« By the rivers of Babylon » – Kei Miller- Zulma de Poche, traduit par Nathalie Carré

« Il est possible qu’August Town, sur les collines de St Andrew, en Jamaïque, tire son nom du « Matin d’août »  ( Augus Mawnin), le 1er août 1838, date à laquelle les esclaves du pays furent libérés. La notoriété de l’endroit se développa ensuite car il abrita les débuts du prophète Bedward. La célébrité de Bedward, suivi par des centaines de fidèles, atteignit son paroxysme lorsqu’il annonça qu’il était Dieu et pouvait voler. »

Dictionnaire des toponymes de Jamaïque

Le prêcheur volant

D’abord, vous devez imaginer le ciel (bleu et sans nuage, si cela peut aider), ou bien le noir irradiant de la nuit. Puis – et c’est important – vous imaginer, vous, au milieu de ce ciel, flottant à mes côtés. En dessous de nous, le disque vert et bleu de la Terre. »

Parfois, je me demande si je dois ou peux écrire sur certains livres. Parce que j’ai des lacunes historiques, géographiques, philosophiques sur le sujet, et puis aussi de temps en temps je reste un peu comme dans une bulle après une lecture, avec des odeurs, des musiques, des voix. Et alors j’ai peur de dire des sottises, peur de ne pas rendre justice au travail de l’auteur et à son esprit.

« -Écoutez-moi, mes enfants ! Les ti-moun qui sont nés de la bonne couleur dans ce pays, ou les ti-moun qu’ont reçu tite-cuiller en argent, qui sont nés dans la bonne société…Cette marmaye-là meurt pas de dysenterie…

-Nan, c’est vrai.

-Cette marmaye meurt pas des piqûres-moustiques…

-Nan, nan !

-Ou de morsure de rat ou de l’eau sale qu’on boit ou de c’est-quoi-qu’est-ce qu’ils vous disent qu’est la cause de la mort de vos ti-moun. Pasque nos ti-moun meurent d’être nés tout en bas, tellement bas qu’on creuse ti-peu la terre et qu’on trouve la tombe ! »

Bedward mit la main devant sa bouche et secoua la tête, comme si son discours l’avait lui-même surpris. »

Voilà, ce livre est de ceux-là…Je ne connais grosso modo du mouvement rastafari et de la Jamaïque que quelques noms fondateurs comme Haïlé Sélassié Ier, la musique reggae de notre ami Bob avec l’odeur de la ganja et les dreadlocks qui l’accompagnent, et bien sûr l’esclavage qui succéda à une colonisation espagnole imposée sur cette île dès l’arrivée de Christophe Colomb puis britannique au XVIIème siècle ; vous voyez à quel point c’est sommaire. Mais je veux tout de même en dire quelques mots, parce que c’est en tous cas un livre plein de poésie, avec ce parler particulier; il y fait chaud, on y vit avec intensité, tout y est assez extrême, la beauté, la pauvreté, la chaleur… 

La construction tient en 3 parties qui permettent de ne pas perdre le fil en chemin: 

Le prêcheur volant,

« Car voici la vérité: chaque jour contient bien plus que la somme de ses heures, de ses minutes, de ses secondes. De fait, il ne serait pas exagéré de dire que chaque jour contient en son sein toute l’histoire. »

C’est ainsi que tout commence

« Pour véritablement connaître un homme, il faut connaître la forme de sa douleur – la blessure spécifique autour de laquelle s’est forgée l’écorce de sa personnalité. »

et enfin L’autoclapse :

« En bas, c’est Augustown. Un endroit dont on peut dire qu’il a été brinquebalé d’un autoclapse à l’autre comme si ceux-ci déferlaient, ouragans sur la vallée. Un mot étrange, autoclapse. Que je ne vous ai pas encore expliqué. Ce n’est pas le genre de mots répertoriés dans l’Oxford Dictionary, mais si vous avez sous la main un dictionnaire qui fait une place aux parlers populaires des Caraïbes et de la disapora, alors vous trouverez peut-être une entrée qui ressemble à cela:

AUTOCLAPSE, n. ( dialecte jamaïcain) : Désastre imminent; calamité; le plus grand trouble qui soit. Prononcé [otɔklaps] ou [hotɔklaps] en raison de la tendance des Jamaïcains à ajouter un h aspiré devant les voyelles. »

Voici donc un livre dans lequel j’ai appris beaucoup; l’histoire du mouvement rastafari y est contée en particulier avec Alexander Bedward, le prêcheur volant; ceci constitue la toile de fond de l’histoire principale, de ces « petites » histoires humaines qui peuvent donner de grandes leçons – pas de morale, non, mais de vie – l’histoire de Ma Taffy, de Claudia, de Gina et de Kaia, petit garçon dont l’humiliation subie à l’école va déclencher un autoclapse et un mouvement de révolte dans la petite ville d’Augustown.

« Vous pourriez vous arrêter sur ce fait: lorsque les rastafari, hommes et femmes, ces enfants de Sion, ces fumeurs de chanvre, ces chanteurs de reggae, quand ils entonnent des chansons comme If I had the wings of a dove ou I will fly away to Zion, ces chansons font référence à Bedward. De telles chansons, entonnées au bon moment, peuvent élever un homme ou une femme jusqu’aux cieux. »

 C’est la culture rasta qui va être blessée et vous lirez ce qu’il adviendra. Cette famille est celle de Ma Taffy qui éleva ses nièces comme ses filles; elle est maintenant aveugle mais a une autre acuité qui lui permet de sentir ce qui l’entoure; c’est une femme remplie d’amour pour le petit Kaia. Je regrette que la 4ème de couverture dise directement ce qui va déclencher le séisme, je ne le fais pas.

« Augustown a ses rythmes et ses habitudes qui définissent le quotidien, le banal-ordinaire, le pas-la-peine-d’en-parler. Ce pour quoi même Cocoa ne dresse pas une oreille. Oui, même Cocoa, le chien à trois pattes qui a l’habitude de retourner chaque poubelle pour s’offrir à dîner et qui, chaque soir, s’endort si profondément dans son nid-de-poule que les voitures doivent klaxonner ou passer en pleins phares pour qu’il se réveille et s’extirpe de son trou. Même lui ne dresse pas une oreille. »

On a le droit d’être attrapé dès les premières pages, je pense, et avec force. Gros coup de cœur pour Ma Taffy et sa famille et pour Madame G. L’auteur fait des femmes de superbes personnages et rend un bel hommage à leur force et à leur combativité. Pourtant évitons l’angélisme, jusqu’aux années 80 le mouvement rastafari comme beaucoup d’autres diabolise la femme qui représente la tentation et la luxure, etc etc, je ne vous fais pas un dessin. En tous cas il semblerait que les choses aient changé.

« Souvent les souvenirs lointains nous happent de manière violente- comme un écho qui échappe à sa propre fugacité et prend une ampleur telle si rapidement que nous glissons dedans sans y être préparés. Il s’accompagne alors d’un cœur qui s’emballe, d’yeux écarquillés, d’une bouche figée dans un Oh de surprise. »

En tous cas, ce petit livre parle de colère, de révolte, de résistance, d’amour évidemment, avec une grande poésie. Une écriture très originale.

Je me contente donc de vous donner quelques extraits choisis et ne vais pas plus discourir. J’ai beaucoup beaucoup aimé ce petit livre par lequel j’ai rencontré une île, un  peuple, une culture. Il m’en reste quelque chose de fort et d’entêtant . Il y a bien sûr Peter Tosh et Bob Marley, mais aussi Jimmy Cliff, qui ici nous donne une belle version de « By the rivers of Babylon », une transe bouillante:

Bonne lecture en musique !

« Ör » – Audur Ava Ólafsdóttir – éditions Zulma, traduit par Catherine Eyjólfsson

« 31 mai

Je sais bien que j’ai l’air ridicule, tout nu, mais je me déshabille quand même. J’enlève d’abord mon pantalon et mes chaussettes, puis je déboutonne ma chemise, laissant apparaître un nymphéa d’un blanc éclatant sur ma chair rose, sur le côté gauche de la cage thoracique, à une demie-lame de couteau du muscle qui pompe huit mille litres de sang par jour, je termine par mon caleçon. Dans cet ordre. Ça ne prend pas longtemps. »

Et me voici enchantée, toujours, encore, par la voix unique de Audur Ava Olafsdottir.

Je remercie ma si chère amie pour ce cadeau réconfortant et fort à propos. « Ör » signifie « cicatrice ».

« Les plaies se referment plus ou moins vite et les cicatrices se forment par couches, certaines plus profondes que d’autres. »

J’ai ainsi lu tous les livres de cette jeune femme douée et si originale dans sa manière d’interpréter les grands thèmes de la vie, vie donc, mort, maladie, amour, famille, couple…Autant de choses tant de fois écrites et avec elle toujours si fraîches.

Pour la seconde fois, un homme est le personnage principal, ici âgé de la cinquantaine (« quarante neuf ans et six jours » pour être précise ), c’était un tout jeune homme dans « Rosa Candida ».

Mais c’est avec la même délicatesse, la même pointe d’humour tendre et ironique, un ton que je définirais comme un optimisme réaliste – c’est à dire raisonnable, lucide, juste et sans leçon de morale – que notre auteure raconte le départ de cet homme qui a décidé de mourir après s’être fait tatouer un nymphéa blanc sur la poitrine .

Il laisse sa fille, son ami et voisin, une lettre et emmène juste sa caisse à outils, sa perceuse et une chemise – rouge -. Il part loin, dans un pays ravagé par la guerre où il prétend mettre fin à ses jours tranquillement. Il va rencontrer alors un autre monde, d’autres préoccupations qui vont l’amener à revoir ses plans.

« Ce sera un aller simple. Les hôtels sont des endroits appréciés pour mettre un terme au voyage. J’en trouve un sur Internet dans une bourgade dévastée dont j’avais entendu parler aux informations. Les photos datent manifestement d’avant la guerre, l’établissement sur situait sur une petite place fleurie et la production de miel était florissante dans la campagne environnante. »

On verra comment se déroulera la suite, mais je dois dire que je suis à chaque fois émerveillée par l’intelligence du propos, par sa poésie et sa drôlerie. Les pages 80 et 81 sont superbes où Jonas – c’est son prénom – énumère ce qu’il sait, terminant par :

« |…] je me suis colleté plusieurs fois avec la vérité là où les ombres sont tantôt longues tantôt courtes, et je sais que l’homme peut rire et pleurer, qu’il souffre et qu’il aime, qu’il est doté d’un pouce et qu’il écrit des poèmes et je sais que l’homme sait qu’il est mortel.

Qu’est-ce qu’il me reste à faire? Écouter le gazouillis du rossignol?Manger du pigeon blanc? »

Et la page 133, bouleversante, où Jonas se regarde dans un miroir en pied

« D’un côté il y a moi, et de l’autre, mon corps. Deux inconnus. »

Alors ce petit voyage vers l’hôtel Silence, pour rencontrer Fifi, May et Adam, ce petit voyage est un vrai bonheur. À propos de May:

« Si l’idée venait de nous asseoir, cette jeune femme en baskets roses et moi, pour comparer nos cicatrices, nos corps mutilés et faire le compte de nos points de suture de la tête aux pieds, c’est assurément elle qui l’emporterait. Mes cicatrices à moi sont bénignes, ridicules. Même si j’avais une plaie ouverte au côté, c’est elle qui l’emporterait. »

On le fait ce petit voyage en quelques heures d’un après-midi tranquille, on savoure chaque page, ça fait beaucoup de bien tant d’intelligence sans étalage tant d’humanité authentique.

Rien de manichéen, rien de mièvre ni de superficiel. Légèreté ne signifie pas idiotie, et puis en fait on se rend vite compte que ce dont parle notre islandaise n’est absolument pas léger, ce qui se passe à l’hôtel est une cicatrisation.

« La seule façon de continuer, c’est de faire comme si on menait une vie normale. Comme si tout allait bien. De fermer les yeux sur le désastre. »

Dire avec profondeur et sans lourdeur est un art délicat et Olafsdottir y excelle.

J’ai adoré ce petit livre-là.

Jonas Ebeneser écrit sa lettre d’adieux en écoutant « One way ticket to the moon »

 

« Le rouge vif de la rhubarbe » – AuÞur Ava Ólafsdóttir – Zulma, traduit par Catherine Eyjólfsson

 

lerougevifdelarhubarbeplathd-l-572139« Elle avait promis à maintes reprises de ne pas descendre seule traîner sur le ponton. Avec ses béquilles, elle risquait de trébucher sur les déchets de poisson et de tomber dans la mer.

-Le ressac t’emportera, lui disait Nina. »

Voici traduit le premier roman écrit par AuÞur Ava Ólafsdóttir. J’ai lu tous les autres, j’aime infiniment cette écriture singulière, et on comprend que dès sa première œuvre elle s’est identifiée de manière forte par cette voix douce et chaude qu’on entend en lisant, l’air qu’elle nous fait respirer et tout ce qu’elle donne à sentir et ressentir des gens et des choses de son île. Et puis il y a ce talent à entrer dans le cœur des personnages, une poésie et une grâce qui lui sont si personnelles. L’auteure s’attache aux sentiments de ses créatures qui souvent ont un manque profond et des personnalités non conventionnelles.

Ici c’est Ágústína, adolescente solitaire et rêveuse, qui n’a pas l’usage de ses jambes et rêve d’escalader la montagne – 844 m –  pour voir tout ça d’en haut. Elle vit avec Nína dans une maison rose saumon avec une tour violette où se trouve sa chambre à l’étage, qu’elle rejoint comme elle peut à la force des bras, comme une sorte d’entraînement pour sa grande aventure. Sa mère est en Afrique où elle observe des oiseaux et elle lui écrit, quant à son père il s’est enfui :

« C’est toujours le même rêve: elle court à travers un pré couvert de fleurs de pissenlit épanouies d’un jaune éclatant. Elle court, elle court et la foule s’écarte sur son passage, comme lorsqu’on acclame le vainqueur du marathon, et les boutons d’or font de même afin qu’elle puisse courir comme son père, quand il a quitté sa maman pour rejoindre le bateau, quand il s’est enfui loin d’elle – avant sa naissance. »

rhubarb-839618_1280Ágústína s’est développée autrement, faisant appel à son imagination pour compenser ses jambes inutiles et elle n’est pas prête à renoncer à ses rêves. Je ne vais pas vous conter ces 155 pages mais j’ai retrouvé la grande empathie de AuÞur Ava Ólafsdóttir pour les êtres fragiles, ou fragilisés, hors normes surtout. J’ai trouvé que ce livre était le plus triste des quatre, triste et en même temps plein de couleurs ( le rouge vif de la rhubarbe du jardin perché), d’odeurs et de sons, un monde sensuel, mais plein de l’absence des parents, plein des manques de la jeune fille. Les deux jambes, un peu le symbole des parents, absents.

Passant de la nuit arctique à l’été et ses jours perpétuels, on se dit qu’il est obligé que les habitants de cette contrée soient un peu différents dans leur façon de voir le monde, non ? 

« Pas un signe de lueur du jour dans ces ténèbres hivernales. Elle se réveille dans le noir, clopine jusqu’à l’école dans le noir, enfile la rue, penchée en avant entre les congères grises et brunes, avec partout la menace des glaçons qui pendent du rebords des toits. Pas de couleurs dans la nature, pas d’odeurs, aucune proximité ni distance. En fin de matinée, le jour commence tout juste à bleuir à la fenêtre:  vers midi, il s’ouvre brièvement dans le noir comme un drap bleu ciel. Après, c’est de nouveau la nuit continue. »

Il y a du chagrin dans le cœur de la jeune fille, mais une volonté de fer et je crois que c’est un point commun aux personnages de tous les livres de cette islandaise, avec son écriture magique elle met de la lumière sur tout. Elle met en ses personnages une lumière et une énergie, une tournure d’esprit qui les poussent en avant, pour toujours avancer. Je ne résiste pas à vous faire partager cette lecture des premières pages par l’auteure elle-même, cette langue est d’une beauté extraordinaire, j’adore l’entendre lue par cette femme:

« La place du mort » – Pascal Garnier, éditions Zulma

La-Place-du-mortJe vous avais prévenus, je n’en ai pas fini avec Pascal Garnier. Est-ce dû au format court, mais on a tout de suite envie d’y revenir, et voici cette lecture de 150 pages terminée.

Mon avis ne change pas sur cet auteur atypique. Dans ce roman, Garnier nous dépeint encore une fois des gens de ceux qu’on dit ordinaires. Fabien apprend la mort de son épouse Sylvie dans un accident de voiture, à Dijon. Et par la même occasion, il découvre qu’elle a trépassé en compagnie de son amant.

« Sa première réaction fut d’allumer une cigarette et d’aller fumer à poil à la fenêtre. Il n’avait aucune idée de ce que pouvait bien faire Sylvie dans une voiture à Dijon, mais ce dont il était sûr, aussi sûr que du vent qui ébouriffait les poils de son sexe, c’est que Sylvie était morte. D’une pichenette il envoya son mégot rebondir cinq étages plus bas sur le toit d’une Twingo noire.
-Merde alors… je suis veuf, je suis un autre. Comment je vais m’habiller ? »

animal-21878_1280Dans un désir de vengeance, Fabien va se lancer à la conquête de la femme de l’amant de la défunte Sylvie – vous suivez ? – et…Et le talent de Pascal Garnier est grand, car sur la base de cette histoire au final assez banale d’un homme trahi, il va bâtir un scénario bien noir, avec des manipulations perverses et un vrai suspense, des scènes qu’on peut bien imaginer mises en scène par Sir Alfred, mais dans le cadre bucolique d’une vieille maison bourguignonne.

« Tout le monde sait qu’un excès de bonheur porte autant la poisse qu’un grand malheur. »

Tout ça sans jamais se départir de son humour désespéré, de la précision de bistouri de sa plume, et de son grand don à mettre ainsi à vif ces vies moyennes qui à un tournant inattendu partent en vrille. Jusqu’à la fin, où chacun demeure, malgré tout et fatalement à sa place.

« Fabien eut envie de se lever, de s’accuser d’un meurtre, n’importe lequel, non pas pour soulager Martine mais parce qu’il ne supportait pas le rôle pitoyable qu’on lui attribuait.

Bien entendu il n’en fit rien puisque ce rôle était le sien. »

Une lecture prenante, un vrai suspense, et c’est ainsi que Pascal Garnier est grand.

« Flux » – Pascal Garnier – Zulma – Quatre-bis / Romans noirs

FLUX« – C’est vraiment magnifique ce parc, surtout en cette saison ! Tu vas être comme un coq en pâte, ici.

Il ne répondait pas, se contentait de faire peser sur sa sœur un regard de batracien que les verres en cul-de-bouteille des lunettes rendaient encore plus impénétrable. »

Je suis encore bien loin d’avoir lu tous les livres du regretté Pascal Garnier. Celui-ci a eu le Grand Prix de l’humour noir en 2006, et pourtant, c’est peut-être celui qui m’a semblé le plus triste. Si j’ai souri parfois, c’était un sourire de compassion. On croise ici bien sûr des personnages cocasses, comme cette vieille et son chien à roulettes, mais je trouve que c’est la seule vraiment « comique », parce qu’ici il est comme souvent/toujours chez Garnier question de vies cassées, de destins en panne. Des cyniques et des naïfs, des calculateurs et des angéliques, des durs et des tendres. Comme tout ce que j’ai lu de Pascal Garnier, j’ai aimé ce livre qui ne se raconte pas ( et d’ailleurs, je me pose de plus en plus la question : un livre se raconte-t-il, se résume-t-il ? Est-ce bien  nécessaire…).

SAM_4826 Un livre se lit, et je ne peux que vous dire mon sentiment; une fois encore  l’écriture et la poésie de Garnier me touchent profondément. C’est noir, oui, mais en même temps profondément mélancolique. Il aborde les hommes et leur monde sous un angle si personnel qu’il parait étrange et un peu surnaturel. J’ai découvert cet auteur à part dans le paysage littéraire français avec « Lune captive dans un œil mort », coup de foudre immédiat. J’ai chroniqué ici trois titres et il y en aura d’autres. « Flux » est une histoire d’amour et de désamour, un conte noir sur la folie et la normalité, illustré par l’auteur, et cette patte-là, ça nous donne un texte fort et attachant. La brièveté est caractéristique de cet écrivain qui démontre son talent admirablement en moins de 200 pages, sans qu’il ne manque jamais rien au récit. Coup de cœur pour « Flux » et pour Pascal Garnier à chaque fois.

« À combien de vies avait-on droit, ou plutôt, combien de vies fallait-il subir avant de se dissoudre définitivement ?

C’est sur cette question sans réponse qu’il s’envola vers un nouvel ailleurs. »