de tous poils comme cette femme, Gerri, qui guette les espions de l’espace …Il est question de musique et de musiciens dans cette Los Angeles qui ressemble à un gros village.

L’auteur, Ry Cooder est d’ailleurs lui-même un guitariste célèbre, auteur et compositeur, en particulier pour des musiques de films ( une vingtaine ) dont « Paris-Texas  » et « Las Vegas Parano », et ses participations à des groupes comme le Buena Vista Social Club ou Ali Farka Touré.

Il faut donc, avec ce premier livre de Cooder, se laisser porter de Cadillac en Oldsmobile, de bar louche en cantine chinoise, dans les boulevards de LA, comme les personnages, sans trop se poser de questions…Un livre qui captive surtout pour son atmosphère .

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